mardi 14 août 2018

Dax




















Lundi 13 août 2018      Dax
temps nuageux
plein

6 toros de Pedraza de Yeltes (13 piques, vuelta au cinquième Holandero) pour Octavio Chacon (salut, une oreille), Daniel Luque (une oreille, une oreille) et Emilio de Justo (silence,  applaudissements)

Quatre années déjà depuis la mémorable corrida de Pedraza de Yeltes en 2014. La présence des toros du fer salmantin est aujourd'hui devenue l'attraction toriste de la feria dacquoise. Cette année encore,  leur trapío et leurs peleas ont permis une corrida d'un intérêt soutenu. Avec, en bémol, une inquiétude, celle de voir ces derniers temps, la mansedumbre prendre de plus en plus d'importance dans leur comportement. On vit par exemple des sorties de bœufs placides, des fuites, des bouches ouvertes, des toros qui cherchent les planches. Mais on vit aussi des toros protagonistes de grands tercios de piques : départ de loin avec codicia, chocs violents contre les uhlans, poussées sauvages avec les reins; des morts au centre, les sabots agrippés au ruedo jusqu'au dernier souffle de vie; à la muleta une mobilité parfois pesante mais permettant à des toreros de valeur de construire des faenas qui ne peuvent être celles du toreo préfabriqué.
Et des toreros de valeur il y en eut aujourd'hui. Octavio Chacon, tout d'abord, qui remplaçait Rafaelillo blessé, et qui fit preuve tout au long de l'après-midi, comme il le fait cette année dans toutes les arènes où il se produit, de son sens de la lidia et de sa toreria.
Avec deux toros au comportement très différent, Daniel Luque montra qu'il est non seulement un torero de classe mais aussi un torero parvenu à un grand niveau de maturité technique. Il sut donner confiance au second, en délicatesse avec une patte avant, puis, face à Holandero, faire preuve de dominio sans perdre la dimension artistique de son travail, jusqu'à ce que le toro rompe le combat.
Emilio de Justo enfin eut de très bons moments classiques à ses deux adversaires, de mauvaises mises à mort ne lui permirent pas le succès.
Un bémol également pour les trois matadors : leur difficulté à placer l'estocade dans la croix, cette partie du garrot qui, lorsqu'elle est atteinte, témoigne de la parfaite sincérité de l'exécution. Aucune aujourd'hui n'atteint cet objectif.
Les picadors à leur avantage en général, salut pour les banderilleros Perez Mota et Alfredo Garcia au cinquième toro.
P.-S. : Rien de plus anti-taurin que la fête foraine installée au pied des arènes et dont le tintamarre vient perturber la liturgie taurine. La sous-préfecture manquerait-elle d'espace ?

vendredi 3 août 2018

Roquefort 1990 : reseña de la novillada du conde de la Maza


La reseña de la novillada du conde de la Maza parue dans le journal Sud-Ouest sous la plume d'Yves Harté :






















cliquer pour agrandir

jeudi 2 août 2018

Roquefort : le retour des novillos du Conde de la Maza

   Les nuñez de sérieuse réputation du Conde de la Maza fouleront le ruedo roquefortois le dimanche 19 août. Les photos des novillos laissent augurer d'un lot bien présenté, comme il est de tradition dans la plaza landaise.



















   La journée aura un autre intérêt du point de vue du bétail. Il s'agira, lors de la non piquée matinale, d'apprécier les efforts de deux ganaderos français qui œuvrent au maintien de deux encastes (santacoloma et garcia pedrajas) chers à tous les aficionados. Emmanuel Turquay a récemment rafraichi ses santacolomas par l'acquisition de vaches et sementals à la famille Buendía. De son côté, Jean Louis Darré, après maintes péripéties, a réussi à récupérer, pour son fer de L'Astarac, des mâles d'origine Maria Luisa Dominguez Perez de Vargas ayant appartenu à Ortega Cano (ganaderia Yerbabuena).























Les novillos du Conde de la Maza avaient déjà paru dans la Monumental des Pins en 1990. Cette année-là, les petits princes novilleros remplissaient les plus grandes arènes de France et d'Espagne. A Roquefort, Antonio Manuel Punta, Manuel Caballero et Finito de Cordoba enchantèrent le public (une oreille chacun), la tarde se terminant par une vuelta des trois novilleros réunis. Les novillos du comte, présent à la barrera, étaient inégaux de présentation mais, malgré un fond de mansedumbre, intéressants et variés dans la lidia, certains faciles, tel le premier, une véritable sœur de charité, d'autres avec davantage de complications.

jeudi 26 juillet 2018

Ma madeleine 2018 (2)


Vendredi : corrida de La Quinta

    Aujourd'hui l'élément de base, celui qui fait qu'une corrida va être bonne, était bien présent sur le sable du Plumaçon avec le très bon lot de toros de La Quinta. Un lot de santacolomas comme on les aime : pleins de caste, avec de la mobilité et de la noblesse mais ne pardonnant pas l'erreur, allant a mas malgré (ou grâce à) un physique qui, conformément aux canons de l'encaste, n'avait rien d'excessif. Au cheval généralement braves en 13 rencontres.
   Le premier donna le ton de la corrida. Parfaitement mis en suerte par Juan Bautista il s'élança deux fois vers le piquero avec l'alegria des bons La Quinta; il est parfaitement piqué par Alberto Sandoval. La question de la troisième pique se pose mais le toro a déjà fléchi une fois et fléchira à nouveau lors du quite par chicuelina d'Emilio de Justo. Tout le monde le pense faible et le tercio s'arrête là. Il est en réalité un authentique brave qui va aller terriblement a mas durant tout le troisième tiers au point de mettre en difficulté le maestro arlésien sur les deux cornes.
   Après un tercio de pique gâché par la maladresse du piquero, le second fera preuve d'une noblesse pastueña qui autorisera à de Justo une faena templée et desmayada. Ce sera le toro le plus conciliant de la soirée.
   Le troisième sera piqué trois fois ce qui ne l'empêche pas de se montrer vif et exigeant au dernier tiers.
   Le quatrième fera des choses de manso face au lancier mais il est encasté et va a mas par la suite.
   Point besoin de bon cinquième aujourd'hui, de fait, soso et tirant vers les planches, il sera le moins intéressant de la corrida.
   Le dernier, enfin, fait preuve d'une charge soutenue pleine de caste et de codicia qui met Thomas Dufau en difficulté.
   Avec le sorteo le plus favorable, Emilio de Justo a su obtenir un triomphe qui fera date. Grande faena au second avec un temple jamais pris en défaut, une douceur parfaitement adaptée à la charge du toro et un empaque qui porta sur les gradins. Faena classique, sans un geste superflu, terminée, en guise d'adorno, par des naturelles de face. Deux oreilles indiscutables après une entière un poil desprendida. Il sut retenir le cinquième dans sa muleta et coupa une nouvelle oreille.
   Face au même élevage, Juan Bautista avait connu, ici même, l'an dernier, un triomphe historique. La tarde de cette année fut plus difficile. Face à deux toros très encastés qui le poussaient en permanence dans les cordes, il dut faire appel à toutes ses ressources morales et technique pour ne pas prendre un mauvais coup, et finir vainqueur, aux points, de l'affrontement. En témoigna à chaque conclusion, la mise en scène parfaitement maitrisée qui lui permit, seul en piste, de porter le dernier coup fatal de descabello (applaudissements, une oreille).
   Thomas Dufau n'a pas connu, lui non plus, la même réussite que l'an dernier. Il parvint pourtant  à donner lors de ses deux débuts de faenas  de bonnes séries de derechazos bien liés et rythmés mais il perdit peu à peu le contrôle des opérations en particulier lorsqu'il prit la main gauche (silence, applaudissements).
   Au bilan, une corrida passionnante.

Samedi : Armagnac

   A une quinzaine de kilomètres des flonflons de la Madeleine, à Saintjustin très précisément, dans le Bas-Armagnac, il est une petite ferme landaise à l'ombre de chênes centenaires qui abrite des trésors d' Armagnac. Louis Dupuy le maitre des lieux est mort il y a quelques années déjà mais ses héritiers perpétuent la tradition d'un Armagnac d'artisan. La dégustation des années 1986, 1985, 1983 montre à quel point chaque millésime a sa personnalité. Je repars avec un flacon de 1986 pour 66 €, le prix d'une très bonne place pour la corrida de cet après-midi à Mont de Marsan, à laquelle je n'irai pas. Il faut savoir faire des choix.

