Alors que Madrid tergiverse à propos de la réouverture du Batan, il faut souligner l'heureuse initiative de la nouvelle empresa de Séville qui vient d'œuvrer au retour de l'exposition des toros de la feria d'Avril à la Venta de Antequera.
un regard sur les toros (y cositas mas)
Séville, mercredi 22 Avril.
Douzième de l’abono. Lleno de “ No
hay Billetes “.
Corrida d’El Parralejo (origine Jandilla) pour Diego Urdiales, Emilio de Justo
et David de Miranda.
“Chismoso” (potins) 549 kg. Joli taureau.
Bien à la verónica Diego Urdiales. Le taureau paraît court de charge.
Très vilaine carioca à la première pique. La seconde est trasera et longue.
Tentative de quite par chicuelina d’Emilio de Justo. Légèrement bousculé, il
laisse tomber. Taureau sérieux que Diego attaque et double par le bas. Le
Parralejo est brusque et encasté. Le torero le contient tant bien que mal sur
les deux séries à droite. Le Parralejo est plus posé et calme sur la gauche. Il
n’a pas beaucoup de classe mais Urdiales nous pose quelques bonnes naturelles.
Reprise à droite avec qualité. Faena autoritaire. Épée contraire et petite
catastrophe au descabello.
“Tonelero” (tonnelier) 517 kg. Taureau manquant de trapio (il sera le seul).
Très réservé dans la cape d’Emilio de Justo. Tercio de pique une nouvelle fois
bafoué. Quatre chicuelinas et la rebolera pour un bon quite. Un quite serré par
gaoneras de David de Miranda, lorsque ce garçon torée, ses taureaux passent
très près de lui. Antonio Chacon supérieur avec les palos.
Deux séries droitières autoritaires très courtes avec un taureau qui n’humilie
nullement. À gauche le taureau est très réservé. Reprise sur la droite et le
taureau proteste. À ma surprise il termine avec une bonne série de naturelles
exécuté de face. Le meilleur de cette faena, alors que le taureau avait lâché
prise. Surprenant. Une épée trasera pour en finir.
“Secretario” (secretaire) 562 kg. Palmas de buleria des fans de Miranda venus
de Huelva. Le taureau est beau et volumineux. Muy malo le piquero avec
Secretario qui pousse fort sous le fer lors des deux rencontres. Enfin un
taureau qui révèle sa bravoure au caballo ! Cuadrilla à la limite de la rupture
aux banderilles car Secretario est très encasté. Grand début de faena par le
bas pour casser le taureau avec de beaux doblones. Extra le taureau. Lorsqu’il
charge, sa foulée est rythmée, régulière, et son centre de gravité est très
bas. Que dire de cette fixité à la fin des séries de passes ! Tauromachie
verticale, templée, et engagée sur les deux côtés. C’est de bon goût, c’est beau
à voir, Séville bascule dans l’euphorie. Ce torero possède une grosse
personnalité, sa tauromachie a un gros impact sur le public car l’engagement
est total de la part du maestro de Huelva. Grandiose épée tout en haut et mort
très émouvante de Secretario au centre de la Maestranza, la bouche fermée, les
grands taureaux braves meurent ainsi…deux oreilles, et vuelta archi méritée à
Secretario. Un grand taureau pour un grand torero.
“Azabache” 546 kg. Un beau melocoton . Urdiales supérieur avec le capote. Le
taureau répète sa charge avec un zeste de genio. Bravito sous la 1ère pique.
Muy bien Espartaco pour la seconde pique. Quand c’est bien il faut le dire et
l’écrire. Brindis a todos. Il initie sa faena par le bas. Le taureau est
exigeant. Deux séries de derechazos avec temple et des terminaisons de bon goût
comme ces vraies passes de poitrines et ces trincherazos qui figent Azabache.
Quelle toreria chez Urdiales, quelle classe ! Les naturelles sont
extraordinaires. Devant l’écran je me dis que l’arène a du mal à rentrer dans
la faena du torero de la Rioja. Fin de faena où Diego Urdiales alterne des
ayudados et trincheras. C’est délicieux. Tout est précieux chez ce torero.
Certes l’épée entière est contraire, mais Incompréhensiblement le public ne
demande pas le trophée archi mérité…et pourtant, la Señora présidente attendait
la pétition…Diego Urdiales est très déçu et moi avec. Ces Sévillans sont
vraiment incorrigibles parfois.
