mardi 24 mars 2020

Petit viatique pour temps de coronavirus (2)

   Vous avez du temps libre en abondance et vous pensez aux toros, à l'Espagne, sans oser encore imaginer la reprise d'une activité normale. Voici un nouveau boisseau de grain à moudre.

   Tout d'abord, pour rester en compagnie d' Orson Welles, un documentaire tourné en 1955 pour la télévision américaine. Il s'agit d'une présentation didactique de ce qu'est une corrida de toros à destination du public américain. On y voit notamment Manolo Vazquez toréant à Las Ventas.

Corrida à Madrid


    1124 minutes sur la corrida et le toreo, depuis Luis Mazzantini arrivant en calèche aux arènes de Madrid en 1901 jusqu'à la figure universellement connue de Manuel Benitez "El Cordobés", c'est ce que propose Fernando Achucarro dans sa somme Toreros para la historia.
   On peut trouver cette œuvre majeure sur le marché de l'occasion, soit sous forme d'un coffret de 6 dvd, soit à l'unité en 20 dvd. La plupart des épisodes peuvent être également visionnés sur You Tube (ou autres sites similaires). Un must : mener de pair le visionnage des vidéos et la lecture du livre de Domingo Delgado de la Cámara, Le toreo revu et corrigé, car l'auteur s'est beaucoup servi de ces films pour se faire une opinion sur les époques qu'il n'a pas connues.

Fernando Achucarro   Toreros para la historia (cliquer sur les liens bleus pour avoir la vidéo)
   1- Bombita, Joselito
   2- Joselito, Juan Belmonte
   3- El Gallo, Juan Belmonte, Manuel Granero, Marcial Lalanda, Nicanor Villalta
   4- Valence 1925, Cagancho, Pepe Bienvenida, El Estudiante, Gitanillo de Triana
   5- Domingo Ortega
   6- Manolete
   7- Alvaro Domecq (rej.), Pepe Luis Vazquez
   8- Antonio Bienvenida
   9- Conchita Cintron (rej.), Juanito Belmonte, El Andaluz, Parrita, Paquito Muñoz, Manolo dos Santos, José Maria Martorell
   10- Duc de Pinohermoso (rej.), Albaicin, Calerito, Pepin Martin Vazquez, Manolo Gonzalez
   11- Luis Miguel Dominguin
   12- Rafael Ortega
   13- Julio Aparicio, Litri
   14- Niño de la Palma, Antonio Ordoñez
   15- Fermin Bohorquez (rej.)
   16- Manolo Vazquez
   17- Juan Posada, Jumillano, César Giron, Pedres, Chicuelo II
   18- Antoñete
   19- Curro Romero, Rafael de Paula
   20- El Cordobés

    Sur L'œil contraire, on trouvera des textes sur les épisodes 1, 3, 4, 5, 11, 12, 14, 18, 19, 20.















Pepin Martin Vazquez, torero sévillan con arte y naturalidad, dont aujourd'hui Pablo Aguado perpétue le style. On peut le découvrir dans l'épisode 10, il tourna également dans quelques films dont le célèbre Currito de la Cruz.


(à suivre)  

mercredi 18 mars 2020

Petit viatique pour temps de coronavirus

   L'humanité, dans sa déjà longue et dramatique histoire, a connu des moments bien plus tragiques et bien plus angoissants que celui que nous vivons actuellement. Toutefois, nous voici confinés, peut-être pour une longue période, dans nos querencias privées en attendant que le spectre du navire couronné veuille bien disparaitre à l'horizon.
   A défaut de pouvoir nous rendre dans nos arènes désertées, voici quelques suggestions pour passer, malgré tout, de bons moments en compagnie des toros, de la corrida, de l'Espagne (cliquer sur les liens bleus). Car il va falloir nous armer de patience ...

   J'ai eu récemment l'occasion de voir le film Don Quichotte tourné par le génial cinéaste et grand aficionado Orson Welles. Le plus espagnol des artistes américains (en compagnie d'Hemingway, bien sûr) a porté ce film durant toute sa vie ... sans jamais réussir à l'achever. Il y a une fatalité pour les cinéastes désireux de se frotter au mythe de Cervantes. Quelques décennies après Welles, Terry Gilliam devra lui aussi affronter des difficultés telles qu'il sera amené à renoncer. On peut voir le témoignage de cette mésaventure dans Lost in La Mancha, savoureux making-of de la non réalisation du film. Mais revenons à Orson Welles. Il tourne dans les années 50 et 60 des dizaines d'heures de pellicule au Mexique, en Italie, en Espagne. Mais les contretemps s'accumulent. Francisco Reiguera, acteur espagnol émigré au Mexique qui joue le rôle de don Quichotte ne peut tourner dans l'Espagne franquiste où il est persona non grata pour raisons politiques; de plus il est très âgé et décèdera en 1969. L'argent manque continuellement. Orson Welles doute. Le film ne sera jamais achevé. Mais, en 1992, à l'occasion de l'exposition universelle de Séville, les autorités andalouses confient à Jess Franco, un cinéaste espagnol spécialisé dans les films à petit budget de série B voire X, le projet de récupérer les rushes disséminés un peu partout dans le monde et d'effectuer un montage respectant les intentions d'Orson Welles. Bien qu'il n'ait sans doute pas été le cinéaste idéal pour un tel défi, Jess Franco s'acquittera de sa tâche et le fruit de son travail sera projeté lors de l'exposition sévillane.
   On pourra reprocher au film d'être parfois excessivement bavard contrairement au souhait  de Welles, mais on y voit de très beaux paysages et ciels, et la silhouette de Francisco Reiguera et Akim Tamiroff incarne parfaitement l'image mythique que nous avons de don Quichotte et de Sancho Pança. Enfin le film constitue un documentaire très intéressant sur l'Espagne des années 50 et 60. On y voit notamment de longues scènes de la fête des "Moros y Cristianos" à Alcoy et, pour le plus grand plaisir de l'aficionado, une longue séquence tournée durant la San Fermin à Pamplona. Nous savons qu' Orson Welles est allé à Pamplona pour les ferias de 1955, 1961 et 1966. Il semblerait que les images de la San Fermin que l'on voit dans le film aient été tournées en 1961 mais on peut penser que Welles a aussi rajouté des images de No-Do, en particulier celles d'un impressionnant monton à l'entrée de la plaza qui correspond à l'encierro des toros de Guardiola le 7 juillet 1957.
   Par ailleurs, toujours à la recherche d'argent pour le financement de ses films, Orson Welles vendra à la télévision italienne les scènes documentaires qu'il a tourné en Espagne durant l'année 1961. Dans les 9 courts métrages qui en sont issus, la tauromachie et les traditions populaires tiennent une place majeure.On n'y cherchera pas toutefois une rigueur géographique absolue : les lieux sont parfois joyeusement mélangés.

