mercredi 25 avril 2018

Adieux à Chulo

   Bernard Pène était un sacré Chulo. Depuis 2010, son blog , tenu au gré de ses états d'âme, de ses coups de cœur, de ses coups de sang, nous distillait, trop parcimonieusement hélas, ses propos d'aficionado avisé (avisé comme peut l'être un bon miura), mais aussi sa connaissance érudite de la guerre civile espagnole, sans oublier sa fascination pour ce pays si extraordinaire pour un européen qu'est Madagascar.
   Pour ceux qui, comme moi, ne l'ont connu que par l'intermédiaire de la toile, il restera, à travers ses écrits, le souvenir d'un homme à la pensée empreinte de droiture et d'intransigeance, de finesse et de compétence.
                                         Adios Chulo!


mercredi 11 avril 2018

Mont de Marsan : les cartels de la Madeleine 2018

mardi 17 juillet
concours landais

mercredi 18 juillet
Domingo Hernandez "Garcigrande"
El Juli - Juan Bautista

jeudi 19 juillet
matin : novillada sans picador

Jandilla
Juan José Padilla - Alejandro Talavante - Roca Rey

vendredi 20 juillet
La Quinta
Juan Bautista - Emilio de Justo - Thomas Dufau

soir : corrida portugaise

samedi 21 juillet
Nuñez del Cuvillo
Enrique Ponce - Sébastien Castella

soir : novillada piquée
Jean Louis Darré "Camino de Santiago"

dimanche 22 juillet
Dolores Aguirre
Octavio Chacon - Juan Leal -  X

   J'ai voulu mettre en avant quelques critères (parmi bien d'autres) sur lesquels on pouvait s'appuyer pour juger de la qualité et de la pertinence des cartels d'une feria importante telle que la feria de la Madeleine à Mont de Marsan ( cinq spectacles majeurs, arène de première catégorie). J'en ai choisi trois.
   - En premier lieu de bons cartels doivent offrir au public, dans chaque catégorie, ce qui se fait de mieux. Ce qui se fait de mieux  est aussi dans la majorité des cas ce qui est le plus cher (mais pas systématiquement : voir critère 3). Autrement dit, il s'agit de ne pas monter une feria au rabais.
   - Un second critère m'est apparu pertinent : ne pas commettre d'injustice. Il s'agit là d'un critère que le mundillo taurin n'a pas la réputation de tenir pour essentiel, raison de plus pour qu'il soit porté par les aficionados. Il faut engager ceux qui ont donné le meilleur d'eux-mêmes l'année précédente. Et inversement ne pas réengager ceux qui étaient venus avec peu d"ambition ou les ganaderias qui ont déçu.
   - Enfin, il faut que les cartels soient en phase avec l'actualité. Avoir suffisamment de réactivité pour engager les hommes en forme, les jeunes qui tiennent leurs promesses et que l'aficion aura le désir de voir. C'est sans doute sur ce critère-là qu'un organisateur peut le plus faire preuve de sa compétence, voire de son talent.
   Il est bien évident que ces critères doivent être compris comme se fondant dans quelque chose qui les fédère : la spécificité de l'arène, son esprit.
   A l'aune de tout cela, chacun pourra juger de la qualité de la programmation de la feria 2018.
   Quant à moi je me bornerai à constater deux choses.
   D'une part, le deuxième critère, à savoir le respect d'une certaine justice, me parait cruellement pris en défaut en raison de l'absence d'Alberto Lamelas qui, deux ans de suite, s'est littéralement joué la vie sur le sable du Plumaçon.
   D'autre part, la possibilité d'engager des toreros nouveaux et talentueux se trouve considérablement réduite par la suppression de deux postes de toreros. Ainsi, ni Fortes, ni Alvaro Lorenzo (je cite ces deux toreros car leur qualité récemment exprimée à Madrid n'a pu échapper à Simon Casas, organisateur là-bas et ici) ne pourront défiler au Moun pour cause de mano a mano. Ce qui témoigne d'un déséquilibre entre le critère 1 (trop de figures) et le critère 3 (pas assez de nouveautés) ...

jeudi 5 avril 2018

Sur deux corridas arlésiennes

   Il est certain qu'être annoncé aujourd'hui face à un lot de Jandilla est un sacré privilège. Se retrouver face au pastueño et innocent premier ou face au brave et inépuisable sixième est, pour un torero, une occasion extraordinaire (elle ne se reproduira peut-être pas de toute la temporada) de montrer son savoir-faire. Encore faut-il posséder les qualités requises pour profiter de la situation, être dans un moment de confiance et, si l'on est débutant, ne pas perdre sa lucidité face à l'importance de l'enjeu et à l'émotion que doit susciter une telle rencontre.
   On sait Miguel Angel Perera dans un moment de plénitude. Il ne pouvait passer à côté de son rendez-vous avec Licenciado, ce toro si noble qu'on avait envie de lui souffler depuis les gradins : " lance donc un coup de corne de temps en temps". Et s'il n'a pas lancé ce coup de corne c'est peut-être parce qu'il a été toréé avec une telle confiance, une telle douceur, un tel temple que l'idée ne lui en est jamais venue. Je ne suis pas porté vers la tauromachie de Perera, mais je dois reconnaitre qu'en ce jour de Pâques le maestro extremeño, toréant dans la plus pure lignée de Damaso Gonzalez, a su me convaincre qu'il pouvait être grand torero.
   Pour l'avoir vu plusieurs fois comme novillero je savais qu'Andy Younes avait de grandes possibilités. Il a su saisir la chance qui avait pour nom Lastimoso, le dernier Jandilla. Aucune fausse note dans la faena de l'Arlésien qui sut toréer comme l'eut fait une figure un toro certes très noble mais exigeant par sa charge soutenue et inépuisable. On peut lui reprocher d'avoir, en prolongeant sa faena, joué la carte de l'indulto, ce truc qui permet d'éviter la mise à mort et de se faire de la publicité à bon compte; mais à ce stade de sa carrière, il lui était difficile de refuser cette bénédiction qu'offrent les publics faciles et les présidents sans critère.
   Gines Marin a pratiqué un toreo light, sorte de champagne sans alcool qui ne fait tourner ni la tête, ni le cœur et laisse les papilles prêtes à profiter de ce qui va suivre. Reconnaissons lui deux mérites : celui d'avoir réussi à mettre et à garder dans la muleta son premier adversaire manso, distrait et coureur et celui de ne pas étouffer ses toros. Sa muleta légère, distanciée, utilisant toujours le pico, ne contraignant jamais, ne rebute jamais non plus. C'est peut-être la raison de son succès actuel, et pourtant j'imagine un jour Gines toréant avec profondeur, mais ce jour ne semble pas encore venu.


   Il est difficile de concevoir qu' El Fandi ait pu être à l'affiche de la corrida de lundi pour ses mérites propres. On voit plutôt sa présence comme un accord de réciprocité entre le matador organisateur arlésien et Matilla, puissant apoderado du Granadino. Le procédé n'est pas nouveau mais il est fâcheux.Surtout lorsqu'il conduit à laisser sur la touche un matador local qui a pourtant fait ses preuves ici comme Thomas Joubert ou d'innombrables espagnols qui auraient très certainement tiré un parti bien plus artistique des excellentes conditions qu'offrait Notario, le quatrième toro d'Alcurrucén. Fandi pour sa part ne brilla pas même aux banderilles; il est juste toutefois de noter la maestria et la précision avec lesquelles il conduisit chaque fois ses toros à la pique.
   L'autre bon toro d' Alcurrucén fut toréé avec finesse et bon goût par José Garrido particulièrement sur la main gauche et l'oreille qu'il coupa était la seule justifiée de l'après-midi.
   A propos d'oreille, on regrettera qu'après un bajonazo aussi honteux que celui donné par Luis David Adame au sixième toro, il se soit trouvé des aficionados sur les gradins et un président au palco pour sortir leur mouchoir blanc. De telles oreilles ôtent beaucoup de sérieux à une arène.