Dimanche : corrida de Dolores Aguirre

   La corrida de dimanche a été ce que l'on appelle aujourd'hui une corrida toriste, une vraie : des toros au trapío impressionnant, issus d'un encaste devenu rare, d'un comportement non calibré, face à trois matadors qui ne sont pas des figures. Ce fut une corrida intéressante durant laquelle on ne s'ennuya jamais. Ni les amateurs du genre, ni, je crois, le grand public. Ce ne fut pas toutefois une grande corrida car les toros de Dolores Aguirre manquèrent par trop de bravoure dans leur combat pour donner à l'après-midi la tonalité d'une funcion inoubliable.
   Le lot était de quatre et deux. D'abord quatre toros impressionnants par leur volume, par la sensation de puissance qui émanait de leur physique. Mais c'était des toros mansos : sorties de bœufs paisibles, fuites diverses, charges retenues, avec toutefois de la ténacité et du poder sous le fer et la possibilité pour les toreros, avec du courage et de la technique, de les faire consentir à charger la muleta. Les deux derniers, plus légers, avacados (le dernier protesté pour, en outre, des embouts abimés) m'ont fait penser aux Atanasio Fernandez que l'on voyait régulièrement dans les années soixante-dix et face auxquels les figures de l'époque triomphaient régulièrement (rappelons nous la queue de Palomo Linares à Madrid et les triomphes dacquois de Paquirri). Contrairement aux quatre premiers, ils firent preuve de mobilité dès leur sortie du toril et la conservèrent par la suite.
   Paradoxalement, pour qu'une corrida toriste soit réussie, il faut de bons toreros. Et il y en eut en ce dimanche de clôture de la feria montoise.
   Octavio Chacon est en train de s'affirmer comme l'homme indispensable pour ce type de corrida. Il toréa à la perfection son premier adversaire par des derechazos templés, profonds et dominateurs. Hélas, il est moins à son aise épée en main, ce qui lui fit perdre l'oreille (chaude vuelta néanmoins), recevant en prime, en donnant l'estocade, un mauvais coup de corne à la main gauche qui l'obligea à se rendre à l'infirmerie puis a quitter le ruedo après la mort du quatrième.
   Pepe Moral est desservi du point de vue esthétique par sa grande taille. Il domina le cinquième par des séries de naturelles distanciadas mais templées et coupa une oreille après une entière tendida.
   On sait que le courage ne manque pas à Juan Leal. Je l'ai trouvé en net progrès muleta en main, capable maintenant de toréer classiquement sur les deux mains avant de passer à son péché mignon que constituent ses prévisibles redondos inversés (culerinas). Il est en revanche un tueur calamiteux ce qui lui fit perdre l'oreille de chacun de ses toros.

    Ainsi se termina une feria qui ne fut ni bonne ni mauvaise, durant laquelle l'empresa fit des économies de bouts de chandelles en ne distribuant pas les feuilles annonçant toros et cuadrilla, et pour laquelle on pourra regretter une présentation des lots de toros sans homogénéité et en dessous de ce que l'on peut attendre d'une arène de première catégorie.


mardi 24 juillet 2018

Ma Madeleine 2018 (1)


Mardi : concours landais

   Si l'an dernier, à la suite d'un orage, une suspension abusive avait déçu le public coursayre, cette année le concours landais fut passionnant de bout en bout.
   Plusieurs vaches au galop encasté, des écarteurs décidés et un final à rebondissement, tous les ingrédients d'un concours réussi étaient réunis en cette soirée de préféria qui avait attiré une demi-chambrée au Plumaçon.
   L'élégant Louis Navarro, en tête depuis le début, semblait devoir faire un beau vainqueur grâce à sa régularité quand Loïc Lapoudge passa à l'attaque  et sur deux intérieurs se retrouva en première position. Ce qui eut la vertu d'obliger Navarro à sortir le grand jeu face à la nouvelle corne d'or et grâce à un intérieur magnifique à gagner définitivement la partie. Un beau duel entre les deux amis de la formation Deyris. On apprécia pour l'occasion le galop magnifique de Soltera qui effectuait sur le sable montois sa première sortie après avoir été sacrée corne d'or à Nogaro quelques jours auparavant. Une perle pour la Dal.
   Les résultats :                 
     1- Louis Navarro  109 p.
     2- Loïc Lapoudge   107 p.
     3- Thomas Marty  98 p.
     4- Alexandre Duthen  89 p.
   Chez les sauteurs :
     1- Fabien Napias  58 p.
     2- Louis Ansolabéhère  56 p.


Mercredi : visite des toros

   Admirer sa majesté le toro de combat fait partie des plaisirs de tout aficionado. Ce peut être, pour les privilégiés, au campo (encore que l'usage aujourd'hui si répandu des fundas a regrettablement tué ce plaisir-là), ou bien dans les corrals, enfin à sa sortie en piste ou il se révèle dans toute sa splendeur.
   Ce mercredi matin, trois lots étaient visibles dans les corrals de la plaza montoise.
   Les huit Domingo Hernandez et Garcigrande me paraissent bien faits, les cornes sont développées mais toutes ont tendance à revenir vers l'intérieur (abrochados). Un autre bémol : les pointes ne sont certes pas abimées mais aucune n'est réellement astifina, surtout si on les compare à celles des voisins de La Quinta.
   Le lot de La Quinta est magnifique. Toutes les variétés de pelage de l'encaste Santa Coloma sont présentes : noir, cárdeno, l'un d'entre eux est si clair qu'il parait ensabanado, il y a même un lucero. Certains sont petits mais tous sont d'une grande finesse de type. Les cornes sont bien dirigées, souvent astifinas.
   Je ne parviens à voir que trois Dolores Aguirre. Deux noirs, massifs et bien armés, un colorado qui me parait énorme.
   Voilà une bonne journée taurine; par choix je ne verrai pas combattre les Domingo Hernandez cet après-midi, mais les La Quinta et Dolores Agirre me laissent plein d'espoir pour les jours prochains.






Jeudi : corrida de Jandilla

   Le cartel de la corrida de jeudi ne manquait pas d'intérêt. Il y avait la présence d'Alejandro Talavante que l'on voit peu dans la région, celle de Roca Rey, garantie tout risque pour spectateurs et organisateurs, enfin la despedida de Juan José Padilla dans l'arène du Sud-Ouest qui l'a vu le plus souvent triompher. Je me souviens des quatre oreilles coupées aux victorinos en 2002. Le dynamisme du cyclone de Jerez dans les trois tiers avait, ce jour-là, mis les arènes en folie. Seize après cette journée glorieuse, bandeau sur l'œil perdu, foulard pour masquer les cinquante points d'Arevalo sur le cuir chevelu, le Pirate est toujours là, visage grave et fatigué, diminué pour avoir trop donné de sa chair aux toros. Les adieux furent émouvants et réussis et l'on ne peut que croiser les doigts pour qu'il en soit ainsi jusqu'à la fin de la temporada.
   Côté toros, l'intérêt de la tarde venait du retour des Jandilla au Moun. On sait que l'élevage a connu des succès réguliers l'an dernier et tout dernièrement à Pampelune. C'est parmi les ganaderias commerciales prisées des figures celle qui est susceptible de satisfaire toutes les tendances de l'aficion. Le premier toro, sérieux, bien fait, de charge encastée après deux bonnes piques, autorisa tous les espoirs. Hélas la suite ne fut qu'un défilé de toros sans trapío, médiocres, faibles du train arrière, au milieu desquels trôna le quatrième, un grand bœuf de cinq ans de charge nulle. Seul le sixième, entre les bonnes mains de Roca Rey (oreille) donna du jeu pour le torero.
   Dans ces circonstances, Alejandro Talavante, qui semblait pourtant décidé, ne put s'exprimer.

vendredi 6 juillet 2018

Pamplona, 8 juillet 1978



  Il faisait chaud à Pampelune ce jour-là. J'avais préféré passer l'après-midi à somnoler au frais sur les pelouses des fortifications, derrière les arènes plutôt qu'aller voir Damaso Gonzalez et Antonio José Galan dans le chaudron pamplonais. Mais pas question de manquer la corrida du lendemain (toros de Salvador Guardiola pour Ruiz Miguel, Manolo Cortes et Julio Robles), aussi en fin d'après-midi je me dirige vers les guichets de la plaza qui mettent en vente, à la fin de la corrida, les places restantes pour le lendemain. Une petite queue s'est déjà formée mais je suis bien placé. Les gens commencent à sortir de la plaza, on entend le brouhaha habituel en ces lieux. Tout à coup, à l'intérieur des arènes, de fortes détonations, des cris. On est un peu inquiet d'autant qu'on ne voit pas ce qui se passe. La première idée qui me vient c'est qu'un toro s'est échappé. Mais très vite, autour de nous, des mouvements de foule, des gens courent dans tous les sens, la panique gagne. Des fumées aussi et de drôles d'odeurs, mélange de poudre et de gaz lacrymo. Je rejoins mes compañeros. Chacun raconte sa version mais nous avons du mal à comprendre réellement ce qui se passe. Ce qui est sûr c'est qu'il y a du baston entre la police armée (les gris) et les mozos des peñas. Et ça va durer toute la nuit.
   Nous décidons d'aller passer la soirée dans un quartier plus calme de la ville mais le cœur n'y est plus. Pobre de mi, se han acabado las fiestas.
   Le lendemain un calme étrange et pesant a envahi la ville. L'encierro n'a pas eu lieu. Non loin des arènes, avenida de Roncesvalles, des fleurs déposées sur le bitume, c'est là qu'est tombé German Rodriguez, une balle dans la tête.