Don Quichotte  d'Orson Welles  avec Francisco Reiguera  (montage de Jess Franco, 1992)
également en vente sur internet (dvd)

Nella terra di Don Chisciotte documentaire d'Orson Welles pour la RAI
   1- Itinéraire andalou
   2- Espagne sainte
   3- La feria de San Fermin
   4- L'encierro de Pamplona
   5- Bodega de Jerez
   6- Séville
   7- Feria de abril à Séville
   8- Flamenco
   9- Rome et l'Orient en Espagne 




(à suivre)

mercredi 26 février 2020

Ouverture (d'esprit) 2


   Les premières affiches de la temporada ont paru. On est navré par le conformisme des cartels espagnols; la France dans ce domaine fait preuve de davantage de variété. Tant mieux pour nous.
   Comme l'an dernier à la même époque, c'est le moment d'y aller de mon refrain sur la nécessaire diversité de la corrida, s'appuyant sur une non moins nécessaire ouverture d'esprit des aficionados. J'utiliserai cette année les propos de René Pons tirés d' Une question noire dont j'ai parlé récemment :
   "Je n'ai quasiment jamais fréquenté les milieux tauromachiques, souvent détestables comme la plupart des milieux (littéraires, artistiques, politiques ou autres). Je me méfie de ceux qui prétendent détenir une vérité, je me méfie des engouements d'une saison pour tel ou tel et des "connaisseurs" de toutes sortes. Je ne suis qu'un amateur discret, solitaire et, paradoxe, j'aime un spectacle qui a besoin de la foule, moi qui ai en horreur cette foule criarde, souvent injuste, à l'abri sur les gradins et où tout le monde prétend en savoir plus que les autres. Tous les "toreros", pour moi, si modestes soient-ils, ont droit à mon admiration. Je sais qu'il y en a de plus grands que d'autres, évidemment, mais lorsque je les vois devant les cornes, j'oublie les hiérarchies."



lundi 10 février 2020

Une question noire


   René Pons est écrivain, c'est aussi un vieil aficionado nîmois qui, dans Une question noire, se propose d'essayer de comprendre la passion taurine qui l'anime depuis plus de 60 ans.
   Dans ce petit livre publié en 2012, il ne cherche pas à écrire un plaidoyer pour la corrida; sa démarche est plutôt introspective, volontiers désordonnée, à saut et à gambade comme disait Montaigne. Toutefois, à travers les questions qu'il se pose et les réponses qu'il se donne, il en vient, sans éluder sa noirceur, à justifier pleinement l'existence de la corrida dans le monde qui est le notre. Face à l'angélisme cynique qui est en train d'envahir notre mode de penser, face à la censure et à la violence des animalistes intégristes et à une société presqu'entièrement dévolue au pragmatisme et à la rentabilité, la corrida lui parait constituer une résistance nécessaire qui permet à notre humanité de se maintenir dans toute sa richesse et sa complexité. Cette résistance, que Jacques Teissier appellera quelques temps plus tard "effraction salutaire", René Pons la met par son questionnement au cœur de notre aficion.
  "Ce spectacle où rien n'est écrit à l'avance et où sans cesse, comme dans un drame, on risque de basculer du sublime au grotesque et vice-versa, où, à travers une gestuelle relativement réduite, se manifestent des personnalités très variées, serait-il un antidote à un grégarisme de plus en plus accablant ?
   Pourquoi un pacifiste comme moi, qui hait la violence, peut-il être fasciné, au point de ne pouvoir se débarrasser de l'intérêt qu'il lui porte, par la tauromachie ?
   Pourquoi n'ai-je jamais, même lorsque l'agonie du taureau est longue, la sensation de participer à l'infamie qu'évoquent les adversaires de la corrida ? Pourquoi devant la caste manifestée par la bête mourante arc-boutée sur ses pattes, ai-je des larmes non pas de pitié mais d'admiration qui me viennent aux yeux ?"

René Pons, Une question noire, Atelier Baie, 2012




 

mercredi 22 janvier 2020

La corrida, effraction salutaire

   Il arrive aux curés d'écrire des livres intéressants. Je pense par exemple à Manon Lescaut, roman écrit par l'abbé Prévost au XVIIIè siècle qui m'a laissé le souvenir d'une œuvre particulièrement savoureuse. Le livre qui nous occupe aujourd'hui est d'un genre tout différent. Avec La corrida, effraction salutaire, le Père Jacques Teissier signe un petit essai dont le but est de défendre la corrida face aux attaques qu'elle subit de la part du courant animaliste, particulièrement virulent de nos jours dans sa forme la plus intégriste à savoir les antispécistes et autres végans.
   Une question tout d'abord. Est-il nécessaire de défendre la corrida autrement qu'en promouvant un spectacle digne, c'est à dire basé sur la beauté et la puissance du toro opposé au courage et à l'art du torero, ainsi que, cela va de soi, en participant à sa charge économique en passant le plus souvent possible par la taquilla ? Oui, sans doute, si l'on considère avec l'auteur, que derrière ces attaques se trouve, une fois gratté le vernis des sentiments doucereux, des conceptions philosophiques et sociétales profondément antihumanistes.
   Pour le Père Teissier, le rituel de la corrida, dans lequel l'homme se confronte à cet animal redoutable qu'est le toro, rejoue l'émergence de l'humain au sein du monde animal. Par l'affirmation de son intelligence et de son art, l'homme se transcende et s'élève au-dessus de son animalité. '' Ce faisant, la corrida démystifie l'antihumanisme radical des antispécistes et des végans; elle démasque la tromperie, le mensonge, que cachent leurs bons sentiments. Effraction. Effraction salutaire."
   La richesse de la corrida tient aussi en ce qu'elle constitue une effraction salutaire face à notre monde aseptisé et normalisé sous l'emprise aujourd'hui de la toute-puissance de la finance et de la consommation industrialisée. "Déjà que la finance et la consommation régnantes ne favorisent pas la recherche d'un sens à notre vie, au moins ne perdons pas les quelques éléments porteurs de sens qui subsistent : paradoxalement, la corrida en fait partie. Une société en manque de sens n'ouvre-t-elle pas la porte à tous les errements ?"
   La corrida est également effraction salutaire en ce qu'elle est affirmation de valeurs et d'attitudes que la société actuelle tient à distance : l'acceptation du risque, la capacité à regarder la mort en face, l'affirmation de la foi en l'homme face aux difficultés du monde.
   Il faut donc aujourd'hui compter sur un prêtre pour, dans ce livre salutaire et d'une grande richesse, nous donner, grâce à sa vision spirituelle et transcendantale, une leçon d'humanisme. Ce n'est pas le moindre paradoxe de notre époque.

Père Jacques Teissier,  La corrida, effraction salutaire, Au diable vauvert, 2018

mercredi 1 janvier 2020

Bonne année 2020 Feliz año nuevo




Cartel de feria pueblerina : Honrada
plaza de rebotica y espadaña,
Brisa de miel y afanes de granito

                 Julio Mariscal

Affiche de fête de village : Honorable
place d'arrière-boutique et de campanile,
brise de miel et désirs de granit.


