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mercredi 22 avril 2026

Quatre tardes de toros en Sevilla (2)

 

 
Vendredi 17 avril   corrida de Domingo Hernandez
 
   Après les sommets de l'art taurin atteints hier par Morante, la corrida d'aujourd'hui ne pouvait être que de resaca (ressac, gueule de bois) comme l'on dit dans la langue de Cervantès. Ressac amplifié par le comportement des toros de Domingo Hernandez. Les trois premiers sont des mansos superlatifs cherchant désespérément une issue dans le vaste ruedo sévillan. Heureusement les deux derniers permettront que la corrida se termine sur une note plus positive.
   Alejandro Talavante, vingt ans d'alternative, sans illusion, fait partie des accaparateurs de contrats au détriment de la jeune génération. Il passa sans peine ni gloire (silence, silence).
   Roca Rey eut la bonne fortune d'avoir entre les mains Veronés, le quinto. Un toro terciado mais de bonne charge, idéal pour la tauromachie dominatrice et puissante du Péruvien qui enchaîne les séries avec assurance. Il coupera une oreille après une entière tendida.
   Pablo Aguado est un torero d'une classe supérieure que l'on voit trop rarement en France. Face à des adversaires plus préoccupés de fuir que de charger il ne put donner ce jour que des détails, mais quels détails ! Véroniques avec toile réduite, une chicuelina somptueuse et quelques enchaînements à la muleta après une voltereta au sixième (vuelta).
 
 
Samedi 18 avril   corrida de Victorino Martin 
 
   Une mauvaise corrida de Victorino Martin, c'est rare mais ça arrive. Pour celle-ci on a l'impression que tout le monde y a mis du sien. L'empresa en achetant une corrida indigne d'une plaza de primera, le ganadero en osant présenter à Séville un novillote scandaleux (el quinto), les vétérinaires en gardant étrangement les yeux fermés. Et l'on peut se poser des questions sur le fonctionnement de la bascule des corrals sévillans lorsque l'on sait que le choto en question était annoncé à 539 kg. Finalement c'est le public sévillan qui est sorti grandi de l'affaire puisque, à rebours de sa réputation de passivité, il se fâcha sérieusement contre l'animalcule dont toute la lidia se déroula sous la bronca, les sifflets et les lazzis. Un vrai scandale à Séville ! Par ailleurs le comportement des toros fut le plus souvent décevant même si certains montrèrent de la bravoure au cheval, ce qui permit quelques tercios de pique de qualité (ovation pour Vicente Gonzalez, Tito Sandoval et Manuel Jesus Ruiz ''Espartaco"). La plupart firent preuve au troisième tiers d'une noblesse un peu fade accompagnée d'une faiblesse de patte latente. Ce qui aurait été considéré comme une correcte corrida commerciale fut une mauvaise victorinade. On notera que les quatre premiers étaient les fils du fameux Cobradiezmo gracié ici même il y a tout juste dix ans, on en tirera la leçon que l'on voudra ...
   De Manuel Escribano on ne retiendra que ses deux puertas gayolas, celle du 5 avec une interminable attente, et deux séries de naturelles au 1. Lui aussi fait partie de ces toreros qui sont sur la brêche depuis plus de vingt ans, dans son cas le corps cousu de cicatrices infligées par les toros des élevages les plus redoutables. On lui souhaite de savoir se retirer dans les meilleures conditions.
   Le toreo de Borja Jimenez pose question. Il cherche la passe longue et templée et il réussit souvent à la donner ce qui lui vaut olés et ovations, et deux vueltas al ruedo ce jour. Le paradoxe est que la souplesse de son corps lui permet de la donner trop souvent sans se croiser, toreando muy despegado. De plus il est très faible épée en main. Des qualités donc  mais beaucoup de scories également pour le Sévillan. 
   Quelle mouche a piqué Victorino Martin hijo de venir à Séville avec une corrida si peu digne de la plaza où il y a dix ans un lot supérieur avait marqué les esprits !
 
 
   
 
   Depuis sa journée cumbre de jeudi, Morante a été très grièvement blessé lundi par un toro de Garcia Jimenez. L'homme paraissait en si belle forme morale et physique que c'est une peine de penser que cet élan risque d'être brisé pour une longue période. Une peine de se dire que les aficionados des villes où il devait toréer dans les mois qui viennent n'auront sans doute pas la chance et le privilège de vivre le faisceau d'émotions que suscite son toreo.
 
   Par ailleurs aura lieu en fin de semaine la Feria del Aficionado qu'organise à San Agustin del Guadalix le club taurin Tres Puyazos, feria qui m'avait enchanté l'an passé comme m'a enchanté cette année mon passage par Séville. Aura lieu également en mai la Feria du Toro de Vic-Fezensac puis Céret de Toros en juillet. Je sais bien que certains aficionados ne mélangent pas les genres. C'est leur droit. Pourtant la tauromachie est partout. Aussi bien sur l'albero de la Maestranza de Séville avec des toreros en recherche d'art que sur le sable de San Agustin ou de Vic avec ses toros puissants et ses valeureux toreros. 
    

mardi 21 avril 2026

Quatre tardes de toros en Sevilla (1)


   
   Avec celle de Madrid, l'aficion sévillane est sans aucun doute la meilleure au monde. Assister à une tarde de toros dans la Maestranza a une résonance particulière. Ici aucun détail n'échappe aux yeux avertis du public. La bonne brega d'un peon, une pique bien donnée, une passe qui surgit du néant : à l'instant même l'ovation monte de chaque travée. Et lorsque l'art advient dans le ruedo, la communion avec le public, portée à son paroxisme, lui donne un caractère sublime. 
   Ce public on le sent en quête d'un toreo essentiellement doux, templé, artistique. Comment pourrait-il en être autrement dans une ville comme Séville ! Il préfère donc les toros qui le facilitent et il existe  en son sein une fraction triomphaliste non négligeable peu regardante sur les placements manquant de sincérité, pendant que d'autres gardent leur critique (''no se ha cruzado'') pour eux-mêmes  ou leur voisin de tendido car le public sévillan a horreur de protester, c'est comme ça, et lorsqu'il le fait c'est que l'affaire est d'importance (la présentation du quatrième victorino samedi, par exemple).
  
 
Mercrdi 15 avril   corrida de Santiago Domecq
   
   Le lot de Santiago Domecq peut être qualifié d'assez bon, idéal même pour une plaza comme Séville (5 toros sur 6 seront ovationnés à l'arrastre) mais sans aucun toro supérieur comme l'élevage a été assez fréquemment capable d'en sortir lors des temporadas passées. Ils furent très peu piqués, malgré cela certains allèrent a menos, manquant de fond. Les meilleurs : le premier, d'une exquise noblesse et le sixième, vif jusqu'à ce qu'il file aux planches. 
   Le travail complet (cape, muleta, estocade) de Miguel Angel Perera lui valut l'oreille de son premier partenaire. Il y eut même venant de la partie triomphaliste du public une pétition incongrue de la seconde oreille. Perera fut en réalité bien en dessous de ce que permettait Tallista. Il fait partie de cette trop longue liste de toreros qui toréent avec succès depuis plus de vingt ans mais n'ont aujourd'hui plus rien à prouver ni à eux-mêmes, ni au public. Qu'ils laissent donc la place aux jeunes!
   David Galvan donna de bonnes et sincères naturelles au 2, bonne estocade, oreille.
   Le tout jeune Aragonais Aaron Palacio devait son inclusion à la feria à son excellente actuation ici même l'an passé en tant que novillero. Une bonne initiative de la part de l'empresa car voilà un garçon qui, avec quelques autres récemment promus matadors, représente l'avenir de la fiesta ... à condition qu'on leur donne l'occasion de s'exprimer. Si à son premier Aaron eut une prestation de novillero nerveux, il se libéra face au sixième pour donner à un toro de charge soutenue une belle faena con arte y transmisión qui fit rugir le public. Le toro attiré par les planches au final l'empêcha de redondear la faena. Grosse oreille après une entière.
 
