lundi 16 mai 2022

L'esprit de la bravoure

    Les aficionados ont répertorié dans le comportement du toro de lidia un certain nombre de signes distinctifs de bravoure. Pousser contre cheval et piquero, arc-bouté sur son arrière-train (los cuartos traseros), en est un bien connu. Un autre, juste antérieur dans le déroulement du combat, est son inverse.  Lorsque, sous la force de l'impulsion et de l'impact, le toro soulève ces mêmes pattes arrière. Un moment rare et spectaculaire. Ce dimanche 15 mai, jour de San Isidro, Majadero premier toro de la ganaderia El Parralejo, s'est retrouvé un long instant avec le train arrière comme happé par le ciel, semblant ne pas vouloir retomber sur le sable de la plaza. Un moment où flotta sur l'arène l'esprit de la bravoure.

















   Mais les hommes aussi sont braves et particulièrement les toreros. Cet esprit flotta à nouveau et se diffusa sur toute la plaza lorsque Gines Marin, grièvement blessé dès le début de sa faena au troisième toro (on vit très nettement la corne transpercer la cuisse de part en part) se maintint en piste jusqu'à la mort de son adversaire avant de rejoindre l'infirmerie sur ses propres pieds. En toute simplicité, sin aspavientos. En torero.

jeudi 12 mai 2022

Quand El Juli se croise

    ... il commotionne Madrid et y fait, enfin, l'unanimité. Et même si, pour deux pinchazos, Julian n'est pas sorti par la grande porte (laissons là ces affaires de comptabilité) il a mis Las Ventas en folie et a écrit une des grandes pages de la plaza madrilène.
   Le maestro avait déjà coupé une oreille à son très noble premier cinqueño devant lequel il excella en véroniques et qu'il tua d'une manière plus sincère qu'habituellement. Mais Gañafote, le quinto La Quinta, est un toro difficile : abanto de salida, de charge incertaine, brusque, con extraños. En se plaçant toujours dans le terrain du fauve, Juli établit peu à peu sa domination, règle et améliore la charge et finit par donner des passes d'une longueur et d'une profondeur inimaginables quelques minutes auparavant. Le public  est debout et rugit de plaisir, la plaza - comme la bête - est rendue. Il ne reste plus qu'à tuer ... on connait la suite et El Juli finit en larme dans le burladero. Qu'importe ! La vuelta al ruedo est apothéosique et le souvenir de cette faena rejoindra celui des plus grandes vues en ces lieux.



dimanche 8 mai 2022

Génie de Morante

    Voir cette œuvre, vivre ce moment - même à travers le petit écran - c'est, pour un morantiste, pour un aficionado tout simplement, accéder au Paradis, un paradis qui mêle l'émotion la plus profonde avec un sentiment de perfection indépassable.
   Il faut d'abord préciser qu'un tel chef-d'œuvre n'a été possible que parce qu'il y eut rencontre d'un torero et d'un toro. Aucune des bédigues de Garcigrande sorties mercredi ne l'auraient permis. Ballestero, pourtant du même élevage, était différent. Il se substitue à un invalide du fer titulaire d'Alvaro Domecq. C'est un imposant cinqueño, negro, de 550 kg. Il se montre très compliqué à la cape lors d'une réception inhabituellement longue et peu brillante. Le toro est méfiant, parcourt toute la plaza, fuyant. Morante donne beaucoup de passes dans le but de canaliser sa charge, il y parvient quelque peu en toute fin. La première pique est prise au réserve (carioca). La seconde au picador de turna (nouvelle carioca). Face à une charge brusque et incertaine, Juan José Trujillo prend des risques aux banderilles et se fait applaudir. A la fin du second tercio, le toro est à nouveau au toril, il faut aller le chercher et Lili se trouve en difficulté. Morante, à la barrière, observe, souriant, et lance une plaisanterie à son peon. Ces longs moments de brega ont certes montré que Ballestero avait gardé toute sa puissance et suivait la cape sans hésiter mais, à ce stade, rien n'est écrit, rien n'est prévisible. Il faut un torero et il y a Morante. Le chef-d'œuvre peut commencer.
   Comment peut-on donner la faena entière dans un terrain si réduit alors que le toro vient de passer la moitié de sa vie publique à visiter le vaste ruedo de la Maestranza ! Comment peut-on dominer avec ce naturel un toro qui a une charge si soutenue ! Et quelle ligazon dans les passes ! Comme le toro passe près du corps ! Comme la muleta parait petite mais ferme et douce à la fois, imposant au toro des trajectoires toujours maîtrisées.
   Je n'ose imaginer ce que fut cette faena pour les privilégiés qui l'ont vécu dans la plaza avec les vibrations des vieilles pierres de la Maestranza, la chaleur du olé de Séville, la folie d'un public acquis au génie de Morante.



samedi 7 mai 2022

Un tercio de piques

    Le second Nuñez del Cuvillo trébuche à plusieurs reprises, à nouveau à la sortie de la première pique. Mouchoir vert présidentiel. Espantoso, 573 kg, sobrero du même fer va nous valoir un tercio de pique sortant de l'ordinaire.
   Il se précipite avec fougue vers le cheval et soulève son avant-train, puis s'acharne dans sa poussée. A caballo levantado ! L'équilibre semble à tout moment devoir se rompre mais cavalier et cheval, avec un sang froid remarquable, parviennent à éviter l'effondrement. Vive émotion et grande ovation.
   La deuxième pique, plus classique, est excellemment donnée et confirme la bravoure du toro. José Palomares, piquero de Juan Ortega, quitte le ruedo sous une unanime ovation.
   Ce public sévillan, si prompt à s'enthousiasmer pour l'art ou le travail des matadors - et il ne manqua pas ce jour d'occasions de le faire - est également capable d'exprimer son intérêt, voire sa passion, pour un beau tercio de piques. Voilà qui est réconfortant ... mais hélas trop rare en ces lieux.