Arganda del Rey
jeudi 12 septembre, 10h 30
capea après l'encierro
photo Velonero

mardi 24 décembre 2019

Train d'arrastre




Ce n'est pas le traineau du Père Noël mais un moment de la corrida rarement représenté sous forme de sculpture. Ici œuvre de Luis Sanguino, sise depuis 2008 devant la plaza de toros de Navalcarnero dans la communauté de Madrid.

             

          Los Mulilleros

 

           ¡Corriendo, los mulilleros
con cuántas banderas vienen,
las campanillas de plata,
de plata los cascabeles!
 
¡Arrastran, corriendo, al toro,
corriendo se van y vuelven,
sonando las campanillas,
sonando los cascabeles,
dándole vueltas al ruedo,
corriendo, corriendo, alegres,
y haciendo girar la plaza
igual que los carruseles!
 
         Adriano del Valle



photo Velonero
poésie tirée du blog Poesia taurina

dimanche 15 décembre 2019

Quelques livres pour débuter en aficion (suite)

   Il y a longtemps déjà j'avais mis en ligne une liste de 10 ouvrages pour débuter en aficion. La plupart sont des classiques dont la lecture reste prioritaire. On peut encore les trouver en librairie ou sur le marché du livre d'occasion.
   Cette nouvelle liste a pour but de rajouter des livres qui n'avaient pas trouvé leur place en 2007 et de faire le point sur les nouvelles parutions qui n'ont pas manqué ces dernières années, en particulier dans le domaine des livres d'initiation accompagnés de photographies. Ils sont classés par ordre de date de parution.


Jacques Francès "Santiaguito"  Question de styles  1983
Dans cet Album Toros n°2, les remarquables photos de Botan et les textes pédagogiques de Santiaguito nous font parfaitement comprendre en quoi la corrida est aussi une question de styles.



Claude Pelletier  L'heure de la corrida  1992
Publié dans la célèbre collection Découvertes Gallimard qui mêle histoire et riche iconographie.




 
François Coupry  La corrida  1997
Quand un écrivain aficionado de la dimension de François Coupry se risque à la vulgarisation, c'est forcément bien fait.




Gardère Garzelli Mano Normandin Bruschet  Les pourquoi de la corrida  2008
Pourquoi pas ?




Chay Le Guellaut Massip  250 réponses à vos questions sur la tauromachie 2009
Qui n'est pas curieux n'est pas savant.




Miguel Darrieumerlou  La corrida  2013
Un guide pratique agrémenté des photographies de Michel Volle.




 Jean Yves Blouin  Introduction à la corrida  2014
Basé sur les photos de l'auteur.



Christophe Andrieu  La corrida expliquée à mes amis  2014
Beaucoup de photos illustratives ici aussi





Gilbert Cazes  Parle-moi de toros  2015
N'hésite pas à approfondir des notions comme se croiser ou charger la suerte. Intéressant.




Bernard Carrère  Observer pour comprendre un taureau de combat  2017
Du toro au déroulement d'une corrida. Riche en vocabulaire espagnol bien mis en situation.


  


    Il faut enfin signaler une toute récente parution. Celle des Cours de tauromachie de Christian Lesur. Cet ouvrage est basé sur les cours que donne le matador de toros français dans le cadre du Centre Français de Tauromachie, école taurine dont il a été un des fondateurs.







samedi 23 novembre 2019

Bilan 2019

Ma corrida rêvée


                                   6  toros de LA QUINTA  6
                Paco UREÑA - Daniel LUQUE - Emilio DE JUSTO


  Ils sortent souvent avec une bravoure et une noblesse comme en rêvent les bons toreros, ils font parfois preuve d'une caste qui rend leur lidia passionnante, mais ils peuvent aussi être d'une fadeur affligeante. Les santacolomas de La Quinta  sont une garantie de diversité au milieu de la masse envahissante des domecqs. Cette temporada les a vu à leur meilleur niveau en novillada à Roquefort ou à Villaseca de la Sagra. Ils ont gagné le prix du toro le plus brave des corridas concours de Vic Fezensac et de Madrid. Il ne serait pas inintéressant que, profitant de ce retour au premier plan, d'autres ganaderias santacolomeñas voient s'ouvrir davantage de portes. Considérons en tout cas comme un signe positif le fait que Jean Baptiste Jalabert soit en train de créer une nouvelle ganaderia basée sur cet encaste.
   Chez les matadors, Paco Ureña a été le surprenant triomphateur de la temporada. On craignait que sa grave blessure de l'an dernier à Albacete (perte d'un œil) soit un frein à sa carrière. On l'a vu au contraire plus détendu et plus dominateur. Ses triomphes de Madrid et de Bilbao en témoignent.
   Il y a quelques années, jamais je n'aurais imaginé que Daniel Luque puisse faire un jour partie  de mon cartel de rêve tant je ne voyais en lui que le malencontreux inventeur de la vulgaire luquesina. Il est aujourd'hui, depuis que Morante, en net déclin, ne torée plus que des baudruches, et malgré l'arrivée de Pablo Aguado, qui n'est encore qu'une espérance, celui qui torée avec le plus d'art et de lenteur. Et tant mieux pour nous si c'est notre région qui est le témoin privilégié de cet accomplissement. Ses prestations dans nos plazas ont constitué tout au long de la temporada un émerveillement toujours renouvelé.
   Emilio de Justo a réussi à surmonter une année accidentée. Deux mauvaises fractures dès ses premières courses ont perturbé son début de saison, mais chaque fois qu'il en a eu l'occasion, malgré des sorteos difficiles, il a montré l'étendue de ses ressources. Dans toutes les arènes il sera attendu avec intérêt en 2020.
   Il me faut dire un mot maintenant d'un torero d'un tout autre style. Comme Damaso Gonzalez en son temps, il est souvent snobé par les amateurs de toreo puro. Il n'a jamais fait partie  de ma corrida rêvée. Pourtant, peu à peu, il s'est immiscé, presque malgré moi, dans mon imaginaire au point que j'éprouve désormais le désir de le voir plus souvent. Je parle de Miguel Angel Perera dont la faena madrilène de la feria d'Automne - un chef d'œuvre de l'art du toreo - montre à quel niveau d'excellence il peut parfois atteindre.
   Je ne peux terminer sans évoquer Diego Urdiales qui représente pour moi la quintessence du bon toreo. Il a été impérial à Salamanca où, sous les yeux du Viti à qui il avait brindé son adversaire, il subjugua  toro et  public (qui le découvrait après 20 ans d'alternative!) et se rendit maître du vent qui soufflait ce jour-là en rafale. Il fut à nouveau très bon sur ses terres à Logroño, en particulier face à un manso de Garcigrande.
   On le voit, les toreros ne manquent pas pour transformer nos rêves en réalité; c'est plus difficile du côté des ganaderias. Alors voici une liste d'élevages dont on rêve de voir l'an prochain de bons et beaux lots. Certains sont prestigieux, d'autres peu connus, certains ont donné satisfaction ces derniers temps, d'autres ne peuvent que sortir du bache dans lequel ils se trouvent : Cebada Gago, Miura, Saltillo, Valdellan, Cuadri, Palha, Partido de Resina, Yonnet, Escolar Gil, Blohorn, Marquis d'Albaserrada, Raso de Portillo, Pallares, Monteviejo.
   Un problème peut-être ?  Oui, jamais les toreros rêvés ne parviennent à rencontrer les toros rêvés.
    


