mardi 27 juillet 2021

Mont-de-Marsan : Madeleine 2021

    


   
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   Comme les bons toros, cette feria est allée a mas pour se terminer par l'apothéose de la corrida de Pedraza de Yeltes.
   Après Vic, elle a eu aussi le mérite de montrer qu'une feria taurine pouvait exister sans le secours d'une feria populaire, rappelant ainsi à ceux qui auraient tendance à l'oublier que la fête taurine est constitutive de toutes nos ferias.


Les toros
 
   La présentation des toros a été supérieure à celle de l'année 2019, elle a bénéficié de l'offre pléthorique qui existe actuellement dans tous les élevages en raison du nombre réduit de corridas.
 
   Les Jandilla, cinqueños, aux armures longues et astifinas, sans graisse superflue, constituaient un lot magnifique. Malheureusement le ramage ne correspondit en aucune manière au plumage. D'abord en raison de leur faiblesse : le 1 est faiblissime puis les 2 et 2 bis doivent être renvoyés au corral pour invalidité. Après ce préambule catastrophique on était peu enclin à apprécier la mauvaise caste des suivants qui se traduisit par des charges brusques et sans fixité.

   Très bien présentés aussi les Alcurrucén, avec leur typique corps ensellé. Ils firent des sorties timides puis sautèrent dans les capes qu'on leur présentait, enfin se montrèrent plus bravucones que braves au cheval en une quinzaine de piques et décevants à la muleta où ils finirent souvent sosos, de demi-charge. Le premier fut le plus intéressant. Imposant et puissant, il fut châtié durement trois fois avant de prendre deux rations supplémentaires au réserve (bronca). Le cinquième, pas totalement exploité, se montra très noble au troisième tiers mais avec de la fadeur.

   Comme toujours on attendait beaucoup des Adolfo Martin. Et l'on fut déçu. De présentation honorable mais discrète, le lot se montra bravito au premier tiers (12 rencontres), partant sans rechigner vers le cheval mais y poussant peu. Leur caractéristique fut ensuite la sosería, avec pour les 2 et 3 une innocente noblesse et un dernier toro suffisamment mobile pour permettre un final triomphal. En somme le lot torériste de la feria.

   Changement de décor avec le grand lot de toros de Pedraza de Yeltes le dernier jour qui, pour leur présentation au Plumaçon, permirent une tarde d'une telle intensité qu'elle restera dans le souvenir de tous les spectateurs. Tout avait pourtant mal commencé avec le premier, un grand bœuf qui laissa présager le pire. Mais les quatre suivants furent très proches du toro idéal dont rêve chaque aficionado. Imposants de charpente, irréprochables d'armures (terrifique le 5). Et braves. S'élançant avec franchise vers les canassons, ils poussèrent avec ténacité, arc-boutés sur leurs pattes arrières. Trois fois les 2 et 5, placés à chaque rencontre plus loin du cheval. Un bémol ? Oui, celui de n'avoir jamais renversé les chevaux. Mais la fête se poursuivit au troisième tiers car tous chargèrent le drap rouge sans hésiter, avec une grande noblesse le 2 et le 5 (vuelta al ruedo à chacun), avec plus d'âpreté les 3 et 4. Et tous résistèrent à la mort bouche cousue. Le 6, seul noir du lot, sera un ton en-dessous. Vuelta triomphale finale du mayoral en compagnie d'Alberto Lamelas dans une grande ferveur populaire.

Les matadors
 
   Miguel Angel Perera fit preuve de maîtrise technique en dominant deux toros différents, l'un faible, l'autre de mala casta. L'épée est toujours son point faible, mais il a justifié pleinement sa présence en remplacement du néo-retraité Enrique Ponce.
 
   Daniel Luque a lui aussi dominé deux mauvais toros et a mal tué. Très beau début de faena au réserve d'Antonio Bañuelos dont il accompagnera ensuite les fuites continuelles avec un grand sens de l'esthétique.
 
   Rude journée pour le local Thomas Dufau, honoré en piste en début de corrida à l'occasion des 10 ans d'alternative prise en ces mêmes arènes. On l'imagine rêvant, en guise de cadeau, de jandillas au sang bleu et donc à la noblesse avenante. Il en fut tout autrement. L'encasté troisième le contraint à rester sur la défensive, puis le dernier de la tarde lui mit par deux fois la corne dans le ventre, la première fois sans sommation. Le corps endolori mais miraculeusement indemne, le Landais joua alors la carte du courage qui aurait pu lui valoir des lauriers sans son échec à la mort. 

   Face aux Alcurrucén, Diego Urdiales fut le seul matador de la terna à connaitre le succès. Une sereine maturité semble l'habiter et son toreo artistique, con empaque, toujours adapté aux conditions du toro reçut un accueil chaleureux du bon public montois. Il coupa l'oreille du quatrième après un pinchazo et une bonne entière pour une faena d'art subtil à un toro médiocre.

   Paco Ureña a connu une matinée discrète. Son premier adversaire avait des charges violentes, brusques, désordonnées et personne ne lui en voulut de ne pas s'arrimer. En revanche un torero de sa classe est capable de tirer parti mieux qu'il ne le fit de la noblesse fade du cinquième.

   Emilio de Justo, face à deux toros de charge réduite, joua excessivement de la voix et d'une vaillance un peu vaine. Il est des jours où il faut savoir ne pas triompher.

   Le one-man-show d'Antonio Ferrera face aux Adolfo Martin a été une grande réussite. Tout semblait parfaitement orchestré : déjà deux oreilles coupées à la mort du troisième et deux nouvelles oreilles au dernier qui se prêta parfaitement au jeu dans une ambiance survoltée. J'ai personnellement beaucoup aimé la mise en suerte systématique des toros à la pique depuis l'autre bout de la piste. Une innovation du maestro qui prête à débat et sur laquelle il faudra revenir. J'ai beaucoup aimé aussi sa manière de tuer à deux occasions par ce que l'on pourrait appeler un recibir al encuentro, le torero marchant vers le toro fixé à une quinzaine de mètres. Autre innovation d'une puissance émotive extraordinaire.
   Ce que l'on pourra en revanche reprocher au torero c'est son jeu de cape limité et très mobile ce jour ainsi que des faenas, certes en recherche de pureté, mais taillée sur le même patron. 
   Il faut enfin souligner qu'il piqua remarquablement le sixième portant le public au rouge vif et préparant ainsi l'apothéose finale d'une tarde qui fut un vrai évènement parfaitement géré par le professionnalisme du maestro.

   Chef de lidia pour la soirée des pedrazas, Lopez Chaves connut une journée accidentée. Il n'y avait rien à tirer du premier, le seul manso de la journée. Il fut pris violemment par le quatrième en début de faena, heureusement sans autre dégât que vestimentaire. Face à un animal à la charge soutenue et brusque, Domingo reprit peu à peu l'ascendant en un combat émouvant. Chaude vuelta après échec à la mort.

   Gomez del Pilar, en demi-teinte, connut de bons moments à chacun de ses coriaces adversaires mais sans jamais parvenir à s'imposer totalement.

   Admirable Alberto Lamelas, venu dans la ''capitale landaise'' pour triompher quoi qu'il en coûte et qui, aujourd'hui, connut un sorteo favorable (deux toros de vuelta) et sut en profiter. Il accueillit chacun de ses adversaires par une larga a puerta gayola puis s'attacha à construire des faenas classiques et dominatrices où se côtoyèrent des moments de grande limpidité tel un magnifique changement de main et d'autres plus accrochés. Grosse frayeur lorsque l'impressionnant cinquième le renversa et le chercha longuement au sol avec ses dagues suraigües sans autre dommage là encore que vestimentaire. Estoconazo au 2 et entière desprendida au 5 avec oreille chaque fois et émouvant triomphe.

   Ainsi se termina, par une corrida de verdad, cette feria atypique où les extérieurs de la plaza semblaient sinistrés par on ne sait quelle calamité, mais où le public, à l'intérieur, avait gardé intacte la flamme de l'aficion.



