lundi 15 juin 2026

Le temple

 Afin de lui donner une unité de lecture, je mets en ligne la totalité du texte paru en cinq épisodes durant ces derniers mois.

 Voici une étude sur le temple. Bien sûr le sujet est un peu rebattu, mais il est riche de nombreuses réflexions  qui ne sont jamais sans rapport avec la conception que l'on se fait de la tauromachie. À travers les écrits de plusieurs auteurs taurins ainsi que les propos de certains toreros, il s'agira de tenter de définir et d'approfondir ce concept de temple en prenant en compte la diversité des approches.
   
   Le nom temple et le verbe templar sont d'une utilisation assez récente dans l'histoire de la tauromachie. Ils sont absent de toute la littérature taurine antérieure au XXe siècle. Ni Pepe Hillo dans sa Tauromaquia (1796), ni Paquiro dans sa Tauromaquia completa (1836) ne les utilisent. Pas plus que Sanchez de Neira ne les mentionne dans son Diccionario tauromáquico de 1879. À ce stade, je me dis que je pourrais peut-être piocher quelque information du côté de l'intelligence artificielle. Et là, je suis estomaqué. En moins de dix secondes l'IA que je consulte (gratuite, donc la plus simple qui soit) me donne toutes les informations dont elle dispose, parfaitement classées et explicitées, sur les premières apparitions du mot temple dans le vocabulaire taurin. Léger vertige : j'essaie de penser aux conséquences positives et négatives pour nous les humains de la puissance de cette chose. Mais le lendemain à la question posée un peu différemment, la machine me donne une réponse sensiblement différente. Me voilà à la fois consterné et rassuré : la machine n'est pas fiable; elle a, comme nous, sa vérité du moment.
   
   En 1908, dans Teoría del toreo, Amos Salvador, sans utiliser le mot temple, souligne la nécessité pour toréer d'adapter la vitesse du leurre à celle de la charge du toro. Deux ans plus tard, en 1910, Ricardo Torres "Bombita", dans Intimidas taurinas y el arte de torear, emploie pour la première fois semble-t-il le verbe templar dans le sens technique actuel.
 
   "Yo, aficionado, me fijería más en el terreno que pisase el diestro, en que éste citase con pierna contraria, templase con la muleta, recogiera con los vuelos y sin moverse estuviera preparado para el otro pase."
  " Moi, en tant qu'aficionado, je prêterais davantage attention au terrain que le torero occupe, au fait qu'il cite avec la jambe contraire, qu'il temple avec la muleta, qu'il recueille la charge avec les vuelos et sans bouger soit prêt pour la passe suivante."
 
   Etonnante et admirable définition du toreo classique, toujours en vigueur plus d'un siècle après ! Mais qui ne semble pas avoir été partagée en 1910 puisque le maestro continue : "Pero al fin estos no son mas que criterios míos, y conozco que no es fácil llevar mi convicción al público."
  '' Mais en fin de compte ce ne sont que mes propres critères, et je reconnais qu'il n'est pas facile de faire partager mes convictions au public." 
 
   Théoriser est une chose, mettre en pratique en est une autre. Or il se trouve qu'en 1913 un certain Juan Belmonte est intronisé matador de toros, il sera le premier à réussir à templer les toros de manière fréquente, dès lors la notion de temple prendra de plus en plus d'importance pour les toreros, le public et la critique. Gregorio Corrochano sera le premier à théoriser clairement le temple comme concept technique mais aussi esthétique. ¿Que es torear? publié en 1953 pour la première fois est l'aboutissement d'une réflexion entamée dès les années 10 sous l'influence de la tauromachie de Juan Belmonte. 
 
   "Temple es un vocable preciso que pone de acuerdo sonidos, instintos y movimientos. Se templan las cuerdas de una guitarra para buscar la armonía; se temple el toreo, esto es, se busca la harmonía del movimiento del toro que acomete y del movimiento del torero que torea; se temple el instinto con el instinto; para torear hace falta temple. [...] Templado no es igual a lento, aunque alguna vez, para templar a un toro muy lento, se le haya toreado con lentitud. El temple depende del toro. [...] Si se lleva el instrumento del toreo a más velocidad del temple del toro, éste puede llegar a perder o variar el objeto de su codicia, modificar la acometida, destorearse si iba toreado, y hasta rematar en el bulto. Lo menos que puede acontecer es que la suerte se malogre, no se remate y, por lo tanto, no se ligue el toreo. Si se torea con lentitud, si se lleva el instrumento de toreo a menos velocidad del temple del toro, éste derrota en el trapo donde le alcance, y allí termine la suerte, que no es donde se debe terminar, sino antes. [...] Ni con más rapidez, ni con mas lentitud : con temple. Que una vez podrá parecer rápido, si es rápido y fuerte el toro en acometer, y otra vez parecerá lento, muy lento, si el toro tiene poca codicia, poca fuerza y pocas ganas de pelea. Esto es el temple en el toreo. Hay una palabra en el campo andaluz, tan expresiva, acompasada y musical, que ajusta el toreo y el temple en una misma definición : torear al son del toro. Torear a son, a compás, llevar el son con ritmo musical; eso es temple y eso es torear."
 
