mardi 5 novembre 2019

Proposition de loi

   La proposition de loi présentée par Samantha Cazebonne, députée de La République En Marche n'a que peu de chances d'être examinée et votée par le Parlement. Outre le fait que l'exposé des motifs ne repose sur aucun critère sérieux, son adoption déclencherait, à coup sûr, de tels mouvements de protestation parmi les populations du sud de la France qu'aucun gouvernement, en particulier l'actuel qui sort à peine d'une grande jacquerie, ne se risquerait à la faire voter. En outre, par la remise en cause de la liberté éducative des parents, cette loi constituerait une grave atteinte à nos libertés individuelles.
   Les aficionados se devaient toutefois de réagir. Ils l'ont fait avec modération et intelligence. Le communiqué de l'UVTF, le manifeste signé par 40 artistes, les appels et les manifestations pacifiques déjà organisées en sont de bons exemples. Mais il n'est pas sans intérêt de rappeler aux députés du parti présidentiel LREM et notamment à Gilles Le Gendre, actuel président de leur groupe, que le peuple aficionado sait aussi utiliser un bulletin de vote. De l'aficionado chevronné qui assiste à plusieurs courses par an à la personne qui, sans aller régulièrement aux arènes, adhère au monde de la corrida, ce sont plusieurs centaines de milliers d'électrices et d'électeurs qui se sentent concernés par cette attaque contre leur culture. Attaque qui se double, une fois de plus, d'un mépris avéré pour tous les citoyens qui ne sont pas de leur monde.
   Lors des prochaines élections municipales, pas une voix pour les candidats de La République En Marche.


- Qu'est-ce qu'une proposition de loi ?

- La proposition de loi présentée par Samantha Cazebonne

- Communiqué de l'Union des Villes Taurines de France

- Appel signé par 40 artistes

- Appel aux élus (FSTF)



mardi 29 octobre 2019

El Cid

   El Cid a été un des meilleurs toreros du début du siècle. De 2004 à 2007, lorsqu'il était au sommet de son art, il a été le matador de l'escalafon qui toréait le plus purement et le plus sincèrement. Malgré nombre de triomphes perdus à la mort dû au fait qu'étant gaucher il lui a été nécessaire d'apprendre à tuer de la main droite, il a accumulé les succès dans les plus importantes arènes espagnoles et françaises. Séville, Madrid, Bilbao l'ont acclamé dans des journées d'anthologie. Et le plus souvent devant des toros de Victorino Martin.
   Alors qu'il vient de terminer une temporada de despedida au cours de laquelle il a reçu le vibrant hommage de l'aficion (On notera que la France l'a complètement oublié) voici, en quelques dates subjectivement choisies, une évocation de la carrière de ce grand torero qu'a été Manuel Jesus Cid Sala "El Cid".

2002   l'année de la révélation
   A Vic, des véroniques de toute beauté suivies d'une faena sincère et templée séduisent le public gersois (deux oreilles d'un toro de Ramon Sanchez). A Madrid, pour la San Isidro, la faena qu'il donne à Guitarrero, grand toro d' Hernandez Plá, met Las Ventas boca abajo. Son échec à la mort lui coûte la grande porte. A Bayonne, en septembre, il coupe les deux oreilles et la queue d'un Victorino Martin. Voilà un carrière bien lancée !

2004   le chef-d'œuvre
    S'il ne fallait garder qu'une faena du Cid, ce serait celle-là : Madrid, le 5 juin, face à Bombonero de Victorino Martin. Donnée entièrement de la main gauche, la faena du Sévillan est un chef-d'œuvre absolu. Une fois de plus, Manuel Jesus perd les deux oreilles à la mort.

2007   la grande année
   C'est, bien sûr, l'année du seul contre 6 Victorino  à Bilbao, corrida qui marque l'apogée de la carrière du Cid. Mais c'est aussi l'année de la salida a hombros de Pamplona, et de sa quatrième Porte du Prince à Séville après deux faenas pour le souvenir toujours face aux victorinos.

   Les années qui suivent vont marquer un déclin progressif du torero. Son toreo garde la fluidité qui a toujours été la sienne mais son engagement est moindre, son sitio moins assuré, sa muleta moins dominatrice. S'il continue de glaner des succès dans les plazas de moindre importance, son passage dans les arènes de première catégorie se solde la plupart du temps par des déceptions ou des échecs. Parfois, un toro d'exception comme Madroñito, cet Adolfo Martin de Santander en 2016, lui permet de redorer son blason mais dans l'ensemble ces dernières temporadas le voient très en dessous de sa période de plénitude.
   On a toujours dit que le Cid avait la baraka lors des sorteos. Cette ultime temporada a confirmé le fait. A Huelva , il touche un  Cuadri  comme il en est peu sorti ces derniers temps et lui coupe deux oreilles après une excellente faena. Enfin à Zaragoza le dernier (?) toro de sa carrière  sera le meilleur de toute la feria du Pilar et en fera le triomphateur. Comme toujours dans ces cas-là, il faut avoir le talent pour se hisser à la hauteur des opportunités. Et ce talent, El Cid l'a toujours eu.



  
 La main gauche a toujours été le point fort du Cid.
Ici à Seville devant un victorino
photo Arjona

jeudi 17 octobre 2019

Les Noirs réédité



 
   En dehors de son travail de journaliste pour Sud-Ouest, Patrick Espagnet  a peu écrit.
   Des nouvelles parmi lesquelles des pages magnifiques sur le rugby dans XV histoires de rugby.
   Un recueil de poèmes sur la tauromachie, riche d'images et vibrant d'aficion. Les éditions Au diable vauvert ont eu l'excellente idée de rééditer Les Noirs qui avait paru en 2002, deux ans avant sa mort.
   Voici, pour donner un aperçu du talent de Patrick Espagnet, le poème qui ouvre le recueil :


CAMPO

Dans l'ombre des perdrix
les sauterelles
tremblent
Le soleil a déjà réveillé les genêts
L'air sent le romarin
et la bouse de vache
Des nuages au ciel
traînent la patte
L'horizon blêmit dans un brouillard de lait
La plaine ondule
en lents vallons
Des chênes rabougris la tachent
en peau de bête
Un épervier crie comme une fille
Le campo solitaire grésille de cigales
et fume de poussière
Il est immense et jaune
soufre
Un olivier bleu
se tord sur son dos de chien
pelé
les lances des vachers
hérissent les chevaux
Armée de contrebande
Le mayoral a une casquette
comme pour la java
Un cow-boy de guinguette
Un chevalier paysan
aux mains de pierre
usée
Ils sont là-bas les noirs
Immobiles présages
Statues du mal
Ombres de guerre
Les casquettes sifflent
comme des dragueurs de
paseo
Les chevaux fument et bavent de terreur
Des bruits de langue claquent
dans les mâchoires
Les vachers amadouent
menacent
Ouy ! Ouy ! Toro ! Torito bueno !
Des chiens peureux jappent
dans les pattes des chevaux
Domestiques de l'homme
les deux
Effarés par la sauvagerie
Sous le bleu de l'olivier les noirs ruminent la haine
Foin bénit de leur liberté
Last chance de leur race
Ils se frottent en frères et se cognent en ennemis
Le diamant de leurs cornes
accroche le soleil
Une étoile en plein jour
Un mégot s'éteint à la bouche d'un vieux
Il a des yeux de mer
et des rides de faim
Une gueule de cuir tanné par les soleils
d'hiver
Il doit tutoyer les tourterelles

jeudi 3 octobre 2019

Recortadores

   Durant les fêtes de la San Mateo a eu lieu dans les arènes de Logroño un concours de recortadores. Bonne occasion pour découvrir cette forme de tauromachie qui a beaucoup de points communs avec notre course landaise.

(comme toujours, il faut cliquer sur les images pour mieux voir)














La majorité des recortadores venaient de Castille, un de Logroño, un du Pays Basque et un d'Aragon ;  avec le Pays Valencien  ce sont les hauts lieux du recorte.




















Premier face à face : saut en sortie de loges.




















Très impressionnant : écart à genoux face à un tío.



















Voici l'écart traditionnel. Contrairement à la course landaise, il s'exécute en courant, le recortador décrivant un arc de cercle avant la rencontre avec le toro, à la manière de la pose de banderilles au cuarteo.


















Saut de l'ange de Sergio Urruticoechea, recortador logroñes qui faisait sa despedida devant son public.



















Le saut en tirebouchon est très pratiqué. Tout comme le saut vrillé chez nous, il n'a pas la "pureté" du simple saut périlleux.





