   Lorsque le hasard nous rend témoin d'évènements aussi dramatiques que celui-ci et que, de plus, on est étranger, on est bien sûr pris par l'émotion mais on a du mal à appréhender ce qui s'est passé. On a le sentiment d'être resté extérieur aux évènements. C'est donc avec un vif intérêt que j'ai visionné, il y a quelques années, l'excellent film documentaire sorti en 2005 Sanfermines 78 de Juan Gautier et José Angel Jimenez. S'appuyant sur des images d'archives et sur des entretiens avec les principaux protagonistes de ces journées, les cinéastes démêlent peu à peu le fil des évènements mais aussi et surtout ils les éclairent à la lumière de la situation politique de l'Espagne et de la Navarre à ce moment-là.
   1978, nous sommes en pleine Transition démocratique. Franco est mort depuis près de trois ans, l' Assemblée (Las Cortes) élue démocratiquement en juin 1977 est en train d'élaborer une nouvelle constitution. Contrairement à la vision que l'on a depuis la France ou qu'ont bien voulu répandre les Espagnols eux-mêmes, tout, dans le processus de transition, ne s'est pas passé aussi facilement qu'on le pense. Durant toute cette période, les réseaux de l'extrême-droite franquiste ont été très actifs. Leur but : créer dans le pays le plus possible de situations de violence et de chaos de façon à apeurer la société espagnole et à justifier un coup d'état militaire qui restaurerait le franquisme. Le film montre que l'irruption de la police dans les arènes de Pamplona relève de cette stratégie.
   Mais le film révèle un autre enjeu qui explique l'effervescence politique qui règne à Pampelune. Le Statut d'autonomie du Pays Basque est en train d'être négocié et il s'agit de savoir si la Navarre sera incluse ou non dans cette nouvelle organisation territoriale (Elle ne le sera finalement pas). La question a toujours été sensible en Navarre et chaque évènement est utilisé par l'un ou l'autre camp pour avancer ses pions.

   Aujourd'hui ce sujet suscite encore la fièvre, et l'extraordinaire caisse de résonance qu'est la San Fermin a toujours été mise à profit par les plus radicaux pour se montrer.
   C'est à l'aune de cette problématique qu'il faut comprendre les propos récents de l'actuel maire de Pampelune (du parti nationaliste socialiste basque Bildu) sur la corrida.
   Et l'on ne peut que regretter que la tauromachie soit une fois de plus instrumentalisée pour des questions politiques qui ne la concernent pas.


     Sanfermines 78  de Juan Gautier et José Angel Jimenez  2005
 
 

dimanche 24 juin 2018

Corrida de La Brède 2018


   6 toros de Fuente Ymbro (7 piques, vuelta au 3) pour Daniel Luque (silence, deux oreilles), Tomas Campos (silence, silence) et Jesus Enrique Colombo (deux oreilles, une oreille).
   A l'issu du paseo minute d'applaudissements en hommage à Alain Briscadieu, figure de l'aficion girondine décédé l'an dernier.

   Les toros de Fuente Ymbro, de présentation discrète mais correcte pour les lieux (plaza portatil), firent preuve d'alegria et de mobilité qui, alliées à un fond de caste certain, permirent une après-midi entretenue. Les meilleurs : le 3 actif sur une pique rechargée et de bonne charge par la suite, le 6 à son avantage sous deux bonnes piques (bien mis en suerte par Colombo) noble mais allant a menos au troisième tiers.
   Daniel Luque resta discret face au manso premier; il réalisa devant le quatrième, pastueño, une très belle faena commencée par des statuaires sin enmendarse, poursuivie par des séries templées sur les deux axes, avec placement et toques précis, mais terminée par des luquesinas abusives. Deux oreilles après une entière desprendida.
   Tomas Campos avait sans doute déjà l'esprit à Madrid ou il doit confirmer l'alternative ce dimanche. Face à un premier adversaire anodin et un second collant et très armé, sa prestation fut de celles qui laissent peu de souvenirs.
   Le jeune Vénézuélien Jesus Enrique Colombo fait partie de ces indispensables toreros de la alegria dont les qualités s'expriment dans les trois tiers et qui connectent facilement avec le public. En début de faena il assura chaque fois son emprise sur le toro grâce à des doblones allurés et dominateurs. Il se montra également tueur efficace.


mercredi 20 juin 2018

Guide des ganaderias de l'AEFTC




   L'Association des Éleveurs Français de Toros de Combat (AEFTC) a eu la bonne idée de publier son "annuaire" pour 2017-18. Le précédent datait de 2003.
   Voilà l'occasion d'établir des comparaisons entre la situation actuelle et celle d'il y a 15 ans lors de la précédente parution.

   Il y a actuellement en France 47 élevages de toros de lidia (45 répertoriés par l'AEFTC auxquels il convient de rajouter pour être exhaustif les 2 qui sont inscrits à l'UCTL (Concha y Sierra et Valverde).
   Il y en avait 40 en 2003. Le nombre est resté stable dans le Sud-Ouest qui, avec 8 élevages, semble avoir trouvé un équilibre. Les 7 ganaderias supplémentaires sont donc toutes situées dans le Sud-Est qui bénéficie avec la Camargue d'un vaste espace favorable à l'élevage.
   Le principal changement ne surprendra personne. Il s'agit de la proportion toujours plus grande que prend l'encaste domecq dans les élevages. Ils étaient 11 en 2003 (27,5%) à se prévaloir d'une origine entièrement domecq, ils sont aujourd'hui 25 (53%). Cet accroissement s'est fait par la création de nouveaux élevages qui ont directement choisi cet encaste mais aussi par des changements de sang chez des fers plus anciens. C'est ainsi qu'il ne reste plus qu'un seul élevage d'origine murube (Fano) au lieu de 3, et 2 d'origine nuñez (les Tardieu) au lieu de 4.
   Pour ce qui concerne les encastes minoritaires quelques élevages doivent être mis en évidence :
- L'Astarac qui tente de maintenir l'encaste pedrajas avec l'achat de novillos d'origine Maria Luisa Dominguez Perez de Vargas via Yerbabuena
- El Palmeral et Malabat qui maintiennent une origine Atanasio Fernandez
- Concha y Sierra (UCTL) avec son origine vazqueña
- Enfin les trois élevages de la famille Yonnet dont on peut considérer aujourd'hui qu'ils constituent un encaste propre.

mardi 12 juin 2018

Hommages à Ivan Fandiño

   Le samedi 17 juin 2017, le toro Provechito de Baltasar Iban mettait fin à la vie d'Ivan Fandiño dans les arènes d'Aire-sur-l'Adour. Cette tragédie a laissé des marques profondes dans l'aficion. Un an a passé et vient le moment des hommages et commémorations. Un moyen de faire son deuil et de célébrer la mémoire du grand matador basque.


Corrida à Aire-sur-l'Adour le dimanche 17 juin























Souscription pour un projet de monument
   "La Junta des Peñas Aturines", association en charge de l'organisation des spectacles taurins à Aire-sur-l'Adour, ouvre une souscription dans le but d'ériger un monument à la mémoire du torero basque.
   On peut souscrire par internet, par voie postale. Une vente aux enchères de photographie sera également organisée le jour de la corrida.
   Pour toutes informations :   http://www.toros-aire.com/


Un livre : Demain je serai libre 
   Nestor Garcia, ami et apoderado du matador a écrit un livre hommage à Ivan Fandiño qui retrace la longue lutte que fut sa carrière. Il est complété de nombreuses photographies et d'un appendice très complet recensant toutes les tardes du torero.




















