samedi 26 septembre 2026

Mejorada del Campo

 



Mardi 22 septembre 2026                 Mejorada del Campo (Madrid)
très beau temps
media entrada
 
Six novillos de Pedraza de Yeltes (6 piques, 1 chute) nobles, le quatrième Resistidor, indulté pour Cristian Gonzalez (silence, vuelta), Mario Vilau (deux oreilles, une oreille) et Felipe San Roman (silence, vuelta).
 
La plaza de toros de Mejorada del Campo est une ancienne arène portative installée à demeure à laquelle on a rajouté les dépendances nécessaires. La demi-entrée est classique : lleno à l'ombre et personne au soleil. Soleil qui, n'en doutons pas, va continuer dans l'avenir à s'en donner à cœur joie quand on considère que, durant la funcion, au moins une centaine d'avions est passée au-dessus de nos têtes. La décarbonation n'est pas pour demain ! Heureusement ils volent ici suffisamment haut pour ne pas trop perturber la vie des habitants et le spectacle des toros, et, hormis le visiteur de passage, personne n'y prête attention. 
Mais venons-en à l'évènement de l'après-midi : l'indulto d'un novillo de Pedraza de Yeltes. Resistidor a poussé d'une corne, assez longuement, sous une pique unique en soulevant le cheval. Au troisième tiers, il fit preuve d'une noblesse exquise, toute de douceur, plongeant la tête sur les deux bords dans la muleta de Cristian Gonzalez. Cette franchise sans aspérité fut remarquablement mise à profit par le torero qui réalisa une faena artistique avec de précieuses aidées par le bas pour paraphe. La demande d'indulto partit du callejon, gagna peu à peu le public puis le président qui abdiqua assez rapidement. Rajoutons que le physique du novillo est loin d'être avantageux : bien roulé certes mais des cornes basses, courtes et rentrant vers l'intérieur. Pas idéal pour faire un semental !
Les pedrazas de ce jour, après une forte pique prise avec ténacité, gardèrent tous leur mobilité au troisième tiers ce qui constitue un motif de satisfaction quand on sait le nombre de toros ou de novillos du même élevage que l'on a vus ces derniers temps complètement figés après les piques.
Outre Cristian Gonzalez, le Catalan Mario Vilau en profita pour montrer ses grandes qualités : maîtrise des charges de ses adversaires, séries limpias terminées par de longs pechos, estocades engagées, le tout lui valant deux puis une oreilles.
Felipe San Roman est moins intéressant, il abuse du pico et des tracés vers l'extérieur. 

vendredi 25 septembre 2026

Corrida à Talavera de la Reina (Christian)

 

Me voilà parti en direction de la plaza qui vit  mourir l'incommensurable José Gomez Ortega il y a de cela un siècle et quelques poussières. Je suis escorté pour l'occasion par la première de mes filles et son nouveau compagnon, tous deux ne voulant pas mourir idiots.

Au cartel El Fandi, Manuel Escribano et Morenito de Aranda. Les diestros affronteront les Adolfo Martin Andres : du sérieux donc.

La plaza vénérable (135 ans) rôtit sous 33 degrés et les tendidos sont remplis à 90% , ça fait plaisir.

Pour un souci d'authenticité extrême, j'ai choisi le tendido sol pour que mes deux béotiens soient encore plus dans le truc !

Le public sait ce qu'il regarde, ça aussi ça fait plaisir.

Au chapitre des méthodes souvent cavalières de l'Espagne, agaçante surprise : les trois premiers toros ne sont pas les albaserradas annoncés mais des exemplaires, au demeurant fort bien présentés, de chez Peñajara. Nous ferons  contre mauvaise fortune bon coeur.

Suivront ensuite les toros de la ganaderia attendue.

El Fandi fit du El Fandi : navrant à souhait, le public ne se laissa pas endormir par ses subterfuges de plus en plus éculés. Des sifflets escorteront même sa sortie du ruedo en fin de corrida ! Ça sent la retraite David. Connaissant le bonhomme, ses adieux dureront cinq ans n'en doutons pas.

Manuel Escribano a du métier  ainsi que les trucs qui vont avec mais je trouve qu'il y a depuis deux ou trois ans une évolution de son toreo vers un peu plus de profondeur et  il ne faut pas lui enlever un certain pundonor. Cela ne suffit pas pour une cueillette de trophées malgré un bon deuxième toro.