2018


mardi 5 novembre 2019

Proposition de loi

   La proposition de loi présentée par Samantha Cazebonne, députée de La République En Marche n'a que peu de chances d'être examinée et votée par le Parlement. Outre le fait que l'exposé des motifs ne repose sur aucun critère sérieux, son adoption déclencherait, à coup sûr, de tels mouvements de protestation parmi les populations du sud de la France qu'aucun gouvernement, en particulier l'actuel qui sort à peine d'une grande jacquerie, ne se risquerait à la faire voter. En outre, par la remise en cause de la liberté éducative des parents, cette loi constituerait une grave atteinte à nos libertés individuelles.
   Les aficionados se devaient toutefois de réagir. Ils l'ont fait avec modération et intelligence. Le communiqué de l'UVTF, le manifeste signé par 40 artistes, les appels et les manifestations pacifiques déjà organisées en sont de bons exemples. Mais il n'est pas sans intérêt de rappeler aux députés du parti présidentiel LREM et notamment à Gilles Le Gendre, actuel président de leur groupe, que le peuple aficionado sait aussi utiliser un bulletin de vote. De l'aficionado chevronné qui assiste à plusieurs courses par an à la personne qui, sans aller régulièrement aux arènes, adhère au monde de la corrida, ce sont plusieurs centaines de milliers d'électrices et d'électeurs qui se sentent concernés par cette attaque contre leur culture. Attaque qui se double, une fois de plus, d'un mépris avéré pour tous les citoyens qui ne sont pas de leur monde.
   Lors des prochaines élections municipales, pas une voix pour les candidats de La République En Marche.


- Qu'est-ce qu'une proposition de loi ?

- La proposition de loi présentée par Samantha Cazebonne

- Communiqué de l'Union des Villes Taurines de France

- Appel signé par 40 artistes

- Appel aux élus (FSTF)



mardi 29 octobre 2019

El Cid

   El Cid a été un des meilleurs toreros du début du siècle. De 2004 à 2007, lorsqu'il était au sommet de son art, il a été le matador de l'escalafon qui toréait le plus purement et le plus sincèrement. Malgré nombre de triomphes perdus à la mort dû au fait qu'étant gaucher il lui a été nécessaire d'apprendre à tuer de la main droite, il a accumulé les succès dans les plus importantes arènes espagnoles et françaises. Séville, Madrid, Bilbao l'ont acclamé dans des journées d'anthologie. Et le plus souvent devant des toros de Victorino Martin.
   Alors qu'il vient de terminer une temporada de despedida au cours de laquelle il a reçu le vibrant hommage de l'aficion (On notera que la France l'a complètement oublié) voici, en quelques dates subjectivement choisies, une évocation de la carrière de ce grand torero qu'a été Manuel Jesus Cid Sala "El Cid".

2002   l'année de la révélation
   A Vic, des véroniques de toute beauté suivies d'une faena sincère et templée séduisent le public gersois (deux oreilles d'un toro de Ramon Sanchez). A Madrid, pour la San Isidro, la faena qu'il donne à Guitarrero, grand toro d' Hernandez Plá, met Las Ventas boca abajo. Son échec à la mort lui coûte la grande porte. A Bayonne, en septembre, il coupe les deux oreilles et la queue d'un Victorino Martin. Voilà un carrière bien lancée !

2004   le chef-d'œuvre
    S'il ne fallait garder qu'une faena du Cid, ce serait celle-là : Madrid, le 5 juin, face à Bombonero de Victorino Martin. Donnée entièrement de la main gauche, la faena du Sévillan est un chef-d'œuvre absolu. Une fois de plus, Manuel Jesus perd les deux oreilles à la mort.

2007   la grande année
   C'est, bien sûr, l'année du seul contre 6 Victorino  à Bilbao, corrida qui marque l'apogée de la carrière du Cid. Mais c'est aussi l'année de la salida a hombros de Pamplona, et de sa quatrième Porte du Prince à Séville après deux faenas pour le souvenir toujours face aux victorinos.

   Les années qui suivent vont marquer un déclin progressif du torero. Son toreo garde la fluidité qui a toujours été la sienne mais son engagement est moindre, son sitio moins assuré, sa muleta moins dominatrice. S'il continue de glaner des succès dans les plazas de moindre importance, son passage dans les arènes de première catégorie se solde la plupart du temps par des déceptions ou des échecs. Parfois, un toro d'exception comme Madroñito, cet Adolfo Martin de Santander en 2016, lui permet de redorer son blason mais dans l'ensemble ces dernières temporadas le voient très en dessous de sa période de plénitude.
   On a toujours dit que le Cid avait la baraka lors des sorteos. Cette ultime temporada a confirmé le fait. A Huelva , il touche un  Cuadri  comme il en est peu sorti ces derniers temps et lui coupe deux oreilles après une excellente faena. Enfin à Zaragoza le dernier (?) toro de sa carrière  sera le meilleur de toute la feria du Pilar et en fera le triomphateur. Comme toujours dans ces cas-là, il faut avoir le talent pour se hisser à la hauteur des opportunités. Et ce talent, El Cid l'a toujours eu.



  
 La main gauche a toujours été le point fort du Cid.
Ici à Seville devant un victorino
photo Arjona

jeudi 17 octobre 2019

Les Noirs réédité



 
   En dehors de son travail de journaliste pour Sud-Ouest, Patrick Espagnet  a peu écrit.
   Des nouvelles parmi lesquelles des pages magnifiques sur le rugby dans XV histoires de rugby.
   Un recueil de poèmes sur la tauromachie, riche d'images et vibrant d'aficion. Les éditions Au diable vauvert ont eu l'excellente idée de rééditer Les Noirs qui avait paru en 2002, deux ans avant sa mort.
   Voici, pour donner un aperçu du talent de Patrick Espagnet, le poème qui ouvre le recueil :