  
   
  

mardi 20 juillet 2021

Tyrosse

 

 



 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Dimanche 18 juillet 2021       Tyrosse      arènes Marcel Dangou
très beau temps     
entrée covid avec laissez-passer sanitaire 

Six toros de Pagès-Mailhan (7 piques, nobles, encastés) pour Thomas Dufau (salut, deux oreilles), Sergio Flores (deux oreilles, salut) et Joaquin Galdos (une oreille, deux oreilles).

Les arènes de Saintvincent-de-Tyrosse (Semisens en gascon) sont joliment décorées par des ferronneries réalisées par l'artiste Jean Ducasse. Malgré l'annulation des fêtes, une corrida avait été organisée et ce fut une de ces rares tardes où la combativité des toros, la qualité du travail des toreros, l'efficacité des estocades se conjuguent pour la plus grande joie du public.
La mort prématurée de Philippe Pagès (on célébra sa mémoire par une minute d'applaudissements) ne lui aura hélas pas permis d'assister au combat plein d'alegria des toros qu'il avait contribué à élever. Tous sortirent avec la fougue de ceux qui veulent en découdre et cognèrent dur contre les planches. C'est en général un signe de qualité que confirma la suite de leurs peleas, en particulier au troisième tiers où leurs charges vives, longues, plongeant dans les muletas avec avidité, permirent aux hommes de donner le meilleur d'eux-mêmes. Plus réservé le tambour major et dur, bronco l'imposant cinquième.
Après l'avoir accueilli par deux largas de rodilla au fil des barrières et donné au quite des chicuelinas serrées, Thomas Dufau sut parfaitement s'accorder avec le quatrième en une très bonne faena classique dans sa première partie, suivie de luquesinas et de manoletinas. Estocade entière et deux oreilles.
Dès les doblones initiaux, Sergio Flores affirma son ascendant sur la charge du 2. Maîtrise qui ne cessa plus dans une faena complète et variée. Une entière et deux oreilles. Il confirma ses qualités de dominio face au plus compliqué cinquième en réussissant à lui extorquer, par la vertu du toreo croisé, de méritoires droitières.
Joaquin Galdos fut parfois débordé par la codicia du troisième dont la bravoure aurait mérité d'être mise en valeur (et tempérée) par une deuxième pique. Il comprit la leçon au 6 qu'il plaça à distance pour une deuxième rencontre. Très bonne faena du Péruvien, classique, précise, qui cette fois s'accouple parfaitement avec son adversaire, les deux allant a mas en de magnifiques séries de naturelles et de derechazos. Très belle estocade finale (deux oreilles) qui conclut parfaitement une tarde triomphale.
À la sortie, des visages heureux.

mercredi 14 juillet 2021

Vic Fezensac 2021 (suite)


 




   La journée de dimanche a connu des moments de grande qualité, de ces moments rares et précieux que nous offre la tauromachie lorsqu’une rencontre a lieu entre un toro sérieux et un torero en pleine possession de ses moyens.

 

Corrida de Hoyo de la Gitana

   Bonne surprise que cette corrida de Hoyo de la Gitana, d’un trapio imposant, sérieuse, brave (14 piques), avec un bémol : une faiblesse de pattes latente qui empêcha certains toros de donner toute leur mesure et obligea à changer les 6 et 6 bis en raison de problèmes locomoteurs.

   Ce jour, Lopez Chaves connut une grande tarde, proche de la perfection. La lidia de son premier Hoyo de la Gitana constitua un modèle du genre. Tout ce qu’il fit à ce toro âpre fut précis, adapté, efficace. Pas un geste de trop, pas une passe superflue, une faena courte, pour une domination totale sur un toro qui ne demandait qu’à extérioriser sa caste austère. Une leçon de maître. Une oreille après une demi-estocade. Le Salmantin récidiva face au quatrième, plus avenant. Son sitio parfait, ses naturelles profondes soulevèrent l’enthousiasme du public qui l’obligea à accomplir deux tours de piste après une mise à mort laborieuse qui le priva de tout trophée. Grande journée de Lopez Chaves qui restera dans la mémoire de tous les aficionados présents.

   Avec un toreo beaucoup plus superficiel, Manuel Escribano fit appel à son expérience et à la variété de son jeu pour passer la rampe (salut, silence).

   Adepte d’un toreo répétitif et en ligne, Miguel Angel Pacheco passa totalement inaperçu.

 

Corrida de José Escolar Gil

   Il y a des corridas qui, comme les bons toros, vont a mas, ce fut le cas de celle-ci commencée dans la fadeur et l’ennui et terminée par un grand triomphe.

   Le petit ruedo vicois avait bénéficié pour l’occasion d’un lot d’une présentation supérieure qui en temps normal aurait été lidié à Madrid ou Pampelune. Mais les arènes de Las Ventas tournent au ralenti et, en cette semaine de San Fermin, les rues de la capitale navarraise restent désespérément désertes.

   Les quatre premiers Escolar Gil ne refusent pas l’appel des picadors (3 piques chacun)  mais pêchent par leur fadeur au point de permettre la sieste habituelle des jours sans toros. Il faut dire que de leur côté les toreros n’aident pas.

    Octavio Chacon est loin de son niveau d’il y a quelques années, on le sent usé prématurément par les rudes combats qu’il a déjà mené. Il laisse échapper les possibilités qu’offre, en particulier à gauche, son second adversaire.

   Manchero, le cinquième, est un magnifique cardeno. Il prend trois piques en poussant de verdad puis fait preuve d’une belle noblesse bien qu’entachée elle aussi de soseria. Alberto Lamelas n’est pas l’homme de la situation. Sans sitio, destemplado, le vaillant batailleur qu'il est ne peut en tirer profit malgré l’appui des tendidos qui l’avaient affectueusement appelé à saluer en début de corrida en souvenir de ses exploits accomplis en ce même ruedo.

   Jusqu’à ce moment, on peut dire que l’après-midi est un échec aussi pour les toreros qui n’ont jamais su prendre la mesure de toros à contrestyle de ce cartel de guerriers.

   Mais sort Cantador, plus petit malgré ses cinq ans bien sonnés, qui va changer la donne. Trois piques prises en brave pour lui aussi mais il possède en outre le nerf, la codicia, l’alegria qui manquaient à ses frères et qui vont donner du relief à ses charges répétées durant le troisième tiers. Gomez del Pilar saura profiter de ce remarquable adversaire, en particulier dans d’énormes séries de naturelles qui feront lever le public. Il arrête judicieusement la faena après un léger accrochage sans laisser au toro le temps de reprendre le dessus. Une entière, résistance du toro, deux oreilles pour Gomez del Pilar et vuelta pour Cantador. Final heureux d’une feria plus que jamais indispensable.

 

 


mardi 13 juillet 2021

Vic Fezensac 2021

 

   Afin de ne pas laisser deux ans de suite Vic Fezensac sans feria taurine, le Club Taurin Vicois avait eu la bonne idée de reporter les corridas données traditionnellement pour Pentecôte au weekend des 10 et 11 juillet. Un pari réussi puisque les étagères confortablement garnies montraient que le public des habitués avait répondu présent sans que pour autant la jauge autorisée (demi-arène) soit totalement atteinte. Cela a permis de relancer les corridas toristes particulièrement mises à mal à la suite des mesures de restriction que nous subissons depuis maintenant près d’un an et demi. Souhaitons que la feria de Céret qui se déroulera samedi et dimanche prochain connaisse le même succès. Il en va de la survie de beaucoup de ganaderias bravas sans lesquelles la tauromachie perdrait beaucoup de sa saveur.

   Les courses connurent du point de vue purement taurin les déceptions et les ratés habituels. Ils sont ici pain béni pour la partie la plus radicale du public qui, sans ces manquements, serait frustrée de ne pouvoir exprimer son mécontentement et son savoir. Elles connurent aussi, particulièrement le dimanche, de nombreux moments exaltants, d’un très haut niveau.  

