lundi 11 décembre 2017

Liste des films sur Manolete

   On a beaucoup évoqué la figure de Manolete tout au long de cette année 2017* qui marquait les cent ans de sa naissance et les soixante-dix ans de sa mort tragique à Linares.
   J'ai recensé les films qui, soit par la voie du documentaire, soit par celle de la fiction, traitent de la vie et du toreo du mythique Cordouan. On peut se procurer ou voir certains d'entre eux sur internet. Ils sont une excellente source pour mieux comprendre la personnalité du torero dans le ruedo et en dehors. Symbole malgré lui de l'Espagne franquiste de l'après-guerre civile, il noue des relations amicales avec les républicains exilés au Mexique. Dans un pays sous l'emprise toute-puissante d'une morale catholique des plus rigides il tombe amoureux fou, au grand dépit de sa mère qu'il adore, d'une actrice au passé trouble (mariée à un rouge!) et quasi sex-symbol. Sa tauromachie pleine de rigueur et de pundonor utilise un répertoire qui s'éloigne sensiblement des canons du classicisme et emprunte au toreo bouffe (manoletine, passes en regardant les gradins) qu'il transcende. On le voit, la vie de Manuel Rodriguez est un parfait enchevêtrement de contradictions, tragiquement dénoué par la corne d'Islero.

Documentaires
   •  Toros 
        de José María Aragay   10'   1944
 Entrevue avec Manolete dans la finca d'Alvaro Domecq

   •  Manolete, monstruo
        d' Alberto Santander   9'   1946
Chronique de la confirmation d'alternative du 9 décembre 1945 dans la plaza El Toreo à Mexico. Ces images célèbres seront reprises dans beaucoup de documentaires ultérieurs.

   •  Manolete en Barcelona
        de Madronita Andreu   7'   1947
Une cinéaste amateur filme en couleur depuis les gradins la dernière corrida de Manolete à Barcelone le 6 juillet 1947.

   •  Recuerdo a Manolete 
        de José Gan   18'   1951

   •  Death of Manolete
        de Raymond Rohauer   1957

   •  Toreros para la historia : Manolete
        de Fernando Achucarro   44'   1989
Sixième volet  de la fameuse série de Fernando Achucarro qui retrace, en films d'époque, l'histoire du toreo.

   •  Manolete, la légende
       de Emilio Maillé et Jacques Durand   52'   1997
Mêle habilement aspects purement taurins et vie privée

   •  Manolete : Medio siglo en el recuerdo
       de Fernando Fernandez Roman   1h 43'   1997
Ce documentaire très complet a été diffusé sur TVE1 le 28 août 1997 pour la commémoration des cinquante ans de sa mort; il utilise, entre autre, des entrevues qui avaient été réalisées 25 ans plus tôt.

   •  Manolete, un torero en guerre
       de Jacques Malaterre   26'   2016
Produit et diffusé par la chaîne de télévision Arte.

Fictions 
   •  Brindis a Manolete 
       de Florian Rey  avec Pedro Ortega   1h16   1948
Un mélange plutôt réussi de fiction, de documents d'archives, et de chants et danses.

   •  Manolete
       de Menno Meyjes   avec Adrien Brody et Penelope Cruz   1h32    2010



 A noter qu'en 1944, Abel Gance avait commencé à tourner avec Manolete pour un projet qui tourna court faute d'argent et dont il resterait 8 minutes de rushes.


Dessins animés
   •  Garabatos Manolete
       de Enrique Diban   8'   1945


* Dernièrement, la revue Toros a consacré un très intéressant numéro à Manolete (n°2061, 24 novembre 2017)

NB : Si vous avez connaissance d'autres film n'hésitez pas à me le faire savoir afin de compléter la liste.
   

mercredi 22 novembre 2017

Bilan 2017

   Ma corrida rêvée

                  6 toros de Victorino MARTIN 6
        Juan BAUTISTA - Paco UREÑA - Emilio DE JUSTO


   Cette temporada 2017 restera marquée par le drame qui vit, le 17 juin, dans les arènes de d'Aire-sur-l'Adour, le toro Provechito de Baltasar Iban mettre brutalement fin à la vie d'Ivan Fandiño. Ce fut un véritable traumatisme pour tous les aficionados, particulièrement dans le Sud-ouest où le maestro d'Orduña, par son comportement toujours admirable, avait emporté l'adhésion de tous.



   Quelle trajectoire extraordinaire que celle de Victorino Martin depuis le rachat en 1960 avec son frère Adolfo des reliques d'une ganaderia à l'origine prestigieuse mais qui n'était plus alors que l'ombre d'elle-même! Aujourd'hui Victorino fils se retrouve à la tête de l'élevage le plus régulier, le plus encasté et le mieux géré d'Espagne. On ne peut que souhaiter au fils d'être à la hauteur du père.
   Un fils qui est en train de se hausser au niveau de son père c'est Alvaro Domecq Romero dont les toros ont fait preuve au cours de cette temporada de la meilleure caste des Torrestrella des grandes années. Le retour de l'élevage au premier plan, s'il se confirme, serait une bonne nouvelle pour l'aficion.
   Du côté des toreros, les bonnes nouvelles c'est l'apparition ou la confirmation d'un nombre élevé de matadors dont la sincérité et l'entrega permet de donner de l'intérêt à de nombreux cartels. Derrière Paco Ureña et Emilio de Justo il faut citer Manolo Vanegas (d'une maitrise surprenante pour un toricantano), Tomas Campos, Octavio Chacon (remarquable à Vic et à Céret), Roman, Fortes, Alberto Lamelas, Javier Cortes, Thomas Joubert, Juan Leal (impressionnant devant les Miura de Bilbao), Gonzalo Caballero.
   Bien que la chose soit rare il arrive parfois que le rêve devienne réalité : c'est arrivé plusieurs fois cette année lorsque Juan Bautista a toréé. Pour les avoir vécues, je n'hésiterai pas à dire que les tardes de Mont de Marsan et de Logroño furent de celles où l'harmonie du toreo de l'Arlésien "a réjoui la face grave de la géométrie".

Bilan 2016


jeudi 9 novembre 2017

D'un beau film hongrois à la défense de la corrida



















   J'ai vu un très beau film, Corps et âme, réalisé par la Hongroise Ildiko Enyedi.
   Le cadre dans lequel évoluent les personnages est un abattoir. Comme dans tous les abattoirs de la planète on y tue des animaux destinés à être mangés, on les saigne, on les découpe. Ces derniers temps, une association animaliste française s'est spécialisée dans la divulgation d'images d'abattage qui ont fait le buzz sur internet avec la complicité de certains médias comme Le Monde dont le vide de la pensée en est arrivé au point de vouloir nous faire trouver la mort d'un animal plus scandaleuse que celle d'un homme. Le succès de leurs vidéos, dû à la complaisance morbide de scènes filmées illégalement, a surtout montré que ces images pouvaient attirer un grand nombre de regards pervers et malsains, obtenant ainsi un effet inverse à celui souhaité. Il n'en va pas tout à fait de même pour ce film qui se déroule dans un abattoir modèle dont le fonctionnement est filmé, dans le cours du récit, avec réalisme mais sobriété.
   Il n'empêche que tout cela n'a pas manqué de titiller en moi l'aficionado et de me rappeler le sort enviable du toro de combat, animal qui, avant de finir saigné, vidé de ses entrailles puis découpé en morceau afin de figurer dignement sur l'étal du boucher, aura connu, dans la nature, une vie libre et majestueuse - comme celle des cerfs également présents dans le film - et qui mourra en combattant et en défendant chèrement sa peau, suscitant l'admiration du public.
   Quelle différence avec ces animaux sans défense, le regard vide, soumis à leur destin, que l'on abat dans l'anonymat des abattoirs! Je ne vois aucun argument qui puisse s'opposer à la mort du toro dans l'arène quand des dizaines de milliers de bovins sont ainsi tués chaque jour de par le monde.
   Pour le toro de combat, l'arène est un abattoir de luxe qui vient conclure une vie de luxe comme aucun animal de boucherie n'en aura connue. Voilà qui me parait un argument des plus sérieux pour les défenseurs du monde animal que sont tous les aficionados, en particulier lorsqu'ils doivent défendre leur passion devant des citoyens lambdas, mangeurs de bifteck.