   "Temple est un mot précis qui met en accord sonorités, instincts et mouvements. On accorde [se templa] les cordes d'une guitare pour chercher l'harmonie; on accorde [se templa] le toreo, autrement dit, on recherche l'harmonie entre le mouvement du toro qui charge et le mouvement du torero qui torée; on harmonise deux instincts; pour toréer le temple est nécessaire. [...] Templé n'est pas synonyme de lent, bien que parfois, pour templer un toro très lent on l'aura toréé avec lenteur. Le temple dépend du toro. [...] Si l'on déplace le leurre plus vite que le rythme du toro, celui-ci peut en arriver à perdre ou changer l'objet de sa convoitise, à modifier la charge, à ne plus être toréé s'il l'était, et jusqu'à attraper le corps. Le moins qu'il peut arriver est que la passe se rompe, ne se termine pas et, par conséquent, le toreo ne soit pas lié. Si l'on torée avec lenteur, si l'on déplace le leurre moins vite que le rythme du toro, celui-ci derrote sur le leurre, l'atteint, et ainsi se termine la passe avant sa conclusion normale. [...] Ni trop rapide, ni trop lent : avec temple. Parfois cela pourra paraître rapide, si le toro est rapide et fort dans sa charge, une autre fois cela paraîtra lent, très lent, si le toro possède peu d'envie, peu de force, peu de désir de combattre. C'est cela le temple dans le toreo. Il y a un mot dans la campagne andalouse, si expressif, cadencé et musical qui ajuste le toreo et le temple en une même définition : toréer ''al son'' du toro. Toréer au son, en mesure [a compas], porter le son avec un rythme musical; c'est cela le temple et c'est cela toréer."
 
 
     Ce qui renforce l'intérêt de cette définition devenue classique  c'est que Corrochano ne se contente pas de l'aspect purement matériel, physique de l'action de templar mais qu'il parle aussi d'instinct, d'harmonie, de rythme musical, de torear al son, al compas. Il ouvre ainsi de vastes horizons au toreo, qui vont bien au delà de l'aspect métronomique à quoi pourrait se réduire une définition trop mathématique du temple. 
 
 
 
  
 On peut penser qu'il est  par définition impossible de rendre compte par un instantané d'une notion qui concerne le temps, la       durée. Mais, comme tout art, la photographie, possède ses mystères. 
 

 
   Le concept de temple soulève plusieurs questions. Templer, est-ce, comme le défend Corrochano, s'adapter parfaitement au rythme du toro, que celui-ci soit rapide ou lent ? Ou  bien est-ce réussir à ralentir la vitesse de charge du toro ? Ou peut-être pouvoir  simplement donner l'impression que l'on ralentit cette charge ? Sans oublier le cas particulier et inverse où le torero va quasiment accélérer la charge du toro en obligeant un animal rétif ou statique à charger le leurre et à y prendre goût. 
 
Templer c'est toréer au même rythme que le toro 
 
   Pour Cossío comme pour Corrochano, templer c'est s'adapter parfaitement à la vitesse du toro. 
 
   "El temple había sido condición de todos los buenos toreros, y se ha considerado como introductor de ella a Belmonte. El aficionado suele confundir el temple con la lentitud y es preciso aclarar este término. Templar no es sino adecuar la marcha y velocidad de la muleta a la embestida del toro. Creo que desde que se inventara el toreo no se ha podido torear bien de otra manera, y me parece temerario sostener que hasta Belmonte nadie había toreado bien.  [...]  Con mucha gracia e ingenio, el propio diestro, a alguien que le habló del temple como lentitud en el correr la mano, hubo de decirle : ''Es possible que fuera así; pero yo creo que se empezó a hablar del temple el año de la glosopeda.'' La humorada encerraba una grave lección." 
 
   ''Le temple avait été la qualité de tous les bons toreros, et on a considéré Belmonte comme en étant l'introducteur. L'aficionado a l'habitude de confondre le temple avec la lenteur, il est donc nécessaire d'éclaircir ce terme. Templer n'est rien d'autre qu'adapter la marche et la vitesse de la muleta à la charge du toro. Je crois que depuis que l'on a inventé le toreo il n'a pas été possible de bien toréer d'une autre manière et il me paraît téméraire de soutenir que jusqu'à Belmonte personne n'avait bien toréé.  [...]  Avec beaucoup d'humour et d'esprit, le propre diestro, à quelqu'un qui lui parlait de temple en tant que lenteur dans la manière de courir la main, dut lui dire : "Il est possible que cela ait été ainsi, mais moi je crois que l'on a commencé à parler de temple l'année de la fièvre aphteuse." 
 
   On notera l'hommage rendu par Cossío aux grands toreros de l'ère pré-belmontine en soulignant que le sens du temple, que l'on n'a conceptualisé qu'à partir de Juan Belmonte, était nécessairement une qualité que possédaient les meilleurs toreros à toutes les époques de la tauromachie. On notera aussi l'ironie du Trianero; une manière de dire : non je ne pense pas avoir ralenti la vitesse de charge de mes adversaires, mais si ça vous fait plaisir de le croire ...
 
 
   En parfaite adéquation avec ses positions toristes, Jean Pierre Darracq "El Tio Pepe" ne pense pas non plus que l'on puisse ralentir la charge du toro. Dominer le toro oui, mais le dresser comme on le ferait d'un animal domestique, non !
 
