jeudi 24 décembre 2009

Apprentissage

Je reçois il y a quelque temps un message m'annonçant la création d'un nouveau blog et je découvre ça :


et bien d'autres choses surprenantes car Fernando Calvente "Rayito de Ubrique" est, au moins pour une partie de sa vie, maletilla des temps modernes.



On retrouve une même atmosphère dans le dernier livre de François Garcia, Bleu ciel et or, cravate noire. L'Espagne profonde, celle des toros que l'on court hors des sentiers battus. L'auteur nous raconte les espoirs et les mésaventures d'un jeune étudiant franchute qui ne rêvait que toreo. Avec une double réussite. Celle d'avoir trouvé une solution, dans son écriture, pour faire vivre actions, dialogues et réflexions dans un même mouvement qui captive en permanence le lecteur. Celle d'avoir su donner, par petites touches, un précieux tableau de l' Espagne des années soixante-dix. Espagne du franquisme qui entre en décomposition mais est encore capable du pire.




En cette période de vœux, il ne reste qu'à souhaiter à Rayito de Ubrique de rencontrer autant de succès que son célèbre compatriote. Car pour la qualité de son toreo, au vu des photos de son blog, il l'a déjà au moins égalé voire dépassé...

dimanche 29 novembre 2009

Les toristas roulés dans la farine

Je n'aime pas ce clivage, de plus en plus marqué au fur et à mesure que passent les années, entre corridas toristas et corridas toreristas. Il est pourtant indéniable; aujourd'hui les toristas ont leurs arènes, leurs ferias (ou leur morceau de feria), leurs élevages, leur toreros. Cela pourrait être une bonne chose, et pourtant j'ai l'impression qu'ils se font allègrement rouler dans la farine.
Depuis quelques années, une partie torista dans les cartels de certaines grandes ferias constitue la manifestation la plus évidente du phénomène. Séville, Madrid, Zaragoza en sont de bons exemples. On devrait y voir les toros des élevages les plus sérieux face aux meilleurs toreros et ce pourrait être alors le moment cumbre de la feria. Or, qu'y voit-on? Des toros le plus souvent médiocres faces à des matadors et des cuadrillas de troisième ordre, la plupart du temps incapables de mener des lidias correctes. Et quand, par bonheur, sort un toro ou un lot excellent, personne pour être à la hauteur de l'évènement. Il y a bien sûr quelques rares exceptions mais, dans l'ensemble, j'ai plutôt l'impression que ces corridas servent à amadouer l'aficion toriste locale et à mieux lui faire avaler le reste de la feria...
Le malheur est que les toros sont trop souvent à mille lieues du comportement attendu. Où sont-ils donc les toros braves, puissants, encastés que nous ont promis les éleveurs autoproclamés toristas? Au jour d'aujourd'hui Palha est l'arbre qui cache le désert. Derrière, personne. Victorino Martin et Cebada Gago qui ont longtemps tenu la boutique sont en ce moment dans une période difficile. Dolores Aguirre alterne le meilleur et le pire. La Quinta et Fuente Ymbro sont très en dessous de ce que l'on pouvait espérer. San Martin, qui était un espoir, a disparu de la circulation. Miura a connu un bache profond dont on ne sait trop s'il en sortira. Cuadri, Guardiola, Partido de Resina et tant d'autres font pitié. Arrêtons là cette litanie de la désespérance et bornons nous à constater qu'il n'y a pas grand chose actuellement dans le campo bravo qui puisse nous faire rêver à des lendemains meilleurs.
Ceux qui ne se plaignent pas de la situation, ce sont les empresas. Ah! vous en voulez des corridas toristas, en voilà! Mais attention, avec des cartels baratos qui, certes, attirent moins de monde mais peuvent laisser, malgré tout, grâce aux économies réalisées du côté des matadors, de substanciels bénéfices.
Alors, bien sûr, l'aficion toriste est un peu désorientée; elle tire - souvent avec raison - sur tout ce qui bouge, ce qui ne l'empêche pas de se faire allègrement rouler dans la farine. Je pense, par exemple, à certains aficionados de Madrid, très agressifs avec leur actuelle empresa bien que celle-ci offre tout au long de la temporada - y compris devant les figuras - des toros remarquablement présentés. Une manière bien naïve de préparer l'arrivée à Madrid de Simon Casas... Ce serait la cerise sur le gâteau.
PS A l'ombre des grands élevages, il y a les petits. Avec leur variété d'encastes. Leurs résultats sont forcément irréguliers mais tous méritent d'être défendus car ils sont un gage de diversité et peut-être d'avenir. Actuellement l'élevage de Sanchez Fabres est en passe de disparaître. Pour le soutenir, c'est ici.

dimanche 22 novembre 2009

Joseph Peyré La Tour de l'Or

Je restais sur le souvenir désastreux que m'avait laissé, encore adolescent, la lecture de Sang et Lumière (prix Goncourt 1935), le livre le plus connu de Joseph Peyré. A tort ou à raison; il faudrait le relire. Toujours est-il que cette Tour de l'or, parue en 1947, m'a réconcilié avec l'écrivain béarnais. Les clichés sont certes bien là - le matador gitan, la belle aristocrate amoureuse, la riche française névrosée, la cuadrilla picaresque - mais le plus souvent détournés. Le style est léger, vif, parfois incisif, telle cette magnifique phrase :"Miguel Santamaria, après sa carrière d'étoile, ne battait pas monnaie de ses adieux, les promenant comme tant d'autres dans toutes les villes d'Espagne, à trente mille le cachet."
Le mélo nous est épargné; c'est au contraire un sourd malaise, parfois teinté d'ironie, que distille le livre, chapitre après chapitre. L'époque est en effet très particulière, quasiment inimaginable pour un lecteur d'aujourd'hui. Il est mal vu de participer aux processions de la Semaine Sainte, le torero hésite à s'y montrer; et, se marier avec une aristocrate, est-ce, par les temps qui courent, la meilleure façon d'assurer son avenir?... Car nous sommes en 1936, le Frente Popular a gagné les élections et, en Andalousie, les anarchistes ont le vent en poupe. Bientôt, Miguel Santamaria sera happé par le tourbillon de l'histoire jusqu'à faire le paseo dans les arènes de Madrid au son de l'Internationale. Joseph Peyré, avec une ironie impitoyable pour son héros s'amusera même de sa peur des révolutionnaires dans un épisode barcelonais hallucinatoire.



La belle couverture (maladroitement rafistolée) de l'édition de 1947

NB On peut lire sur le blog La fête sauvage un texte très intéressant de Joseph Peyré qui dénonce certains égarements de la corrida.

samedi 14 novembre 2009

Bilan 2009

Ma corrida rêvée

6 toros de Palha 6
José Tomas
Diego Urdiales
Sébastien Castella

Le long vide de l'hiver sert sans doute à accumuler les illusions pour la temporada à venir. L'une d'entre elles étant que les meilleurs toreros osent affronter les élevages les plus sérieux. Ce ne sera vraisemblablement pas le cas puisque, si le retour de José Tomas dans les grandes arènes est annoncé (Seville, Madrid, Bilbao), il aura lieu, semble-t-il, avec des Nuñez del Cuvillo y consort.
Castella devant des Palha voilà une rencontre intéressante qui constituerait un vrai geste...
Morante de la Puebla a disparu de mon cartel cumbre. Son toreo m' est toujours aussi caro mais sa temporada m'a paru décevante. Deux ou trois gris-gris (et demi) face à des Juan Pedro Domecq en début de saison; puis une malencontreuse succession de blessures qui a incité le maestro à attendre des jours meilleurs.

2008
2007

samedi 7 novembre 2009

Les entrevues de toreros

"Le lendemain matin, quelques heures avant qu'il prenne son avion, je l'interviewai dans le petit salon de l'hôtel Bolivar. Je restai perplexe en me rendant compte qu'il était moins intelligent que les toros qu'il combattait et presque aussi incapable qu'eux de s'exprimer au moyen de la parole. Il ne pouvait construire une phrase cohérente, il ne tombait jamais sur le temps juste en maniant ses verbes, sa façon de coordonner ses idées laissait penser à des tumeurs, à l'aphasie, aux hommes-singes. La forme était non moins extraordinaire que le fond : il parlait avec un accent malheureux, fait de diminutifs et d'apocopes, qu'il nuançait, durant ses fréquents vides mentaux, par des grognements zoologiques."
Mario Vargas Llosa, La tante Julia et le scribouillard, traduction d'Albert Bensoussan


Le passage est certes caricatural mais il traduit bien la plaie que constituent ces entrevues à tout bout de champ avec des gens - les toreros, en l'occurrence - qui n'ont assurément pas fait sans raison le choix de côtoyer les toros mais dont le mystère est, de toute évidence - au moins dans un premier temps, réfractaire à tout discours.
Le pire, ce sont les interviews dans le feu de l'action. Le matador est encore couvert de sueur et de sang que déjà on lui tend, depuis le callejon, un micro (dérisoire corne arrondie) auquel il n'a strictement rien à dire, lui qui, il y a quelques secondes encore, était en relation avec le plus bel animal de la terre.
Ne parlons pas des pensums que sont les interviews dans la presse taurine espagnole. Les toreros y sont devenus maîtres incontestés de la langue de bois.
Bien sûr il peut y avoir de grandes et belles réussites. Mais c'est toujours la distance, le recul qui les rend possibles. Le plus bel exemple en est le travail que François Zumbiehl a mené à bien avec les principales figures de la tauromachie et qui a donné ce magnifique livre Des taureaux dans la tête, paru en 1987 aux éditions Autrement.


NB Un colloque sera très prochainement consacré à Mario Vargas Llosa à Bordeaux. L'auteur y sera présent.

vendredi 30 octobre 2009

Dali et Goya à Bordeaux

Jusqu'au 29 novembre, au Cellier des Chartrons, très intéressante exposition des 80 Caprices de Goya mis en miroir avec les mêmes 80 caprices revisités par Dali.
Au même lieu, un méli- mélo de la prolifique production lithographique de Dali; on peut y voir entre autres les cinq gravures de la Tauromachie Américaine (1966) ainsi que le tableau Projet pour la Tauromachie Surréaliste (1966).
Parallèlement, l'Institut Cervantes expose la série des Nouveaux Caprices de Goya réalisés entre 1824 et 1828 lors de l'exil bordelais du peintre. Où l'on peut constater qu'il est des peintres qui vieillissent mieux que d'autres...