NB : En conséquence, toute image de toro qui, après la corrida passe entre les mains des bouchers est une image digne d'être divulguée, montrant ainsi la seconde utilité du toro, celle d'un animal destiné à finir dans l'assiette des braves gens.
Voir à ce sujet le texte Toros muertos paru récemment dans le blog Campos y Ruedo.
















La fin  heureuse du toro de combat

samedi 28 octobre 2017

Victorino après Victorino

   Le dimanche 12 septembre, quelques mois après la "corrida du siècle", dans les arènes de Dax, Ruiz Miguel et Nimeño II, en mano a mano, coupaient six oreilles à des toros de Victorino Martin fort peu piqués et dont au moins quatre d'entre eux offraient leurs oreilles à qui voulait les prendre. Ce lot aurait fait le régal de toutes les figures de l'époque. Je me souviens parfaitement être sorti des arènes avec un sentiment de malaise et  beaucoup de questions en tête tant la corrida réelle avait été différente de la corrida attendue. Cette course ne donnait-elle pas un avant goût de ce que pourraient devenir les victorinos dans le futur? Avec le recul, je me dis aujourd'hui que le malin Victorino savait , dès cette époque, ce qu'il possédait dans ses cercados. Il savait qu'il avait des toros terriblement puissants et dangereux mais qu'il avait aussi des toros d'une infinie noblesse. Et il ne s'était pas trompé en envoyant ces toros-là à Dax.
   Au cours des années qui suivirent, la ganaderia ne chercha pas à donner à ce filon une importance trop grande. Au contraire, elle devint une icône des ganaderias toristes, préférant asseoir son succès sur la présentation et la dureté de ses toros.
   Et, de fait, aujourd'hui encore, affronter les toros de Victorino Martin reste considéré pour un matador comme la marque d'une valeur plus grande et, si l'on est une figure, comme un geste. Pourtant, depuis quelque temps, les aficionados ont perçu une évolution des victorinos vers plus de douceur. Les grands tercios de pique sont de plus en plus rares, les traditionnelles alimañas - si elles existent toujours - sont elles aussi moins fréquentes. Certains lots, celui de Bilbao par exemple cette année, font preuve d'une faiblesse de patte inhabituelle dans l'élevage. Enfin des lots entiers se montrent d'une grande noblesse - celui de Logroño en septembre dernier par exemple. Je ne sais s'il faut y voir la marque de Victorino Martin fils qui, en raison de l'âge avancé de son père, a sans doute depuis quelques années déjà, pris les rênes de la ganaderia. Si c'est le cas, on peut craindre, maintenant qu'il a les mains totalement libres, une évolution encore plus marquée vers la production de toros de troisième tiers. Quand on voit le résultat catastrophique que cette recherche a donné chez Juan Pedro Domecq et autres Zalduendo (pour ne citer que deux des pires représentants de l'encaste domecq) on ne peut manquer d'être inquiet par une telle perspective.
   Toutefois une telle évolution constituerait un reniement de toute la philosophie de l'élevage voulue par son créateur Victorino Martin père, mais aussi une mise en cause de la réputation et de la  valeur commerciale qui en découle. L'intérêt bien compris des héritiers de Victorino Martin me parait donc être dans le maintien d'une ligne sérieuse voire dure (au moins partielle), sous peine de banalisation. C'est aussi l'intérêt des aficionados et, à l'heure de l'uniformisation de la corrida par la prolifération du sang domecq, l'intérêt de la tauromachie tout entière.




samedi 14 octobre 2017

Mes premiers victorinos, en guise d'hommage à Victorino Martin

   Victorino Martin, mort le 3 octobre dernier, dans sa ganaderia, à 88 ans, a été un immense ganadero. Depuis un demi-siècle, ses toros n'ont cessé de le prouver sur le sable des ruedos espagnols et français. L'hommage que je lui rendrai se fera donc à travers ses toros par l'évocation de mes premiers victorinos.

   C'est à Mont de Marsan en 1976, pour la première corrida des fêtes de la Madeleine que je découvris les toros de Victorino Martin. Ils faisaient leur présentation au Plumaçon; ils y connurent quelques lustres plus tard des tardes mémorables au point que, dans les années 90,la corrida phare de la feria, celle que tout le monde voulait voir (et qui bien souvent sauvait la feria de l'indigence) était celle de Victorino. De ce jour de présentation ce qui m'est resté en mémoire, outre la caste vive des toros, ce sont des couleurs. Le gris des toros bien sûr, mais aussi le gris verdâtre du visage décomposé d'Antonio José Galan qui connut, ce jour-là, une débâcle monumentale.

   Deux ans plus tard, en 1978, sur le sable gris de la plaza de Bilbao, les six magnifiques exemplaires de Victorino firent preuve d'une telle caste et d'un tel sentido que, durant deux heures et demi, l'intensité dramatique de la corrida fut portée à son comble. Manolo Cortes, Ruiz Miguel et Frascuelo firent front avec courage, ils s'en tirèrent avec les honneurs ... et indemnes. Le lendemain, dans la presse, Victorino disait de sa corrida qu'elle avait été une des plus difficiles qu'il ait jamais fait lidier.
  En 1980, toujours à Bilbao, la corrida portant le fer d'Albaserrada fut à nouveau de celles qui restent dans les mémoires. Ce jour-là, aux cinquième et sixième toros eurent lieu deux évènements qui sont, me semble-t-il, le témoignage parfait de ce qui constitue la richesse de l'élevage de Victorino Martin. Le cinquième toro fait preuve d'une grande noblesse, sa charge codiciosa, franche et claire est de celles qui permettent les grandes faenas. Et, de fait, Ruiz Miguel va le toréer supérieurement. Je me souviens des splendides séries de naturelles liées, templées, profondes que donnera le Gaditano. Cette faena fait partie encore à ce jour des plus belles que j'ai vues. Conscient de son grand œuvre il veut le parachever par un recibir mais il échoue et ne recevra qu'une seule oreille. Le sixième toro ne sera pas du même bois. Il coupe le terrain à la cape, est durement châtié aux piques, coupe le terrain aux banderilles où il met en difficulté la cuadrilla, coupe le terrain  et tire un derrote dès la première passe de muleta prudente que lui donne Currillo. C'en est trop pour le torerito qui avait déjà été mis en échec par son premier adversaire. Quelque chose d'irrépressible en lui dit "non", quelque chose de plus profond que la peur d'un instant : un effondrement de tout son être, signant définitivement l'échec d'une carrière qui n'a pas été ce qu'elle promettait d'être. Dès lors, Currillo, livide, n'a plus comme solution que de se réfugier derrière le premier burladero qui s'offre à lui, en l'occurrence celui du soleil, et d'attendre que sonnent les trois avis libérateurs. Pour les spectateurs le moment est pathétique. L'histoire retiendra de cette journée la déroute d'un torero modeste face à un victorino d'épouvante.