 
Jeudi 16 avril   tarde historique de Morante de la Puebla 
 
   Un aficionado, morantiste qui plus est, doit mesurer la chance qu'il a d'avoir vécu cette tarde historique durant laquelle Morante de la Puebla a donné, au quatrième toro, un véritable cours illustré par l'action d'histoire de la tauromachie. Face à un toro sans bravoure ni fixité qui faisait à sa sortie tout à l'inverse de ce qu'un toro doit faire, le cigarrero  a donné un récital, mélange vivant de suertes à l'ancienne et de toreo contemporain dans ce qu'il a de meilleur. Largas accoudé aux tablas, véroniques et demi sublimes, tijerillas au quite, pose des banderilles parfaite en trois modes différents : de poder a poder, al sesgo por dentro, al quiebro cité depuis une chaise. Le toro dominé charge désormais avec noblesse, la faena de muleta débute par des ayudados por alto donnés assis sur la chaise, suivis de derechazos et de naturelles d'un aguante et d'un temple extraordinaires. La plaza est une clameur permanente. Les olés s'étranglent de sanglots devant tant de beauté et de profondeur. Et, seul point noir, une mise à mort en plusieurs étapes empêche l'octroi de tout trophée que deux vueltas al ruedo apothéosiques remplaceront aisément. Merci Morante.
   Juan Ortega débuta par une puerta gayola qui semblait signer son envie d'en découdre. On s'étonna que, par la suite, sa recherche du joli, du templé se fasse trop souvent au détriment d'un placement plus sincère qui aurait permis plus de profondeur et de dominio.
   Le jeune Victor Hernandez eut une bonne tarde. Il donna une leçon de sincérité, de placement adéquat à son prédécesseur. Un sens du temple certain et des estocades recta lui permirent de toucher le public sévillan (une oreille). On regrettera seulement que la fadeur de ses opposants ait empêché son travail d'accéder à une dimension supérieure.
   La ganaderia d'Alvaro Nuñez est une scission récente de Nuñez del Cuvillo. Les toros de ce jour furent inégaux en comportement et en trapío avec une tendance forte au decastamiento. 
 
 

 
 



 

lundi 17 novembre 2025

Bilan 2025

 
Ma corrida rêvée
 
 
                          6  toros de Dolores AGUIRRE  6 
        MORANTE de la PUEBLA - ROMAN - JUAN de CASTILLA 
 
 
   Morante est le seul à pouvoir donner vingt passes géniales et définitives à un Dolores encasté avant de le faire rouler au sol d'un estoconazo. Mais ce triomphe est destiné à rester dans nos rêves ! Et l'on a accueilli le 12 octobre l'annonce de son retrait  (provisoire ?) des ruedos avec un mélange de consternation et de soulagement. Consternation en raison du manque impossible à combler qu'il va laisser, soulagement car il n'était pas raisonnable de continuer à le voir se faire prendre par les toros comme ce fut le cas tout au long de cette temporada. Ce que l'on pourra regretter, c'est que la France, à l'aficion rigide et cartésienne, est totalement passée à côté de Morante ... et Morante à côté de la France.
   Les toros de Dolores Aguirre ont beaucoup progressé en bravoure. À Orthez, le grand combat de Yegüizo a ému les aficionados présents ce jour-là. La camada 2026 est attendue avec impatience. Il est heureux de se dire qu'outre les courses de Dolores, celles de Victorino Martin, Escolar Gil, La Quinta, Baltasar Iban donnent presque toujours satisfaction par l'émotion qu'elles suscitent. Et quand les affrontent des toreros de la trempe de Roman ou Juan de Castilla l'aficionado est comblé.
   De quoi alimenter nos rêves pour la temporada à venir. 
 
 
 
 
 

Ce que la corrida nous offre de meilleur : Yegüizo de Dolores Aguirre piqué par Gabin Rehabi à Orthez (photo Laurent Bernède), Morante de la Puebla à Madrid le 12 octobre dernier (photo Plaza 1).

 
 
    

samedi 26 juillet 2025

Santander

 

 

 

 
Mercredi 23 juillet 2025                           Santander (Cantabrie)
nuageux                                                Coso de Cuatro Caminos 
no hay billetes
 
Six toros de El Pilar (1, 4), Domingo Hernandez (2, 3) et Alvaro Nuñez (5, 6) pour Morante de la Puebla (salut, pitos, ovation) et Juan Ortega (salut, silence, silence).
 
Contrairement à la proche Bilbao, Santander remplit sans peine les gradins de ses arènes (11 700 places). Pour l'attractif cartel du jour, le no hay billetes était annoncé depuis plusieurs jours. La plaza est belle avec musée taurin, couloirs intérieurs lambrissés et sa fameuse frise ornée des fers et des devises des ganaderias primitives qui surplombe le ruedo.
Mais il faut aussi soigner l'élément toro dans la réalité. Ce ne fut pas le cas aujourd'hui et la faillite  de ce qui reste essentiel dans la corrida a conduit au fiasco ce mano a mano tant attendu. Les El Pilar sont minables : ni trapío, ni caste, ni poder. Un Domingo Hernandez (sorti second) sera un bon petit toro commercial sans fond, l'autre insignifiant. Insignifiant aussi le dernier Alvaro Nuñez alors que le 5 avait été intéressant par sa mobilité et son nerf qui avaient mis Morante en difficulté, on doute que ce soit là l'objectif du ganadero.
Morante, qui s'exposa face au genio du 5 sans parvenir à régler le problème, toréa avec sa personnalité et la sincérité de ceux qui ne savent pas tricher. Il eut le bon goût de ne pas s'attarder dans ses faenas. Au 3, une mise à mort laborieuse lui valut des sifflets. 
De Juan Ortega  on retiendra un beau quite par tafalleras et une bonne faena au second toro. Mais face à des opposants sans réelle consistance, son classicisme un peu compassé a du mal à monter aux gradins.
La quadrature du cercle : ils veulent des toros sans présence ni réelle bravoure mais devant eux ne peuvent triompher. 

mardi 29 octobre 2024

Croquis de la fête taurine (poèmes 15)

 
Peletero 
 
Dans les arènes de Condrette à Mugron
ta bravoure
éclata
en gerbes noires de fureur volcanique.
 
 
 
Matemáticas
 
Victorino tueur  grand mathématicien 
À la tangente de l'homme
deux fois tu frappas
Mais par Morante
fus dominé.



Desgarbado

Et  il  tourne,  tourne,  tourne
le petit
Desgarbado
ensorcelé au Luna Park de nos désirs.









mercredi 15 mai 2024

San Isidro 2024 : début de feria

 Madrid, début de San Isidro, 3 corridas, cartels inégaux. 
On a mis pour commencer deux des meilleurs toreros face à l'un des élevages les plus décastés de ces dernières années. Le second jour, El Fandi, toujours présent - et ce depuis plus de vingt ans - lorsqu'il s'agit de gâcher quelques bons toros. Enfin, dimanche, un des élevages qui produit les toros les plus braves face à trois toreros très modestes . 
Voilà qui est assez médiocrement conçu.