   ''Public d'ailleurs circonvenu par une fausse conception du temple, associé à l'idée de lenteur alors que sa signification correcte est celle de l'ajustement de la cadence du leurre à la vitesse d'attaque de l'animal. Mais c'est le toro qui décide, si j'ose dire, non l'homme. Quand l'embestida est elle-même templada, la passe le sera également, pourvu que l'exécutant soit un garçon doué. Au contraire, chaque fois qu'un torero prétend imposer un rythme à la charge du toro il se fait désarmer : capes déchirées, arrachées ; muletas envolées ; piètre résultat !" (Genèse de la corrida moderne) 
 
 
Un qui lui non plus ne croit pas le moins du monde à la possibilité de ralentir la charge du toro c'est Paco Camino. Dans ses propos recueillis par François Zumbiehl (Le discours de la corrida) il ne mâche pas ses mots.
 
   ''À mon avis, toutes les belles théories sur le temple sont une fumisterie.  [...]   Je voudrais bien savoir comment on peut templer un taureau ou une vache qui surgissent à toute allure ; ils arracheraient la cape. Il ne s'agit pas d'autre chose que de savoir s'adapter à la charge de la bête ; il est impossible de créer ou d'imposer le ralenti. Évidemment, si on a affaire à une mule qui fait deux mètres en une demi-minute, la passe va durer le même temps.''
 
   Et pourtant, je garde précieusement en mémoire les chicuelinas qu'il donna à Las Ventas en 1977 à un toro de Baltasar Iban. Par la vertu de la grâce et du temple, il transmuta ce jour-là cette passe qui peut être si vulgaire en or pur. Parfaite adaptation au rythme du toro ? ralentissement de sa charge ? ou simple impression de la ralentir ?
 
Ralentir
 
   Si le mot templar signifie en espagnol accorder, harmoniser (templar una guitarra), il signifie avant tout modérer, adoucir, tempérer. Il faut donc bien convenir qu'il y a dans cette notion de temple en tauromachie une idée qui va plus loin que celle de s'accorder et qui est de transformer la charge du toro de façon à la rendre moins brusque, moins rapide. 
   Ainsi le dit Auguste Laffront "Paco Tolosa" dans La corrida, tragédie et art plastique :
 
'' "Templar", c'était, à l'origine, déplacer l'étoffe dans une cadence adaptée à la vitesse du taureau et maintenir le leurre, cape ou muleta, à une distance toujours égale du début à la fin de la manœuvre. Depuis Belmonte, "templar" marque une idée de lenteur et signifie modérer, freiner, ralentir la course de la bête, l'obliger à régler son allure sur les mouvements du leurre, de façon que celui-ci puisse être mû avec le maximum de lenteur et de suavité possibles."
 
   De même qu'André Viard dans Comprendre la corrida, un matador explique :
 
'' Cette faculté à épouser le rythme du toro puis, à l'intérieur de l'équilibre obtenu, à régler la vitesse de sa charge en la ralentissant a pour nom le temple (du latin temperare,tempérer).
"S'il parvient à templar sa charge, le torero va transformer l'élan brusque, rectiligne et impulsif du toro en une embestida mesurée, courbe et prolongée."
 
 Pour François Coupry (Torero d'or) c'est la relation quasiment magique qui s'établit entre torero et toro qui ouvre la voie du temple comme ralentissement de la charge. Une forme d'hypnose voire de tendresse.
 
"Cette magie est commune à tout temple de tout torero - à partir d'un certain moment si le temple se déroule précis, si la muleta demeure toujours à la même exacte distance des cornes du taureau, elle imposera son rythme, sans subir celui du taureau. [...]
"Là, dans ce sens suprême du temple, il s'agit, avec un taureau complètement hypnotisé, avec un taureau en parfait accord avec le torero, de freiner, adoucir, murmurer sa charge. Là, vraiment pour le spectateur se vivra la plus totale affection, entre un taureau et un torero. La douceur. Cette tendresse. Plus question alors - par cet extraordinaire retournement - pour le taureau de vouloir tuer ; mais, au contraire, de ne plus vouloir attraper la muleta, de ralentir, lui, quand elle ralentit, elle ! Alors, oui, vient l'impossible. La tendresse entre un homme et un taureau." 
 

 
  Discours de même teneur chez Pepe Luis Vazquez (F. Zumbiehl, Des taureaux dans la tête), le grand artiste sévillan de l'après-guerre civile, pour lequel la relation qui se noue entre l'homme et l'animal permet au temple d'advenir :
 
" Au début, c'est le taureau qui indique à l'homme la vitesse adéquate. Mais peu à peu ce dernier, s'il est bon, parvient à ralentir cette vitesse et à l'accorder avec lui-même. Là est toute l'intelligence, la science, et l'histoire de la tauromachie. 
" Le temple est une question d'intuition. Cela vient moins de la tête que du cœur, du sentiment. On est d'abord sur ses gardes, un peu crispé, et on essaie de mettre le taureau à la bonne cadence. Quand on y est arrivé, on se relâche, et la bête est tellement en harmonie avec l'homme, qu'il semble que celui-ci lui inculque son propre relâchement. Elle prend un autre rythme et épouse le temple. C'est une chose voluptueuse. C'est comme si on était avec une personne anxieuse et agressive, et qu'on lui montrait ou lui disait quelque chose qui l'apaise."  
 