Salvador Dali Le picador (1966) gravure de la série La Tauromachie Américaine

dimanche 18 octobre 2009

Turlupinade

Difficile de ne pas réagir après avoir vu à la télé (Signes du Toro sur France 3) les passes données, après avoir planté l'épée dans le ruedo, par Daniel Luque au dernier toro de la récente feria des vendanges de Nîmes. Un véritable récital de laideur, brusquerie, bouffonnerie, turlupinade. Un show d'antitoreo qui porta à fond sur le médiocre public nîmois au point qu'il fit attribuer au matador les deux oreilles et la queue.
A vrai dire jusque là rien que de très banal. La tauromachie a toujours produit, à ses marges, une parodie d'elle-même et de nombreux toreros ont fait carrière dans ce registre-là. Ce qui m'a vraiment choqué ce sont les commentaires de Morenito de Nîmes (dont on venait pourtant de nous montrer une larga cordobesa pleine de saveur torera) nous vendant cette chose-là comme la tauromachie du futur. La tauromachie du futur ça! Ce serait une mort bien laide pour l'art taurin...
Ce qui m'attriste, en outre, c'est que Daniel Luque est par ailleurs un torero capable de toréer avec art et finesse. On l'a vu par exemple l'an dernier dans un tout autre registre à Mont de Marsan. Hélas, j'ai bien peur que Rafael , dans son commentaire, ait eu un juste pressentiment : on est en train de faire de lui une vache à lait; avec son numéro de cirque, Luque risque de faire l'an prochain le tour de la planète taurine. Que restera-t-il de son art?

dimanche 11 octobre 2009

Gilgamesh, premier estoqueador


L'Épopée de Gilgamesh est la première œuvre littéraire que nous connaissions. Il s'agit d'un récit légendaire de l'ancienne Mésopotamie (Irak actuel) qui se présente sous la forme de tablettes d'argile gravées il y a plus de 3000 ans en cunéiforme, premier système d'écriture inventé par les hommes.
On peut le considérer comme un texte fondateur pour la culture occidentale. Il décrit le déluge bien avant la Bible. Il préfigure les dieux et les mythes grecs. La quête de l'immortalité en est le thème central, mais, l'échec de Gilgamesh le conduit à accepter la mort, destin de chaque humain et à accomplir une œuvre au service des autres : bâtir, écrire.
Au cœur du récit, Gilgamesh doit combattre un féroce taureau envoyé par la déesse Ishtar qui veut se venger de lui car il a repoussé ses avances. La manière dont il l'abat n'est pas sans rappeler l'estocade des toreros d'aujourd'hui. "Gilgamesh habilement de ses mains enfonce son glaive entre le cou et les cornes et frappe à mort le taureau céleste."
On peut ici se demander si les lointains auteurs du texte ont fait œuvre d'imagination pure ou s'ils se sont inspirés de pratiques existantes : sacrifices rituels d'animaux domestiques à caractère religieux ou bien combats organisés contre des taureaux sauvages qui pourraient, dans ce cas, constituer les premières manifestations humaines à caractère tauromachique.

Voici le texte complet du combat contre le taureau dans la version publiée par Berg International Éditeurs (texte établi d'après les fragments sumériens, babyloniens, assyriens, hittites et hourites, traduit de l'arabe et adapté par Abed Azrié) :

Anou entendant ces paroles
donne à Ishtar la longe du taureau céleste.
Ishtar le fait descendre sur la terre
elle le conduit sur la terre d'Ourouk.
Son arrivée répand la terreur.
A son premier mugissement
cent hommes, deux cents puis trois cents hommes tombent.
A son deuxième mugissement
cent hommes, deux cents puis trois cents hommes tombent.
A son troisième mugissement
il se dirige vers Enkidou
mais Enkidou fait un saut de côté
il attrape le taureau céleste par les cornes
le taureau céleste lui lance au visage son écume et sa bave
et avec sa queue l'asperge de sa bouse.
Enkidou dit à Gilgamesh :

"Mon ami
nous avons parlé de victoire avant le temps
comment allons nous vaincre ce taureau?
Mon ami
nous devons nous partager la tâche :
moi je saisirai le taureau par la queue
et toi, de ton glaive tu devras le frapper
entre le cou et les cornes."

Enkidou pourchasse le taureau céleste
il l'attrape par la queue
et Gilgamesh habilement de ses mains
enfonce son glaive entre le cou et les cornes
et frappe à mort le taureau céleste.

Après la mort du taureau céleste
ils lui arrachent le cœur
ils le déposent devant le dieu Shamash en offrande
et se prosternent.

jeudi 8 octobre 2009

Hugo Viney-Thomas

Hugo Viney-Thomas, le jeune écarteur tyrossais (17 ans), vient de remporter le championnat de France des écarteurs. Cela s'est passé dimanche dernier, dans les arènes d' Aire sur Adour, devant des gradins combles, ce qui, au passage, confirme le regain de popularité de la course landaise (alors que les corridas des fêtes en ce même lieu laissent apparaître beaucoup de béton).
Lorsqu'on sait que cette épreuve, par sa longueur, par l'affrontement avec les coursières les plus redoutables, par la confrontation avec les meilleurs écarteurs, est la plus difficile de la saison, on reste étonné par la performance du jeune Hugo. Celui-ci, qui participait pour la première fois au championnat, a pris la tête du classement dès la première vache, a maintenu un haut niveau tout au long de l'après-midi, n'a subi qu'une seule chute, n'a craqué devant aucune "marraine"... pendant que les favoris, pourtant plus expérimentés (Loïc Lapoudge et Benjamin de Rovère notamment) se faisaient hacher menu comme chair à pâté.
Une victoire qui en appelle d'autres mais qu'il faudra savoir gérer avec prudence. Heureusement le garçon a l'air d'avoir la tête sur les épaules.

magnifique corps à corps entre Hugo Viney-Thomas et Rouperte (photo de Marylène, tirée du blog Passion Coursayre)

dimanche 27 septembre 2009

Paquirri

On le sait, les commémorations ont pour but de créer des repères symboliques forts qui permettent aux jeunes générations de se construire. Dans le monde de la tauromachie, chaque 16 mai on continue à évoquer la mort de Joselito. Sans doute pour nous rappeler l'incommensurable et vain orgueil de l'homme face à la nature. Oui, un toro a tué Joselito, le torero le plus savant et le plus poderoso de tous les temps! Oui, un toro a tué Paquirri, le torero le plus savant et le plus poderoso de son époque!
Il y a dans la fin tragique de Paquirri une dimension supplémentaire qui tient à sa lucidité et à sa grandeur lorsque, dans l'infirmerie des arènes de Pozoblanco, il fait face à l'affolement de son entourage, à la douleur des chairs labourées, à la mort qui vient.

Parmi les souvenirs me reviennent ses actuations à la feria de Bilbao 1979. Trente ans déjà! Je le revois face à ce sixième toro, un sobrero de Lisardo Sanchez qui était sorti comme un bœuf. On ne savait si c'était par mansedumbre ou défaut de vision toujours est-il que l'animal n'avait pas réellement chargé ni couru une seule fois lorsque Francisco prit la muleta. La bronca n'avait cessé durant les deux premiers tiers afin d'obtenir le changement du toro et continuait encore. On demandait maintenant au Gaditano d'en finir au plus vite. Vingt minutes plus tard, il franchissait la grande porte, a hombros, les deux oreilles du Lisardo en main! Par quelle alchimie Paquirri parvint-il à transformer cette bronca en triomphe, cet animal étrange en toro de combat? C'est assurément la marque des grands toreros que ce pouvoir-là.
Mais ce n'est pas tout. Au cours des deux contrats qu'il avait cette année-là à Bilbao, le maestro tua ses quatre toros de quatre grandes estocades. Le plus remarquable étant qu'à la fin de chacune de ses faenas le toro se trouva parfaitement cadré sans qu'une seule passe de aliño soit nécessaire. Et comme Francisco toréait avec l'épée de verdad l'estocade constitua, chaque fois, sans rupture d'aucune sorte, le couronnement de la domination du maestro.

lundi 14 septembre 2009

A moitié plein ou à moitié vide



Une corrida de Victorino MARTIN c'est maintenant, presque chaque fois, comme l'histoire du verre : on peut le trouver à moitié plein ou à moitié vide.
Commençons par le positif, le verre à moitié plein.
- le lot est d'un tamaño modeste mais homogène, cinq d'entre eux sont bien roulés, harmonieux, dans le type de la maison.
- braves en général au cheval sous 12 piques avec mention pour le 2 qui, après une sérieuse première rencontre, vient de loin pour une excellente deuxième pique (ovation au picador Chano Garrido). Après une forte pétition du public Porquesi sera honoré du mouchoir bleu présidentiel. Porque no? mais à condition d'être bien conscient que le toro n'était pas exceptionnel en soi, ce qui était exceptionnel - parce que trop rare - fut de voir simplement sortir un toro brave et noble. Bon toro également le 5.
- cinq toros nobles (attention là on s'approche du vide, si on se penche trop on tombe)
- le grand intérêt du sixième, Venezolano, une alimaña dont la lidia fut passionnante. Un toro déconcertant par ses changements de rythmes incessants; en effet, il alterna en permanence douceur de charge, accélérations, arrêts en milieu de suerte, brusques retours. Un vrai Chaviste.
Passons maintenant à la moitié vide du verre.
- le manque de trapío du cinquième toro, une sardine.
- la grande faiblesse du 3, frisant l'invalidité
- la grande soseria de 3 toros (les 1, 3 et 4). Manque de moyens physiques ou manque de caste? La question est posée...Personnellement, je pencherais pour le manque de caste lié à une recherche excessive de noblesse de la part des éleveurs (les trois étaient très nobles).
Heureusement qu'il y eut Venezolano pour nous rappeler, au final, qu'on avait bien assisté à une corrida de Victorino Martin et que c'est avant tout ce genre de toro qui fait la spécificité et l'intérêt de l'élevage.
La question que tout le monde se posait concernait bien sûr l'état physique et moral du FUNDI, de retour après les graves blessures que l'on sait. Alors le Fundi? Et bien, en un mot : rassurant. Certes sans brio particulier et devant deux toros nobles et fades qui, pour un torero de sa trempe, ne posaient pas de problème particulier. Mais de la confiance et de l'envie, en particulier avec son second. Le Fundi n'est pas fini et on peut espérer le retrouver tel qu'en lui-même la saison prochaine.
Alberto AGUILAR s'est inscrit dans la catégorie des bons seconds couteaux à qui l'on peut faire confiance pour animer l'après-midi.
David MORA se verrait davantage dans le rôle de l'artiste (magnifiques véroniques à son premier, c'est si rare) mais il n'éluda pas le combat avec le 6 même si son mince bagage ne lui permit pas de s'imposer au toro.