Vendredi. No hay billetes, temps parfait.
Morante de la Puebla et Diego Urdiales sont au cartel, difficile de faire mieux. Pour les toros on se prend à rêver d'un miracle car non seulement les Alcurrucén sont dans un piètre moment mais on sait qu'en bon nuñez ils sont très froids à leur sortie et donc totalement inadaptés au style de Morante qui manie sublimement la percale. Il va falloir que les planètes s'alignent et Afectuoso, le tambour major autorise tous les espoirs. Il est beau (comme tous ses frères du jour, majoritairement cinqueños), brave et noble. À ce moment, deux hypothèses se présentent. La naïve : ce toro est annonciateur d'un grand lot et donc d'une grande corrida. La réaliste : il va être le seul bon toro de la soirée et il échoit au troisième homme, Garcia Pulido qui confirme ce jour l'alternative. Bien sûr le réalisme a prévalu, Garcia Pulido n'a pas démérité (salut après pétition) mais une situation aussi favorable ne se représentera peut-être plus jamais dans sa carrière.
La corrida aura malgré tout deux moments cumbre qui resteront dans mes souvenirs. Le grand début de faena de Morante à son second. On ne peut toréer avec plus de dominio, d'empaque, d'art. Après cela l'Alcurrucén, vaincu, se refusa à charger. L'autre grand moment fut la manière dont Diego Urdiales, par véroniques parfaites et demi précise, amena le troisième toro à la seconde pique.
On se demande quel peut être l'avenir de la ganaderia d'Alcurrucen après le fracaso (un de plus) de ses toros. Cinq astados sur six totalement inadaptés à la lidia (moderne ou pas) puisqu'ils refusent la cape à leur sortie, fuient les picadors en ruant, ne chargent pas les banderilleros, possèdent dans le meilleur des cas quelques charges limitées et fades à la muleta.

Samedi. Grande corrida de Fuente Ymbro. Roman en maestro.
Une chose rare, exceptionnelle : une corrida complète. Six toros braves, mobiles, puissants, de surcroît con trapío  (tous cinqueños). Pour les toreros, une concentration de tous les instants nécessaire, pour le public un intérêt soutenu durant toute la tarde. Les trois et cinq difficiles, les quatre autres offrants de belles possibilités. 
Roman a toujours été un battant et un homme qui n'a pas froid aux yeux. Il a montré ce jour avoir acquis un niveau supérieur, celui d'un authentique maestro capable de construire des faenas sincères et dominatrices face à d'authentiques toros de combat. Son point faible a toujours été l'épée (voir ici) et au moment où il semble mieux dominer la suerte de matar (deux excellentes entières ce jour) voilà que la suerte le fuit. Ses estocades étaient contraires, signe de son engagement, mais on sait que leur efficacité est moindre et ses deux toros ont mis un temps infini (en raison de leur caste également) avant de tomber. Cela lui a sans doute coûté la salida a hombros mais la prestation du Valencien a frappé les esprits et il peut être considéré comme le triomphateur de ce début de feria.
Face à un toro de belle charge mais au coup de tête ravageur, Leo Valadez n'a jamais réussi à résoudre le problème ce qui le poussa à prendre, pour compenser, des risques inconsidérés - c'est tout à son honneur - mais qui lui valurent une première cogida sur une tentative inopportune d'arrucina, puis une seconde lors de l'entrée a matar. Il s'en sort miraculeusement avec une simple luxation de l'épaule.
Comme un malheur n'arrive jamais seul, cela nous permis d'apprécier El Fandi sur un toro supplémentaire. À vrai dire, il ne faut pas enlever, à celui qui aurait pu devenir champion olympique, ses qualités. Il manie la cape avec efficacité et précision et donne des quites variés. Ses tercios de banderilles furent rondement menés et portèrent sur le public, j'ai noté un beau sesgo por fuera. Là où le bât blesse, c'est à la muleta, ce qui lui valut d'entendre trois fois le silence pour trois toros qui en d'autres mains auraient pu repartir avec une oreille en moins. Le soir, discutant dans une taverne taurine avec jeune néo-aficionado comme il y en a désormais beaucoup, j'eus la surprise de l'entendre me dire qu'il avait apprécié l'actuation d'El Fandi. Comme je lui en demandais les raisons, il me répondit très sérieusement : "C'est que El Fandi est de Grenade et moi aussi !" Rien à redire à un tel argument, très espagnol !
 
 

 

Dimanche. Braves Baltasar Iban face à une terna très modeste.
La modestie du cartel homme se nota dans l'affluence du public, deux tiers des étagères. Elle se nota aussi dans la médiocrité de certaines cuadrillas, très à la peine, et dans l'échec des matadors qui se montrèrent tous en dessous des possibilités offertes. Le Mexicain El Calita bénéficiera des circonstances atténuantes car il lidia les deux toros qui offraient le moins de possibilités. Pour Alvaro Alarcon, la situation est plus grave car malgré sa bonne volonté il rendit par deux fois copie blanche, en particulier face au très brave troisième Barberito, remarquablement piqué par Juan Francisco Peña.
Il n'avait pas échappé aux aficionados que figurait en cinquième position un certain Bastonito. Il fut au physique bien différent de son prestigieux ancêtre lidié par César Rincon en ces mêmes arènes il y a très exactement trente ans. Celui de ce dimanche était negro salpicado et très imposant avec ses 592 kilos, celui de 1994 était totalement noir et pesait 501 kilos. Déjà dans la cape de Francisco de Manuel il avait montré sa disposition à humilier. Placé à bonne distance il s'élança par deux fois fois d'un galop puissant vers la cavalerie pour une première pique poussée à fond et une deuxième plus courte (ovation au piquero Luis Albert Parron). Ses premières arrancadas à la muleta eurent un son extraordinaire. De Manuel l'attaqua à genoux puis, debout, il donna une émotionnante série à droite suivies d'excellentes naturelles. La faena baissa ensuite  cruellement de ton, le Madrilène ne trouvant plus le bon rythme ni le bon sitio pour redondear son travail. Tout cela se termina donc par un simple salut pour le matador et une forte demande de vuelta pour Bastonito, arrastré sous une grande ovation. Illustration d'une tarde durant laquelle les toros surpassèrent les toreros.

Venir à Las Ventas c'est s'immerger dans un public particulier. On a beaucoup glosé sur le renouvellement des générations. On voit désormais sur les travées de Las Ventas énormément de jeunes gens qui n'ont pas - et ne peuvent avoir - les mêmes compétences que les aficionados plus anciens. Lorsqu'il ne se met pas le reste de la plaza à dos par son manque de respect et ses jugements excessifs, le tendido 7 peut servir de guide à cette nouvelle aficion. En tout état de cause le public de Madrid reste un élément majeur dans le déroulement du spectacle. Il est souvent bruyant et inattentif lorsque rien d'intéressant ne se passe en piste mais sa capacité à réagir, à s'enflammer lorsqu' advient quelque chose de remarquable fait naître une émotion propre à ces lieux et donne à chacun l'impression d'être partie prenante de cette grande liturgie qu'est parfois la corrida..




