lundi 18 février 2019

Joselito, le vrai (2)

   Bien que débiner les figures du toreo fasse partie des petits plaisirs de l'aficionado de base, je pense n'avoir jamais entendu dire du mal de Joselito. Le maestro madrilène partage ce privilège avec César Rincon. Deux icônes des années 90 ! Quand on parle de José Miguel Arroyo, c'est en général pour souligner son jeu de cape varié, ses fameuses estocades, mais aussi sa classe, son exigence artistique faite de recherche de pureté. " Toréer, ce n'est pas faire des passes, c'est laisser couler ton âme devant le toro. C'est donner à l'animal tes centres vitaux, c'est offrir ta poitrine et la faire mouvoir au rythme de la charge, avec la rotation de la taille au tempo. Le cœur torée quand tu te livres complètement, quand le coup de corne ne t'importe pas (p. 160)". Un haut fait vient dans toutes les bouches : son combat face à Brujo, un Cuadri encasté, lors de la feria de Mont de Marsan en 1995. Je n'étais hélas pas présent cette année-là à la Madeleine, mais de mes rencontres, souvent frustrantes, avec le Madrilène, je garde le souvenir d'une chaude après-midi de la feria de Huesca en 1987. 1987, c'est l'année de sa gravissime blessure au cou lors de la San Isidro. Il avait repris l'épée depuis peu lorsque nous le vîmes à Huesca. Le cerbère qui gardait la porte du patio de caballos avait bien voulu, ce jour-là, nous laisser y pénétrer. La cicatrice toute fraiche qui parcourait le cou du jeune Madrilène, de la pomme d'Adam jusqu'à l'oreille, nous avait vivement impressionné. Une cornada de espejo (de miroir), comme disent les taurins ! Comme si de rien n'était, il avait mis le feu aux arènes et obligé 0rtega Cano et Espartaco, deux grandes figures de l'époque, à sortir de leur routine. Je me souviens tout particulièrement de son jeu de cape flamboyant qui avait mis les arènes en ébullition.
   Et puis il y a ce chef d'œuvre que constitue son solo du 2 mai 1996. Chaque fois que je regarde la vidéo de cet évènement je ne peux que rendre grâce au talent lumineux du torero. Malgré les éléments contraires - temps médiocre et toros à l'avenant - le maestro atteint face aux six toros une plénitude qui fait de cette course une anthologie du toreo, au même titre que le solo de Paco Camino dans les mêmes lieux 26 ans auparavant. "Parce qu'être torero, c'est une chose beaucoup plus sérieuse que ce que les gens imaginent. Ce n'est pas seulement faire des passes et couper des oreilles. C'est une façon de se comporter et d'agir, dans l'arène et dans la vie, comme un sacerdoce qui exige une grande qualité d'homme, et pas au sens machiste de ce mot. Il faut avoir des tonnes d'intégrité, de cran, de capacités de sacrifice et de dépassement (p. 135)".
   Torero, voilà ce qu'a été et continue à être José Miguel Arroyo "Joselito".


Quelques autres citations du livre :

   Sa vie

"Je savais presque tout sur la question et je connaissais chaque variété de haschich. Le libanais, le rouge, était le meilleur, mais il y en avait un autre, un marocain verdâtre, très bon aussi. Et un autre plus foncé. Et le pollen. Et la marijuana... Tout dépendait aussi de la façon dont on le préparait. Je l'avais vu faire tant de fois, à la maison, que j'en savais autant que mon père. Je suis encore capable de reconnaitre chaque odeur quand je croise un fumeur de shit dans la rue, même s'il est loin. Moi, en revanche, je ne fumais pas." (p. 30)

"Tu passes de tout à rien. Tu étais le centre de toutes les attentions, tu n'es plus qu'un parmi les autres. Tu as dédié au toreo toute ton adolescence, toute ta jeunesse, plus de la moitié de ta vie, et brusquement tout s'achève et tu ne sais pas comment réagir. Tu as des propriétés, des élevages, des voitures... Tu as tout, et puis après ? En réalité, tu n'as rien qui t'attire autant que le toreo et tu dois démontrer une force intérieure stupéfiante pour parvenir à combler ce vide." (p. 266)

" Maintenant, je suis heureux au campo. Une balade à cheval, deux œufs au plat avec du chorizo suffisent à mon bonheur. Tout le reste m'est superflu, parce que je ne vis pas tourné vers l'extérieur." (p. 177)

   Toréer

"La vérité est une question de centimètre dans le court espace de terrain interdit qui se trouve devant les cornes. Comme disait le grand écrivain taurin Pepe Alameda : « un pas en avant et l'homme peut mourir ; un pas en arrière et l'art peut mourir ». Dans le toreo, c'est cette ligne qui sépare le sublime du vulgaire. Et je n'ai jamais voulu être un torero vulgaire."




mercredi 13 février 2019

Joselito, le vrai

 

   Beaucoup de livres ont été écrits sur la vie des toreros. Parmi ceux que j'ai lus Joselito, le vrai est un des plus riches et des plus captivants. Il vient se placer juste à côté du fameux ...Où tu porteras mon deuil , best-seller des journalistes Dominique Lapierre et Larry Collins racontant, en 1967, la vie d'El Cordobes, et du classique Juan Belmonte matador de toros que Manuel Chaves Nogales avait consacré en 1935 au fameux Sévillan.
   C'est le journaliste Paco Aguado qui a aidé José Miguel Arroyo à mettre en écrit le récit de sa vie. Et quelle vie ! Pas exactement un long fleuve tranquille et, contrairement à certains de ses confrères, rien, absolument rien, de glamour dans la vie du petit José. C'est un vrai miracle que le monde picaresque dans lequel a grandi le Madrilène ait permis l'éclosion de ce torero si fin, si exigeant artistiquement et si complet que fut Joselito. Les psychologues appellent cela la résilience. Il a fallu bien sûr quelques rencontres positives pour changer le cours de cette vie : quelques enseignants compréhensifs et, déterminante, celle de Enrique Martin Arranz, directeur de l'École Taurine de Madrid qui, avec sa femme, adoptera à son adolescence le jeune apprenti-torero.
   Une des figures les plus extraordinaires du livre est celle du père, Bienvenido. Un vrai personnage de roman des bas-fonds : tellement mauvais garçon, négligeant, irresponsable, mais tellement humain et, malgré toutes ses faiblesses, aimant son fils. C'est ce père, traficoteur en tout genre mais abonné à Las Ventas, qui lui transmettra son aficion. Avant de mourir, il aura le temps d'être informé, derrière les barreaux de la prison de Carabanchel, des premiers succès de son fils. Si le futur Joselito, à cette époque de sa vie, se sauve de toutes les dérives que l'on peut imaginer, c'est grâce à sa ferme volonté de devenir torero.
   Dans la deuxième partie, il raconte son parcours pour devenir figure, ses relations compliquées avec le milieu taurin; il analyse sans concession son toreo. En somme, comme le recommandait Michel Leiris, il va à la corne avec les mots comme il y est allé avec les toros. Et c'est pourquoi ce livre, au delà de l'histoire extraordinaire qu'il raconte, est si passionnant et si vrai.

   José Miguel Arroyo, Joselito, le vrai, Verdier, 2012


   

samedi 26 janvier 2019

Lectures hivernales

   L'hiver, avec ses journées sinistres qui obligent à se calfeutrer, est propice à la lecture, à toile ouverte, de textes inattendus. Je ne sais quel hasard a placé sous mes yeux celui que je propose ici.
   Attention, c'est du lourd ! On ne lésine pas sur les interprétations sexuelles et psychologiques en tout genre (la corrida a pourtant déjà beaucoup donné de ce côté-là) et ceux à qui cette exégèse décomplexée donne des boutons pourront passer leur chemin sans regret.
   A condition de ne pas en abuser, je trouve, quant à moi, ce type de texte d'un commerce agréable; il possède, en outre, le mérite de montrer que la corrida - beaucoup d'aficionados, englués dans un corrida bashing dépressif, semblent aujourd'hui en douter - est encore au cœur de certaines problématiques contemporaines.