mercredi 4 avril 2018

Feria d'Arles 2018 : la novillada

   Dans une programmation de feria très conformiste la novillada du dimanche matin, au cartel original, avait attiré bon nombre d'aficionados et rempli un bon tiers du vaste amphithéâtre arlésien, autant que la corrida du lundi. Au final, malgré l'excellence du cinquième novillo, un certaine déception dominait en raison de la médiocrité, en  présentation et en comportement, de trop de novillos. Mais, examinons leur combat plus en détail.
   Le novillo de CONCHA Y SIERRA (origine Vazquez), un joli jabonero claro, sort très affaibli d'une première pique prise en poussant. La seconde rencontre n'est qu'un picotazo. Sa faiblesse n'autorise que deux paires de banderilles. Peu à peu le novillo récupère et, bien toréé, fait preuve d'une grande noblesse au troisième tiers, laissant une oreille, la seule de la matinée, dans les mains d'Adrien Salenc.
   Le pupille de LOS GALOS (Domecq), colorado, après une première pique pompée, sort seul de la seconde. Il tentera, durant le tercio de banderilles, de sauter les planches. C'est un manso mobile et solide.
   Le troisième novillo provient de l'élevage LE LAGET (origine Pinto Barreiro et Domecq) appartenant à l'empresa. C'est un laid castaño, bociblanco et gacho. Sa faiblesse ne permet que deux picotazos après lesquels il est soso et tardo.
   Après deux piques prises sans brio, le chétif pensionnaire de PAGES-MAILHAN (Arranz, Domecq) se montre vif et nerveux et donne de l'intérêt à la faena d'Adrien Salenc.
   Mudo de CALLET (Domecq), sorti en cinquième position, sera le novillo de la matinée. Il a repéré le cheval dès que celui-ci a mis le pied dans le ruedo et fusera vers lui à la première occasion pour une longue pique placée dans l'épaule et poussée en brave puis rechargée. Peu éprouvé par ce mauvais traitement il accourt sans hésiter pour la deuxième rencontre. Mais le président fait sonner le changement, nous ne verrons pas de troisième pique. Pourtant la bravoure et le poder du novillo la rendaient nécessaire. Sa charge, pleine de codicia, confirme sa bravoure aux tiers suivants et met le novillero en difficulté. Vuelta à l'arrastre pour Mudo avec le regret qu'il n'ait pu s'exprimer pleinement.
   La médiocrité revient en piste avec le très décevant BLOHORN (Domecq) qui, après deux piques sans s'employer, s'éteint irrémédiablement.
   Après une saison 2017 écourtée en raison d'une mauvaise blessure à l'épaule, Adrien SALENC est revenu avec la même entrega et une technique semble-t-il affinée qui lui a permis de tirer le meilleur parti d'adversaires différents, l'un noble et faible, l'autre vif et compliqué.
   EL ADOUREÑO, que l'on attendait plus mûr en raison de ses états de service espagnols la temporada passée, a déçu. Sans doute va-t-il falloir qu'il adapte son toreo aux exigences du public français s'il veut continuer à rencontrer le succès.
   Très mal servi, EL RAFI n'a pu se montrer à l'occasion de ce qui constituait sa première novillada piquée. On retiendra malgré tout quelques naturelles sincères à son premier novillo et quelques très belles paires de banderilles.

   prix au meilleur novillo : Mudo de Pierre Henry Callet "Malaga"
   prix au meilleur novillero : Adrien Salenc



  

mardi 3 avril 2018

Arles





Samedi 31 mars 2018   amphithéâtre romain   Arles
temps froid, vent fort
plein

6 toros de El Freixo pour El Juli (silence, silence), Juan Bautista (deux oreilles, deux oreilles) et Roca Rey (silence, silence)

Au lendemain des obsèques de son père Luc Jalabert, rejoneador, ganadero et ancien impresario des arènes locales, Jean Baptiste lui a rendu hommage de la meilleure façon qui soit : en toréant magnifiquement.
Tout au long de l' après-midi, l'Arlésien montra l' étendue de ses qualités : sitio remarquable et douceur dans le geste qui à la fois donnent confiance aux toros et les dominent. Il y rajouta un répertoire varié, plus "grand public" tel que séquences à genoux et toreo de proximité. L'épée fut moins précise mais l'élan du cœur du public et de la présidence lui permit un triomphe complet de quatre oreilles.
El Juli et Roca Rey, en butte au vent ou à la médiocrité des toros, restèrent, pour la circonstance, des compañeros parfaitement discrets.
Julian Lopez portait aussi  ce jour le sombrero du ganadero puisque l'élevage El Freixo est sa propriété.  Courts, ronds, terciados, discrets d'armure, ses toros auraient constitué un lot tout à fait acceptable dans une arène de deuxième catégorie mais Arles est, parait-il, de première...  Au moral, très médiocres les 1, 3 et 4, meilleurs les 2, 5 et 6 mais tous, sauf le dernier, manquant de l'étincelle que donnent la caste et le poder.
Malgré un temps très antitaurin, le cartel étoile de la feria avait attiré la grande foule aux arènes et, si elle en sortit satisfaite, ce fut en raison de l'émotion suscitée par l'hommage réussi d'un fils à son père.

lundi 26 mars 2018

Vic Fezensac : les cartels 2018

Samedi 19 mai
11h.   novillada
El Retamar
Miguel Angel Pacheco - El Adoureño

18h.   corrida
Valdellán - Los Maños
Manuel Escribano - Sergio Flores - Manolo Vanegas

Dimanche 20 mai
11h. corrida-concours
La Quinta - Juan Luis Fraile - Pallarés
Vinhas  - Ana Romero  - Los Maños
Lopez Chaves - Pepe Moral - Tomas Campos

18h. corrida
Raso de Portillo
Octavio Chacón - Antonio Nazaré - Alberto Lamelas

Lundi 21 mai
17h. corrida
Pedraza de Yeltes
Curro Díaz - Daniel Luque - Emilio de Justo


   En comparaison avec ce qui se fait en d'autres terres taurines où domine top souvent la médiocrité du convenu, les cartels de la feria de Vic sont, comme chaque année, un havre de fraicheur et d'espérance pour les aficionados.
   Au niveau des ganadérias, les organisateurs ont mis en avant, cette année, l'encaste santa coloma avec les élevages de Valdellán, Los Maños et Raso de Portillo. En outre, la corrida-concours lui sera entièrement consacrée, ce qui nous vaudra de voir des raretés comme Pallares, propriété de la famille Benitez Cubero, ou Vinhas, les buendias portugais. On souhaite le succès à tous ces élevages car l'aficion a besoin d'eux pour sortir de l'uniformisation que le sang domecq a répandu dans les ferias actuelles.
   Après une ouverture en mode nuñez (novillos de El Retamar), la feria se terminera précisément par la présentation à Vic des domecqs de Pedraza de Yeltes. Une belle occasion de prouver que ce sang peut produire autre chose que les toritos sans âme qui accompagnent les figures dans leurs tournées estivales.
   On notera que les élevages de Dolores Aguirre et Palha, très satisfaisants l'an dernier, n'ont pas été reconduits, mais on sait qu'on  reverra un jour leur devise flotter sur le ruedo gersois.
   Du côté des hommes, on verra avec beaucoup d'intérêt les espoirs que sont Manolo Vanegas, Tomas Campos, Emilio de Justo et Sergio Flores. On sera dubitatif sur la présence d'Antonio Nazaré tout en se disant qu'avec la présence de Diego Urdiales et Paco Ureña les cartels eussent été parfaits. Mais, on ne le sait que trop, la perfection n'est pas de ce monde.


vendredi 16 mars 2018

Photographie taurine sur internet

   L'apparition de la photographie numérique dans les années 1990, puis le développement de la communication par internet au début du XXIè siècle ont révolutionné la photographie taurine et sa diffusion. On trouve aujourd'hui sur le net de nombreux sites, blogs et autres lieux où les photographes -amateurs aussi bien que professionnels - peuvent montrer au plus grand nombre leurs créations.
   Si la vidéo reste un moyen incontournable de froide connaissance, la photographie taurine, outre ses éventuelles qualités esthétiques, me parait finalement plus vivante en ce qu'elle permet à chacun d'imaginer l'avant et l'après de l'image captée. Sa charge émotive n'en est que plus grande.