“Anhelomio” ( désir) 554 kg. Autre taureau bien présenté . Froid dans le capote
de l’Extremeño. Brave sous la première pique de Juan Bernal très en arrière,
peu spectaculaire sous la seconde. Le taureau est loin d’avoir les qualités des
deux précédents. Il n’embiste qu’avec retenue, s’arrête au milieu de la passe,
bref…une entière tombée. Emilio de Justo n’a pas eu le sorteo pour lui.
“Corralero” 555 kg. Negro burraco. Veronicas verticales , puis en mettant la
jambe devant. Corralero faiblit sous la pique…mais on perçoit des qualités chez
le burraco. Quatre statuaires pour un bon début de faena. Début tonitruant sur
la droite tout en le laissant récupérer entre les séries. À gauche le taureau
est plus réticent. Nouvelle grande série avec de longs redondos. Naturelles de
face parfaites. Faena cumbre ! Pour finir, David de Miranda nous pose des manoletinas
serrées et très émouvantes pour convaincre la Maestranza que le patron des
lieux ce soir c’est lui. L’épée est entière. Davila Miura l’annonce «
desprendida », détachée, pas forcément au bon endroit. L’oreille tombe du palco. La porte du Prince va s’ouvrir, et c’est totalement mérité pour ce
torero qui a pris le rythme d’une figura del toreo.
Excellente corrida du Parralejo, encastée, brave, noble, cinq taureaux sur six.
Mais quel grand taureau que ce “Secretario” parti maintenant au pays des
braves !
wT
Ma première à Saint-Martin de Crau, une place où l'on ne plaisante pas avec la présentation et la présence des toros : c'est bien pour cela que je suis là
27° et un petit vent qui pourrait s'avérer taquin: il n'en
fut rien.
Grand confort avec un ascenseur pour les PMR, classe.
Un ovale sévillan et une jolie perspective où que l'on soit.
J'ai oublié de demander la jauge maxi je dirais 3/4000 , wiki me précise : 3000.
Un satisfaisant 85% de taux de remplissage constitué de 80%
de cheveux gris dont beaucoup sont en attente de prothèses de hanches et autres
avanies inhérentes à cette tranche d'âge. Quelques espagnols ont fait le
déplacement.
Les toros.
3 Saltillo et 3 Cuadri, 5
bons. Saltillo emporte le morceau lors de ce desafio puisque le sixième
(un cuadri donc) s'est éteint avant même de taper dans le cheval. Il avait, de
plus, un problème de coordination/faiblesse antérieure gauche. Consanguinité?
Sorti de là, comportement honnête, très honnête avec chacun
des caractéristiques diverses mais jamais rébarbatives. Bonne pioche.
Les hommes?
Picadors et péones souvent en dessous de tout. Alberto Lamelas
m'a bien plu même si les années à attendre la gloire commencent à peser.
Il s'est risqué face à son premier à un répertoire proto artistique
assez incongru, j'ai retrouvé le belluaire à son cuadri mais un belluaire
patient amenant le bicho dans son monde de superbe manière. Les aciers ont, souvent
avec Alberto, tout fait foirer. Dommage.
Pepe Moral me parait plus solide, moins englué dans la
mélasse de ces dernières années, même s'il semble rester superficiel, ne pas
aller au fond des choses, je le dis avec l'expertise du gars qui tape un
texte sur sa tablette allongé sur son lit! Il loupe sa deuxième oreille car peu
inspiré par son cuadri, il le massacre aux aciers et se mange une bronca pas
piquée des vers!
Adrian "Adriano" Salenc veut tellement marquer les esprits qu'il se disperse trop et, malgré quelques braises rougeoyantes, il a encore du chemin à faire. Ceci dit, son coté infirmier patient qui s'adapte est vraiment intéressant .
Saint-Martin de Crau. A l'an prochain si dios quiere !
Christian
Cartel très intéressant avec Alvaro Lorenzo, le Sévillan Rafael Serna,
l’Albaceteño Molina devant des taureaux de Fuente Ymbro.
Cazador, 598 kg, le plus lourd du lot, montre des signes de
faiblesse dans le capote de Lorenzo. Tercio de pique anecdotique. En toute
quiétude, Rafael Serna réalise un bon quite avec des “tafalleras”.