   Agnés Giard, La corrida, miroir de nos amours ?, 11 juillet 2018, blog Les 400 culs.
Il s'agit du compte rendu d' un texte plus complet et plus universitaire de Philippe Combessie publié dans la revue SociologieS de novembre 2017.

      photo Mariam Vázquez

jeudi 17 janvier 2019

El Juli

   J'apprends en lisant la revue "Toros" (n° 2086-87, décembre 2018) que Julian Lopez "El Juli" a perçu la somme de 90 750 € pour toréer et tuer deux toros dans les arènes de troisième catégorie de Roquetas de Mar (Almeria) le 22 juillet dernier. Certes le Juli est une figura du toreo mais on sait aussi qu'il impose partout où il torée des toros au trapío insuffisant (voire scandaleux) sans compter qu'il est le plus souvent incapable de tuer un toro dans les règles que prescrit l'éthique taurine. Il m'a semblé constater en outre que son tirón commercial s'était sensiblement émoussé ces dernières années. A lui seul, il est loin de remplir les arènes. Si l'on rajoute à tout cela des prestations très décevantes au cours de la dernière temporada en France, on peut souhaiter que, en cette temporada 2019, aucune empresa française n'ait la faiblesse de dépenser une somme si disproportionnée pour un torero devenu si ordinaire.
















El Juli : trop d'ombre au tableau (photo tirée du site eljuli.com)

samedi 5 janvier 2019

Nuñez : la réalité de l'arène

   Voici le nombre de toros et novillos issus des ganaderias d'origine nuñez combattus, en corrida et novilladas piquées exclusivement, au cours de la temporada 2018 (informations provenant du site Mundotoro) :

  • Alcurrucén (+ El Cortjillo et Lozano Hermanos)      74 t.     26 n.
  • José Luis Pereda   (+ La Dehesilla)                          32 t.      6 n.
  • Juan  Albarrán                                                           22 t.
  • Carlos  Nuñez                                                            21 t.
  • Aguadulce (+ Hros. de J. M. Aristrain de la Cruz)    18 t.     12 n.
  • Conde de la Maza                                                        6 t.   10 n.
  • Apolinar  Soriano                                                        6 t.
  • La  Plata                                                                      5 t.      1 n.
  • Carriquiri                                                                     4 t.      4 n.
  • Tardieu Frères                                                              2 t.     1 n.
  • Gabriel  Rojas                                                                      11 n.
  • El  Retamar                                                                          10 n.
  • Miguel  Prados  Osuna                                                          4 n.
   Alcurrucén est présent dans la plupart des ferias importantes et donne régulièrement des toros de grande caste, tel Licenciado cette année à Madrid face auquel El Juli réalisa une grande faena. La ganaderia  fait partie, tous encastes confondus, des plus demandées mais, derrière elle, aucun élevage d'origine nuñez ne parvient vraiment à sortir de l'ombre.
   Pourtant leur plus grande présence permettrait sans doute de rompre la monotonie engendrée par la trop grande place prise par les sempiternels domecqs. On reverra en tout cas avec intérêt en 2019 les novillos de El Retamar à Vic- Fezensac et ceux d'Aguadulce à Parentis.




    samedi 4 août 2018
novillos d'Aguadulce à Parentis      
photos Laurent Bernède

mardi 1 janvier 2019

Bonne Année 2019 Feliz Año Nuevo

















Au delà des ferias prestigieuses, les forces vives de la tauromachie ce sont aussi les centaines de spectacles et de manifestations populaires dans les pueblos d'Espagne.

Riaza (Segovia) le toro de la Asociación, offert par les peñas, est écarté par les amateurs.
photo Velonero

samedi 29 décembre 2018

L'encaste Rincón - Nuñez

   Les novillos d 'El Retamar à Vic-Fezensac puis ceux d'Aguadulce à Parentis-en-Born, deux élevages peu connus, ont attiré l'attention des aficionados au cours de la temporada écoulée. Ces deux ganaderias ont une origine commune : le sang Rincón-Nuñez.
   Également d'origine nuñez, les pupilles du Conde de la Maza ont été impressionnants par leur trapío et leur sérieux. En corrida à Cenicientos, puis quelques jours plus tard en novillada à Roquefort des Landes. Hélas! il s'agissait pour eux du chant du cygne puisqu'il semblerait que la famille Sainz de la Maza ait décidé de mettre la clé sous la porte après s'être défait du bétail restant.
   Dans l'histoire du ganado bravo, si l'on excepte les Conde de la Maza, les toros d'origine nuñez ont toujours fait partie des préférés des figures. Les Carlos Nuñez ont ainsi tenu le haut du pavé durant quatre décennies (des années 40 aux années 70). Ce fut ensuite au tour des pensionnaires de Manolo Gonzalez de faire le bonheur de la fine fleur de la toreria andante. Aujourd'hui les Alcurrucén des frères Lozano sont les seuls toros n'appartenant pas à l'empire domecq que les figures acceptent de toréer régulièrement.
   Un des intérêts de l'encaste a toujours été la variété de comportement, ainsi une corrida d'origine nuñez génère rarement l'ennui. Sans doute est-ce la conséquence de la complexité des origines. En effet, Carlos Nuñez Manso après avoir racheté en 1938 à Garcia Mateo la ganaderia portant le fer de Rincon issue directement de Parladé, eut la bonne idée d'ajouter à son élevage des vaches de Mora Figueroa (Garcia Pedrajas) puis en 1941 un lot de vache de Villamarta. Les résultats seront suffisamment probants pour assurer le maintien de l'encaste jusqu'à nos jours. Que les partisans de la pureté de sang en prennent de la graine!

























Liste des élevages d'origine Rincón-Nuñez

Union de Criadores de Toro de Lidia (UCTL) par ordre d'ancienneté à Madrid
  • Carriquiri
  • María del Carmen Camacho
  • Carlos Nuñez
  • González Sánchez Dalp
  • Manolo González
  • Juan José González
  • Conde de la Maza
  • Alejandro García
  • Mariano y Carmen Arroyo Martín
  • Apolinar Soriano
  • Gabriel Rojas
  • El Alamo
  • Alcurrucén
  • El Trebol
  • Alejandro Vázquez
  • Lozano Hermanos
  • Nazario Ibañez
  • Tapatana
  • El Cortijillo
 UCTL sans ancienneté
  • Juan Albarrán
  • Aguadulce
  • Herederos de José María Aristrain de la Cruz
  • José Pedro Prados
  • El Romeral
  • La Dehesilla
  • Marcos Nuñez
  • Toros de la Plata
  • Torremilla
  • La Cercada
  • José Miguel Arroyo
  • María de la Encarnación Díaz
  • Ana Isabel Vicente
Agrupación Española de Ganaderos de Reses Bravas (AEGRB)
  • José Luis Pereda
  • La Rosaleda
  • El Retamar
  • Toros de Castilla
  • Los Palancares
  • Hoya del Moral
  • García Velasco "El Pera"
Asociación de Ganaderias de Lidia (AGL)
  • Navalrosal
  • Miguel Prados Osuna
  • Hidalgo Rincon
  • Herederos de Juan José Cano
  • Alberto Herranz "La Perla"
  • Rancho Nuevo
  • Julian de los Reyes
  • Juan Sánchez de Valverde
  • Sotobravo
  • Francisco Escarcena
  • Moragón
Association des Eleveurs Français de Toros de Combat (AEFTC)
  • Tardieu frères
  • Alain et Frédérique Tardieu

samedi 8 décembre 2018

Les arènes de Floirac, 20 ans d'une tumultueuse histoire























     Le 24 septembre 2016, les arènes de Floirac donnaient leur dernière corrida. 12 ans déjà ! L'Union des Bibliophiles Taurins de France (UBTF) vient de publier un petit livre, précis dans son texte et richement illustré, qui récapitule l'histoire des arènes de la banlieue bordelaise. Dans une première partie, Alain Labouyrie décrit et analyse avec beaucoup de clarté toutes les vicissitudes juridiques et organisationnelles que les promoteurs municipaux de la corrida à Floirac ont rencontrées et dont ils ont, avec beaucoup de foi et d'enthousiasme, triomphé. Ce n'est pas le moindre de ses mérites d'avoir su replacer l'histoire des arènes de Floirac dans le cadre plus vaste de la riche histoire taurine de la métropole bordelaise et du département de la Gironde.
   Dans une deuxième partie, Serge Milhé passe en revue, sans complaisance de circonstance, les différents spectacles qui ont eu lieu durant les 19 années de fonctionnement de la plaza.