Sur l'œil contraire : Ivan Fandiño, grand torero

lundi 4 juin 2018

Novillada de Captieux : de bonnes surprises

   6 novillos de El Freixo (9 piques, bons) pour Adrien Salenc (applaudissements, une oreille), El Rafi (une oreille, vuelta) et Dorian Canton (silence, deux oreilles)

   L'an dernier, après une excellente feria vicoise, la novillada capsylvaine avait marqué, en raison d'un lot faiblissime de Jalabert, un brutal retour à la réalité. Cette année, en revanche, après une feria vicoise maussade, les novillos encastés d'El Freixo ont permis un après-midi ragaillardissant car d'un intérêt toujours soutenu.
   Avec sa faiblesse, sa docilité excessive, l'encaste domecq nous réserve trop souvent le pire pour ne pas le saluer lorsque, comme aujourd'hui, la solidité et la caste permettent aux qualités foncières des domecqs de s'exprimer. Les novillos d'El Juli, par leur noblesse autorisaient toreo et triomphe mais ils avaient aussi leurs exigences, en témoignent les nombreuses cogidas subies aussi bien par les novilleros que par les banderilleros. Pour autant, les vueltas accordées aux 4 et 6 n'avaient aucune justification si ce n'est le triomphalisme d'un village en fête. On regrettera aussi quelques armures abimées, le cinquième notamment se brisant les deux pitons durant la lidia.
   Adrien Salenc avait débuté con los del castoreño il y a deux ans ici-même. C'est donc un novillero expérimenté qui tente de refaire surface après avoir été immobilisé une bonne partie de la saison dernière par une mauvaise blessure à l'épaule. La vérité oblige à dire que, malgré toute son entrega, il eut du mal à dominer ses deux adversaires, le premier sans doute pas assez piqué. Il se blessa en outre à la main avec l'épée en portant l'estocade à ce même premier. Et derrière lui pousse une nouvelle génération de novilleros français.
   A commencer par Raphaël Raucoule "El Rafi"  qui possède indiscutablement élégance et planta torera mais aussi une main gauche qui semble non dénuée de possibilités et de bonnes dispositions pour la pose des banderilles. Tout cela demande encore réglages et affermissement mais les qualités sont là.
   Je découvrais ce jour Dorian Canton et ce fut une grande et agréable surprise de le voir toréer à ce niveau malgré son peu de pratique. Sa muleta a été capable de dominer, de templer la charge de ses deux adversaires. Il a réussi des enchainements de grande qualité et des passes de poitrine de piton a rabo de catégorie. La mort semble être son point faible. Il y perdit le bénéfice de sa première faena mais assura le triomphe au dernier en se jetant sur le garrot. Le Béarnais est un réel espoir.


















On célébrait cette année les 25 ans de Rugby y Toros

vendredi 25 mai 2018

Vic-Fezensac 2018 : bilan (suite)

Les novilleros

Miguel Angel Pacheco
   Le Gaditan a montré qu'il possédait quelques atouts pour poursuivre sa carrière. Il est vaillant et ne baisse pas les bras face à la difficulté (premier novillo), il est capable de toréer avec temple et classe un novillo plus amène (le troisième).

Le cas Adoureño
   Hormis sa très bonne réception de cape à son premier adversaire, la prestation du novillero local El Adoureño, un Gersois de Nogaro, a été très décevante et ce d'autant que le sorteo lui avait attribué l'excellent Avecejon, un de ces Nuñez qui font la réputation de l'encaste.
   Il parait que la confiance qui l'habitait l'an dernier et lui a permis de mener une temporada 2017 pleine de succès l'a abandonné. De fait, dans le ruedo vicois Adoureño sembla errer comme une âme en peine. Sans doute les exigences des publics devant lesquels il torée cette année (arènes de première catégorie françaises et espagnoles) n'est pas étrangère à ce retournement de situation. Il me semble que la condition pour retrouver cette confiance est de repartir sur des bases théoriques (eh oui!) solides. A savoir que toréer ne consiste pas à accumuler des passes spectaculaires mais à construire des faenas classiques qui permettent de dominer l'adversaire. Être capable de donner ou de faire accepter à un novillo une belle série de derechazos, une belle série de naturelles, bien rematées, voilà ce qu'attendent les publics qui font les succès importants.
   On ne peut que souhaiter à Yanis de trouver dans son entourage les soutiens nécessaires à un renouveau  et en lui-même les ressources morales pour le mener à bien.

Les matadors

   Contrairement aux ferias précédentes, aucun matador n'a pu cette année, ressortir totalement à son avantage du défi imposé par la plaza vicoise.
   Je me bornerai donc à souligner le sérieux et les compétences de Lopez Chaves dans la corrida concours, la sincérité de Tomas Campos face au Yonnet remplaçant, la montée au front d'Alberto Lamelas devant un Quiñon assassin, l'élégante maitrise (malgré une cogida) de Curro Díaz et l'ambition et le pundonor parfois maladroits d'Emilio de Justo. La meilleure faena fut selon moi celle de Daniel Luque au second Pedraza. Une faena limpia, templée, dominatrice, concise, adaptée au toro. Tout cela avec beaucoup de classe. Une mise à mort un peu longue (pinchazo, bonne entière, descabello) réduisit le prix à un salut au tiers chaudement ovationné.
   On regrettera enfin l'absence du Vénézuélien Manolo Vanegas qui avait reçu l'alternative ici-même avec succès l'an dernier. Une très grave blessure aux cervicales à l'entrainement a nécessité une intervention chirurgicale sans que l'on sache s'il pourra un jour reprendre l'épée. Animo maestro!

Les subalternes

   S'il y eut quelques bons puyazos lors de cette édition la majorité d'entre eux fut vraiment catastrophique à tel point que l'on put croire à un moment qu'un concours du plus mauvais picador était organisé. Plusieurs auraient pu concourir pour le puyazo le plus proche de la queue du toro!
   Bravo aux meilleurs :
Laurent Langlois, cuadrilla d' El Adoureño, quatrième novillo d'El Retamar
Oscar Bernal, cuadrilla de Lopez Chaves, toro de La Quinta
Mario Benitez Rodriguez, cuadrilla d'Emilio de Justo, sixième Pedraza de Yeltes

  Beaucoup de démissions chez les banderilleros, mention toutefois à :
Oscar Castellanos, cuadrilla de Curro Díaz
Manuel Angel Gomez et Manuel Perez Valcarcel, cuadrilla d'Emilio de Justo

Les prix

   meilleur toro de la feria : desierto
   prix spécial à Avecejon novillo de El Retamar lidié en quatrième position
   meilleur toro de la corrida concours : Olivito de La Quinta
   meilleur picador : Oscar Bernal
   meilleur lidiador : Lopez Chaves
   meilleur banderillero : Manuel Angel Gomez

Trop de picadors ne furent que l'ombre d'eux mêmes (photo Laurent Bernède)

jeudi 24 mai 2018

Vic-Fezensac 2018 : bilan

   Si la feria 2018 a été largement décevante elle s'inscrit toutefois pleinement dans la tradition des ferias vicoises.  Ce fut une feria austère qu'aucun haut fait, ni de la part des toros, ni de la part des matadors, ni de celle des picadors n'est venu transfigurer. Des toros imposants, des cuadrillas fréquemment apeurées, des piques nombreuses mais mal données, des matadors qui hésitent à s'engager à la mort, un public souvent acariâtre.
   Pour moi, l'aspect le plus négatif s'est trouvé dans la médiocrité des prestations de la quasi totalité des piqueros ayant actué durant la feria. Il s'agit là d'une régression importante - et que bien sûr j'espère provisoire - par rapport aux progrès qui avaient été accomplis ces dernières années dans ce domaine.

Les toros

El Retamar
   Tout avait bien commencé avec quatre novillos d'origine Nuñez au trapío harmonieux. De la mobilité, de la caste, une exquise noblesse hélas entachée de faiblesse chez le 3 et, pour finir, Avecejon un melocoton brave et noble honoré d'une vuelta al ruedo.