vendredi 6 mai 2022

Paco Ureña, toujours présent

    Paco Ureña avait été le triomphateur de la temporada 2019 et aurait dû en recueillir les fruits en 2020. On sait ce qu'il en est advenu. 2021 a été une année noire pour lui : problèmes d'apoderamiento, croche-pieds du mundillo, perte de moral et, pour couronner le tout, grave blessure lors de son dernier contrat de la saison. Et 2022 a commencé dans la difficulté. Le mundillo taurin est bien connu pour fonctionner sur d'autres critères que celui de la reconnaissance du talent : il est exclu de Valence, de Séville, de Madrid. Il n'a dû sa participation à la San Isidro qu'à sa proposition de tuer six toros en solitaire et il se retrouvait ce jour à Séville en substitution d'Emilio de Justo.
   Face à un très mauvais lot de Garcia Jimenez, le Lorqueño a montré qu'il était  toujours là, avec son toreo engagé, pur, parfois marqué d'accès baroques. Face à son premier adversaire, retors et incertain, il fut d'une sincérité totale qu'il paya d'un voltereta impressionnante mais heureusement sans conséquence grave. Tout au long de l'après midi il a montré qu'il était toujours un torero de classe et de pundonor.
   C'est une bonne nouvelle. On devrait pouvoir compter sur Paco Ureña durant cette temporada. Suerte maestro !



jeudi 5 mai 2022

Séville, ville moderne

    Les temps changent. Une  nouvelle rubrique ''Vu à la télé'' s'impose. Non pas reseñas complètes, d'autres le font très bien, mais quelques mots sur un moment "vécu" à travers le petit écran.

   Nouvelle Porte du Prince hier à Séville. Après celles de Daniel Luque et de Tomas Rufo, la troisième depuis le début de la feria. La septième pour le Juli, dans son jardin sévillan. Quel paradoxe ! El Juli torero de Séville ! Julian Lopez est pourtant l'exact contraire de Curro Romero qui fut le grand torero de la ville au cours de la seconde moitié du siècle précédent. Les Sévillans aiment donc aussi ce qui fonctionne et s'il est un torero qui fonctionne parfaitement c'est bien le Juli. Tout ce qu'il a fait hier fut exactement adapté au toro, au public, aux circonstances. Et terriblement efficace. Pourtant son toreo manque de profondeur, conséquence de sa réticence à fouler des terrains plus risqués. Son toreo manque aussi d'art. On ne le lui reprochera pas car l'art ne se commande pas et le Madrilène a su compenser cette absence par des faenas d'une grande fluidité et d'un grand naturel mais aussi par un temple parfait - jamais le toro n'a accroché sa muleta lors de la première faena, dont les excellentes passes de poitrine furent la conclusion parfaite de ses séries. Faut-il parler des estocades ? Rien de nouveau dans ce domaine : Juli a inventé et systématisé le julipié et ne sait tuer que de cette manière. Le saut qu'il effectue pour passer la corne a pour conséquence un placement très en arrière de l'épée. Un président responsable aurait dû calmer les ardeurs du public sévillan et n'accorder qu'une seule oreille à son premier toro.
   Les toros justement. De Domingo Hernandez ''Garcigrande''. La perfection ! Ils en rêvaient, Domingo Hernandez l'a fait ! Avec suffisamment de bravoure pour charger. Avec aussi cette pointe de mansedumbre qui les conduit à s'ouvrir vers les barrières et donc à garder une charge légère et sans réelle codicia. Avec suffisamment de force pour ne pas s'écrouler ni se réserver. Une alchimie parfaitement réussie - sauf lorsque la mansedumbre prend le dessus - exactement celle que Juan Pedro Domecq a échoué à obtenir.
   On peut prévoir un avenir radieux à la feria de Séville. Il y a pléthore de bons toreros et l'on peut imaginer désormais des Portes du Prince quotidiennement ouvertes. Séville, ville moderne.



lundi 11 avril 2022

Mont-de-Marsan : les cartels des fêtes de la Madeleine 2022

 


 

 

Mardi 19 juillet
21h30   concours landais
 
Mercredi 20 juillet
18h   corrida
Victoriano del Rio
Antonio Ferrera - Diego Urdiales - Daniel Luque
 
Jeudi 21 juillet
11h   novillada sans picadors
 
18h   corrida
Garcia Jimenez
Morante de la Puebla - Juan Ortega - Tomas Rufo
 
Vendredi 22 juillet
18h   corrida
Cuadri
Rafaelillo - Octavio Chacon - Damian Castaño
 
Samedi 23 juillet
11h   novillada
Cuillé
Yon Lamothe - Cristian Parejo -  X
 
18h   corrida
La Quinta
Antonio Ferrera - Emilio de Justo - Gines Marin
 
Dimanche 24 juillet
18h   corrida
Pedraza de Yeltes
Lopez Chaves - Alberto Lamelas - Thomas Dufau 


   Autant le dire tout de suite, ces cartels me ravissent et je vais prendre mon abonnement sans hésitation. 
   On y trouve la variété dans le type de corridas proposées nécessaire à une feria digne de ce nom et trop souvent absente dans bien des cités taurines : deux corridas clairement toristes, celle de Cuadri et celle de Pedraza, une intermédiaire,  celle de La Quinta, et deux clairement toreristes, celles de Victoriano del Rio et de Garcia Jimenez. Les deux fers des corridas toreristes ne sont pas les moins intéressants dans cette catégorie. Victoriano del Rio est de loin, depuis quelque temps déjà, l'élevage le plus encasté parmi ceux recherchés systématiquement par les figures et, si Garcia Jimenez a mauvaise réputation pour être propriété de la famille Matilla, boutiquiers taurins d'envergure, au cours de ces dernières temporadas, leurs livraisons n'ont pas toujours été dénuées d'intérêt. Je garde en particulier le souvenir d'un lot nerveux et mobile vu lors des Fallas 2019.
   En ce qui concerne les hommes, aucun des toreros qui me paraissent les plus intéressants du moment ne manque : Morante de la Puebla, Diego Urdiales, Daniel Luque et Emilio de Justo. À tel point que l'absence de José Maria Manzanares, Roca Rey et El Juli passe quasiment inaperçue ! Certes Paco Ureña et Pablo Aguado sont absents mais ils paient tous deux une temporada 2021 en demi-teinte et notamment pour Paco sa mauvaise prestation de l'an passé sur le sable montois.
   Du côté des corridas toristes ce n'aurait pas été un scandale si l'on avait doublé Alberto Lamelas, compte tenu de son triomphe de l'an passé et des ses états de service dans le chef lieu. Mon seul bémol portera sur le cartel des cuadris, cartel lourd qui se rajoute à la lourdeur (qui confine parfois, dans leurs mauvais jours, à la pesanteur) des toros de la province de Huelva. Un matador de corte plus artistique aurait pu trouver sa place dans ce cartel.
   Il est certain que les nouveaux maîtres du Plumaçon ont réussi la première partie de leur tâche, celle de nous proposer des cartels qui font rêver. Mais la seconde n'est pas la moins importante : faire venir au Moun des toros d'une présentation digne d'une arène de première catégorie. C'est aussi sur ce critère que seront jugés les organisateurs, en n'oubliant pas que c'est précisément l'insuffisante présentation des toros qui a valu à la précédente équipe la rupture de son contrat.

