vendredi 29 mai 2026

Madrid : un grand Diego Urdiales (Thierry W.)

 

Jeudi 28 Mai 2026.
Madrid Las Ventas , grand beau temps
Corrida de la Presse  (vue à la télé)
Présence en Barrera du Roi Felipe VI.
Première des deux corridas que va sortir Juan Pedro Domecq cette année à Madrid.
Ce que l’on demande aux taureaux de Juan Pedro Domecq , c’est d’être assez solides sur leurs pattes, de bouger, de charger avec noblesse et douceur. Le lot d’aujourd’hui a offert cela, avec 2,4 et 5 supérieurs. Seul le sixième est sorti molasse.
En dehors du torero de la Puebla, qui peut mieux toréer actuellement que Diego Urdiales ? Personne. Il y a une multitude de bons toreros, mais lorsque le torero d’Arnedo est capable de jouer la symphonie comme ce jour, ils ne lui arrivent pas aux zapatillas.
Grandiose fut le Toreo réalisé par Diego Urdiales aujourd’hui à Las Ventas au 4ème Juan Pedro de la tarde. Tous les grands taureaux de notre époque sont capables de supporter deux faenas. Une avec le capote et la seconde, évidemment avec la muleta. Les grands triomphes de Morante arrivent généralement avec ce type de taureau. “Mapaná” avait cette charge extraordinaire dont rêvent tous les toreros de la planète. Diego Urdiales l’a magnifiquement toréé avec des veronicas rythmées et très douces. Je suis certain que du côté de Camas le Faraón a apprécié. Le torero a le sourire car il sait qu’il a gagné le gros lot avec ce “Mapaná”. La crainte avec les taureaux de Jean Pierre c’est qu’ils n’aient pas la force d’aller au bout. Celui-ci a une classe extra, et il a la chance d’avoir en face de lui un immense torero qui va le lidier d’une manière remarquable lui laissant des plages de recupération durant toute la faena car son toreo est très exigeant, et n’oublions pas qu’il s’est déjà donné dans le capote durant la première partie de son combat. Le Riojan est en état de grâce. Je ne l’ai pas vu comme ça depuis la Feria de Otoño 2018 face au Fuente Ymbro. Exécution du toreo profond avec grande toreria. Les naturelles, les derechazos, les trincheras, les ayudados par le bas , par le haut, c’est du grand art. La main est très basse. Il m’a semblé que les olés à Las Ventas étaient de plus en plus longs et de plus en plus lents...au rythme du taureau et du Torero. Que dire de ces précieuses passes (remate) par le bas à la fin des séries, là où les jeunes toreros actuels finissent leurs séries par une ou deux passes de poitrine ! 10 minutes sont passées, le premier avis sonne…on n’a pas vu passer le temps tellement on est subjugué par la faena. L’épée est entière mais peut-être pas au bon endroit. Pas grave, on s’est régalé. Une faena pour l’histoire. Un seul mouchoir blanc…perso j’en voulais deux. Je suis persuadé que tous les aficionados sont heureux ce soir d’avoir retrouvé le torero de la Rioja à un tel niveau. Il a poussé le curseur très haut aujourd’hui. Car avant de monter ce chef d’œuvre il nous avait mis en appétit avec son premier taureau. De très belles séries de derechazos, made Urdiales. Le Juan Pedro est noble mais manque de chispa. À gauche le taureau mord et proteste dans la muleta dans un premier temps. Le sept proteste aussi…Diego se recentre et insiste. Il trouve le bon sitio et pose cinq naturelles de toute beauté. Il en profite pour défier du regard les donneurs de leçons du sept qui commençaient à lui expliquer comment il fallait se positionner pour faire le toreo…une épée et l’oreille tombe logiquement.
Les affaires ne s’arrangent pas entre une frange du public de Madrid et la grande Figura Roca Rey. C’est désagréable. Ne soyons pas surpris si un jour le Péruvien décide de ne plus venir à Las Ventas.
La tauromachie que propose Roca Rey est tout autre. Il a été assez suffisant et superficiel avec son premier qui ne transmettait pas grand-chose. Il n’a pas été en reste avec son second. Début tonitruant, les genoux dans le sable, deux cambios dans le dos pour chauffer la salle…les séries de redondos sont plus douces. Lui aussi baisse énormément la main. La faena monte en pression après l’exécution de bonnes naturelles et des regards un brin provocateurs vers le tendido sept qui n’arrête pas de le houspiller…le Juan Pedro part vers les barrières, Roca ne le lâche pas et lui tire des derechazos templés. 90% du public de Las Ventas apprécie et va demander et obtenir une bonne oreille après un pinchazo et une bonne entière. Roca n’a pas déçu, mais sur le plan relationnel les choses se dégradent…
Bruno Aloi est un tout jeune torero mexicain qui vient confirmer une alternative récente. Il y a du pain sur la planche. À sa décharge il aura affronté les deux taureaux les moins intéressants de la tarde. Et puis pour un torero ado, se retrouver entouré de deux immenses toreros eux même dans un grand jour, je conçois que ce n’est pas chose aisée.
Je ne sais si Diego Urdiales a signé trente contrats supplémentaires pour la saison après une telle “actuación “ mais quel plaisir de revoir le torero de la Rioja à un tel niveau…
Diego !…Diego !…Diego !…