Photos : Barberito à la pique
              Bastonito à l'apartado (n° 35, à droite)

vendredi 19 avril 2024

Croquis de la fête taurine (poèmes 12)

 
 
Sevilla
 
Voir une corrida dans la Maestranza
Dimanche 
de Résurrection
Avec toi pour la première fois 




Curro Romero

Face au toro, face à la foule
un geste
et tout 
s'éclaire. Le monde s'ouvre à la beauté.



Morante de la Puebla

Morante
Quel est le secret 
de tes opulentes rondeurs ?
 



















lundi 28 août 2023

Retour à Bilbao (suite)

 

 
   Retour à des températures normales jeudi et un gros trois quart d'arène pour un cartel très original qui vaut bien cette fois un tendido ombre, file 17 à 73 €.
   Le lot du Puerto de San Lorenzo comprend deux bons toros. Le second est même excellent : brave (belle deuxième pique en partant de loin), encasté, avec un galop puissant et des cornes dont il connait l'usage; le troisième d'une belle mobilité. Mais les autres sont allés a menos, réservant leurs charges, sortant de la muleta en fuyant et cherchant les planches. De ce fait la corrida se termina sur un sentiment de déception et de frustration.
   Après les broncas et insultes de la veille, Morante n'avait aucune raison de répondre à l'ovation initiale destinée à saluer le retour de Roca Rey à Bilbao. En revanche c'est devant le toro qu'il mit les choses au point en signant au quatrième trois véroniques et une demi que seul son génie pouvait donner.Les olés sortent du plus profond, le public est debout, l'ovation tonitruante et la réconciliation scellée (au moins provisoirement).
   On ne voit pas souvent Manuel Escribano (oreille du 2) dans ce genre de cartel; à tort car il constitue pour le public une garantie de spectacle et de professionnalisme.
   Roca Rey (oreille du 3), a medio gaz, tenta de mettre le fuyard sixième dans sa muleta sans y parvenir tout à fait. Il ne possède pas encore la science de maître Ponce, si appréciée en ces lieux.

   Comme l'aller, le retour se fera en bus. Pas de souci de voiture et tarifs très abordables. À Bilbao, la nouvelle gare routière, tout comme celle de Saint Sébastien, offre le même confort qu'un aéroport. Mais, signe des temps, je ne trouve pas le moindre dépôt de presse pour acheter un journal local. En France, les arrêts (Biarritz, Bayonne, Bordeaux) sont des terrains vagues sans même un point d'eau et jonchés de papiers gras. Faut-il voir dans ce manque de respect un lien avec le fait que ce sont essentiellement les pauvres qui utilisent l'autobus pour voyager ? Quant à l'option chemin de fer, elle existe. Je me souviens l'avoir utilisée plusieurs fois à la fin des années 70 lorsque les terroristes d'ETA, entre deux assassinats, prenaient un malin plaisir à incendier les voitures françaises qui se risquaient au Pays Basque espagnol. Mais si la situation politique s'est aujourd'hui largement apaisée, rien n'a changé au niveau des transports ferroviaires. Rejoindre Bilbao en train est toujours un véritable  parcours du combattant qui demande la journée et je n'ai pas l'impression que les choses vont changer de sitôt tant les résistances sont nombreuses (y compris celle des écologistes) sur le développement du rail. Vous avez dit réchauffement climatique ?
 
 
PS : Je me réjouis qu'une des plus intéressantes corridas du cycle ait été celle de Dolores Aguirre, dimanche pour la clôture. Et je déplore qu'elle ne se soit donnée que devant à peine 3000 spectateurs. Misère de l'aficion basque.  
 
 


 
 
Photos :
     El Anatsui - Musée Guggenheim
     Morante de la Puebla - Plaza de toros

dimanche 27 août 2023

Retour à Bilbao

 

    Me revoici à Bilbao pour deux jours, ma dernière venue ici, en 2019, avait été marqué par l'énorme triomphe de Paco Ureña. Beaucoup d'eau a coulé sous le pont de l'Arenal depuis. Il y a eu du bon : la rénovation des arènes par la nouvelle empresa (Chopera/Bailleres) et beaucoup de mauvais : deux années d'interruption par peur d'un virus, une accentuation de la baisse de fréquentation (catastrophique les jours sans figures), et dernier avatar, l'hostilité de la municipalité (PNV) qui a refusé cette année la participation aux festejos taurins de la Banda Municipal de musique et ne mentionne plus les corridas dans le programme des fêtes. En contrepartie, l'empresa a pris l'initiative de financer une campagne de publicité dans la ville. Initiative heureuse qui se doit d'être portée à son crédit. Les rues et le tramway sont pavoisés, nul à Bilbao ne peut ignorer qu'on y donne des corridas et je dois dire que c'est une belle satisfaction pour l'aficionado de se promener dans une ville au milieu de magnifiques photos de toros et portraits de toreros. Il est nécessaire aujourd'hui d'affirmer notre culture dans son histoire et sa tradition mais aussi dans sa réalité contemporaine. Sans complexes ! À Bilbao, c'est en s'appuyant sur l'existence des Corridas Generales que l'Aste Nagusia (Semana Grande) a vu le jour et aujourd'hui la corrida reste le spectacle des fêtes capable de réunir le plus grand nombre de spectateurs payants. 

   La petite demi arène de ce jeudi montre toutefois qu'il reste du chemin à parcourir. Il faut dire que la température extrême (44° à l'ombre) n'a pas incité les non possesseurs de billet à se déplacer. Sans compter que le prix des places aux tendidos de sombra est lui aussi extrême : de 194 € la barrera à 73 € la file 19. Un calcul sommaire permet de se rendre compte que pour simplement 1000 places vendues l'empresa empoche largement plus de 100 000 € ! Je n'ai rien contre le fait de faire payer les riches (et il y en a beaucoup dans une ville comme Bilbao) mais les gens ne sont pas non plus des gogos, ce qui explique que, alors que les tendidos ont du mal à se remplir, la galerie ombre (la partie la plus haute de l'arène) où les places sont à 16.50 €, est toujours copieusement garnie. 
   Ayant estimé que voir lidier une corrida de Juan Pedro Domecq ne méritait pas de frais excessifs c'est là que je me trouvais. On y perd incontestablement en émotion si le combat est rude, beaucoup moins si le travail est artistique et l'endroit est parfait pour juger du placement des toreros. À ce sujet, j'ai noté l'effort de sincérité de Manzanares à son premier toro avant qu'il ne retombe dans le néant taurin à son second. En tout état de cause ses deux domecqs furent sous-employés. Mais lorsque à la fin de la corrida, devant les arènes, José Maria a passé un très long moment à se faire photographier et à signer des autographes, j'ai compris qu'il était, à cet instant précis, en train d'accomplir ce pourquoi les organisateurs l'avaient embauché.
   J'attendais si peu des JPD que je ne les ai pas trouvés si mauvais que ça. Excellemment présentés (Bilbao oblige), ils sont allés au cheval avec facilité et quatre d'entre eux n'ont pas par la suite offert de grandes facilités aux toreros. C'est sans doute ce qui leur sera reproché, tant aujourd'hui, aussi bien parmi la majorité des critiques que parmi les aficionados des plus grandes arènes espagnoles, un toro n'est pas bon s'il ne met pas la tête au raz du sol en faisant l'avion. C'est devenu quasiment le seul critère d'excellence. 
   Les deux qui ont offert des facilités échurent entre les mains d'Alejandro Talavante qui sut en profiter. L'Extremeño semble être dans un moment heureux. Détendu, souriant, faisant preuve d'un répertoire varié, tueur sûr, il se montra torero tout au long de la soirée, coupa trois oreilles et sortit a hombros de Vista Alegre. Mais il faut relativiser ce triomphe car le sixième domecq, d'excellente bravoure et noblesse était aussi le plus faible de l'envoi et il ne permit pas au maestro de donner la faena profonde que les aficionados attendaient et qu'il semblait en capacité de donner.
   Morante connut une journée noire. Rien à son premier toro : bronca. Dès sa sortie le second le serre, Morante se précipite vers la barrière, la franchit difficilement, aidé par le toro et retombe violemment sur le ciment de la contrepiste. On craint le pire mais le maestro se relève. Il tentera malgré tout de donner faena à ce toro avisé lorsque, des gradins, fuse une insulte. Le maestro de la Puebla va aussitôt chercher l'épée de verdad  et, sous la bronca, en finit avec le toro sans autre forme de procès. Le public de Bilbao n'a jamais brillé par sa subtilité ni par ses compétences, de ce point de vue les temps ne changent pas.