Ici aussi on aime les remises de prix avec coupes, médailles et cadeaux.
Le vainqueur du jour : José Manuel Medina "Zorrillo" d'Arevalo (Avila).

jeudi 26 septembre 2019

Cayetano, toros y Logroño

   J'ai cru remarquer qu'il était taurinement correct de faire la fine bouche devant la succession impressionnante de triomphes de Cayetano. Le dernier en date, à Logroño, m'a pourtant paru tout à fait convaincant. Voilà un torero qui tue recta, torée avec élégance et efficacité et, chose non négligeable par les temps qui courent, amène du monde aux arènes. L'aîné des Rivera Ordoñez, descendant d'une lignée impressionnante de grands matadors, n'était en rien obligé d'assumer une partie des responsabilités de cette temporada comme il l'a fait. Déjà riche et célèbre, il aurait pu se contenter de promener dans les arènes sa silhouette glamour en prenant le minimum de risque. Mais il a été pris par ce désir de toréer, cette aficion, ce désir de gloire aussi peut-être. Au nom du père ?


   Je ne pense pas que les producteurs de toros de feria soient en concurrence tant ils sont sûrs de vendre leur marchandise. On le voit bien avec les Juan Pedro Domecq, toujours présents à l'affiche malgré le nombre considérable de corridas qu'ils gâchent depuis des années. La dernière en date, une des plus importantes de l'année, celle de Ronda.
   A Logroño, ce sont les Nuñez del Cuvillo qui, une fois encore, ont donné lundi le spectacle de la faiblesse et du manque de caste.
   Il en est allé tout autrement avec les Domingo Hernandez "Garcigrande" courus samedi. Sans faiblesse, supportant les deux piques (réglementaires ici), de bravoure inégale mais avec toujours un fond de caste suffisant pour susciter l'intérêt, ils ont offert au public ce minimum sans lequel une tarde de toros n'en est pas vraiment une. Lundi, en fin d'après-midi, Miliciano, sobrero de Domingo Hernandez sorti en lieu et place de l'invalide sixième Nuñez del Cuvillo, s'est même permis de donner la leçon. Il a chargé avec bravoure tout au long de sa lidia au point se voir gratifier du mouchoir bleu.
   Trop de malfaçons dans l'usine andalouse, de meilleurs réglages dans la production salmantine.


mercredi 18 septembre 2019

Sangüesa





















Samedi 14 septembre 2019      Sangüesa (Navarra)
très beau temps
media entrada

6 toros de José Luis Osborne (6 piques, mobiles) pour Javier Herrero (une oreille, silence), Imanol Sanchez (une oreille, une oreille) et Miguel Angel Pacheco (une oreille, une oreille).

La petite ville navarraise de Sangüesa est avant tout célèbre pour le magnifique portail sculpté de l'église Santa Maria la Real, joyau de l'art roman. En septembre, les corridas de la feria ont des cartels modestes mais la présentation du bétail est soignée. Plusieurs Osborne lidiés ce jour avaient un trapío digne de l'image du toro de combat que l'on aperçoit encore de temps en temps lorsqu'on parcourt les routes d'Espagne. Pour ce qui est de la caste, en revanche, ce n'est pas aujourd'hui que l'on pourra annoncer le retour au premier plan des toros de la célèbre devise andalouse. Leur manque de force limita le tercio de pique à son minimum mais un fond de bravoure leur permit de garder une mobilité suffisante pour donner une course sans ennui. Il faut dire que, de leur côté, les trois modestes du jour, en particulier Javier Herrero et Imanol Sanchez, n'ont pas ménagé leur peine pour plaire au public et triompher. C'était émouvant de les voir partir à l'assaut avec le même cœur, la même détermination que s'ils avaient toréé à Las Ventas.
Javier Herrero pratique un toreo sincère et engagé. Il fait partie de ces matadors  qui, bien que cantonnés depuis toujours aux arènes de troisième catégorie, semblent encore y croire dur comme fer.
Imanol Sanchez torée très peu lui aussi. Il ne joue pas la carte de la finesse mais il a de l'abattage, pose les banderilles avec succès et donne le meilleur de lui-même.
Miguel Angel Pacheco, révélation de la dernière feria vicoise, est, des trois, celui qui a le plus de possibilités. En témoignent les bonnes naturelles qu'il donna à son premier. Son estocade basse au 3 et son positionnement marginal au 6 aurait cependant dû l'empêcher de couper chaque fois l'oreille de ses adversaires.

mardi 17 septembre 2019

Navalcarnero





     
Jeudi 12 septembre 2019  Navalcarnero (Madrid)  plaza de toros Felix Colomo
beau temps
un tiers d'arène

6 novillos de Casasola (6 piques, faibles) pour Francisco de Manuel (une oreille, une oreille), Fernando Plaza (salut, salut) et Isaac Fonseca (salut, salut).

A 30 kilomètres de Madrid, sur la route de Talavera de la Reina, le pueblo de Navalcarnero, entouré de zones résidentielles et commerciales, possède une vieille tradition taurine. Il a la particularité de proposer des encierros nocturnes (1 heure du matin). La folie bâtisseuse qui s'est emparée de l'Espagne au début des années 2000 a conduit à la construction d'une étonnante plaza de toros inaugurée en 2006. Surdimensionnée pour le lieu (7500 places), couverte, elle a un air de parenté avec les vaisseaux extraterrestres de San Sebastian et de Logroño. Le public y est peu exigeant mais la présidence sut raison garder.
Les novillos de Casasola (origine domecq via Matias Bernardos) ont déçu par leur manque de force et de caste. Seul le troisième alla a mas après avoir, comme ses frères, fait une sortie prometteuse immédiatement suivie de signes de faiblesse face aux picadors.
Francisco de Manuel est une valeur sûre de la novilleria. Il a un physique avantageux, pratique un toreo élégant et, comme son bagage technique est déjà bien avancé, il coupe une oreille à chacun de ses médiocres adversaires.
Hormis un quite par gaoneras, Fernando Plaza, muleta souvent accrochée et toreo sans personnalité, ne fit rien de vraiment convaincant.
Isaac Fonseca avait triomphé la veille à Arganda del Rey face aux novillos de Victorino Martin. C'est un vrai novillero qui transmet la joie qu'il éprouve à toréer. Il montra aujourd'hui qu'outre ses qualités de torero classique il avait un répertoire riche et varié comme le veut la tradition mexicaine. Malheureusement sa petite taille est un handicap à l'heure de vérité.                                                                                                                                                                                                        

lundi 16 septembre 2019

Arganda del Rey





















Mercredi 11 septembre   Arganda del Rey (Madrid)   plaza de la Constitución
beau temps, vent frais
lleno

6 novillos de Victorino Martin (6 piques, petits, vifs, ovation au 6) pour Antonio Grande (silence, silence), El Rafi (vuelta, une oreille) et Isaac Fonseca (silence, deux oreilles).

Arganda del Rey, à l'origine grosse bourgade castillane, est aujourd'hui complètement intégrée à la banlieue madrilène. Au cœur de la vieille ville, entre église et mairie, on monte chaque année des gradins assez imposants et, durant une semaine, la plaza de la Constitución devient un des haut lieux de la tauromachie castillane. Novilladas, concours de recorte, capeas, encierros rythment la journée pour le plus grand plaisir d'une aficion populaire et entendue.
Ce jour avait un caractère exceptionnel puisque Victorino Martin avait consenti à faire lidier une novillada, ce qui constitue une rareté pour la ganaderia. Si, ces derniers temps, les toros du fer d'Albaserrada ont trop souvent ressemblé à des novillos, on se doute que les novillos du jour  furent plus proche du trapío d'un eral que de celui d'un utrero. La plupart d'entre eux furent sifflés à leur entrée en piste. Aucun n'était en mesure de supporter plus d'une pique. Toutefois, par la suite, leur vivacité, leur piquant, leur caste permirent une soirée entretenida; les 5 et 6 furent les plus nobles.
Antonio Grande pratique un bon toreo classique et élégant, il fut parfois débordé et tua laborieusement.
El Rafi domina ses deux adversaires et donna une faena complète au cinquième qu'il sut soumettre dès les premières passes. On pourra cependant reprocher au Nîmois sa tendance à profiter de sa grande taille pour toréer despegado.
Le Mexicain Isaac Fonseca fut la révélation de la tarde. Un toreo sincère et profond, une entrega de tous les instants établirent une connection rapide avec les gradins. Il coupa les deux oreilles du sixième après une faena classique avec en point d'orgue de magnifiques naturelles.