wT

 


 

mercredi 27 mai 2026

Vic-Fezensac 2026 (2)

 
Corrida de Baltasar Iban
 
   Une corrida qui n'a jamais décollé et s'est finie sous la bronca. Pourtant tous les éléments étaient réunis pour une après-midi intéressante : une ganaderia dont les toros sont parmi les plus braves de la terre d'Espagne et trois matadors attendus avec intérêt par les aficionados pour avoir déjà fait leurs preuves sur le sable vicois.
   Les Baltasar Iban sont remarquablement présentés ... sauf le dernier qui est quasiment deux fois plus petit et a des cornes deux fois moins longues que ses frères. Il sera accueilli par une bronca et sa lidia ne sera pas prise au sérieux. Et puis il y eut le quatrième, querencioso à l'extrême, qui va mettre en grande difficulté son matador. Les autres ont un comportement intéressant.
   Morenito de Aranda parait totalement hors du coup. Sa déficience à l'épée, bien connue, atteint aujourd'hui des sommets (pitos). José Garrido se contente de beaux détails, notamment à la cape, et tue médiocrement. Juan de Castilla est actif mais sans réelle réussite. 
 

 
 
Corrida de Miura
 
   En faisant appel à la devise de Miura, les organisateurs vicois prenaient un risque certain. Les Cérétans gardent un souvenir cuisant de la tarde de 2017 et les dernières temporadas du fer ne sont pas pour sauter au plafond. La dernière corrida vue par votre serviteur pour la clôture du Pilar 2024 fut une ruine, tous les toros faisant preuve d'invalidité. Et bien le pari est gagné ! La course, bien présentée, fut toujours intéressante et elle connut un moment cumbre avec l'affrontement entre le cinquième miura et Damian Castaño. Pañoleto (est-il de la famille de Pañolero ?) s'était peu employé en deux piques et Damien commence la faena la montera vissée sur la tête. Les choses sont vite claires : le toro est inabordable à gauche et très dangereux à droite, raccourcissant sa charge et cherchant l'homme. Mais le maestro assume tous les risques. Il s'engage à fond et tente, par courtes séries droitières, de s'imposer à la fiera. C'est un combat de tous les instants qui porte l'émotion de la plaza à son comble. Tout le monde espère que l'estocade sera  réussie. Elle l'est car le matador, survolté, s'engage de toute son âme, le toro résiste, finit par tomber, la main du puntillero ne tremble pas. Grosse oreille pour Castaño et merci pour ce grand moment, le meilleur de la feria avec le tercio de pique de Langosto hier, et à coup sûr un des grands moments de la temporada dans la région.
   Par ailleurs deux toros braves, nobles, avec une belle charge au troisième tiers (les 1 et 2). Il fallait un invalide, ce sera le 3 remplacé par un beau mais fade Yonnet.
   Pepe Moral était venu toucher le cachet sans risquer un poil. Mission accomplie. A ne plus revoir.
   Gomez del Pilar encore malheureux au sorteo. 
 
 
   Cette feria, pas aussi réussie que les cartels pouvaient le laisser espérer, pose le problème de l'équilibre entre les différents public vicois. On sait que la feria est conçue pour essayer de satisfaire un public toriste.  Mais elle vit aussi de l'apport du grand public. Or à trop privilégier la frange radicale de la partie toriste on risque d'éloigner le grand public qui ne trouve plus son compte. C'est l'éternelle quadrature du cercle que les Vicois ont d'ailleurs toujours su assez bien gérer. Ce qui m' a paru problématique cette année c'est le tercio de pique. On a subi abondance de tercios mal donnés par des picadors médiocres alors que plusieurs excellents piqueros ont été absent de la feria. Ensuite on a l'impression que, à l'image de la feria espagnole ''Tres Puyazos'', on cherche à imposer systématiquement aux toros une troisième voire une quatrième pique. Or cela ne se justifie que si le toro s'est montré brave sur les deux premières rencontres afin de confirmer et mettre en valeur cette bravoure, ou bien s'il est extrêmement puissant et qu'il parait nécessaire de réduire cette puissance. Dans tous les autres cas la poursuite du tercio de pique est superfétatoire, plus encore si le piquero a montré sa maladresse ou son mauvais vouloir lors des deux premières rencontres.
    