   Aujourd'hui, un ensemble de logement a été construit sur le site des arènes (voir ici). Une "arena" modulable de 10 000 places conçue par l'architecte Rudy Ricciotti, bien connu des aficionados, a vu le jour à quelques encablures de là. Elle a été inaugurée en début d'année 2018 et accueille dans de bonnes conditions de confort et d'acoustique des spectacles de musique commerciale et quelques évènements sportifs. Point de corrida à ce jour ...






 Ce sont les villes de La Brède (très proche de Bordeaux) et de Captieux qui maintiennent actuellement, avec modestie mais sérieux, le flambeau de l'aficion girondine.

















Le ruedo de La Brède en hiver (photo Velonero)

lundi 26 novembre 2018

Les reines de l'arène landaise


   Sur le site arte.tv on peut voir actuellement un excellent documentaire sur la course landaise. Les reines de l'arène landaise a été tourné par Jean Marie Barrère, par ailleurs grand reporter et documentariste. La vache Ibiza, ancienne corne d'or, et l'écarteur Mathieu Noguez sont les personnages principaux du film. Sans doute pour complaire aux producteurs d'Arte ou bien pour tenter de désamorcer l'ire des animalistes intégristes (peine perdue, les moralistes intolérants resteront toujours des petits fascistes), on passe beaucoup de pommade, au sens propre comme au figuré, sur le dos d'Ibiza. Cela frise parfois le tartignole mais le talent du réalisateur et sa bonne connaissance du sujet (on voit tout de suite que c'est un gars du pays) donnent, au final, un aperçu de la course landaise et de son milieu assez fidèle à ce qu'ils sont aujourd'hui.

Arte regard   Les reines de l'arène landaise  documentaire de Jean Marie Barrère   31'
   rediffusion le mardi 27 novembre à 4h20
   sur arte.tv jusqu'au 22 décembre






















Baronne (Armagnacaise) 2010 photo Velonero

mercredi 14 novembre 2018

Bartolomé Bennassar

 
   "Mais cette histoire n'est plus celle que l'on écrivait il y a trente ou quarante ans, quand on distinguait deux séquences chronologiques successives : celle du toreo à cheval, pratiquée par la noblesse jusqu'aux deux tiers du XVIIIème siècle, puis celle du toreo à pied, d'origine populaire, né lorsque la noblesse s'était détournée d'un divertissement qui n'avait pas l'heur de plaire à la nouvelle dynastie des Bourbons. Une telle interprétation fait bon marché de l'histoire sociale des Espagnes." (p. 14)

... Il faut lire ou relire ce grand livre, si passionnant et si pertinent, qu'est Histoire de la tauromachie  de Bartolomé Bennassar, le grand historien de l'Espagne et grand aficionado, décédé à l'âge de 89 ans  le 8 novembre dernier à Toulouse.























 Bartolomé Bennassar,  Histoire de la tauromachie - une société du spectacle, Editions Desjonquères,  1993

samedi 10 novembre 2018

Bilan 2018

Ma corrida rêvée

                          6 toros de FUENTE YMBRO 6
        Diego URDIALES - Emilio DE JUSTO - Andrés ROCA REY

   Les trois toreros de mon cartel se sont vraiment imposés comme une évidence.
   Diego Urdiales a dépassé tout ce que j'avais rêvé de mieux pour lui et pour l'aficion. Trois oreilles à Bilbao suivies de trois oreilles à Madrid, et cela dans une temporada d'à peine six corridas! Quelle leçon il a donné à tous : aficionados, toreros et organisateurs! Pour moi ses deux triomphes sont l'évènement taurin majeur de la temporada.
   Avec sa classe, son temple, sa régularité, Emilio de Justo a montré sa solidité face à tous les toros et face à toutes les circonstances. Souhaitons que l'aficion espagnole ait l'occasion, l'an prochain, d'apprécier son talent comme a pu le faire depuis déjà deux ans l'aficion du Sud-Ouest de la France.
   Le Péruvien Andrés Roca Rey est le triomphateur incontestable de la temporada. Son élan n'a pas été coupé, cette année, par les blessures ce qui prouve une plus grande maturité technique de sa part. On ne peut que souhaiter que cela dure car, au delà de ses énormes qualités taurines, il est devenu le torero le plus taquillero du moment ce qui constitue - soyons prosaïque - une excellente chose pour l'économie de la fiesta.
   Il ne figure pas dans mon cartel mais ce n'est, je l'espère, que partie remise : Octavio Chacon. La confirmation de son talent et de ses qualités de lidiador durant cette temporada est une excellente nouvelle pour l'aficion toriste.
 
    J'ai eu davantage de difficultés à choisir la ganaderia tant la cabaña brava espagnole a du mal à présenter avec un minimum de régularité des toros au comportement adapté au désir des aficionados, que ceux-ci se définissent comme toristes ou toreristes.
   Si j'ai choisi les toros de Fuente Ymbro c'est non seulement parce qu'ils furent les protagonistes de la grande après-midi madrilène du 7 octobre dernier mais aussi pour saluer ce qui pourrait faire figure d'un retour au premier plan. On jettera pour l'occasion un voile sur la désastreuse corrida de Pampelune, mais on soulignera la performance madrilène :12 toros et 18 novillos fournis avec des résultats généralement satisfaisants. On se plait à penser que ce retour est dû à une sensible réduction de la camada (54 toros combattus cette année, le double il y a quelques années).



















2017

mercredi 31 octobre 2018

Alberto Aguilar






















 Année de despedida aussi pour  Alberto Aguilar.
Bilan : 3 corridas ... pas une seule dans le Sud-Ouest ...
Injustice du monde
Mais quel fabuleux souvenir que son triomphe dacquois face à de magnifiques Escolar Gil en 2012 !

photo Laurent Bernède

vendredi 26 octobre 2018

Juan José Padilla

   La première fois que j'ai vu Juan José Padilla c'était à Floirac lors de la corrida de septembre en 1995. Son physique de deuxième ligne m'avait paru bien peu taurin  (il pesait en outre à l'époque quelques kilos de plus) mais il compensait ce handicap par un abattage certain et, surtout, une sincérité qui m'avait touché. Un créneau en tant qu'animateur dans les corridas dures pouvait s'offrir à lui, avais-je pensé, mais j'étais loin d'imaginer l'immense carrière qu'allait réaliser celui que l'on n'appelait pas encore le Cyclone de Jerez.
   Une carrière bâtie à la force du poignet et émaillée de blessures gravissimes que l'homme parvint toujours à dépasser. En 2001, à Saint Sébastien, lorsque Buscador, de Victorino Martin, au lieu de se diriger vers la cape qui se déploie, se jette à pleine vitesse sur Juan José, agenouillé a puerta gayola, le choc est terrible. Les deux adversaires décollent du sol. Toute l'arène, dans un cri de terreur, pense le torero détruit. Et pourtant, Padilla se relèvera de cet accident comme des autres, l'égorgement de Pampelune par un Miura l'année suivante, et, le plus grave de tous, l'épouvantable cornada de Zaragoza en 2011. Cette même énergie vitale qui le conduit à affronter et dominer les toros lui permettra de surmonter toutes les blessures que ceux-ci lui infligeront, faisant de sa personne un exemple de la capacité humaine à dépasser les épreuves les plus dures.