   Voici quelques sites de photographie taurine sur la toile :

   • Gascoun e toros   Olivier Viaud
   • Passion Photo Toros et Feria du Sud Ouest   Nicolas Coufffignal
   • Por las rutas del toro  Gorka Azpilicueta  Arsenio Ramirez
   • David Cordero
   • Photographies taurines   Louise 2 Z
   • Tendido sol   Christophe Moratello
   • Michel Volle
   • Photo aficion   William Lucas
   • Laurent Bernède
   • Christian Lamoulie
   • Photaurines
   • Amandine Segot
   • Christine Nuel
   • Romain Tastet
   • Juan Pelegrin
























Une photo peu courante de Cano, grand photographe taurin mort à 103 ans en 2016 et actif quasiment jusqu'à sa mort

mardi 27 février 2018

La crise catalane

   Rien de ce qui se passe chez nos voisins espagnols n'indiffère l'aficion française. La question catalane accapare les esprits depuis plusieurs mois maintenant de l'autre côté des Pyrénées.
   Je fais partie des gens qui pensent que l'idéologie nationaliste est une de celles qui  ont le plus poussé l'humanité au crime et au malheur. Je n'ai donc de sympathie pour aucun nationalisme, fut-il espagnol ou français (les hurleurs de Marseillaise me font froid dans le dos). Quant à ces petites régions qui, comme la Catalogne espagnole, veulent péter plus haut que leur cul, si la défense de leur culture propre* me parait - à l'heure de la mondialisation à tout va - une nécessité, leur volonté de constituer un état politique indépendant relève d'une bouffonnerie pitoyable mais aussi hélas potentiellement dangereuse (pour elles-mêmes comme pour le reste de l'Europe).
   Si la confusion extrême qui prévaut aujourd'hui semble arranger tout le monde, il va bien falloir, un jour, sortir de cet imbroglio ridicule. Pour essayer d'y voir plus clair, je soumets à votre réflexion cet article de Sébastien Bauer paru dans Le Monde diplomatique de novembre 2017. Le journaliste pense que, si la cause des évènements actuels se trouve à Madrid, la solution également ...

  Sébastien Bauer, La crise catalane est née à Madrid, Le Monde diplomatique

* Dans ce domaine, les Catalans ont au moins réussi à sauver leur langue, ce que les occitans, persuadés par le jacobinisme français que la leur n'était qu'un patois de pauvres gens, n'ont pas su faire. Et ce n'est pas le choix d'appeler Occitanie (en oubliant au passage les Catalans français) une grande région française du sud qui changera les choses.






















Serafin Marin, un matador catalan dans les arènes de Madrid

dimanche 18 février 2018

A la recherche du trapío pour embestir

   Ah! Ces gens tout feu tout flamme qui déclarent sans l'ombre d'un doute : "Voilà un toro qui a un trapío pour embestir!" Si l'oracle vient d'un aficionado chevronné ou, mieux, d'un professionnel blanchi sous le harnais, voire d'un ganadero, on n'ose rien dire, vaguement admiratif devant tant de science offerte aux non-initiés.
   L'affirmation a son corollaire, à l'exact opposé : le toro qui, en raison de son trapío, ne peut, en aucun cas, embestir.
   Il y a là des histoires de hauteur, de cou, de conformation qui m'ont toujours semblé occultes. Moi qui, en ce qui concerne leur apparence, aurait plutôt tendance à classer les toros en deux catégories : ceux qui sont beaux, qui ont du trapío et les autres, anodins ou, parfois, carrément laids. Avec l'incongruité de souvent trouver beaux des toros dont certains ont pensé qu'ils avaient dans leur morphologie tous les défauts qui devaient les empêcher d'embestir.
   Mais il faut bien donner la course. En général, les beaux parleurs se font alors plus discrets : les toros qui avaient le trapío parfait pour embestir n'ont pas réussi à mettre un pied devant l'autre, et le vilain petit canard s'est révélé le meilleur toro de la course.
   En fin de compte, chacun retombera sur ses pieds car, c'est bien connu, "les toros sont un grand mystère".

   Sur ce sujet, je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager ces quelques lignes émanant de Julio Fernández, vétérinaire de l'UCTL, extraite du questionnaire du livre d'Antonio Purroy dont il a récemment été question sur le blog.
   "Nous croyons - ce qui, à mon avis, est une erreur - que pour faciliter la position basse de la tête (caractère qui distingue le taureau considéré comme bon dans la tauromachie actuelle) il faut choisir des reproducteurs de faible hauteur au garrot, ayant des membres antérieurs relativement courts et un cou allongé. Cette sélection anatomique obtient plus facilement des résultats que de sélectionner le fait de baisser la tête comme un caractère de comportement. Cette croyance provoque des changements anatomiques et morphologiques chez les animaux et leur conséquence est que, dans de nombreux cas, on arrive à la production de sujets peu aptes au combat.
   Durant le combat, les poids sur l'avant-main sont énormes, et ces membres antérieurs trop courts ne peuvent pas les supporter, à quoi s'ajoute que les plans musculaires de la région du garrot se réduisent. C'est pour ces deux raisons que beaucoup de taureaux "se détruisent" pendant la phase des piques. Quand à l'allongement de l'encolure, il participe au renvoi de plus de poids sur les extrémités antérieures.
   Chez les taureaux et les chevaux, pendant les déplacements, la tête et le cou jouent un rôle de balancier, de sorte qu'au cours du mouvement, l'animal lève la tête et le cou puis les baisse pour s'équilibrer. Lorsqu'on change les points de sustentation et que l'on avance le centre de gravité, le balancier ne fonctionne plus et le taureau fait naufrage."
   Dit en deux mots : sélectionner le caractère tête baissée par le comportement : oui, par la morphologie : non!