(à suivre)


mardi 23 mai 2023

Madrid, jeudi 18 mai

 
   C'est un plaisir de retrouver, après quelques années de purgatoire, la ville de Madrid et le chaudron de Las Ventas, plus bouillant que jamais, surtout quand, comme ce jour, le cartel est de relumbrón et le No hay billetes placardé depuis longtemps. À l'affiche Morante de la Puebla, un torero pour l'Histoire, El Juli, au sommet depuis 25 ans et Tomas Rufo, jeune triomphateur ici même l'an passé. 
   Les toros d'Alcurrucén sont correctement présentés, mais sans cette étincelle de grâce que donne le vrai trapío; leur caste est en sourdine, dominée par la mansedumbre et la fadeur.
   Après avoir expédié sous la bronca l'infumable premier, Morante répond au quatrième à un quite du Juli. Trois véroniques heurtées mais données avec le minimum de toile et donc extrêmement serrées, et une somptueuse demi lancent le run-run des attentes inconsidérées. Le début de faena avec une courte série à droite d'une sublime toreria met Las Ventas en feu ... Hélas ! le toro manque de race, il ne peut répondre aux exigences de toreo profond du maestro de La Puebla. La faena tourne court, tout s'achève sur une simple ovation renouvelée à la sortie de la plaza ...  Vendredi 2 sera-t-il le jour ?
   El Juli a donné au cinquième une énième leçon de toreo. Aujourd'hui : comment tirer de l'eau d'un puits sec. Son magistère régulièrement répété au cours de ces dernières temporadas a fini par le faire entrer dans les bonnes grâces du public madrilène. Mais, encore une fois, tout s'est évanoui à l'heure de la mort. Son incapacité à bien tuer restera une ombre sur la carrière du torero.
   Avec le meilleur lot, Tomas Rufo a alterné le bon et l'ordinaire. En comparaison de ses compagnons de cartel, il a fait figure de novillero prometteur, lui qui est pourtant déjà sorti par un nombre considérable de grandes portes. C'est ce qu'il en coûte de partager l'affiche avec les plus grands maestros. Il dut en outre lutter contre la vindicte du tendido 7 qui, pour exister, doit se trouver chaque jour une tête de turc. Mon voisin de tendido, un jeune aficionado madrilène, me donne son avis : les gens du 7 ont souvent raison mais leur comportement outrancier et irrespectueux les déconsidère et leur vaut l'hostilité du reste de l'aficion venteña.
 













 

mercredi 26 avril 2023

Morante au firmament

    

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 On sait que pour couper une queue dans une grande arène il faut que le torero soit parfait du début à la fin de la lidia. En ce mercredi de gloire 26 avril 2023, Morante de la Puebla nous a livré sa recette.
 
   Soyez sublime à la cape  et ce plutôt trois fois qu'une. D'abord par véroniques qui mettent la plaza debout. Rajoutez après la première pique des tafalleras, prodiges de temple et de profondeur. Après la deuxième pique et un beau quite par véroniques de Diego Urdiales, faites encore monter la pression par des gaoneras très toréées.

   Donnez ensuite une grande faena, classique mais pimentée de quelques génialités. Ne la prolongez pas trop car le public pourrait avoir le mauvais goût de demander l'indulto du toro, ce qui gâterait tout.

   Tuez enfin d'un estoconazo sous lequel le toro résistera juste ce qu'il faut pour montrer sa caste.

   L'œuvre est accomplie. Le président sortira les deux mouchoirs blancs à la fois, puis, devant la pétition, il n'hésitera pas à en tirer un troisième.


NB  On n'oubliera pas de mentionner  celui qui a rendu ce grand moment possible : Ligerito, toro noir de 515 kg, portait le fer de Garcigrande. Il a pris deux piques sans zèle excessif puis a mis la cuadrilla en difficulté aux banderilles. Malgré le nombre considérable de passes  reçues durant le premier tiers il est allé à mas durant la faena de muleta et a été honoré d'une vuelta.
 

 


  

jeudi 8 décembre 2022

Bilan 2022

   Maintenant que les miasmes de l'animalisme radical ont été (provisoirement) évacués et que les donneurs de leçon en ont pris une bonne, nous pouvons nous consacrer à nouveau aux choses sérieuses de l'arène plutôt qu'aux simagrées d'hommes politiques aux valeurs dévoyées.
 
   Il faut le dire : la temporada 2022 a été bonne. En quantité et en qualité. Le nombre de spectacles a dépassé celui de 2019, année de référence antérieure au covid. Depuis déjà plusieurs années, le public espagnol  a considérablement rajeuni (mais peut-être est-ce la perception erronée d'un homme qui vieillit) et, si en France le mouvement est moins marqué, nous avons eu, à l'occasion des récents évènements politiques, le plaisir de constater que les jeunes aficionados avaient pris une part non négligeable dans les actions entreprises pour défendre notre culture.
   La qualité ce sont d'abord les toros qui la donnent par leur présentation et leur caste. La caste est bien sûr fluctuante, mais les aficionados, selon leurs goûts, ont une idée des élevages qu'il vaut mieux éviter pour ne pas connaitre une après-midi décevante. Sauf rares exceptions, la présentation a été excellente dans les arènes de première catégorie, bénéficiant cette année encore de nombreux lots cinqueños, invendus des années covid. Et puis, lorsque l'on considère la temporada de haut niveau réalisée par Morante de la Puebla, Daniel Luque, Roca Rey et El Juli, on se dit que l'on a connu des époques moins fastes. Sans oublier les nombreuses corridas toristes qui constituent des ferments d'aficion et qui, aussi bien en France qu'en Espagne, ont parfois connu de belles réussites.
 