   1982 enfin, une année clé pour Victorino Martin, celle où, à la faveur de la corrida isidril du 1er juin, la fameuse corrida du siècle, il deviendra célèbre dans l'Espagne entière. (Il lui faudra toutefois encore attendre quelques années avant que l'Andalousie - et particulièrement Séville - le reconnaisse vraiment.) Je n'ai pas eu la chance d'assister à cette corrida mais, par bonheur, elle était télévisée et, très vite, des vidéos ont circulé dans l'aficion. Si l'on ne doit posséder qu'une seule corrida complète dans sa vidéothèque je pense que c'est celle-là. Ce jour-là, trois des six toros (les 1, 2 et 4) accomplirent de grands tercios de varas, prenant chacun trois piques avec une bravoure et un poder extraordinaires. Ces trois toros ont placé la barre très haut et restent à ce jour des "mètres étalons" de ce que peut être la bravoure d'un toro de Victorino. Deux (le 1 et le 5) furent également d'une grande noblesse, le cinquième faisant même preuve d'une charge pastueña, à la manière des saltillos mexicains. A nouveau était mise en évidence la coexistence dans l'élevage de toros d'un grande âpreté et d'autres d'une grande noblesse.
   Au delà de cette dichotomie, un dénominateur commun me parait caractériser le toro de Victorino, c'est la codicia. Cette soif, ce désir véhément d'attraper, de se rendre maitre de la situation font d'eux des combattants redoutables, mais aussi, si le torero possède la technique et le courage nécessaires permettent les triomphes les plus retentissants.

   La grande réussite de Victorino est d'être parvenu à créer ce qu'il disait qu'il voulait créer : un toro encasté qui apporte à la fiesta de los toros la vérité qui lui manque trop souvent. Qu'ils soient durs, intraitables où bien francs voire pastueños, les toros du sorcier de Galapagar sont quasiment tous des toros de caste, des toros avec de la "personnalité". Ils transmettent de l'émotion et tolèrent mal les erreurs ou approximations des toreros.
   Son autre grande réussite est d'avoir mené sa ganaderia pendant quarante ans en maintenant un même niveau de qualité. La comparaison est cruelle avec les autres ganaderos.
   Pour tout cela, pour toutes les joies que vous avez procurées à l'aficion, Merci Monsieur Victorino.
















Victorino Martin Plumaçon 2014 (photo Laurent Bernède)

lundi 2 octobre 2017

6 + 2 +1

   Six pour Emilio de Justo, deux pour Manolo Vanegas, c'est le modeste nombre de corridas qu'avaient toréées les deux matadors avant la corrida montoise de Victorino Martin le 30 septembre. Et pourtant, tous deux sont apparus sur le sable du  Plumaçon comme pourvus des qualités essentielles que se doivent de posséder les meilleurs toreros, ceux qui sont sensés toréer le plus de courses : courage, sincérité, capacité à dominer leurs adversaires, art. Pour moi, deux des meilleurs toreros vus au cours de cette temporada. Il reste à espérer que le petit monde médiocre et abondamment pourvu d'œillères des organisateurs de corrida saura, lors de la temporada prochaine, donner leur chance à Emilio de Justo et Manolo Vanegas comme ont su le faire certaines arènes du Sud-Ouest de la France cette année.
   Pour le local Mathieu Guillon "El Monteño" (une corrida), il y avait sans doute en cet après-midi un enjeu plus personnel. Il s'agissait d'effacer le souvenir de son alternative malheureuse d'il y a cinq ans et de prouver, à lui- même comme au public, qu'il était capable de tuer dignement deux toros, de Victorino Martin qui plus est. Sa prestation face au deuxième, un animal à la charge franche et vive sur les deux cornes, raviva les craintes. Le Montois ne put rester quieto et laissa passer le toro sans le toréer. Mais tout changea face au cinquième, le plus brave de la tarde au cheval puis de charge courte. Mathieu aborda son adversaire avec plus d'assurance, réussit à lui donner plusieurs séries de derechazos honorables et enfin le tua d'une excellente estocade. Au final donc une prestation digne.
  Même lorsque, comme ce jour, ils ne sont que moyens (au physique comme au moral), les toros de Victorino restent des plus intéressants. Avec cette capacité à délivrer un mauvais coup à la première occasion mais aussi à aller a mas lorsqu'ils sont bien toréés.
   Matemáticas, le dernier de la soirée, un toro avisé, était tout indiqué pour rendre hommage au dueño Victorino Martín Andrés qui lutte en ses derniers moments de vie, accroché à sa terre, comme ont toujours lutté les bons victorinos à l'instant fatal.

mardi 26 septembre 2017

Logroño



























Samedi 23 septembre 2017   Plaza de toros couverte La Ribera   Logroño (La Rioja)
beau temps
demi-arène

6 toros de Victorino Martin, braves et nobles (12 piques, vuelta à Verdadero, le second) pour Curro Díaz (une oreille, silence), Juan Bautista (deux oreilles, une oreille) et Roman (silence, applaudissements)

Remarquablement présentés (tous furent applaudis à leur sortie), sans un atome de graisse, aux armures offensives mais harmonieuses, les toros de Victorino Martin ont permis à la feria de San Mateo de se terminer par une tarde triomphale. Ce fut, à la vérité, un lot de Victorino que l'on pourrait qualifier de moderne. C'est à dire d'une bravoure discrète au cheval et d'un comportement avenant à la muleta. Tous, à des degrés divers, permettaient  en effet de construire des faenas de qualité. La palme dans ce domaine revint à Verdadero, le second, dont la charge franche et inépuisable sur les deux axes toucha le public au point que (comme souvent en pareil cas) celui-ci  demanda l'indulto. Un président con criterio ramena le tout à son juste prix : une vuelta al ruedo.
Mais le véritable triomphateur de l'après-midi fut un torero. Un torero qui vit actuellement une période de plénitude torera. Tout ce que fit aujourd'hui Juan Bautista sur le sable de la plaza de Logroño, que ce soit à la cape, à la muleta ou épée en main fut marqué sous le sceau de la classe, de la sincérité mais aussi de l'efficacité lidiadora. Parmi tant d'excellence, je mettrai en exergue ses mises en suerte au cheval, remarquables de variété, de précision, d'art.
Curro Díaz donna au premier toro une faena belle et concise, parfaitement adaptée à son adversaire. Une oreille après une entière desprendida.
Roman, qui ne tuait que sa deuxième corrida de Victorino, eut en outre le désavantage de passer après Juan Bautista. Malgré ses efforts il eut du mal à trouver la bonne distance et le bon rythme face à deux adversaires de qualité, en particulier le sixième, le plus encasté du lot.

mercredi 20 septembre 2017

Ramuntcho


   Il y a chez les écarteurs gascons comme chez les matadors de toros des toreros de classe. Christian Vis "Ramuntcho" en faisait partie. Si, des courses landaises de mon enfance dans les arènes de Saintgor où les frères Vis étaient toujours présents, je me souviens surtout de Guillaume, le cadet, plus spectaculaire et plus controversé, c'est en 1976, quelques années plus tard, lors de sa victoire au concours landais de la Madeleine, que je découvris vraiment l'art de Ramuntcho. Ce jour-là, la beauté profonde des écarts de l'aîné des frères gitans me fit sentir à quel point la tauromachie landaise pouvait être parfois, au même titre que l'espagnole, une discipline capable d'atteindre une réelle dimension artistique. Lorsqu'il m'arrivait par hasard d'apercevoir Ramuntcho, maigre comme un loup qui a refusé de porter le collier, autour d'une arène, je repensais toujours à sa superbe sur le sable du Plumaçon. Qu'il repose en paix.