 



 








Novillada de Raso de Portillo

   La feria débute en fanfare avec Aceñero, excellent novillo de Raso de Portillo qui prend trois piques à tuer toute la camada de Juan Pedro Domecq. On comprendra bien vite l’acharnement du piquero (bronca) : il sait. Il sait que Carlos Aranda n’est pas dans le coup. Le malheureux novillero, inhibé par la peur est totalement incapable de mettre à profit les qualités de son adversaire . Malgré le traitement reçu, le novillo a gardé de l’allant et ses charges semblent claires aussi bien à droite qu’à gauche, mais lorsque l’on ne peut pas … Aranda abrège et en finit laborieusement sous les sifflets d’un public sans compassion. Le novillo, partition restée silencieuse, est ovationné lors de la vuelta unanimement demandée par les gradins.

   Le reste du lot (18 piques) sera toujours intéressant mais ne pourra maintenir ce niveau.

   La matinée aura permis la découverte de José Cabrera. Un vrai novillero qui se donne à fond, plante les banderilles, torée avec sincérité. Le natif d’Almeria instrumenta à ses deux novillos des naturelles de grande qualité (vuelta – vuelta). A revoir.

   Calerito remplaçait le Mexicain Isaac Fonseca, blessé. Il torée avec finesse mais pèse peu sur ses adversaires. Il connut avec le sixième un véritable désastre au descabello (trois avis).

 

Corrida concours

   La corrida concours a été décevante à tous points de vue : toros, matadors, piqueros.

   Le pensionnaire de Fraile est de grand trapio, negro, l’armure fine et ouverte. Il poussote sous trois piques correctement données par Francisco Peña. Sa corne gauche est possible mais Perez Mota ne trouve pas la clé.

   Le Barcial est lui aussi parfaitement dans le type : rond, bas, berrendo en negro. Il prend trois piques sans pousser puis se contente de déambuler en marchant dans le ruedo.

   Gambito de Peñajara est magnifique : sardo, imposant, l’ armure très développée et astifina. Il pousse avec fixité en trois piques sous lesquelles ils est consciencieusement assassiné par Carlos Perez Hernandez. Il avait pourtant montré un bon potentiel de noblesse lors des passes de cape de mise en suerte. Mais l’œuvre est accomplie et l’animal arrive moribond au troisième tiers.

   Belugo, negro classique de chez Yonnet prendra lui aussi trois piques mais il montre peu d’entrega et va a menos. Il chargera avec noblesse mais aussi avec soseria à la muleta. Un yonnet dépourvu de la caste que l’on s’attend à trouver chez les pupilles de l’élevage camarguais.

   Très beau et très imposant aussi le pensionnaire de San Martin (trois piques) mais il montre des signes de faiblesse et va a menos.

   Barbatriste de Los Maños porte nos derniers espoirs. Son aspect anovillado est une première déception. A la pique, son comportement est très inégal, alternant brèves poussées et fuites. Une quatrième pique est superflue. Doté d’une belle charge, le bicho sera le meilleur de la soirée à la muleta même si lui aussi va a menos.

   On pourra peut-être regretter que ce certes médiocre assortiment de toros n’ait pu bénéficier de la plus-value que peut apporter l’oficio et le sens de la lidia de certains maestros.

   Perez Mota, sans être catastrophique, eut beaucoup de mal à se centrer.

   Sergio Serrano fut bruyant, brusque et peu efficace.

   Quant à Adrien Salenc, malgré le meilleur sorteo, il est entré (et sorti par la même occasion) par la petite porte. Il fit assassiner le bon Peñajara par son piquero ce qui lui mit, fort justement, le public à dos. Après un bon début , sa faena au Los Maños s’effilocha pour finir dans l’indifférence.

 

 

 

 

 

 

 


dimanche 20 juin 2021

Partido de Resina en Cuellar

 

   Par la grâce de la télévision j'ai passé un samedi très européen.
   
   D'abord à Budapest où les footballeurs français durent lidier les assauts de la furia hongroise. S'il s'en tirèrent finalement sans dommage majeur, j'eus la très nette impression que nos artistes du ballon rond auraient été bien plus à l'aise face à une équipe de type domecq que face au piquant plein de caste du onze hongrois. Mais si j'aborde ici ce sujet inhabituel c'est pour évoquer ce qui m'a paru essentiel en cette caniculaire après-midi d'Europe centrale : un stade débordant d'un public aussi chaud que des mozos navarrais un jour de San Fermin et cela sans bien sûr un seul masque à l'horizon ! J'ai cru être victime d'une faille temporelle : un retour dans le passé ? une projection dans l'avenir ? ... et je me suis posé bien des questions. Les descendants des Huns ont-ils la couenne plus dure que les autres ou bien nous prendrait-on, ici, pour des gogos ?
 
   Malgré tout l'époque est formidable puisqu'à 18h 30 je me suis retrouvé à Cuellar, province de Ségovie, Espagne, d'où Télémadrid avait la bonne idée de retransmettre la corrida de Partido de Resina. Je ne saurais résister au plaisir d'admirer six Pablo Romero fouler le sable d'une arène lorsque l'occasion se présente. Ce sable, ils le foulèrent avec leur élégance et leur beauté de toujours (on exceptera le 3 à l'armure semblant préparée pour le rejoneo). À l'attrait de leur trapío, les gallardos ajoutèrent une activité en piste toujours digne d'intérêt. Voilà des toros qui nous tiennent éloignés du comportement standardisé de leurs cousins de la famille domecq que l'on voit désormais partout et qui sortent des chiqueros sans même avoir l'idée de donner de la corne, comme déjà prêts à être toréés. C'était loin d'être le cas des Partido de Resina qui semblaient posséder la même énergie délicate à gérer dont les footballeurs hongrois venaient de faire preuve quelques heures plus tôt. Des combattants !
   Tous allèrent à la pique de loin et sans se faire prier mais insistèrent peu sous le châtiment (13 rencontres). Les deux premiers permettaient le toreo artistique. Trois d'entre eux (les 3, 4 et 6) nécessitaient lidia adéquate et torero vaillant et poderoso qu'ils n'eurent pas. Enfin le 5 bis, remplaçant un frère handicapé, receloso et sans une passe, de aliño y a matar.
   Javier Castaño (rioja et or) possède toujours l'avantage d'une cuadrilla trois étoiles (très bon tercio de piques d'Alberto Sandoval au 1). On l'ovationna à son premier pour quelques bons passages à droite. Il commit l'erreur de stopper le tercio de pique après une seule rencontre au 4 et se trouva en permanence à la merci du bicho qui avait pris le dessus dès le début de la faena.
   Morenito de Aranda (noir et blanc) put montrer toute sa toreria face au 2 qu'il toréa remarquablement avec tout l'art dont il est capable mais qu'il tua mal (deux pinchazos et une entière caida). A la mort du 5 bis, l'image de mon téléviseur sembla se teinter de nuances sépias lorsque Morenito se profilait entouré de ses trois banderilleros, prêts à intervenir, comme dans certaines images de la tauromachie d'antan.
   Quant à Gomez del Pilar (vert et or), déception du jour, il parut absent toute l'après-midi.



mercredi 16 juin 2021

Télévision (1)

   
 

 
   Il faut d'abord parler de la télévision française.
   Il est normal qu'un phénomème culturel aussi important que peut l'être la tauromachie dans le sud de la France possède une fenêtre dans le panorama audiovisuel. Depuis des décennies, la chaîne régionale publique France 3 propose aux téléspectateurs des régions méridionales une émission taurine régulière. Or, l'émission Signes du Toro qui faisait suite à Tercios et à Face au toril, n'a plus d'existence depuis le départ à la retraite de Joël Jacobi, son principal animateur, et, malgré la reprise des activités taurines, n'a pas été remplacée. Un silence pesant règne du côté de la chaîne de télévision mais aussi du côté des aficionados. À ce jour, à ma connaissance, aucune association taurine ne s'est fait entendre pour revendiquer la reprise d'un programme taurin sur F3.
   Signe du Toro, émission de grande qualité, s'adressait non seulement aux aficionados mais elle permettait également à de nombreux téléspectateurs qui ne mettent jamais les pieds dans une arène d'avoir un contact avec la culture taurine.
   Va-t-on sans réagir laisser disparaître cela ?