dimanche 8 septembre 2019

Emilio de Justo seul face à six Victorino Martin

   S'annoncer seul face à six toros est une épreuve mais elle est encore plus grande lorsqu'il s'agit de six toros de Victorino Martin dont on sait que la caste laisse peu de répit à ceux qui ont l'honneur de les affronter. Il a fallu qu'Emilio de Justo fasse appel à toutes ses qualités morales et, bien sûr, taurines pour sortir grandi de ce challenge.
   S'ils furent tous très intéressants au troisième tiers, générant de l'émotion et ne laissant aucune prise à l'ennui, les victorinos eurent, une fois encore après le récent scandale montois, une présentation sujette à caution. Rien à reprocher aux armures, en revanche on se demande ce que donne à manger le ganadero à ses toros pour obtenir des bichos d'un si faible volume, sans morillo ni présence physique. Cela contribue sans doute à ces tercios de piques si anodins, tels ceux de ce jour ; pour autant il ne faut pas croire que leur combat s'en trouve facilité. Vifs, répondant à chaque cite, encastés, ils constituaient un lot qui demanda en permanence les papiers à l'homme qui, seul, devait les affronter. Le grand mérite d'Emilio de Justo est d'avoir réussi à s'imposer à tous. Cette emprise il la construisit dès la réception à la cape qui fut chaque fois claire et dominatrice. A la muleta, son engagement sincère, la précision de ses toques (peu appuyés comme il se doit avec les victorinos) et la fermeté des trajets qu'il imposa malgré la pression de la charge lui permirent de résoudre les problèmes  que posaient ses adversaires. Il réussit chaque fois à leur imposer des séries complètes terminées par de magnifiques pechos. Il donna la faena la plus aboutie avec le troisième, noble, montrant qu'il était capable, également, de jouer de la souplesse de ses poignets.
   Mais dans cette après-midi de grande responsabilité, il dut lutter aussi avec lui-même. Il accumula en effet les échecs avec les aciers (en particulier avec les 1 et 3) à tel point que l'on put craindre à un moment que le succès lui échappe. Finalement il retrouva ses marques à l'épée avec les deux derniers pour en terminer par un estoconazo qui lui ouvrit les portes du triomphe.
   Les enjeux de la tarde et la crispation liée aux échecs à l'épée l'empêchèrent sans doute, en particulier avec le 5, de libérer pleinement sa facette la plus artiste dont on sait qu'il est également pourvu.
   Face aux six toros l'Extremeño se borna à un toreo classique basé sur les passes fondamentales, mais il faut reconnaitre que ce n'était pas une après-midi qui se prêtait aux fioritures.
   Final heureux donc avec salida a hombros (la générosité présidentielle sur certains toros compensa les échecs à l'épée sur d'autres) pour un torero qui a montré solidité et sens des responsabilités. Un torero sur lequel on peut compter.

                                                                    photo Frédéric Augé

mardi 3 septembre 2019

Révolution de palais à Mont de Marsan

   En année préélectorale, une feria de la Madeleine médiocre qui s'est terminée par une bronca généralisée aux organisateurs en raison de la présentation indécente de plusieurs toros de Victorino Martin, ne pouvait laisser le maire sans réaction.
   Nous avons donc appris que Charles Dayot avait mis en place une nouvelle organisation (voir communiqué de presse) pour la feria 2020. Marie Sara est remerciée et remplacée par Jean Baptiste Jalabert et Alain Lartigue, Guillaume François ne sera plus membre de la Commission Taurine Extra Municipale.
   Il s'agit d'un camouflet pour le duo Sara - Casas et, pour Juan Bautista, c'est une bataille remportée de manière inespérée et sans coup férir dans la dérisoire course au pouvoir qui l'oppose désormais à Simon Casas.
   Mais, pour l'aficionado, l'important est ce qui se passera sur le sable du Plumaçon. Quand on sait la médiocrité générale dans laquelle est tombée la feria d'Arles depuis qu'elle est gérée par la famille Jalabert, en comparaison de ce qu'elle était à l'époque d'Hubert Yonnet, on ne peut qu'être inquiet pour l'avenir de la feria montoise. Toutefois, on sait aussi qu'Alain Lartigue a l'habitude, dans notre région, de travailler en bonne entente avec plusieurs clubs taurins et comités locaux. Cela peut être une ouverture pour qu'une Commission Taurine plus représentative participe plus efficacement à l'élaboration de la feria.
   Rendez-vous donc en juillet prochain, en attendant un nouvel appel d'offre pour les années suivantes ...

communiqué de presse de la mairie

lettre ouverte de Guillaume François (avec poids en canal des toros)





lundi 26 août 2019

Novillada concours de Mont de Marsan Saintperdon : Pincha en sauveur

 Avec une programmation basée sur des encastes variés et des élevages à dimension artisanale, cette novillada concours ne manquait pas d'attrait pour l'aficionado.

Barcial
   La lidia d'un novillo de Barcial est devenue une rareté. Celui du jour fut manso puis inabordable à droite mais doté d'une corne gauche fréquentable.

Aldeanueva
   Cet élevage historique du Campo Charro (à l'origine de rien moins que El Pilar et Pedraza de Yeltes) était représenté par un novillo castaño, imposant et très ensellé. Il se méfiait du cheval qu'il fuit à plusieurs reprises à tel point qu'il fallut que le piquero se rapproche du toril pour lui faire accepter le fer. Il résulta brusque sur les leurres.

Flor de Jara
   Nevaita,  léger mais typé représentant de l'encaste santacoloma sort avec les pointes abimées. Il fait preuve de bravoure sous deux piques puis d'une belle noblesse. Un bon novillo avec le bémol d'un manque de poder qui l'empêcha de se grandir.

Aurelio Hernando
   L'élevage revendique une origine Veragua attestée par la robe jabonera de Elegante. Le novillo se livre peu face au cavalier, accuse de la faiblesse puis une bonne mobilité au troisième tiers.

Astarac
   Le guardiola de Jean Louis Darré est fin de type. Des problèmes d'antérieurs le conduisent à planter ses cornes dans le sable plusieurs fois. Il finira soso et parado. Dommage car le novillo, brave et noble, était doté de belles qualités.

Pincha
   Ovation à la sortie de Sonambulo, prototype parfait du toro de lidia. Que trapío !  A faire pâlir d'envie les responsables montois présents. Violent dans les capes puis bravito en 3 piques, il va a mas au troisième tiers avec une charge longue et codiciosa qui transmet de l'émotion. Ovation et prix au meilleur novillo.

   Chez les piétons, Juan Carlos Carballo a déjà de l'oficio et n'est pas dénué de qualités, mais, à mon humble avis, il gagnerait à se croiser davantage. Il faut ce qu'il faut lorsque l'on veut faire carrière ...
   Diego San Roman fut le moins bien servi. Le Mexicain a de l'allure et lui aussi de l'oficio, même si on peut lui reprocher d'avoir été trop long avec l'Astarac.
   Victor Hernandez sera la bonne surprise du jour. Avec les deux meilleurs novillos il montra de bonnes manières : une tauromachie classique, de l'élégance et de l'efficacité à l'épée (oreille chaque fois). Certes il ne tira pas tout le parti que l'on pouvait tirer de Sonambulo mais, malgré sa verdeur, il ne s'affligea pas face aux charges soutenues du novillo.

Même en demi-teinte comme ce jour, une corrida concours reste un spectacle intéressant et recommandable.




  

novillo d'Aldeanueva (photo Laurent Bernède)

samedi 24 août 2019

Bilbao : Paco Ureña, les enchantements du toreo



   Face aux toros de Jandilla, Paco Ureña a connu en ce vendredi 23 août, septième tarde des Corridas Générales de Bilbao, un triomphe extraordinaire. Extraordinaire, tout d'abord, parce qu'il faut sans doute remonter à plus d'un demi-siècle pour voir un diestro couper deux fois deux oreilles dans le coso basque. Extraordinaire, ensuite et bien sûr, par la qualité du toreo et des estocades du matador de Lorca.
   Pureté, sincérité, temple, fluidité, capacité à tirer le meilleur de ses adversaires. Toreo qui s'approche de la perfection, tutoie les anges et touche le public au cœur. Sur les gradins unanimité, ferveur, communion. Et pour moi comme pour beaucoup, je pense, l'évidence que le toreo c'est exactement cela, un enchantement sans artifice basé sur la vérité.
   Une tarde pour le souvenir et pour l'histoire taurine de Bilbao.