CAMPO

Dans l'ombre des perdrix
les sauterelles
tremblent
Le soleil a déjà réveillé les genêts
L'air sent le romarin
et la bouse de vache
Des nuages au ciel
traînent la patte
L'horizon blêmit dans un brouillard de lait
La plaine ondule
en lents vallons
Des chênes rabougris la tachent
en peau de bête
Un épervier crie comme une fille
Le campo solitaire grésille de cigales
et fume de poussière
Il est immense et jaune
soufre
Un olivier bleu
se tord sur son dos de chien
pelé
les lances des vachers
hérissent les chevaux
Armée de contrebande
Le mayoral a une casquette
comme pour la java
Un cow-boy de guinguette
Un chevalier paysan
aux mains de pierre
usée
Ils sont là-bas les noirs
Immobiles présages
Statues du mal
Ombres de guerre
Les casquettes sifflent
comme des dragueurs de
paseo
Les chevaux fument et bavent de terreur
Des bruits de langue claquent
dans les mâchoires
Les vachers amadouent
menacent
Ouy ! Ouy ! Toro ! Torito bueno !
Des chiens peureux jappent
dans les pattes des chevaux
Domestiques de l'homme
les deux
Effarés par la sauvagerie
Sous le bleu de l'olivier les noirs ruminent la haine
Foin bénit de leur liberté
Last chance de leur race
Ils se frottent en frères et se cognent en ennemis
Le diamant de leurs cornes
accroche le soleil
Une étoile en plein jour
Un mégot s'éteint à la bouche d'un vieux
Il a des yeux de mer
et des rides de faim
Une gueule de cuir tanné par les soleils
d'hiver
Il doit tutoyer les tourterelles

jeudi 3 octobre 2019

Recortadores

   Durant les fêtes de la San Mateo a eu lieu dans les arènes de Logroño un concours de recortadores. Bonne occasion pour découvrir cette forme de tauromachie qui a beaucoup de points communs avec notre course landaise.

(comme toujours, il faut cliquer sur les images pour mieux voir)














La majorité des recortadores venaient de Castille, un de Logroño, un du Pays Basque et un d'Aragon ;  avec le Pays Valencien  ce sont les hauts lieux du recorte.




















Premier face à face : saut en sortie de loges.




















Très impressionnant : écart à genoux face à un tío.



















Voici l'écart traditionnel. Contrairement à la course landaise, il s'exécute en courant, le recortador décrivant un arc de cercle avant la rencontre avec le toro, à la manière de la pose de banderilles au cuarteo.


















Saut de l'ange de Sergio Urruticoechea, recortador logroñes qui faisait sa despedida devant son public.



















Le saut en tirebouchon est très pratiqué. Tout comme le saut vrillé chez nous, il n'a pas la "pureté" du simple saut périlleux.





















Ici aussi on aime les remises de prix avec coupes, médailles et cadeaux.
Le vainqueur du jour : José Manuel Medina "Zorrillo" d'Arevalo (Avila).

jeudi 26 septembre 2019

Cayetano, toros y Logroño

   J'ai cru remarquer qu'il était taurinement correct de faire la fine bouche devant la succession impressionnante de triomphes de Cayetano. Le dernier en date, à Logroño, m'a pourtant paru tout à fait convaincant. Voilà un torero qui tue recta, torée avec élégance et efficacité et, chose non négligeable par les temps qui courent, amène du monde aux arènes. L'aîné des Rivera Ordoñez, descendant d'une lignée impressionnante de grands matadors, n'était en rien obligé d'assumer une partie des responsabilités de cette temporada comme il l'a fait. Déjà riche et célèbre, il aurait pu se contenter de promener dans les arènes sa silhouette glamour en prenant le minimum de risque. Mais il a été pris par ce désir de toréer, cette aficion, ce désir de gloire aussi peut-être. Au nom du père ?


   Je ne pense pas que les producteurs de toros de feria soient en concurrence tant ils sont sûrs de vendre leur marchandise. On le voit bien avec les Juan Pedro Domecq, toujours présents à l'affiche malgré le nombre considérable de corridas qu'ils gâchent depuis des années. La dernière en date, une des plus importantes de l'année, celle de Ronda.
   A Logroño, ce sont les Nuñez del Cuvillo qui, une fois encore, ont donné lundi le spectacle de la faiblesse et du manque de caste.
   Il en est allé tout autrement avec les Domingo Hernandez "Garcigrande" courus samedi. Sans faiblesse, supportant les deux piques (réglementaires ici), de bravoure inégale mais avec toujours un fond de caste suffisant pour susciter l'intérêt, ils ont offert au public ce minimum sans lequel une tarde de toros n'en est pas vraiment une. Lundi, en fin d'après-midi, Miliciano, sobrero de Domingo Hernandez sorti en lieu et place de l'invalide sixième Nuñez del Cuvillo, s'est même permis de donner la leçon. Il a chargé avec bravoure tout au long de sa lidia au point se voir gratifier du mouchoir bleu.
   Trop de malfaçons dans l'usine andalouse, de meilleurs réglages dans la production salmantine.


mercredi 18 septembre 2019

Sangüesa





















Samedi 14 septembre 2019      Sangüesa (Navarra)
très beau temps
media entrada

6 toros de José Luis Osborne (6 piques, mobiles) pour Javier Herrero (une oreille, silence), Imanol Sanchez (une oreille, une oreille) et Miguel Angel Pacheco (une oreille, une oreille).

La petite ville navarraise de Sangüesa est avant tout célèbre pour le magnifique portail sculpté de l'église Santa Maria la Real, joyau de l'art roman. En septembre, les corridas de la feria ont des cartels modestes mais la présentation du bétail est soignée. Plusieurs Osborne lidiés ce jour avaient un trapío digne de l'image du toro de combat que l'on aperçoit encore de temps en temps lorsqu'on parcourt les routes d'Espagne. Pour ce qui est de la caste, en revanche, ce n'est pas aujourd'hui que l'on pourra annoncer le retour au premier plan des toros de la célèbre devise andalouse. Leur manque de force limita le tercio de pique à son minimum mais un fond de bravoure leur permit de garder une mobilité suffisante pour donner une course sans ennui. Il faut dire que, de leur côté, les trois modestes du jour, en particulier Javier Herrero et Imanol Sanchez, n'ont pas ménagé leur peine pour plaire au public et triompher. C'était émouvant de les voir partir à l'assaut avec le même cœur, la même détermination que s'ils avaient toréé à Las Ventas.
Javier Herrero pratique un toreo sincère et engagé. Il fait partie de ces matadors  qui, bien que cantonnés depuis toujours aux arènes de troisième catégorie, semblent encore y croire dur comme fer.
Imanol Sanchez torée très peu lui aussi. Il ne joue pas la carte de la finesse mais il a de l'abattage, pose les banderilles avec succès et donne le meilleur de lui-même.
Miguel Angel Pacheco, révélation de la dernière feria vicoise, est, des trois, celui qui a le plus de possibilités. En témoignent les bonnes naturelles qu'il donna à son premier. Son estocade basse au 3 et son positionnement marginal au 6 aurait cependant dû l'empêcher de couper chaque fois l'oreille de ses adversaires.

mardi 17 septembre 2019

Navalcarnero





     
Jeudi 12 septembre 2019  Navalcarnero (Madrid)  plaza de toros Felix Colomo
beau temps
un tiers d'arène

6 novillos de Casasola (6 piques, faibles) pour Francisco de Manuel (une oreille, une oreille), Fernando Plaza (salut, salut) et Isaac Fonseca (salut, salut).