jeudi 31 mars 2022

Pour dire une photographie

    Projet original que celui des Editions typographiques artisanales "Les petites allées", sises à Rochefort, à travers leur collection Pour dire une photographie dont le maître d'œuvre est Serge Airoldi. 
   On sait que, depuis qu'il est apparu, l'art de la photographie a toujours inspiré les hommes de lettres. Il s'agit donc de réunir une photographie et un texte littéraire écrit spécialement pour dire cette photographie. L'originalité vient de la qualité de l'édition du petit livre. Une vingtaine de pages, avec photographie reproduite sur la couverture, imprimées par une imprimerie typographique vieille de plus de deux cents ans. Elle vient aussi de la possibilité offerte à l'acheteur d'envoyer le livret : "Le premier tirage de ce petit livre est numéroté et comporte une reproduction de la photo, l'enveloppe permet de le conserver ou de l'envoyer à qui vous voudrez. Le tout pèse 50 grammes et coûte 15 €".
 

  
  Dans ce cinquième opus de la collection, une photographie de Michel Dieuzaide, Almensilla - Mont-de-Marsan, 1974 bénéficie de la remarquable mise en mot de l'écrivain bordelais François Garcia dont je vous livre les dernières lignes : "Dans la cour des chevaux, patio de caballos, les visages se sourient, les bras se congratulent. Antonio et ses collègues se sont réfugiés à l'abri des mondanités excessives, un salut à des professionnels ou amis et puis la cigarette,  le regard plongé dans ce recueillement préparatoire à l'action, à la tension de chaque geste en piste.
  De lourdes portes s'ouvrent maintenant en lui sur un gouffre noir, le monde grave et obscur du combat à venir.  Almensilla, tous les toreros avec lui, ne bénéficient que de quelques secondes pour s'échapper de l'univers joyeux,  bruyant qui les entoure, pour puiser en eux cette force profondément enfouie qui va devoir venir à la lumière, leur donner l'aisance et les réflexes nécessaires, là, tout à l'heure, tout de suite.
  Un signe, un appel, les hommes s'ébranlent pour le défilé, la musique s'enflamme, Almensilla relève la tête, s'éloigne du mur et disparaît du cliché."

jeudi 10 mars 2022

Retour du printemps

    Ça y est, le retour à la normalité se profile sérieusement dans le monde taurin. Les annonces succèdent aux annonces comme aux plus beaux jours. Même José Tomas veut participer à la fête. Et la guerre en Ukraine qui mobilise actuellement les esprits semble renvoyer la crise du covid à une sinistre plaisanterie. En tout cas, la corrida, qui, parmi bien d'autres intérêts, joue son rôle dans le besoin que nous éprouvons d'exorciser nos peurs, a sans doute pour quelque temps encore cette fonction à assumer.
   Voici donc, pour le Sud-Ouest de la France, les spectacles avec picadors qui sont annoncés pour ce printemps (on peut cliquer sur le nom des villes pour avoir de plus amples informations).
 
Gamarde (Landes) 
Dimanche 27 mars 


Garlin (Pyrénées Atlantiques)
Dimanche 3 avril
 


Aignan (Gers)
Dimanche 17 avril



Mugron  (Landes)
Lundi 18 avril


Aire-sur-l'Adour  (Landes)
Dimanche 1 mai
 

 
 
17h   novillada 
Hoyo de la Gitana
José Rojo - Manuel Diosleguarde - Isaac Fonseca


   Toutes ces courses offrent des cartels solides et seront, en ce début de temporada, l'occasion pour tous les toreros engagés de se rappeler au bon souvenir des aficionados et des organisateurs. Ce sera en particulier le cas à Gamarde pour le matador aquitain Clemente et pour son compagnon salmantin Alejandro Marcos. Tous deux sont de fins toreros mais ont besoin de succès pour faire décoller leur carrière. Chez les novilleros on notera la présentation française à Garlin de l'excellent novillero Isaac Fonseca.
   Côté bétail, Garlin renouvelle comme il se doit sa fidélité bien récompensée à Pedraza de Yeltes. Les pensionnaires de Pagès Mailhan  (Aignan) ont montré de grandes qualités partout où ils furent combattus en 2021 et les novillos de José Cruz avaient permis une bonne tarde à Mugron. A Gamarde souhaitons une bonne surprise de la part de l'élevage de Roman Sorando à l'origine peu prestigieuse (Las Ramblas et Daniel Ruiz). C'est Aire-sur-l'Adour qui se distingue en sortant de la ligne domecq. On reverra avec plaisir les novillos santacolomeños de Hoyo de la Gitana ; leurs aînés ont laissé bonne saveur en bouche à Vic en juillet dernier.

 

mercredi 23 février 2022

Vic-Fezensac 2022 : les cartels

 


Samedi 4 juin    
11h  novillada
Raso de Portillo
Cristian Perez - Diego Peseiro - José Rojo 

18h  corrida
Valdellan
Antonio Ferrera  -  Domingo Lopez Chaves

Dimanche 5 juin
11h  corrida
Baltasar Iban
Ruben Pinar - Javier Cortes - Damian Castaño

18h  corrida
Cebada Gago
Morenito de Aranda - Antonio Lamelas - José Cabrera (Alternative)

Lundi 6 juin
16h  corrida
José Escolar Gil
Octavio Chacon - Sergio Serrano - Gomez del Pilar