 

 
S'il y a dans le temple de la magie, de la volupté, de l'envoûtement, on peut se demander si le ralentissement du toro est bien réel ou s'il ne s'agit que d'une impression - ce fameux temps suspendu -, l'envoûtement opérant aussi sur le public. Ce qui est certain c'est que ces moments sont rares et fragiles voire miraculeux, comme nous le dit si bien Pedro Cordoba (La corrida) : 
 
''Le temple consiste à synchroniser le déplacement de la muleta et la charge du taureau, de telle sorte que la violence de l'animal soit comme absorbée par le leurre, envoûtée par sa lenteur. Il faut pour cela trouver la ''bonne distance'', être mû par les mêmes rythmes. On a alors l'impression d'un temps suspendu, d'une euphorie qui se poursuit jusqu'à l'insoutenable, d'un prolongement miraculeux de l'éphémère, d'un luxe pensif. De tels moment de grâce sont, comme tout miracle, extrêmement rares : on peut assister à des dizaines de corridas et en rester au pressentiment de ce qui aurait pu être et n'a pas été.'' 
 
Technique du temple
 
   Si le temple est affaire d'esprit voire de sortilège, il requiert aussi pour advenir l'utilisation par le torero de stratégies, de technique.
   Cossío note que la plus grande longueur des passes données par Juan Belmonte a contribué à répandre dans le public cette impression de lenteur : 
 
''El leve espejismo del público que tal pensaba consistía en que hasta Belmonte nunca se había dado el pase tan largo como él logró darlo, y el ver el toro embebida en el engaño mas tiempo se confundía con la velocidad con que se verificaba el lance, pues, efectivamente, duraba más tiempo que en el sistema habitual hasta entonces, pero por no ser más lento, sino por ser más largo.''
 
''La légère illusion répandue dans le public reposait sur le fait que jusqu'à Belmonte personne n'avait donné de passe aussi longue que lui, et voir le toro absorbé dans le leurre aussi longtemps était confondu avec la vitesse à laquelle se déroulait la passe, car, effectivement, elle durait plus longtemps que dans la manière de toréer habituelle jusqu'alors, mais non pour être plus lente sinon pour être plus longue.''
 
 
   Mais le stratagème le plus répandu consiste à faire baisser la tête du toro lorsqu'il charge. Ainsi nous l'explique Claude Popelin dans Le taureau et son combat :
 
''Le torero, doué de temple, donne l'impression littérale de ralentir, à sa volonté, l'impétuosité du taureau. A cette fin, il use parfois d'un stratagème : baisser la main qui tient l'étoffe au moment où l'animal engage la tête dans celle-ci. Le taureau, par le seul fait de la position qu'il prend pour suivre le leurre, le mufle au ras du sol, freine naturellement sa charge. C'est un résultat difficile à atteindre avec les bêtes qui tiennent la tête haute et refusent de la baisser. Aussi sont-elles toujours pour l'homme des adversaires difficiles.''
 
 
   Stratagème que détaille François Coupry, conjuguant le fait de maintenir la tête baissée du toro le plus longtemps possible tout en déviant sa charge en toréant sur une ligne incurvée, ce qui permet d'unir les notions complémentaires de temple et de mando, expression maximale de la domination du torero sur le toro. 
 
"Templer, c'est étirer au maximum le moment de la charge où le taureau garde la tête baissée. [...] à chaque millimètre le taureau demande : je peux frapper ? à chaque millimètre le torero répond : plus tard ; à chaque millimètre le taureau répond : je vais frapper, maintenant ; à chaque millimètre le torero demande : attends encore un millimètre. Mandar signifie aussi conduire. Et le torero a conduit le taureau, d'abord dans l'espace en le déviant de sa route ordinaire ; ensuite dans le temps, en retardant le coup de corne tueur, en le reconduisant à chaque dixième de seconde ; enfin, de nouveau dans l'espace, il le retournera." 
 
 

 
 
   Ce que Gregorio Corrochano résume en une phrase : 
 
''En conservar las distancias está, precisamente, el secreto del temple." 
 
   Et Domingo Ortega de manière plus imagée:
 
"Cuando se templa, el toro parece ir cosido a la muleta." 
 
C'est exactement l'impression que j'eus lors de la fabuleuse faena  madrilène de Luis de Pauloba en 1995. Et à ce moment-là nous étions 24 000 âmes à le vivre comme un moment d'éternité.
 
 


Conclure ?
 
   Le moment est venu de conclure. Nous avons soulevé les grandes questions que pose le temple : est-il accord avec la charge du toro ou bien ralentissement (ou impression de ralentissement) de celle-ci ? Qui décide ? qui impose son rythme : le toro ou le torero ? Nous avons, pour tenter d'y répondre cherché l'aide d'écrivains taurins, de revisteros, de toreros. À chacun de se forger une opinion en fonction de ses observations, de sa conception de l'art taurin.
   Jean Marie Magnan, dans son ouvrage Corrida-spectacle, corrida-passion réussit avec finesse à rendre parfaitement cohérents les divers points de vue sur le temple :
 
''Cape et muleta deviennent l'unique horizon du taureau et qui ne quittent pas son regard. Comment le fauve pourrait-il se dérober à ce qui se déplace avec lui ou selon lui, que sa course ne rapproche et encore moins ne rattrape ? Déjà, il ne sait plus très bien si cela épouse son avance ou si c'est lui qui s'y soumet  et adopte l'allure que cela lui impose. Et il semble, tandis que diminue son élan, que l'étoffe décide en souveraine et qu'il ne reprendra plus l'avantage. Une sorte de métronome renseigne les artistes les plus profonds sur les diverses vélocités de leurs adversaires et leur permet d'arrêter la meilleure cadence, de faire sourdre la grande musique de leur art.''
 