dimanche 4 février 2018

Antonio Ordoñez

   Je n'ai jamais vu toréer Antonio Ordoñez, mais je me souviens que son nom revenait systématiquement lorsque, dans mon enfance, la conversation des adultes évoquait les meilleurs matadors de toros. Antonio Ordoñez était considéré par tous comme le plus grand des toreros, le plus artiste, le plus classique, le plus dominateur. Mais tous ces superlatifs étaient atténués d'une réserve sur laquelle tout le monde était également d'accord : "quand il le veut bien". En effet le Rondeño était de ces toreros, dont aujourd'hui le digne représentant est Morante de la Puebla, qui, lorsque le toro ne leur plait pas ou leur condition animique n'est pas au rendez-vous, n'hésitent pas à assumer le renoncement à toute lidia au prix de féroces broncas. Cela ne l'empêcha pas de connaitre, certaines années, des triomphes réguliers (1965, 1968, par exemple), pas plus que d'affronter avec succès "lorsqu'il le voulait bien" les toros les mieux présentés et les plus réputés de son époque.
   Pour s'en persuader, il ne reste plus à ceux qui, comme moi, sont "trop jeunes" pour l'avoir vu toréer que le secours des images vidéos. Imparfaites comme toujours, partielles, tributaires du hasard (au moins en ces années-là le totalitarisme de l'image n'était pas de mise), décevantes souvent. Pourtant, elles constituent des témoignages dignes d'être pris en considération pour qui n'a pas vécu les évènements dans l'intensité et la profondeur du présent. La série Toreros para la historia  de Fernando Achucarro dont l'épisode consacré à Ordoñez est le quatorzième nous donne un assez bon aperçu de sa carrière et de son style.
   De 1950, alors qu'il n'est encore que novillero, jusqu'à une fameuse tarde sévillane de 1967 sous la pluie face à des Benitez Cubero, en passant par de nombreuses faenas de la temporada 1965, nous avons un panorama assez complet du toreo du fils du Niño de la Palma.
   Dès sa période de novillero, son art éclate : toreo con empaque, trincherazos supérieurs con sabor y dominio. S'il ne dédaigne pas les recours du toreo de profil, ce qui le caractérise plus sûrement est la recherche du toreo de trois-quart, pecho offert, jambe contraire légèrement avancée, qui donne à ses séries une profondeur extraordinaire. Son temple et la douceur de ses gestes sont prodigieux. Il parait un tueur sûr au répertoire d'estocades varié : volapié classique; recibir (on en voit un magnifique à Madrid en 1960 face à un Samuel Flores); il est enfin connu pour sa pratique de l'estocade en el rincon (entre la croix et le bajonazo), facilité qui lui valut des critiques nombreuses et justifiées, on en voit un bel exemple à Bilbao en 1962 lors de la corrida d'inauguration des nouvelles arènes.
   Bien sûr le maestro de Ronda a toréé au cours de sa carrière, qui couvre les années 50 et 60, le toro jeune et parfois afeité qui sortait en ces temps-là. Mais on sait qu'il n'hésitait pas aussi à affronter le toro d'âge et de respect. A Madrid, en 1956, il se fait blesser par un Escudero Calvo, prédécesseur des Victorino Martin. Toujours à Madrid en 1965 il coupe deux oreilles à un brave Pablo Romero de tête haute après une faena heurtée (rare chez lui) mais dominatrice avec final muy torero et grande estocade. A Jerez lors d'une corrida concours on admire un grand toro du Marquis de Domecq qui prend, en brave, cinq piques pour une chute.
   Malgré l'affadissement que provoque inéluctablement la corrida filmée, le toreo d'Antonio Ordoñez, sobre, classique, dominateur, m'est apparu d'une grande beauté et profondeur. Si je devais le caractériser par trois mots ce serait : temple, suavité, rondeur.



NB Le grand historien Bartolomé Bennassar (également revistero taurin à ses heures) a publié il y a peu un livre d'hommage au grand torero rondeño
Bartolomé Bennassar, Antonio Ordoñez, la magie du souvenir, Editions de Fallois, 2017

mercredi 17 janvier 2018

Antonio Purroy Comportement du taureau de combat 3 - questionnaire

   L'ouvrage d'Antonio Purroy (publié en 2003 en Espagne) se termine par une enquête auprès de toreros, éleveurs, critiques taurins et aficionados.
   Voici, pour alimenter nos réflexions hivernales, quelques extraits de réponses données concernant les problèmes du toro et l'évolution de la corrida.

   "Plus on recherche une charge douce et répétée, plus on réduit le taureau sauvage. Et l'on en arrive trop souvent à voir ces animaux, ni braves, ni solides, ni mobiles, ni encastados, ... ceux que l'on appelle sosos: fades, sans charge ni tonus, littéralement vidés de leurs qualités, du fait d'une sélection à l'envers."     Miguel Darrieumerlou, critique   p.251

   "Je pense qu'on recherche un taureau qui ait toutes les vertus pour permettre de faire un toreo toujours plus esthétique et, par conséquent, toujours moins profond. A ce que je crois, la Fête évoluera dans le chemin où va le taureau; j'espère que ce sera celui de l'émotion et des faenas profondes."    Manolo Vázquez, matador    p.229

   "Je ne crois pas trop à l'idée de standardisation des encastes, car, pour un même encaste, on constate des différences énormes de comportement au bout de quelques années, selon la politique de l'éleveur. Je pense en revanche qu'il serait nécessaire qu'il y ait des élevages d'État, sans but lucratif, avec des réserves génétiques diversifiées, qui puissent servir à la fois de "conservatoire" et de "laboratoire" du sang brave.
   Il y a deux discours classiques. Un certain discours torista pour lequel le taureau dégénère sans cesse, un certain discours torerista pour lequel les taureaux d'aujourd'hui sont plus braves que jamais. Tout cela relève du mythe. Ce qui est vrai, ce sont les choses suivantes : il y a de moins en moins de vrais mansos (en querencia, impossibles à piquer, banderilles noires, etc.), et d'autre part, il y a aussi de plus en plus de toros nobles (mais moins d'invalides qu'il y a quinze ou vingt ans).
   Cette double évolution est le fait de l'évolution du toreo et de sa pression sur le marché. Il y a une sorte de cercle que l'on peut résumer de la façon suivante : à chaque époque, certains grands toreros réussissent "techniquement" à faire avec les taureaux de leur présent ce que les autres toreros ne réussissent pas aussi bien : ils toréent plus près, plus immobiles, plus long, plus lié, etc. Le public les plébiscite, les autres toreros tentent de les imiter. Cette double pression (des toreros et du public) sur le marché oblige les éleveurs à faire évoluer leurs taureaux dans le sens d'une nouvelle définition de la bravoure. Des éleveurs apparaissent qui achètent dans le rameau de sang brave qui réussit le mieux à cette époque et qui tend à prendre le dessus sur les autres. Un nouveau type de taureau s'impose correspondant à cette double évolution."   Francis Wolff, aficionado   p.276

photo Laurent Bernède


vendredi 12 janvier 2018

Antonio Purroy Comportement du taureau de combat 2 - citations

eau et poids
   Le processus de rumination et la digestion ruminale exigent au moins quatre parties d'eau pour chaque partie de matière sèche alimentaire ingérée et, en guise de curiosité scientifique, il faut ajouter que le contenu digestif, composé d'une quantité d'eau élevée (plus de 80%), arrive à représenter jusqu'à 20% du poids vif de l'animal. Un taureau de cinq cents kilos peut avoir plus de quatre-vingts kilos d'eau dans son tube digestif.   (p.83)

faiblesse
   Si les vaches font preuve d'une grande noblesse mais manquent de force, on dit que c'est parce qu'elles sont maigres et on les approuve sans savoir ce qui se serait passé si elles avaient été grosses. Compte tenu de la transmission héréditaire du manque de force, on ne devrait jamais approuver une vache qui est tombée durant la tienta.   (p.126)

bravoure
   Après la première pique, il est nécessaire de remettre le taureau en suerte puisque ce n'est qu'à partir de la seconde pique qu'on pourra commencer à le classer sur des bases sérieuses. Avec une seule pique on ne peut pas voir la bravoure d'un taureau : en revanche pour la seconde il sait qu'il va avoir affaire avec le picador.
   Si malgré cela il y revient rapidement et en galopant, s'il pousse avec force, baisse la tête et s'il est difficile à séparer du cheval, il peut être considéré comme brave. S'il a le même comportement dans une troisième rencontre, c'est à dire en galopant avec envie d'attaquer et même, "se grandissant", alors on peut le considérer comme très brave.  (p. 192)

   Une caractéristique singulière et très intéressante d'un taureau authentiquement brave est que, bien qu'il se trouve dans une situation compromise (fatigué ou blessé ou les deux), son orgueil ne lui permet pas de montrer son véritable état à ses congénères dans le pâturage, au matador dans l'arène, donnant la sensation que rien ne lui arrive. Dans une telle circonstance, jusqu'à un stade bien avancé du travail de muleta, il se maintient dressé et la bouche fermée.  (p.203)