À lire sur le blog Aficion a los toros : Clair de lune à Pampelune
  

vendredi 28 mai 2021

Les leçons d'un désastre

   














 
   Rien de mieux que la réalité pour donner des leçons. La réalité ce furent les gradins désespérément vides de l'arène de Vista Alegre lors de la récente "feria de San Isidro" organisée à Carabanchel par l'empresa Matilla. Les figures, levant les yeux vers les tendidos, ont pu constater l'ampleur des dégâts. Même le cartel qui a le mieux fonctionné (Urdiales, Manzanares, Roca Rey) n'a pas réussi à afficher le no hay billetes (qui n'aurait été qu'une demi-entrée, covid oblige).
   Sauf exceptions (El Cordobés, José Tomas en fin de carrière) il a toujours fallu trois figures pour remplir une arène. Il y a un siècle, Joselito et Belmonte toréaient ensemble et en compagnie relevée : El Gallo, Gaona. Mais une autre condition que l'on a eu trop tendance à oublier ces derniers temps est nécessaire. Trois figures oui ... mais aussi des prix raisonnables à la taquilla.
   Or avec des tarifs qui étaient le double de ce qu'ils sont à Las Ventas, les aficionados ne se sont pas déplacés jusqu'à Carabanchel malgré des cartels indiscutablement bien construits.
   Mais le désastre de Vista Alegre ne sera pas sans effet positif s'il contribue à modérer les cachets qu'exigent les vedettes. Il serait temps que celles-ci, vivant encore dans l'euphorie de leur coup de force victorieux de 2014 contre l'empresa de Séville, prennent conscience de leur responsabilité ... et de leur fragilité. La contemplation du ciment  nu mais éloquent des gradins désertés de Carabanchel peut contribuer à les y aider !
   Avec des cachets décents pour les toreros et des bénéfices décents pour les organisateurs (qu'ils soient privés ou publics), partout sur la planète taurine on devrait pouvoir assister pour un prix décent à une corrida de figures. Cela a toujours été le cas depuis que la corrida existe et si l'on veut qu'elle reste un spectacle populaire il n'y a pas de raison que les choses ne continuent pas ainsi. Car les corridas de figures, même si elles sont loin d'être toute la tauromachie, ni même toujours sa partie la plus intéressante, en constituent un élément essentiel pour son maintien.
   Si ces dernières décennies ont vu un accroissement généralisé des inégalités dans nos sociétés  qui s'est traduit par une augmentation démesurée de la richesse des plus riches - et les figures n'ont pas été les dernières à profiter du mouvement - la crise sanitaire que nous venons de traverser va peut-être marquer un changement de cap qu'il serait bon de mettre à profit ...
 
 
PS : J'ai réussi à dénicher ce billet sur internet (site Toros de Lidia).
 

 
 

 
 
 
 
 
 
 
Pour une place équivalente il en coûtera  52 € à Las Ventas, 58 € à Mont-de-Marsan, 76 € à Bayonne, 82 € à Arles et Nîmes et 100 € à Séville.

lundi 10 mai 2021

Mont-de-Marsan : les cartels de la Madeleine 2021

    


    Après une année 2020 sans toros, le Comité des fêtes de Mont-de-Marsan annonce une feria taurine pour la fin juillet. Feria taurine uniquement car les conditions sanitaires ne permettent pas l'organisation d'une fête populaire. Voici les cartels :

Vendredi 23 juillet
18h   corrida
Jandilla
Enrique Ponce - Daniel Luque - Thomas Dufau

Samedi 24 juillet
11h   corrida
Alcurrucén
Diego Urdiales - Paco Ureña - Emilio de Justo

18h corrida
Adolfo Martin
Antonio Ferrera (unico espada)

Dimanche 25 juillet
11h   novillada sans picadors

18h   corrida
Pedraza de Yeltes
Lopez Chaves - Alberto Lamelas - Gomez del Pilar

   Le vide et l'attente augmentent le prix de ces magnifiques cartels. On regrettera simplement qu'une novillada piquée ne soit pas organisée. Cela devrait faire partie du cahier des charges de toute feria dans une arène de première catégorie. On regrette aussi qu'un lot de Cuadri (il y en avait un prévu pour la feria 2020) n'ait pas trouvé place cette année dans la programmation.
   Du côté des porteurs de coleta on note le somptueux cartel du samedi matin. Concernant l'encerrona d'Antonio Ferrera on peut penser que s'il a accepté d'affronter seul six toros d'Adolfo Martin, le natif d'Ibiza n'a pas l'intention de se contenter de faire de la figuration sur le sable du Plumaçon. Rappelons qu'après une période idyllique avec le public du Sud Ouest au début de sa carrière, la rupture a vite été consommée et un lourd passif s'est instauré depuis. L'aficion espère donc avoir le plaisir de découvrir enfin la plénitude que l'ancien monsieur 100 000 volts du toreo a désormais atteinte si l'on considère ses très convaincantes prestations espagnoles de ces dernières années.
 

Il est important de signaler aussi l'annonce récente d'une corrida à Orthez :

Mercredi 14 juillet
17h30   corrida desafio 
Juan Luis Fraile - Pedres - Fraile de Valdefresno - Sanchez Herrero - El Risco - Julio Garcia
Octavio Chacon - Alejandro Marcos - El Adoureño
 

ainsi qu'à Tyrosse :
 
Dimanche 18 juillet
corrida
Pagès-Mailhan 


Décidément, après le silence de mort de 2020, le mois de juillet 2021 s'annonce comme tonitruant en France !


  

samedi 8 mai 2021

Éclaircies

   

 
   On le sait, la tauromachie est en crise permanente. Et de ce point de vue on a été gâté ces derniers temps. D'un côté la crise sanitaire, d'un autre côté l'agressivité antitaurine de certains partis politiques espagnols. Mais ces derniers jours le sombre voile de pessimisme qui s'était abattu sur le monde taurin s'est un peu déchiré ...

   D'abord sur le front de l'épidémie. L'Espagne retrouve peu à peu un mode de vie qui, s'il ne permet pas les grandes ferias populaires de type San Fermin, va tout de même donner la possibilité d'organiser dans des conditions convenables de nombreuses corridas.
   La France, quand à elle, est semble-t-il en train de se dégeler. Les progrès de la vaccination sont nets et l'on s'achemine vers un été taurin tel qu'on n'a pas oser le donner l'an dernier.
   Bien sûr rien n'est encore définitivement gagné et de nombreuses inconnues subsistent en particulier l'important problème des jauges autorisées, mais l'annonce toute fraîche (on y reviendra) de corridas à Orthez et Tyrosse et d'une feria taurine d'importance pour la Madeleine montoise est un nouveau signe encourageant.
 
   Ensuite sur le front politique. Nous pensons ici, comme la grande majorité des aficionados, je crois, que la tauromachie appartient à tous et que sa meilleure défense consiste donc à avoir des partisans dans tous les camps (voir ici pour ce qui concerne la gauche). Mais ces dernières années, la visibilité et l'agressivité permanente du puissant lobby antitaurin sur la scène médiatique et sur le terrain idéologique, largement favorisées par le développement d'internet, a pu laisser croire à certains représentants politiques que le discours antitaurin ou, pour les plus madrés, une sournoise neutralité teintée d'hostilité, pouvait favoriser leur succès. Mirage du monde virtuel !
  Avec le retour du monde réel, celui des votants, les élections madrilènes viennent de nous offrir un salubre et réjouissant démenti à cette croyance. Car il est patent au vu de la très nette victoire d'Isabel Diaz Ayuso qu'une conclusion, modeste mais très importante pour nous, peut être tirée de ces résultats. La voici : soutenir ouvertement la tauromachie (et la candidate a assumé ce soutien jusqu'au bout) n'enlève pas la moindre voix lorsque l'on se présente devant le suffrage du peuple. C'est déjà beaucoup et c'est une bonne leçon pour tous les politiciens pusillanimes !
   Mais il n'est pas interdit d'aller plus loin et de penser que le fait de se déclarer antitaurin a pu empêcher certains partis de se développer au delà de leur cercle de petits bourgeois intellectuels et bienpensants de centre ville. Il y a en Espagne, et en particulier dans la région de Madrid une importante aficion populaire qui ne peut se retrouver dans ces partis au discours antitaurin (et qui plus est donneurs de leçons), fussent-ils de gauche. 