    Mais quelles sont les qualités nécessaires au torero pour accéder à ce temple si précieux ? La maîtrise du corps est toujours liée à celle de l'esprit. Ainsi pour Richard Milian :
 
''Il faut avoir la capacité à maîtriser son corps, à apaiser son esprit, à se mettre dans un conditionnement de paix intérieure totale. [...] On peut oser faire un parallèle avec les arts martiaux qui nécessitent une puissante harmonie intérieure. [...] Lorsque le torero a en lui cette force intérieure, c'est un tel pouvoir qui fait que la cape et la muleta sont alors le prolongement naturel de son corps. Le taureau le ressent, il s'investit, il partage. La faculté de trouver le rythme, la distance, la hauteur...de caresser l'air, est liée à cette harmonie; ce contrôle de soi permet alors de toujours garder la même distance, régulière, dans ce rythme imposé de plus en plus lent, dans la douceur et dans le calme.
Alors le taureau se donne et le combat devient un art.'' 
La Suerte 20 juillet 2012 (sorteo corrida de Mont-de-Marsan) 
 

 
   Si la capacité à templer exige aussi des qualités physiques (souplesse des articulations) ainsi que la faculté de comprendre le comportement du toro, cette force intérieure dont parle Richard Milian, qui permet au torero de se consacrer totalement à la maîtrise de la charge du toro paraît essentielle. On a trop souvent attribué le sens du temple à on ne sait quel don venu d'on ne sait où au détriment de cette force d'âme, qui est confiance en soi et que l'on pourrait appeler plus  prosaïquement courage. 
   Il reste maintenant à transformer cette force en enchantement : 
 
"Pas plus que la poésie, la tauromachie n'est capable de suspendre le vol du temps, mais elle peut du moins conférer à l'éphémère une apparence d'éternité, et donner une consistance aux formes qui s'envolent, de sorte qu'elles deviennent des formes qui pèsent. Alors les élans de l'étoffe, pure temporalité et cadence, donnent le sentiment de se fixer dans une sculpture dynamique, ciselée par le temple.
"Il sera permis à l'artiste d'accepter plus sereinement que s'efface ce qu'il a dessiné sur le sable. Le temps en obscurcira l'image dans les mémoires, mais quelques amateurs garderont pour longtemps encore ce rythme profond du temple, cette ''musique silencieuse du toreo'' dont a parlé si bien Bergamín, et qui reste en nous comme le sillage d'un bonheur, quand il ne reste plus rien."
François Zumbiehl   Des taureaux dans la tête
 
 


 
Outre les livres cités dans le texte, on pourra lire dans la revue Toros les très intéressants articles suivants :
Pierre Mialane - Alain Montcouquiol,  Le temple dans le toreo,  n°927-928-929  mars avril 1972.
Marc Delon,  A confesse du temple,  n°1650   avril 2001.
Pierre Dupuy,  Le temple de la discorde,  n°1723   mars 2004. 
 
 
Les toreros photographiés : Juan Belmonte, Enrique Ponce, Fortes, Antonio Fuentes, Morante de la Puebla, Pepe Luis Vazquez, Clemente, Luis de Pauloba, Alberto Lamelas, Curro Romero. 

 

lundi 8 juin 2026

Novillada de Captieux


    La plaza girondine de Captieux sise au milieu des pins a vu ses gradins se remplir en totalité pour sa traditionnelle novillada des fêtes locales. Si la tarde ne fut pas ennuyeuse elle ne connut pas non plus de hauts faits. Il manqua sans doute quelque chose aux novillos de Gallon. Un peu plus de volume et de force aux trois premiers; une pointe de bravoure aux trois derniers. Le lot se contenta de six piques, prises sans rechigner.
   Le Mexicain Emilio Osornio est un torero élégant et classique mais un peu froid. Il s'arrima davantage face à son second adversaire et après une entière coupa une oreille.
   Alvaro Serrano, au contraire du Mexicain, n'hésite pas à jouer la carte populiste. Il connecte plus facilement avec les gradins, va chercher ses novillos dans leur retranchement mais est parfois un peu brouillon. Des mises à morts laborieuses le laisseront sans succès.
   Le jeune Nîmois Clovis a laissé une bonne impression et semble posséder plusieurs cordes à son arc. Il fit preuve de beaucoup de temple, parfois au détriment de l'engagement, face à son premier Gallon, noble mais soso. Il montra face au sixième qu'il possédait le grain de folie nécessaire à l'exercice du métier de torero. Il l'accueillit a porta gayola (ce qui en sortie de camion complique encore les choses) puis il sera violemment secoué sur les chicuelinas qui suivent. Le toro se réservant, il dut le citer au plus près pour le banderiller avec efficacité et enfin aller le chercher dans son terrain pour parvenir à lier des droitières méritoires et dominatrices. Estocade dans le rincon. Oreille.

vendredi 5 juin 2026

Retour en photos sur la feria de Vic

 Photos  Laurent Bernède

 


    Artesanito, un Saltillo qui plonge dans la muleta de Sanchez Vara (après quatre piques prises avec bravoure).
 