 
 
Photo L. Bernède : Juan de Castilla face au troisième Baltasar Iban 

mardi 26 mai 2026

Vic-Fezensac 2026 (1)

 

   Marquée par la chaleur intense qui s'est brutalement abattue sur la région et par l'excessive médiocrité dont firent trop souvent preuve toros, matadors et cuadrillas, cette feria a eu du mal à trouver son rythme. Heureusement deux toros de la concours (le Saltillo et le Dolores) et le combat épique, le dernier jour, de Damian Castaño face à un Miura "à l'ancienne" ont maintenu la flamme de l'aficion et resteront dans les mémoires.
 
Une terne première journée
 
   Les novillos d'Aguadulce (origine Nuñez), bien présentés, astifinos ont fait preuve de plus de nerf que de bravoure. Le longiligne Gonzalo Capdevila a montré une indéniable vaillance. Pedro Andrés, novillero de Vitoria, est un bon capeador mais il devra reconsidérer sa manière de toréer à la muleta s'il veut trouver un meilleur écho dans les arènes importantes. Pedro Luis m'a semblé en progrès, plus puesto et indéniablement torero. Malgré des mises à mort en général engagées et efficaces, aucun succès ne fut au rendez-vous pour la terna novilleril de ce jour.
 
   La corrida de Prieto de la Cal était supérieurement présentée. Il est certain que les Prieto vont facilement au cheval même de loin mais ils poussent peu et leur bravoure s'étiole rapidement. Au troisième tiers la plupart possédaient (en particulier les deux premiers, negros) une noblesse fade avec des charges courtes. Tout cela manqua d'émotion. Rien à reprocher à la modeste terna du jour (huit corridas l'an passé à eux trois) qui eut le pundonor de tuer en s'engageant. Alberto Lamelas mérite d'obtenir une meilleure place dans le créneau des corridas dures. Le toreo de Luis Gerpe n'est pas dénué de classe et c'est un bon estoqueador. Maxime Solera est en progrès à l'épée.
 

 
 
La corrida concours 
 
   Artesanito de Saltillo
magnifique cárdeno cinqueño, fait preuve de bravoure en quatre piques mal données (dans le dos). Puis de la fixité et une charge longue, douce et noble sur les deux bords (il n'a pas eu la faena qu'il méritait). Un toro  complet malgré deux petits défauts : il a gratté lors du premier tercio et a cherché les planches à l'heure de la mort.
 
   Lancerito de La Quinta 
trois piques en ruant à la troisième, brusque et mobile au troisième tiers.
 
   Medallito de Partido de Resina
grande ovation à la sortie pour ce magnifique Pablo Romero. Trois piques prises en brave mais mal données (traseras), charge courte et collante à la muleta.
 
   Valiente de Benitez Cubero
beau toro, bien que nettement plus léger que ses compétiteurs, avec une robe rare (berrendo en castaño, alunarado). Ce sera sa seule qualité car son combat est peu brillant : trois picotazos et  des demi-charges en jetant les pattes en avant.
 
   Langosto de Dolores Aguirre
Son tamaño, l'impression de puissance qu'il dégage suscite l'ovation à sa sortie.Le tercio de pique sera un grand moment : cinq piques, en désarçonnant le cavalier à la première, avec chute du groupe équestre aux deux suivantes, la dernière prise depuis l'opposé de la piste déclenche la musique et Francisco Pons "Puchano" sort sous une tonitruante ovation. Mais Langosto est un toro incomplet, il se réserve au troisième tiers et réapparait alors son attirance pour les planches déjà perceptible à sa sortie. Dès lors une question se pose pour l'aficionado : manso con casta ou brave avec scories. Pour moi ce sera la deuxième occurrence car la bravoure est avant tout sauvagerie, agressivité et ce toro en a fait preuve en abondance durant le premier tiers. L'autre interrogation porte sur l'opportunité ou pas d'une vuelta al ruedo, demandée par une partie importante du public. Il ne m'aurait pas semblé illogique que dans une arène comme Vic on prime ainsi un toro de premier tiers quand, dans tant d'autres lieux, on glorifie (jusqu'à l'indulto) des toros de troisième tiers.
 