NB   Un livre lui avait été consacré il y a quelques années :
Maurice Violet, Ramuntcho, prince des écarteurs, 1994


dimanche 17 septembre 2017

Retour heureux de Fernando Cruz

   La plaza de toros de Casarrubios del Monte (Toledo) n'est pas de celles qui créent l'événement. Et ce qui s'y passe n'a pas vocation à rester dans les annales de la tauromachie. Mais pour ceux qui aiment le toreo de Fernando Cruz ce samedi 16 septembre 2017 n'était pas un jour comme les autres : après quatre années sin torear, à Casarrubios del Monte (Toledo), Fernando Cruz a toréé et tué deux toros.
   Grâce à la télévision de Castilla La Mancha on pouvait suivre la corrida sur son petit écran.
   La vérité oblige à dire que tout a commencé médiocrement. Caramesino de Los Eulogios est un toro d'apparence discrète mais qui peut se facher lorsque, par exemple, il poursuit les banderilleros jusqu'aux planches. Hormis deux véroniques et deux derechazos, Fernando se montre desconfiado et en termine d'une affreuse estocade atravesada.
   Tout va changer à la sortie de Noticioso, un toro basto, distrait, sin fijeza de Daniel Ramos. Le toro a néanmoins montré qu'il possède un fond de caste en se précipitant sur le piquero dès qu'il l'a aperçu. Fernando l'entreprend avec décision et la faena connaitra d'excellents moments. Derechazos, remates par naturelles et pecho, ayudados por bajo sont empreints de classe et de naturel. Le public chante ses olés, le visage du torero s'ouvre, il sourit et finit très ému lorsqu'il regagne les barrières, sous l'ovation, après une estocade desprendida.
   Fernando s'est senti torero, il est heureux et nous aussi.




 

jeudi 31 août 2017

Damaso Gonzalez




    Lorsque je pense à Damaso Gonzalez deux images me viennent à l'esprit. Son beau visage buriné d'Espagnol humble et modeste. De ceux qui ont souffert mais auquel le courage et l'opiniatreté ont permis de surmonter les épreuves. Je vois ensuite la frêle silhouette du torero face à un toro, un toro plus grand que lui sans que cela ne semble l'émouvoir. Tout Damaso est là. Sa grandeur face à l'adversité. Sa rugueuse beauté sans afféterie.
   Dès le début des années soixante-dix, notamment grâce à ses importants triomphes en 1970 et 1971 à Bilbao, Damaso deviendra une figure. Son aspect malingre, son toreo qui mêlait classicisme et tremendisme (dans la lignée des toreros d'Albacete tels Chicuelo II et Pedres) le firent comparer à Juan Belmonte. Il forma alors une pareja avec Paquirri et leur tâche ne fut pas simple de succéder aux grands maestros des décennies précédentes et de s'adapter au retour du toro de quatre ans à partir de 1973.
   Damaso appartient à la catégorie des toreros qui cherchent à reproduire la même faena à chaque toro. Le toro commercial de cette époque étant tout aussi médiocre que celui d'aujourd'hui, sa tauromachie finit par ennuyer. Il eut alors l'intelligence de toréer les élevages plus difficiles. Et, ce qu'il faisait aux toros commerciaux, il fut capable de le faire à tous les toros. Sa carrière s'en trouva relancée et il y gagna l'estime des aficionados. Puis une autre grâce lui tomba dessus : son toreo basé sur l'aguante, le temple, l'encimisme fut considéré comme un chaînon important qui mène, dans l'évolution de la tauromachie, de Juan Belmonte à Paco Ojeda. Son aura s'en trouva confortée.
   En cherchant dans mes souvenirs (et donc dans mes archives) je m'aperçois que j'ai vu toréer Damaso essentiellement devant des Miura et des Pablo Romero. C'est à Logroño, en 1986, dans les vieilles arènes aujourd'hui disparues, face à des toros de Pablo Romero que je l'ai vu donner sa pleine mesure. Quel temple prodigieux! Quelle aisance pour dominer ces pablorromeros nobles mais imposants! De cette journée je me souviens aussi du sourire radieux de Jaime de Pablo Romero félicité dans la rue en fin de course par des aficionados pour l'excellent jeu de ses toros. Il ne savait pas que cette course était en fait leur chant du cygne. Aujourd'hui les Pablo Romero ne sont qu'un souvenir qui, parfois, resurgit chez Partido de Resina, et Damaso Gonzalez est mort.















Face à un Miura à Bilbao (photo Chapestro)

lundi 28 août 2017

Novillada concours de Saintperdon : Tan petit tan hardit

   Le concours ne s'anima vraiment qu'à partir de la sortie du cinquième novillo. Et pourtant celui-ci, ainsi que le suivant, ne payait pas de mine. Tout deux étaient de format si réduit qu'ils auraient pu figurer en non piquée. Malgré cela, les trois piques qu'ils prirent (en poussant) n'altérèrent en rien leur vivacité et leur capacité à charger! Tan petit tan hardit!

   CUADRI fait rarement combattre des novillos. Il était intéressant de voir si, à trois ans, sans avoir le volume des adultes de la casa et avec l'insouciance de l'adolescence, le dénommé Pinzón ferait preuve de l'alegria qui manque souvent à ses ainés. Et bien non! Faible, noble mais limitant très vite ses charges pour finir arrêté, il fut arrastré sous les sifflets. Cuadri encore au purgatoire.
   Cantador d'ESCOLAR GIL, bien roulé, avait des qualités mais il eut le malheur de tomber entre les mains d'un novillero (Isiegas) qui ne se soucia pas le moins du monde de le mettre en valeur aux piques.
   Le pensionnaire de VALDELLAN fit impression à la première pique qu'il poussa avec acharnement. Sa distraction à la deuxième fit se poser des questions. En fuyant de la troisième il révéla son état de manso, ce que confirma sa recherche des planches au troisième tiers.
   Anodin sous deux piques et sans charge le VIRGEN MARIA. Une déception si l'on songe à l'excellent combat de ses frères dans ce même ruedo pour la novillada de la Madeleine l'an passé.
   Un murmure d'horreur et de désapprobation parcourut le public lorsqu'apparut le pupille de PEDRAZA DE YELTES tant il était laid et rachitique. C'est pourtant lui qui lança le concours (il était temps) en prenant trois piques poussées et en faisant preuve d'une vive noblesse à la muleta. Un défaut toutefois : une propension à garder la tête dans les nuages dès qu'il n'avait plus la muleta sous les yeux.
   Rascatripas,enfin, de la ganadería de PINCHA était lui aussi un novillo miniature. Mais bien fait, harmonieux de forme. Dès les premières passes de cape, sa charge est soutenue, cornes au raz du sable. En trois piques (la dernière donnée avec une pique de tienta) il fait preuve d'une bravoure supérieure. A la muleta, sa noblesse pleine de codicia est de celle qui permettent les grandes faenas. Il meurt en résistant. Un grand petit toro, honoré d'une vuelta et vainqueur du concours. On voit à longueur de temporada tant de toros médiocres issus des ganaderias les plus huppées de sang domecq qu'on ne peut qu'être à la fois étonné et réjoui que la famille Baigorri à Lodosa en Navarre puisse recéler de tels trésors de caste. Pincha, une ganaderia à suivre.
   Les novilleros ne sortirent pas de la médiocrité. Avec des excuses pour Diego Carretero, le plus mal servi. Jorge Isiegas, vulgaire. Tibo Garcia avait bien toréé Rascatripas sur la corne droite mais il fut catastrophique à la mort.

















Tibo Garcia face à Rascatripas de Pincha (Photo Laurent Bernède)

samedi 26 août 2017

Bilbao, trois jours






















Bilbao, lundi 21 août
   Intense moment d'émotion avant le paseo avec un émouvant Agur Jaunak écouté avec recueillement en mémoire d'Ivan Fandiño.
   Ensuite l'assoupissement est  général, il fait très chaud, les six toros d'Alcurrucén étalent les uns après les autres leur manque de caste. Au quatrième, le moins mauvais, Curro Díaz montre son élégance, mais il torée superficiellement, la jambe de sortie systématiquement en retrait, le toro finit par se lasser, le président accorde une oreille généreuse.

Bilbao, mardi 22 août
   Les six Jandilla de ce jour sont très en-dessous des lots du même élevage combattus à Vista Alegre les années précédentes. Bien présentés certes, mais faibles, sans présence à la pique, nobles. Des domecqs de consommation courante.
   Garrotero, le quatrième est toréé par le Juli avec une si douce et efficace persuasion qu'il semble prendre goût au jeu de muleta. Tant et si bien qu'au moment de l'estocade il continue à avancer vers elle semblant dire au Madrilène : "Si on continuait encore un peu à jouer ensemble".
   Sans problème pour Roca Rey : oreille, oreille.