 
 

   L'élevage de Benitez Cubero (origine Hidalgo Barquero) fit les beaux jours des figures dans les années 60 et 70. La beauté et l'originalité de la robe de Valiente (le mal nommé) fut sa seule qualité : berrendo en castaño, alunarado, capirote, bociblanco, botinero.
 
 
 
 

    Un face à face inhabituel. Langosto le représentant de Dolores Aguirre n'a pas déçu les aficionados. Il a permis le meilleur tercio de pique de la feria.
 
 
 
 
  
      C'est toujours un plaisir de voir José Garrido cape en main (toro de Baltasar Iban).

 
 
 
  
    La manoletine est incontestablement une passe photogénique. Ici Juan de Castilla face à un Baltasar Iban.
 
 
cliquer sur les photo pour un meilleur format 

vendredi 29 mai 2026

Madrid : un grand Diego Urdiales (Thierry W.)

 

Jeudi 28 Mai 2026.
Madrid Las Ventas , grand beau temps
Corrida de la Presse  (vue à la télé)
Présence en Barrera du Roi Felipe VI.
Première des deux corridas que va sortir Juan Pedro Domecq cette année à Madrid.
Ce que l’on demande aux taureaux de Juan Pedro Domecq , c’est d’être assez solides sur leurs pattes, de bouger, de charger avec noblesse et douceur. Le lot d’aujourd’hui a offert cela, avec 2,4 et 5 supérieurs. Seul le sixième est sorti molasse.
En dehors du torero de la Puebla, qui peut mieux toréer actuellement que Diego Urdiales ? Personne. Il y a une multitude de bons toreros, mais lorsque le torero d’Arnedo est capable de jouer la symphonie comme ce jour, ils ne lui arrivent pas aux zapatillas.
Grandiose fut le Toreo réalisé par Diego Urdiales aujourd’hui à Las Ventas au 4ème Juan Pedro de la tarde. Tous les grands taureaux de notre époque sont capables de supporter deux faenas. Une avec le capote et la seconde, évidemment avec la muleta. Les grands triomphes de Morante arrivent généralement avec ce type de taureau. “Mapaná” avait cette charge extraordinaire dont rêvent tous les toreros de la planète. Diego Urdiales l’a magnifiquement toréé avec des veronicas rythmées et très douces. Je suis certain que du côté de Camas le Faraón a apprécié. Le torero a le sourire car il sait qu’il a gagné le gros lot avec ce “Mapaná”. La crainte avec les taureaux de Jean Pierre c’est qu’ils n’aient pas la force d’aller au bout. Celui-ci a une classe extra, et il a la chance d’avoir en face de lui un immense torero qui va le lidier d’une manière remarquable lui laissant des plages de recupération durant toute la faena car son toreo est très exigeant, et n’oublions pas qu’il s’est déjà donné dans le capote durant la première partie de son combat. Le Riojan est en état de grâce. Je ne l’ai pas vu comme ça depuis la Feria de Otoño 2018 face au Fuente Ymbro. Exécution du toreo profond avec grande toreria. Les naturelles, les derechazos, les trincheras, les ayudados par le bas , par le haut, c’est du grand art. La main est très basse. Il m’a semblé que les olés à Las Ventas étaient de plus en plus longs et de plus en plus lents...au rythme du taureau et du Torero. Que dire de ces précieuses passes (remate) par le bas à la fin des séries, là où les jeunes toreros actuels finissent leurs séries par une ou deux passes de poitrine ! 10 minutes sont passées, le premier avis sonne…on n’a pas vu passer le temps tellement on est subjugué par la faena. L’épée est entière mais peut-être pas au bon endroit. Pas grave, on s’est régalé. Une faena pour l’histoire. Un seul mouchoir blanc…perso j’en voulais deux. Je suis persuadé que tous les aficionados sont heureux ce soir d’avoir retrouvé le torero de la Rioja à un tel niveau. Il a poussé le curseur très haut aujourd’hui. Car avant de monter ce chef d’œuvre il nous avait mis en appétit avec son premier taureau. De très belles séries de derechazos, made Urdiales. Le Juan Pedro est noble mais manque de chispa. À gauche le taureau mord et proteste dans la muleta dans un premier temps. Le sept proteste aussi…Diego se recentre et insiste. Il trouve le bon sitio et pose cinq naturelles de toute beauté. Il en profite pour défier du regard les donneurs de leçons du sept qui commençaient à lui expliquer comment il fallait se positionner pour faire le toreo…une épée et l’oreille tombe logiquement.
Les affaires ne s’arrangent pas entre une frange du public de Madrid et la grande Figura Roca Rey. C’est désagréable. Ne soyons pas surpris si un jour le Péruvien décide de ne plus venir à Las Ventas.
La tauromachie que propose Roca Rey est tout autre. Il a été assez suffisant et superficiel avec son premier qui ne transmettait pas grand-chose. Il n’a pas été en reste avec son second. Début tonitruant, les genoux dans le sable, deux cambios dans le dos pour chauffer la salle…les séries de redondos sont plus douces. Lui aussi baisse énormément la main. La faena monte en pression après l’exécution de bonnes naturelles et des regards un brin provocateurs vers le tendido sept qui n’arrête pas de le houspiller…le Juan Pedro part vers les barrières, Roca ne le lâche pas et lui tire des derechazos templés. 90% du public de Las Ventas apprécie et va demander et obtenir une bonne oreille après un pinchazo et une bonne entière. Roca n’a pas déçu, mais sur le plan relationnel les choses se dégradent…
Bruno Aloi est un tout jeune torero mexicain qui vient confirmer une alternative récente. Il y a du pain sur la planche. À sa décharge il aura affronté les deux taureaux les moins intéressants de la tarde. Et puis pour un torero ado, se retrouver entouré de deux immenses toreros eux même dans un grand jour, je conçois que ce n’est pas chose aisée.
Je ne sais si Diego Urdiales a signé trente contrats supplémentaires pour la saison après une telle “actuación “ mais quel plaisir de revoir le torero de la Rioja à un tel niveau…
Diego !…Diego !…Diego !…