Porquesi face au piquero

lundi 7 septembre 2009

La corrida de Pedro Cordoba - citations

L'auteur souhaite donc un lecteur à la fois neutre et curieux, un non-aficionado qui ne se sente pas tenu de déverser des bannes d'injures sur ceux qui voient dans la corrida le plus beau spectacle du monde et y trouvent une exigence de courage et de vérité, peu habituelle dans une société où abondent les formes stéréotypées et maussades de l'imaginaire, la tarification de bonheurs insignifiants et les consensus majoritaires que suscite toujours l'absence de désirs. (Introduction, p.10)

La corrida émerge lentement dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, se développe, s'organise et se codifie tout au long du XIXème et son esthétique, telle qu'on peut l'apprécier aujourd'hui, a été créée par le torero Juan Belmonte peu avant 1920. La tradition, si tradition il y a, est particulièrement courte. Comme le flamenco - dont la chronologie est strictement parallèle - la corrida est un art contemporain. (La corrida, ça remonte à la nuit des temps, p. 13)

Les 450 000 hectares aujourd'hui consacrés en Espagne à l'élevage des taureaux de combat constituent des écosystèmes complexes où le taureau est roi mais où existent aussi une flore et une faune très variées, souvent en danger d'extinction. Actuellement préservé grâce à la corrida, cet espace naturel - la dehesa - serait lui aussi condamné à disparaître dans sa quasi-totalité. On trouverait à la place des OGM, des autoroutes et des lotissements. (Je suis écologiste, il faut laisser vivre les taureaux, p. 63)


Écologie et féminisme sont devenus deux forces politiques majeures, deux pouvoirs dans nos sociétés. Nul ne songerait à s'en plaindre si, les minant de l'intérieur, ne se manifestait en leur sein la tendance à communier dans les platitudes du "politiquement correct". Du coup, leur force de contestation s'en trouve érodée. Et ces mouvements finissent par basculer dans un conformisme du consensus où chacun peut se reconnaître, à condition de renoncer à penser par soi-même. C'est à cause de cette "pensée chewing-gum", infiniment sensible à l'air du temps, que les écologistes sont très majoritairement hostiles à la corrida alors qu'ils devraient la défendre. (Je suis féministe, la corrida, c'est pour les machos, p. 65)

Mais, pour l'heure, le combat, si peu démocratique, dans lequel sont engagés les militants anti-corrida, est déjà perdu : dans les régions où il est devenu signe d'identité locale, l'amour des taureaux ne fait que se développer. Parce que la corrida est un phénomène contemporain et aussi - mais ceci implique cela - parce qu'elle oppose des valeurs universelles à ce qu'il y a de plus irrespirable dans le monde actuel. (Conclusion, p. 121)

dimanche 6 septembre 2009

La corrida de Pedro Cordoba


Beau programme que celui de la collection "idées reçues" aux éditions Le Cavalier Bleu. Prendre les idées reçues pour point de départ, déceler leur raison d'être ou tenter de les déconstruire, tel est l'objectif de ces petits livres concis et percutants.
La corrida, particulièrement riche en idées reçues, était évidemment un sujet en or pour une telle collection. C'est Pedro Cordoba, maître de conférence à la Sorbonne qui s'y frotte avec un bonheur certain. De "Les Arabes ont amené la corrida en Espagne" jusqu'à "Le jeu est truqué, le taureau n'a aucune chance", en passant par "Je suis écologiste, il faut laisser vivre les taureaux", une vingtaine de propositions sont passées au crible de l'analyse historique et sociologique, pour être parfois justifiées ou nuancées, le plus souvent contredites.
Idéal pour offrir à vos beau-parents, beau-frère, belle sœur, gendre ou bru etc. qui vous prennent pour un drôle d'hurluberlu parce que vous préférez passer vos dimanches après-midi assis sur les gradins d'une arène plutôt que dans leur salon de jardin.
Le point faible du livre m'a paru être, surtout dans sa partie finale, l'excès de références théoriques et intellectuelles, un peu pesantes et donc susceptibles de rebuter une partie des lecteurs à qui s'adresse l'ouvrage. Le paradoxe veut que c'est peut-être cela qui en fait aussi un livre très intéressant à lire par les aficionados.

mardi 1 septembre 2009

Le frisson de la caste


Dès leur sortie en piste, il était perceptible, ce je-ne-sais-quoi qui fait la caste des toros braves. Ce petit frisson qui parcourt le toro de la pointe de la corne jusqu'à l'extrémité de la queue et qui impose aussitôt le respect dans le ruedo et sur les gradins. Il est précieux, ce frisson-là, d'autant qu'il est rare, à une époque où les éleveurs, pour complaire aux figuras, s'acharnent à l'ôter de leurs toros. Aussi l'ovation unanime qui monta à la fin de la course vers Cristina Moratiel, la responsable de l'élevage de Baltasar IBAN, est-elle le témoignage de reconnaissance de l'aficion pour nous avoir offert ce petit miracle : le combat de six novillos con casta, bravoure et noblesse.
Pour des débutants, la confrontation avec la caste est une épreuve de vérité qui tient presque du passage initiatique. Une mise à nue à laquelle chacun fit face avec ses moyens du moment.
Pour Angelino de ARRIAGA, ce fut l'échec. Une incapacité à supporter la charge galopante du 4 qui l'obligea à rompre et à se replier sans cesse. Pourtant il me semble qu'au passage le toro lui murmurait : "Reste tranquille, ne bouge pas, regarde comme je reviens vers la muleta à la fin de chaque passe, si tu restes quieto tu vas faire rugir le public de plaisir." Angelino a essayé mais il n'a pas pu. Échec digne, d'autant qu'il tua excellemment son premier.
Je n'ai pas compris la stratégie de Thomas DUFAU au second novillo de l'après-midi qui avait montré une grande bravoure au cheval sous deux piques poussées longuement. Le Landais construisit sa faena dans le terrain des tercios avec des cites rapprochés et un toreo de proximité qui étouffèrent en permanence le novillo. Stratégie délibérée par peur d'être débordé par la caste de son adversaire? En tout cas, sa réticence à toréer au centre et à citer de verdad m'a paru témoigner d'un manque d'ambition inquiétant. Une méchante vuelta de campana à la sortie de la deuxième pique laissa certainement des séquelles au cinquième qui avait montré jusque là une grande caste qu'il confirma au moment de la mort en luttant debout jusqu'au dernier instant. Il n'y eut pas de desquite possible.
Juan del ALAMO fut donc le seul à être capable de tenir le sitio et à toréer en tirant le toro au maximum et en liant les passes. Il y eut dans la faena au sixième, lorsque sa muleta réussit à s'accoupler avec le noble galop du novillo, des moments d'intensité extraordinaire. Le frisson de la caste, celle du toro et du torero réunis.

photos : une belle entrée
le second novillo de Baltasar Iban (marqué à gauche selon la tradition de l'élevage)

jeudi 27 août 2009

Les derniers jours du monde




Dans ce road movie décalé de science-fiction apocalyptique, on sent que les frères Larrieu se sont bien amusés. Et nous aussi par la même occasion. Nous voilà entraînés à la suite de Robinson Laborde (Mathieu Amalric) dans des pérégrinations érotico-tragiques dans le sud de la France et le nord de l'Espagne. L'occasion pour les cinéastes de nous montrer la San Fermin. En effet, Robinson se retrouve par hasard à Pampelune en pleine feria. Ce qui nous vaut de magnifiques images du chupinazo et de l'encierro ainsi qu'une réplique drolatique de Catherine Frot (Ombeline) qui l'accompagne et découvre les habitudes locales : "C'est une ville bien étrange, tout de même!" Pas de scène de corrida en revanche car Robinson ne réussit pas à se procurer de place. Dommage!
La fin du film est un peu longue et tarabiscotée comme si les réalisateurs lourdais avaient eu du mal à cesser le jeu : il faut savoir arrêter une faena à temps! Il n'en reste pas moins que le film m'a laissé une impression étrange et profonde de malaise teinté de jubilation.

mardi 25 août 2009

Trois jours à Bilbao au cœur du fiasco


Mardi : toros de Fuente Ymbro pour El Cid, Sébastien Castella, Miguel Angel Perera
Mercredi : toros de El Ventorrillo pour Enrique Ponce, Sébastien Castella, José Maria Manzanares
Jeudi : toros de El Tajo et La Reina pour Enrique Ponce, Morante de la Puebla, El Cid

Toros de FUENTE YMBRO : très bien présentés mais très décevants, sans caste, sans présence au cheval, une désillusion
Toros de El VENTORRILLO : très bien présentés, mansos, âpres, rajados, distraits, fuyards, sortant de la muleta pour se réfugier aux barrières, un véritable fracaso ganadero.
Toros de El TAJO et La REINA, propriété de José Miguel Arroyo qui se présentait à Bilbao en tant que ganadero : braves au cheval, le troisième très encasté, les autres allant a menos.