   Les cartels annoncés par le Club Taurin Vicois pour la feria de Pentecôte signent un retour à la normalité. Après deux années de perturbations, c'est un signe de plus qui incite à l'optimisme pour la temporada 2022. Je ne devrais pas écrire cela car depuis deux ans maintenant  mes propos toujours plein d'optimisme sont chaque fois  balayés par les évènements. La différence est peut-être qu'aujourd'hui les gens en ont assez de ce jeu absurde et que beaucoup ont compris que derrière le virus se cache un danger bien plus grand.
   On sait que 2020 n'a pas vu de toro fouler le ruedo vicois et que les corridas de 2021 se sont déroulées (avec succès) au mois de juillet. Cette édition 2022 signera le retour à cinq spectacles majeurs et à la date traditionnelle de Pentecôte. La normalité, on la trouve aussi dans la composition des cartels. Du sérieux dans le choix du bétail et des hommes. Ici il y a peu de place pour le glamour !
   On regrette bien sûr l'absence de la corrida concours, mais les organisateurs ont assuré que cette absence était circonstancielle et que la concours reprendrait sa place dans la programmation de la prochaine temporada. ¡Ojala!
   Le choix des élevages est des plus sérieux : encastes variés, ganaderias de bonne réputation toriste. Il ne faut sans doute pas s'attendre - à Vic comme ailleurs dans le Sud-Ouest - à une présentation aussi impressionnante que celle à laquelle nous avons eu droit l'année dernière. Les ferias espagnoles de première catégorie reprennent leur cours et le dessus des camadas leur est réservé.
   Du côté des hommes, le cartel étoile est le surprenant mano a mano du samedi entre Antonio Ferrera et Domingo Lopez Chaves. Il faudra y être. Pour le meilleur ou pour le pire ... Antonio Ferrera n'a pas foulé le sable vicois depuis 2008 où, devant de médiocres Adelaida Rodriguez, il était passé sans peine ni gloire. Lopez Chaves a marqué de son empreinte la feria de l'an passé. 
   On apprécie la présence de Morenito de Aranda, matador de grande classe. Morenito fait partie de ces toreros d'art dont les qualités ne sont pas soutenues par l'ambition de surpasser ses camarades. Sa carrière a, de ce fait, toujours été très irrégulière, mais qui pourrait le lui reprocher ?
   L'alternative offerte à José Cabrera qui s'était signalé à l'attention des aficionados l'an dernier lors de la bonne novillada de Raso de Portillo, pourquoi pas ? Mais le jeune almeriense ne s'est guère fait remarquer dans la suite de la temporada. Ce sera la seconde alternative octroyée dans les arènes de Vic et nous lui souhaitons plus de chance que n'en a connu Manolo Vanegas, le premier récipiendaire en 2017. On sait que celui-ci a vu sa prometteuse carrière brisée par un terrible accident lors d'un entraînement. Nous avons une pensée émue pour le jeune Vénézuélien aujourd'hui, semble-t-il, tiré d'affaire et qui devrait mener une vie quasi-normale mais qui reste perdu pour le toreo.
   Comment ? Morante sera à Azpeitia et pas à Vic ! On s'en remettra ... quoique Morante lundi devant les Escolar Gil, ça aurait eu de la gueule. Mais comme le disait El Gallo : "Lo que no puede ser, no puede ser, y además es imposible".

Toutes informations sur le site du Club Taurin Vicois.

vendredi 11 février 2022

A propos de l'affichage du poids des toros

    Le monde est étrange. On lit ou on entend parfois des récriminations contre l'absence d'affichage du poids des toros dans certaines arènes françaises de première catégorie. Mais comment ce poids pourrait-il être indiqué si les arènes en question ne possèdent pas de balance ? Or, à ma connaissance, aucune arène du Sud Ouest français n'en possède. En conséquence, tout affichage du poids du toro dans ces arènes est une fraude. Il procède de calculs qui relèvent du tripatouillage et qu'il vaut mieux ignorer.
   Les publics, même les moins connaisseurs, n'ont pas besoin de cet affichage pour juger le trapío d'un toro. La beauté, le sérieux, l'harmonie de l'animal soulèvent l'ovation sans qu'il soit besoin de consulter le chiffrage de son poids et, inversement, l'aspect chétif de certains bichos provoque une telle tempête qu'on a vu, il n'y a pas si longtemps, les organisateurs de Mont-de-Marsan se faire blackbouler à la suite de la présentation défectueuse d'un lot de Victorino Martin.
   Bien sûr, rien n'interdit aux arènes qui tiennent à donner le change du poids à leur public de se doter d'une balance et d'afficher le véritable poids des toros combattus, la pesée ayant été effectuée le jour de la course et en présence de la commission taurine, comme il se doit.
   En attendant : pas de bascule, pas de poids affiché. C'est une question d'honnêteté vis à vis du public.
















tablilla sin peso
photo tirée du blog Cárdenos y Jaboneros

samedi 15 janvier 2022

Retour sur la chasse

   


 
   La chasse partage avec la corrida le fait d'être honnie par certains groupes qui se veulent écologistes ou animalistes. À la suite de décisions contradictoires au sommet de l'État, d'une manifestation réussie puis d'accidents de chasse tragiques, elle s'est invitée dans l'actuelle campagne présidentielle. Les chasseurs, gens modestes, peu enclins à occuper le devant de la scène et en particulier les plateaux de télévisions, servent facilement de boucs émissaires pour des problématiques qui les dépassent largement.
   C'est pourquoi il est réconfortant de lire des propos intelligents qui tentent d'analyser sérieusement ce que représentent la chasse et les chasseurs dans le monde d'aujourd'hui, notamment dans leurs relations  au monde animal.
   Charles Stépanoff, anthropologue de renom, a étudié en profondeur le monde de la chasse de sa région (l'Ile de France) et le rapport que nos sociétés industrielles ont établi avec les animaux. Son livre  L'animal et la mort, sous-titré chasse, modernité et crise du sauvage, qui est récemment paru aux éditions La Découverte, rend compte de ses travaux. Il ne manque pas de mettre en évidence les paradoxes et contradictions du monde occidental actuel dans son rapport aux animaux. Il rappelle aussi un grand fait des sociétés humaines : en tous temps et en tous lieux, l'homme a utilisé et tué l'animal.
 

 

   Voici le lien d'une entrevue écrite. C'est tout à fait passionnant !

samedi 1 janvier 2022

Bonne année 2022 Feliz año nuevo

 
 
 
 






















Cornearás aún y más que nunca,
desdoblando los campos de tu frente,
y salpicando valles y laderas
te elevarás de nuevo toro verde.

Las aldeas
perderán sus senderos para verte.

Se asomarán los hombros de los rios,
y las espadas frías de las fuentes
manos muertas haran salir del suelo,
enramadas de júbilo y laureles.

los ganados
perderán sus pastores para verte.