   Nous sommes avec Paco Ureña dans le meilleur de ce que peut la tauromachie contemporaine. Cela ne doit pas faire oublier les très bonnes choses vues les mercredi et jeudi, même si, par comparaison,  elles se situent à un niveau sensiblement inférieur. A commencer par Luis David Adame qui constitue la surprise et la révélation de la feria. Grâce à son toreo sérieux basé sur le temple et à ses estocades a recibir, le Mexicain réussit à faire oublier l'absence de Pablo Aguado, l'exploit n'est pas mince. Une oreille chaque fois avec grosse pétition de la seconde au sixième.
   Mercredi, José Maria Manzanares (oreille, oreille) montra toute l'étendue de son talent et de sa classe. Face au très encasté Ruiseñor (vuelta al ruedo) on pourra toutefois lui reprocher de ne pas avoir repris la main gauche en fin de faena (après un échec en début) et d'avoir tué un poil bas, laissant peut-être ainsi échapper un triomphe majeur.
   Les trois lots de domecqs étaient d'un trapío digne de la tradition locale, les Victoriano del Rio constituant une surprise agréable avec trois bons toros dont un de vuelta, les Domingo Hernandez, réguliers, plutôt au-dessus de ce que l'on pouvait attendre et les Jandilla au-dessous, malgré la caste de Meditador, le quatrième, qui mit Diego Urdiales à rude épreuve.
  

dimanche 18 août 2019

Novillada de La Quinta à Roquefort : abondance de caviar et une dragée au poivre




   Si, l'an dernier, la présentation majuscule des derniers conde de la Maza lidiés en France avait effarouché ceux qui ne demandaient qu'à l'être, cette année, l'unanimité s'est faite sur le lot de La Quinta envoyé à Roquefort par la famille Conradi. A la finesse de type et d'armure des santacolomas s'ajoutait un comportement parfois proche de la perfection. Bravoure majoritaire au cheval (14 piques, 2 chutes) et franchise à la muleta avec cette exquise politesse d'aller tourner loin pour mieux revenir avec appétit dans le leurre. Du caviar pour les toreros. On le sait, peu d'entre-eux sont capables de tirer totalement profit de telles opportunités, à plus forte raison dans l'escalafon limité des novilleros. Aquilino Giron (oreille, silence) et Rafael Gonzalez (oreille, oreille), sans excès de personnalité, ne déméritèrent pas. Ils eurent des hauts et des bas, sans atteindre aux sommets que permettaient leurs novillos.
   Mais ce qui fait le charme d'une course de toros c'est la variété de comportement des acteurs et la variété d'émotions qui en découle. Le sixième, puissant, encasté, caractériel, permit que l'après-midi se termine sur les saveurs fortes d'un combat sans merci. Très dangereux à la cape, il fut ensuite le protagoniste d'un tercio de pique plein de fureur au cours duquel Tito Sandoval contint quatre fois de suite la sauvagerie des attaques du manso con casta. Cristobal Reyes (pas de caviar pour lui aujourd'hui), volontaire, sincère, intelligent, donna une faena concise et dominatrice qui lui aurait valu une grosse oreille sans un coup d'épée par trop sur les bordures.
   A la sortie, les mines unanimement réjouies d'un public ayant conscience d'avoir assisté, chose rare, à une très bonne tarde de toros.



   Le matin, quatre erales de Turquay, également d'origine santacoloma, soufflèrent le froid et le chaud. Les deux premiers nobles mais faibles, manquant de physique ; les deux suivants, plus faits, encastés, résistants. Le Mexicain Antonio Magaña se trouva souvent en difficulté mais s'engagea épée au poing alors qu'à l'inverse Solalito montra de bonnes dispositions muleta en main mais de la faiblesse au moment de conclure.


   Samedi, lors d'une course landaise d'excellent niveau (ganaderia Armagnacaise, cuadrilla Alexandre Duthen), Gaetan Labaste face à Palomajera a donné neuf écarts fabuleux. L'attente maximale, la corne qui frôle chaque fois la toile du pantalon, l'harmonie du geste. L'écarteur, boitant bas en raison d'une récente tumade, incapable de courir, mais sûr de son dominio grâce à ses gestes purs et précis, m'a fait penser au vieux maestro Antoñete qui éclaira de son art profond les déjà lointaines années 80.

photos  Laurent Bernède

jeudi 1 août 2019

Azpeitia




















Mercredi 31 juillet                  Azpeitia (Guipuzcoa)
beau temps
casi lleno

5 toros de Ana Romero et 1 (5 bis) de Salvador Gavira (nobles, sosos, faibles) pour Daniel Luque (salut, deux oreilles), David de Miranda (salut, pitos) et Adrien Salenc (salut, vuelta)

Assister à une corrida dans la vieille plaza d'Azpeitia est un plaisir toujours renouvelé. On y sent battre le cœur de l'aficion basque. Les voisins de tendido parlent basque. La musique est, pour partie basque, gaiteros dont les airs sont repris par le public, zotziko joué avant l'arrastre du troisième toro à la mémoire d'un banderillero tué en 1846. Moments d'émotion. Et, il n'est pas étrange, dans la ville qui a vu naître Ignace de Loyola, fondateur de l'ordre des Jésuites, de voir des nonnes apparaître à la fenêtre de leur monastère qui surplombe la plaza, pour avoir leur part du divertissement taurin.
Sur la piste, les santacolomas d'Ana Romero ont été décevants : nobles certes mais sosos et très faibles (il fallut changer le 5). Le dernier, plus costaud et plus encasté (il fut le seul de la tarde à prendre deux piques), sauva l'honneur de la devise.
Face à eux, Daniel Luque continue dans sa racha de triomphes basés sur le toreo caro : sincérité, temple, ligazon, dominio. Du grand art taurin que peu d'élus sont capables d'offrir au public.
David de Miranda n'a pas montré sa meilleure face, au contraire d'Adrien Salenc qui réalisa de bonnes choses face à ses deux adversaires, sans toutefois parvenir au triomphe.

lundi 29 juillet 2019

Orthez



















Dimanche 28 juillet 2019      Orthez       arènes du Pesqué
beau temps
quasi plein

6 toros de Prieto de la Cal (17 piques, ovation au 3) pour Alberto Lamelas (silence, silence), Jesus Enrique Colombo (silence, silence) et Angel Sanchez (silence, silence)

On ne doit pas aller voir une corrida de Prieto de la Cal comme on va voir une vulgaire corrida de domecqs. Leur origine Veragua impose un regard différent, avec cette sensation particulière d'assister à un spectacle qui aurait pu se dérouler il y a un siècle, un temps où l'on demandait seulement aux toros de la présence physique et de l'attrait pour les chevaux.
Tous jaboneros, avec des musculatures apparentes, les six du jours ne manquèrent pas de présence physique, en particulier les deux derniers, véritables estampes dignes du burin du sculpteur. On regrettera toutefois les armures très endommagées des deuxième et troisième. Le premier se cassa un piton contre un burladero; conformément au règlement, il ne fut pas remplacé.
Si tous allèrent au cheval sans se faire prier, ils ne s'y employèrent que fort peu et s'en détournèrent même avec une facilité qui marqua leur condition de mansos.
Face à des adversaires dont la charge se limitait la plupart du temps à un violent coup de corne dans le leurre, les possibilités de briller comme on l'entend aujourd'hui étaient des plus réduites pour les toreros. On aurait donc aimé que, à la manière des diestros de l'ancien temps, ils reportent sur l'estocade, préparée par une séance de macheteo dominateur, la possibilité de montrer leur courage et leur savoir-faire. Mais nous ne vîmes ni l'un ni l'autre et trop d'épées dans les bas-fonds ternirent la prestation des matadors.
Alberto Lamelas garda un relatif contrôle des opérations face au premier puis il abrégea face au très venimeux quatrième.
Jesus Enrique Colombo, jeune Vénézuélien, ne connut pas de naufrage. C'est déjà une victoire, en particulier face à l'imposant cinquième qui avait longuement visité le callejon dès sa sortie.
Le sorteo avait réservé à Angel Sanchez le seul toro qui se prêtait à la tauromachie moderne. Mais son joli style manqua par trop d'engagement pour vraiment tirer tout le parti de la mobilité et de la noblesse de son adversaire. Il ne put rien face au dernier, un bloc de marbre.
  