   Bien sûr, les limites de sa tauromachie sont connues de tous : un toreo bullicioso avec une propension à très vite passer au toreo de desplante au détriment du toreo fondamental; un manque patent de classe et d'élégance. Il assuma en général parfaitement ce manque, ne cherchant que fort peu à le surmonter, préférant orienter son style vers les modèles d'une tauromachie plus rude, celle du XIXème siècle. Rouflaquettes et montera à l'ancienne furent les éléments visibles de cette quête.
   Deux grandes journées me paraissent témoigner des qualités taurines qui lui ont permis d'accumuler contrats et triomphes durant plus de vingt ans. En juillet 2002, pour les fêtes de la Madeleine à Mont de Marsan, il coupe quatre oreilles aux pensionnaires de Victorino Martin. Une après-midi complète qui montre l'étendue de ses capacités : magnifique répertoire à la cape, poses de banderilles variées et spectaculaires, à la muleta il domine ses deux toros et transmet de l'émotion au public, enfin il estoque remarquablement, avec sincérité et efficacité, bénéficiant certes dans ce domaine de sa taille et de sa puissance. Déclinées pendant vingt ans  devant les toros les plus difficiles et les mieux présentés, il n'est pas étonnant que ces qualités aient fait de lui une figure, même si, en France, on peut regretter des prestations trop souvent sans ambition dans des arènes comme Vic ou Céret. Bien assise sur ce solide fondement technique, sa personnalité rayonnante lui a permis d'obtenir ce que beaucoup de toreros recherchent et peu atteignent : la connexion avec le public.
   En 2005, à Saint Sébastien, il montrera, toujours face à un toro de Victorino Martin, le fameux Muroalto, une facette plus cachée de son talent. Comprenant très vite la qualité de charge du toro, il le torée de manière classique en grandes séries de naturelles parfaites, d'un temple digne des maestros les plus raffinés. Manière que l'Andalou ne cherchera jamais à trop développer, sans doute ne correspondait-elle pas à sa personnalité profonde.

   Aujourd'hui, chacun se réjouit du succès de sa tournée d'adieu. Partout il a reçu un accueil cariñoso. Partout grand public et aficionados ont rendu hommage à son admirable trajectoire, à son courage exemplaire. Bien que la dernière partie de sa carrière, après la terrible cornada de Saragosse en 2011, ait été plus protégée, son ancienneté l'autorisant à jouer le rôle de telonero dans les corridas de vedettes, nous avions toujours peur pour lui, tellement l'usure du temps et des cornadas avait réduit ses capacités physiques. En témoigne cette année, le scalp d'Arevalo dont les médias, toujours prompts à tirer profit des accidents en tout genre, se sont largement repus.
   Il reste à affronter maintenant à Juan José Padilla ce qui ne sera peut-être pas la partie la plus facile de son parcours : le retour à une existence normale après des années de vie trépidante, de gloire, de triomphe, de douleurs aussi. A voir la carrière interminable de certaines de nos figures actuelles, il semble que cette rupture soit redoutée par beaucoup. Mais, comme l'a dit le Pirate dans une entrevue récente : "Le véritable courage consiste à affronter la vie comme elle vient".



                 Photo Laurent Bernède Mont de Marsan 2014

mardi 25 septembre 2018

4 toros de Victorino Martin pour Emilio de Justo


1er toro :  Filigrana, Dax samedi 8 septembre
   Filigrana est un toro léger, il a sa pointe de caste. La muleta d'Emilio de Justo, d'un temple parfait, sait lui donner confiance et allonger son parcours. Il parvient à lier des séries de derechazos et fait preuve d'une élégance certaine. Après une estocade tombée et une forte pétition, l'oreille est accordée. Outre l'estocade, je vois un bémol dans le toreo que le torero nous a proposé : l'usage abusif du pico de la muleta. Il me fait alors penser à une grande figure aujourd'hui vieillissante mais toujours au sommet après plus de 25 ans d'alternative. Emilio sera-t-il son successeur?

2ème toro :  Filipino, Dax samedi 8 septembre
   Filipino a clairement indiqué qu'il n'était pas question de le titiller sur sa droite. A gauche, sa charge est courte et brusque. C'est du côté du cœur qu'Emilio monte à l'assaut. Il se croise, le consent à fond et, peu à peu, construit sa domination par des naturelles qu'il n'est pas question de lier entre elles mais qui sont de plus en plus limpides. C'est de l'excellent travail, précis, valeureux, efficace. Un toreo  à l'opposé de celui pratiqué à son toro précédent. Après une media lagartijera d'effet fulminant il coupera une nouvelle oreille.

3ème toro :  Mocito, Mont de Marsan samedi 22 septembre
   Le matin, Emilio a appris le décès de son père. Honorer son contrat est la meilleure façon d'honorer le défunt. Il brinde la mort de Mocito à sa mémoire. Le victorino possède sur la droite une charge vibrante, son armure est astifina. Trois séries de derechazos engagés, dominateurs, avec un temple qui soumet la charge du toro. De la grande tauromachie. Mais dès la première passe à gauche le torero est  bousculé, repris dans les airs, blessé à la cuisse. Il est amené à l'infirmerie. Quelques instants plus tard Emilio revient, grimaçant de douleur, la cuisse fortement bandée. Quel pundonor! Une dernière série magnifique à droite, une mise à mort en deux temps, un dernier salut au ciel, et pendant qu'on réclame l'oreille, le retour entre les mains des chirurgiens. Emilio Serrano Torres peut reposer en paix, son fils est torero.

4ème toro :  Matraca , Mont de Marsan samedi 22 septembre
   Matraca est le toro de l'après-midi. Il commence par faire des choses étranges à la cape, puis comme ses frères du jour il répond tardivement, après avoir beaucoup réfléchi, à l'appel du picador. A la muleta, sa charge est puissante, violente, terriblement encastée mais peut-être moins sournoise que celle de ses prédécesseurs dans le ruedo. Il ne sera pas toréé par le natif de Cáceres qui se trouve à ce moment-là sur la table d'opération de l'hôpital de Mont de Marsan, mais on peut imaginer ce que sa lidia aurait pu donner entre les mains d'un Emilio de Justo aussi décidé, aussi sincère et talentueux qu'il le fut face à Mocito. Pour l'aficionado, dans une temporada, nombreux sont les rendez-vous inachevés, celui-ci ouvre des espérances pour l'avenir.
   Au delà des moments difficiles qu'il est en train de vivre, nul ne sait quel sera le futur d'Emilio de Justo, mais, à considérer ce qu'il a fait tout au long de la temporada et particulièrement devant des toros aussi compliqués que peuvent l'être ceux de Victorino Martin, on n'hésite pas à imaginer les grands moments qu'il a la capacité de nous faire vivre, pour peu que l'emporte sa version du toreo la plus pure et la plus sincère.
¡Ánimo, Maestro!

photo Laurent Bernède

lundi 17 septembre 2018

Riaza




















Vendredi 14 septembre 2018       Riaza (Ségovie)
très beau temps
demi-arène

6 novillos de La Quinta (10 piques), défectueux d'armure, nobles  pour Pablo Atienza (division d'opinions, une oreille), Cristobal Reyes (silence, silence) et Francisco de Manuel (une oreille, une oreille)

Au pied de la sierra de Guadarrama, à quelques encablures de l'autoroute Burgos - Madrid, Riaza est une petite ville éminemment taurine. Pour la feria, on monte sur la plaza Mayor une arène métallique où se pratiqueront durant une semaine toutes les formes de tauromachie. La novillada piquée de ce jour voyait combattre des novillos de La Quinta. Hélas! tous ont des armures très abimées. Si les deux premiers (andarin le 1, bronco le 2) ont leurs difficultés, les quatre suivants déclinent toutes les nuances de noblesse et de douceur que peuvent posséder, parfois, les santacolomas.
Pablo Atienza, de Ségovie, est le régional de l'étape. Face au très pastueño quatrième il aura de jolis gestes mais restera superficiel.
Cristobal Reyes fait preuve d'une belle sincérité dans toutes ses interventions. Malgré l'incroyable incompétence de la cuadrilla (3 banderilles plantées pour 6 passages) le cinquième buendía gardera toute sa franchise et permettra au Jerezano des moments de toreo remarquable. Impossible en revanche de tuer de manière plus calamiteuse qu'il ne le fit.
Francisco de Manuel se situe, lui, à un niveau supérieur. Il a la planta torera, de l'assurance, du dominio ce qui lui vaut de couper une oreille à chacun de ses novillos, laissant l'impression d'un torero aux grandes possibilités.