wT

 


 

mercredi 27 mai 2026

Vic-Fezensac 2026 (2)

 
Corrida de Baltasar Iban
 
   Une corrida qui n'a jamais décollé et s'est finie sous la bronca. Pourtant tous les éléments étaient réunis pour une après-midi intéressante : une ganaderia dont les toros sont parmi les plus braves de la terre d'Espagne et trois matadors attendus avec intérêt par les aficionados pour avoir déjà fait leurs preuves sur le sable vicois.
   Les Baltasar Iban sont remarquablement présentés ... sauf le dernier qui est quasiment deux fois plus petit et a des cornes deux fois moins longues que ses frères. Il sera accueilli par une bronca et sa lidia ne sera pas prise au sérieux. Et puis il y eut le quatrième, querencioso à l'extrême, qui va mettre en grande difficulté son matador. Les autres ont un comportement intéressant.
   Morenito de Aranda parait totalement hors du coup. Sa déficience à l'épée, bien connue, atteint aujourd'hui des sommets (pitos). José Garrido se contente de beaux détails, notamment à la cape, et tue médiocrement. Juan de Castilla est actif mais sans réelle réussite. 
 

 
 
Corrida de Miura
 
   En faisant appel à la devise de Miura, les organisateurs vicois prenaient un risque certain. Les Cérétans gardent un souvenir cuisant de la tarde de 2017 et les dernières temporadas du fer ne sont pas pour sauter au plafond. La dernière corrida vue par votre serviteur pour la clôture du Pilar 2024 fut une ruine, tous les toros faisant preuve d'invalidité. Et bien le pari est gagné ! La course, bien présentée, fut toujours intéressante et elle connut un moment cumbre avec l'affrontement entre le cinquième miura et Damian Castaño. Pañoleto (est-il de la famille de Pañolero ?) s'était peu employé en deux piques et Damien commence la faena la montera vissée sur la tête. Les choses sont vite claires : le toro est inabordable à gauche et très dangereux à droite, raccourcissant sa charge et cherchant l'homme. Mais le maestro assume tous les risques. Il s'engage à fond et tente, par courtes séries droitières, de s'imposer à la fiera. C'est un combat de tous les instants qui porte l'émotion de la plaza à son comble. Tout le monde espère que l'estocade sera  réussie. Elle l'est car le matador, survolté, s'engage de toute son âme, le toro résiste, finit par tomber, la main du puntillero ne tremble pas. Grosse oreille pour Castaño et merci pour ce grand moment, le meilleur de la feria avec le tercio de pique de Langosto hier, et à coup sûr un des grands moments de la temporada dans la région.
   Par ailleurs deux toros braves, nobles, avec une belle charge au troisième tiers (les 1 et 2). Il fallait un invalide, ce sera le 3 remplacé par un beau mais fade Yonnet.
   Pepe Moral était venu toucher le cachet sans risquer un poil. Mission accomplie. A ne plus revoir.
   Gomez del Pilar encore malheureux au sorteo. 
 
 
   Cette feria, pas aussi réussie que les cartels pouvaient le laisser espérer, pose le problème de l'équilibre entre les différents public vicois. On sait que la feria est conçue pour essayer de satisfaire un public toriste.  Mais elle vit aussi de l'apport du grand public. Or à trop privilégier la frange radicale de la partie toriste on risque d'éloigner le grand public qui ne trouve plus son compte. C'est l'éternelle quadrature du cercle que les Vicois ont d'ailleurs toujours su assez bien gérer. Ce qui m' a paru problématique cette année c'est le tercio de pique. On a subi abondance de tercios mal donnés par des picadors médiocres alors que plusieurs excellents piqueros ont été absents de la feria. Ensuite on a l'impression que, à l'image de la feria espagnole ''Tres Puyazos'', on cherche à imposer systématiquement aux toros une troisième voire une quatrième pique. Or cela ne se justifie que si le toro s'est montré brave sur les deux premières rencontres afin de confirmer et mettre en valeur cette bravoure, ou bien s'il est extrêmement puissant et qu'il parait nécessaire de réduire cette puissance. Dans tous les autres cas la poursuite du tercio de pique est superfétatoire, plus encore si le piquero a montré sa maladresse ou son mauvais vouloir lors des deux premières rencontres.
    