Ma corrida rêvée

                 6  toros de Victoriano del Rio  6
      Morante de la Puebla - Daniel Luque - Roca Rey
 

   Ce que Morante a fait au cours de la saison est un petit miracle qu'aucun aficionado, même morantiste, n'aurait osé espérer il y a quelques années. Toréer cent corridas avec cette fraicheur, cette joie d'être dans la plaza, cette créativité et bien sûr cet art et cette profondeur a été comme un souffle de subtils et enivrants parfums andalous répandus dans le monde taurin durant toute cette temporada. Ce qui semblait réservé aux champions du pegapasisme a été accompli par un artiste à la personnalité incomparable ! On n'ose rêver à une temporada 2023 du même niveau.
  Daniel Luque, comme les années précédentes, est resté sur les sommets : dominio, art et sens des responsabilités. Il y a longtemps que la France a découvert ses qualités et le soutient, mais une partie de l'Espagne l'ignore encore. Quand on pense que les organisateurs de Bilbao n'ont pas été capable de lui faire une place lors des dernières Corridas Générales !
   C'est précisément sa journée héroïque de Bilbao qui a marqué le sommet de la saison d'Andrés Roca Rey. Le Péruvien est le rêve de toutes les empresas car il assure à lui seul la billetterie. Un perle rare ! Notre rêve : qu'il trouve un équilibre entre quantité et qualité, avec de temps en temps un geste face à une ganaderia dite toriste ou une tarde épique comme celle qu'il a connue sur les bords du Nervion. 
   On n'oubliera pas que cette temporada aurait dû être la grande temporada d'Emilio de Justo. La mala suerte a voulu qu'il en soit autrement mais rendez-vous est pris pour 2023.

   En ce qui concerne les toros, le choix de Victoriano del Rio est en adéquation avec le côté mainstream du cartel. Il faut reconnaitre que le ganadero madrilène, contrairement à beaucoup de ses concurrents commerciaux, a su préserver un fond de caste dans son bétail. Ce qui nous a valu le bon lot et la grande tarde de Bilbao. Il a été capable de fournir 9 lots complets dans les arènes de première catégorie espagnoles, le plus souvent avec succès. La France, toutefois, a été beaucoup moins bien traitée, peut-être parce que les arènes de première catégorie françaises sont loin du niveau des arènes espagnoles de catégorie équivalente pour ce qui concerne les corridas de figuras.
   Ceci n'empêche pas de rêver pour la saison prochaine d'un affrontement entre les trois figures du cartel et des élevages tels ceux de Baltasar Iban (excellents à Vic-Fezensac) ou Pedraza de Yeltes (excellents à Mont-de-Marsan).

   Le bon déroulement de la temporada passée, l'heureuse issue des derniers évènements hexagonaux  ne doivent pas nous faire oublier que l'équilibre de la fiesta est fragile. Et particulièrement, dans l'époque troublée que nous vivons depuis quelques mois, du point de vue économique. Le porte-monnaie des aficionados et du grand public n'étant pas extensible, il va falloir trouver des solutions pour contenir les coûts de production des spectacles taurins. Réduire les cachets des figures paraît une évidence. Mais
aussi trouver des moyens pour aider les novilladas avec ou sans picadors, sous peine de disparition de ce qui constitue le fondement de la corrida. Réduire les frais de cuadrillas ? Créer un fond  mutualisé qui permettrait de palier aux incertitudes financières ? L'union sacrée qui a prévalu ces derniers mois dans le monde taurin français pourrait être mise à profit pour s'attaquer sérieusement au problème.
 
 

 
 
 











Souvenir de la grande faena de Morante à Séville le 23 septembre (photo Aplausos)
 
 
 

lundi 25 juillet 2022

Madeleine 22 : a mas comme les bons toros (1)

    Voici quelques notes et impressions sur une feria montoise qui, hormis le jour de Morante et des Garcia Jimenez, a connu des tardes intéressantes et, comme les bons toros, est allée a mas pour se terminer avec le grand spectacle des Pedraza. L'affluence du public est elle aussi allée en augmentant, les corridas de fin de semaine (proches du plein total) ayant connu une affluence supérieure aux corridas toreristes du mercredi et jeudi (4/5ème).
 
     Mercredi : deux toreros 
   Très inégal en âge, trapío et caste, sans aucun bon toro, le lot de Victoriano del Rio avait un côté fond de tiroir, en l'occurrence fond de campo. Il constitua une déception dans une temporada où abonde, dans d'autres ruedos, ce que l'élevage produit de meilleur. Le succès de la tarde revint à deux toreros qui ont su tirer le meilleur de toros anodins.
   Antonio Ferrera et Daniel Luque ont eu à peu de choses près un sorteo identique. Peu motivé et sans sitio, le natif des Iles Baléares a rendu copie blanche (silence, silence) tandis que le Sévillan affirmait sa classe et son pouvoir sur les toros. Il tua en outre de deux estoconazos (deux oreilles, une oreille). L'un parait être au bout du rouleau, l'autre semble marcher sur l'eau, il peut avec tous les toros et torée avec une classe de grand maestro.
   Diego Urdiales a pu profiter de la noblesse fade du cinquième pour donner plusieurs naturelles de qualité supérieure. A montrer dans les écoles taurines. Mais l'ensemble de son ouvrage manqua de dominio. Oreille après estocade entière. Il n'avait rien pu tirer du second en querencia permanente près des tablas.

     Jeudi : Échec pour les arènes montoises
   Georges Orwell a inventé le concept de common decency que l'on pourrait caractériser avec Jean Claude Michéa de "sens commun qui nous avertit qu'il y a des choses qui ne se font pas". Cette corrida, imprésentable, fait partie de ces choses qui ne devraient pas se faire. Elle signe l'échec des nouveaux organisateurs, leur incapacité à faire respecter par une figure de la tauromachie (Morante de la Puebla) et par un marchand de toros (Garcia Jimenez, alias Matilla) une décence minimale correspondant à l'éthique de la tauromachie. Ces toros-là n'avaient rien à faire sur le sable du Plumaçon qui se targue d'être une arène de première catégorie et dont le public n'est pas prêt à prendre au sérieux ce qui s'accomplit devant des bichos aussi insignifiants. Au final, c'est la tauromachie toute entière qui sort affaiblit de cette après-midi.

     Vendredi : L'oreille de Rafaelillo
  











   Retour à la normale, et même un peu plus, avec le magnifique lot cinqueño des héritiers de Celestino Cuadri lidié vendredi.
   On essaie toujours de nous vendre les Cuadri comme des toros terrorifiques. Rien n'est moins vrai, le toro de Cuadri est foncièrement noble et les trois derniers de ce jour sont venus en apporter la preuve. Certes leurs armures et leur tamaño si imposants inspirent le plus grand respect, certes leur lidia a été compliquée ce jour aux deux premiers tiers, mais ils sont capables de livrer au troisième tercio des charges profondes qui rendent possible le meilleur toreo. Un regret bien sûr, c'est que de si beaux animaux se soient montrés si peu actifs au cheval. 12 piques ordinaires, les combats épiques face à la cavalerie sont restés une fois de plus dans nos rêves.
   En pleine forme, moral au plus haut, combattant comme jamais et bon torero, Rafaelillo fait plaisir à voir. Face au très bon quatrième, il donna une faena complète qui culmina en d'excellentes séries de naturelles templées, longues, profondes. Après une demi-estocade il coupa une grosse oreille qu'il fallut aller chercher au desolladero à la suite d'un énorme quiproquo entre présidence, alguazils, toreros et public.
   Octavio Chacon n'a été que l'ombre de lui-même. Il laissa le très noble cinquième sin torear.
   Damian Castaño toréa très peu de cape, coupant court à ses réceptions. Voulait-il préserver ses toros pour la faena ou bien ne se sent-il pas à l'aise dans le maniement du capote ? Il dut abréger son travail avec le troisième blessé à un pied, mais la noblesse du dernier lui permit de réaliser une excellente faena sur les deux cornes qui lui aurait valu un appendice sans son inefficacité répétée épée en main. Étrange manière de tuer que la sienne se profilant très loin du toro.
