Public d'aficion vous dis-je.

L'homme du jour, comme souvent, fut Morenito de Aranda qui nous fit voir de bonnes et belles choses. Jetons un voile de pudeur sur sa manière lamentable de tuer qui lui coutera à jamais son statut de figura... tellement, tellement dommage. Ovation et salut au tiers amplement mérités pour le local de l'étape. Je salue au passage ses talents prometteurs de ganadero, j'ai assisté à Candeleda à une novillada où il fournit de sérieux bichos.

À noter encore un détail révélateur, El Fandi fit massacrer ses toros à la pique, Escribano un peu moins et Morenito leur laissa un maximum de fraicheur.  Tout est dit.

Mes petits ignorants, ignorance un peu plus relative pour ma fille vaccinée aux toros télévisés depuis sa plus tendre enfance, eurent la chance de voir la différence entre escroquerie et sincérité et c'est bien là le principal. Mon néo-gendre se dit étonné de son absence de réaction face au spectacle de la mort. Absence de réaction somme toute normale puisque c'était jour de découverte brute avec torrent d'images qui ne laissent pas le temps de souffler. Par ailleurs il fut surpris du rythme soutenu du "traitement" du toro. Il y retournera sans souci. Le virus de l’aficion accomplira-t-il démoniaquement son œuvre ?

L'avenir me mènera-t-il à la feria d’Otoño? C'est déjà mal emmanché pour le 12 et Morante où les places solos n'atteignirent jamais la vente en ligne!

Viva los toros!!!

Christian 

 

mardi 15 septembre 2026

Feria de Valladolid

 
   
   Aussi bien sur le plan taurin que touristique, Valladolid, qui fut un temps capitale du royaume d'Espagne et qui vit naître Philippe II, a des arguments à faire valoir. Son musée de sculpture est une pure merveille et sa feria taurine a repris du poil de la bête depuis que Tauroemocion en a pris les rênes. Les trois dernières corridas présentaient un intérêt certain et avaient attiré la grande foule aux arènes. Le plein total (11500 spectateurs) n'était pas loin d'être atteint le jeudi (Roca Rey), plus encore le vendredi (Morante) et les deux tiers des gradins étaient occupés le samedi (Victorinos, Luque). Parmi ces spectateurs un nombre important de jeunes, voilà qui est réconfortant.
 
   La corrida de jeudi fut celle de la révélation d'un torero : Manuel Diosleguarde. Le Salmantin a connu une grande tarde. Il fut brillant à la cape et bon tueur mais c'est à la muleta, avec la main gauche, qu'il a marqué les esprits. Ses naturelles longues, parfaitement templées et liées soulevèrent l'enthousiasme du public. Deux oreilles, une oreille.
   Roca Rey se donna à fond et prit à son habitude tous les risques. Deux oreilles et une oreille pour lui aussi, le président ayant semblé respecter une certaine parité entre les deux triomphateurs du jour. 
   Alejandro Talavante était l'élément neutre du cartel, il joua parfaitement son rôle.
   Les toros de Victoriano del Rio plurent beaucoup : ils étaient de présentation discrète, de comportement varié, tous toréables.
   
   Le jour de Morante on changea mystérieusement les toros. Le lot prévu de Garcigrande fut entièrement remplacé par un affreux encierro de Vellosino. Des toros laids, affublés pour certains de bananes en guise de cornes, et mansos. Seul le cinquième ressemblait à un toro, il fut brave et Emilio de Justo sut exploiter sa vibrante charge sur la corne droite. A son premier sa réception à la cape par largas parfaitement toréées fut remarquable. Une oreille et deux oreilles pour le probe Emilio.
   Morante de la Puebla eut le pire des lots mais il s'arrima face au brusque quatrième qui ressemblait à une vache et auquel il était parvenu à donner trois véroniques de sa marque. Silence, Salut.
   David de Miranda remplaçait l'espoir local Mario Navas, bras en écharpe, clavicule cassée, à qui furent brindés les deuxième et sixième toros. Plus de dix après avoir jugé David de Miranda peu porteur de qualités pour faire un torero, je dois aujourd'hui réviser mon jugement. Il a énormément gagné en souplesse et occupe un terrain qui lui permet de faire charger les toros et d'enchaîner les passes. Une oreille, salut. 
 