dimanche 16 septembre 2018

Villa del Prado






















Mardi 11 septembre 2018   plaza de toros Los Alamos   Villa del Prado (Madrid)
très beau temps
demi-arène

6 novillos de La Guadamilla, très bien présentés (7 piques, ovation au second) pour Pablo Atienza (une oreille, silence), Rafael Gonzalez (deux oreilles, silence) et Pablo Mora (silence, une oreille)

La Guadamilla, voilà un nom qui rappellera quelques souvenirs aux plus anciens. On les a souvent vus en France à la fin des années soixante-dix. Je me souviens avoir assisté à une fameuse novillada dans les anciennes arènes d'Istres, puis ils firent sensation à Roquefort, enfin ils furent choisis par les Vicois pour arbitrer un mano a mano entre Ruiz Miguel et Curro Vazquez. Ils annonçaient à l'époque une origine santa coloma; aujourd'hui, c'est sans surprise le sang domecq qui coule dans leurs veines. Le lot du jour, fort, très armé, était d'une excellente présentation. Ce fut d'ailleurs cette présentation qui donna de l'intérêt à la course car, du côté de la caste, à l'exception du second, brave et noble, ils se montrèrent plus discrets.
Pablo Atienza resta en dessous de la noblesse du premier, il tira en revanche quelques belles naturelles de l'énorme quatrième.
Rafael Gonzalez, plus pueblerino, coupa, malgré un échec à gauche, deux oreilles du second pour des derechazos liés et une entière efficace.
Pablo Mora m'est apparu comme le plus puesto des trois. Son travail méritoire face au calamocheando dernier lui valut une oreille justifiée.
 Hormis l'église il reste peu de choses du passé à Villa del Prado car la ville a été pillée et incendiée en 1838 durant les guerres carlistes. Aujourd'hui, elle s'anime pour les fêtes patronales de septembre. On donne, dans les modernes et confortables arènes, des novilladas précédées le matin d'un encierro. Les gradins de l'ombre se remplissent d'un public local populaire et sérieux, ceux du soleil où se tiennent les jeunes des nombreuses peñas sont plus bruyants.

mercredi 5 septembre 2018

Retour en photos sur la novillada du Comte de la Maza à Roquefort

Grâce aux photos de Laurent Bernède, un petit retour sur la novillada du 19 août dernier à Roquefort.
















Les novillos (tous marqués du 5) ont fait sensation par leur trapío
























 Le mayoral aussi a de l'allure



















Pas toujours braves mais on a vu quelques belles piques



















Les novilleros présents ne se sont pas émus outre mesure; du courage et du sang froid, ils possèdent les bases pour pouvoir continuer leur route. Ici Kevin de Luis.




 
 Aquilino Giron




  



















Il y eut aussi quelques bons professionnels dans les cuadrillas. Salut d'El Ecijano.

mardi 28 août 2018

Cinq jours à Bilbao : du désastre d'une ganaderia au triomphe d'un homme




















Mardi 21 août
   Les toros de Nuñez del Cuvillo ont donné le spectacle le plus pitoyable qui se puisse donner dans une arène. Trois toros totalement invalides dont un qu'il fallut tirer par la queue et les cornes pour qu'il puisse se relever. Tous affligés d'un manque total de caste qui transforme le peu de charge qu'ils ont en déambulations pathétiques. Et dire que la plaza de Bilbao a enregistré ce jour la meilleure entrée de la feria (un gros trois-quart d'arènes)! Ce soir Nuñez del Cuvillo a droit au titre d'élevage le plus anti-taurin d'Espagne.

Mercredi 22 août
   Le désastre continue avec les trois premiers Domingo Hernandez "Garcigrande" qui ne possèdent pas un atome de caste. Sans être de grands braves, les trois suivants ont au moins le mérite de se bouger un peu. Juan José Padilla a une despedida réussie : aurresku d'honneur avant le paseo, pas de cogida, oreille d'adieu au quatrième après une bonne estocade et émouvante ovation finale. Le sixième possède une pointe de genio qui oblige José Maria Manzanares à nous dévoiler une facette de son toreo trop souvent occultée, celle du torero batailleur et capable de s'imposer.

Jeudi 23 août
   La ganaderia andalouse d'El Parralejo (origine Jandilla, Fuente Ymbro) se présente aujourd'hui en corrida de toros à Bilbao avec un lot con trapío, brave, difficile. Cela nous vaut quelques bons tercios de pique, 12 vraies piques et 2 chutes. Hélas tous vont a menos au troisième tiers, certains virent au bronco. Antonio Ferrera sera le seul matador de la terna à montrer de la torería, notamment en deux quites à l'ancienne, c'est à dire toréés en sortant le toro du cheval. A noter qu'une partie de la presse (El Mundo, El Diario Vasco, Mundotoro) s'est émue de la présentation exagérée de la course. Ainsi va le monde.

Vendredi 24 août
   Une grande faena de Roca Rey sauve la corrida de Victoriano del Rio du désastre. Un lot très homogène au demeurant. Tous sans trapío malgré des poids conséquents (de 540 à 569 kg). Tous ressemblant à des novillos engraissés. Quasiment tous rajandose* dès la première ou deuxième série de passes. Tous protestés à l'entrée et à l'arrastre.
   Face au dernier, Roca Rey se donne à fond. Le quite par saltilleras au centre du ruedo est impressionnant. Le début de faena par statuaires porte sur le public. Puis dès la première naturelle, le bicho fait mine de fuir aux tablas comme l'ont fait précédemment ses frères, mais le Péruvien parvient à le retenir au centre, ses naturelles se terminant par un coup de poignet qui, chaque fois, l'oblige. Peu à peu le toro prend goût au combat, sa caste prend le dessus. Le maestro rentre dans son terrain, le soumet de chaque côté en séries templées et parfaitement liées, le toro frôlant la taleguilla du torero. L'arène est en ébullition. Les bernardinas finales n'ajoutent rien au mérite du maestro et lorsque, après un pinchazo et une grande estocade, le toro s'effondre, Matias sort les deux mouchoirs à la fois. Roca Rey vient de donner une grande leçon d'engagement et de dominio.

Samedi 25 août
   Pour nous, aficionados, peu nombreux sont les jours où ce que l'on a rêvé devient réalité. C'est sans doute ce manque qui nous pousse à revenir aux arènes. A condition que, de temps en temps, le rêve finisse par s'accomplir. C'est ce qui est advenu en ce samedi 25 août 2018 sur le sable gris de la plaza de Bilbao. Diego Urdiales, incarnation du toreo classique et pur, a toréé magnifiquement ses deux toros  (notons qu'il s'agissait seulement de sa troisième corrida de la temporada) et a obtenu un triomphe qui restera marqué à jamais dans le souvenir des aficionados présents. Comme entre Séville et Curro Romero (fervent admirateur du Riojano) il y a entre Bilbao et Diego Urdiales une histoire d'amour qui s'est encore affermie ce jour. Le torero d'Arnedo a eu deux bons toros d'Alcurrucén. La qualité de son toreo (un quite par véroniques en donna un aperçu dès le deuxième toro), d'une sobriété et d'une simplicité absolues, sans la moindre ostentation, fut d'un grand effet sur les toros et sur le public, celui-ci poussé à la jubilation la plus pure par le pouvoir de cette muleta si dépourvue d'artifice mais si riche d'embrujo.
   Un évènement - anecdotique en comparaison du triomphe de Diego Urdiales -  mérite cependant d'être signalé. En cinquième position, après deux changements, est apparu face à Julian Lopez "El Juli", le second sobrero d'Alcurrucén, un toro au trapío impressionnant, armé pour la guerre, manso con casta, puissant, bronco. Le hasard a donc fait que, peut-être pour la première fois de la temporada, le Juli a dû combattre un authentique toro de combat. Il en est bien sûr sorti à son avantage (sauf à l'épée), réussissant à donner quelques derechazos chargés de dynamite, nous faisant regretter que l'occasion de telles rencontres ne soit pas plus fréquente.