A 30 kilomètres de Madrid, sur la route de Talavera de la Reina, le pueblo de Navalcarnero, entouré de zones résidentielles et commerciales, possède une vieille tradition taurine. Il a la particularité de proposer des encierros nocturnes (1 heure du matin). La folie bâtisseuse qui s'est emparée de l'Espagne au début des années 2000 a conduit à la construction d'une étonnante plaza de toros inaugurée en 2006. Surdimensionnée pour le lieu (7500 places), couverte, elle a un air de parenté avec les vaisseaux extraterrestres de San Sebastian et de Logroño. Le public y est peu exigeant mais la présidence sut raison garder.
Les novillos de Casasola (origine domecq via Matias Bernardos) ont déçu par leur manque de force et de caste. Seul le troisième alla a mas après avoir, comme ses frères, fait une sortie prometteuse immédiatement suivie de signes de faiblesse face aux picadors.
Francisco de Manuel est une valeur sûre de la novilleria. Il a un physique avantageux, pratique un toreo élégant et, comme son bagage technique est déjà bien avancé, il coupe une oreille à chacun de ses médiocres adversaires.
Hormis un quite par gaoneras, Fernando Plaza, muleta souvent accrochée et toreo sans personnalité, ne fit rien de vraiment convaincant.
Isaac Fonseca avait triomphé la veille à Arganda del Rey face aux novillos de Victorino Martin. C'est un vrai novillero qui transmet la joie qu'il éprouve à toréer. Il montra aujourd'hui qu'outre ses qualités de torero classique il avait un répertoire riche et varié comme le veut la tradition mexicaine. Malheureusement sa petite taille est un handicap à l'heure de vérité.                                                                                                                                                                                                        

lundi 16 septembre 2019

Arganda del Rey





















Mercredi 11 septembre   Arganda del Rey (Madrid)   plaza de la Constitución
beau temps, vent frais
lleno

6 novillos de Victorino Martin (6 piques, petits, vifs, ovation au 6) pour Antonio Grande (silence, silence), El Rafi (vuelta, une oreille) et Isaac Fonseca (silence, deux oreilles).

Arganda del Rey, à l'origine grosse bourgade castillane, est aujourd'hui complètement intégrée à la banlieue madrilène. Au cœur de la vieille ville, entre église et mairie, on monte chaque année des gradins assez imposants et, durant une semaine, la plaza de la Constitución devient un des haut lieux de la tauromachie castillane. Novilladas, concours de recorte, capeas, encierros rythment la journée pour le plus grand plaisir d'une aficion populaire et entendue.
Ce jour avait un caractère exceptionnel puisque Victorino Martin avait consenti à faire lidier une novillada, ce qui constitue une rareté pour la ganaderia. Si, ces derniers temps, les toros du fer d'Albaserrada ont trop souvent ressemblé à des novillos, on se doute que les novillos du jour  furent plus proche du trapío d'un eral que de celui d'un utrero. La plupart d'entre eux furent sifflés à leur entrée en piste. Aucun n'était en mesure de supporter plus d'une pique. Toutefois, par la suite, leur vivacité, leur piquant, leur caste permirent une soirée entretenida; les 5 et 6 furent les plus nobles.
Antonio Grande pratique un bon toreo classique et élégant, il fut parfois débordé et tua laborieusement.
El Rafi domina ses deux adversaires et donna une faena complète au cinquième qu'il sut soumettre dès les premières passes. On pourra cependant reprocher au Nîmois sa tendance à profiter de sa grande taille pour toréer despegado.
Le Mexicain Isaac Fonseca fut la révélation de la tarde. Un toreo sincère et profond, une entrega de tous les instants établirent une connection rapide avec les gradins. Il coupa les deux oreilles du sixième après une faena classique avec en point d'orgue de magnifiques naturelles.

dimanche 8 septembre 2019

Emilio de Justo seul face à six Victorino Martin

   S'annoncer seul face à six toros est une épreuve mais elle est encore plus grande lorsqu'il s'agit de six toros de Victorino Martin dont on sait que la caste laisse peu de répit à ceux qui ont l'honneur de les affronter. Il a fallu qu'Emilio de Justo fasse appel à toutes ses qualités morales et, bien sûr, taurines pour sortir grandi de ce challenge.
   S'ils furent tous très intéressants au troisième tiers, générant de l'émotion et ne laissant aucune prise à l'ennui, les victorinos eurent, une fois encore après le récent scandale montois, une présentation sujette à caution. Rien à reprocher aux armures, en revanche on se demande ce que donne à manger le ganadero à ses toros pour obtenir des bichos d'un si faible volume, sans morillo ni présence physique. Cela contribue sans doute à ces tercios de piques si anodins, tels ceux de ce jour ; pour autant il ne faut pas croire que leur combat s'en trouve facilité. Vifs, répondant à chaque cite, encastés, ils constituaient un lot qui demanda en permanence les papiers à l'homme qui, seul, devait les affronter. Le grand mérite d'Emilio de Justo est d'avoir réussi à s'imposer à tous. Cette emprise il la construisit dès la réception à la cape qui fut chaque fois claire et dominatrice. A la muleta, son engagement sincère, la précision de ses toques (peu appuyés comme il se doit avec les victorinos) et la fermeté des trajets qu'il imposa malgré la pression de la charge lui permirent de résoudre les problèmes  que posaient ses adversaires. Il réussit chaque fois à leur imposer des séries complètes terminées par de magnifiques pechos. Il donna la faena la plus aboutie avec le troisième, noble, montrant qu'il était capable, également, de jouer de la souplesse de ses poignets.
   Mais dans cette après-midi de grande responsabilité, il dut lutter aussi avec lui-même. Il accumula en effet les échecs avec les aciers (en particulier avec les 1 et 3) à tel point que l'on put craindre à un moment que le succès lui échappe. Finalement il retrouva ses marques à l'épée avec les deux derniers pour en terminer par un estoconazo qui lui ouvrit les portes du triomphe.
   Les enjeux de la tarde et la crispation liée aux échecs à l'épée l'empêchèrent sans doute, en particulier avec le 5, de libérer pleinement sa facette la plus artiste dont on sait qu'il est également pourvu.
   Face aux six toros l'Extremeño se borna à un toreo classique basé sur les passes fondamentales, mais il faut reconnaitre que ce n'était pas une après-midi qui se prêtait aux fioritures.
   Final heureux donc avec salida a hombros (la générosité présidentielle sur certains toros compensa les échecs à l'épée sur d'autres) pour un torero qui a montré solidité et sens des responsabilités. Un torero sur lequel on peut compter.