Bilbao, mercredi 23 août
   La corrida débute par un joli geste du public bilbaíno : une ovation nourrie à l'adresse de Diego Urdiales qui l'oblige à saluer. Tout au long de la tarde le Riojano se montrera à la hauteur de cet accueil cariñoso.
   Comme celui de Jandilla la veille, le lot entier de Victorino Martin aura des problèmes de faiblesse de pattes. Toros qui perdent leurs appuis dès les premières passes de cape et lors du tercio de varas. Cela culminera avec le sixième renvoyé au corral et remplacé par un grand bœuf cinqueño de Salvador Domecq. Mais le lot, par ailleurs d'excellent trapío, se sauvera par sa caste. Le premier est une alimaña classique de la casa, les autres braves et nobles avec mention pour le cinquième Mecatero un cárdeno plus rond et moins armé que ses frères.
   Diego Urdiales a été parfait avec le premier. Serré dangereusement à la cape contre les planches il parvient à se libérer et à amener la fiera au centre avec torería. A la muleta il débute par des passes de châtiment appuyées puis tente de toréer avec sincérité sur chaque corne. Mais Bohonero reste intraitable et le maestro en termine par du macheteo et une entière (ovation). Face au quatrième on a retrouvé le Diego Urdiales mainteneur du toreo classique et profond. Il y eut notamment trois véroniques extraordinaires qui firent rugir le public et une série de derechazos d'un temple et d'un rythme parfait. Seul point négatif, en fin de faena Diego se laissera entrainer par le toro vers les tablas. Oreille après un pinchazo et une entière.
   Face au cinquième, Manuel Escribano a livré une actuation complète. Accueil par larga a puerta gayola, banderilles millimétrées avec quiebro au fil des tablas, faena reposée qui culminera dans des séries droitières données la main basse, enfin une grande entière. Une oreille avec pétition de la seconde et un torero que l'on a retrouvé à son meilleur niveau.
   Paco Ureña, avec cette sincérité si émouvante qui lui est propre, ne trouva pas d'adversaire à sa mesure. Une oreille du troisième après une excellente estocade.

samedi 19 août 2017

Retour en photos sur la novillada de Roquefort
















Manuel Ponce, farol de rodilla a puerta gayola


















Changement de main dans le dos de Manuel Ponce



















Daniel García Navarrete

















Capeina de García Navarrete

















Le sixième Saltillo a de l'allure mais reste court de cornes.


Toutes les photos sont de Laurent Bernède

vendredi 18 août 2017

A propos de la corrida de Pedraza de Yeltes à Dax

   Voici les réflexions qu'a inspirées la corrida de Pedraza de Yeltes à Thierry Wagniart, aficionado bien connu du côté de Roquefort et de Tyrosse mais qui ne dédaigne pas, à l'occasion, s'asseoir sur les gradins dacquois.

DAX-Lundi 14 Août.
Magnifique de présentation, de prestance dans la piste, la Corrida de Pedraza de Yeltes fut une très bonne Corrida de ...3ème tiers. Je m'explique. J'ai en mémoire celle de 2014 dans ces mêmes arènes, qui fut à mon avis, la Corrida la plus complète que j'ai eu l'occasion de voir depuis ce début du siècle. Trois années se sont écoulées, les Pedraza sont toujours des estampes de toros...mais ils se sont bien adoucis. En 2014 , sortant des arènes envahi d'une grande émotion je m'étais dit que jamais les figuras de notre époque ne voudront lidier de tels toracos, qui pourtant possédaient déjà les ingrédients pour réaliser des faenas pour l'histoire, a condition bien évidemment de faire les choses biiiièèènnnn!!!
Qu'avons nous vu hier dans cette belle Plaza Dacquoise ? Des Pedraza spectaculaires sous La première pique, poussant très fort sous le peto. Hormis le 6ème qui fut extraordinaire en trois rencontres, ils ont tous subi cette première pique. La différence avec 2014 est là. Il y a trois ans, La Corrida entière avait livré un 1er tiers bouleversant, d'une grande intensité, d'une incroyable force, des toros partant avec joie et au galop à plus de vingt mètres du cheval pour y exprimer une bravoure puissance 10 ! Le Grand frisson ! Quelle fijeza au cheval...j'en frissonne encore.
Rafaelillo fut bien toute la tarde, écrire qu'il fut en dessous de l'excellent 4ème me fait mal au cœur. Que voulez-vous, lorsque l'on est habitué et obligé de s'envoyer tous les Toracos de la terre depuis 15 ans et de leur monter des faenas de "Valiente couillu", on ne peut pas lui demander de nous faire Une faena avec certains arômes Sevillans...Rafa reste Rafaelillo et c'est très bien. Hier il a touché le bonbon de la tarde, il en a bien profité, certes avec sa technique à lui, le peuple dacquois était heureux pour lui, moi aussi...
Ah! si Daniel Luque l'avait tiré au sort ce 4ème! Ah! Si ma tante en avait!...la pauvre, paix à ton âme Tatie. Le fin Torero de Gerena ( il s'est un peu épaissi...non?) réalisa tout au long de l'après-midi une tauromachie de grande classe, une multitude de détails à son premier, nous rappelant à son second qu'il est un très grand capeador. Mais ses deux Pedraza manquèrent de force pour monter "la faena" qui aurait fait chavirer la Plaza Dacquoise dans un immense bonheur. Il tua ses deux adversaires de deux épées légèrement basses, qui lui permirent de couper deux oreilles et de sortir en triomphe des arènes avec Rafaelillo.
Roman m'a déçu. Ce torero m'avait plu cette saison à Madrid et Pamplona. Hier il n'a jamais trouvé le sitio, n'a jamais trouvé le bon rythme, surtout avec l'excellent 6ème. A sa décharge aussi, une cuadrilla douteuse toute l'après-midi...hormis ce formidable picador, Pedro Iturralde, sensationnel hier en trois piques données au dernier Pedraza...me rappelant 2014! Pedro Iturralde "Grande Figura" de la confrérie des Castoreños.
Suite à cette course, je me dis qu'il est fort possible que l'on ait trouvé chez Pedraza de Yeltes le juste milieu dans l'évolution du toro moderne. Un toro pour contenter tout le monde : Grand Public, Aficionados et ....Toreros. Mais attention de ne pas adoucir plus que cela pour que les figuras viennent se frotter les oreilles à ces Pedraza.
Un rêve, un rêve fou. Une pensée me traverse l'esprit .... et si celui de La Puebla revenait aux affaires l'an prochain avec des Pedraza ... à Dax !