   Sacacuartos de Pagès Mailhan
Magnifique cinqueño castaño, brave en trois piques mais totalement éteint à la muleta après un interminable second tercio, le tout sous un soleil de plomb.
 
   Sanchez Vara fut un chef de lidia précieux. Il est tout à fait à sa place dans une corrida concours même si l'on sait sa faiblesse lorsque le sort lui attribue un toro pastueño comme le fut le Saltillo.
   Roman n'a pas confirmé à Vic son brillant début de temporada; il fut dominé par le La Quinta et impressionné par le Dolores.
   Isaac Fonseca a été bien avec le Partido de Resina dont il tira le peu qu'il y avait à tirer.
 
prix au meilleur toro : non attribué
prix au meilleur picador : Francisco Pons Puchano 
 
 
Photos (Velonero) : le premier Prieto de la Cal
                                estocade de Luis Gerpe 
    

jeudi 14 mai 2026

Madrid : Grande novillada de Montealto et triomphe d'Alvaro Serrano (Thierry Wagniart)

 

Mardi 12 mai 2026

Madrid Las Ventas. Froid et venteux. 

4ème de l’abono, avec aujourd’hui une novillada de Montealto pour Tomas Bastos ( Portugal )  l’Andalou Martín Morilla et le novillero de Navas del Rey ( Madrid ) Alvaro Serrano.

Quel lot de Montealto ! Un régal ! La caste était au rendez-vous, certains très braves au cheval ( oui, ça existe encore de nos jours), sortant sans faiblir de leurs dures rencontres avec les piqueros, galopant allègrement aux banderilles vers des banderilleros qui prirent parfois de gros risques, nobles en général avec une mention spéciale au dernier, “Molinero”, colorado ojo de perdiz,529 kg, novillo complet, brave sous les deux piques et allant à mas tout au long de son combat. Pour moi un novillo de Vuelta.

Je vais être très rapide avec Tomas Bastos. Il a été très en dessous de ses novillos. Superficiel, profilé, il m’a semblé perdu, la pression ?…une prochaine alternative est prévue cet été à Santander…sortie inquiétante pour lui aujourd’hui.

Le jeune Andalou Martin Morilla a été vert comme son costume. Je pense surtout qu’il a été impressionné par Madrid, le taureau de Madrid surtout ! son premier était supérieurement présenté. Ah ce n’est pas les petites novilladas andalouses ici ! De plus il tua vilainement.

Le 15 août dernier dans la monumental des Pins de Roquefort, on a tous découvert un novillero natif de la région de Madrid, un vrai novillero possédant une entrega faisant plaisir à voir mais aussi un sens de la lidia et une toreria qui avait touché les aficionados. Il avait coupé deux oreilles à un excellent novillo d’Escolar Gil. Tout cela est passé un peu au travers ce jour là car la presse spécialisée est à Dax…mais nous on avait vu et on savait qu’Alvaro Serrano est un tout bon. 

Aujourd’hui, dans la plus grande Plaza du Monde, la plus importante, il a été “fenomenal” !!! 

A son premier, un novillo encasté, il a été parfait dans la lidia. C’est un torero qui ne laisse pas indifférent et qui connecte très vite avec le public. Sous la pluie et les rafales de vent il a monté une faena d’une grande intensité. Rendez-vous compte, tirer des derechazos face à un taureau encasté, la muleta qui vole avec le vent, en maintenant un positionnement risqué, en se croisant, une série de naturelle inespérée, des trincherazos de “categoría” comme mon ami Sergio les aime ! Une épée en haut et la première oreille qui tombe. Franchement, avec son dernier il a été torero du début jusqu’à la fin. C’est peut être excessif, mais il a mené un combat, monté une faena avec la sérénité d’une grande figura. Il est né pour être torero. Son début de faena ? Comme les grands maestros. Des aidés par le haut, par le bas, avec justesse, on entend Las Ventas rugir… les séries des deux cotés sont de plus en plus belles, le taureau est à l’unisson, il est bon, très bon même. Ce qu’il y a de bien chez Alvaro Serrano c’est qu’il termine ses series avec des trincheras, des adornos…c’est un plus, Madrid raffole de cette toreria, de cette profondeur…moi aussi. Le Novillero pousse une grande épée. À Saubis on lève les bras comme si on venait de marquer l’essai de la victoire face, au hasard…aux Anglais ! Le suspense jusqu’à la fin, l’épée est un peu contraire, ce grand taureau ne veut pas mourir, deux fois il se relève, le deuxième avis sonne, c’est insoutenable…la Puerta Grande ne peut pas s’envoler ! Finalement un descabello rageur et “Molinero “ tombe et l’oreille avec. Final del partido ! Alvaro Serrano sur les épaules, passage sous la porte donnant vers la Calle Alcala !