dimanche 8 mai 2022

Génie de Morante

    Voir cette œuvre, vivre ce moment - même à travers le petit écran - c'est, pour un morantiste, pour un aficionado tout simplement, accéder au Paradis, un paradis qui mêle l'émotion la plus profonde avec un sentiment de perfection indépassable.
   Il faut d'abord préciser qu'un tel chef-d'œuvre n'a été possible que parce qu'il y eut rencontre d'un torero et d'un toro. Aucune des bédigues de Garcigrande sorties mercredi ne l'auraient permis. Ballestero, pourtant du même élevage, était différent. Il se substitue à un invalide du fer titulaire d'Alvaro Domecq. C'est un imposant cinqueño, negro, de 550 kg. Il se montre très compliqué à la cape lors d'une réception inhabituellement longue et peu brillante. Le toro est méfiant, parcourt toute la plaza, fuyant. Morante donne beaucoup de passes dans le but de canaliser sa charge, il y parvient quelque peu en toute fin. La première pique est prise au réserve (carioca). La seconde au picador de turna (nouvelle carioca). Face à une charge brusque et incertaine, Juan José Trujillo prend des risques aux banderilles et se fait applaudir. A la fin du second tercio, le toro est à nouveau au toril, il faut aller le chercher et Lili se trouve en difficulté. Morante, à la barrière, observe, souriant, et lance une plaisanterie à son peon. Ces longs moments de brega ont certes montré que Ballestero avait gardé toute sa puissance et suivait la cape sans hésiter mais, à ce stade, rien n'est écrit, rien n'est prévisible. Il faut un torero et il y a Morante. Le chef-d'œuvre peut commencer.
   Comment peut-on donner la faena entière dans un terrain si réduit alors que le toro vient de passer la moitié de sa vie publique à visiter le vaste ruedo de la Maestranza ! Comment peut-on dominer avec ce naturel un toro qui a une charge si soutenue ! Et quelle ligazon dans les passes ! Comme le toro passe près du corps ! Comme la muleta parait petite mais ferme et douce à la fois, imposant au toro des trajectoires toujours maîtrisées.
   Je n'ose imaginer ce que fut cette faena pour les privilégiés qui l'ont vécue dans la plaza avec les vibrations des vieilles pierres de la Maestranza, la chaleur du olé de Séville, la folie d'un public acquis au génie de Morante.



mercredi 23 février 2022

Vic-Fezensac 2022 : les cartels

 


Samedi 4 juin    
11h  novillada
Raso de Portillo
Cristian Perez - Diego Peseiro - José Rojo 

18h  corrida
Valdellan
Antonio Ferrera  -  Domingo Lopez Chaves

Dimanche 5 juin
11h  corrida
Baltasar Iban
Ruben Pinar - Javier Cortes - Damian Castaño

18h  corrida
Cebada Gago
Morenito de Aranda - Antonio Lamelas - José Cabrera (Alternative)

Lundi 6 juin
16h  corrida
José Escolar Gil
Octavio Chacon - Sergio Serrano - Gomez del Pilar

   Les cartels annoncés par le Club Taurin Vicois pour la feria de Pentecôte signent un retour à la normalité. Après deux années de perturbations, c'est un signe de plus qui incite à l'optimisme pour la temporada 2022. Je ne devrais pas écrire cela car depuis deux ans maintenant  mes propos toujours plein d'optimisme sont chaque fois  balayés par les évènements. La différence est peut-être qu'aujourd'hui les gens en ont assez de ce jeu absurde et que beaucoup ont compris que derrière le virus se cache un danger bien plus grand.
   On sait que 2020 n'a pas vu de toro fouler le ruedo vicois et que les corridas de 2021 se sont déroulées (avec succès) au mois de juillet. Cette édition 2022 signera le retour à cinq spectacles majeurs et à la date traditionnelle de Pentecôte. La normalité, on la trouve aussi dans la composition des cartels. Du sérieux dans le choix du bétail et des hommes. Ici il y a peu de place pour le glamour !
   On regrette bien sûr l'absence de la corrida concours, mais les organisateurs ont assuré que cette absence était circonstancielle et que la concours reprendrait sa place dans la programmation de la prochaine temporada. ¡Ojala!
   Le choix des élevages est des plus sérieux : encastes variés, ganaderias de bonne réputation toriste. Il ne faut sans doute pas s'attendre - à Vic comme ailleurs dans le Sud-Ouest - à une présentation aussi impressionnante que celle à laquelle nous avons eu droit l'année dernière. Les ferias espagnoles de première catégorie reprennent leur cours et le dessus des camadas leur est réservé.
   Du côté des hommes, le cartel étoile est le surprenant mano a mano du samedi entre Antonio Ferrera et Domingo Lopez Chaves. Il faudra y être. Pour le meilleur ou pour le pire ... Antonio Ferrera n'a pas foulé le sable vicois depuis 2008 où, devant de médiocres Adelaida Rodriguez, il était passé sans peine ni gloire. Lopez Chaves a marqué de son empreinte la feria de l'an passé. 
   On apprécie la présence de Morenito de Aranda, matador de grande classe. Morenito fait partie de ces toreros d'art dont les qualités ne sont pas soutenues par l'ambition de surpasser ses camarades. Sa carrière a, de ce fait, toujours été très irrégulière, mais qui pourrait le lui reprocher ?
   L'alternative offerte à José Cabrera qui s'était signalé à l'attention des aficionados l'an dernier lors de la bonne novillada de Raso de Portillo, pourquoi pas ? Mais le jeune almeriense ne s'est guère fait remarquer dans la suite de la temporada. Ce sera la seconde alternative octroyée dans les arènes de Vic et nous lui souhaitons plus de chance que n'en a connu Manolo Vanegas, le premier récipiendaire en 2017. On sait que celui-ci a vu sa prometteuse carrière brisée par un terrible accident lors d'un entraînement. Nous avons une pensée émue pour le jeune Vénézuélien aujourd'hui, semble-t-il, tiré d'affaire et qui devrait mener une vie quasi-normale mais qui reste perdu pour le toreo.
   Comment ? Morante sera à Azpeitia et pas à Vic ! On s'en remettra ... quoique Morante lundi devant les Escolar Gil, ça aurait eu de la gueule. Mais comme le disait El Gallo : "Lo que no puede ser, no puede ser, y además es imposible".

Toutes informations sur le site du Club Taurin Vicois.

jeudi 18 novembre 2021

Bilan 2021

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ma corrida rêvée

                        6  toros de LA QUINTA  6 
Morante de la PUEBLA - Daniel LUQUE - Emilio de JUSTO
 
 
   Grâce aux campagnes de vaccination en masse, la saison taurine a pu enfin réellement démarrer en juillet avant de devenir quasiment normale en septembre. Et pour que notre bonheur soit parfait trois matadors ont connu une temporada d'exception. 
 
   Morante, rayonnant, a marqué l'année de son empreinte. D'abord en choisissant de toréer, contrairement à son habitude, des toros d'encastes variés. Ensuite en laissant trace quasiment à chacune de ses sorties  du génie qui l'habite (on exceptera bien sûr l'échec de son solo contre les Prieto de la Cal). Nous ne sommes pas ici amateurs de chiffres mais il faut avouer que le voir à la tête de l'escalafon est une belle revanche pour tant de temporadas où cette position a été occupée par de médiocres toreros. Sa saison a été d'autant plus exemplaire que, s'étant éloigné des grands trusts taurins, il en a géré l'intendance de manière indépendante, simplement aidé par un ami. Notre vœu c'est bien sûr qu'il aborde l'année prochaine avec le même état d'esprit. Morante face aux Victorino Martin ou face aux Partido de Resina en 2022 : de quoi rêver pour l'hiver !
 