* Se dit du toro qui rompt le combat et se dirige vers l'abri des barrières en cours de faena
 


lundi 20 août 2018

La novillada de Roquefort : sérieux, beauté, découverte

   Malgré leur trapío réellement extraordinaire (parmi les plus belles novilladas vues en ces lieux, ce qui n'est pas peu dire), les novillos du Conde de la Maza n'ont mangé personne. Et les blessés de la dernière heure (El Adoureño, Juanito) ont perdu une occasion de montrer leurs éventuels courage et savoir-faire. Occasion qu'en revanche surent mettre à profit les remplaçants Kevin de Luis (salut, oreille) et Aquilino Giron (vuelta, oreille).
   Outre sa présentation somptueuse, le lot valut par sa variété de comportement. Manso total le 1; bon le 2; le 3 se montre invalide dès les premières passes et est remplacé par un Turquay* de format plus réduit mais nerveux; le plus complet le 4 avec une bonne charge sur les deux cornes au troisième tiers; a menos le 5; manso et parado le 6 après s'être blessé à une patte. 13 piques très sérieuses, bien données pour la plupart.
   Avec volonté et assurance, Kevin de Luis se défit du manso puis profita des bonnes dispositions du quatrième pour donner une faena variée sur les deux mains. La médiocre estocade partagea les avis sur l'opportunité de l'oreille obtenue.
   Aquilino Giron fut une véritable révélation. Ses deux faenas, d'un grand classicisme, dominatrices, avec des cites précis, données sur un terrain des plus réduits, furent d'un grand impact sur le public qui l'obligea à effectuer une vuelta après la mort (en trois temps) du second et demanda avec force l'oreille du 5 après, au second essai, un estoconazo. Et ce fut réconfortant de constater l'effet de son toreo classique sur le (bon) public du jour. Aquilino intervint en outre avec brio dans de nombreux quites.
   Maxime Solera, seul novillero présent du cartel initial, n'a pas connu une bonne journée. Il fut le plus mal servi et sa maladresse avec les fers n'arrangea pas les choses.
    Au bilan, un lot du Comte de la Maza des plus sérieux, leur présence : un plaisir pour les yeux, et la découverte de deux novilleros de qualité et con pundonor.

* Ce novillo, colorado salpicado, était issu d'un ancien croisement Veragua/Buendía via Pablo Mayoral.
   Le matin les deux érals lidiés, issus du récent rafraichissement buendía opéré par Emmanuel Turquay, furent remarquables de fixité et de noblesse pour l'un, de caste ardente pour l'autre.






















Un petit coucou de Roquefort aux absents du jour (photo Laurent Bernède)

mardi 14 août 2018

Dax




















Lundi 13 août 2018      Dax
temps nuageux
plein

6 toros de Pedraza de Yeltes (13 piques, vuelta au cinquième Holandero) pour Octavio Chacon (salut, une oreille), Daniel Luque (une oreille, une oreille) et Emilio de Justo (silence,  applaudissements)

Quatre années déjà depuis la mémorable corrida de Pedraza de Yeltes en 2014. La présence des toros du fer salmantin est aujourd'hui devenue l'attraction toriste de la feria dacquoise. Cette année encore,  leur trapío et leurs peleas ont permis une corrida d'un intérêt soutenu. Avec, en bémol, une inquiétude, celle de voir ces derniers temps, la mansedumbre prendre de plus en plus d'importance dans leur comportement. On vit par exemple des sorties de bœufs placides, des fuites, des bouches ouvertes, des toros qui cherchent les planches. Mais on vit aussi des toros protagonistes de grands tercios de piques : départ de loin avec codicia, chocs violents contre les uhlans, poussées sauvages avec les reins; des morts au centre, les sabots agrippés au ruedo jusqu'au dernier souffle de vie; à la muleta une mobilité parfois pesante mais permettant à des toreros de valeur de construire des faenas qui ne peuvent être celles du toreo préfabriqué.
Et des toreros de valeur il y en eut aujourd'hui. Octavio Chacon, tout d'abord, qui remplaçait Rafaelillo blessé, et qui fit preuve tout au long de l'après-midi, comme il le fait cette année dans toutes les arènes où il se produit, de son sens de la lidia et de sa toreria.
Avec deux toros au comportement très différent, Daniel Luque montra qu'il est non seulement un torero de classe mais aussi un torero parvenu à un grand niveau de maturité technique. Il sut donner confiance au second, en délicatesse avec une patte avant, puis, face à Holandero, faire preuve de dominio sans perdre la dimension artistique de son travail, jusqu'à ce que le toro rompe le combat.
Emilio de Justo enfin eut de très bons moments classiques à ses deux adversaires, de mauvaises mises à mort ne lui permirent pas le succès.
Un bémol également pour les trois matadors : leur difficulté à placer l'estocade dans la croix, cette partie du garrot qui, lorsqu'elle est atteinte, témoigne de la parfaite sincérité de l'exécution. Aucune aujourd'hui n'atteint cet objectif.
Les picadors à leur avantage en général, salut pour les banderilleros Perez Mota et Alfredo Garcia au cinquième toro.
P.-S. : Rien de plus anti-taurin que la fête foraine installée au pied des arènes et dont le tintamarre vient perturber la liturgie taurine. La sous-préfecture manquerait-elle d'espace ?

vendredi 3 août 2018

Roquefort 1990 : reseña de la novillada du conde de la Maza


La reseña de la novillada du conde de la Maza parue dans le journal Sud-Ouest sous la plume d'Yves Harté :






















cliquer pour agrandir

jeudi 2 août 2018

Roquefort : le retour des novillos du Conde de la Maza

   Les nuñez de sérieuse réputation du Conde de la Maza fouleront le ruedo roquefortois le dimanche 19 août. Les photos des novillos laissent augurer d'un lot bien présenté, comme il est de tradition dans la plaza landaise.



















   La journée aura un autre intérêt du point de vue du bétail. Il s'agira, lors de la non piquée matinale, d'apprécier les efforts de deux ganaderos français qui œuvrent au maintien de deux encastes (santacoloma et garcia pedrajas) chers à tous les aficionados. Emmanuel Turquay a récemment rafraichi ses santacolomas par l'acquisition de vaches et sementals à la famille Buendía. De son côté, Jean Louis Darré, après maintes péripéties, a réussi à récupérer, pour son fer de L'Astarac, des mâles d'origine Maria Luisa Dominguez Perez de Vargas ayant appartenu à Ortega Cano (ganaderia Yerbabuena).