   Ces éclaircies sont les bienvenues. Ne boudons pas notre plaisir ... en attendant de nouvelles épreuves.



    image : Claude Monet
  
  

lundi 19 avril 2021

Vic Fezensac 2021 : les cartels

    

 
   Si tout va bien, la feria de Vic aura lieu non à la date traditionnelle de Pentecôte mais le weekend des 10 et 11 juillet. Prudent déplacement qui connaitra, on l'espère, un meilleur sort que celui de l'an passé. Pour mémoire, la feria 2020 avait été reportée début juillet avant d'être définitivement annulée.
   Les cartels viennent d'être annoncés par les organisateurs :
 
 
Samedi 10 juillet
11h   novillada
Raso de Portillo
Carlos Aranda - José Cabrera - Isaac Fonseca
 
18h   corrida concours 
Juan Luis Fraile - Barcial - Peñajara de Casta Jijona
Yonnet   -   San Martin  -  Los Maños
Pérez Mota - Sergio Serrano - Adrien Salenc


Dimanche 11 juillet
11h   corrida
Hoyo de la Gitana
Lopez Chaves - Manuel Escribano - Miguel Angel Pacheco

18h   corrida  
José Escolar Gil
Octavio Chacon - Alberto Lamelas - Gomez del Pilar

   La suppression de la journée du lundi entraine l'absence de la corrida de Pedraza de Yeltes qui concluait depuis quelques années la feria. On retrouve les fers et les toreros classiques d'une feria toriste. Du sérieux sans chichi ! On notera le retour des santacolomas de Hoyo de la Gitana. Ils n'avaient pas paru dans le ruedo vicois depuis 2006 en corrida complète mais l'exemplaire combattu lors de la corrida concours 2016 avait donné satisfaction. Un retour qui sera également très attendu c'est celui des albaserradas d'Escolar Gil (dernière sortie en 2015). 
   Côté toreros, on se réjouit du contrat obtenu par Isaac Fonseca. Le petit Mexicain avait connu un début tonitruant en novillada piqué en 2019 autour de Madrid avant que son élan ne soit coupé par les évènements que l'on sait. L'Albaceteño Sergio Serrano est devenu ces dernières temporadas un homme sur lequel on peut compter dans les corridas dures. A lui de se faire une place sur le circuit français. On est en revanche étonné de voir que Pérez Mota, malgré plusieurs échecs patents, est toujours là. Il faut enfin saluer la présence d'Adrien Salenc au cartel de la corrida concours. Un choix qui dénote de sa part aficion, ambition et sens des responsabilités.

Toutes informations sur Toros en Vic, le site du Club Taurin Vicois.

La mi-juillet est aussi la date traditionnelle de Céret de Toros. La semaine suivante, place donc, en Catalogne française, aux très sérieuses courses cérétanes, avec en particulier la première sortie en corrida de toros de l'élevage Reta de Casta Navarra. Le romantique Miguel Reta a tenté de retrouver la caste originelle des toros navarrais si célèbres aux XVIIIè et XIXè siècles. Un évènement !

Toutes informations sur le site Céret de Toros

Après une année de vaches maigres, juillet 2021 verra-t-il le retour des ferias toristas ? ¡ Ojalá ! comme on dit en bon arabo-espagnol.

samedi 17 avril 2021

Ah ! les beaux jours

 

 
 
 
 
 
 
 
 
    Covid 19, malgré les progrès de la campagne de vaccination, continue à faire des siennes. Il va, il vient, personne ne sait comment ni pourquoi. Sa létalité est des plus limitée (nulle pour les jeunes) mais sous la pression de médias sensationnalistes, de politiciens opportunistes et de médecins désorientés, il continue sinon à nous tuer, du moins à nous empêcher de vivre.
   Nous sommes donc loin, très loin même, d'un retour à la normalité, néanmoins il y a dans l'air comme un frémissement printanier qui annonce peut-être un bel été et un bel automne.
   J'ai bien aimé le donquichottisme de l'empresa de Séville dans son entreprise de monter une feria taurine de catégorie contre tous les vents mauvais qui soufflent en ce moment ... L'échec était prévisible mais rendez-vous est pris pour septembre.
   A Madrid devant l'encéphalogramme plat de l'actuelle empresa de Las Ventas c'est à Vista Alegre qu'un organisateur concurrent tente de relancer la machine avec là aussi des cartels prestigieux. L'enjeu est ici différent, il s'agit pour Matilla de se placer en position de force dans l'espoir de supplanter à la première occasion les actuels "non organisateurs" de la catedra del toreo.
   La Gira de Reconstruccion mise en œuvre l'an dernier par la Fundacion del Toro de Lidia a laissé suffisamment de bénéfice (grâce à la télé) pour pouvoir envisager un cycle d'une vingtaine de novilladas durant la présente temporada.
   En France des corridas sont annoncées pour mai et juin à Nîmes, Arles (cartelazos !), Istres et Gamarde. Autre bonne nouvelle, il y aura des ferias taurines cet été même en l'absence de feria populaire.
   Enfin Vic Fezensac et Céret, les deux plus importantes ferias toristes de l'hexagone, qui sont considérées par beaucoup d'aficionados comme le sommet de la temporada, ont toutes deux dates et cartels. Nous en reparlerons.
   Allez, entre donquichottisme et méthode Coué d'un côté et catastrophisme délétère de l'autre, les beaux jours finiront bien par revenir !




   
 

mardi 30 mars 2021

1961 : la dernière temporada des arènes de Bordeaux-Bouscat (fin)

 

 
Dimanche 9 juillet 1961      dernière course aux arènes de Bordeaux-Bouscat
Six novillos de Prieto de la Cal pour Jesus Sanchez Jimenez, Tomas Sanchez Jimenez et Alfredo Sanchez 

   Personne ne le sait encore mais cette novillada sera le dernier spectacle qui se donnera dans ces arènes.
   L'empresa continue dans la note sérieuse qui a été la sienne depuis le début de la temporada avec la présentation à Bordeaux des veraguas de Prieto de la Cal. Présentation réussie puisque les novillos seront applaudis à l'arrastre après avoir fait preuve d'une bravoure pleine d'aspérités.
   Les frères Sanchez Jimenez brillent aux banderilles mais ils sont débordés par l'allant et la combativité des novillos. Le triomphateur sera Alfredo Sanchez qui coupe une oreille de chacun de ses novillos et se signale lui-aussi dans la pose des fuseaux en particulier en deux belles paires al quiebro.

   La tragédie survient une fois le spectacle terminé lorsque les spectateurs quittent leur place pour se diriger vers la sortie. Un escalier des gradins supérieurs s'effondre. On relèvera six blessés parmi lesquels Maria Escarret, habitant à Caudéran, succombera trois jours plus tard à l'hôpital Saint-André.
   Dans les mois qui suivent plusieurs commissions d'enquête concluront toutes à l'extrême dangerosité de l'édifice dont la structure en béton armé se trouve fortement dégradée. La tenue de spectacles est interdite. Il faudrait pour remédier aux problèmes engager des frais (rénovation  totale ou démolition suivie d'une reconstruction) qui dépassent largement les possibilités de l'unique propriétaire monsieur Emile Lataste.
   Pour la première fois depuis 1895, après soixante-sept ans d'activité tauromachique (excepté en temps de guerre) il n'y aura pas de temporada taurine à Bordeaux. Et il faudra attendre vingt-six ans avant que, le 25 octobre 1987, les arènes de Floirac renouent avec la tradition taurine bordelaise.