   La corrida de Victorino Martin (huit piques, une chute) fut d'un intérêt constant. En partie en raison du comportement varié des toros mais aussi grâce à une terna d'excellent niveau. Les Albaserradas étaient disparates de présentation, presque tous noirs entrepelado. Les 1 et 4 furent de vraies alimañas comme la maison sait encore en produire. Brave et piquant le petit second qui ne pesait que 451 kg (minimum requis de 435 kg dans les arènes de seconde catégorie) mais renversa le cheval sur la poussée lors de la deuxième pique. De la noblesse pour les trois autres avec le défaut de la fadeur pour le 5.
   Pas de chance pour Manuel Escribano à qui le sort attribua les deux alimañas. Sa volonté et son oficio n'étaient pas de trop faire face sans dommage à l'épreuve, en particulier pour se garder des retours fulgurants du 4. Soutien du public et salut chaque fois pour le courage du Sévillan.
   Daniel Luque est un torero cuajado, il donna à chacun de ses toros une faena différente et parfaitement adaptée aux conditions du toro. Dominateur, concis, tueur sûr. Oreille chaque fois.
   Aaron Palacio rencontrait pour la première fois les toros de Victorino. La suerte lui réserva un premier toro idéal devant lequel sa sincérité et la finesse de son toreo purent s'exprimer. Oreille. Il fut bon également devant le 6 qu'il domina, mais un peu long à la mort. Salut. L'Aragonais est lui aussi un véritable espoir.
   Aujourd'hui pas de manoletinas, bernadinas et autres luquesinas : une corrida sans superflu.
 
 
   D'une feria qui compte de nombreux atouts : cartels de bon niveau, public et présidence corrects, toreros donnant le meilleur d'eux-mêmes, on regrettera la présentation de certains toros par trop insuffisante, même pour une plaza de seconde. 
 
 
 

 
 
 


 
    
    
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

lundi 7 septembre 2026

Seissan

 



Dimanche 6 septembre 2026                      Seissan (Gers)
canicule                                                 théâtre de verdure du Soleil d'Or
deux tiers d'entrée
 
Six novillos de Jean Louis Darré "Camino de Santiago" (8 piques, 1chute), très bien présentés, de comportement varié, pour Jesus Romero (silence, salut), Mario Vilau (une oreille, une oreille) et Hugo Tarbelli qui remplaçait Clovis (une oreille, blessure).
 
On rendit un vibrant hommage en début de course à François Rivière, maire de Seissan récemment décédé. Son aficion a permis à la petite cité gasconne d'organiser des novilladas piquées (après une déjà longue histoire taurine) grâce à la construction du théâtre de verdure du Soleil d'Or dont l'une des fonctions est d'accueillir les spectacles taurins. L'un des burladeros provient d'ailleurs des anciennes arènes du Soleil d'Or de la proche Toulouse et justifie le nom de la plaza.
L'Astarac, cette partie du département du Gers proche des Hautes Pyrénées est également riche sur le plan taurin de la ganaderia de Jean Louis Darré ainsi que de la présence de la cuadra de chevaux de picadors d'Alain Bonijol. C'est sans surprise qu'on les retrouvait donc sur le sable de la plaza. Très bien présentés furent les novillos de Camino de Santiago avec en point d'orgue le magnifique sixième. Leur comportement fut varié et conféra à la tarde sérieux et émotion.
Jesus Romero, peu aidé par une cuadrilla à la dérive, affronta deux novillos vite réfugiés aux tablas. On l'appela à saluer à la mort du quatrième en reconnaissance à la finesse de son style et pour avoir réussi quelques enchaînements méritoires au plus près des planches.
Mario Vilau, novillero barcelonais à la pâleur d'un lord anglais, a été impressionnant de maîtrise et d'efficacité face à ses deux novillos. Sa capacité à tirer le meilleur de ses adversaires, d'allonger leur charge et de les dominer par son temple et son mando m'a fait penser à un certain Enrique Ponce. Il tua avec engagement qui lui valut une voltereta au 2) et coupa l'oreille de chacun de ses novillos. La Catalogne tient-elle un torero ?
Face à deux novillos très exigeants, Hugo Tarbelli, paya du prix du sang son engagement et son inexpérience. Il se montra parfois imprécis aux banderilles mais sa dernière paire de poder a poder était magnifique. Le troisième camino de santiago, un très bon novillo, brave et noble, mena souvent le bal mais l'entrega du Français emporta l'adhésion des étagères (oreille). Face au violent sixième le drame plane. Après de vaillantes séries de derechazos, la cogida viendra sur les naturelles. La corne soulève le torero qui est repris au sol puis emporté dans l'émotion à l'infirmerie. 

dimanche 30 août 2026

Bilbao : Roca Rey ! (Thierry Wagniart)

 

Bilbao. Jeudi 27 août 2026, plaza de toros de Vista Alegre.