Te cantarán debajo tus dos mares,
y para ti los trigos serán puentes
por donde saltes, nuevo toro libre,
dueño de ti y de todo para siempre.

Los caminos
perderán sus ciudades para verte.


Rafael Alberti 
Toro en el mar 
1940
























Tes cornes chargeront plus que jamais
et se déplieront les chants de ton front.
Éclaboussant les vallées, les versants,
tu grandiras de nouveau taureau vert.

Les villages
perdront leurs sentiers pour te voir.

Les épaules des fleuves surgiront,
tandis que les épées froides des sources
jailliront du sol en de mortes mains
aux guirlandes de joie et de lauriers.

Les troupeaux
perdront leurs bergers pour te voir.

Au-dessous, tes deux mers te chanteront
et pour toi les blés deviendront des ponts
que tu sauteras, nouveau taureau libre,
maître de toi et de tout à jamais.

Les chemins
perdront leurs villes pour te voir.

traduction : Claude Couffon


photos Velonero 
Villaseca de la Sagra Monumento al toro de lidia

samedi 18 décembre 2021

Angel Teruel

 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   Avec Ruiz Miguel, Angel Teruel a été le premier torero que j'ai aimé. Rien de commun pourtant entre les deux. Si Francisco Ruiz Miguel a toujours fait partie du camp des belluaires, Angel Teruel, avec ses airs de petit marquis poudré était à mille lieu d'incarner l'idéal viril du dominateur de toros. Et pourtant, les Miuras de Madrid ou de Bilbao qu'il a combattus à plusieurs reprises ne lui faisaient pas peur ! Et surtout ne posaient aucun problème à sa maestria faite d'un mélange de froide intelligence, apanage des fins stratèges et d'un art sincère et subtil qui le rendait capable d'émouvoir aussi le public de la Maestranza.
   En 1967, à l'âge de 17 ans et après 18 novilladas piquées seulement, il prit l'alternative avec succès lors de la feria de Burgos. Il suivait en cela l'exemple de prestigieux prédécesseurs : Paco Camino et José Gomez "Joselito". Lorsque l'on fait preuve de capacités évidentes, point n'est besoin de s'attarder inutilement dans les rangs des novilleros : ce ne peut être que devant des toros que l'on apprend à toréer les toros !
   Au mitan des années soixante-dix, il fut durant quelques temporadas, le torero le plus intéressant et le plus régulier de l'escalafon. Sa froideur de technicien, son affectation furent alors transcendées par sa volonté de s'imposer à tous les toros, à tous les publics et à tous les toreros. Une fois cela acquis, il relâcha ses efforts et quitta les ruedos dans une relative indifférence.
   Le Madrilène était un torero de classe dont l'élégance pouvait parfois passer pour de la préciosité. Le voir traverser lentement le ruedo de son pas mesuré, port altier et lèvres pincées était en soi un spectacle ... que l'on acceptait car on savait qu'il y avait du fond derrière : une lidia précise et dominatrice, un toreo classique et sincère.



lundi 13 décembre 2021

Télévision (2)

   

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   La télévision a acquis aujourd'hui un rôle considérable dans l'économie de la fiesta brava, rôle encore accru à la suite de la crise provoquée par l'épidémie de coronavirus.
   Si la télévision publique nationale espagnole (RTVE) ne retransmet plus de corridas en direct et en intégralité qu'épisodiquement (la dernière remonte à 2016), son rôle a été remplacé dans cette fonction par certaines chaînes régionales et par la télévision payante. Les chaînes régionales (essentiellement castillanes et andalouses) retransmettent tout au long de la temporada de nombreuses courses, la plupart modestes aussi bien par le cartel que par les plazas concernées. La contribution financière versée par ces chaînes, même limitée, permet aux organisateurs de boucler leur budget et on sait que, depuis la crise sanitaire, ce financement a permis à l'activité taurine de se maintenir dans les régions concernées.
   La télévision payante est d'un tout autre niveau. Depuis maintenant plus de 10 ans, le réseau Movistar + (anciennement Canal +) possède une chaîne à péage exclusivement consacrée à la tauromachie qui diffuse en direct et avec des moyens techniques considérables les plus grandes ferias espagnoles. Aujourd'hui - et c'est une nouveauté pour les aficionados français - on peut s'y abonner depuis son ordinateur ou son téléphone portable par l'intermédiaire de la plateforme Plaza Toros TV.
   Lorsque la situation sera redevenue normale (si elle le redevient un jour), on peut dire que chaque aficionado sera en mesure de voir quasiment chaque jour de la temporada une corrida en direct sur un écran et en particulier les cartels les plus attractifs des plus grandes arènes. Le tout pour une somme ridicule en comparaison avec le prix d'un billet d'entrée, et sans être obligé de se déplacer, dans le confort de son univers quotidien.
   Il s'agit d'un changement considérable dans la manière de voir une corrida (dans la manière de consommer du spectacle taurin pourrait-on dire) et dans l'économie de la fiesta. Changement dont nous ne pouvons encore mesurer tous les effets, qu'ils soient positifs ou négatifs, même si certains sont déjà bien visibles, en particulier en Espagne où ce système est en place depuis plusieurs années.
   Sans chercher à rentrer dans une analyse détaillée, j'ai tenté de faire une liste des inconvénients qui me paraissent découler de cette situation.

     - moindre affluence aux arènes.
Toute corrida télévisée constitue une concurrence non seulement pour la corrida télévisée elle-même mais aussi à l'encontre de tout spectacle taurin qui se donne le même jour où que ce soit dans le monde.
En Espagne les personnes âgées ont déjà très largement déserté les gradins, préférant le confort et la sécurité de leur chez-soi. Qui plus est en période d'épidémie, et il semble que nous rentrions dans une époque d'épidémie chronique !

     - moins de convivialité et de relations sociales
On m'objectera qu'il y a les bars et les clubs taurins; mais bien souvent, ce sera seul devant son écran. Rien avant, rien après. Et sans la chaleur et la vibration du public.

     - baisse du niveau de l'aficion
Les commentateurs ont un esprit critique réduit au minimum et sont même parfois passés maîtres dans l'art de faire prendre les vessies pour des lanternes. Dans ces conditions, difficile de former une aficion entendue.