  Terminons sur une anecdote  tirée du livre de Briscadieu. Il restait dans les corrals de la plaza un sobrero (non identifié). Après qu'il fut clair qu'il n'y aurait plus de spectacle dans les arènes, celui-ci fut lidié secrètement en 1962 devant un petit comité d'aficionados. C'est l'un des frères Sanchez Jimenez qui avait participé à la dernière novillada de juillet 1961 qui officia. Ce toro anonyme est donc le dernier à avoir combattu sur le sable des arènes du Bouscat. Ainsi se bouclait un cycle débuté le 8 juin 1921 avec la lidia de Jabonero, un toro manso de Graciliano Perez Tabernero banderillé à feu qu'expédia ad patres le Mexicain Luis Freg.

   Aujourd'hui, après le riche intermède de Floirac (1987-2006), Bordeaux possède plusieurs clubs taurins en activité et le département de la Gironde, zone la plus septentrionale de la planète des toros, maintient la tradition taurine avec deux arènes secondaires mais bien vivantes : La Brède située dans l'aire urbaine bordelaise, et Captieux aux portes de la forêt landaise.


Sources :
Antoine Briscadieu, Bordeaux capitale tauromachique, UBTF, 2021
Auguste Lafront "Paco Tolosa", Histoire de la tauromachie à Bordeaux, UBTF, 1982
Revue Toros, année 1961
 

Plein total aux arènes de Bordeaux-Bouscat le 15 mai 1949 pour la présentation de Conchita Cintron (archives Sud Ouest)

lundi 29 mars 2021

1961 : La dernière temporada des arènes de Bordeaux-Bouscat

  

 
   Le récent livre d'Antoine Briscadieu, Bordeaux capitale tauromachique, publié par l' UBTF, constitue une bonne occasion de se pencher sur la dernière temporada des arènes du Bouscat.
   En 1961, la plaza de toros de Bordeaux-Bouscat est en activité depuis très exactement quarante ans. Elle a en effet été inaugurée le 8 mai 1921 avec la lidia de toros de Graciliano Perez Tabernero par les espadas Luis Freg et Saleri II. On en célèbrera donc le centenaire dans quelques semaines. Avec ses 10 500 places, l'arène bordelaise est, avec celle de Bayonne, la plus importante du Sud-Ouest. Emile Lataste, empresa des anciennes arènes de la Benatte démolies en 1918, en est le concepteur et le propriétaire. Une trop lourde charge pour un homme seul ...
   Agé, il n'organise plus lui-même les corridas depuis un certain temps déjà. En 1961 c'est Rafael Garcia associé avec l'empresa de Madrid qui dirige les arènes.



Jeudi 11 mai 1961     corrida de la Presse
Six toros de Carlos Nuñez pour Antonio Ordoñez, Manolo Vázquez et Jaime Ostos
 
   Beau succès populaire pour cette première corrida de la saison vu ainsi par Don Claro dans la revue Toros : "La nouvelle empresa avait mis plusieurs et solides atouts dans son jeu pour l'ouverture de la Temporada Bordelaise aux arènes du Bouscat. - Présentation d'un excellent cartel composé d'hommes classés et d'une ganaderia réputée pour sa noblesse donc très prisée par les toreros. - Choix d'un jour férié en semaine, ce qui à Bordeaux, exclut les départs massifs du public local vers les plages proches lors des Weekends. - Enfin le patronage et le concours efficace de la Presse et de la Radio.
   Ainsi, cette corrida de la PRESSE a connu un inhabituel et réconfortant succès d'affluence pour l'Aficion Bordelaise.
   Si l'on ajoute à cela un temps très ensoleillé on comprendra pourquoi les gradins furent à peu près totalement garnis d'une foule bruyante et colorée qui malheureusement ne manifesta pas toujours à bon escient au cours du spectacle."
  Conformément à la tradition de sérieux de l'arène bordelaise, les Carlos Nuñez sont bien présentés, avec des armures bien développées. Ils se révèlent durs et âpres avec une tendance à se réserver après le tercio de piques. Le quatrième est un manso intégral qui, après neuf rencontres avec ruades et une pique plus appuyée, devient dangereux.
   Antonio Ordoñez torée avec classe et parvient à donner au manso "quatre magistrales naturelles aussi valeureuses qu'inattendues" (Don Claro). Mais selon son habitude, il tue bas. (Division d'opinion, salut).
   Manolo Vázquez est peu vu en France où sa nonchalance est peu prisée. Ce jour, il donne la mesure de son art à son premier mais tue sans s'engager et fait couper par sa cuadrilla une oreille non attribuée par la présidence.
   Jaime Ostos connait une journée noire  et entend sifflets et bronca.
   La tarde n'a pas été un franc succès mais elle a permis de montrer qu'un bon cartel pouvait remplir les vastes arènes de Bordeaux. L'avenir semble radieux ...
 

 

Dimanche 4 juin 1961
Six novillos de Francisco Ramirez pour Tomas Sanchez Jimenez, Alfredo Sanchez et Orteguita.
 
  "Expérience  concluante", titre Don Claro dans Toros, "Malgré un temps gris et menaçant toute la matinée, quelques brèves mais fortes ondées en début d'après-midi qui ont certainement retenu chez eux pas mal de spectateurs, cette course s'est déroulée devant des rangées confortablement garnies.
   Assistance populaire et moins sévère qu'à l'habitude mais toute heureuse sembla-t-il de renouer avec la novillada et les avantages pécuniers qu'elle offre".
   De fait la novillada résulta entretenida. En premier lieu grâce aux novillos de Francisco Ramirez (origine Atanasio), fougueux, vifs, encastés. Quant aux novilleros, avec leurs limites, ils donnèrent le meilleur d'eux-mêmes. Tomas Sanchez Jimenez est encore très vert mais c'est un banderillero spectaculaire (oreille, vuelta). 
   Alfredo Sanchez excelle lui-aussi dans la pose des banderilles. A la muleta il n'hésite pas à toréer de la main gauche et donne des naturelles de bonne qualité. Une entière foudroyante à son premier (oreille), une demi-estocade habile à son second (deux oreilles). "Sans être un artiste, Alfredo Sanchez possède un bagage et un entrain qui lui permettront de remporter d'autres succès".
   Orteguita, relevant de blessure et moins bien servi, fait preuve de chic et d'intelligence mais il s'engage moins que ses camarades (vuelta, silence).



Dimanche 18 juin      corrida de l'Oreille d'or
Six toros d'Alvaro Domecq pour Antonio Ordoñez, Diego Puerta et Paco Camino.
 
   La buena racha continue. L'excellent cartel proposé par les organisateurs a rempli les tendidos d'un public qui s'améliore. "Depuis quelque temps, le clinquant cède le pas devant le TOREO sincère et classique et de plus en plus le public réagit judicieusement et spontanément devant le travail de valeur", note Don Claro dans Toros. Il faut dire qu'un cartel de ce niveau ne peut que tirer le public vers le haut.
   "Le déroulement de la course fut toujours intéressant, passionnant parfois et émotionnant en raison de l'âpreté de certains combats.
   Et puis les trois diestros étaient décidés ce qui donna à la course une empreinte sérieuse.
   La plupart des toros de Don Alvaro Domecq se sont vraiment battus et il n'était pas question de fignoler ou de composer la figure. Il fallait s'arrimer".
   Le grand triomphateur de la corrida fut Antonio Ordoñez. Face à Rabioso, quatrième toro de l'après-midi, brave et noble, honoré d'un tour de piste, il se montre sous son meilleur jour, ses naturelles sont admirables. "Trasteo d'une grande pureté, d'un classicisme parfait qui incita la foule à réclamer les deux oreilles et la queue". Antonio Ordoñez sera donc le dernier vainqueur de l'Oreille d'or.
   Diego Puerta, payant toujours comptant, coupe l'oreille du second mais il éprouvera des difficultés à dominer ses adversaires.
   Paco Camino se trouve dans un moment délicat de sa carrière. Physiquement et moralement il a du mal à porter sur ses épaules de tout jeune homme le poids de son statut de figure. Depuis le début de la temporada il alterne les triomphes d'anthologie avec les journées de fracaso et de renoncement. Ce jour il rassure les aficionados à son premier adversaire auquel il coupe une oreille après une bonne faena mais échoue avec le dernier.
   A l'issue de cette corrida pleinement satisfaisante et qui s'inscrivait dans une temporada sérieuse, portée par un public nombreux et un solide noyau d'aficionados, on pouvait penser que les toros à Bordeaux étaient sur le point de connaitre une nouvelle jeunesse.
   Hélas ! le fatal 9 juillet va tout remettre en question.