samedi 27 juillet 2019

Roquefort : le retour des La Quinta pour le 15 août




   Ce sera la septième fois que les pensionnaires de La Quinta fouleront le sable du ruedo roquefortois. C'est au début des années 2000 qu'ils y connurent leurs triomphes les plus retentissants puisqu'en trois ans (2002, 2003, 2004) l'excellent comportement de Bolichero, Escandaloso, Pavito et Cantinero leur permit d'avoir les honneurs du tour de piste.
   On souhaite que la novillada de cette année soit à la hauteur de ces glorieux ancêtres ou de la grande bravoure de Matablanca, magnifique vainqueur de la corrida-concours de Vic Fezensac en juin dernier.
   On notera également la présence au cartel de Rafael Gonzalez le novillero triomphateur de ce début de temporada (deux oreilles à Séville et déjà deux oreilles à Madrid où il participera jeudi à la finale du concours des novilladas nocturnes.)

jeudi 25 juillet 2019

Ma Madeleine 2019 (suite)




Samedi 20 juillet
     novillada d'Ave Maria
   Les Français qui achètent un élevage en Espagne ne font preuve ni d'imagination ni d'esprit voltairien en choisissant le nom de leur ganadéria : après Virgen Maria voici Ave Maria.
   Par leur présentation très défectueuse et leur mala casta, le lot de novillos de messieurs Margé et Pagès semblait avoir été récupéré au fond du tabernacle d'une église andalouse désaffectée.
   Six novilleros français se voyaient offrir l'opportunité de montrer leurs qualités, ce fut l'intérêt de la soirée.
   Tibo Garcia a foulé des terrains de vérité mais il tue toujours aussi mal. Un vrai handicap dans la carrière qu'il a choisie. Silence.
   Très mexicain dans son maniement de la cape, banderillero efficace, André Lagravère "El Galo" a joué ses points forts avec habileté mais tout part à vau l'eau lorsqu'il passe au troisième tiers. Silence.
   El Rafi est déjà un novillero puesto, il possède en outre une indéniable planta torera. Une excellente estocade lui permet de couper une oreille.
   Lorsque parait Cédric Fructueux "Kike" avec son air timide de séminariste et qu'il se fait enlever la cape des mains par un novillo violent, on se dit qu'il pourrait bien passer une soirée infernale. Ce fut le contraire. Il parvient à maintenir le novillo au centre du ruedo, celui-ci se livre et le Landais, sans sortir de sa ligne classique et sobre, aligne les séries à droite et à gauche, certes un peu distanciées mais toujours limpides. Une oreille après une épée d'effet immédiat.
   A défaut de dominio, le Dacquois Juan Molas aura les gestes les plus profonds de la soirée, il donna en particulier quelques belles naturelles. Salut.
   Yon Lamothe manie joliment la cape puis, face à un novillo complètement arrêté, il se met dans le sitio sans résultats. Rageant. Silence.

Dimanche 21 juillet
     corrida de Victorino Martin
   Et le scandale vint ! Pour avoir osé présenter sur le sable du Plumaçon deux animalcules comme le 1er et le 6 bis, Victorino Martin fils a manqué de respect à l'aficion montoise; il a aussi manqué de respect à la mémoire de son père qui avait toujours amené des lots dignes dans la capitale landaise.
   La réaction du public a été exemplaire. Charivari, protestations, moqueries, refrain d'Intervilles repris en chœur par le public, et féroce bronca finale aux organisateurs (Marie Sara et François Guillaume) lorsqu'ils quittèrent leur burladero du callejon une fois la corrida terminée.
   Organisateurs qui sont certes insurpassables dans l'art de se faire mousser dans la presse et sur internet mais qui se sont montrés incapables de fournir au cours de cette feria une corrida digne d'une arène de 1ère catégorie. La corrida de Victorino n'est pas un accident mais la conclusion logique d'une politique taurine dont le but a été de revoir à la baisse les exigences de la plaza.

De même que pour ses frères du jour, pas d'image disponible de Bohonero, le 6 bis, sur le site de Victorino !

mercredi 24 juillet 2019

Ma Madeleine 2019

   Les aficionados aiment bien cette petite feuille qui donne le nom des toros, leur âge, leur robe, leur ordre de sortie. On y trouve aussi le nom des banderilleros et des picadors. C'est une source d'informations mais aussi une forme d'hommage à ceux, subalternes et toros qui vont jouer leur vie sur le sable de l'arène. On s'y réfère pendant la course mais on peut aussi, le soir, le lendemain, l'annoter, la ranger et plus tard la retrouver au fond d'un tiroir pour un doux moment de nostalgie. Toutes les arènes sérieuses offrent aux aficionados ce modeste mais précieux feuillet, toutes sauf la plaza de Mont de Marsan qui, depuis l'an dernier, a décidé de les en priver. Ridicule économie de bouts de chandelle quand on songe au cachet de la moindre figure.

Mercredi 17 juillet
     corrida de La Quinta
   La noblesse a ses quartiers, ses hiérarchies, ses abâtardissements aussi. Il en va de celle des toros comme de celle des hommes. Les trois derniers La Quinta courus ce jour en sont un bon exemple.
   Le quatrième possède une charge douce, pastueña comme en rêvent tous les toreros dans leurs rêves de gloire et de triomphe. Daniel Luque, depuis quelque temps au plus haut sommet de son art, y trouve un partenaire de luxe qui lui permet d'atteindre au sublime. Toutefois, en fin de faena, au moment de ramener le toro vers les barrières pour l'estoquer, le Sévillan commet une très légère erreur : il se fait accrocher la muleta, se retrouve dans un terrain compromis en direction du toril. Toute la caste du bon santacoloma qu'il est resurgit alors chez le toro : il poursuit le torero sur plusieurs mètres, la mise en place devient difficile puis, frappé à mort par l'estocade, il renverse le matador et, malgré les sollicitations des péons, fond sur sa proie avec une rage qu'il n'a jamais montrée durant sa lidia. Le maestro se sauvera de peu et perdra, moindre mal, la deuxième oreille dans l'aventure.
   Le cinquième n'aura pas ce retour de flamme. C'est un noble dégénéré, sans le moindre surgissement d'esprit combatif. Sa vie publique est une succession de trottinements innocents, comme un dégoulinement sirupeux qui, finalement, met tout le monde mal à l'aise, public et torero. La corrida ce ne peut être cela.
   Heureusement, entre en piste le sixième. Voici maintenant un noble encasté, d'une lignée toujours prête au combat. A droite sa charge est vibrante et soutenue, sa corne gauche semble offrir de grandes possibilités. Un toro qui permet beaucoup mais demande les papiers. Hélas Thomas Dufau, bien loin de ses précédentes actuations, semble inhibé (On apprendra le soir qu'il a été hospitalisé après la corrida, souffrant des séquelles d'une maladie contractée lors d'un récent voyage au Pérou). Bien vite, c'est le toro qui, fort de tous ses quartiers de noblesse, mène le bal.

Vendredi 19 juillet
     corrida de Fuente Ymbro
   Il y a eu de tout sur le sable du Plumaçon pour la corrida de FuenteYmbro.
   Du positif :
- un toro très noble qui offre ses oreilles (le 2, vuelta) : il en faut de temps en temps.
- beaucoup de variété dans le comportement des andalous avec abondance de charges brusques, inconstantes : ça oblige les toreros à montrer leurs capacités, leur courage.
- le triomphe légitime de Lopez Simon, celui que l'on n'attendait pas.
- un bon Perera, tenace et combatif face à un toro difficile  (le 1)
- la classe et le temple virtuels de Pablo Aguado : à ce stade on en est encore à imaginer ce que ça pourrait être si ...
   Du négatif :
- de la faiblesse, une caste souvent déficiente : des toros à mille lieues des bons Fuente Ymbro (ceux de 2012 ici-même par exemple, ou ceux de Valence cette année).
- l'échec de Perera à son second.
- Aguado entre deux eaux : de la classe oui, mais pas assez d'expérience, de confiance en soi pour améliorer et façonner deux toros médiocres.


   










photo : Camille Duma

jeudi 4 juillet 2019

Recette

   A l'heure où l'on veut  imposer (les proclamations écologiques de circonstance ont été bien vite oubliées) l'arrivée en Europe de milliers de tonnes de viande bovine sud-américaine à prix défiant toute concurrence et produite industriellement  (nourriture OGM, antibiotiques, entassement des animaux dans des lieux fermés), n'hésitons pas à rappeler à ceux qui n'aiment pas la corrida mais savent se régaler d'un bon beefsteak que le toro de combat finira lui aussi sur l'étal du boucher après avoir connu, le bienheureux, une vie de liberté et une mort en défendant sa peau.
   Voici une recette tirée du livre de Marie Rouanet, Petit traité romanesque de cuisine.