                                                                    photo Frédéric Augé

mardi 3 septembre 2019

Révolution de palais à Mont de Marsan

   En année préélectorale, une feria de la Madeleine médiocre qui s'est terminée par une bronca généralisée aux organisateurs en raison de la présentation indécente de plusieurs toros de Victorino Martin, ne pouvait laisser le maire sans réaction.
   Nous avons donc appris que Charles Dayot avait mis en place une nouvelle organisation (voir communiqué de presse) pour la feria 2020. Marie Sara est remerciée et remplacée par Jean Baptiste Jalabert et Alain Lartigue, Guillaume François ne sera plus membre de la Commission Taurine Extra Municipale.
   Il s'agit d'un camouflet pour le duo Sara - Casas et, pour Juan Bautista, c'est une bataille remportée de manière inespérée et sans coup férir dans la dérisoire course au pouvoir qui l'oppose désormais à Simon Casas.
   Mais, pour l'aficionado, l'important est ce qui se passera sur le sable du Plumaçon. Quand on sait la médiocrité générale dans laquelle est tombée la feria d'Arles depuis qu'elle est gérée par la famille Jalabert, en comparaison de ce qu'elle était à l'époque d'Hubert Yonnet, on ne peut qu'être inquiet pour l'avenir de la feria montoise. Toutefois, on sait aussi qu'Alain Lartigue a l'habitude, dans notre région, de travailler en bonne entente avec plusieurs clubs taurins et comités locaux. Cela peut être une ouverture pour qu'une Commission Taurine plus représentative participe plus efficacement à l'élaboration de la feria.
   Rendez-vous donc en juillet prochain, en attendant un nouvel appel d'offre pour les années suivantes ...

communiqué de presse de la mairie

lettre ouverte de Guillaume François (avec poids en canal des toros)





lundi 26 août 2019

Novillada concours de Mont de Marsan Saintperdon : Pincha en sauveur

 Avec une programmation basée sur des encastes variés et des élevages à dimension artisanale, cette novillada concours ne manquait pas d'attrait pour l'aficionado.

Barcial
   La lidia d'un novillo de Barcial est devenue une rareté. Celui du jour fut manso puis inabordable à droite mais doté d'une corne gauche fréquentable.

Aldeanueva
   Cet élevage historique du Campo Charro (à l'origine de rien moins que El Pilar et Pedraza de Yeltes) était représenté par un novillo castaño, imposant et très ensellé. Il se méfiait du cheval qu'il fuit à plusieurs reprises à tel point qu'il fallut que le piquero se rapproche du toril pour lui faire accepter le fer. Il résulta brusque sur les leurres.

Flor de Jara
   Nevaita,  léger mais typé représentant de l'encaste santacoloma sort avec les pointes abimées. Il fait preuve de bravoure sous deux piques puis d'une belle noblesse. Un bon novillo avec le bémol d'un manque de poder qui l'empêcha de se grandir.

Aurelio Hernando
   L'élevage revendique une origine Veragua attestée par la robe jabonera de Elegante. Le novillo se livre peu face au cavalier, accuse de la faiblesse puis une bonne mobilité au troisième tiers.

Astarac
   Le guardiola de Jean Louis Darré est fin de type. Des problèmes d'antérieurs le conduisent à planter ses cornes dans le sable plusieurs fois. Il finira soso et parado. Dommage car le novillo, brave et noble, était doté de belles qualités.

Pincha
   Ovation à la sortie de Sonambulo, prototype parfait du toro de lidia. Que trapío !  A faire pâlir d'envie les responsables montois présents. Violent dans les capes puis bravito en 3 piques, il va a mas au troisième tiers avec une charge longue et codiciosa qui transmet de l'émotion. Ovation et prix au meilleur novillo.

   Chez les piétons, Juan Carlos Carballo a déjà de l'oficio et n'est pas dénué de qualités, mais, à mon humble avis, il gagnerait à se croiser davantage. Il faut ce qu'il faut lorsque l'on veut faire carrière ...
   Diego San Roman fut le moins bien servi. Le Mexicain a de l'allure et lui aussi de l'oficio, même si on peut lui reprocher d'avoir été trop long avec l'Astarac.
   Victor Hernandez sera la bonne surprise du jour. Avec les deux meilleurs novillos il montra de bonnes manières : une tauromachie classique, de l'élégance et de l'efficacité à l'épée (oreille chaque fois). Certes il ne tira pas tout le parti que l'on pouvait tirer de Sonambulo mais, malgré sa verdeur, il ne s'affligea pas face aux charges soutenues du novillo.

Même en demi-teinte comme ce jour, une corrida concours reste un spectacle intéressant et recommandable.




  

novillo d'Aldeanueva (photo Laurent Bernède)

samedi 24 août 2019

Bilbao : Paco Ureña, les enchantements du toreo



   Face aux toros de Jandilla, Paco Ureña a connu en ce vendredi 23 août, septième tarde des Corridas Générales de Bilbao, un triomphe extraordinaire. Extraordinaire, tout d'abord, parce qu'il faut sans doute remonter à plus d'un demi-siècle pour voir un diestro couper deux fois deux oreilles dans le coso basque. Extraordinaire, ensuite et bien sûr, par la qualité du toreo et des estocades du matador de Lorca.
   Pureté, sincérité, temple, fluidité, capacité à tirer le meilleur de ses adversaires. Toreo qui s'approche de la perfection, tutoie les anges et touche le public au cœur. Sur les gradins unanimité, ferveur, communion. Et pour moi comme pour beaucoup, je pense, l'évidence que le toreo c'est exactement cela, un enchantement sans artifice basé sur la vérité.
   Une tarde pour le souvenir et pour l'histoire taurine de Bilbao.

   Nous sommes avec Paco Ureña dans le meilleur de ce que peut la tauromachie contemporaine. Cela ne doit pas faire oublier les très bonnes choses vues les mercredi et jeudi, même si, par comparaison,  elles se situent à un niveau sensiblement inférieur. A commencer par Luis David Adame qui constitue la surprise et la révélation de la feria. Grâce à son toreo sérieux basé sur le temple et à ses estocades a recibir, le Mexicain réussit à faire oublier l'absence de Pablo Aguado, l'exploit n'est pas mince. Une oreille chaque fois avec grosse pétition de la seconde au sixième.
   Mercredi, José Maria Manzanares (oreille, oreille) montra toute l'étendue de son talent et de sa classe. Face au très encasté Ruiseñor (vuelta al ruedo) on pourra toutefois lui reprocher de ne pas avoir repris la main gauche en fin de faena (après un échec en début) et d'avoir tué un poil bas, laissant peut-être ainsi échapper un triomphe majeur.
   Les trois lots de domecqs étaient d'un trapío digne de la tradition locale, les Victoriano del Rio constituant une surprise agréable avec trois bons toros dont un de vuelta, les Domingo Hernandez, réguliers, plutôt au-dessus de ce que l'on pouvait attendre et les Jandilla au-dessous, malgré la caste de Meditador, le quatrième, qui mit Diego Urdiales à rude épreuve.
  