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mercredi 16 août 2017

La novillada de Saltillo à Roquefort

   Les novillos de SALTILLO lidiés dimanche à Roquefort n'étaient pas, en ce qui concerne le trapío, dans les canons habituels de la Monumental des pins. Ils n'eurent pas non plus la bravoure ni la caste que manifestèrent leurs frères dans ce même ruedo l'an passé. Si la novillada résulta malgré tout intéressante, on le doit à leur variété de comportement. On le doit aussi à l'entrega et à la toreria dont firent preuve à tout moment les novilleros.
   Les trois premiers novillos furent mansos et nobles. Avec cette fadeur qu'ont souvent  saltillos et santacolomas lorsque leur noblesse n'est pas soutenue par la caste. Trois novillos de plus de cet acabit et la tarde risquait de sombrer dans l'aburrimiento. Mais vint le quatrième. Le garbanzo negro. Un manso de mala casta, de ceux qui tantôt viennent directement sur l'homme, tantôt refusent de rentrer dans la suerte. Heureusement, picadors, peons et novillero (Manuel Ponce) ne cédèrent pas à la panique - qui pourtant menaçait à tout instant -  et firent même preuve d'une belle efficacité et rapidité dans la lidia. Le cinquième vite arrêté fut le moins intéressant. L'ultime, de ligne magnifique mais cornicorto, fut un bon novillo, le meilleur de l'après-midi. Brave en deux piques mouvementées puis d'un long et noble parcours sur les deux cornes. A la sortie, l'aficion était partagée entre ceux qui auraient désiré voir le novillo une troisième fois face au cheval et ceux qui pensaient qu'il était bon de lui avoir gardé de l'alegria pour le troisième tiers.
   Manuel PONCE alla par deux fois a puerta gayola, se faisant ôter la montera par le quatrième. Les habitués de la plaza landaise se rappelleront qu'il y a une vingtaine d'année, Francico José Porras, en tentant la même suerte face à un Barcial, mais lui avait cité au centre du ruedo (!), avait manqué se faire guillotiner, avant de terminer, emporté par l'hélicoptère, à l'hôpital de Mont de Marsan suite à un violent accrochage durant la faena de muleta. Aujourd'hui une honnête faena aurait pu valoir une oreille à Ponce, sans une estocade bien trop décalée.
   Miguel Angel PACHECO donna au second quelques belles naturelles et des pechos très toréés. Une oreille après une media efficace.
   Enfin Daniel GARCIA NAVARRETE mit en évidence à ses deux novillos son aguante et la souplesse de sa ceinture et de son poignet, lui permettant de donner des passes longues. Il y a chez ce torero une belle promesse encore en gestation : il éprouve des difficultés pour lier ses passes et recherche parfois trop systématiquement l'esthétique. Oreille chaque fois.















 Garcia Navarrete face au 6 (photo Laurent Bernède)

mardi 1 août 2017

Novilladas d'août dans le Sud-Ouest

   En février dernier, l'excellente revue ToroMag a consacré son numéro 78 à la novillada piquée. Plus exactement à la crise de la novillada piquée. Chiffres, analyses, entretiens alimentent un dossier très complet.
   C'est une évidence que la novillada piquée est un maillon essentiel dans la formation des futurs matadors et qu'à ce titre elle joue un rôle primordial pour l'avenir de l'art taurin. Mais il y a plus : une novillada est très souvent un spectacle bien plus intéressant que ces banales corridas avec matadors vus et revus et toros aux comportements prévisibles.
   Il est bien sûr du devoir des aficionados de le faire savoir et, par leur présence massive, de soutenir, en tous points de la planète taurine, les organisateurs de novilladas.
   Dans le Sud-Ouest, le mois d'août est traditionnellement riche de novilladas aux cartels attractifs :

     Riscle
samedi 5 août
Marquis d'Albaserrada
David Garzon - Juan Carlos Benitez - Cristobal Reyes

     Parentis
samedi 5 août
Monteviejo
Manuel Ponce - Daniel Menes - Miguel Angel Pacheco

dimanche 6 août
Prieto de la Cal
Mario Palacios - Guillermo Valencia - Tibo Garcia

     Soustons
dimanche 6 août
Fernando Peña
Leo Valadez - Rafael Serna - Adrien Salenc

     Roquefort
dimanche 13 août
Saltillo
Manuel Ponce - Miguel Angel Pacheco -  Garcia Navarrete

     Saintperdon / Mont de Marsan
dimanche 27 août
novillada concours
Cuadri  -  Escolar Gil  -  Valdellan
Virgen María - Pedraza de Yeltes - Pincha
Diego Carretero - Jorge Isiegas - Tibo Garcia

lundi 31 juillet 2017

Hagetmau






Dimanche 30 juillet           Hagetmau
temps couvert
demi-arène

6 novillos de Cebada Gago, inégaux (10 piques, ovation au 5) pour Jesus Enrique Colombo (silence, une oreille), Leo Valadez (vuelta, une oreille) et Andy Younes (une oreille, salut).

Le cartel de la novillada piquée des fêtes d'Hagetmau ne manquait pas d'intérêt. Trois novilleros expérimentés, aux portes de l'alternative, se voyaient opposés à un élevage réputé pour sa caste et son sérieux. Hélas, trois des novillos de Cebada Gago, faibles, voire invalides (1, 3 et 6), marquaient les limites de la confrontation. On retrouvait, en revanche, la caste habituelle des andalous chez les 2, 4 et 5.
Le Vénézuélien Jesus Enrique Colombo fait partie des trop rares novilleros qui posent les banderilles. En dehors du second tercio sa prestation fut toutefois assez terne, laissant peu de souvenirs.
Face au brave cinquième, le Mexicain Leo Valadez déclenche les olés du public grâce à des derechazos cités de loin et parfaitement conduits. A gauche il masque son échec en passant bien vite aux plus faciles culerinas. Oreille après un pinchazo et une entière.
Andy Younes remplaçait Adrien Salenc toujours en délicatesse avec son épaule depuis Mont de Marsan. Il montra des facilités à toréer les deux invalides qui lui échurent, ce qui est bon signe lorsque l'on a l'ambition de devenir figure.

mardi 25 juillet 2017

Madeleine 2017 (4)


   Dimanche 23 juillet : corrida d'Adolfo Martin

   Adolfo Martin avait envoyé au Plumaçon un corridón cinqueño, un lot supérieurement présenté qui, par sa présence physique et son danger permit une course de grande émotion. Ces toros, peu mobiles, réfléchis, dont certains ne s'élançaient qu'après avoir longuement toisé le corps du torero, permirent aux trois matadors de mettre en valeur leur courage et leur torería.
   Alberto Aguilar, Emilio de Justo et Alberto Lamelas quittèrent le ruedo sous une grande et unanime ovation. Voilà des toreros qui, injustement, toréent peu, qui n'ont pas encore fait leur place au soleil et, peut-être, ne la feront jamais, mais qui, par leur valeur et leur pundonor resteront dans le cœur et le souvenir des aficionados montois.


 
   La feria de Mont de Marsan, en cinq corridas, a offert un panorama assez complet de la variété de la corrida contemporaine. Entre la corrida de Juan Pedro mercredi et celle d'Adolfo dimanche il y a un monde. Entre les deux, celle de La Quinta a fait l'unanimité. Chacune de ces corridas doit avoir sa place dans un cycle comme celui de la Madeleine. Pourtant la carence trop souvent renouvelée des encierros d'origine domecq interpelle et rend d'autant plus nécessaire l'action de l'aficion en faveur de la variété des encastes et de la présence de toreros modestes mais valeureux.


lundi 24 juillet 2017

Madeleine 2017 (3)


   Vendredi 21 juillet : corrida de La Quinta

   Tout ce qu'a fait Juan Bautista au quatrième La Quinta relève de l'état de grâce. Volés à l'ordinaire, quelques instants de perfection taurine, d'intelligence avec le toro, de communion avec le public. L'attribution des trophées maximums (deux oreilles et la queue) se justifie pleinement lorsqu'elle est réservée à ces moments-là.
   Au-delà de cet événement majeur, la tarde fut riche de nombreuses émotions. A commencer par l'hommage rendu à Ivan Fandiño, ici, dans l'arène où il avait connu tant de tardes glorieuses et où il aurait du toréer cet après-midi.
   La présence et la variété de jeu des toros de La Quinta permit une excellente tarde de toros. A l'exception du premier, maigrichon et fadasse, tous les autres firent des combats dignes d'intérêt. Ils firent en outre une très pédagogique démonstration des caractéristiques de l'encaste Santa Coloma, mêlant d'un toro à l'autre, parfois dans le même toro, la douceur du miel et l'amertume du fiel. Jilguerito, le cinquième, était sans doute le plus complet du lot.
   David Mora connut de très beaux moments face à ses deux toros. Son engagement et la caste de ses adversaires lui valurent deux violentes cogida (vuelta - oreille).
   On pouvait lire dans le programme que Juan del Alamo affrontait pour la première fois des toros de La Quinta. Dur et tardif apprentissage pour le Salmantin qui fut mis en échec par deux toros braves et encastés.