Alvaro Serrano, de Navas del Rey, retenez bien son nom.

 wT

 


 

 

jeudi 7 mai 2026

Le temple (5)

 
Conclure ?
 
   Le moment est venu de conclure. Nous avons soulevé les grandes questions que pose le temple : est-il accord avec la charge du toro ou bien ralentissement (ou impression de ralentissement) de celle-ci ? Qui décide ? qui impose son rythme : le toro ou le torero ? Nous avons, pour tenter d'y répondre cherché l'aide d'écrivains taurins, de revisteros, de toreros. À chacun de se forger une opinion en fonction de ses observations, de sa conception de l'art taurin.
   Jean Marie Magnan, dans son ouvrage Corrida-spectacle, corrida-passion réussit avec finesse à rendre parfaitement cohérents les divers points de vue sur le temple :
 
''Cape et muleta deviennent l'unique horizon du taureau et qui ne quittent pas son regard. Comment le fauve pourrait-il se dérober à ce qui se déplace avec lui ou selon lui, que sa course ne rapproche et encore moins ne rattrape ? Déjà, il ne sait plus très bien si cela épouse son avance ou si c'est lui qui s'y soumet  et adopte l'allure que cela lui impose. Et il semble, tandis que diminue son élan, que l'étoffe décide en souveraine et qu'il ne reprendra plus l'avantage. Une sorte de métronome renseigne les artistes les plus profonds sur les diverses vélocités de leurs adversaires et leur permet d'arrêter la meilleure cadence, de faire sourdre la grande musique de leur art.''
 
    Voici mis en avant les qualités nécessaires au torero pour accéder à ce temple si précieux. La maîtrise du corps est toujours liée à celle de l'esprit. Ainsi pour Richard Milian :
 
''Il faut avoir la capacité à maîtriser son corps, à apaiser son esprit, à se mettre dans un conditionnement de paix intérieure totale. [...] On peut oser faire un parallèle avec les arts martiaux qui nécessitent une puissante harmonie intérieure. [...] Lorsque le torero a en lui cette force intérieure, c'est un tel pouvoir qui fait que la cape et la muleta sont alors le prolongement naturel de son corps. Le taureau le ressent, il s'investit, il partage. La faculté de trouver le rythme, la distance, la hauteur...de caresser l'air, est liée à cette harmonie; ce contrôle de soi permet alors de toujours garder la même distance, régulière, dans ce rythme imposé de plus en plus lent, dans la douceur et dans le calme.
Alors le taureau se donne et le combat devient un art.'' 
La Suerte 20 juillet 2012 (sorteo corrida de Mont-de-Marsan) 
 

 
   Si la capacité à templer exige aussi des qualités physiques (souplesse des articulations) ainsi que la faculté de comprendre le comportement du toro, cette force intérieure dont parle Richard Milian, qui permet au torero de se consacrer totalement à la maîtrise de la charge du toro paraît essentielle. On a trop souvent attribué le sens du temple à on ne sait quel don venu d'on ne sait où au détriment de cette force d'âme, qui est confiance en soi et que l'on pourrait appeler plus  prosaïquement courage. 
   Il reste maintenant à transformer cette force en enchantement : 
 
"Pas plus que la poésie, la tauromachie n'est capable de suspendre le vol du temps, mais elle peut du moins conférer à l'éphémère une apparence d'éternité, et donner une consistance aux formes qui s'envolent, de sorte qu'elles deviennent des formes qui pèsent. Alors les élans de l'étoffe, pure temporalité et cadence, donnent le sentiment de se fixer dans une sculpture dynamique, ciselée par le temple.
"Il sera permis à l'artiste d'accepter plus sereinement que s'efface ce qu'il a dessiné sur le sable. Le temps en obscurcira l'image dans les mémoires, mais quelques amateurs garderont pour longtemps encore ce rythme profond du temple, cette ''musique silencieuse du toreo'' dont a parlé si bien Bergamín, et qui reste en nous comme le sillage d'un bonheur, quand il ne reste plus rien."
François Zumbiehl   Des taureaux dans la tête
 
 

Fin
 
Outre les livres cités dans le texte, on pourra lire dans la revue Toros les très intéressants articles suivants :
Pierre Mialane - Alain Montcouquiol   Le temple dans le toreo    n°927-928-929   mars avril 1972
Marc Delon   A confesse du temple   n°1650   avril 2001
Pierre Dupuy   Le temple de la discorde   n°1723   mars 2004