Enrique PONCE a donné son annuelle leçon de tauromachie dans la cátedra bilbaina. On l'admire, comme on admire le savant exposé d'un professeur qui s'exprime parfaitement. Mais on a du mal à s'émouvoir... sauf lorsque le maestro, pris à partie par un spectateur turbulent et irrespectueux ("arrimate" osa-t-il lui crier), se fache. Tueur calamiteux. Fracaso complet de sa cuadrilla : banderilles à l'unité et toro relevé trois fois de suite à la puntilla.
Morante de la PUEBLA : trois derechazos trois, mais trois derechazos de Morante...; apporte la passion dans l'arène : bronca et forte division d'opinions.
El CID : parvint à masquer aux yeux du grand public sa difficulté actuelle à toréer de verdad; n'a pas pu avec le bon et exigeant toro de Joselito. En revanche tueur sûr.
Sébastien CASTELLA : quatre toros difficiles (par absence de caste) avec lesquels il n'a jamais trouvé la solution. Un échec qui montre que Sébastien n'a pas encore atteint sa pleine maturité.
Miguel Angel PERERA : bonne faena au troisième, con aguante y mando, améliorant et dominant le toro (vuelta). Largement au-dessus du Perera indulteur.
José Maria MANZANARES : bonne faena et bonne estocade (une oreille)

Les véritables triomphateurs de ces trois jours, les banderilleros qui ont donné un récital de courage, poder y arte : Curro MOLINA, Joselito GUTIERREZ, Juan José TRUJILLO, Luis BLAZQUEZ, Curro JAVIER et ALCALARENO.
NB photos magnifiques sur Campos y Ruedos

lundi 24 août 2009

La noblesse des Saltillo

La grande noblesse du lot de novillos d'Adolfo Martin lidié à Dax pendant la feria en a surpris plus d'un, à commencer par moi-même. Six novillos qui mettent la tête dans la muleta et vont jusqu'au bout de leur charge, c'était à vrai dire assez inattendu. Le bémol, c'est qu'ils ont manqué d'un peu de poder pour être un grand lot. Est-ce que ce manque de poder témoigne d'une édulcoration de leur caste? C'est possible, mais on peut aussi penser que la maigreur, l'absence de muscle de l'ensemble du lot y est pour quelque chose. Il est d'ailleurs étonnant, à l'heure où la plupart des ganaderos produisent davantage de viande que de caste, de voir un lot si peu en chair. Une pitié pour les bouchers!
Toujours est-il que cette noblesse, on la retrouve également chez certains Victorino, mais aussi chez les pupilles de José Joaquin Moreno de Silva (saltillos en ligne directe) - cette année à Madrid, Parentis - novillo primé, et tout récemment à Carcassonne.
Sans doute faut-il se rappeler que les toros du Marquis de Saltillo ont été mis à la mode par Guerrita à la fin du XIXème siècle en raison de leur taille et de leur puissance réduites. Ils étaient pour les figures de l'époque une alternative aux Veragua, Miura et autres jijones. En somme, les domecqs d'aujourd'hui.
N'oublions pas non plus que, jusque dans les années 70, les vedettes se disputaient les Buendia, dont une partie est issue de l'apport saltillo.
Nul ne sait ce que sera l'avenir de cet encaste; il est bien sûr à craindre que la recherche d'une trop grande noblesse ne les mène au descastamiento comme on peut en constater chaque jour les ravages chez les domecqs.
Pourtant, entre noblesse assumée, caste piquante, mais aussi nécessaires alimañas, les lendemains peuvent encore chanter pour les Saltillo.

dimanche 23 août 2009

Javier Cortés

On suit parfois un jeune torero avec plus d'attention que les autres. Souvent par le fait du hasard. On a assisté à ses premiers pas et il nous a ému; un lien ténu qui ne demande qu'à se renforcer s'est ainsi créé.
Il y a trois ans, en matinée, dans les arènes de Roquefort, Javier Cortés avait affronté un eral manso de Malabat avec une telle entrega et une telle verdad que tous les aficionados présents avaient pensé qu'il y avait de la graine de torero chez ce gamin-là.
Depuis j'ai eu l'occasion de le revoir puisqu'il a poursuivi, avec des hauts et des bas, une carrière honorable de novillero qui se forge à la force du poignet. A Roquefort, le quinze août dernier, il a toréé son premier La Quinta avec toute la douceur et le temple que requerrait un novillo incertain, au point de construire une faena convaincante et de faire paraître son adversaire meilleur qu'il n'était. Puis, avec le quatrième, un excellent exemplaire comme on désespérait d'en voir à nouveau chez l'élevage de Palma del Rio, une faena avec beaucoup de ligazon malgré quelques difficultés parfois, car le novillo avait de la caste et ne pardonnait pas la moindre erreur. Pourtant, les deux fois, en raison du maniement catastrophique des épées, il entendit les sifflets du public et regagna les barrières la rage au ventre et les larmes aux yeux. Deux jours plus tard, à Dax, à nouveau une bonne faena face à un très noble Adolfo Martin et nouvel échec à l'épée.
Javier Cortés a du courage, de la technique, de la sincérité, du temple; c'est sans doute actuellement le novillero le plus intéressant (avec Juan del Alamo) du modeste escalafon novilleril et pourtant, avec ses déficiences à l'épée (accentuées par sa petite taille), on a du mal à envisager pour lui un avenir glorieux... JC, un espoir sans avenir?

mercredi 12 août 2009

Un week-end aux arènes (3)

Dimanche : Parentis, final aigre-doux


Ce qui fait parfois l'intérêt (voire le charme) de certaines courses c'est leur côté rendez-vous manqué, malentendu, quiproquo. Je me souviens d'une corrida de septembre à Dax - ce n'est pas si vieux mais me paraît aujourd'hui dater d'avant le déluge - où Emilio Muñoz et Julio Aparicio s'étaient retrouvés face à un lot âgé, armé et bourré de mala casta de Manolo Gonzalez. Inutile de dire qu'on ne vit pas la moindre cosita artistique et que l'affaire fut rondement expédiée malgré les protestations outrées de l'innocent public dacquois. On dut même faire appel aux forces de l'ordre afin de protéger la sortie d'Emilio Muñoz dont la concision remarquable n'avait pas été appréciée par tous.

Mais la situation inverse peut aussi se produire. Comme à Parentis ce jour...
En raison de leurs précédentes sorties en cette même plaza, on attendait un lot terrible de RASO DE PORTILLO dont on espérait qu'il allait tout casser lors du premier tiers. Las, le premier novillo se chargea de mettre les pendules à l'heure (l'heure du toro moderne). Un bicho sans trapío, monopiqué et qui passa, malgré sa faiblesse, l'essentiel de sa vie publique le museau au raz du sol prêt à suivre tout chiffon qui passait à sa portée. Imaginez la consternation sur les étagères. De fait, c'est la noblesse qui fut la qualité principale du lot avec en point d'orgue le troisième, un toro pour chanter le toreo.
Et comme, en outre, la terna du jour n'était armée ni pour la guerre, ni pour la paix, la tarde tourna à la déconfiture.
Carlos Guzman, pourtant vu à son avantage ici-même l'année dernière, semble avoir abdiqué toute prétention à devenir torero.
Felix de Castro donnait l'impression de fouler pour la première fois de sa vie le sable d'un ruedo. La bonté du second lui permit de donner de bonnes naturelles qui semblaient le surprendre lui-même au fur et à mesure qu'il les donnait.
Quant à Santiago Naranjo, avec un sorteo de rêve, il abusa du registre pueblerino et tua ignominieusement de deux bajonazos.
Voilà comment, avec un lot pas si mauvais qu'il en avait l'air, avec trois despistados dans le ruedo, et devant un public venu pour autre chose que ce qu'on lui proposa, arriva la fiasco.

mardi 11 août 2009

Un week-end aux arènes (2)

Samedi : Parentis, plat de résistance

Pari osé que celui de la novillada-concours et au final une belle réussite, devant une arène comble.
Des novillos parfaitement dans le type de leur encaste. Absolument magnifiques le Partido de Resina (como no), Prieto de la Cal (precioso jabonero claro) et Salvador Guardiola (noir au poil luisant). Grande ovation pour les trois à la sortie du toril.
Tous les novillos prirent trois à quatre piques après avoir été, en général, remarquablement mis en suerte.
Somptueuse sortie de toro encasté pour le PARTIDO DE RESINA qui prit les piques avec alegria mais sans réellement pousser. Bronco à la muleta.
Le PRIETO DE LA CAL eut lui aussi une sortie tout feu tout flamme, puis il poussa par à coup sous le fer et se montra difficile au troisième tiers.
Le MORENO DE SILVA, cárdeno, fit preuve de bravoure et de noblesse. Il fut même pastueño dans la muleta de Francisco Pajares. A lui le prix au meilleur novillo.
Mais l'exemplaire de Salvador GUARDIOLA l'aurait mérité tout autant. Il ne fut pas économisé aux piques ce qui ne l'empêcha pas de charger jusqu'au bout au dernier tiers. Il était porteur de la bonne caste des Villamarta qui, chez les toros du même fer, est, à mon avis, trop souvent étouffée par un excés de poids.
Manso, le pupille colorado d'Alonso MORENO.
Enfin, le COQUILLA DE SANCHEZ ARJONA, à l'armure discrète, montra bravoure et noblesse atténuées par trop de soseria.

Chez les hommes, Daniel MARTIN actua en vrai novillero, vaillant, opiniâtre même, jusqu'à la cogida, mais brusque dans le maniement des leurres et fatal à l'épée.
Julian SIMON, discret en tout.
Francisco PAJARES m'a semblé être un imitateur de José Tomas. Il va même jusqu'à cultiver une certaine ressemblance physique, avec chevelure ad hoc. Il en a aussi - ce qui est plus intéressant - la douceur et le temple. Par ailleurs, piètre estoqueador.

lundi 10 août 2009

Un week-end aux arènes (1)

Vendredi : Bayonne, mise en bouche

On sait que le plus important dans ce genre de corrida (cartel cumbre, la corrida la plus attendue de l'année dans le Sud-Ouest) ce sont les toros. D'eux vont dépendre la réussite et (ou) le sérieux de l'après-midi.
Donc, tout de suite, un bémol : le lot de toros d' El Pilar est sans trapío, de plus certaines armures sont suspectes d'afeitado.

El FUNDI, le pundonor
Une faena toute de douceur à son premier pour dire : "Moi aussi je peux avec ces toros-là." Et, à son second, un coup d'épée pour dire : "El Fundi, torero del pundonor".
Une actuation rassurante donc, mais il faudra que le Fundi réapprenne à toréer sans crier.