Aujourd’hui c’est Le cartel de la Semana Grande. Taureaux de Victoriano del Rio pour Diego Urdiales, Talavante et Roca Rey. Température agréable, beaucoup de vent par moment, piste en excellent état et la plaza remplie jusqu’au toit. Quel plaisir de revoir le “lleno total” à Vista Alegre !

Petit clin d’œil bilbaíno du jour : il y a dix ans, Diego Urdiales coupait les deux oreilles d’ “Atrevido” taureau spectaculaire de chez Alcurrucén et sortait par la grande porte.

La corrida de Victoriano del Río n’avait pas le trapío d’une course pour Bilbao. Certes, le poids moyen de la course était de 560 kg. Mais le poids ne fait pas le trapio d’un taureau de combat. Pas de tamaño, des armures bonitas, pas de fond, faibles, pas de race, et donc pas de caste, comportement totalement anodin de l’ensemble du cheptel au cheval, baromètre essentiel de la bravoure, et pourtant…

Toute l’après-midi, Diego Urdiales réalisa quelques prouesses éphémères, certes, mais la qualité de son toreo, sa profondeur, ne laissa pas indifférent. Avec le capote un quite avec des chicuelinas de toute beauté, puis il nous aura offert quelques muletazos muy buenos, du toreo “al natural” de bon goût, mais malheureusement ses taureaux ne lui ont pas permis d’aller au bout des choses. Comme la semaine dernière à Malaga, il porta des épées engagés et en bonne place. Il reçut deux grandes ovations.

Talavante… je ne sais quoi vous raconter sur ce torero. Je ne l’ai pas senti très concerné. Le strict minimum, et encore. Le seul taureau de l’après-midi qui avait peut-être un peu de race, il demanda à son picador de service de s’occuper de son cas dans une interminable pique…la suite ? Et bien, il fera semblant, il tournera autour, jouera la montre et bye-bye ! Voici mon RIB, merci et à l’année prochaine.

Venons-en maintenant au phénomène Roca Rey. Première victoire, il réunit 14725 personnes à Vista Alegre, chose qui n’est pas arrivé depuis…quinze ans. Il a et a toujours eu gros cartel à Bilbao. Sa deuxième victoire, c’est d’avoir inventé deux taureaux qui n’existaient pas. Authentique exploit. Engagement total dans ses faenas qui devinrent très vite du toreo de proximité, cette tauromachie encimiste qui porte sur le public. Poder et sitio. C’est la base du succès d’hier. Il fut vraiment impressionnant avec son dernier, un cinqueño bien passé, astifino qu’il reçut genoux plantés dans le sable gris, pour chauffer la foule. Mélange de naturelles, deux cambios dans le dos parfaitement maîtrisés…du délire. Tout son travail sera fait dans la zone du tendido 5, à l’abri du vent. Il passe le cinqueño à la moulinette, il le tord, lui fait perdre la tête. Le grand public est en ébullition. Son desplante final est celui d’une grande figura, épée et muleta au sol, sa posture fait chavirer Bilbao. Il se profile pour porter l’épée. Stupeur, il jette sa muleta au sol, la main gauche qui tue est orpheline, il bascule, l’épée rentre, un peu derrière, le public à l’unisson explose comme si l’Athletic marquait le but de la victoire face au Real de notre Kiki national ! Une oreille à chacun de ses taureaux. Voilà pourquoi Roca Rey est una maxima figura del toreo. Ce garçon n’est pas dans le besoin depuis sa naissance, il est immensément riche, mais il joue sa vie dans l’arène… pas toutes certes, mais ça c’est un autre sujet à étudier, et à mon avis il doit venir de certaines réactions environnementales dans certaines arènes.

Roca Rey ! Le sauveur de Bilbao sur l’échiquier taurin ? 

 

wT