   Samedi 22 juillet : corrida de Torrealta  et novillada de Las Dos Hermanas

   Lorsque j'ai commencé à lire des chroniques taurines, il n'était pas rare que les revisteros qualifiassent certains toros de toros de media-caste. Il s'agissait la plupart du temps de toros au comportement défensif provenant d'élevages aux origines incertaines. En ce samedi des fêtes de la Madeleine il me semble que la majorité des toros de Torrealta et la totalité des novillos de Patrick Laugier pourraient, bien que les deux élevages soient issus du sang bleu de Domecq, être eux aussi qualifiés de toros de media-caste. Des toros rétifs à s'engager mais avec du nerf, du genio, se défendant par des demi-charges accompagnées de coups de tête désordonnés. Au demeurant, il n'est pas inintéressant de voir nos vedettes confrontées à de tels problèmes. Le face à face entre Sébastien Castella et Saltarin, le cinquième,  fut, à cet égard, du plus grand intérêt.. Pour les novilleros en revanche, six à la suite, ça donne une soirée pesante, pour eux comme pour le public. Soirée qui faillit tourner à la tragédie lors de la chute de Gabin Rehabi au quatrième : les jambes sous le cheval et le reste du corps offert au novillo. Plus de peur que de mal au final. Un miracle de plus!
   Ce jour, Brincador, une pépite de Torrealta sortie en sixième position, représenta l'antithèse de cette mala casta. Des formes harmonieuses, de la bravoure, de la noblesse  et une charge inépuisable. Avec beaucoup de sincérité, José Garrido, toujours à la limite de la rupture, dut batailler ferme pour parvenir à lui couper une oreille.
  

vendredi 21 juillet 2017

Madeleine 2017 (2)

La feria de la Madeleine à Mont de Marsan n'est pas de la roupie de sansonnet. En nombre de corrida, il s'agit d'une des plus importantes ferias européennes de l'été : six spectacles majeurs (5 corridas et 1 novillada piquée). Le tout dans des arènes en général pleines d'un public au sein duquel s'expriment, parfois dans le conflit, toutes les tendances de l'aficion, des plus triomphalistes aux plus intransigeantes.   

   Mercredi 19 juillet : corrida de Juan Pedro Domecq

   Faut-il aller voir une corrida de Juan Pedro Domecq ? Au vu des résultats désastreux de la ganaderia depuis le début de la temporada, et même depuis le début de la décennie, et même depuis le début du siècle, la question se pose. Ceux qui se sont abstenus ce mercredi n'ont rien à regretter car s'il fallait qualifier la corrida en un mot ce serait : fadeur, en espagnol : sosería. Les porteurs du prestigieux fer de Veragua souffrent d'un inquiétant manque de caste qui réduit le tercio de pique à sa plus simple expression et qui, malgré ce traitement, n'empêche pas les toros d'aller a menos, finissant avec des charges décomposées. Des toros jolis à regarder mais sans âme. Une exception, le troisième. Un toro comme en rêvent tous les toreros, les figures déjà consacrées comme José María Manzanares aussi bien que les modestes qui ont un besoin urgent de triompher comme Thomas Dufau. Un toro sans trapío, anovillado, sin cara. Après deux picotazos (of course), une charge noble, longue, répétée et avec suffisamment de vivacité pour susciter l'intérêt des étagères. En plein mois de juillet, un toro de sapin de Noël.
   L'heureux élu fut Thomas Dufau et il ne laissa pas passer l'occasion. Depuis la réception par véroniques genou à terre jusqu'à l'estocade finale en passant par un début de faena à genoux suivi de séries de derechazos parfaitement enchainés et templés avec cite de loin, puis une séquence al natural, le Landais, très concentré, sut faire ce qu'il fallait pour couper les deux oreilles de son prodigieux Prodigioso.
   Et j'ai bien peur que Juan Pedro ait pensé : "Ne changeons rien, mes toros sont formidables."

   

  

jeudi 20 juillet 2017

Madeleine 2017 (1)

   
 Mardi 18 juillet : Concours landais

   Une entrée correcte (demi-arène) malgré la canicule de la journée et l'orage qui s'annonce. Un début de concours intéressant, la lutte pour les premières places s'engage. Un petit miracle en course landaise : la musique est discrète et de bon goût. Nous en sommes à la cinquième vache lorsqu'une violente averse oblige à une interruption momentanée. Le public s'est massé dans les hauteurs abritées du Plumaçon, l'orage s'éloigne, le sol semble avoir bien résisté, le concours reprend dans des conditions correctes. Mais une fois la vache rentrée une annonce au micro informe le public de la suspension définitive de la course. J'ai vu des corridas aller à leur terme malgré de bien plus grandes pluies...
  En tout cas la prochaine fois que le temps sera incertain je resterai chez moi.





  

lundi 17 juillet 2017

Céret, première

   C'était ma première corrida à Céret (et pour moi la seule du cycle). Mon dépucelage cérétan en quelque sorte. Un dépucelage raté, comme il se doit. Mais j'ai cru comprendre que d'habitude ça ne se passe pas comme ça. Il faudra donc que j'y revienne...
   Avant que la course ne commence, par haut-parleur, les organisateurs avertissent  le public que les toros se sont abimés les cornes dans les corrals et que, désireux de ne pas rompre l'unité d'une course de Miura, ils avaient choisi de faire lidier l'intégralité du lot tel qu'il était.
   Et c'est ainsi que, ce qui devait être un anniversaire heureux (30ème année de Céret de Toros), a tourné au désastre et à la confusion.
   Il me semble que ce que l'on peut reprocher aux organisateurs c'est d'avoir péché par naïveté. Et comme la naïveté est le propre des passionnés il leur sera beaucoup pardonné.
   La première naïveté est d'avoir choisi un lot de Miura. Car, chez Miura, lorsque l'on s'appelle Céret, on passe fatalement après Pampelune, Séville, Bilbao et Madrid. On n'a donc que du second choix; en l'occurrence des toros qui ont eu des problèmes de corne au campo et que l'on a arrangés (arreglado) ... et advienne que pourra une fois les toros arrivés à la plaza. Arles a ainsi longtemps hérité de lots aux cornes ravagées et, même dans les prestigieuses arènes précitées, la maison Miura a du mal à présenter six toros correctement armés.
   Deuxième naïveté, celle d'avoir cru qu'un public biberonné depuis 30 ans au torisme le plus intransigeant puisse accepter de voir lidier des toros - fussent-ils de Miura - aux cornes aussi détruites que l'étaient celles des quatrième et cinquième. Dans n'importe quelle arène ils auraient provoqué malaise et remous. Alors à Céret ...
   En fin de compte, cet incident ramène les organisateurs sur le plancher des vaches. Une leçon d'humilité sans doute.