       La grillade de taureau de combat, libations et feu rituel

Songez avant tout que le taureau de combat vit quatre ou cinq ans dans d'immenses pâturages, beau et libre comme au jour de la création; songez qu'il meurt glorieusement, en quelques minutes. Admettez donc que, pour sa vie comme pour sa mort, il est bien mieux partagé que beaucoup d'êtres humains et que la plupart des bêtes destinées à notre nourriture : poules ébécquées, cochons en stalag, veaux dans leurs cercueils de bois. Que vaut-il mieux : l'arène, l'abattoir ou l'hôpital, un tuyau dans chacun de vos trous ? Arrêtez donc de vous scandaliser de la corrida et portez votre indignation sur les élevages de poules.
Vous voilà presque prêt à manger le taureau mariné, l'âme sereine. Parachevez votre paix intérieure en allant à la corrida, même sans rien y connaître. Pour la lumière de six heures du soir, les ombres longues, les cris et les couleurs de la foule, la bête superbe foudroyée par ce petit coléoptère tout doré qui ne marche pas mais danse; le matador.
Dès le lendemain d'une corrida, plusieurs boucheries de la ville annoncent : Vente de taureau. Le boucher écrit sur une ardoise ou un grand papier blanc :
                                 Vente de toro
                                 ou de taureau."
et il ajoute toujours une précision. "Véritable toro de corrida" (véritable est souligné), "Toro de combat tué à la corrida du 12". Il précise pour les amateurs : "toro, Victorino Martin ou Miura" et quand il taillera votre morceau il vous rappellera comme la "faena" était belle.
Ne lésinez pas, achetez-en une belle tranche épaisse. Faites-la mariner un moment - elle ne doit pas tremper, vous la retournerez souvent - dans trois verres d'un bon saint-chinian aromatisé d'un gros oignon doux de Lézignan, de laurier, thym et poivre.
Ne salez pas. Vous salerez seulement dans le plat de service quand le taureau aura cuit vivement - grillée la surface, rouge le cœur - sur une forte braise de sarment de vigne.
Autrefois, dans la Grèce antique, avant de sacrifier le bœuf - il était obligatoire de le tuer avec une lame - on versait du vin sur son front. Et lorsqu'on avait brûlé pour Zeus la graisse fine et quelques pièces de choix, les fidèles mangeaient le reste.
Tout est donc réuni : la lame, le vin, le feu, pour que cette viande exceptionnelle servie sur votre table soit une consommation rituelle.
La part du Dieu est restée dans l'arène : du sang et quelque oreille, à la tranche nacrée, que le matador brandit au-dessus d'un blanc sourire de Méditerranéen, tandis que pleuvent les chapeaux, les souliers et les fleurs jetés par les femmes.


dimanche 23 juin 2019

Corrida de La Brède 2019


   6 toros de Fuente Ymbro, nobles (8 piques, 1 chute) pour Daniel Luque (applaudissements, une oreille), Juan Leal (une oreille, une oreille) et Juan Ortega (silence, une oreille).
  
   Les toros de Fuente Ymbro (tous bien roulés mais discrets d'armure) ont fait preuve d'une grande noblesse permettant à chaque torero de faire valoir ses arguments. Toutefois ils manquèrent de chispa et de poder pour constituer un lot vraiment satisfaisant.
   Du premier, un manso décasté, Daniel Luque tira, après un bon quite par chicuelinas et demi-véronique, le maximum possible, ce qui était peu. Il confirma son grand moment actuel face au fade quatrième dans une faena complète où tout ce qu'il entreprit était marqué du sceau de la justesse et de la précision. Du travail d'orfèvre, hélas mal conclu à l'épée. Une oreille toutefois.
   Pour son retour dans les ruedos après sa grave blessure madrilène, Juan Leal a eu un sorteo des plus favorables. Il débute genoux à terre au centre du ruedo face au bon second (le meilleur de l'envoi), puis on eut souvent l'impression que le torero était absent et que le toro se faisait la faena tout seul. On retrouva, face au cinquième, le Juan Leal conquérant, toréant sans complexe dans le style encimiste qui est le sien. Il réalisa de nombreux enchainements clairs et dominateurs qui portèrent sur le public. Le triomphe était à portée de l'épée mais, comme à son premier, il se montra calamiteux rapière en main. Une oreille chaque fois malgré tout.
   Juan Ortega a été fidèle aux échos qui nous étaient parvenus à son sujet. Un torero sincère qui recherche le toreo classique et pur, poitrine offerte au toro et jambe en avant. Ses véroniques à la réception du 3 puis au quite furent de toute beauté. Mais c'est un torero qui a très peu toréé et cela se note. Face à l'encasté troisième il se trouva très vite à la merci de son adversaire, fut spectaculairement crocheté par le jarret, heureusement sans conséquence, et dut abréger la faena. Il réussit en revanche à prendre l'ascendant sur le sixième ce qui nous valut quelques belles séquences sur les deux mains avant un final par ayudados por alto. Tueur médiocre lui aussi (Ce ne fut pas la journée des estocades). Oreille et le sentiment d'avoir vu un torero de classe dont la haute conception qu'il a du toreo mérite qu'on lui donne l'opportunité de toréer et de progresser.


















Juan Leal

jeudi 13 juin 2019

Vic 2019 : un cru supérieur (fin)


Lundi

corrida de Pedraza de Yeltes
   Je crois qu'on peut qualifier le comportement des toros de Pedraza de Yeltes au cheval de bravissime. En dix-huit piques pour une chute ils firent tout ce qu'un toro brave est censé faire face au picador. Partir de loin sans se faire prier, accélérer en arrivant au cheval, mettre la tête en bas du peto, pousser sur les deux cornes avec fixité en utilisant le train arrière, ne quitter le cheval qu'à regret après plusieurs sollicitations ... et cela trois fois de suite ! Bravo aux responsables de l'élevage pour une telle réussite et ce d'autant que la présentation est somptueuse et qu'au troisième tiers tous permettaient de construire des faenas.
   Daniel Luque (oreille, oreille) a été supérieur. Il a acquis une maturité qui, après de nombreuses années d'irrégularité, pourrait lui permettre de conquerir la place qui lui revient parmi les meilleurs. Face à Dudanoches, son second toro, qui avait mis la cuadrilla en grand émoi au cours du second tiers, il domina les embestidas du toro, avec une simplicité, un sens du sitio, une économie de moyens qui sont la marque des plus grands. Magnifique estocade et oreille de poids.
   A l'inverse, Juan del Alamo (silence, silence) semble traverser un bien mauvais moment. Malgré son désir de bien faire il se retrouva très vite à la merci de la caste de son premier adversaire, puis face au sobrero (du même fer, remplaçant un toro lésionné) qui fut le toro qui permettait le plus, il donna quelques belles naturelles noyées dans une faena sans sitio avant de naufrager avec les épées (trois avis).
   Sans connaitre la réussite de la veille, Miguel Angel Pacheco (salut, silence) qui remplaçait Roman très gravement blessé à Madrid, lui même substitut d'Emilio de Justo, a confirmé les qualités montrées face aux Dolores Aguirre. Après la firmeza dont il a fait preuve face aux quatre tíos combattus à Vic, le natif de La Linea de la Conception peut être considéré comme un réel espoir.


   De cette feria vicoise, constamment satisfaisante concernant son objet pricipal le toro, quelques grands moments pour le souvenir : Matablanca de La Quinta, Miguel Angel Pacheco face à Voluntario de Dolores Aguirre, la toreria de Daniel Luque et la bravoure des Pedraza de Yeltes.







 Photo Laurent Bernède
              Pedraza



  
   
  

mercredi 12 juin 2019

Vic 2019 : un cru supérieur (suite)


Dimanche

corrida concours
   Un grand toro (Matablanca de La Quinta) parfaitement piqué et ses concurrents au comportement toujours intéressant ont contribué à faire de cette matinée une excellente corrida concours.