dimanche 18 août 2019

Novillada de La Quinta à Roquefort : abondance de caviar et une dragée au poivre




   Si, l'an dernier, la présentation majuscule des derniers conde de la Maza lidiés en France avait effarouché ceux qui ne demandaient qu'à l'être, cette année, l'unanimité s'est faite sur le lot de La Quinta envoyé à Roquefort par la famille Conradi. A la finesse de type et d'armure des santacolomas s'ajoutait un comportement parfois proche de la perfection. Bravoure majoritaire au cheval (14 piques, 2 chutes) et franchise à la muleta avec cette exquise politesse d'aller tourner loin pour mieux revenir avec appétit dans le leurre. Du caviar pour les toreros. On le sait, peu d'entre-eux sont capables de tirer totalement profit de telles opportunités, à plus forte raison dans l'escalafon limité des novilleros. Aquilino Giron (oreille, silence) et Rafael Gonzalez (oreille, oreille), sans excès de personnalité, ne déméritèrent pas. Ils eurent des hauts et des bas, sans atteindre aux sommets que permettaient leurs novillos.
   Mais ce qui fait le charme d'une course de toros c'est la variété de comportement des acteurs et la variété d'émotions qui en découle. Le sixième, puissant, encasté, caractériel, permit que l'après-midi se termine sur les saveurs fortes d'un combat sans merci. Très dangereux à la cape, il fut ensuite le protagoniste d'un tercio de pique plein de fureur au cours duquel Tito Sandoval contint quatre fois de suite la sauvagerie des attaques du manso con casta. Cristobal Reyes (pas de caviar pour lui aujourd'hui), volontaire, sincère, intelligent, donna une faena concise et dominatrice qui lui aurait valu une grosse oreille sans un coup d'épée par trop sur les bordures.
   A la sortie, les mines unanimement réjouies d'un public ayant conscience d'avoir assisté, chose rare, à une très bonne tarde de toros.



   Le matin, quatre erales de Turquay, également d'origine santacoloma, soufflèrent le froid et le chaud. Les deux premiers nobles mais faibles, manquant de physique ; les deux suivants, plus faits, encastés, résistants. Le Mexicain Antonio Magaña se trouva souvent en difficulté mais s'engagea épée au poing alors qu'à l'inverse Solalito montra de bonnes dispositions muleta en main mais de la faiblesse au moment de conclure.


                                                 *  *  *

  Samedi, lors d'une course landaise d'excellent niveau (ganaderia Armagnacaise, cuadrilla Alexandre Duthen), Gaetan Labaste face à Palomajera a donné neuf écarts fabuleux. L'attente maximale, la corne qui frôle chaque fois la toile du pantalon, l'harmonie du geste. L'écarteur, boitant bas en raison d'une récente tumade, incapable de courir, mais sûr de son dominio grâce à ses gestes purs et précis, m'a fait penser au vieux maestro Antoñete qui éclaira de son art profond les déjà lointaines années 80.

photos  Laurent Bernède

jeudi 1 août 2019

Azpeitia




















Mercredi 31 juillet                  Azpeitia (Guipuzcoa)
beau temps
casi lleno

5 toros de Ana Romero et 1 (5 bis) de Salvador Gavira (nobles, sosos, faibles) pour Daniel Luque (salut, deux oreilles), David de Miranda (salut, pitos) et Adrien Salenc (salut, vuelta)

Assister à une corrida dans la vieille plaza d'Azpeitia est un plaisir toujours renouvelé. On y sent battre le cœur de l'aficion basque. Les voisins de tendido parlent basque. La musique est, pour partie basque, gaiteros dont les airs sont repris par le public, zotziko joué avant l'arrastre du troisième toro à la mémoire d'un banderillero tué en 1846. Moments d'émotion. Et, il n'est pas étrange, dans la ville qui a vu naître Ignace de Loyola, fondateur de l'ordre des Jésuites, de voir des nonnes apparaître à la fenêtre de leur monastère qui surplombe la plaza, pour avoir leur part du divertissement taurin.
Sur la piste, les santacolomas d'Ana Romero ont été décevants : nobles certes mais sosos et très faibles (il fallut changer le 5). Le dernier, plus costaud et plus encasté (il fut le seul de la tarde à prendre deux piques), sauva l'honneur de la devise.
Face à eux, Daniel Luque continue dans sa racha de triomphes basés sur le toreo caro : sincérité, temple, ligazon, dominio. Du grand art taurin que peu d'élus sont capables d'offrir au public.
David de Miranda n'a pas montré sa meilleure face, au contraire d'Adrien Salenc qui réalisa de bonnes choses face à ses deux adversaires, sans toutefois parvenir au triomphe.

lundi 29 juillet 2019

Orthez



















Dimanche 28 juillet 2019      Orthez       arènes du Pesqué
beau temps
quasi plein

6 toros de Prieto de la Cal (17 piques, ovation au 3) pour Alberto Lamelas (silence, silence), Jesus Enrique Colombo (silence, silence) et Angel Sanchez (silence, silence)

On ne doit pas aller voir une corrida de Prieto de la Cal comme on va voir une vulgaire corrida de domecqs. Leur origine Veragua impose un regard différent, avec cette sensation particulière d'assister à un spectacle qui aurait pu se dérouler il y a un siècle, un temps où l'on demandait seulement aux toros de la présence physique et de l'attrait pour les chevaux.
Tous jaboneros, avec des musculatures apparentes, les six du jours ne manquèrent pas de présence physique, en particulier les deux derniers, véritables estampes dignes du burin du sculpteur. On regrettera toutefois les armures très endommagées des deuxième et troisième. Le premier se cassa un piton contre un burladero; conformément au règlement, il ne fut pas remplacé.
Si tous allèrent au cheval sans se faire prier, ils ne s'y employèrent que fort peu et s'en détournèrent même avec une facilité qui marqua leur condition de mansos.
Face à des adversaires dont la charge se limitait la plupart du temps à un violent coup de corne dans le leurre, les possibilités de briller comme on l'entend aujourd'hui étaient des plus réduites pour les toreros. On aurait donc aimé que, à la manière des diestros de l'ancien temps, ils reportent sur l'estocade, préparée par une séance de macheteo dominateur, la possibilité de montrer leur courage et leur savoir-faire. Mais nous ne vîmes ni l'un ni l'autre et trop d'épées dans les bas-fonds ternirent la prestation des matadors.
Alberto Lamelas garda un relatif contrôle des opérations face au premier puis il abrégea face au très venimeux quatrième.
Jesus Enrique Colombo, jeune Vénézuélien, ne connut pas de naufrage. C'est déjà une victoire, en particulier face à l'imposant cinquième qui avait longuement visité le callejon dès sa sortie.
Le sorteo avait réservé à Angel Sanchez le seul toro qui se prêtait à la tauromachie moderne. Mais son joli style manqua par trop d'engagement pour vraiment tirer tout le parti de la mobilité et de la noblesse de son adversaire. Il ne put rien face au dernier, un bloc de marbre.