Andrés Revuelta supérieur dans la pose de deux paires de banderilles. Le début
de faena est prometteur mais très vite le taureau proteste dans la muleta. Il a
plus de qualités sur le piton gauche. Faena méritoire face à un Fuente Ymbro
qui chasse les mouches avec ses deux cornes. Très désagréable à toréer. Lorenzo
a le mérite de le contenir dans ses charges. Le taureau tombe après un pinchazo
et une entière un poil tombée.
Laminado est un beau taureau de 505 kg. Ses charges sont douteuses sur les
deux côtés. Deux rencontres avec le piquero sans pousser. Début de faena,
Rafael Serna double joliment par le bas. Première série de droitières pour
jauger, la seconde est plus centrée. À gauche, il est court de charge, mettant
le torero en difficulté, ce dernier se retrouve les cornes dans les chevilles à
la sortie de la passe. Serna reprend la main sur des droitières autoritaires .
Trois pinchazos et un vilain bajonazo pour finir avec ce Laminado très
désagréable dans la muleta du torero.
Jarrero, melocotón de pelage, pèse 520 kg. Molina part à puerta gayola pour
l’accueillir…ça passe justot ! Jarrero est distrait et n’est pas vraiment
intéressé par le capote de Molina. Tercio de pique pathétique. Très bon début
de faena de Molina par le bas, avec autorité et suavité. Très surprenant de
voir le Fuente Ymbro accepter trois séries autoritaires sur le piton droit.
Mais à l’amorce de la quatrième série, le Fuente Ymbro prend la direction des
planches . Muy malo pour tous et surtout pour le ganadero. Épée contraire et
basse de Molina.
Pardillo, Castaño , 491kg sur la bascule. Très armé, plus fin que ses frères.
Très froid dans le capote de Lorenzo. Visiblement le taureau se blesse sur un
remate contre le burladero. Cojo. Changement après le tercio de banderilles.
Le réserve, un Murteira Grave. Petit, très limite en présentation pour une plaza
de primera. Ennui total avec ce petit taureau soso, sans caste, taureau qui
n’avait rien à faire en ces lieux. À oublier très vite.
Escogeperro, Castaño de pelage, 549kg. Rafa Serna va l’accueillir à Puerta
Gayola avec courage. Il joue gros sur cette course le Sévillan. Les trois
veronicas et la media sont magnifiques. Deux piques correctes, sans plus.
Bon quite de Molina avec des tafalleras. Indéniablement, le Fuente Ymbro a de
la qualité dans sa charge. Il est brave, noble mais il est exigeant. Faena
complète et méritoire du torero sévillan face au premier taureau encasté de
l’après-midi. D’abord avec de belles naturelles, centrées, dans le sitio. Une
série fort méritoire sur la droite, très rythmée, la main basse, on est à la
limite de la rupture, mais le torero tient la cadence et le rythme du castaño.
Faena émouvante qui se termine avec de beaux doblones par le bas pour bien
préparer la suerte de matar. Rafa Serna rentre avec conviction, l’épée est
contraire mais très efficace. Une grosse oreille tombe du palco.
Le 6ème taureau, Pijotero, est joliment présenté. Il paraît court de charge
dans la cape de Molina. Visiblement il manque de force. Il ne poussera pas sous
les deux piqures réglementaires. Lors du tercio de banderilles on se rend
compte que le taureau possède un bon galop et lorsqu’il est cité de loin il
part avec l’envie d’en découdre. À la muleta, le taureau est très exigeant et
Molina alternera le bon et le moins bon, il n’arrivera jamais à trouver
réellement le bon sitio pour monter la faena espérée. Il est vrai que plus on
avançait dans le combat plus le taureau perdait en qualité. Fin laborieuse avec
l’épée.
Même si la corrida de Fuente Ymbro était très bien présentée, elle a livré dans
l’ensemble une course assez décevante. Rien de spectaculaire au cheval. Il a
fallu attendre le “famoso no hay quinto malo” pour voir enfin un taureau racé,
complet dans son combat, Rafa Serna y a joué sa peau, s’imposant avec une
tauromachie pure, très sévillane. En espérant pour lui que le téléphone de son
apoderado sonne toute la semaine ! Il le mérite largement.
T.W. (vu à la télé)