Valdellán
   Sur quatre toros (un renvoyé pour boiterie) un bon : le sobrero Mirasuelo qui malmena la cavalerie (la seule chute de la feria) et fit preuve de noblesse encastée dans la muleta timide de Sebastian Ritter.

Los Maños
   Une des déceptions de la feria avec quatre toros (dont un pour la concours) bien présentés mais réticents sous la pique, broncos, avisés. Seul Tostadito, le quatrième de la corrida de samedi avait du son au troisième tiers quoique gardant la tête haute. L'actuation sans ambition de Manuel Escribano ne lui a pas permis d'être mis en valeur. On restera donc sur le souvenir de Jardinero, ce grand toro vainqueur du concours l'année dernière.

Corrida-concours
   Basée sur l'encaste santa coloma, la corrida-concours n'a pas permis à celui-ci de se mettre en valeur; elle a, au contraire, mis en évidence ce qui constitue un des péchés mignons de l'encaste, la sosería. Seul Olivito, un cinqueño adipeux de La Quinta sorti en première position, donna du relief à la matinée, avant que l'ennui ne s'installe. Ce fut un toro spectaculaire au premier tiers car il accourut de loin à l'appel du piquero (3 piques) puis il fut noble dans la muleta de Lopez Chaves avec toutefois le défaut de relever la tête à la fin de chaque passe. Beaucoup de spectateurs demandèrent (en vain) la vuelta, oubliant que le toro n'avait en réalité que fort peu poussé sous le peto.

Raso de Portillo
   Loin d'être aussi infâme que j'ai pu le lire ici ou là, la corrida de Raso de Portillo a été une authentique et intéressante corrida à la vicoise. Impressionnante de trapío et variée de comportement. Il est vrai que le quatrième, haut et laid, a été un manso décasté. Auparavant, un castaño de El Quiñon, second fer (avec rajout de sang domecq) de la famille Gamazo, s'était révélé un vrai démon et avait permis à Alberto Lamelas de montrer sa meilleure face, celle du belluaire. Ces deux toros créèrent une psychose parmi les cuadrillas et les deux derniers Raso furent complètement escamotés. Le cinquième, après avoir créé une panique totalement injustifiée dans la cuadrilla, finit noble mais soso dans la muleta d'Antonio Nazaré. Quant au sixième, Uño, il fut un des rares bons toros de la feria mais il fut massacré par trois piques assassines. Malgré ce mauvais traitement, sa noblesse au troisième tiers en faisait un toro à succès possible.

Pedraza de Yeltes
   En complément de la reseña d'hier deux mots sur les Pedraza : un excès de forme pour un manque de fond.

















La sortie de Olivito, cinqueño de La Quinta, vainqueur de la corrida-concours (photo Laurent Bernède)


A suivre...

mercredi 23 mai 2018

Vic-Fezensac





Lundi 21 mai 2018   arènes Joseph Fourniol   Vic-Fezensac
beau temps
arènes pleines

6 toros de Pedraza de Yeltes (17 piques) pour Curro Díaz (salut, salut), Daniel Luque (salut, silence) et Emilio de Justo (applaudissements, une oreille)

Cette dernière corrida de la pentecôte vicoise a été à l'image de la feria : elle a connu des moments d'intérêt mais est restée décevante par rapport aux attentes qu'elle avait suscitées.
Bien que d'origine domecq (encaste très rarement couru en ces lieux) les toros de Pedraza de Yeltes étaient dans la ligne de ce que l'on peut attendre d'une corrida vicoise. De l'âge (cinqueños), du poids, des cornes, de la ténacité sous le fer. Tous allèrent au cheval sans se faire prier  et ne le quittèrent qu'à regret, mais la plupart d'entre eux manqua de continuité dans la poussée, pour preuve l'absence de chute malgré leur volume impressionnant. Le meilleur dans ce domaine fut le sixième qui poussa par trois fois en mettant les reins. Mais sa charge distraite, mollassonne et tête haute au dernier tiers ne confirma pas ce bon comportement initial. Le troisième, en revanche, chargea remarquablement à la muleta, un problème de patte l'empêchant hélas de donner sa pleine mesure. Problème de patte qui se répéta plusieurs fois dans l'après-midi (on dut changer le magnifique cinquième pour un sobrero du même élevage) dont on ne sait s'il est la conséquence de l'excès de poids des toros, de leur faiblesse ou de l'état apparemment glissant de la piste.
Curro Díaz, peu impressionné par les montagnes de chair qui lui furent opposées, toréa avec ses habituelles élégance et facilité. Moment de frayeur toutefois lorsque le quatrième, sur une naturelle, vint directement sur sa cuisse. Curro en fut quitte pour une cogida et la taleguilla déchirée.
Tout ce que fit Daniel Luque fut empreint de sérieux et de classe. Il fut moins heureux épée en main.
Emilio de Justo toréa le troisième avec une sincérité remarquable, la fragilité de paturon du bon pedraza empêchant seule la faena de prendre son envol. On pourra cependant lui reprocher de trop vociférer durant son travail.
La feria se termina par un moment épique comme les aime la plaza gersoise. A la fin d'une faena valeureuse mais sans doute trop longue, Emilio fut violemment renversé par le toro. Groggy, le corps endolori, le Cacereño trouva les ressources pour revenir face au mastodonte et l'occire d'une entière basse. Ainsi fut coupée la seule oreille de la feria obtenue par un matador.

mardi 8 mai 2018

Toros en Gironde 2018


Captieux

Dimanche 3 juin
11h  novillada
El Freixo
Adrien Salenc - El Rafi - Dorian Canton

Rugby y toros, le blog























La Brède

Samedi 23 juin
11h30 novillada sans picadors
Alma Serena - La Espera
Yon Lamothe - Solalito

18h  corrida
Fuente Ymbro
Daniel Luque - Tomas Campos - Jesus Enrique Colombo

programme


jeudi 3 mai 2018

Turquay



















L'élevage Turquay a été créé en 1978 avec du bétail de Jean Riboulet. C'est en 1997 avec l'achat d' un lot de vaches et d'un semental à Pablo Mayoral que les Turquay s'orientent vers l'encaste santa coloma. Cette orientation se confirme en 2015 avec l'achat à la maison mère d'un lot de vache et de trois toros portant le fer de Buendía.
















A l'heure où beaucoup d'éleveurs français choisissent le conformisme en achetant du domecq à tire-larigot  on se réjouit de voir la passion d'Emmanuel Turquay pour les petits gris santacolomeños. Avec l'élevage François André ce sont les seuls aujourd'hui à pouvoir se prévaloir de l'encaste santa coloma en France. On regrettera au passage l'échec de l'intégration des santacolomas voisins de Granier, apparemment une question de prix.


















C'est à Eyguière au mas des Cavales que se trouve la plaza de tienta et le siège de l'élevage. Les mâles paissent non loin de là. Quant aux vaches, elles se trouvent à Mas Thibert peu après les élevages Gallon et Tardieu où sur 120 hectares  loués au Conservatoire du littoral elles jouissent des vastes espaces de la Camargue profonde. Par ailleurs la famille Turquay exploite 120 hectares de foin de Crau, ce qui permet de faire bouillir la marmite.

Les premiers novillos issus du rafraichissement par buendía seront lidiés en non piquée au cours de la présente temporada. On en verra notamment deux à Roquefort le dimanche matin 19 août où ils partageront l'affiche avec deux L'Astarac d'origine Maria Luisa.
On souhaite aux Turquay la même réussite que la ganaderia aragonaise Los Maños. En effet les ingrédients sont les mêmes : Pablo Mayoral, puis Buendía.


















 semental et sa famille (origine Pablo Mayoral)



















les robes castañas viendraient de la branche Vicente Martinez, résiduelle chez les Pablo Mayoral























utrero d'origine Pablo Mayoral


mercredi 25 avril 2018

Adieux à Chulo

   Bernard Pène était un sacré Chulo. Depuis 2010, son blog , tenu au gré de ses états d'âme, de ses coups de cœur, de ses coups de sang, nous distillait, trop parcimonieusement hélas, ses propos d'aficionado avisé (avisé comme peut l'être un bon miura), mais aussi sa connaissance érudite de la guerre civile espagnole, sans oublier sa fascination pour ce pays si extraordinaire pour un européen qu'est Madagascar.
   Pour ceux qui, comme moi, ne l'ont connu que par l'intermédiaire de la toile, il restera, à travers ses écrits, le souvenir d'un homme à la pensée empreinte de droiture et d'intransigeance, de finesse et de compétence.
                                         Adios Chulo!