   Si le maestro de la Puebla a tant toréé et si la temporada a pu reprendre avec tant de vigueur c'est beaucoup parce que les toreros ont accepté une baisse de leur cachet. Ce serait le point positif qu'aurait apporté cette épidémie si cette baisse se prolongeait dans l'avenir. Et nous ne voyons pas pourquoi il en serait autrement compte tenu de la baisse régulière du nombre de spectateurs depuis quelques années, baisse que les récents évènements n'ont fait qu'accentuer, à tel point que les demi-aforos imposés par la crise sanitaire ont bien souvent servi de cache-misère. Les figures doivent se rendre à l'évidence : elles n'ont plus les moyens d'imposer des cachets pharaoniques aux organisateurs. Mais cela est vrai aussi pour les courses plus modestes que sont les corridas sans vedettes et les novilladas : sans réduction des coûts leur viabilité économique, donc leur avenir,  ne sont plus assurés.

   Mais revenons à ceux qui nous font rêver. Quelle belle histoire que celle d'Emilio de Justo ! Après les triomphes continus de cette temporada, dont ceux de Madrid et de Séville ne sont pas les moindres, le voici entré de plein droit dans la cour des grands. Et si Daniel Luque, victime de sorteos malheureux, n'a pu connaître la joie de la salida a hombros dans ces deux mêmes arènes, tant mieux pour nous, c'est l'assurance de le voir à nouveau à son meilleur niveau l'année prochaine.

   C'est sans doute la marque d'une grande naïveté de notre part d'avoir attendu beaucoup plus du comportement des toros au cours de cette temporada. Certes leur présentation fut en général excellente - et pour cause, il y avait pléthore de bêtes à cornes dans le campo - mais on pouvait penser que le nécessaire écrémage imposé aux ganaderos par la crise leur permettrait de nous réserver le meilleur de leur camada. Hélas ! les aficionados n'ont pu que constater une fois de plus à quel point le manque de caste fait des ravages chez la plupart des élevages commerciaux.

   Il faut imaginer 2022 sans masque, sans laissez-passer sanitaire, sans jauge réduite, mais il faut bien reconnaître qu'à ce jour ce n'est encore qu'un rêve.


photo : Morante devant un Miura à Seville
   

 
 
 
 
 
   


 

jeudi 21 avril 2016

12 Nuñez del Cuvillo 12

   Passer de 6 toros de Victorino, ganado à la personnalité accusée, à 12 NUNEZ del CUVILLO  n'est pas évident pour l'aficionado. Il ne faut pas revoir ses critères à la baisse, mais on sait pourtant que l'intérêt viendra avant tout des toreros et de l'ambiance de la Maestranza.
   Leur présentation est bonne et régulière. Tous sont bien armés, astifinos (seul le premier de Castella aura une corne abîmée). Les poids s'échelonnent de 535 kg à 589 kg. Les plus beaux me paraissent être les noirs, très nettement minoritaires (4 sur 12).
   Leur comportement à la pique est inquiétant. Non qu'ils la refusent mais ils en ressortent sonnés, comme s'ils avaient reçu un uppercut, même lorsque celle-ci n'est qu'un simple picotazo (ce qui correspond à la majorité des cas). Seul Aguaclara, premier toro du Juli permet un bon tercio : une chute à la première, puis une bonne pique par le réserve. Il garda ensuite une charge vive qui permit une competencia au quite entre Roca Rey et Juli, puis il ira a menos au cours de la faena.
   Au troisième tiers leur comportement est varié. La noblesse domine. Anodine et réduite par la faiblesse (1, 4, 10), pastueña (2), avec plus de vivacité (5, 7, 8). Toutefois plusieurs ont des charges peu claires, compliquées ou incertaines (3,6,11,12).
   En résumé, sur 12 toros présentés aucun toro complet, une prédominance de la faiblesse et de l'anodin. Et, si, malgré tout, les deux courses ont toujours été intéressantes, c'est dans l'attitude des toreros qu'il faut en trouver la cause.

   Sebastien CASTELLA (silence, silence) : R. A. S., actuation anodine à l'image de ses deux toros.
   José María MANZANARES (une oreille, une oreille) : N'ayant jamais eu l'occasion d'abuser de Manzarinade j'ai trouvé le José María de ce jour bon. Sitio, douceur, empaque. Il cita ses deux toros de loin évitant ainsi d'étouffer leur charge et sut s'adapter à leur comportement (pastueño mais faible l'un, mobile et vif l'autre). Deux bons volapiés pour terminer. Bien sûr, il n'est pas interdit de penser qu'il avait touché un lot de porte du Prince.
   José GARRIDO (salut, silence) : L'Extremeño se montra remarquablement tenace devant un lot âpre qui le mit souvent en difficulté. Cela lui valut la sympathie du public ... et un passage à l'infirmerie après une grosse cogida à la mort de son premier adversaire. A noter un joli quite par chicuelina au 2.
   Morante de la PUEBLA (silence, deux oreilles) : Malgré les fractures du passé, malgré les trois prestations précédentes inabouties, voire médiocres, personne dans mon entourage du tendido 9 n'aurait songé à reprocher quoi que ce soit au torero de La Puebla : c'est que Morante est un artiste et ici on aime ça plus que tout. Même si certaines sont accrochées, ses premières véroniques sont somptueuses et la place rugit de bonheur. Il en sera de même lors du début de la faena. Mais le maestro trouve sans doute le toro un peu vif, il prend ses distances, ne se croise plus. Autour de moi, tout le monde se calme, plus question de soutenir le torero s'il ne torée pas de verdad, on attendra le prochain...
  Dudosito, le dixième Cuvillo est précisément le huitième et dernier adversaire de Morante pour la feria. C'est un toro terciado, parfaitement inodore, incolore et sans saveur, et lorsque le maestro s'avance vers lui, la muleta pliée pour le cartouche de pescado, je n'y crois pas le moins du monde. Et pourtant le miracle va s'accomplir. Sacré Morante! Naturalité, temple, douceur, sincérité absolue. Et lorsque José Antonio se laisse accrocher la muleta, la reprend et donne, en toute spontanéité, une demi-véronique, quasi chicuelina, qui le libère de l'étreinte du toro, c'est une explosion atomique qui secoue la Maestranza. Pas un de mes voisins de tendido qui ne frise à ce moment l'apoplexie. Estocade en se mouillant les doigts et deux oreilles. Je ne peux m'empêcher de penser que le génie de Morante est bien grand pour avoir été capable de tirer tant d'effet de si peu de chose que ce toro.
   EL JULI (salut, salut) : Le Madrilène aussi bénéficie de l'appui des tendidos. Il se montre sincère, paie comptant, au point de se faire renverser par son second adversaire qui le blesse (le maestro se rendra à pied à l'infirmerie après l'avoir tué et avoir salué). Mais il est vraiment en difficulté à l'épée : un très laid julipié lui fait perdre l'oreille de son premier et, sa blessure l'empêchant de sauter, il ne se défait de son second qu'à la troisième tentative perdant une autre possibilité de trophée.
   ROCA REY (une oreille, salut) : Le Péruvien fait preuve de mucho aguante et alterne toreo classique et templé, et virtuosité moderne (dont il a tendance à abuser).

   Ainsi se termine mon passage (heureux) par Séville.