Les novillos du Conde de la Maza avaient déjà paru dans la Monumental des Pins en 1990. Cette année-là, les petits princes novilleros remplissaient les plus grandes arènes de France et d'Espagne. A Roquefort, Antonio Manuel Punta, Manuel Caballero et Finito de Cordoba enchantèrent le public (une oreille chacun), la tarde se terminant par une vuelta des trois novilleros réunis. Les novillos du comte, présent à la barrera, étaient inégaux de présentation mais, malgré un fond de mansedumbre, intéressants et variés dans la lidia, certains faciles, tel le premier, une véritable sœur de charité, d'autres avec davantage de complications.

jeudi 26 juillet 2018

Ma madeleine 2018 (2)


Vendredi : corrida de La Quinta

    Aujourd'hui l'élément de base, celui qui fait qu'une corrida va être bonne, était bien présent sur le sable du Plumaçon avec le très bon lot de toros de La Quinta. Un lot de santacolomas comme on les aime : pleins de caste, avec de la mobilité et de la noblesse mais ne pardonnant pas l'erreur, allant a mas malgré (ou grâce à) un physique qui, conformément aux canons de l'encaste, n'avait rien d'excessif. Au cheval généralement braves en 13 rencontres.
   Le premier donna le ton de la corrida. Parfaitement mis en suerte par Juan Bautista il s'élança deux fois vers le piquero avec l'alegria des bons La Quinta; il est parfaitement piqué par Alberto Sandoval. La question de la troisième pique se pose mais le toro a déjà fléchi une fois et fléchira à nouveau lors du quite par chicuelina d'Emilio de Justo. Tout le monde le pense faible et le tercio s'arrête là. Il est en réalité un authentique brave qui va aller terriblement a mas durant tout le troisième tiers au point de mettre en difficulté le maestro arlésien sur les deux cornes.
   Après un tercio de pique gâché par la maladresse du piquero, le second fera preuve d'une noblesse pastueña qui autorisera à de Justo une faena templée et desmayada. Ce sera le toro le plus conciliant de la soirée.
   Le troisième sera piqué trois fois ce qui ne l'empêche pas de se montrer vif et exigeant au dernier tiers.
   Le quatrième fera des choses de manso face au lancier mais il est encasté et va a mas par la suite.
   Point besoin de bon cinquième aujourd'hui, de fait, soso et tirant vers les planches, il sera le moins intéressant de la corrida.
   Le dernier, enfin, fait preuve d'une charge soutenue pleine de caste et de codicia qui met Thomas Dufau en difficulté.
   Avec le sorteo le plus favorable, Emilio de Justo a su obtenir un triomphe qui fera date. Grande faena au second avec un temple jamais pris en défaut, une douceur parfaitement adaptée à la charge du toro et un empaque qui porta sur les gradins. Faena classique, sans un geste superflu, terminée, en guise d'adorno, par des naturelles de face. Deux oreilles indiscutables après une entière un poil desprendida. Il sut retenir le cinquième dans sa muleta et coupa une nouvelle oreille.
   Face au même élevage, Juan Bautista avait connu, ici même, l'an dernier, un triomphe historique. La tarde de cette année fut plus difficile. Face à deux toros très encastés qui le poussaient en permanence dans les cordes, il dut faire appel à toutes ses ressources morales et technique pour ne pas prendre un mauvais coup, et finir vainqueur, aux points, de l'affrontement. En témoigna à chaque conclusion, la mise en scène parfaitement maitrisée qui lui permit, seul en piste, de porter le dernier coup fatal de descabello (applaudissements, une oreille).
   Thomas Dufau n'a pas connu, lui non plus, la même réussite que l'an dernier. Il parvint pourtant  à donner lors de ses deux débuts de faenas  de bonnes séries de derechazos bien liés et rythmés mais il perdit peu à peu le contrôle des opérations en particulier lorsqu'il prit la main gauche (silence, applaudissements).
   Au bilan, une corrida passionnante.

Samedi : Armagnac

   A une quinzaine de kilomètres des flonflons de la Madeleine, à Saintjustin très précisément, dans le Bas-Armagnac, il est une petite ferme landaise à l'ombre de chênes centenaires qui abrite des trésors d' Armagnac. Louis Dupuy le maitre des lieux est mort il y a quelques années déjà mais ses héritiers perpétuent la tradition d'un Armagnac d'artisan. La dégustation des années 1986, 1985, 1983 montre à quel point chaque millésime a sa personnalité. Je repars avec un flacon de 1986 pour 66 €, le prix d'une très bonne place pour la corrida de cet après-midi à Mont de Marsan, à laquelle je n'irai pas. Il faut savoir faire des choix.

Dimanche : corrida de Dolores Aguirre

   La corrida de dimanche a été ce que l'on appelle aujourd'hui une corrida toriste, une vraie : des toros au trapío impressionnant, issus d'un encaste devenu rare, d'un comportement non calibré, face à trois matadors qui ne sont pas des figures. Ce fut une corrida intéressante durant laquelle on ne s'ennuya jamais. Ni les amateurs du genre, ni, je crois, le grand public. Ce ne fut pas toutefois une grande corrida car les toros de Dolores Aguirre manquèrent par trop de bravoure dans leur combat pour donner à l'après-midi la tonalité d'une funcion inoubliable.
   Le lot était de quatre et deux. D'abord quatre toros impressionnants par leur volume, par la sensation de puissance qui émanait de leur physique. Mais c'était des toros mansos : sorties de bœufs paisibles, fuites diverses, charges retenues, avec toutefois de la ténacité et du poder sous le fer et la possibilité pour les toreros, avec du courage et de la technique, de les faire consentir à charger la muleta. Les deux derniers, plus légers, avacados (le dernier protesté pour, en outre, des embouts abimés) m'ont fait penser aux Atanasio Fernandez que l'on voyait régulièrement dans les années soixante-dix et face auxquels les figures de l'époque triomphaient régulièrement (rappelons nous la queue de Palomo Linares à Madrid et les triomphes dacquois de Paquirri). Contrairement aux quatre premiers, ils firent preuve de mobilité dès leur sortie du toril et la conservèrent par la suite.
   Paradoxalement, pour qu'une corrida toriste soit réussie, il faut de bons toreros. Et il y en eut en ce dimanche de clôture de la feria montoise.
   Octavio Chacon est en train de s'affirmer comme l'homme indispensable pour ce type de corrida. Il toréa à la perfection son premier adversaire par des derechazos templés, profonds et dominateurs. Hélas, il est moins à son aise épée en main, ce qui lui fit perdre l'oreille (chaude vuelta néanmoins), recevant en prime, en donnant l'estocade, un mauvais coup de corne à la main gauche qui l'obligea à se rendre à l'infirmerie puis à quitter le ruedo après la mort du quatrième.
   Pepe Moral est desservi du point de vue esthétique par sa grande taille. Il domina le cinquième par des séries de naturelles distanciadas mais templées et coupa une oreille après une entière tendida.
   On sait que le courage ne manque pas à Juan Leal. Je l'ai trouvé en net progrès muleta en main, capable maintenant de toréer classiquement sur les deux mains avant de passer à son péché mignon que constituent ses prévisibles redondos inversés (culerinas). Il est en revanche un tueur calamiteux ce qui lui fit perdre l'oreille de chacun de ses toros.

    Ainsi se termina une feria qui ne fut ni bonne ni mauvaise, durant laquelle l'empresa fit des économies de bouts de chandelles en ne distribuant pas les feuilles annonçant toros et cuadrilla, et pour laquelle on pourra regretter une présentation des lots de toros sans homogénéité et en dessous de ce que l'on peut attendre d'une arène de première catégorie.


mardi 24 juillet 2018

Ma Madeleine 2018 (1)


Mardi : concours landais

   Si l'an dernier, à la suite d'un orage, une suspension abusive avait déçu le public coursayre, cette année le concours landais fut passionnant de bout en bout.
   Plusieurs vaches au galop encasté, des écarteurs décidés et un final à rebondissement, tous les ingrédients d'un concours réussi étaient réunis en cette soirée de préféria qui avait attiré une demi-chambrée au Plumaçon.
   L'élégant Louis Navarro, en tête depuis le début, semblait devoir faire un beau vainqueur grâce à sa régularité quand Loïc Lapoudge passa à l'attaque  et sur deux intérieurs se retrouva en première position. Ce qui eut la vertu d'obliger Navarro à sortir le grand jeu face à la nouvelle corne d'or et grâce à un intérieur magnifique à gagner définitivement la partie. Un beau duel entre les deux amis de la formation Deyris. On apprécia pour l'occasion le galop magnifique de Soltera qui effectuait sur le sable montois sa première sortie après avoir été sacrée corne d'or à Nogaro quelques jours auparavant. Une perle pour la Dal.
   Les résultats :                 
     1- Louis Navarro  109 p.
     2- Loïc Lapoudge   107 p.
     3- Thomas Marty  98 p.
     4- Alexandre Duthen  89 p.
   Chez les sauteurs :
     1- Fabien Napias  58 p.
     2- Louis Ansolabéhère  56 p.