   Soriano de Saltillo    cárdeno   cinqueño
Toro imposant et lourd. Il prend quatre piques pour une chute mais Juan José Esquivel, après une mauvaise tarde hier, n'est toujours pas à la hauteur de la situation. Pour celui qui fut un excellent picador, l'heure de la retraite semble avoir sonné. Le saltillo fait preuve au dernier tiers d'une noblesse un peu fade que ne met pas à profit un médiocre Rafaelillo. Ovation à l'arrastre.
   Matablanca de La Quinta    cárdeno   cinqueño
Lui aussi est lourd et imposant, son armure discrète est davantage dans le type santacoloma. Il se montre dur et encasté à la cape, de même lors des mises en suerte durant lesquelles il est difficile à manœuvrer. Grand tercio de piques : il obtient, sur les deux premières piques, la chute du brave par une poussée fixe et continue; la troisième confirme sa bravoure. Tito Sandoval, excellent, sauve l'honneur de la corporation des picadors. Au troisième tiers, Matablanca est noble, d'une fixité impressionnante. Vuelta à sa dépouille, unanimement demandée.
   Excitado de Partido de Resina   cárdeno
C'est un plaisir d'admirer le pablorromero, une estampe avec, tout au long de sa lidia, un port de tête altier. Ce n'est certes pas un grand brave mais son comportement laisse entrevoir des espérances pour l'avenir de l'élevage. Il vient bien de loin par trois fois à l'appel du piquero mais ne pousse pas sous le fer. Puis il fait preuve d'une grande mobilité et noblesse. Ovation à l'arrastre.
   Judio de Pagès Mailhan   colorado ojo de perdiz
Ce toro haut, très armé, fait une sortie tonitruante et se blesse peut-être en se jetant sur un burladero. Il connaitra des problèmes d'équilibre durant le reste de sa lidia. Malgré ce handicap il prend trois piques sans s'employer puis se montre nerveux, avec du genio. Quelques sifflets à l'arrastre.
   Corchaito de Flor de Jara   cárdeno oscuro
Le buendía met parfaitement la tête dans toutes les capes qu'on lui présente. Il renverse le picador à la première rencontre puis sera massacré aux deux piques suivantes sous l'œil indifférent de Lopez Chaves. Manque d'ambition incompréhensible de la part du Salmantin qui semble se contenter de son succès face à Matablanca. Après ce mauvais traitement, le toro sera noble mais soso dans la muleta. Palmas pour Corchaito qui n'aura pas eu la chance de son lointain ancêtre de 1928.
   Joterito de Los Maños   negro entrepelado
Après trois piques prises sans style le santacoloma aragonais se révélera au troisième tiers où sa noblesse encastée permettra une bonne faena à Alberto Lamelas. Palmas .

   Rafaelillo médiocre et quasi absent (silence, silence).
   Lopez Chaves bien avec le La Quinta et, on l'a vu, décevant face au Flor de Jara (une oreille, silence)
   Alberto Lamelas, qui remplaçait Manuel Escribano, blessé à Madrid, a connu une bonne matinée. Il aurait dû repartir en triomphateur grâce à deux bonnes faenas mais son maniement déficient de l'épée réduisit le tout à une vuelta et un salut.





corrida de Dolores Aguirre
   Assister à une corrida de Dolores Aguirre est un exercice particulier qui demande sérieux et concentration. Une ascèse pour l'aficionado. Et ne parlons pas de ce que doivent ressentir les toreros...
   Des toros noirs, au pelage luisant, massifs, donnant une impression de puissance. Des armures que l'on sent destinées à donner la mort. Lorsque, comme aujourd'hui, la mansedumbre, certes toujours présente, ne prend pas le dessus mais se mêle, dans une alchimie spécifique à l'élevage, à une bravoure sauvage qui semble venir en droite ligne du bos primigenius (auroch sauvage), l'émotion est à son comble, aussi bien sur les gradins que sur le sable du ruedo parmi les coletudos.
   Un bilan comptable, celui du premier tercio : après des sorties circonspectes et, souvent, un refus de rentrer franchement dans les capes, dix-huit dures piques prises avec ténacité et un batacazo.
   Tout avait pourtant commencé "gentiment" avec les trois premiers toros, plutôt avenants (un peu de faiblesse même pour les 2 et 3). Mais lorsque Clavetuerto passa la porte du toril on sentit bien que la corrida allait prendre une tournure différente. Après trois piques, parfaitement mises en suerte par Gomez del Pilar, prises avec bravoure (ovation à José Manuel Sangüesa) il se révéla être un véritable démon, distribuant derrotes, tornillazos, tarascadas y hachazos. Plus question de rêver de douces faenas, on domine si l'on peut, et on sauve sa peau. C'est une des facettes de la tauromachie.
   Le cinquième était un manso dangereux et le sixième, Voluntario, permit un de ces moments de tauromachie épique que Vic affectionne. Miguel Angel Pacheco se planta face à la fiera, il réussit à courir la main en plusieurs séries de droitières terminées par changement de main et pecho libérateur. Le tout avec élégance et dominio. Mais lorsqu'il prit la gauche, la terrible voltereta qu'il subit fit craindre le pire. Le Gaditano revint sur la corne droite avant d'en finir d'une entière  qui libéra une grosse oreille dans l'émotion générale d'un grand moment de tauromachie.
   Avec le premier, Gomez del Pilar avait payé auprès du public les conséquences d'un tercio de pique catastrophique. Face à Clavetuerto il décida raisonnablement qu'il n'était pas de taille à lutter et personne ne lui en voulut. Par ailleurs chef de lidia remarquable.
   Javier Jimenez pas dans son élément.
   Au final, grâce aux Dolores Aguirre, nous avons assisté à une vraie et bonne corrida vicoise qui a, en outre, permis la révélation d'un jeune matador : Miguel Angel Pacheco.

 photos Laurent Bernède
                                Partido de Resina
                                Dolores Aguirre

mardi 11 juin 2019

Vic 2019 : un cru supérieur

   Si l'an dernier la feria avait laissé le pèlerin vicois sur sa soif, cette édition fut, aussi loin que je plonge dans mes souvenirs, une des plus complètes et sérieuses jamais vues en ces lieux. Aussi bien pour la présentation des toros qu'en ce qui concerne leur bravoure et leur poder.
   Bien sûr tout ne fut pas parfait. La novillada d'El Retamar a déçu par sa faiblesse de pattes, de trop nombreux piqueros ont fait preuve d'une maladresse regrettable et quelques matadors sont venus sans la moindre ambition.
   Mais, de Gaspachero, fin castaño de Cebada Gago à Miralto, un Pedraza résistant, tous les toros furent les dignes représentants de leur encaste et offrirent au public des peleas conformes à ce que l'on est en droit d'attendre d'un toro de lidia.
   Ce fut parfois rude et austère, parfois beau et émouvant.

Samedi

novillada d'El Retamar
   L'an dernier les quatre nuñez d'El Retamar avaient permis à la feria de débuter sous des auspices trompeurs (ils constituèrent en fait le meilleur de la feria). Ce fut l'inverse cette année. Leur faiblesse de pattes les empêcha d'extérioriser les qualités morales qu'ils semblaient posséder. La feria ne pouvait qu'aller a mas.
   Pas plus que son frère Michelito il y a deux ans, André Lagravère "El Galo", second fils du matador de toros local Michel Lagravère n'a pu convaincre, sur la terre de ses ancêtres, du bien fondé de sa vocation taurine. Ses mises à mort calamiteuses lui firent même entendre la stridence des sifflets gersois. On sauvera de sa prestation son application à la cape et aux banderilles. Pour lui, une matinée à oublier.
   Son de cloche différent pour le Béarnais Dorian Canton. Sa cape templée, son jeu de muleta précis et deux estocades bien portées lui permirent de couper une oreille (généreuse) de chacun de ses novillos.



corrida de Cebada Gago
   Voir un lot de toros de Cebada Gago est en soi un plaisir d'esthète. Silhouette fine et mais sérieuse, robes variées, armures harmonieuses et astifinas : voilà des toros qui ont du trapío ! Et quand en plus, comme ce jour, ils possèdent de la bravoure, de la caste, du poder, le plaisir de l'aficionado est complet. Malheureusement tout au long de la tarde, les picadors ont piqué comme des sagouins. Seize piques, quasiment toutes mal placées, que les cinqueños de Cebada supportèrent sans dommage. A la fin de la course, le mayoral fut appelé à saluer.
   En ce début de temporada, Octavio Chacon n'est pas au mieux de sa forme. Vaillant et belluaire certes mais sans la domination qu'il exerçait l'an dernier sur tous les toros. Espabilado, le quatrième, à la caste redoutable, lui mena la vie dure sans que le Gaditano ne trouve la solution.
   Ruben Pinar fait partie de ces toreros qui savent triompher sur leurs terres (Internet m'apprend qu'il vient de triompher pour la septième fois consécutive dans les arènes d'Albacete) mais sont incapables de s'exporter. A la vérité il n'était venu à Vic que dans l'intention de humer l'air local. Pas sûr qu'il ait même pensé à remplir ses coffres d'Armagnac et de confit.
   Thomas Dufau s'est montré professionnel efficace. Il a touché les deux toros les plus accommodants (très noble le 3, venant de loin avec franchise le 6), a coupé l'oreille de chacun après des entières efficaces et est sorti a hombros des arènes.
   Manolo Vanegas, le jeune matador vénézuélien, qui avait pris l'alternative à Vic en 2017 et dont un toro, à l'entrainement, avait brisé les vertèbres, a reçu l'hommage du public et des toreros présents. Aujourd'hui, après une longue rééducation,  il marche (à l'aide d'une béquille) et l'on peut penser qu'il pourra mener une vie normale.