mercredi 11 avril 2018

Mont de Marsan : les cartels de la Madeleine 2018

mardi 17 juillet
concours landais

mercredi 18 juillet
Domingo Hernandez "Garcigrande"
El Juli - Juan Bautista

jeudi 19 juillet
matin : novillada sans picador

Jandilla
Juan José Padilla - Alejandro Talavante - Roca Rey

vendredi 20 juillet
La Quinta
Juan Bautista - Emilio de Justo - Thomas Dufau

soir : corrida portugaise

samedi 21 juillet
Nuñez del Cuvillo
Enrique Ponce - Sébastien Castella

soir : novillada piquée
Jean Louis Darré "Camino de Santiago"
Francisco de Manuel - El Rafi - Dorian Canton

dimanche 22 juillet
Dolores Aguirre
Octavio Chacon - Pepe Moral - Juan Leal 

   J'ai voulu mettre en avant quelques critères (parmi bien d'autres) sur lesquels on pouvait s'appuyer pour juger de la qualité et de la pertinence des cartels d'une feria importante telle que la feria de la Madeleine à Mont de Marsan ( cinq spectacles majeurs, arène de première catégorie). J'en ai choisi trois.
   - En premier lieu de bons cartels doivent offrir au public, dans chaque catégorie, ce qui se fait de mieux. Ce qui se fait de mieux  est aussi dans la majorité des cas ce qui est le plus cher (mais pas systématiquement : voir critère 3). Autrement dit, il s'agit de ne pas monter une feria au rabais.
   - Un second critère m'est apparu pertinent : ne pas commettre d'injustice. Il s'agit là d'un critère que le mundillo taurin n'a pas la réputation de tenir pour essentiel, raison de plus pour qu'il soit porté par les aficionados. Il faut engager ceux qui ont donné le meilleur d'eux-mêmes l'année précédente. Et inversement ne pas réengager ceux qui étaient venus avec peu d"ambition ou les ganaderias qui ont déçu.
   - Enfin, il faut que les cartels soient en phase avec l'actualité. Avoir suffisamment de réactivité pour engager les hommes en forme, les jeunes qui tiennent leurs promesses et que l'aficion aura le désir de voir. C'est sans doute sur ce critère-là qu'un organisateur peut le plus faire preuve de sa compétence, voire de son talent.
   Il est bien évident que ces critères doivent être compris comme se fondant dans quelque chose qui les fédère : la spécificité de l'arène, son esprit.
   A l'aune de tout cela, chacun pourra juger de la qualité de la programmation de la feria 2018.
   Quant à moi je me bornerai à constater deux choses.
   D'une part, le deuxième critère, à savoir le respect d'une certaine justice, me parait cruellement pris en défaut en raison de l'absence d'Alberto Lamelas qui, deux ans de suite, s'est littéralement joué la vie sur le sable du Plumaçon.
   D'autre part, la possibilité d'engager des toreros nouveaux et talentueux se trouve considérablement réduite par la suppression de deux postes de toreros. Ainsi, ni Fortes, ni Alvaro Lorenzo (je cite ces deux toreros car leur qualité récemment exprimée à Madrid n'a pu échapper à Simon Casas, organisateur là-bas et ici) ne pourront défiler au Moun pour cause de mano a mano. Ce qui témoigne d'un déséquilibre entre le critère 1 (trop de figures) et le critère 3 (pas assez de nouveautés) ...

jeudi 5 avril 2018

Sur deux corridas arlésiennes

   Il est certain qu'être annoncé aujourd'hui face à un lot de Jandilla est un sacré privilège. Se retrouver face au pastueño et innocent premier ou face au brave et inépuisable sixième est, pour un torero, une occasion extraordinaire (elle ne se reproduira peut-être pas de toute la temporada) de montrer son savoir-faire. Encore faut-il posséder les qualités requises pour profiter de la situation, être dans un moment de confiance et, si l'on est débutant, ne pas perdre sa lucidité face à l'importance de l'enjeu et à l'émotion que doit susciter une telle rencontre.
   On sait Miguel Angel Perera dans un moment de plénitude. Il ne pouvait passer à côté de son rendez-vous avec Licenciado, ce toro si noble qu'on avait envie de lui souffler depuis les gradins : " lance donc un coup de corne de temps en temps". Et s'il n'a pas lancé ce coup de corne c'est peut-être parce qu'il a été toréé avec une telle confiance, une telle douceur, un tel temple que l'idée ne lui en est jamais venue. Je ne suis pas porté vers la tauromachie de Perera, mais je dois reconnaitre qu'en ce jour de Pâques le maestro extremeño, toréant dans la plus pure lignée de Damaso Gonzalez, a su me convaincre qu'il pouvait être grand torero.
   Pour l'avoir vu plusieurs fois comme novillero je savais qu'Andy Younes avait de grandes possibilités. Il a su saisir la chance qui avait pour nom Lastimoso, le dernier Jandilla. Aucune fausse note dans la faena de l'Arlésien qui sut toréer comme l'eut fait une figure un toro certes très noble mais exigeant par sa charge soutenue et inépuisable. On peut lui reprocher d'avoir, en prolongeant sa faena, joué la carte de l'indulto, ce truc qui permet d'éviter la mise à mort et de se faire de la publicité à bon compte; mais à ce stade de sa carrière, il lui était difficile de refuser cette bénédiction qu'offrent les publics faciles et les présidents sans critère.
   Gines Marin a pratiqué un toreo light, sorte de champagne sans alcool qui ne fait tourner ni la tête, ni le cœur et laisse les papilles prêtes à profiter de ce qui va suivre. Reconnaissons lui deux mérites : celui d'avoir réussi à mettre et à garder dans la muleta son premier adversaire manso, distrait et coureur et celui de ne pas étouffer ses toros. Sa muleta légère, distanciée, utilisant toujours le pico, ne contraignant jamais, ne rebute jamais non plus. C'est peut-être la raison de son succès actuel, et pourtant j'imagine un jour Gines toréant avec profondeur, mais ce jour ne semble pas encore venu.


   Il est difficile de concevoir qu' El Fandi ait pu être à l'affiche de la corrida de lundi pour ses mérites propres. On voit plutôt sa présence comme un accord de réciprocité entre le matador organisateur arlésien et Matilla, puissant apoderado du Granadino. Le procédé n'est pas nouveau mais il est fâcheux.Surtout lorsqu'il conduit à laisser sur la touche un matador local qui a pourtant fait ses preuves ici comme Thomas Joubert ou d'innombrables espagnols qui auraient très certainement tiré un parti bien plus artistique des excellentes conditions qu'offrait Notario, le quatrième toro d'Alcurrucén. Fandi pour sa part ne brilla pas même aux banderilles; il est juste toutefois de noter la maestria et la précision avec lesquelles il conduisit chaque fois ses toros à la pique.
   L'autre bon toro d' Alcurrucén fut toréé avec finesse et bon goût par José Garrido particulièrement sur la main gauche et l'oreille qu'il coupa était la seule justifiée de l'après-midi.
   A propos d'oreille, on regrettera qu'après un bajonazo aussi honteux que celui donné par Luis David Adame au sixième toro, il se soit trouvé des aficionados sur les gradins et un président au palco pour sortir leur mouchoir blanc. De telles oreilles ôtent beaucoup de sérieux à une arène.