     - fin du plaisir de l'imagination
Il sera possible d'avoir tout vu : les plus grands combats, les toros de bandera, les plus belles faenas. Une banalisation de l'extraordinaire alors que les grands exploits ne sont jamais décevants lorsqu'ils sont imaginés (voire imaginaire).
Sans compter que c'en sera fini de la frustration de n'avoir pas vu une función ou un moment important. Or il n'y a pas de désir sans frustration : nous serons des aficionados blasés.

   Certes ces effets pervers sont compensés par la possibilité  pour les empresas, grâce à la manne financière qu'apporte la télévision, d'organiser leurs spectacles avec plus de facilité et en plus grand nombre. Que cette manne aille en partie dans la poche des sociétés de télévision, des toreros et ganaderos, des organisateurs, c'est la règle du jeu. Mais il faut aussi qu'elle profite directement aux spectateurs qui se rendent à la plaza en permettant une baisse des tarifs à la taquilla. Il parait logique aussi qu'en compensation du préjudice exercé contre les autres spectacles, une partie de cet argent soit utilisé pour assurer l'avenir de la tauromachie, en aidant par exemple les écoles taurines et en contribuant à l'organisation de novilladas.



NB : A la suite de la suppression de l'émission Signes du Toro, toujours pas de réactions. Ni de la part de F3, ni de la part des aficionados (voir Télévision 1).
 



vendredi 26 novembre 2021

Retour en image sur la corrida de Pedraza de Yeltes à Mont-de-Marsan

    L'une des meilleures corridas de la temporada 2021 dans le Sud Ouest a eu pour cadre les arènes du Plumaçon où, le dimanche 25 juillet, les diestros Lopez Chaves, Alberto Lamelas et Gomez del Pilar affrontaient six toros de Pedraza de Yeltes.
   C'est un vrai plaisir de revenir sur cette course grâce au photos de Laurent Bernède. Celles-ci ont la particularité d'avoir été prises depuis les gradins les plus hauts et, malgré cela ou peut-être grâce à cela, elles sont d'une grande qualité et pleines d'émotion. Hanter les callejons n'est peut-être pas la meilleure façon de réaliser de belles photos taurines !
 
 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Cinq toros sur six ont fait preuve ce jour-là d'une grande bravoure. On voit ici le cinquième, Sombrilla, qui prit trois piques citées de plus en plus loin (piquero David Prados).







 

 

 

 

 

 

 

 

Toute la toreria de Domingo Lopez Chaves face à Jacobo, le quatrième. Classe et facilité dans un début à l'estribo; belle illustration du verbe se croiser (on notera les dégats du costume après une sérieuse cogida); naturelle en courant la main.

 

 

 















 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alberto Lamelas fut le triomphateur du jour. Il fit preuve d'un engagement total durant toute la course et donna de magnifiques naturelles.

 

NB : Il faut, bien sûr, pour mieux les apprécier, cliquer sur les photos pour les agrandir.

jeudi 18 novembre 2021

Bilan 2021

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ma corrida rêvée

                        6  toros de LA QUINTA  6 
Morante de la PUEBLA - Daniel LUQUE - Emilio de JUSTO
 
 
   Grâce aux campagnes de vaccination en masse, la saison taurine a pu enfin réellement démarrer en juillet avant de devenir quasiment normale en septembre. Et pour que notre bonheur soit parfait trois matadors ont connu une temporada d'exception. 
 
   Morante, rayonnant, a marqué l'année de son empreinte. D'abord en choisissant de toréer, contrairement à son habitude, des toros d'encastes variés. Ensuite en laissant trace quasiment à chacune de ses sorties  du génie qui l'habite (on exceptera bien sûr l'échec de son solo contre les Prieto de la Cal). Nous ne sommes pas ici amateurs de chiffres mais il faut avouer que le voir à la tête de l'escalafon est une belle revanche pour tant de temporadas où cette position a été occupée par de médiocres toreros. Sa saison a été d'autant plus exemplaire que, s'étant éloigné des grands trusts taurins, il en a géré l'intendance de manière indépendante, simplement aidé par un ami. Notre vœu c'est bien sûr qu'il aborde l'année prochaine avec le même état d'esprit. Morante face aux Victorino Martin ou face aux Partido de Resina en 2022 : de quoi rêver pour l'hiver !
 
   Si le maestro de la Puebla a tant toréé et si la temporada a pu reprendre avec tant de vigueur c'est beaucoup parce que les toreros ont accepté une baisse de leur cachet. Ce serait le point positif qu'aurait apporté cette épidémie si cette baisse se prolongeait dans l'avenir. Et nous ne voyons pas pourquoi il en serait autrement compte tenu de la baisse régulière du nombre de spectateurs depuis quelques années, baisse que les récents évènements n'ont fait qu'accentuer, à tel point que les demi-aforos imposés par la crise sanitaire ont bien souvent servi de cache-misère. Les figures doivent se rendre à l'évidence : elles n'ont plus les moyens d'imposer des cachets pharaoniques aux organisateurs. Mais cela est vrai aussi pour les courses plus modestes que sont les corridas sans vedettes et les novilladas : sans réduction des coûts leur viabilité économique, donc leur avenir,  ne sont plus assurés.

   Mais revenons à ceux qui nous font rêver. Quelle belle histoire que celle d'Emilio de Justo ! Après les triomphes continus de cette temporada, dont ceux de Madrid et de Séville ne sont pas les moindres, le voici entré de plein droit dans la cour des grands. Et si Daniel Luque, victime de sorteos malheureux, n'a pu connaître la joie de la salida a hombros dans ces deux mêmes arènes, tant mieux pour nous, c'est l'assurance de le voir à nouveau à son meilleur niveau l'année prochaine.

   C'est sans doute la marque d'une grande naïveté de notre part d'avoir attendu beaucoup plus du comportement des toros au cours de cette temporada. Certes leur présentation fut en général excellente - et pour cause, il y avait pléthore de bêtes à cornes dans le campo - mais on pouvait penser que le nécessaire écrémage imposé aux ganaderos par la crise leur permettrait de nous réserver le meilleur de leur camada. Hélas ! les aficionados n'ont pu que constater une fois de plus à quel point le manque de caste fait des ravages chez la plupart des élevages commerciaux.