Photos : chicuelina d'El Galo
              le troisième Cebada Gago

lundi 27 mai 2019

Le toreo revu et corrigé (extraits)

   Toutes les histoires sur la pureté de la fiesta me laissent sans voix et je ne crois pas qu'il y ait eu une décadence conduisant le toreo à un trucage. Messieurs, le toreo est un truquage, une divine tromperie, car sans tromperie, le toro te prend. (p. 6)

Sur Belmonte
   Le toreo doit simplement à Juan Belmonte un important apport technique de type intuitif qu'il ne put jamais expliquer, certainement appris à force de coups dans ces plazas, puisque à Tablada et au clair de lune, on ne pouvait pas beaucoup apprendre - la preuve qu'il n'apprit rien à Tablada c'est qu'à ses débuts de matador il était pris chaque fois. Cet apport technique consiste, rien de plus mais rien de moins, en se croiser devant les toros. (p. 70)

   Pourquoi, dès lors, disait-on que Belmonte avait du temple ? Tout simplement parce qu'il allait à la corne contraire. Arrêtons-nous sur ce concept : en amenant le toro vers l'extérieur et en l'obligeant à dévier sa trajectoire, il obligeait le toro à perdre de la rapidité dans son attaque, et donc à charger plus doucement. C'est la raison pour laquelle Belmonte, en se croisant, toréait un peu moins vite que ses contemporains. (p.72)

Sur Manolete
   Manolete comme toutes les grandes figuras du toreo fut un homme exceptionnellement intelligent. Très conscient de sa taille, de ses longues jambes et de son aspect un peu dégingandé, il sut adapter le toreo à ses caractéristiques physiques. Manolete ne pouvait toréer les pieds disjoints, car ses longues jambes auraient rendu ce toreo particulièrement inesthétique. Ces mêmes raisons l'empêchaient de rentrer son menton et de se courber devant la charge du toro. Manolete devait pratiquer un autre toreo : un toreo adapté à son physique. C'est pour cela que, avec intelligence, en abandonnant les styles alors dominants, Manolete adopta d'autres manières, d'autres formes, basées sur les pieds joints et la verticalité. Avec une immobilité absolue. (p.130)

Quelques refilons, piques et cariocas
      Si un toro actuel, même ayant peu de forces, faisait face à un cheval d'alors, sans peto (protection), il le taillerait en pièce. Et dans le cas contraire, si un toro d'alors se trouvait face à un cheval actuel, avec le peto actuel, il se collerait dès la première charge à la barrera et n'en bougerait plus. (p.22)

   Dans sa conférence sur l'Art de toréer, prononcée à l'Ateneo de Madrid en 1950, Domingo Ortega fait l'éloge du "parar, templar, cargar, mandar". La chose amusante est qu'il ne le fit jamais. (p. 34)

   Comme tout bon aficionado le sait, aller au devant d'un toro avec la muleta en arrière est quelque chose de très dangereux, car on se trouve à découvert et l'on est vu par le toro. Quand on cite le toro avec le leurre en arrière, on lui donne toujours la possibilité de choisir entre le leurre et l'homme, et il se dirige sur les deux. Par conséquent, l'une des défenses essentielle du toreo est de placer les leurres en avant. (p. 124)

   En parlant de Manolete, j'ai dit que toute l'affaire de l'orthodoxie taurine imposée par le tendido sept et ses "gueulards" était une plaisanterie. J'ai démontré comment il est impossible d'être toujours croisé si l'on prétend enchaîner les muletazos, et j'ai aussi démontré que se croiser à la corne contraire était une situation avantageuse pour le torero, car le toro ne le voit pas à ce moment-là. Par conséquent, le toreo au fil de la corne me parait plus risqué que de se croiser, chose qui reste le meilleur moyen d'amener le toro au dehors. (p. 191)

Afeitado et politique taurine
   L'afeitado est une fraude. Et une escroquerie qui doit être combattue. Mais c'est à nous, les aficionados, de le combattre. Et je lance ici un appel aux amateurs : ni la Restauration, ni Alphonse XIII, ni la République, ni Franco, ni le système actuel n'ont fait quelque chose pour la fiesta. Ils l'ont ignorée. Aussi, aucun obstacle ne s'est dressé face à la tromperie. C'est le moment d'en prendre conscience. Il dépend des aficionados que la fiesta prenne un nouveau rythme. Mais cessons de nous lamenter, cessons d'attendre des hommes politiques des solutions qu'ils n'apporteront jamais - aucun d'entre eux n'est prêt à aider la fiesta car ils sont tous tenus par un complexe d'infériorité par rapport au "progressisme" et au fait européen. Arrêtons d'accuser les taurins d'être des escrocs. S'ils nous trompent, c'est parce que nous le voulons bien. Nous devons nous organiser et imposer nos critères. Et si nous ne le faisons pas et laissons faire les autres, que ne viennent pas ensuite les pleurs et les lamentations...(p. 129)

                                                   naturelle de Juan Belmonte

   


vendredi 24 mai 2019

Le toreo revu et corrigé

   Dans ce livre déjà ancien (il est paru en version originale en 2002), Domingo Delgado de la Camara a l'ambitieux projet de réécrire l'histoire du toreo. L'auteur rejette, en effet, les analyses de ses prédécesseurs, critiques ou historiens de la fiesta. Celles qui attribuent la création du toreo moderne à Juan Belmonte et qui voient Joselito comme le dernier des Mohicans, ultime et meilleur représentant de l'ancienne lidia du XIXème siècle. Pour l'auteur, José Gomez est bien plus que cela. En pratiquant le premier le toreo en rond, Gallito pose les bases du toreo moderne que Chicuelo puis Manolete porteront dans les décennies suivantes à un point de non-retour. Juan Belmonte, lui, est plutôt l'inventeur d'une esthétique qui servira de référence et d'idéal au toreo du XXème siècle.
   Poussant son analyse et prenant en compte toute l'histoire taurine du siècle passé, Delgado de la Camara en arrive à classer le toreo en six styles différents. Chacun est l'objet d'un long chapitre au cours duquel il étudie l'apport technique et esthétique de chaque torero important.

   - La lidia ancienne de style galliste basée sur la diversité du répertoire.
   - L'esthétique belmontiste basée sur les pieds ouverts et la poitrine en avant, au détriment de la ligazon.
   - Le style sévillan avec les pieds joints, l'importance des recortes et des ornements.
   - Le toreo moderne mis au point par Manolete.
   - Le néoclassicisme qui utilise la technique de Manolete au service d'une esthétique belmontiste.
   - Les exhibitionnistes du courage, enfin, avec l'école trémendiste d'Albacete et El Cordobes comme figure de proue.

   Chaque chapitre s'ouvre par un tableau qui montre la succession chronologique des toreros dans la constitution et l'évolution de chaque style.
   L'auteur n'introduit pas de hiérarchie entre les différents styles, il n'y a pas d'orthodoxes ou d'hétérodoxes, de bonne ou de mauvaise évolution, de truqueurs ou de toreros purs. Il y a tout simplement, dans chaque catégorie, de bons ou de mauvais interprètes, et chaque aficionado, selon ses goûts et sa personnalité, sera plus ou moins sensible à telle ou telle manière de toréer sans que cela puisse disqualifier celles qui n'ont pas sa faveur.
   Pour mener à bien son travail, Domingo s'est appuyé non seulement sur son expérience de spectateur mais aussi sur les nombreuses vidéos disponibles - en particulier celles de Fernando Achucarro et José Gan pour les époques antérieures aux années 70 - ainsi que sur la lecture des peu nombreux écrivains taurins en qui il a confiance, parmi lesquels il attribue une grande importance à Gregorio Corrochano et Pepe Alameda.

   La lecture de l'ouvrage est passionnante. Elle donne une vision claire et renouvelée de l'histoire du toreo, qui n'empêche pas l'aficionado chevronné de mener un dialogue imaginaire avec l'auteur lorsqu'il n'est pas d'accord avec ses jugements.

Domingo Delgado de la Cámara,  Le toreo revu et corrigé,  sources, parcours et styles dans l'art de toréer,  Loubatières,  2004