Mercredi : visite des toros

   Admirer sa majesté le toro de combat fait partie des plaisirs de tout aficionado. Ce peut être, pour les privilégiés, au campo (encore que l'usage aujourd'hui si répandu des fundas a regrettablement tué ce plaisir-là), ou bien dans les corrals, enfin à sa sortie en piste ou il se révèle dans toute sa splendeur.
   Ce mercredi matin, trois lots étaient visibles dans les corrals de la plaza montoise.
   Les huit Domingo Hernandez et Garcigrande me paraissent bien faits, les cornes sont développées mais toutes ont tendance à revenir vers l'intérieur (abrochados). Un autre bémol : les pointes ne sont certes pas abimées mais aucune n'est réellement astifina, surtout si on les compare à celles des voisins de La Quinta.
   Le lot de La Quinta est magnifique. Toutes les variétés de pelage de l'encaste Santa Coloma sont présentes : noir, cárdeno, l'un d'entre eux est si clair qu'il parait ensabanado, il y a même un lucero. Certains sont petits mais tous sont d'une grande finesse de type. Les cornes sont bien dirigées, souvent astifinas.
   Je ne parviens à voir que trois Dolores Aguirre. Deux noirs, massifs et bien armés, un colorado qui me parait énorme.
   Voilà une bonne journée taurine; par choix je ne verrai pas combattre les Domingo Hernandez cet après-midi, mais les La Quinta et Dolores Agirre me laissent plein d'espoir pour les jours prochains.






Jeudi : corrida de Jandilla

   Le cartel de la corrida de jeudi ne manquait pas d'intérêt. Il y avait la présence d'Alejandro Talavante que l'on voit peu dans la région, celle de Roca Rey, garantie tout risque pour spectateurs et organisateurs, enfin la despedida de Juan José Padilla dans l'arène du Sud-Ouest qui l'a vu le plus souvent triompher. Je me souviens des quatre oreilles coupées aux victorinos en 2002. Le dynamisme du cyclone de Jerez dans les trois tiers avait, ce jour-là, mis les arènes en folie. Seize ans après cette journée glorieuse, bandeau sur l'œil perdu, foulard pour masquer les cinquante points d'Arevalo sur le cuir chevelu, le Pirate est toujours là, visage grave et fatigué, diminué pour avoir trop donné de sa chair aux toros. Les adieux furent émouvants et réussis et l'on ne peut que croiser les doigts pour qu'il en soit ainsi jusqu'à la fin de la temporada.
   Côté toros, l'intérêt de la tarde venait du retour des Jandilla au Moun. On sait que l'élevage a connu des succès réguliers l'an dernier et tout dernièrement à Pampelune. C'est parmi les ganaderias commerciales prisées des figures celle qui est susceptible de satisfaire toutes les tendances de l'aficion. Le premier toro, sérieux, bien fait, de charge encastée après deux bonnes piques, autorisa tous les espoirs. Hélas la suite ne fut qu'un défilé de toros sans trapío, médiocres, faibles du train arrière, au milieu desquels trôna le quatrième, un grand bœuf de cinq ans de charge nulle. Seul le sixième, entre les bonnes mains de Roca Rey (oreille) donna du jeu pour le torero.
   Dans ces circonstances, Alejandro Talavante, qui semblait pourtant décidé, ne put s'exprimer.

vendredi 6 juillet 2018

Pamplona, 8 juillet 1978



  Il faisait chaud à Pampelune ce jour-là. J'avais préféré passer l'après-midi à somnoler au frais sur les pelouses des fortifications, derrière les arènes plutôt qu'aller voir Damaso Gonzalez et Antonio José Galan dans le chaudron pamplonais. Mais pas question de manquer la corrida du lendemain (toros de Salvador Guardiola pour Ruiz Miguel, Manolo Cortes et Julio Robles), aussi en fin d'après-midi je me dirige vers les guichets de la plaza qui mettent en vente, à la fin de la corrida, les places restantes pour le lendemain. Une petite queue s'est déjà formée mais je suis bien placé. Les gens commencent à sortir de la plaza, on entend le brouhaha habituel en ces lieux. Tout à coup, à l'intérieur des arènes, de fortes détonations, des cris. On est un peu inquiet d'autant qu'on ne voit pas ce qui se passe. La première idée qui me vient c'est qu'un toro s'est échappé. Mais très vite, autour de nous, des mouvements de foule, des gens courent dans tous les sens, la panique gagne. Des fumées aussi et de drôles d'odeurs, mélange de poudre et de gaz lacrymo. Je rejoins mes compañeros. Chacun raconte sa version mais nous avons du mal à comprendre réellement ce qui se passe. Ce qui est sûr c'est qu'il y a du baston entre la police armée (les gris) et les mozos des peñas. Et ça va durer toute la nuit.
   Nous décidons d'aller passer la soirée dans un quartier plus calme de la ville mais le cœur n'y est plus. Pobre de mi, se han acabado las fiestas.
   Le lendemain un calme étrange et pesant a envahi la ville. L'encierro n'a pas eu lieu. Non loin des arènes, avenida de Roncesvalles, des fleurs déposées sur le bitume, c'est là qu'est tombé German Rodriguez, une balle dans la tête.

   Lorsque le hasard nous rend témoin d'évènements aussi dramatiques que celui-ci et que, de plus, on est étranger, on est bien sûr pris par l'émotion mais on a du mal à appréhender ce qui s'est passé. On a le sentiment d'être resté extérieur aux évènements. C'est donc avec un vif intérêt que j'ai visionné, il y a quelques années, l'excellent film documentaire sorti en 2005 Sanfermines 78 de Juan Gautier et José Angel Jimenez. S'appuyant sur des images d'archives et sur des entretiens avec les principaux protagonistes de ces journées, les cinéastes démêlent peu à peu le fil des évènements mais aussi et surtout ils les éclairent à la lumière de la situation politique de l'Espagne et de la Navarre à ce moment-là.
   1978, nous sommes en pleine Transition démocratique. Franco est mort depuis près de trois ans, l' Assemblée (Las Cortes) élue démocratiquement en juin 1977 est en train d'élaborer une nouvelle constitution. Contrairement à la vision que l'on a depuis la France ou qu'ont bien voulu répandre les Espagnols eux-mêmes, tout, dans le processus de transition, ne s'est pas passé aussi facilement qu'on le pense. Durant toute cette période, les réseaux de l'extrême-droite franquiste ont été très actifs. Leur but : créer dans le pays le plus possible de situations de violence et de chaos de façon à apeurer la société espagnole et à justifier un coup d'état militaire qui restaurerait le franquisme. Le film montre que l'irruption de la police dans les arènes de Pamplona relève de cette stratégie.
   Mais le film révèle un autre enjeu qui explique l'effervescence politique qui règne à Pampelune. Le Statut d'autonomie du Pays Basque est en train d'être négocié et il s'agit de savoir si la Navarre sera incluse ou non dans cette nouvelle organisation territoriale (Elle ne le sera finalement pas). La question a toujours été sensible en Navarre et chaque évènement est utilisé par l'un ou l'autre camp pour avancer ses pions.

   Aujourd'hui ce sujet suscite encore la fièvre, et l'extraordinaire caisse de résonance qu'est la San Fermin a toujours été mise à profit par les plus radicaux pour se montrer.
   C'est à l'aune de cette problématique qu'il faut comprendre les propos récents de l'actuel maire de Pampelune (du parti nationaliste socialiste basque Bildu) sur la corrida.
   Et l'on ne peut que regretter que la tauromachie soit une fois de plus instrumentalisée pour des questions politiques qui ne la concernent pas.


     Sanfermines 78  de Juan Gautier et José Angel Jimenez  2005