               suite et fin prochainement ...


samedi 20 mars 2021

Jean-Marie Magnan

   L'écrivain Jean-Marie Magnan est décédé en juillet dernier. Il fut l'ami de grands artistes : Picasso, Jean Cocteau, Curro Romero (entre autres) qui furent pour lui source d'inspiration. Il laisse une œuvre littéraire foisonnante dont la partie taurine n'est pas la moins importante. Il a beaucoup écrit en complémentarité avec des photographes et particulièrement avec son compatriote arlésien Lucien Clergue.
   Je me souviens avoir parfois eu du mal à lire ses excessivement longues reseñas dans la revue Toros où, vilain petit canard, il incarnait une ligne toujours favorable aux toreros artistes. Il fut d'ailleurs évincé de la revue dans les années 90 pour déviationnisme torériste. 
  Pourtant, dans Corrida-spectacle, corrida-passion, s'il consacre l'essentiel du texte à une analyse pertinente des principaux matadors de l'après-guerre, il déplore avec une grande lucidité l'évolution des ganadérias vers un défaut de caste dommageable à l'expression de l'art taurin. Il regrette aussi la mort programmée de la corrida-combat.

   Voici, sur ces thèmes, quelques extraits de cet ouvrage paru en 1978 :

   "Le taureau de Salamanque a eu, dès 1920, la fâcheuse réputation d'être fait sur mesure, élevé et créé pour plaire aux toreros et faciliter leur tâche.
   A cette époque, la technique moderne de la corrida innovée par Belmonte commence déjà à se pratiquer avec une telle absence de défense et de mouvement de la part de l'homme, qu'elle exige non plus de l'opposer à un combattant redoutable mais de lui fournir une sorte de partenaire. Salamanque, la première, acceptera de réduire l'un peu trop de toutes les bonnes qualités que possédaient les taureaux andalous transplantés sur son sol et de les dénaturer pour les rendre populaires auprès des toreros. Le type étudié et patiemment élaboré par les ''maquignons" de Salamanque s'emploiera à diminuer taille et longueur de corne et à ôter au fauve de sa puissance et de son acharnement dans l'attaque. On commercialise le taureau et on le vend jeune grâce aux aliments composés qui hâtent son développement et lui donnent du poids, mais sans la maturité et la vigueur requises et l'adresse à se servir de ses armes."    (p. 131)

   "C'est de ce fauteur de trouble [le taureau] qu'on s'occupera d'abord si l'on veut préparer d'avance, et avec un quasi-automatisme, les conditions du succès. On le soumettra autant que possible aux exigences du jeu moderne. ''En tendant vers l'amélioration ou la commodité du taureau de combat, peut-être en altérons-nous un peu notre époque", reconnaîtra avec bonne grâce Alvaro Domecq, propriétaire d'un des meilleurs élevages andalous. Il s'agissait de régulariser à tout prix la réussite du spectacle et, puisque l'homme en vedette retenait seul l'attention populaire, de l'aider à atteindre avec une certitude croissante ce niveau de perfection théorique où la réclame l'avait hissé. De là, les multiples précautions dont les organisateurs en sont venus à entourer le fauve avec l'accord implicite de la majorité des publics. Dès l'instant qu'on ne s'attache pas à ses vertus mais plutôt à son absence de défauts. Ne suffit-il pas qu'il ne contrarie pas par quelque faiblesse trop marquante la bonne marche du spectacle ? Qui vient voir la vedette, demande surtout au taureau de tenir debout et de bien suivre l'étoffe. Seuls ses agenouillements ou ses chutes le consternent."      (p. 161)

 
   "L'imprévu du combat, autrement dit l'ambiguïté d'un fauve, se trouve presque toujours renforcé par les manifestations pesantes du public, bien propres dans nombre de cas à provoquer la dépression. Comment reprocher désormais aux toreros de mettre d'abord l'accent sur le côté aimable et spectaculaire de leur travail et de choisir des adversaires propices, quand le sérieux du combat suscite tant de quiproquos, de méprises et de colères aussi violentes qu'injustifiées ! 
   Cette bagarre dure, sévère, ingrate contre un fauve moins jeune et malléable, qui n'autorise rien d'autre que de limiter les dégâts et ne peut s'achever dans l'agrément du toreo ravissant, combien de gens, enfin, dans cette arène de Madrid, sont capables de s'y intéresser et d'en suivre les phases méritoires ? ''Quinze cents'', m'a répondu Claude Popelin sans excès de conviction. Et la Monumental peut contenir quelque vingt-trois mille personnes et le but de tout organisateur est de faire le plein. L'évolution du goût du public vers le divertissement apparaît irréversible."    (p.194) 





  

jeudi 25 février 2021

Parentis : changements et inquiétudes

    La cité landaise de Parentis en Born a depuis l'an dernier une nouvelle maire. Si la prise de pouvoir donne de l'appétit, elle oblige aussi. A utiliser par exemple les compétences de ceux qui se sont frottés aux dures réalités de l'organisation taurine. Depuis quinze ans c'est le cas des aficionados de l'ADA (Association Des Aficionados de Parentis) qui sont parvenus à maintenir le prestige (et même sans doute à l'accroître) des arènes Roland Portalier et à faire vivre économiquement la partie taurine de la feria de Sen Bertomiu.
   Or, par un récent communiqué, la mairie a fait savoir qu'elle avait décidé, après un vote du Conseil Municipal, de procéder désormais à l'organisation des manifestations taurines en régie directe en s'appuyant sur un Comité Consultatif Taurin et, pour toutes les questions administratives, sur le prestataire de service (inchangé) Alain Lartigue. L'ADA se trouve donc de facto remerciée  et la convention qui la liait à la municipalité annulée. Voilà qui est bien mal payer quinze années de services rendus, et voilà qui constitue aussi une prise de pouvoir risquée à l'heure où bien des arènes de la région connaissent des difficultés pour assurer la rentabilité de leurs novilladas. Grâce à sa politique de qualité, notamment en ce qui concerne le choix des novillos et la volonté de favoriser des lidias complètes, l'ADA était parvenue à fidéliser un public qui venait parfois de loin. Il semblerait que ce soit précisément  cette politique, jugée trop rigoureuse, qui ait conduit à cette surprenante éviction. Un fait qui ne peut qu'inquiéter les aficionados...
   Deux novilladas sont annoncées pour début août dans des arènes rénovées et couvertes. Souhaitons que le respect du public, donc de l'éthique taurine (ça va de pair bien entendu) qui a toujours été le souci de l'ADA soit maintenu par la nouvelle équipe. C'est ce respect qui fait le succès et la réputation d'une plaza de toros.
 