   Laissant de côté les conceptions anciennes ou modernes sur la bravoure, un taureau se définit comme brave quand il répond rapidement aux stimulations externes, mais pour cela il est nécessaire qu'il se trouve dans une situation appropriée pour attaquer, qui est généralement la séparation de ses congénères ou le manque de liberté. Bien que la charge puisse être d'abord la conséquence d'un instinct défensif ou de libération, elle devient rapidement une attaque décidée contre tout ce que le taureau considère comme une provocation.  (p.117)






lundi 8 janvier 2018

Antonio Purroy Comportement du taureau de combat


   Le Navarrais Antonio Purroy est bien connu des aficionados pour ses interventions en défense de la corrida ainsi que pour être l'organisateur, à Pampelune, des Jornadas sobre el toro de lidia y tauromaquia.
   Ce livre prend place dans la bibliothèque de l'aficionado à côté de celui écrit par Alvaro Domecq El toro bravo. Si Alvaro Domecq, en tant qu'éleveur s'attache plutôt à expliquer la conduite d'un élevage de toros en fonction des différents moments de l'année et des différents âges du bétail, ici Antonio Purroy, qui est ingénieur agronome et professeur à l'Université publique de Navarre, a pour objectif de décrire et de comprendre (autant que faire se peut) le comportement du bétail brave dans les élevages mais aussi durant son combat dans l'arène.
   Rien n'échappe aux analyses de l'auteur, aussi bien le comportement social (rapports hiérarchiques, sexualité, maternité) que physique (hygiène, nourriture) ou psychologique (bravoure, stress). Il attribue une importance particulière à cette notion de stress et c'est sans doute l'apport principal de son travail. Il semblerait que la capacité de chaque toro à s'adapter au stress pourrait être déterminante dans son comportement dans l'arène et pourrait même être une des causes de la faiblesse de pattes. Il consacre d'ailleurs un chapitre entier au manque de force. Il écarte la consanguinité comme cause de cette faiblesse, de même que l'excès de poids, mais pense que certaines gènes en relation avec la chute des toros pourraient s'être répandues dans les élevages qui n'écartent pas les vaches qui ont montré peu de force lors des tientas. D'après ses recherches et celles de ses collègues, le stress produit chez le toro lors de son entrée dans le ruedo et au début de sa lidia provoque, par réaction chimique, de graves problèmes musculaires qui peuvent expliquer l'apparition de la faiblesse de pattes. Cette faiblesse est largement aggravée chez les toros qui ont une carence nutritive en sélénium et en vitamine E, en revanche "seuls les animaux les plus braves et ayant le plus de caste seraient capable de répondre de façon adéquate à ce stress, évitant le syndrome des chutes dans une forte proportion. Il est probable que l'on éviterait un grand nombre de chutes en menant à bien une sélection génétique adéquate, en distribuant une alimentation complète, équilibrée et correspondant aux nécessités nutritionnelles de l'animal, à chaque moment de sa vie, et en établissant un programme d'entraînement physique et émotionnel qui améliorerait les conditions physiques et psychiques des toros au moment du combat. Ce qui commence à être communément accepté, c'est l'existence d'une relation directe et significative entre la perte de sauvagerie et de caste des animaux et leur manque de force".
   Un livre passionnant pour tous les aficionados (débutants aussi bien que chevronnés) et d'une utilité certaine pour les éleveurs de toros braves.

Antonio Purroy, Comportement du taureau de combat à l'élevage et dans l'arène, traduction de Marc Roumengou, Atlantica, 2014
L'édition originale en espagnol est parue en 2003, Universidad Pública de Navarra

vendredi 22 décembre 2017

Céret : expertise des cornes

   On sait l'ADAC, organisatrice des corridas cérétanes, irréprochable sur le plan de l'éthique taurine. Comme le font, sous l'égide de l'UVTF, les arènes de 1ère catégorie elle a fait analyser, comme chaque année, certaines cornes des toros combattus dans le ruedo catalan. Cette année ces analyses revêtaient une importance particulière en raison de la présentation scandaleuse des toros de Miura lidiés le 14 juillet dernier. Les organisateurs avaient d'ailleurs décidé de soumettre à l'analyse les cornes des six toros du lot au lieu de deux comme pratiqué habituellement. On trouvera l'ensemble des résultats sur leur site. Comme on pouvait s'y attendre la conclusion des vétérinaires, après la constatation de pertes de substance anormales pour 8 cornes sur 12, est la suivante : "Pour l'ensemble de la camada Miura, les valeurs trouvées sont en rapport avec une succession de traumatismes vraisemblablement d'origine naturelle, corrigés par des arreglados répétés ou non laissant les armures dans un triste état lors de la présentation en piste, les pertes repérées de tissu cornual fragilisant petit à petit la corne et la rapetissant par la même occasion." Le dossier a été transmis à l'UVTF pour une éventuelle sanction.
   Bravo en tout cas à l'ADAC pour cette transparence; on aimerait que, de son côté, l'UVTF publie les analyses effectuées sous son autorité comme elle le faisait il y a quelques années. Le droit à l'information est un des piliers de la démocratie.

                              photo adac


lundi 11 décembre 2017

Liste des films sur Manolete

   On a beaucoup évoqué la figure de Manolete tout au long de cette année 2017* qui marquait les cent ans de sa naissance et les soixante-dix ans de sa mort tragique à Linares.
   J'ai recensé les films qui, soit par la voie du documentaire, soit par celle de la fiction, traitent de la vie et du toreo du mythique Cordouan. On peut se procurer ou voir certains d'entre eux sur internet. Ils sont une excellente source pour mieux comprendre la personnalité du torero dans le ruedo et en dehors. Symbole malgré lui de l'Espagne franquiste de l'après-guerre civile, il noue des relations amicales avec les républicains exilés au Mexique. Dans un pays sous l'emprise toute-puissante d'une morale catholique des plus rigides il tombe amoureux fou, au grand dépit de sa mère qu'il adore, d'une actrice au passé trouble (mariée à un rouge!) et quasi sex-symbol. Sa tauromachie pleine de rigueur et de pundonor utilise un répertoire qui s'éloigne sensiblement des canons du classicisme et emprunte au toreo bouffe (manoletine, passes en regardant les gradins) qu'il transcende. On le voit, la vie de Manuel Rodriguez est un parfait enchevêtrement de contradictions, tragiquement dénoué par la corne d'Islero.

Documentaires
   •  Toros 
        de José María Aragay   10'   1944
 Entrevue avec Manolete dans la finca d'Alvaro Domecq

   •  Manolete, monstruo
        d' Alberto Santander   9'   1946
Chronique de la confirmation d'alternative du 9 décembre 1945 dans la plaza El Toreo à Mexico. Ces images célèbres seront reprises dans beaucoup de documentaires ultérieurs.

   •  Manolete en Barcelona
        de Madronita Andreu   7'   1947
Une cinéaste amateur filme en couleur depuis les gradins la dernière corrida de Manolete à Barcelone le 6 juillet 1947.

   •  Recuerdo a Manolete 
        de José Gan   18'   1951

   •  Death of Manolete
        de Raymond Rohauer   1957

   •  Toreros para la historia : Manolete
        de Fernando Achucarro   44'   1989
Sixième volet  de la fameuse série de Fernando Achucarro qui retrace, en films d'époque, l'histoire du toreo.

   •  Manolete, la légende
       de Emilio Maillé et Jacques Durand   52'   1997
Mêle habilement aspects purement taurins et vie privée

   •  Manolete : Medio siglo en el recuerdo
       de Fernando Fernandez Roman   1h 43'   1997
Ce documentaire très complet a été diffusé sur TVE1 le 28 août 1997 pour la commémoration des cinquante ans de sa mort; il utilise, entre autre, des entrevues qui avaient été réalisées 25 ans plus tôt.

   •  Manolete, un torero en guerre
       de Jacques Malaterre   26'   2016
Produit et diffusé par la chaîne de télévision Arte.

Fictions 
   •  Brindis a Manolete 
       de Florian Rey  avec Pedro Ortega   1h16   1948
Un mélange plutôt réussi de fiction, de documents d'archives, et de chants et danses.

   •  Manolete
       de Menno Meyjes   avec Adrien Brody et Penelope Cruz   1h32    2010



 A noter qu'en 1944, Abel Gance avait commencé à tourner avec Manolete pour un projet qui tourna court faute d'argent et dont il resterait 8 minutes de rushes.