   Il faut imaginer 2022 sans masque, sans laissez-passer sanitaire, sans jauge réduite, mais il faut bien reconnaître qu'à ce jour ce n'est encore qu'un rêve.


photo : Morante devant un Miura à Seville
   

 
 
 
 
 
   


 

mercredi 27 octobre 2021

Deux films taurins : Nuestro tiempo et Dune

    Nous avions parlé en début d'année de l'indispensable livre de Guy Suire sur le cinéma et la tauromachie. Deux nouvelles œuvres cinématographiques d'importance sont sorties depuis.

Nuestro tiempo
 
   Ce film du cinéaste mexicain Carlos Reygadas retiendra l'attention des aficionados car il se déroule dans une ganaderia de l'État de Tlaxcala. On y voit de nombreuses scènes de campo qui dénotent la bonne connaissance du sujet par le réalisateur et même son aficion : vie des toros, tri, tienta a campo abierto. On y voit aussi le matador Sergio Flores s'entrainant. Pour rester dans le registre taurin, même si c'est plus anecdotique, lors d'une impressionnante séquence visuelle au cours de laquelle nous survolons la mégapole de Mexico, on reconnait la plaza de toros Monumental. Et le dernier mot du film revient aux toros : un violent combat les oppose qui se terminera par la mort de l'un d'eux. De fait, tout au long du film, le réalisateur met en correspondance ce qui relève de la nature, de l'instinct  et ce qui relève de la culture. Ainsi la magnifique première séquence durant laquelle des enfants jouent dans la boue d'un étang. Ainsi le sujet principal du film  qui montre un couple (les ganaderos) qui se délite lorsque l'attrait sexuel qui les unissait  se trouve remis en question. Le sujet est certes un peu convenu d'autant que ne manquent ni l'amant, ni le pacte d'infidélité entre époux. Mais le talent de Carlos Reygadas qui est l'un des meilleurs cinéastes mexicains actuels lui permet de donner, avec l'aide des toros, de l'intérêt à la situation.
   Pour terminer, il est nécessaire de préciser qu'il s'agit d'un film lent (3 heures) et d'une grande beauté formelle. Nuestro tiempo vient nous rappeler que notre temps n'est pas fait que de faciles séries de consommation courante, le cinéma qui prend son temps y tient encore sa place ... et les toros aussi.
 




Dune
   Ce n'est pas sans une pointe de satisfaction que les aficionados auront constaté que, dans son adaptation du chef-d'œuvre de science-fiction qu'est Dune, le cinéaste Denis Villeneuve a maintenu les références taurines que contenait l'œuvre originale de Frank Herbert.
   Le grand-père de Paul a en effet perdu la vie au cours d'un combat contre un taureau. C'est avec un grand respect pour cet ancêtre vertueux et exemplaire que, lors du départ pour la planète Arrakis, ses descendants font suivre la tête du taureau meurtrier ainsi qu'une sculpture et le portrait en torero de cet éminent membre de la famille Atréides. Ils continueront ainsi à orner la salle à manger du nouveau palais familial.
   La référence à la tauromachie parait logique si l'on rappelle que ce qui fonde le pouvoir des personnages principaux et notamment du héros Paul Atréides, c'est la maîtrise de soi, en particulier de sa peur, et la capacité à diriger, par sa force mentale, des puissances bien supérieures. En somme le fait d'agir en torero !


mercredi 20 octobre 2021

Aire-sur-l'Adour : novillada concours

 


Cette novillada concours aturine à l’alléchant cartel, initialement prévue le 1er mai, a bénéficié d’un temps magnifique mais a déçu par l’absence de novillo suffisamment complet pour remporter le prix.

   L’albaserrada de JOSE ESCOLAR est magnifiquement présenté mais il montre des signes de faiblesse. Trois piques malgré tout, la meilleure la dernière. A la muleta une charge réduite, de peligro sordo. Carlos Olsina est pris sèchement sur une tentative de naturelle et file sur ses propres pieds à l’infirmerie. Après intervention médicale, il en ressortira en fin de course pour lidier le dernier novillo.

   Artaban un burraco de YONNET arbore fièrement son armure, son absence de morillo le rend en revanche plus modeste. Il charge de loin au premier tiers pour deux piques en quatre rencontres (chiffres qui s’expliquent par la maladresse honnête du piquero) sans toutefois insister sous le châtiment. Il fait ensuite preuve d’une noblesse fade.

   Le buendía de FLOR DE JARA est bien roulé mais court d’armure. Il fait une sortie de manso puis prend trois piques sans se livrer. La muleta convaincante de Manuel Diosleguarde révèle sa noblesse.

  Avant l'arrastre de ce troisième novillo, l'émouvant recueillement au son du pasodoble Ivan Fandiño nous rappelle que les acteurs de ce spectacle extraordinaire qu'est la corrida se jouent le vie de verdad. On a trop souvent tendance à l'oublier.

   Ibarreño est un santacoloma léger de l’élevage craulenque de TURQUAY. Il remate aux tablas puis offre sur la première pique la meilleure poussée de l’après-midi, hélas ! il en sortira exsangue, comme annihilé par l’effort accompli. La deuxième pique ne sera qu’une formalité mais le petit novillo reprend des couleurs au troisième tiers où il aurait mérité un autre traitement que celui offert par Montero.

   Le pedrajas de L’ASTARAC est bien en chair mais sa motricité laisse à désirer, ce qui l’empêche sans doute de donner toute sa mesure. Il a la chance de tomber entre les douces mains de Diosleguarde qui le fera repartir au desolladero une oreille en moins.

   Le pupille du rare élevage AGUSTINEZ (croisement Veragua-Santa Coloma) a été décalé en sixième position afin de permettre à Carlos Olsina, sortant de l’infirmerie après opération, de le lidier. Le novillo fait illusion à sa sortie et permet au Biterrois une belle réception par véroniques et rebolera. Mais le novillo tire vite le rideau : deux piques anodines et plus de charge au troisième tiers.

   Chez les novilleros Manuel DIOSLEGUARDE (salut, une oreille) a fait excellente impression. Son toreo classique, élégant, efficace lui donne quelques atouts dans la perspective d’un passage au niveau supérieur.

   Carlos OLSINA est encore très vert et très maladroit. Son retour en piste après blessure et intervention chirurgicale plaide en sa faveur.

   Malgré une oreille (de peu de poids), MONTERO a confirmé ce jour sa mauvaise temporada.