José TOMAS, la personnalité
Sincérité totale, toreo hors du commun, personnalité; quoique fassent les autres, José Tomas est ''au-dessus''. En fait il se situe dans une autre dimension à laquelle ses compañeros, aussi brillants soient-ils, n'ont pas accès.
Mes rendez-vous avec JT sont rares (le dernier à Saint Sébastien en 2007) et l'étreinte inachevée d'aujourd'hui suscite en moi le désir impérieux de le revoir. Bilbao, dans quelques jours, aurait été le lieu idéal pour une nouvelle rencontre, mais il a dédaigneusement décliné l'invitation... je resterai donc avec ma frustration.

Sébastien CASTELLA et l'agnelet
Objectivement, Sébastien Castella a donné une très bonne faena à un toro très noble, le public a réagi avec enthousiasme et, après une mise à mort moyenne, le torero français a coupé deux oreilles.
Personnellement, je ne suis pas rentré dans sa faena. Sans doute y avait-il trop peu de toro, offrant trop de facilité avec sa charge comme réglée à l'avance.
Et puis on a failli revivre le syndrome Desgarbado. A la fin de la faena, un véritable sentiment de miséricorde a envahi une partie du public : on ne pouvait pas tuer un tel agnelet. Mais Bayonne n'est pas Dax, la pétition d'indulto fut bruyante mais largement minoritaire et, malgré les mimiques démagogiques du matador qui voyait là l'occasion d'un triomphe à bon compte, c'est à dire sans le risque de la suerte de matar, la majorité du respectable (et le président) opta pour la logique du réel : les innocents aussi doivent mourir.

dimanche 2 août 2009

A propos d'Orthez, Tyrosse, Beaucaire

Je n'ai assisté à aucune des courses proposées par ces plazas et ne porterai donc aucun jugement sur ce qui s'y est déroulé.
Je voudrais simplement souligner à quel point il me paraît important que ces trois arènes - dont les dates coïncident malencontreusement pour les aficionados - puissent continuer, chacune avec sa personnalité, à organiser des spectacles dignes et ambitieux, de ceux qui mettent en valeur le señor toro et par là même le courage et l'art des hommes qui l' affrontent. La voie est certes difficile parce que les aficionados sont, à juste titre, exigeants et parce qu'aussi tout le monde n'a, semble-t-il, pas intérêt à ce que certaines expériences réussissent.
Des trois plazas, Tyrosse est celle qui a le passé le plus prestigieux. On y a vu ces dernières années des Palha, Miura, La Quinta, Mayalde, Charro de Llen, Escolar Gil, avec quelques tardes qui ont marqué les esprits, en particulier celles de Palha et de Mayalde. Cette année le cartel était mi-figue, mi-raisin. Quel dommage de n'avoir pas osé les Dolores Aguirre, un temps prévus! L'année prochaine peut-être...
A Beaucaire, Fernandez Meca, dans son nouveau costume d'empresa, a joué de malchance : "son torero" blessé, El Fundi et les Victorino pas dans leur meilleur moment, n'ont pas permis la réussite d'une corrida très prometteuse...sur le papier. Mais les arènes étaient pleines (il le fallait car le cartel n'était pas barato) ce qui devrait conforter Beaucaire dans sa démarche.
Enfin Orthez qui a exprimé la volonté de promouvoir des principes qui ne peuvent que réjouir les aficionados : indépendance de l'organisation, désir de valoriser le premier tiers, souci d'une action éducative auprès du public, enfin choix d'élevages et de toreros qui sortent de l'ordinaire. Pour avoir traîné mes crampons sur les terrains de rugby du Béarn profond, je sais qu'on a, dans le pays, la couenne dure et la défaite mauvaise. C'est pourquoi je crois qu'on peut faire confiance aux Orthéziens pour l'avenir, ils auront à cœur d'effacer cette déception initiale.

samedi 25 juillet 2009

Madeleine 2009 (3)

Jusque là la feria a été bonne, au moins aussi réussie que celle de l'an dernier mais...

Mardi : La corrida de la honte

Honte pour les organisateurs, Simon Casas et Marie Sara, qui ont tenté, au final, de faire passer la corrida telle qu'ils la conçoivent : des toritos indécents pour triomphes à gogo(s).
Honte pour les responsables montois qui se sont humiliés en n'osant pas dire non.

Honte pour l'éleveur, Fernando Domecq. Comment peut-on en arriver à produire ça et à oser le présenter au public. 6 animalcules mal foutus, certains si chétifs qu'on avait envie de leur tendre une poignée d'avoine; qui plus est affublés de cornettes comme plantées sur le frontal au hasard. Et le moral à l'avenant : grattant, trébuchant, refusant de charger.

Honte enfin aux matadors et en particulier à celui qui est en position de force, El Juli, toujours dans les mauvais coups en ce qui concerne la présentation du bétail.

Bronca finale à l'éleveur, aux organisateurs... pour que cela ne se reproduise plus...

vendredi 24 juillet 2009

Madeleine 2009 (2)


Lundi matin : Un duo qui fonctionne

Thomas DUFAU et Mathieu GUILLON, les deux jeunes novilleros landais, ont montré qu'ils avaient suffisamment de bagage technique mais aussi d'entrega et de sens du spectacle pour pouvoir tourner dans le circuit des novilladas de France et d'Espagne et continuer ainsi leur apprentissage.
Thomas DUFAU se montra classique et élégant face à ses deux adversaires. On peut toutefois lui reprocher d'être passé un peu vite, face à son second novillo, à la tauromachie encimiste. Il coupa les deux oreilles d'un novillo à l'innocence rêvée par qui débute dans sa ''capitale''.
Mathieu GUILLON, plus léger et pétillant, m'a paru excellent aux banderilles, mais il se montra trop nerveux face au seul novillo retors de la matinée.
Les pupilles d'Enrique PONCE, de présentation correcte, monopiqués, furent nobles et mobiles à l'exception du dernier qui avait du piquant. Le second de Thomas Dufau fut gratifié par la présidence d'une vuelta ridicule.


Lundi après-midi : Questions

Encore une corrida de haut niveau grâce à un lot de cinqueño de Samuel FLORES. Leur bonne sortie du jour devrait redorer un blason qui avait un peu terni au cours des dernières temporadas. Les uniques toros d'origine Gamero Civico à paraître dans les grandes ferias ont leur personnalité et leur intérêt même si le fil sur lequel repose leur bravoure est ténu, à tel point que l'on se demande parfois, en observant certains de leurs comportements si l'on a affaire à des bœufs de labour ou à des toros de combat. Côté bœuf, leur sortie paisible, comme quittant à regret la tranquillité de leur étable, puis, dans la cape, les fuites éperdues, les bonds, la tête qui part d'un côté, les pattes de l'autre, enfin dans la muleta, chez certains, un excès de soseria, de douceur qui s'apparente plus au descastamiento qu'à la noblesse. Mais on vit aussi des toros au trapío imposant, la tête fier levée, douze piques sérieuses, certaines prises en mettant les reins, de la mobilité et de la noblesse encastée, en particulier chez Chiquillon, le cinquième.
Fallait-il pour autant que le président sorte le mouchoir bleu? A mon avis, sur ses qualités propres Chiquillon était un toro de vuelta. Il prit deux grosses piques, dont le but était de le détruire, sous lesquelles il poussa sans relâche. Paradoxalement, alors qu'il avait trébuché dans la cape du Cid, il en sortit tout ragaillardi et ne cessa dès lors de galoper avec noblesse sur les deux cornes dans la muleta du Sévillan. Mais ce toro n'a jamais été mis en valeur, en particulier au premier tiers où il prit les piques sans avoir été mis en suerte. Il a cherché les barrières en fin de faena. Personne dans le public ne demanda la vuelta. Alors, une belle ovation à l'arrastre aurait peut-être suffi.

Énorme succès populaire d'Enrique PONCE (trois oreilles). La maestria du Valencien semble incombustible. Tant mieux pour nous.
El CID remontera-t-il la pente? Difficile en tout cas de tomber plus bas qu'à son premier adversaire, un toro gazapon, devant lequel il erra comme une âme en peine avant de l'abattre d'une des plus laides estocades que j'ai vue de ma vie d'aficionado.
Il fit, face au toro de la vuelta, bonne figure. D'abord par un début de faena par le bas muy torero, puis en restant toujours maître de la situation, enfin en tuant bien (oreille). Mais on était loin du meilleur CID : les séries étaient accélérées et le maestro toujours à distance des cornes. Hier, Sergio Aguilar avait montré comment, dans une même série, par la grâce du temple et de l'engagement - c'est a dire de la contrainte sur la charge du toro - on pouvait progressivement passer d'un toreo rapide à une dernière passe d'une grande lenteur.
Salvador VEGA peut-il réintégrer le groupe des figures? Il montra à son premier qu'il n'avait rien perdu de la qualité de son toreo...mais il n'y avait pas de toro en face et lorsqu'il y en eut un (le sixième) tout s'effilocha...
photos :
Thomas Dufau dans un derechazo
novillo d'Enrique Ponce

jeudi 23 juillet 2009

Madeleine 2009 (1)

Je n'ai pas assisté aux corridas de vendredi et samedi. De l'avis (quasi) général, les Victoriano del Rio étaient de la branche sérieuse de l'élevage et Sébastien Castella a si bien toréé qu'il semble avoir convaincu les plus sceptiques à son égard.