Dessins animés
   •  Garabatos Manolete
       de Enrique Diban   8'   1945


* Dernièrement, la revue Toros a consacré un très intéressant numéro à Manolete (n°2061, 24 novembre 2017)

NB : Si vous avez connaissance d'autres film n'hésitez pas à me le faire savoir afin de compléter la liste.
   

mercredi 22 novembre 2017

Bilan 2017

   Ma corrida rêvée

                  6 toros de Victorino MARTIN 6
        Juan BAUTISTA - Paco UREÑA - Emilio DE JUSTO


   Cette temporada 2017 restera marquée par le drame qui vit, le 17 juin, dans les arènes de d'Aire-sur-l'Adour, le toro Provechito de Baltasar Iban mettre brutalement fin à la vie d'Ivan Fandiño. Ce fut un véritable traumatisme pour tous les aficionados, particulièrement dans le Sud-ouest où le maestro d'Orduña, par son comportement toujours admirable, avait emporté l'adhésion de tous.



   Quelle trajectoire extraordinaire que celle de Victorino Martin depuis le rachat en 1960 avec son frère Adolfo des reliques d'une ganaderia à l'origine prestigieuse mais qui n'était plus alors que l'ombre d'elle-même! Aujourd'hui Victorino fils se retrouve à la tête de l'élevage le plus régulier, le plus encasté et le mieux géré d'Espagne. On ne peut que souhaiter au fils d'être à la hauteur du père.
   Un fils qui est en train de se hausser au niveau de son père c'est Alvaro Domecq Romero dont les toros ont fait preuve au cours de cette temporada de la meilleure caste des Torrestrella des grandes années. Le retour de l'élevage au premier plan, s'il se confirme, serait une bonne nouvelle pour l'aficion.
   Du côté des toreros, les bonnes nouvelles c'est l'apparition ou la confirmation d'un nombre élevé de matadors dont la sincérité et l'entrega permet de donner de l'intérêt à de nombreux cartels. Derrière Paco Ureña et Emilio de Justo il faut citer Manolo Vanegas (d'une maitrise surprenante pour un toricantano), Tomas Campos, Octavio Chacon (remarquable à Vic et à Céret), Roman, Fortes, Alberto Lamelas, Javier Cortes, Thomas Joubert, Juan Leal (impressionnant devant les Miura de Bilbao), Gonzalo Caballero.
   Bien que la chose soit rare il arrive parfois que le rêve devienne réalité : c'est arrivé plusieurs fois cette année lorsque Juan Bautista a toréé. Pour les avoir vécues, je n'hésiterai pas à dire que les tardes de Mont de Marsan et de Logroño furent de celles où l'harmonie du toreo de l'Arlésien "a réjoui la face grave de la géométrie".

Bilan 2016


jeudi 9 novembre 2017

D'un beau film hongrois à la défense de la corrida



















   J'ai vu un très beau film, Corps et âme, réalisé par la Hongroise Ildiko Enyedi.
   Le cadre dans lequel évoluent les personnages est un abattoir. Comme dans tous les abattoirs de la planète on y tue des animaux destinés à être mangés, on les saigne, on les découpe. Ces derniers temps, une association animaliste française s'est spécialisée dans la divulgation d'images d'abattage qui ont fait le buzz sur internet avec la complicité de certains médias comme Le Monde dont le vide de la pensée en est arrivé au point de vouloir nous faire trouver la mort d'un animal plus scandaleuse que celle d'un homme. Le succès de leurs vidéos, dû à la complaisance morbide de scènes filmées illégalement, a surtout montré que ces images pouvaient attirer un grand nombre de regards pervers et malsains, obtenant ainsi un effet inverse à celui souhaité. Il n'en va pas tout à fait de même pour ce film qui se déroule dans un abattoir modèle dont le fonctionnement est filmé, dans le cours du récit, avec réalisme mais sobriété.
   Il n'empêche que tout cela n'a pas manqué de titiller en moi l'aficionado et de me rappeler le sort enviable du toro de combat, animal qui, avant de finir saigné, vidé de ses entrailles puis découpé en morceau afin de figurer dignement sur l'étal du boucher, aura connu, dans la nature, une vie libre et majestueuse - comme celle des cerfs également présents dans le film - et qui mourra en combattant et en défendant chèrement sa peau, suscitant l'admiration du public.
   Quelle différence avec ces animaux sans défense, le regard vide, soumis à leur destin, que l'on abat dans l'anonymat des abattoirs! Je ne vois aucun argument qui puisse s'opposer à la mort du toro dans l'arène quand des dizaines de milliers de bovins sont ainsi tués chaque jour de par le monde.
   Pour le toro de combat, l'arène est un abattoir de luxe qui vient conclure une vie de luxe comme aucun animal de boucherie n'en aura connue. Voilà qui me parait un argument des plus sérieux pour les défenseurs du monde animal que sont tous les aficionados, en particulier lorsqu'ils doivent défendre leur passion devant des citoyens lambdas, mangeurs de bifteck.


NB : En conséquence, toute image de toro qui, après la corrida passe entre les mains des bouchers est une image digne d'être divulguée, montrant ainsi la seconde utilité du toro, celle d'un animal destiné à finir dans l'assiette des braves gens.
Voir à ce sujet le texte Toros muertos paru récemment dans le blog Campos y Ruedo.
















La fin  heureuse du toro de combat

samedi 28 octobre 2017

Victorino après Victorino

   Le dimanche 12 septembre, quelques mois après la "corrida du siècle", dans les arènes de Dax, Ruiz Miguel et Nimeño II, en mano a mano, coupaient six oreilles à des toros de Victorino Martin fort peu piqués et dont au moins quatre d'entre eux offraient leurs oreilles à qui voulait les prendre. Ce lot aurait fait le régal de toutes les figures de l'époque. Je me souviens parfaitement être sorti des arènes avec un sentiment de malaise et  beaucoup de questions en tête tant la corrida réelle avait été différente de la corrida attendue. Cette course ne donnait-elle pas un avant goût de ce que pourraient devenir les victorinos dans le futur? Avec le recul, je me dis aujourd'hui que le malin Victorino savait , dès cette époque, ce qu'il possédait dans ses cercados. Il savait qu'il avait des toros terriblement puissants et dangereux mais qu'il avait aussi des toros d'une infinie noblesse. Et il ne s'était pas trompé en envoyant ces toros-là à Dax.
   Au cours des années qui suivirent, la ganaderia ne chercha pas à donner à ce filon une importance trop grande. Au contraire, elle devint une icône des ganaderias toristes, préférant asseoir son succès sur la présentation et la dureté de ses toros.
   Et, de fait, aujourd'hui encore, affronter les toros de Victorino Martin reste considéré pour un matador comme la marque d'une valeur plus grande et, si l'on est une figure, comme un geste. Pourtant, depuis quelque temps, les aficionados ont perçu une évolution des victorinos vers plus de douceur. Les grands tercios de pique sont de plus en plus rares, les traditionnelles alimañas - si elles existent toujours - sont elles aussi moins fréquentes. Certains lots, celui de Bilbao par exemple cette année, font preuve d'une faiblesse de patte inhabituelle dans l'élevage. Enfin des lots entiers se montrent d'une grande noblesse - celui de Logroño en septembre dernier par exemple. Je ne sais s'il faut y voir la marque de Victorino Martin fils qui, en raison de l'âge avancé de son père, a sans doute depuis quelques années déjà, pris les rênes de la ganaderia. Si c'est le cas, on peut craindre, maintenant qu'il a les mains totalement libres, une évolution encore plus marquée vers la production de toros de troisième tiers. Quand on voit le résultat catastrophique que cette recherche a donné chez Juan Pedro Domecq et autres Zalduendo (pour ne citer que deux des pires représentants de l'encaste domecq) on ne peut manquer d'être inquiet par une telle perspective.
   Toutefois une telle évolution constituerait un reniement de toute la philosophie de l'élevage voulue par son créateur Victorino Martin père, mais aussi une mise en cause de la réputation et de la  valeur commerciale qui en découle. L'intérêt bien compris des héritiers de Victorino Martin me parait donc être dans le maintien d'une ligne sérieuse voire dure (au moins partielle), sous peine de banalisation. C'est aussi l'intérêt des aficionados et, à l'heure de l'uniformisation de la corrida par la prolifération du sang domecq, l'intérêt de la tauromachie tout entière.




samedi 14 octobre 2017

Mes premiers victorinos, en guise d'hommage à Victorino Martin

   Victorino Martin, mort le 3 octobre dernier, dans sa ganaderia, à 88 ans, a été un immense ganadero. Depuis un demi-siècle, ses toros n'ont cessé de le prouver sur le sable des ruedos espagnols et français. L'hommage que je lui rendrai se fera donc à travers ses toros par l'évocation de mes premiers victorinos.