mercredi 4 avril 2018

Feria d'Arles 2018 : la novillada

   Dans une programmation de feria très conformiste la novillada du dimanche matin, au cartel original, avait attiré bon nombre d'aficionados et rempli un bon tiers du vaste amphithéâtre arlésien, autant que la corrida du lundi. Au final, malgré l'excellence du cinquième novillo, un certaine déception dominait en raison de la médiocrité, en  présentation et en comportement, de trop de novillos. Mais, examinons leur combat plus en détail.
   Le novillo de CONCHA Y SIERRA (origine Vazquez), un joli jabonero claro, sort très affaibli d'une première pique prise en poussant. La seconde rencontre n'est qu'un picotazo. Sa faiblesse n'autorise que deux paires de banderilles. Peu à peu le novillo récupère et, bien toréé, fait preuve d'une grande noblesse au troisième tiers, laissant une oreille, la seule de la matinée, dans les mains d'Adrien Salenc.
   Le pupille de LOS GALOS (Domecq), colorado, après une première pique pompée, sort seul de la seconde. Il tentera, durant le tercio de banderilles, de sauter les planches. C'est un manso mobile et solide.
   Le troisième novillo provient de l'élevage LE LAGET (origine Pinto Barreiro et Domecq) appartenant à l'empresa. C'est un laid castaño, bociblanco et gacho. Sa faiblesse ne permet que deux picotazos après lesquels il est soso et tardo.
   Après deux piques prises sans brio, le chétif pensionnaire de PAGES-MAILHAN (Arranz, Domecq) se montre vif et nerveux et donne de l'intérêt à la faena d'Adrien Salenc.
   Mudo de CALLET (Domecq), sorti en cinquième position, sera le novillo de la matinée. Il a repéré le cheval dès que celui-ci a mis le pied dans le ruedo et fusera vers lui à la première occasion pour une longue pique placée dans l'épaule et poussée en brave puis rechargée. Peu éprouvé par ce mauvais traitement il accourt sans hésiter pour la deuxième rencontre. Mais le président fait sonner le changement, nous ne verrons pas de troisième pique. Pourtant la bravoure et le poder du novillo la rendaient nécessaire. Sa charge, pleine de codicia, confirme sa bravoure aux tiers suivants et met le novillero en difficulté. Vuelta à l'arrastre pour Mudo avec le regret qu'il n'ait pu s'exprimer pleinement.
   La médiocrité revient en piste avec le très décevant BLOHORN (Domecq) qui, après deux piques sans s'employer, s'éteint irrémédiablement.
   Après une saison 2017 écourtée en raison d'une mauvaise blessure à l'épaule, Adrien SALENC est revenu avec la même entrega et une technique semble-t-il affinée qui lui a permis de tirer le meilleur parti d'adversaires différents, l'un noble et faible, l'autre vif et compliqué.
   EL ADOUREÑO, que l'on attendait plus mûr en raison de ses états de service espagnols la temporada passée, a déçu. Sans doute va-t-il falloir qu'il adapte son toreo aux exigences du public français s'il veut continuer à rencontrer le succès.
   Très mal servi, EL RAFI n'a pu se montrer à l'occasion de ce qui constituait sa première novillada piquée. On retiendra malgré tout quelques naturelles sincères à son premier novillo et quelques très belles paires de banderilles.

   prix au meilleur novillo : Mudo de Pierre Henry Callet "Malaga"
   prix au meilleur novillero : Adrien Salenc



  

mardi 3 avril 2018

Arles





Samedi 31 mars 2018   amphithéâtre romain   Arles
temps froid, vent fort
plein

6 toros de El Freixo pour El Juli (silence, silence), Juan Bautista (deux oreilles, deux oreilles) et Roca Rey (silence, silence)

Au lendemain des obsèques de son père Luc Jalabert, rejoneador, ganadero et ancien impresario des arènes locales, Jean Baptiste lui a rendu hommage de la meilleure façon qui soit : en toréant magnifiquement.
Tout au long de l' après-midi, l'Arlésien montra l' étendue de ses qualités : sitio remarquable et douceur dans le geste qui à la fois donnent confiance aux toros et les dominent. Il y rajouta un répertoire varié, plus "grand public" tel que séquences à genoux et toreo de proximité. L'épée fut moins précise mais l'élan du cœur du public et de la présidence lui permit un triomphe complet de quatre oreilles.
El Juli et Roca Rey, en butte au vent ou à la médiocrité des toros, restèrent, pour la circonstance, des compañeros parfaitement discrets.
Julian Lopez portait aussi  ce jour le sombrero du ganadero puisque l'élevage El Freixo est sa propriété.  Courts, ronds, terciados, discrets d'armure, ses toros auraient constitué un lot tout à fait acceptable dans une arène de deuxième catégorie mais Arles est, parait-il, de première...  Au moral, très médiocres les 1, 3 et 4, meilleurs les 2, 5 et 6 mais tous, sauf le dernier, manquant de l'étincelle que donnent la caste et le poder.
Malgré un temps très antitaurin, le cartel étoile de la feria avait attiré la grande foule aux arènes et, si elle en sortit satisfaite, ce fut en raison de l'émotion suscitée par l'hommage réussi d'un fils à son père.

lundi 26 mars 2018

Vic Fezensac : les cartels 2018

Samedi 19 mai
11h.   novillada
El Retamar
Miguel Angel Pacheco - El Adoureño

18h.   corrida
Valdellán - Los Maños
Manuel Escribano - Sergio Flores - Manolo Vanegas

Dimanche 20 mai
11h. corrida-concours
La Quinta - Juan Luis Fraile - Pallarés
Vinhas  - Ana Romero  - Los Maños
Lopez Chaves - Pepe Moral - Tomas Campos

18h. corrida
Raso de Portillo
Octavio Chacón - Antonio Nazaré - Alberto Lamelas

Lundi 21 mai
17h. corrida
Pedraza de Yeltes
Curro Díaz - Daniel Luque - Emilio de Justo


   En comparaison avec ce qui se fait en d'autres terres taurines où domine top souvent la médiocrité du convenu, les cartels de la feria de Vic sont, comme chaque année, un havre de fraicheur et d'espérance pour les aficionados.
   Au niveau des ganadérias, les organisateurs ont mis en avant, cette année, l'encaste santa coloma avec les élevages de Valdellán, Los Maños et Raso de Portillo. En outre, la corrida-concours lui sera entièrement consacrée, ce qui nous vaudra de voir des raretés comme Pallares, propriété de la famille Benitez Cubero, ou Vinhas, les buendias portugais. On souhaite le succès à tous ces élevages car l'aficion a besoin d'eux pour sortir de l'uniformisation que le sang domecq a répandu dans les ferias actuelles.
   Après une ouverture en mode nuñez (novillos de El Retamar), la feria se terminera précisément par la présentation à Vic des domecqs de Pedraza de Yeltes. Une belle occasion de prouver que ce sang peut produire autre chose que les toritos sans âme qui accompagnent les figures dans leurs tournées estivales.
   On notera que les élevages de Dolores Aguirre et Palha, très satisfaisants l'an dernier, n'ont pas été reconduits, mais on sait qu'on  reverra un jour leur devise flotter sur le ruedo gersois.
   Du côté des hommes, on verra avec beaucoup d'intérêt les espoirs que sont Manolo Vanegas, Tomas Campos, Emilio de Justo et Sergio Flores. On sera dubitatif sur la présence d'Antonio Nazaré tout en se disant qu'avec la présence de Diego Urdiales et Paco Ureña les cartels eussent été parfaits. Mais, on ne le sait que trop, la perfection n'est pas de ce monde.


vendredi 16 mars 2018

Photographie taurine sur internet

   L'apparition de la photographie numérique dans les années 1990, puis le développement de la communication par internet au début du XXIè siècle ont révolutionné la photographie taurine et sa diffusion. On trouve aujourd'hui sur le net de nombreux sites, blogs et autres lieux où les photographes -amateurs aussi bien que professionnels - peuvent montrer au plus grand nombre leurs créations.
   Si la vidéo reste un moyen incontournable de froide connaissance, la photographie taurine, outre ses éventuelles qualités esthétiques, me parait finalement plus vivante en ce qu'elle permet à chacun d'imaginer l'avant et l'après de l'image captée. Sa charge émotive n'en est que plus grande.

   Voici quelques sites de photographie taurine sur la toile :

   • Gascoun e toros   Olivier Viaud
   • Passion Photo Toros et Feria du Sud Ouest   Nicolas Coufffignal
   • Por las rutas del toro  Gorka Azpilicueta  Arsenio Ramirez
   • David Cordero
   • Photographies taurines   Louise 2 Z
   • Tendido sol   Christophe Moratello
   • Michel Volle
   • Photo aficion   William Lucas
   • Laurent Bernède
   • Christian Lamoulie
   • Photaurines
   • Amandine Segot
   • Christine Nuel
   • Romain Tastet
   • Juan Pelegrin
























Une photo peu courante de Cano, grand photographe taurin mort à 103 ans en 2016 et actif quasiment jusqu'à sa mort

mardi 27 février 2018

La crise catalane

   Rien de ce qui se passe chez nos voisins espagnols n'indiffère l'aficion française. La question catalane accapare les esprits depuis plusieurs mois maintenant de l'autre côté des Pyrénées.
   Je fais partie des gens qui pensent que l'idéologie nationaliste est une de celles qui  ont le plus poussé l'humanité au crime et au malheur. Je n'ai donc de sympathie pour aucun nationalisme, fut-il espagnol ou français (les hurleurs de Marseillaise me font froid dans le dos). Quant à ces petites régions qui, comme la Catalogne espagnole, veulent péter plus haut que leur cul, si la défense de leur culture propre* me parait - à l'heure de la mondialisation à tout va - une nécessité, leur volonté de constituer un état politique indépendant relève d'une bouffonnerie pitoyable mais aussi hélas potentiellement dangereuse (pour elles-mêmes comme pour le reste de l'Europe).
   Si la confusion extrême qui prévaut aujourd'hui semble arranger tout le monde, il va bien falloir, un jour, sortir de cet imbroglio ridicule. Pour essayer d'y voir plus clair, je soumets à votre réflexion cet article de Sébastien Bauer paru dans Le Monde diplomatique de novembre 2017. Le journaliste pense que, si la cause des évènements actuels se trouve à Madrid, la solution également ...