Dimanche : caste, toreo, estocades

Grande corrida que celle de dimanche où tous les éléments d'une journée mémorable étaient réunis : toros, toreros, public.
Bien que sans toro complet, le lot de FUENTE YMBRO constitua, par sa variété de comportement et son sérieux, la matière première à partir de laquelle l'émotion fut sans cesse présente, permettant à chaque torero d' exprimer ses qualités et ses limites.
Mes préférés : Caldero le premier et Taranta le troisième, celui-ci né en août 2003 et donc tout près de souffler les six bougies(!). Trois piques pour chacun. Assorties de deux chutes à l'actif de Calderero dont la bravoure brute n'était pas exempte de malignité. Grand tercio pour Taranta (avec le bémol d'être sorti seul de la seconde pique), excellemment piqué par Luis Miguel Leiro (grade ovation et salut) et mis en suerte comme il se doit par Luis BOLIVAR. Leur poder et leur férocité étaient si manifestes qu'ils firent frissonner les gradins d'émotion durant la totalité de leur combat. Emotion saine car, face à eux, se trouvaient deux professionnels (Julien LESCARRET et Luis BOLIVAR) conscients et capable de les lidier avec oficio.
Les quatre autres toros prirent deux piques chacun et firent preuve de noblesse au troisième tiers. Avec une charge vibrante sur les deux cornes pour Marques (sixième). Allant a menos pour Volante le cinquième, mais Sergio AGUILAR avait beaucoup exigé de lui. Révélée dans la cape de Morenito d'Arles lors d'un trop long tercio de banderilles mais inexploitée par la suite pour Huron (quatrième). Finalement seul Libertador sorti en deuxième position, à la noblesse fade, dépareilla le lot.

Respect pour Julien LESCARRET qui fit face avec sang froid au galop encasté mais sournois de Calderero. Le public ne s'y trompa pas et l'ovationna chaudement après une belle estocade. Pour Julien les problèmes surgissent lorsqu'il se retrouve face à un toro noble comme son second. Il pâtit alors d'un manque d'aguante qui l'empêche de templer les charges. Qui l'aidera à progresser à la muleta?
Après-midi triomphale pour Sergio AGUILAR (trois oreilles). Élégance, sincérité, temple, grandes estocades : une tauromachie de haut niveau.
Merci à Luis BOLIVAR pour avoir parfaitement mis en suerte Taranta par trois fois au premier tiers. Bonne faena à Marques et grand coup d'épée pour terminer (deux oreilles).

vendredi 10 juillet 2009

Luis Buñuel

A lieu actuellement à la cinémathèque de Paris, et ce jusqu'au 2 août, une rétrospective des films du génial cinéaste aragonais. Parallèlement, trois de ses films (L'ange exterminateur, Viridiana et Simon du désert) sont ressortis sur les écrans. Belle occasion pour se replonger dans l'œuvre de celui qui fut un des cinéastes les plus créatifs du XXème siècle (on trouve également en dvd l'essentiel de sa filmographie).
Quel était le rapport de Buñuel avec les toros? Sans doute assez distant. On peut penser que le côté "Espagne de pandereta" que la corrida porte inévitablement en elle devait l'horripiler grandement. La tauromachie est, en tout cas, assez peu présente dans son œuvre et dans ses propos. Il n'en dit quasiment rien dans son livre de souvenirs Mon dernier soupir. Lorsqu'il en parle, c'est toujours indirectement, en rapport avec ses amis : il fut très lié avec Federico Garcia Lorca, avec José Bergamin et connut également Luis Miguel Dominguin, en particulier lorsqu'il fit tourner, dans Cela s'appelle l'aurore, la très belle Lucia Bose, alors jeune épouse du torero.
Il y a pourtant une importante séquence taurine dans La fièvre monte à El Pao, film mexicain de 1959 avec Gérard Philipe. On y voit une longue scène de corrida au cours de laquelle est combattu - si ma mémoire est bonne - un toro lucero (un Barcial?). Le procédé est un peu lourd (défaut rare chez Buñuel) mais ne manque pas d'intérêt pour l'aficionado. Joseph Losey, dans L'assassinat de Trotsky, utilisera d'une manière identique la métaphore taurine.
Au début de Los Olvidados, les enfants jouent à la corrida dans un terrain vague de leur quartier misérable.



Dans La vie criminelle d'Archibald de la Cruz (Ensayo de un crimen), c'est le simple portrait d'un torero, au-dessus d'une paire de banderilles, qui évoque le thème taurin. Nous sommes dans l'appartement d'une coquette et Archibald l'interroge :
- Quien es este torero?
- Mejillo, me brindó un toro que le mató de una cornada en la boca.

Enfin dans Cet obscur objet du désir, son dernier film (1977), un passager, dans le compartiment d'un train, tente d'engager la conversation avec un nain qui vient de prendre place :
- Est-ce que vous n'étiez pas à la corrida dimanche?
- Si, impossible de me confondre avec un autre.

Je n'ai pas souvenir d'autres références taurines dans l'œuvre de Luis Buñuel, mais certaines ont pu m'échapper. Si d'éventuels lecteurs sont plus perspicaces...


mercredi 1 juillet 2009

Le taureau de Pair-non-Pair


C'est un doux paysage de collines calcaires plantées de vignes. Au loin, en contrebas, on aperçoit parfois les eaux limoneuses de la Dordogne ou de l'estuaire de la Gironde. Cette torride fin du mois de juin convient parfaitement aux cabernets et merlots qui donneront dans quelques mois l'excellent (et financièrement très abordable) Côtes de Bourg. Parfois, une colline éventrée rappelle que c'est avec les pierres d'ici que les Romains d'abord, puis les riches armateurs et négociants, ont bâti Bordeaux.
Dimanche est jour de toros et, à l'heure où, à Saint Sever, combattaient les novillos de Fuente Ymbro, j'avais, dans cette campagne idyllique, rendez-vous avec un magnifique taureau qui, depuis 30 000 ans, est gravé sur les parois de la grotte de Pair-non-Pair. Bien armé, le morillo proéminent, ensellé, il partage la fraîcheur des lieux avec d'autres animaux. A l'émotion liée à la présence de ce taureau s'ajoute, bien sûr, celle des autres gravures : bouquetins, chevaux, mammouths ainsi qu'un rare mégalocéros. Mais aussi l'émotion suscitée par l'intérêt historique de la grotte. Il s'agit en effet d'une des rares grottes ornées qui a également été, pendant des millénaires, habitée par les hommes préhistoriques. En outre les gravures (il n'y a pas de peintures) sont parmi les toutes premières effectuées par la main de l'homme.

dimanche 21 juin 2009

Corrida de La Brède 2009

6 toros d'Adelaida Rodriguez pour Julien Lescarret (une oreille, une oreille), Fernando Cruz (silence, deux oreilles) et Joselito Adame (silence, deux oreilles).
Salut de Morenito de Arles aux banderilles et bonne actuation des banderilleros en général.


Sans atteindre les hauts sommets, on ne s'est pas ennuyé dans la portative de La Brède. Bien sûr, le nombre de trophées coupés est à mettre en relation avec la catégorie de la plaza.
Les toros d'Adelaida RODRIGUEZ (7 piques, 1 chute) sont correctement présentés et tenaces sous ''la'' pique. A l'exception du troisième, invalide, tous eurent leur intérêt. Le second, brave au premier tiers (chute au premier assaut puis belle pique) chercha l'homme en permanence à la muleta.
Rassurant m'a paru l'impact auprès du public de la faena engagée de Fernando CRUZ face au cinquième. Le Madrilène montra de l'enthousiasme et eut les plus beaux gestes de l'après-midi. Rien ne fut totalement abouti car le toro était brusque et le matador torée peu mais on sent chez ce torero d'immenses possibilités qui, hélas, ont trop peu d'occasions de voir le jour.
Julien LESCARRET fut bon avec la cape, c'est incontestablement son point fort. A la muleta, avec deux toros nobles et pleins d'allant (à lui le meilleur sorteo du jour) son toreo fut plaisant mais resta superficiel et limité dans sa dimension artistique.
Joselito ADAME brilla à la cape (beaux quites par chicuelinas puis par zapopinas) et tua le dernier d'une belle entière.

mardi 9 juin 2009

Découvertes capsylvaines


Un lot de FUENTE YMBRO, c'est l'assurance de voir du domecq sérieux. Pas très engagés sous une quinzaine de piques mais solides (sauf l'ultime) et offrant tous des possibilités au troisième tiers, les novillos ont permis le déroulement d'une novillada entretenida. La palme au troisième pour sa noblesse et au quatrième pour sa mort sublime, résistant, au centre de la piste, jusqu'à son dernier souffle.
Deux novilleros ont laissé entrevoir de réelles possibilités. Étant donné la discrétion de l'actuel escalafon novilleril, on devrait avoir l'occasion de les revoir dans la région.
Patrick OLIVER s'est beaucoup laissé tutoyer la muleta, mais son placement souvent sincère, son toreo classique, sans tape-à-l'œil, et sa volonté donnent envie de le revoir. (une oreille)


Le jeune Mexicain Angelino de ARRIAGA a constitué, lui aussi, une agréable découverte. Il combine l'alegria et la variété de répertoire propres à la tauromachie mexicaine avec des capacités artistiques qui donnent parfois à son toreo une allure morantiste. (trois oreilles)


Perdue au bout d'un chemin, à la lisière de la vaste forêt landaise, la placita de Captieux a son charme. On y surprend des propos étonnants. Au moment de la mise à mort, le novillero, dans la zone où sont tracées les raies des picadors, éprouve quelques difficultés à fixer son adversaire. Devant moi, la conversation s'engage :
Lui, dans un bel élan pédagogique, s'adresse à sa voisine qui ne lui demandait rien : "Pour tuer le toro, le matador doit le placer entre les deux raies.
Elle, dubitative : Et sinon ?
Lui : Sinon, je crois qu'on lui enlève des points."
photos velonero
paseo à Captieux
Patrick Oliver
banderilles d'Angelino de Arriaga




vendredi 5 juin 2009

Des toros en Gironde

Juste après Vic, c'est la Gironde, terre de tradition taurine qui donnera deux courses aux cartels remarquables.