   C'est à Mont de Marsan en 1976, pour la première corrida des fêtes de la Madeleine que je découvris les toros de Victorino Martin. Ils faisaient leur présentation au Plumaçon; ils y connurent quelques lustres plus tard des tardes mémorables au point que, dans les années 90,la corrida phare de la feria, celle que tout le monde voulait voir (et qui bien souvent sauvait la feria de l'indigence) était celle de Victorino. De ce jour de présentation ce qui m'est resté en mémoire, outre la caste vive des toros, ce sont des couleurs. Le gris des toros bien sûr, mais aussi le gris verdâtre du visage décomposé d'Antonio José Galan qui connut, ce jour-là, une débâcle monumentale.

   Deux ans plus tard, en 1978, sur le sable gris de la plaza de Bilbao, les six magnifiques exemplaires de Victorino firent preuve d'une telle caste et d'un tel sentido que, durant deux heures et demi, l'intensité dramatique de la corrida fut portée à son comble. Manolo Cortes, Ruiz Miguel et Frascuelo firent front avec courage, ils s'en tirèrent avec les honneurs ... et indemnes. Le lendemain, dans la presse, Victorino disait de sa corrida qu'elle avait été une des plus difficiles qu'il ait jamais fait lidier.
  En 1980, toujours à Bilbao, la corrida portant le fer d'Albaserrada fut à nouveau de celles qui restent dans les mémoires. Ce jour-là, aux cinquième et sixième toros eurent lieu deux évènements qui sont, me semble-t-il, le témoignage parfait de ce qui constitue la richesse de l'élevage de Victorino Martin. Le cinquième toro fait preuve d'une grande noblesse, sa charge codiciosa, franche et claire est de celles qui permettent les grandes faenas. Et, de fait, Ruiz Miguel va le toréer supérieurement. Je me souviens des splendides séries de naturelles liées, templées, profondes que donnera le Gaditano. Cette faena fait partie encore à ce jour des plus belles que j'ai vues. Conscient de son grand œuvre il veut le parachever par un recibir mais il échoue et ne recevra qu'une seule oreille. Le sixième toro ne sera pas du même bois. Il coupe le terrain à la cape, est durement châtié aux piques, coupe le terrain aux banderilles où il met en difficulté la cuadrilla, coupe le terrain  et tire un derrote dès la première passe de muleta prudente que lui donne Currillo. C'en est trop pour le torerito qui avait déjà été mis en échec par son premier adversaire. Quelque chose d'irrépressible en lui dit "non", quelque chose de plus profond que la peur d'un instant : un effondrement de tout son être, signant définitivement l'échec d'une carrière qui n'a pas été ce qu'elle promettait d'être. Dès lors, Currillo, livide, n'a plus comme solution que de se réfugier derrière le premier burladero qui s'offre à lui, en l'occurrence celui du soleil, et d'attendre que sonnent les trois avis libérateurs. Pour les spectateurs le moment est pathétique. L'histoire retiendra de cette journée la déroute d'un torero modeste face à un victorino d'épouvante.

   1982 enfin, une année clé pour Victorino Martin, celle où, à la faveur de la corrida isidril du 1er juin, la fameuse corrida du siècle, il deviendra célèbre dans l'Espagne entière. (Il lui faudra toutefois encore attendre quelques années avant que l'Andalousie - et particulièrement Séville - le reconnaisse vraiment.) Je n'ai pas eu la chance d'assister à cette corrida mais, par bonheur, elle était télévisée et, très vite, des vidéos ont circulé dans l'aficion. Si l'on ne doit posséder qu'une seule corrida complète dans sa vidéothèque je pense que c'est celle-là. Ce jour-là, trois des six toros (les 1, 2 et 4) accomplirent de grands tercios de varas, prenant chacun trois piques avec une bravoure et un poder extraordinaires. Ces trois toros ont placé la barre très haut et restent à ce jour des "mètres étalons" de ce que peut être la bravoure d'un toro de Victorino. Deux (le 1 et le 5) furent également d'une grande noblesse, le cinquième faisant même preuve d'une charge pastueña, à la manière des saltillos mexicains. A nouveau était mise en évidence la coexistence dans l'élevage de toros d'un grande âpreté et d'autres d'une grande noblesse.
   Au delà de cette dichotomie, un dénominateur commun me parait caractériser le toro de Victorino, c'est la codicia. Cette soif, ce désir véhément d'attraper, de se rendre maitre de la situation font d'eux des combattants redoutables, mais aussi, si le torero possède la technique et le courage nécessaires permettent les triomphes les plus retentissants.

   La grande réussite de Victorino est d'être parvenu à créer ce qu'il disait qu'il voulait créer : un toro encasté qui apporte à la fiesta de los toros la vérité qui lui manque trop souvent. Qu'ils soient durs, intraitables où bien francs voire pastueños, les toros du sorcier de Galapagar sont quasiment tous des toros de caste, des toros avec de la "personnalité". Ils transmettent de l'émotion et tolèrent mal les erreurs ou approximations des toreros.
   Son autre grande réussite est d'avoir mené sa ganaderia pendant quarante ans en maintenant un même niveau de qualité. La comparaison est cruelle avec les autres ganaderos.
   Pour tout cela, pour toutes les joies que vous avez procurées à l'aficion, Merci Monsieur Victorino.
















Victorino Martin Plumaçon 2014 (photo Laurent Bernède)

lundi 2 octobre 2017

6 + 2 +1

   Six pour Emilio de Justo, deux pour Manolo Vanegas, c'est le modeste nombre de corridas qu'avaient toréées les deux matadors avant la corrida montoise de Victorino Martin le 30 septembre. Et pourtant, tous deux sont apparus sur le sable du  Plumaçon comme pourvus des qualités essentielles que se doivent de posséder les meilleurs toreros, ceux qui sont sensés toréer le plus de courses : courage, sincérité, capacité à dominer leurs adversaires, art. Pour moi, deux des meilleurs toreros vus au cours de cette temporada. Il reste à espérer que le petit monde médiocre et abondamment pourvu d'œillères des organisateurs de corrida saura, lors de la temporada prochaine, donner leur chance à Emilio de Justo et Manolo Vanegas comme ont su le faire certaines arènes du Sud-Ouest de la France cette année.
   Pour le local Mathieu Guillon "El Monteño" (une corrida), il y avait sans doute en cet après-midi un enjeu plus personnel. Il s'agissait d'effacer le souvenir de son alternative malheureuse d'il y a cinq ans et de prouver, à lui- même comme au public, qu'il était capable de tuer dignement deux toros, de Victorino Martin qui plus est. Sa prestation face au deuxième, un animal à la charge franche et vive sur les deux cornes, raviva les craintes. Le Montois ne put rester quieto et laissa passer le toro sans le toréer. Mais tout changea face au cinquième, le plus brave de la tarde au cheval puis de charge courte. Mathieu aborda son adversaire avec plus d'assurance, réussit à lui donner plusieurs séries de derechazos honorables et enfin le tua d'une excellente estocade. Au final donc une prestation digne.
  Même lorsque, comme ce jour, ils ne sont que moyens (au physique comme au moral), les toros de Victorino restent des plus intéressants. Avec cette capacité à délivrer un mauvais coup à la première occasion mais aussi à aller a mas lorsqu'ils sont bien toréés.
   Matemáticas, le dernier de la soirée, un toro avisé, était tout indiqué pour rendre hommage au dueño Victorino Martín Andrés qui lutte en ses derniers moments de vie, accroché à sa terre, comme ont toujours lutté les bons victorinos à l'instant fatal.