 
 
Photo L. Bernède : Juan de Castilla face au troisième Baltasar Iban 

mardi 26 mai 2026

Vic-Fezensac 2026 (1)

 

   Marquée par la chaleur intense qui s'est brutalement abattue sur la région et par l'excessive médiocrité dont firent trop souvent preuve toros, matadors et cuadrillas, cette feria a eu du mal à trouver son rythme. Heureusement deux toros de la concours (le Saltillo et le Dolores) et le combat épique, le dernier jour, de Damian Castaño face à un Miura "à l'ancienne" ont maintenu la flamme de l'aficion et resteront dans les mémoires.
 
Une terne première journée
 
   Les novillos d'Aguadulce (origine Nuñez), bien présentés, astifinos ont fait preuve de plus de nerf que de bravoure. Le longiligne Gonzalo Capdevila a montré une indéniable vaillance. Pedro Andrés, novillero de Vitoria, est un bon capeador mais il devra reconsidérer sa manière de toréer à la muleta s'il veut trouver un meilleur écho dans les arènes importantes. Pedro Luis m'a semblé en progrès, plus puesto et indéniablement torero. Malgré des mises à mort en général engagées et efficaces, aucun succès ne fut au rendez-vous pour la terna novilleril de ce jour.
 
   La corrida de Prieto de la Cal était supérieurement présentée. Il est certain que les Prieto vont facilement au cheval même de loin mais ils poussent peu et leur bravoure s'étiole rapidement. Au troisième tiers la plupart possédaient (en particulier les deux premiers, negros) une noblesse fade avec des charges courtes. Tout cela manqua d'émotion. Rien à reprocher à la modeste terna du jour (huit corridas l'an passé à eux trois) qui eut le pundonor de tuer en s'engageant. Alberto Lamelas mérite d'obtenir une meilleure place dans le créneau des corridas dures. Le toreo de Luis Gerpe n'est pas dénué de classe et c'est un bon estoqueador. Maxime Solera est en progrès à l'épée.
 

 
 
La corrida concours 
 
   Artesanito de Saltillo
magnifique cárdeno cinqueño, fait preuve de bravoure en quatre piques mal données (dans le dos). Puis de la fixité et une charge longue, douce et noble sur les deux bords (il n'a pas eu la faena qu'il méritait). Un toro  complet malgré deux petits défauts : il a gratté lors du premier tercio et a cherché les planches à l'heure de la mort.
 
   Lancerito de La Quinta 
trois piques en ruant à la troisième, brusque et mobile au troisième tiers.
 
   Medallito de Partido de Resina
grande ovation à la sortie pour ce magnifique Pablo Romero. Trois piques prises en brave mais mal données (traseras), charge courte et collante à la muleta.
 
   Valiente de Benitez Cubero
beau toro, bien que nettement plus léger que ses compétiteurs, avec une robe rare (berrendo en castaño, alunarado). Ce sera sa seule qualité car son combat est peu brillant : trois picotazos et  des demi-charges en jetant les pattes en avant.
 
   Langosto de Dolores Aguirre
Son tamaño, l'impression de puissance qu'il dégage suscite l'ovation à sa sortie.Le tercio de pique sera un grand moment : cinq piques, en désarçonnant le cavalier à la première, avec chute du groupe équestre aux deux suivantes, la dernière prise depuis l'opposé de la piste déclenche la musique et Francisco Pons "Puchano" sort sous une tonitruante ovation. Mais Langosto est un toro incomplet, il se réserve au troisième tiers et réapparait alors son attirance pour les planches déjà perceptible à sa sortie. Dès lors une question se pose pour l'aficionado : manso con casta ou brave avec scories. Pour moi ce sera la deuxième occurrence car la bravoure est avant tout sauvagerie, agressivité et ce toro en a fait preuve en abondance durant le premier tiers. L'autre interrogation porte sur l'opportunité ou pas d'une vuelta al ruedo, demandée par une partie importante du public. Il ne m'aurait pas semblé illogique que dans une arène comme Vic on prime ainsi un toro de premier tiers quand, dans tant d'autres lieux, on glorifie (jusqu'à l'indulto) des toros de troisième tiers.
 
   Sacacuartos de Pagès Mailhan
Magnifique cinqueño castaño, brave en trois piques mais totalement éteint à la muleta après un interminable second tercio, le tout sous un soleil de plomb.
 
   Sanchez Vara fut un chef de lidia précieux. Il est tout à fait à sa place dans une corrida concours même si l'on sait sa faiblesse lorsque le sort lui attribue un toro pastueño comme le fut le Saltillo.
   Roman n'a pas confirmé à Vic son brillant début de temporada; il fut dominé par le La Quinta et impressionné par le Dolores.
   Isaac Fonseca a été bien avec le Partido de Resina dont il tira le peu qu'il y avait à tirer.
 
prix au meilleur toro : non attribué
prix au meilleur picador : Francisco Pons Puchano 
 
 
Photos (Velonero) : le premier Prieto de la Cal
                                estocade de Luis Gerpe