CAPTIEUX
dimanche 7 juin à 17h
novillos de Fuente Ymbro
Javier Cortes - Patrick Oliver - Angelino de Arriaga





LA BREDE
samedi 20 juin à 11h
erales d'El Palmeral
Thomas Baqué (rej) - Mateo Julian - Morenito d'Istres



à 18h
toros de Adelaida Rodriguez
Julien Lescarret - Fernando Cruz - Joselito Adame





Dans Bordeaux, très beau texte écrit en 1925 par François Mauriac sur sa ville et réédité récemment par L'Esprit du Temps, on peut lire :
"Rappelle-toi ces dimanches : messe de communion, grand'messe, catéchisme, réunion des congréganistes; puis, après le déjeuner, vêpres et bénédiction du Très Saint-Sacrement. Cela nous menait jusqu'à trois heures et demie; nous redoutions, les jours de corrida, de manquer le premier taureau. Le temps se voilait; l'orage n'éclaterait-il pas avant la course? Durant les vêpres, impossible, à travers les vitraux, de mesurer la montée de l'orage; nous savions seulement qu'il n'y avait plus de soleil..."

mercredi 3 juin 2009

Ma feria de Vic 2009 (3)

La corrida de Fidel San Roman



Autant le dire tout net, je me suis régalé avec ce lot de mansos con casta tel qu'on n'en voit plus depuis belle lurette. Un vrai lot pour Vic, avec des têtes de méchants, de la force, de la mobilité, et beaucoup de difficultés de lidia.
Bien sûr, la corrida n'a pas été brillante, elle a parfois même été pénible mais la responsabilité en incombe essentiellement aux matadors.


Sur la passerelle des corrals vicois, à ma droite le lot de La Quinta d'une finesse admirable, avec des armures parfaites, le regard vif, intelligent. Des top model, des toros de pasarela. A ma gauche le lot de Fidel San Roman, des vieux catcheurs sur le retour, des têtes d'abrutis, des airs de faux durs dont on se dit qu'ils vont se dégonfler à la première provocation. Erreur! Il y avait du vrai muscle, du souffle, des carcasses solides, de la volonté d'en découdre même de manière peu orthodoxe.


Un point commun aux six bichos, le refus absolu de s'approcher du burladero où les peones sont sensés les maintenir pendant que les picadors entrent en piste. Et, conséquence logique, la charge systématique sur les dits picadors qui viennent juste de pénétrer dans l'arène. Ceci aggravé par l'absurdité qui consiste à faire sortir deux picadors, a fortiori dans un si petit ruedo.
Donc, sur le sable vicois, beaucoup d'agitation, de courses folles, de l'anarchie presque. Dans le public, les sarkozystes s'en donnent à cœur joie en réclamant à cor et à cri l'intervention des alguazils.
Et les matadors dans tout ça.
Diego URDIALES torée peu mais rien dans son attitude ce jour n'a laissé penser qu'il souhaitait toréer davantage. Il eut en partage les deux plus nobles, et si l'on oublie un vilain geste du premier on pourrait même les qualifier de pastueños. Il prouva à l'un qu'il savait toréer avec une grande pureté mais tua mal. A l'autre, il laissa s'installer, durant la faena, une atmosphère propice à la sieste; beaucoup, parmi les spectateurs, lui en surent gré.
Le deuxième n'avait pas une passe. Julien LESCARRET sut le montrer au public avant de le fixer par le bas et de l'occire rapidement. Du bon travail de pro. En revanche, face au cinquième, très mobile, difficile à maîtriser (sans doute pas assez piqué car il fuyait au contact du fer) il subit un échec cuisant.
En deux ans on a pu constater les progrès de Mehdi SAVALLI puisque, devant le même type de toro, il avait pris trois avis en 2007 alors qu'il est sorti aujourd'hui sous l'ovation. Mais la marge de progression reste immense. Il fut complètement débordé par la caste et la mobilité de l'excellent Zapito. Le tercio de banderilles fut un désastre; la faena, malgré la noblesse de son opposant, en fut un autre. Heureusement, Mehdi fut capable, au sixième, de réaccorder son Violon et de mettre le feu aux arènes au cours des deux premiers tercios, excellemment menés. Hélas, sa réticence à se croiser empêcha la faena de prendre son envol et, ce qui aurait pu devenir un authentique triomphe se borna à une simple ovation.

Je n'ai pas assisté à la corrida du lundi.
Ma feria de Vic est une réussite : chaque jour des toros con trapío, puissants, prenant des piques, toréables. J'ai l'impression d'avoir vécu dans un rêve. Je sais que la réalité ne va pas tarder à me rattraper. En attendant, Merci Vic.

mardi 2 juin 2009

Ma feria de Vic 2009 (2)

Corrida-concours : Palha ou Victorino Martin?

Le toro de Miura est présenté dans le type de la maison, très haut, agalgado. Il prend trois piques sans se faire prier, en sortant seul de la seconde rencontre mais montre une faiblesse qui se confirmera dans la suite de son combat. Il envoie deux fois les cornes à la figure des toreros - ce qui rassure sur son identité de Miura - mais son manque de moyen physique rend son combat terne. (division d'opinion)

Camarito de Palha est un castaño musculeux et cornicorto. Il est le protagoniste d'un tercio de pique comme on en voit rarement : 4 piques en poussant de toute son âme - car Camarito a une âme de toro brave. Il est à deux doigts lors de la première rencontre de faire passer cheval et cavalier de l'autre côté de la barrière. A la muleta, il se montre défensif sur la corne gauche mais noble à tribord, permettant que l'on se confie. Grosse pétition de vuelta non accordée par le président. J'essaie de comprendre les raisons de ce refus : le toro a été long à s'élancer vers le piquero, grattant beaucoup à chaque fois; il a fait preuve d'une légère faiblesse de pattes après la deuxième pique et pendant la faena, ne s'est livré à la muleta que sur la corne droite. Alors pas de vuelta, peut-être, mais Camarito, toro exceptionnel, restera dans la mémoire de Vic.

Baraquero, cinqueño de Victorino Martin vient au galop et avec fixité quatre fois vers le cheval. Là, il pousse peu, est peu châtié. La différence avec le toro de Palha est flagrante. A la muleta sa charge est vibrante et semble inépuisable. Elle exige une muleta sans hésitation, au tracé ferme. Très bon toro arrastré sous une forte ovation.

La corrida va maintenant baisser de ton.
Trois piques honorables pour le pupille de Cebada Gago qui prend ensuite querencia aux barrières où il se montre noble au troisième tiers. (silence)

Le toro d'Escolar Gil remate violemment contre les tablas puis prend trois piques mal données. Il se montre codicioso à la muleta et crochète Javier Valverde l'envoyant à l'infirmerie avec une luxation du coude. (silence)

Gras, l'armure abîmée, le Fuente Ymbro n'est qu'un mulet querencioso. (silence)

Fernando Robleño, Javier Valverde, Luis Bolivar ainsi que la plupart des picadors ont bien joué le jeu de la corrida-concours, ce qui a permis à chaque toro d'exprimer ses qualités et ses défauts. Luis Bolivar a coupé une oreille au Victorino Martin.
Les chevaux de la cuadra d'Alain Bonijol remarquables, en particulier celui qui officia face au Palha.

Prix au meilleur toro : Camarito de Palha et Baraquero de Victorino Martin ex aequo
Prix au meilleur picador : Angel Rivas (qui piqua le Palha)
Prix au meilleur matador : desierto

Camarito et Baraquero, deux très bons toros, mais, par son comportement exceptionnel sous la pique, le toro de Palha me paraissait le plus légitime pour être désigné vainqueur d'une corrida-concours.

lundi 1 juin 2009

Ma feria de Vic 2009 (1)


Samedi : la bravoure des petits gris

Samedi matin, la feria débute en fanfare avec un grand lot de novillos de Flor de Jara. Visiblement, les ex Bucaré se sont bien adaptés aux rigueurs de l'hiver castillan. Ils sont beaux, braves et solides. Le quatrième représente la quintessence de l'excellence santacolomeña : au physique une estampe, au moral bravoure, noblesse, charge inépuisable. Le sixième, très bon lui aussi, sera honoré d'une vuelta ainsi que le mayoral à l'issue de la course.
En achetant l'élevage, Carlos Aragon Cancela, modeste matador enrichi dans les affaires, s'est payé un bien beau jouet. Souhaitons-nous qu'il en fasse un bon usage.


Très bonne corrida d' Escolar Gil l'après-midi, brave sous quinze piques, avec la caste et la variété de comportement propres aux Saltillo.
Intraitable le premier, un véritable poison. Très abordables les troisième et sixième, ayant conservé leur charge malgré la volonté de David Mora de les faire assassiner à la pique. Enfin, Callejero, le quatrième d'une grande noblesse, à la charge profonde, longue et répétitive particulièrement sur la corne gauche.
Rafaelillo fut le grand homme du jour. Rompu à tous les combats, dansant plus souvent qu'à son tour avec la mas fea, le Murciano sut être à la hauteur du cadeau qui lui tombait du ciel. Ce fut émouvant de le sentir heureux de pouvoir toréer le toro que tout torero rêve de toréer. Il avait d'ailleurs compris, dès la réception à la cape, qu'il avait enfin trouvé la perle rare. Il donna, sur les deux mains, dans le toreo fondamental, des séries d'une amplitude, d'un temple, d'un lié que, très franchement, je le pensais incapable d'atteindre. (Mais il faut se souvenir que Rafaelillo a été - dans une autre vie qui a resurgi aujourd'hui pour lui - novillero précoce et puntero.) Je n'ai pas compris pourquoi le maestro ne s'était retrouvé qu'avec une seule oreille en main quand on voit dans de si nombreuses arènes fleurir tant de triomphes galvaudés, d'autant que la présidence crut bon de sortir le mouchoir bleu que personne ne demandait.

mardi 26 mai 2009

Liste des toreros tués en France

Ce sont 15 toreros qui, en un siècle et demi de tauromachie française, ont péri (ces statistiques ne prennent pas en compte la course camarguaise ni la course landaise).
  • 1866 Francisco Carrasco "Mathas" novillero à Nîmes
  • 1894 Nicolas Alvarez "Mallet" banderillero à Avignon par Croquemort de Desfonds
  • 1896 Severino Perez "Titet" novillero à Perpignan
  • 1896 Manuel Comeche "Espartero de Valencia" novillero à Nîmes par un toro de Dijol
  • 1905 Miguel Villalonga "Fabrilito" novillero à Nîmes par Bosco de Papinaud
  • 1913 Eduardo Serrano "Gordet" novillero à Toulouse par un toro de Victorino Cortes
  • 1913 Juan Garcia novillero à Istres par un toro de Lescot
  • 1920 Agustin Garcia Malla matador à Lunel par un toro de Lescot
  • 1921 Isidro Marti Flores matador à Béziers par Aceituno de Alipio Perez Tabernero
  • 1922 José Belza novillero à Nîmes par un toro de Robert
  • 1925 Martin Basauri "Pedrucho" novillero à Marseille par un toro de Saurel
  • 1932 José Andres "Andresillo" banderillero à Auch par un toro de Lescot
  • 1941 Emilio Soler "Canario" novillero à Marseille par un toro de Lescot
  • 1951 Juan Evangelista "El Blanco" banderillero à Miramas par Azulejo de Lucien Cartier
  • 1999 José Muñoz picador à Vic Fezensac par Manchonero de Victorino Martin

source : André Lopez Lorente Nomenclature en hommage aux victimes du toreo édité par la Société Taurine "La Muleta" 2007

vendredi 22 mai 2009

Hommage à José Muñoz, picador de toros

Il y a très exactement 10 ans, se nouait à Vic Fezensac un drame taurin qui vit le décès du picador José Muñoz, écrasé sous son cheval à la suite de la chute provoquée par le toro Manchonero de Victorino Martin.
En 10 ans, le monde a quelque peu changé, internet s'est développé, les blogs sont apparus. Mais les cahiers d'écoliers existaient déjà et les tiroirs pour les y ranger aussi. J'exhume donc aujourd'hui ce que j'avais écrit le lendemain de ce jour où la mort rôdait sur Vic Fezensac. Il s'agit de la simple description de ce que j'ai vu depuis les gradins.