  Sébastien Bauer, La crise catalane est née à Madrid, Le Monde diplomatique

* Dans ce domaine, les Catalans ont au moins réussi à sauver leur langue, ce que les occitans, persuadés par le jacobinisme français que la leur n'était qu'un patois de pauvres gens, n'ont pas su faire. Et ce n'est pas le choix d'appeler Occitanie (en oubliant au passage les Catalans français) une grande région française du sud qui changera les choses.






















Serafin Marin, un matador catalan dans les arènes de Madrid

dimanche 18 février 2018

A la recherche du trapío pour embestir

   Ah! Ces gens tout feu tout flamme qui déclarent sans l'ombre d'un doute : "Voilà un toro qui a un trapío pour embestir!" Si l'oracle vient d'un aficionado chevronné ou, mieux, d'un professionnel blanchi sous le harnais, voire d'un ganadero, on n'ose rien dire, vaguement admiratif devant tant de science offerte aux non-initiés.
   L'affirmation a son corollaire, à l'exact opposé : le toro qui, en raison de son trapío, ne peut, en aucun cas, embestir.
   Il y a là des histoires de hauteur, de cou, de conformation qui m'ont toujours semblé occultes. Moi qui, en ce qui concerne leur apparence, aurait plutôt tendance à classer les toros en deux catégories : ceux qui sont beaux, qui ont du trapío et les autres, anodins ou, parfois, carrément laids. Avec l'incongruité de souvent trouver beaux des toros dont certains ont pensé qu'ils avaient dans leur morphologie tous les défauts qui devaient les empêcher d'embestir.
   Mais il faut bien donner la course. En général, les beaux parleurs se font alors plus discrets : les toros qui avaient le trapío parfait pour embestir n'ont pas réussi à mettre un pied devant l'autre, et le vilain petit canard s'est révélé le meilleur toro de la course.
   En fin de compte, chacun retombera sur ses pieds car, c'est bien connu, "les toros sont un grand mystère".

   Sur ce sujet, je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager ces quelques lignes émanant de Julio Fernández, vétérinaire de l'UCTL, extraite du questionnaire du livre d'Antonio Purroy dont il a récemment été question sur le blog.
   "Nous croyons - ce qui, à mon avis, est une erreur - que pour faciliter la position basse de la tête (caractère qui distingue le taureau considéré comme bon dans la tauromachie actuelle) il faut choisir des reproducteurs de faible hauteur au garrot, ayant des membres antérieurs relativement courts et un cou allongé. Cette sélection anatomique obtient plus facilement des résultats que de sélectionner le fait de baisser la tête comme un caractère de comportement. Cette croyance provoque des changements anatomiques et morphologiques chez les animaux et leur conséquence est que, dans de nombreux cas, on arrive à la production de sujets peu aptes au combat.
   Durant le combat, les poids sur l'avant-main sont énormes, et ces membres antérieurs trop courts ne peuvent pas les supporter, à quoi s'ajoute que les plans musculaires de la région du garrot se réduisent. C'est pour ces deux raisons que beaucoup de taureaux "se détruisent" pendant la phase des piques. Quand à l'allongement de l'encolure, il participe au renvoi de plus de poids sur les extrémités antérieures.
   Chez les taureaux et les chevaux, pendant les déplacements, la tête et le cou jouent un rôle de balancier, de sorte qu'au cours du mouvement, l'animal lève la tête et le cou puis les baisse pour s'équilibrer. Lorsqu'on change les points de sustentation et que l'on avance le centre de gravité, le balancier ne fonctionne plus et le taureau fait naufrage."
   Dit en deux mots : sélectionner le caractère tête baissée par le comportement : oui, par la morphologie : non!

dimanche 4 février 2018

Antonio Ordoñez

   Je n'ai jamais vu toréer Antonio Ordoñez, mais je me souviens que son nom revenait systématiquement lorsque, dans mon enfance, la conversation des adultes évoquait les meilleurs matadors de toros. Antonio Ordoñez était considéré par tous comme le plus grand des toreros, le plus artiste, le plus classique, le plus dominateur. Mais tous ces superlatifs étaient atténués d'une réserve sur laquelle tout le monde était également d'accord : "quand il le veut bien". En effet le Rondeño était de ces toreros, dont aujourd'hui le digne représentant est Morante de la Puebla, qui, lorsque le toro ne leur plait pas ou leur condition animique n'est pas au rendez-vous, n'hésitent pas à assumer le renoncement à toute lidia au prix de féroces broncas. Cela ne l'empêcha pas de connaitre, certaines années, des triomphes réguliers (1965, 1968, par exemple), pas plus que d'affronter avec succès "lorsqu'il le voulait bien" les toros les mieux présentés et les plus réputés de son époque.
   Pour s'en persuader, il ne reste plus à ceux qui, comme moi, sont "trop jeunes" pour l'avoir vu toréer que le secours des images vidéos. Imparfaites comme toujours, partielles, tributaires du hasard (au moins en ces années-là le totalitarisme de l'image n'était pas de mise), décevantes souvent. Pourtant, elles constituent des témoignages dignes d'être pris en considération pour qui n'a pas vécu les évènements dans l'intensité et la profondeur du présent. La série Toreros para la historia  de Fernando Achucarro dont l'épisode consacré à Ordoñez est le quatorzième nous donne un assez bon aperçu de sa carrière et de son style.
   De 1950, alors qu'il n'est encore que novillero, jusqu'à une fameuse tarde sévillane de 1967 sous la pluie face à des Benitez Cubero, en passant par de nombreuses faenas de la temporada 1965, nous avons un panorama assez complet du toreo du fils du Niño de la Palma.
   Dès sa période de novillero, son art éclate : toreo con empaque, trincherazos supérieurs con sabor y dominio. S'il ne dédaigne pas les recours du toreo de profil, ce qui le caractérise plus sûrement est la recherche du toreo de trois-quart, pecho offert, jambe contraire légèrement avancée, qui donne à ses séries une profondeur extraordinaire. Son temple et la douceur de ses gestes sont prodigieux. Il parait un tueur sûr au répertoire d'estocades varié : volapié classique; recibir (on en voit un magnifique à Madrid en 1960 face à un Samuel Flores); il est enfin connu pour sa pratique de l'estocade en el rincon (entre la croix et le bajonazo), facilité qui lui valut des critiques nombreuses et justifiées, on en voit un bel exemple à Bilbao en 1962 lors de la corrida d'inauguration des nouvelles arènes.
   Bien sûr le maestro de Ronda a toréé au cours de sa carrière, qui couvre les années 50 et 60, le toro jeune et parfois afeité qui sortait en ces temps-là. Mais on sait qu'il n'hésitait pas aussi à affronter le toro d'âge et de respect. A Madrid, en 1956, il se fait blesser par un Escudero Calvo, prédécesseur des Victorino Martin. Toujours à Madrid en 1965 il coupe deux oreilles à un brave Pablo Romero de tête haute après une faena heurtée (rare chez lui) mais dominatrice avec final muy torero et grande estocade. A Jerez lors d'une corrida concours on admire un grand toro du Marquis de Domecq qui prend, en brave, cinq piques pour une chute.
   Malgré l'affadissement que provoque inéluctablement la corrida filmée, le toreo d'Antonio Ordoñez, sobre, classique, dominateur, m'est apparu d'une grande beauté et profondeur. Si je devais le caractériser par trois mots ce serait : temple, suavité, rondeur.



NB Le grand historien Bartolomé Bennassar (également revistero taurin à ses heures) a publié il y a peu un livre d'hommage au grand torero rondeño
Bartolomé Bennassar, Antonio Ordoñez, la magie du souvenir, Editions de Fallois, 2017