 
 


 
En quinze ans le public de Parentis a pu vibrer au combat des novillos de :
   Robert Margé
   Raso de Portillo
   Moreno de Silva (Saltillo)
   Murteira Grave
   Paco Madrazo
   Valdellan
   Salvador Guardiola Fantoni
   Yonnet
   Los Maños
   Monteviejo
   Aguadulce
 
 et apprécier le courage et le talent des novilleros :
   Joselito Adame
   Alberto Lamelas
   Juan Ortiz
   Luis Gerpe
   César Valencia
   Guillermo Valencia
   Manolo Vanegas 
   Juan Carlos Carballo

 

Le projet des nouvelles arènes 














Les anciennes arènes se transforment en lieu multiactivités. Elle seront couvertes (couverture centrale amovible en été) et pourront accueillir 2600 spectateurs en configuration tauromachie et 1500 en configuration concert.


samedi 13 février 2021

Les taureaux font leur cinéma

 

 
  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
    Ce sinistre hiver aura au moins apporté deux satisfactions aux aficionados bordelais. La publications de deux livres de grand intérêt : Bordeaux capitale tauromachique d'Antoine Briscadieu publié par l'UBTF, sur lequel nous reviendrons ultérieurement ; et Les taureaux font leur cinéma de Guy Suire dont nous parlons aujourd'hui.
   Guy Suire est un infatigable animateur de la vie culturelle bordelaise et aquitaine. Il a longtemps dirigé le café-théâtre L'Onyx pour lequel il a écrit et mis en scène de nombreuses pièces. Il a aussi beaucoup écrit sur le parler local et tenu pendant des années une chronique Les mots d'ici dans le journal Sud-Ouest. C'est également un grand cinéphile et un aficionado de catégorie. Deux passions qu'il a pu marier avec bonheur en se mettant en quête, des années durant, de tout ce que le cinéma a produit sur le thème de la corrida depuis ses origines jusqu'à nos jours. Ce sont plus de 350 films qui sont ici répertoriés par année de sortie et analysés. La grande richesse du livre vient du fait que chaque film fait l'objet de commentaires avisés qui replacent l'œuvre dans son contexte à la fois cinématographique et tauromachique. Et comme Guy Suire est un homme d'humeur et d'humour (plutôt marrounayre que carignous) ses notices ne manquent pas de piquant.
   Mais il faut voir les films. Entre la désespérance du temps qu'il fait et celle du navire couronné qui persiste à rester bien amarré au port, l'aficionado pourrait bien avoir dans les semaines qui viennent du temps à consacrer au visionnage de quelques films, même si ceux-ci sont parfois loin d'être des chefs-d'œuvre du septième art. On en trouve quelques uns dans les magasins spécialisés ou bien sur internet (plutôt en Espagne pour les films produits dans ce pays) mais la plupart n'ont pas été réédité ; dans ce cas les hasards des recherches sur internet peuvent nous valoir de belles surprises. Voici cinq films que l'on peut voir actuellement sur la "toile" et qui, bien sûr, s'apprécient encore plus le livre de Guy Suire à la main à la lumière des informations que celui-ci nous apporte.

   ♦ Yo he visto la muerte    de José María Forqué   avec Luis Miguel Dominguin    1967
   Injustement méconnu, Yo he visto la muerte est un très bon film de docufiction sur le thème de la mort. "C'est un des films qui mérite place au soleil pour son originalité, ses quatre épisodes de face à face avec la mort sous des angles divers, la fluidité réussie fiction-réalité, une impressionnante affiche avec Andrés Vázquez, Antonio Bienvenida, Alvaro Domecq père et fils, Luis Miguel Dominguin", précise Guy Suire.

   ♦ Fray torero      de Saez de Heredia    avec Paco Camino    1966
   Une curiosité ! Un scénario à la limite du grotesque, mais des thèmes intéressants comme les rapports de l'Eglise et de la société espagnole ou la corruption, que Saez de Heredia, par ailleurs chantre de Franco et de son régime, est mal placé pour exploiter. "Ce Paco, fray torero, incontestable dans l'art de toréer des années 60 et 70, se révèle laborieux comédien. On doubla même sa voix pour les projections en salle de cette unique participation cinématographique, qu'il confesse comme un hasard."

   ♦ Aprendiendo a morir    de Pedro Lazaga    avec Manuel Benitez "El Cordobés"   1962
   El Cordobés n'est encore qu'un novillero mais en passe de devenir la vedette que l'on sait. Ce film a pour mission d'y contribuer. "Avec le temps, ce film prend valeur de document référent sur la période et du phénomène sociologique que représente Manuel Benitez, torero icône de l'Espagne des années 60-70. Une vie en forme de bestseller".
    
   ♦ El Litri y su sombra    de Rafael Gil    avec Miguel Baez "Litri"    1959
   Une bonne occasion de mieux connaitre la saga des Litri et, grâce aux nombreux extraits de courses, de découvrir le toreo du plus célèbre d'entre eux ... et les toros qu'il combattait. "Séquences spéciales du film dans les arènes de Huelva, de Malaga, bétail de Joaquin Buendía et Felipe Bartolomé et extraits importants filmés lors de courses du Litri avec ses appels éloignés du taureau, ces litrazos où, l'épée dans la main droite et la muleta repliée dans le dos, Miguel Baez déployait, lorsque la bête arrivait à juridiction, son étoffe pour réaliser sa passe. Sans oublier de regarder les gradins. Sa griffe à lui".

   ♦ Arènes sanglantes  (Blood and sand)   de Fred Niblo   avec Rudolf Valentino   1922
   Une sobre adaptation du roman de Blasco Ibañez. "Ce film borne, marque une date. La tauromachie quitte sa province, étend sa superficie. Le monde découvre la planète taureaux avec les studios californiens pour levier et Valentino en officiant ... Rudolf, star brillantinée, œil de velours, profil de timbre ou de pièce de monnaie, paupières lourdes, dans son costume de lumière, explose le box-office, part à la conquête de l'univers".
   
 

NB  Cliquer sur les titres pour voir les films
 
D'autres films à voir ici

et sur L'œil contraire : ici ou là ( Orson Welles , dessins animés )
 

 

lundi 11 janvier 2021

Los toros desde la izquierda


   
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   A une époque où les principales attaques contre la corrida viennent des milieux politiques et en particulier, en Espagne, de l'extrême gauche, il était nécessaire que, issue de la gauche elle-même, s'élèvent des voix en défense de la tauromachie. C'est chose faite avec le livre de Eneko Andueza, député du Partido Socialista de Euzkadi au Parlement basque, Los Toros, desde la izquierda. Dans la préface, Carmen Calvo, grande aficionada et rien moins qu'actuelle première viceprésidente du Gouvernement espagnol, écrit : "Il est important que depuis la gauche nous sautions dans l'arène et nous manifestions sans complexes".
   Il était temps en effet que, face à l'attitude ambigüe du PSOE et à l'hostilité déclarée de Unidas Podemos, ceux qui, au sein de la gauche, appuient la tauromachie, fassent entendre leur voix. Les milliers d'Espagnols, électeurs de gauche, qui aiment la tauromachie et se rendent aux arènes avec assiduité ont avalé bien des couleuvres ces derniers temps avec un Président du Gouvernement (Pedro Sanchez) et un ministre de la Culture (José Manuel Rodriguez Uribes) clairement antitaurins.
   Ce livre arrive donc à un moment crucial à plus d'un titre. D'une part il s'agit de redonner aux aficionados de gauche la fierté d'afficher et de défendre à la fois leur condition d'aficionado et de gens de gauche. D'autre part il s'agit de ne pas laisser le monopole de la défense de la corrida aux partis de droite contribuant ainsi à faire accroire qu'être aficionado c'est être de droite, idée non seulement inexacte mais qui pourrait se révéler mortifère pour le monde taurin.
   On se bornera ici à rappeler que le Parti Communiste Espagnol a bénéficié pour se reconstituer dans la clandestinité des largesses financières de la famille Dominguin grâce aux cachets gagnés devant les toros par Luis Miguel et qu'Antonio Chenel "Antoñete", antifranquiste convaincu, a été un fidèle soutien d'Izquierda Unida.
   Une des forces de la tauromachie a toujours été d'agréger autour d'elle toutes les classes sociales. Contre les totalitarismes politiques et moraux, il revient aux aficionados, quelque soit leur bord politique, de maintenir cette diversité. Dans cette optique, il est indispensable qu'il y ait dans chaque camp des défenseurs décomplexés de la cause taurine. En cela ce livre est précieux car il rétablit un équilibre nécessaire à la défense du monde des toros  qui, ces derniers temps, avait été rompu.

PS : Eneko Anduezo n'est pas un inconnu pour les aficionados. Il avait publié il y a quelques années un livre sur Dolores Aguirre, Celle qui élevait des toros.