mardi 26 septembre 2017

Logroño



























Samedi 23 septembre 2017   Plaza de toros couverte La Ribera   Logroño (La Rioja)
beau temps
demi-arène

6 toros de Victorino Martin, braves et nobles (12 piques, vuelta à Verdadero, le second) pour Curro Díaz (une oreille, silence), Juan Bautista (deux oreilles, une oreille) et Roman (silence, applaudissements)

Remarquablement présentés (tous furent applaudis à leur sortie), sans un atome de graisse, aux armures offensives mais harmonieuses, les toros de Victorino Martin ont permis à la feria de San Mateo de se terminer par une tarde triomphale. Ce fut, à la vérité, un lot de Victorino que l'on pourrait qualifier de moderne. C'est à dire d'une bravoure discrète au cheval et d'un comportement avenant à la muleta. Tous, à des degrés divers, permettaient  en effet de construire des faenas de qualité. La palme dans ce domaine revint à Verdadero, le second, dont la charge franche et inépuisable sur les deux axes toucha le public au point que (comme souvent en pareil cas) celui-ci  demanda l'indulto. Un président con criterio ramena le tout à son juste prix : une vuelta al ruedo.
Mais le véritable triomphateur de l'après-midi fut un torero. Un torero qui vit actuellement une période de plénitude torera. Tout ce que fit aujourd'hui Juan Bautista sur le sable de la plaza de Logroño, que ce soit à la cape, à la muleta ou épée en main fut marqué sous le sceau de la classe, de la sincérité mais aussi de l'efficacité lidiadora. Parmi tant d'excellence, je mettrai en exergue ses mises en suerte au cheval, remarquables de variété, de précision, d'art.
Curro Díaz donna au premier toro une faena belle et concise, parfaitement adaptée à son adversaire. Une oreille après une entière desprendida.
Roman, qui ne tuait que sa deuxième corrida de Victorino, eut en outre le désavantage de passer après Juan Bautista. Malgré ses efforts il eut du mal à trouver la bonne distance et le bon rythme face à deux adversaires de qualité, en particulier le sixième, le plus encasté du lot.

mercredi 20 septembre 2017

Ramuntcho


   Il y a chez les écarteurs gascons comme chez les matadors de toros des toreros de classe. Christian Vis "Ramuntcho" en faisait partie. Si, des courses landaises de mon enfance dans les arènes de Saintgor où les frères Vis étaient toujours présents, je me souviens surtout de Guillaume, le cadet, plus spectaculaire et plus controversé, c'est en 1976, quelques années plus tard, lors de sa victoire au concours landais de la Madeleine, que je découvris vraiment l'art de Ramuntcho. Ce jour-là, la beauté profonde des écarts de l'aîné des frères gitans me fit sentir à quel point la tauromachie landaise pouvait être parfois, au même titre que l'espagnole, une discipline capable d'atteindre une réelle dimension artistique. Lorsqu'il m'arrivait par hasard d'apercevoir Ramuntcho, maigre comme un loup qui a refusé de porter le collier, autour d'une arène, je repensais toujours à sa superbe sur le sable du Plumaçon. Qu'il repose en paix.

NB   Un livre lui avait été consacré il y a quelques années :
Maurice Violet, Ramuntcho, prince des écarteurs, 1994


dimanche 17 septembre 2017

Retour heureux de Fernando Cruz

   La plaza de toros de Casarrubios del Monte (Toledo) n'est pas de celles qui créent l'événement. Et ce qui s'y passe n'a pas vocation à rester dans les annales de la tauromachie. Mais pour ceux qui aiment le toreo de Fernando Cruz ce samedi 16 septembre 2017 n'était pas un jour comme les autres : après quatre années sin torear, à Casarrubios del Monte (Toledo), Fernando Cruz a toréé et tué deux toros.
   Grâce à la télévision de Castilla La Mancha on pouvait suivre la corrida sur son petit écran.
   La vérité oblige à dire que tout a commencé médiocrement. Caramesino de Los Eulogios est un toro d'apparence discrète mais qui peut se facher lorsque, par exemple, il poursuit les banderilleros jusqu'aux planches. Hormis deux véroniques et deux derechazos, Fernando se montre desconfiado et en termine d'une affreuse estocade atravesada.
   Tout va changer à la sortie de Noticioso, un toro basto, distrait, sin fijeza de Daniel Ramos. Le toro a néanmoins montré qu'il possède un fond de caste en se précipitant sur le piquero dès qu'il l'a aperçu. Fernando l'entreprend avec décision et la faena connaitra d'excellents moments. Derechazos, remates par naturelles et pecho, ayudados por bajo sont empreints de classe et de naturel. Le public chante ses olés, le visage du torero s'ouvre, il sourit et finit très ému lorsqu'il regagne les barrières, sous l'ovation, après une estocade desprendida.
   Fernando s'est senti torero, il est heureux et nous aussi.




 

jeudi 31 août 2017

Damaso Gonzalez




    Lorsque je pense à Damaso Gonzalez deux images me viennent à l'esprit. Son beau visage buriné d'Espagnol humble et modeste. De ceux qui ont souffert mais auxquels le courage et l'opiniatreté ont permis de surmonter les épreuves. Je vois ensuite la frêle silhouette du torero face à un toro, un toro plus grand que lui sans que cela ne semble l'émouvoir. Tout Damaso est là. Sa grandeur face à l'adversité. Sa rugueuse beauté sans afféterie.
   Dès le début des années soixante-dix, notamment grâce à ses importants triomphes en 1970 et 1971 à Bilbao, Damaso deviendra une figure. Son aspect malingre, son toreo qui mêlait classicisme et tremendisme (dans la lignée des toreros d'Albacete tels Chicuelo II et Pedres) le firent comparer à Juan Belmonte. Il forma alors une pareja avec Paquirri et leur tâche ne fut pas simple de succéder aux grands maestros des décennies précédentes et de s'adapter au retour du toro de quatre ans à partir de 1973.
   Damaso appartient à la catégorie des toreros qui cherchent à reproduire la même faena à chaque toro. Le toro commercial de cette époque étant tout aussi médiocre que celui d'aujourd'hui, sa tauromachie finit par ennuyer. Il eut alors l'intelligence de toréer les élevages plus difficiles. Et, ce qu'il faisait aux toros commerciaux, il fut capable de le faire à tous les toros. Sa carrière s'en trouva relancée et il y gagna l'estime des aficionados. Puis une autre grâce lui tomba dessus : son toreo basé sur l'aguante, le temple, l'encimisme fut considéré comme un chaînon important qui mène, dans l'évolution de la tauromachie, de Juan Belmonte à Paco Ojeda. Son aura s'en trouva confortée.
   En cherchant dans mes souvenirs (et donc dans mes archives) je m'aperçois que j'ai vu toréer Damaso essentiellement devant des Miura et des Pablo Romero. C'est à Logroño, en 1986, dans les vieilles arènes aujourd'hui disparues, face à des toros de Pablo Romero que je l'ai vu donner sa pleine mesure. Quel temple prodigieux! Quelle aisance pour dominer ces pablorromeros nobles mais imposants! De cette journée je me souviens aussi du sourire radieux de Jaime de Pablo Romero félicité dans la rue en fin de course par des aficionados pour l'excellent jeu de ses toros. Il ne savait pas que cette course était en fait leur chant du cygne. Aujourd'hui les Pablo Romero ne sont qu'un souvenir qui, parfois, resurgit chez Partido de Resina, et Damaso Gonzalez est mort.















Face à un Miura à Bilbao (photo Chapestro)