A Céret il n'y a pas que les illusions des aficionados qui partent en fumée (photo Velonero)

dimanche 16 juillet 2017

Pampelune







Jeudi 13 juillet      Pamplona
beau temps, vent frais
lleno

6 toros de Nuñez del Cuvillo (12 piques, ovation au 4) pour Antonio Ferrera (silence, vuelta), Alejandro Talavante (une oreille, silence) et Ginés Marín qui remplaçait Roca Rey blessé ici-même l'avant-veille (silence, silence)

Tout commence par des sifflets (gentils) à l'adresse du président (ici, c'est toujours un élu municipal), puis, au tendido soleil, se déploie une banderole géante en faveur des prisonniers d'ETA qui déclenche une belle bronca. Durant toute la corrida, les peñas entretiennent un vacarme d'un niveau sonore à la limite du supportable. Pas d'erreur, nous sommes bien à Pampelune.
Inégaux de présentation, les toros de Nuñez del Cuvillo vont montrer tout au long de la tarde peu d'appétit pour le combat contre la cavalerie. Ils sortent presque toujours seuls de la rencontre et sont donc peu piqués. En conséquence, ils sont peu fixés et très mobiles ce qui occasionnera des deuxièmes tiers souvent émotionnants, la pression des toros obligeant à plusieurs reprises les banderilleros à sauter la barrière. Au troisième tiers les 2, 4 et 5 sont les meilleurs, nobles, vifs, de charge longue.
Antonio Ferrera n'insistera pas face à son premier adversaire, un cinqueño laid et faible. En revanche, face au quatrième, le meilleur toro de l'après-midi, son actuation sera complète, toute empreinte de maturité radieuse. Avec un classicisme teinté d'une pointe de baroque qui lui est propre, il alterne, sur les deux mains, moments de toreo lié ou de passes à l'unité, toujours en phase avec le comportement du toro. La mort sera plus laborieuse : une tentative de recibir se soldera par une demi-épée suivie de deux descabellos. A l'issue du premier descabello Antonio subit, sur une arrancada du toro une violente voltereta qui le laisse un instant groggy.
Alejandro Talavante profitera de la mobilité de ses deux toros pour lier naturelles et derechazos élégants mais parfois un peu distants. Rien de superflu dans son toreo mais une difficulté, parfois, à se centrer. Incompréhensiblement, il ne s'engage pas le moins du monde à la mort de son second adversaire alors que le triomphe était à portée d'épée.
Moins bien servi, Ginés Marín se contente ce jour de montrer sa planta torera et ses belles manières.


samedi 8 juillet 2017

Pamplona

El jugo del bacalao
corre
por los labios de la moza
Olor a ajo y a vómito
Belleza de ojo azulado
de cansancio
Rojo de los labios
rojos de vino tinto
Bajo la camisa manchada
la ducha de sangría dibuja los pechos
en punta
como picos volcados
Abajo el tercer negro está que no termina
de caer
Los peones insectos asesinan
Moscas azules y verdes
sobre la mancha que se estremece allí lejos
en un desierto abrumado
de bandas
El sol grita sus vanidades
de barrio
Insultos arrogantes de peñas
Al caer el tercer negro
el sol es el rey
Los baldes de vino tinto bailan
en chaparrones
de amistad
Los panes entreabren su miga como muslos
y la salsa se escurre al interior
A la sombra los trajes cardenillos
se aburren
El pelele allí abajo
Aquél que decian el maestro
sopla con las dolorosas ganas
de estar en otra parte
de irse muy lejos
lejos de aquí
de esta cuba de carne borracha
de este caldero de odio
de este puchero feliz
Pero el sol pesa
con sus bombos
y todos sus negros a quienes les gusta
el café
La moza despechugada de indecencia
ataca el jamón con dientes de hiena
sonrisas de indiferencia
perforadas por falos
invisibles
Reparte el pan y el vino
como en misa
No se volverá
hacia el pelele allí abajo
Al sol le importan un pico los maestros
Los negros sí
Los negros de la noche
Llegados en silencio hasta la fábrica de gas
Subrepticia invasión
de matadores guerrilleros
en la ciudad ruidosa ydespreocupada
Los negros que son el mal
Correr ante el mal para saberlo
vencerlo
lo más cerca de su cuna de matanza
donde guarda todas las gracias
El encierro es una acción de gracias
un esprint de redención
una eternidad de ocho segundos
un infinido de cincuenta metros
Después habrá churros
chocolate espeso
y después el clarete el pacharán y el cuba libre
y el cochinillo y el bacalao del sol y la ducha
de sangría y las oraciones de San Fermín y
la tristeza
de los matadores
Y siempre está Navarra poco avariciosa
de sus durezas
de sus dulzuras
de sus pecados
Los burgueses rojos y blancos
con hijos como ellos
van a esconder su confesional durante
ocho días
y ser infieles a sus mujeres con
australianas
La moral se calla de pronto en el fondo de
la catedral
Acurrucada como una vieja
En los bares de los burdeles
los esclavos de color
hablan de Julio
y de pesetas con acento
ecuatoriano
Y se recuerda la Conquista
olvidando a Franco
y la humillación
En casas de las viudas las sirvientas llevan pequeños
sombreros
para agradar a los chalanes
y a los empleados de banco bien peinaditos
En la casa del cerdo
el humo de la grasa es una niebla
de agua en la boca
En casa Mauleón las costillas están a precio
de caviar
Y en el Iruña los clones de Hemingway
no paran
de acariciarse sus barbas
como si fueran
un buen par
de huevos

Patrick ESPAGNET
Los Negros
Traduction de Marcel Antoine Bilbao
Loubatières 2002

mercredi 5 juillet 2017

Pampelune , poème de Patick Espagnet


Le jus de la morue
coule
sur les lèvres de la fille
Odeur d'ail et de dégueulis
Beauté d'un œil bleui
de fatigue
Rouge des lèvres
rouge de vin rouge
Sous la chemise souillée
la douche de sangria dessine les seins
pointus
comme des becs renversés
En bas le troisième noir n'en finit pas de tomber
Les peones insectes assassinent
Mouches bleues et vertes
sur la tache qui tressaute loin là-bas
dans un désert assommé
de bandas
Le soleil hurle ses vanités
de quartier
Insultes rogues des penas
Au troisième noir tombé
le soleil est le roi
Les seaux de vin rouge valsent dans des averses
d'amitié
Les pains entrouvrent leur mie comme des cuisses
et la sauce s'y glisse
A l'ombre les costumes vert de gris
s'ennuient
Le pantin en bas
Celui qu'on disait le maître
souffle avec la douloureuse envie
d'être ailleurs
De s'en aller très loin
loin d'ici
de cette cuve de viande saoule
de ce chaudron haineux
de cette marmite heureuse
Mais le soleil est lourd
avec ses grosses caisses
et ses nègres qui aiment tous
le café
La fille débraillée d'indécence
attaque le jambon avec des dents de hyène
Des sourires d'insouciance
taraudés de phallus
invisibles
Elle partage le pain et le vin
comme à la messe
Elle ne se retournera pas
vers le pantin là-bas en bas
Le soleil se fout des maîtres
Pas des noirs
Les noirs de la nuit
Arrivés en silence jusqu'à l'usine à gaz
Subreptice invasion
de tueurs maquisards
dans la ville ronflante d'insouciance
Les noirs qui sont le mal
Courir devant le mal pour savoir
le vaincre
Au plus près de son berceau de tuerie
où il détient toutes les grâces
L'encierro est une action de grâces
Un sprint de rédemption
Une éternité de huit secondes
un infini de cinquante mètres
Après il y aura le churro
le chocolat épais
Et après le clarete le pacharan et le Cuba libre
et le cochon de lait et la morue du soleil et la douche
de sangria et les prières de San Fermin et la tristesse
des tueurs
Et toujours il y a la Navarre pas avare
de ses rudesses
de ses douceurs
de ses péchés
Les bourgeois rouges et blancs
avec des enfants comme eux
vont planquer leur confessionnal pour huit jours
et tromper leurs femmes avec
des Australiennes
La morale est soudain silencieuse au fond de
la cathédrale
Tapie comme une vieille
Aux bars des bordels
les esclaves de couleur
parlent de Julio
et de pesetas avec l'accent
équatorien
Et l'on se souvient de la Conquête
En oubliant Franco
et l'humiliation
Chez les Veuves les servantes ont de petits
chapeaux
pour faire plaisir aux maquignons
et aux employés de banque gominés
A la maison du cochon
la fumée de la graisse est un brouillard
d'eau à la bouche
Chez Mauléon les costillas sont au prix du caviar
Et à l'Iruna les clones d'Hemingway
n'en finissent pas
de caresser leur barbe
comme si c'était
une grosse paire
de couilles

Patick ESPAGNET
Les Noirs
Editions Loubatières, 2002