" Lorsque Uceda Leal eut mis son toro en suerte, José Muñoz tenta vainement de manœuvrer son cheval pour lui faire prendre une position adéquate; malgré les coups d'étriers qu'il lui donnait, le cheval restait désespérément immobile ce qui suscita des quolibets dans le public; au bout de plusieurs secondes un péon s'avança vers le toro - celui-ci n'avait pas déclenché sa charge puisque rien ne bougeait en face de lui- et à l'aide de sa cape le rapprocha du cheval; d'un coup de tête, le toro renversa alors cheval et picador; le piquero se trouva bloqué par la barrière près de laquelle il se trouvait et ne put pas se laisser tomber à distance du cheval; le cheval entièrement retourné par la puissance du toro retomba sur le picador; ils restèrent ainsi plusieurs secondes car le toro s'acharnait sur le cheval, puis un quite éloigna le toro, le cheval fut enlevé et José Muñoz, désarticulé et déjà quasiment mort, fut amené rapidement à l'infirmerie de la plaza. Le fait que le cheval soit resté avant et pendant la pique sans réaction laisse supposer qu'on lui avait injecté une dose massive de calmants."

C'est ainsi que j'ai vu mourir José Muñoz. Ces images ne m'ont pas quitté.




photo : AP


NB La cuadra de caballo qui officiait à l'époque à Vic n'était pas la même qu'aujourd'hui.

dimanche 17 mai 2009

Toreros para la historia 1

A quoi ressemblait le déroulement d'une corrida au début du XXème siècle? Grâce aux tous premiers documents tournés peu après l'invention du cinématographe, le premier volet de la série de Fernando Achucarro donne sans doute la meilleure réponse possible à cette question qui taraude tout aficionado. Depuis la sortie du toril, avec les picadors déjà en piste, jusqu'à la mort, toutes les phases de la lidia sont présentes dans cette compilation d'une quarantaine de minutes dont le but est aussi de nous montrer, même de manière fugace, les principaux toreros de l'époque. Ricardo Torres "Bombita" et José Gomez "Joselito" sont ceux que l'on voit avec le plus de continuité.
Quelques images frappent l'esprit : l'arrivée en calèche de Luis Mazzantini aux arènes de Madrid en 1901, le style particulier de Machaquito pour tuer, la mort encastée d'un toro con trapío à Valence.
Les quites sont le moment où les toreros peuvent montrer leur brio et leur virtuosité. Mais ils répondent aussi à une nécessité absolue de la lidia car il est impératif de détourner le plus rapidement possible le toro du cheval (non protégé) et du picador (souvent à terre). Il s'agit également de détourner le regard du public du spectacle peu ragoûtant que constitue le cheval blessé ou agonisant.
A la muleta, les passes hautes, le toreo genou plié, les molinetes sont donnés avec une grande élégance. Il n'est bien sûr pas question de conduire la charge du toro sur une grande distance pas plus que d'enchaîner les passes sans solution de continuité comme aujourd'hui.
L'impression que me donnent ces images est que toréer, à cette époque, c'est affirmer sa capacité à défendre son terrain contre les assauts du toro et si possible le faire avec élégance. C'est ce que réussit souvent Joselito, que l'on voit ici, au début de sa carrière, à Séville, le jour de son alternative en 1912, et à Madrid, l'année suivante, lors de la despedida de Bombita. "Joselito, qui pratiqua merveilleusement l'art prestigieux du toreo à la Pepe-Illo, fut, à coup sûr, l'intelligence vive naturelle la plus extraordinairement sensible. Aussi le toreo en ses mains paraissait-il magie, prodige, merveille, intelligible jeu de Birlibirloque." (José Bergamin)


Et pourtant, c'est Joselito que les toros tuèrent.

Joselito expuesto en su casa de Madrid, dessin de Vázquez Diáz

mardi 5 mai 2009

Grain de sable

Cette année, comme chaque année, je mourrais d'envie d'aller à Séville.
Mais le grain de sable!
Cette année, comme (presque) chaque année, au fur et à mesure que parvenaient les compte-rendus catastrophiques, je remerciais le grain de sable.
Ça dure depuis toujours. Bien sûr, il y a les bénis des dieux - j'en connais - qui sont allés à Séville juste l'année où Curro a été sublime chaque jour.
Mais en cet an de grâce 2009, il semble que l'on soit tombé bien bas, au point que l'Union des Abonnés de Séville s'est fendue d'un communiqué incisif...qui, n'en doutons pas, fera changer les choses.
Alors l'an prochain, c'est promis, la feria sera grandiose...et j'y serai...


NB Pour les non hispanophones, le communiqué remet en cause le maintien de l'empresa Pagès à la tête des arènes de Séville. Il lui reproche le manque d'imagination des cartels ainsi que la présentation des toros, impropre d'une plaza de première catégorie.
En ce qui concerne les éleveurs voici la traduction du paragraphe 3 :
Nous censurons la grande majorité des ganaderos pour la préoccupante dégénérescence dans l'élevage du toro brave. Avec la sélection qui se pratique aujourd'hui nous observons des toros qui manquent de mobilité, de caste et de force pour supporter une lidia complète, cette situation aboutissant à des spectacles tels ceux que l'on a vus ces derniers jours à Séville, où la suerte de varas dans la majorité des cas est simulée, la fadeur des charges réduit les éléments essentiels de la fiesta que sont l'émotion et l'art véritable, ainsi qu'une faiblesse et invalidité des toros qui constituent une dégénérescence et une manipulation de la lidia.

samedi 25 avril 2009

Victorino Martin : un fracaso d'importance

Cela fait des semaines que l'on nous fait saliver avec le mano a mano Morante de la Puebla - El Cid face aux toros du sorcier de Galapagar à Séville. Au final un fracaso, et le vieil adage - témoignage de la sagesse populaire - respecté : corrida de expectación, corrida de decepción.
Derrière ça quoi?
  • Une supercherie dès le début, magnifiquement mise en scène par Canorea fils et destinée à vendre la feria. Vous ne croyiez quand même pas que le Cid et Morante allaient s'envoyer trois vrais victorinos chacun à Séville!
  • La volonté de Victorino de saboter la corrida pour ne pas créer un précédent qui pourrait nuire à sa position de ganadero indépendant : un triomphe toreriste devant ses toros.
  • La révélation de quelque chose que l'on subodore depuis plusieurs temporadas : Victorino père et fils ont perdu la main, ils ne savent ni où ils en sont, ni où ils vont.
Chacun peut choisir son option, même si la réalité, sans doute plus complexe, emprunte aux trois hypothèses.
Mais d'autres questions se posent, qui concernent cette fois le futur de la ganaderia. Les toros de Victorino Martin peuvent-ils continuer à être les toros les plus chers de la cabaña brava espagnole? Les ganaderos ne vont-ils pas devoir réduire leur camada lorsque l'on voit que, malgré de nombreuses corridas données dans des plazas de troisième catégorie (6 l'an dernier), il leur reste encore des toros de cinq ans en début de temporada (lidiés à Castellon et Arles)? Et puis surtout ne va-t-il pas falloir faire un choix entre toro con casta et toro commercial pour vedette?
En espérant que le fracaso sévillan porte en lui la réponse... et que le meilleur de la camada est en ce moment même en train de paître tranquillement dans les verts pâturages de la province de Caceres...sans se poser tant de questions.

jeudi 16 avril 2009

Arles 2009 (2)

Mehdi Savalli prophète en son pays
L'évènement de la journée aura été l'excellent toreo pratiqué par l'Arlésien à son second victorino. Un toreo pur et classique, très éloigné de la tauromachie à laquelle il nous avait habitué jusqu'alors. Les photos que Marc Delon a publiées sur son blog me paraissent, mieux que les mots, de parfaits témoignages de cette métamorphose. Pour Mehdi, désormais apodéré par Denis Loré, cette tarde constitue un renouveau qui peut lui permettre de relancer sa carrière.
Antonio Ferrera, quant à lui, a antonioferrerisé public et toros. Ce qui peut être très crispant même s'il y a derrière beaucoup d'expérience et de savoir-faire.
El Cid, ainsi que sa cuadrilla, n'étaient venus à Arles qu'avec leurs corps et leurs bagages. On le sait ça ne suffit pas pour toréer surtout lorsque l'on tombe sur le sorteo le moins favorable.
Tiens, je m'aperçois que je n'ai pas encore parlé des toros de Victorino Martin! Et pour cause, ils n'ont à aucun moment été protagonistes de quoi que ce soit. Insignifiants à la pique, sans étincelle particulière par la suite. Sauf le 2 et le 5, prêts à se laisser couper un monton d'oreilles pour peu qu'on sache s'y prendre avec eux. Une assez bonne corrida commerciale, une médiocre corrida de Victorino...