   Cette novillada a connu peu de réussite mais la formule du concours a permis d’en maintenir l’intérêt jusqu’au bout.


lundi 4 octobre 2021

Parentis-en-Born (2)

 



 




















Samedi 2 octobre 2021    Parentis    nouvelles arènes Roland Portalier
temps couvert et doux
trois quart d'arène
 
Six novillos de Los Maños (12 piques, inégaux) pour Manuel Diosleguarde (applaudissement, une oreille), Miguel Aguilar (silence, une oreille) et Cristian Parejo (une oreille, vuelta).

La commune de Parentis a cassé sa tirelire pour rénover les arènes Roland Portalier. Une tirelire qui devait être bien garnie car Parentis ce sont les uniques puits de pétrole français, sans compter les industries chimiques (fabrication du précieux charbon actif) que l'on aperçoit sur la photo 2, ainsi que le tourisme. En tous cas, les architectes s'en sont donné à cœur joie pour couvrir l'édifice d'un manteau blanc et rendre son accès plus facile. Comme toujours dans le cas des arènes couvertes, le problème vient de l'acoustique, extrêmement désagréable.
Le public avait répondu présent et l'animation qui régnait autour des arènes avant et après la course semblait vouloir tirer un trait sur deux années privées de toute convivialité.
Les santacolomas aragonais  de Los Maños, correctement présentés à l'exception du petit second, constituèrent un lot intéressant mais sans toro complet. Le meilleur pour le torero, le tambour major, d'une grande franchise à la muleta. A la pique, le dernier offrit un beau combat en trois rencontres citées de loin mais il se réserva au troisième tiers. Tous eurent le défaut de manquer de fixité sur les leurres, ce fut particulièrement notable au moment de la mise à mort. Peut-être la conséquence de l'éclairage électrique.
Manuel Diosleguarde aurait dû couper les oreilles du facile premier. Il le toréa avec aisance et fluidité mais trop superficiellement pour emporter l'adhésion totale des étagères. Il tua en outre de manière défectueuse en deux temps. Même aisance avec le quatrième avant un final plus heurté. Oreille après une entière trasera efficace.
Face à deux adversaires qui posaient des problèmes, le Mexicain Miguel Aguilar fit toujours preuve de vaillance et de sincérité. Il fut souvent mis en difficulté par le cinquième, un âpre manso con casta, mais son opiniâtreté et une estocade contraire engagée lui permirent de couper l'oreille.
Cristian Parejo m'a paru très torero. Une chose difficile à définir mais que l'on sent à sa manière d'être face au toro et de transmettre un supplément d'émotion au public. Face à des novillos qui avaient tendance à sortir de suerte la tête haute, il eut du mal avec le troisième temps de ses passes. Mais il donna d'excellents pechos, très toréés, qui lui permirent de terminer somptueusement ses séries.
Sans connaitre de hauts faits d'armes, cette novillada inaugurale des nouvelles arènes résulta entretenida.


dimanche 19 septembre 2021

Chasse

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   La journée de manifestations des chasseurs a été un franc succès. Même la presse parisienne, semblant découvrir la lune, en a parlé. La journée a marqué les esprits ... et a sans doute fait frémir de rage bon nombre d'animalo-écolos. A neuf mois des présidentielles, elle était parfaitement bien placée pour rappeler aux candidats le poids du vote du monde rural, un monde trop souvent méprisé par les élites citadines. Bonne idée aussi que ces gilets oranges qui sonnaient comme un avertissement.
   C'est au nom de la culture, de la culture humaniste qu'il faut défendre la chasse aussi bien que la tauromachie comme le rappellent avec justesse Francis Wolff dans Sud Ouest dimanche  et Pierre Vidal dans son éditorial sur Corrida Si.
 

Photo : Laurent Teilhet Sud Ouest
 

mercredi 15 septembre 2021

Peralta

 



 















Samedi 11 septembre    Peralta (Navarre)   Plaza de toros municipal
beau temps
faible entrée

Six novillos de Santafé Marton (6 piques, inégaux) pour Daniel de la Fuente (une oreille, une oreille), Jorge Martinez (salut, salut) et Manuel Perera (deux oreilles, une oreille).

Contrairement à la Castille qui a vu à partir du mois d'août une reprise foisonnante des activités taurines, la Navarre, pourtant terre taurine de tradition, est restée beaucoup plus discrète. On peut penser que la rigidité des autorités régionales n'a pas aidé à la reconstruction. Dans la plaza de Peralta un cerbère de la police navarraise piste ceux qui ont osé tomber le masque et les oblige à le remettre sous peine d'exclusion.
Les novillos de Santafé Marton, d'origine domecq, sont élevés à quelques encablures de Peralta. Ils sont bien connus dans le Sud-Ouest. On les y voyait fréquemment en novilladas non piquées avant que les élevages français, par leur qualité, ne les supplantent. Le lot du jour est correctement présenté. Une mobilité meuglante et parfois désordonnée leur permet de surmonter une faiblesse latente. A l'exception du 2, invalide et du 6 que la faiblesse conduit à se réserver, ils permettent aux novilleros de s'exprimer.
Daniel de la Fuente, natif de La Puebla comme un certain Morante, semble toréer pour son plaisir. Il est débordé par la mobilité du premier qui touche sans cesse sa muleta mais réussit à se centrer avec le 4 qu'il torée avec une élégance distanciée.
Le Murciano Jorge Martinez, passé par l'école taurine d'Almeria, est précédé d'une réputation flatteuse pour avoir gagné, cette année, le concours de novilladas piquées andalouses. Il ne peut rien face à l'invalide second mais nous régale au cinquième novillo d'une faena classique composée essentiellement d'excellentes séries de naturelles terminées par des pechos de piton a rabo. Il lui reste encore à apprendre à tuer.
Manuel Perera arrive diminué d'une novillada matinale à Molledo, Cantabrie où il s'est fait prendre durement. Il torée sans chaquetilla et en pantalon vaquero et marche avec difficulté. Malgré cela, il se livre à fond et nous offre une tarde complète. La liste des qualités dont il a fait preuve ce jour est impressionnante : dynamisme, répertoire large aussi bien à la cape qu'à la muleta, bonne technique, souplesse et sens du rythme, matador efficace et engagé. Tout cela expliquant largement sa première place actuelle à l'escalafon des novilleros. On ne peut que souhaiter qu'il ne perde ni son entrega ni sa fraîcheur. L'art taurin a besoin de toreros dans son style.