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samedi 13 décembre 2025

James Dean, l'aficionado

  

 
   On peut voir en ce moment sur la chaîne de télévision Arte un documentaire sur James Dean. À l'est d'Eden, La fureur de vivre, Géant, ces trois films firent de lui une icône des années 50 qui, avec d'autres tels Marlon Brando ou Elvis Presley, permit à l'Amérique, autant que la prospérité économique, de faire rêver la jeunesse du monde occidental, ce que, de l'autre côté du rideau de fer on était bien en peine de faire avec l'homme nouveau stakhanoviste. Une forme de concurrence déloyale.
   Si sa fureur de vivre s'exprimait par le goût de la vitesse automobile, elle s'exprimait aussi par sa passion pour la corrida. Cyril Lauthy, le réalisateur, utilise cette passion pour construire son documentaire. Il le ponctue de scènes de toreo de salon, que pratiquait James Dean. Nous voyons dans son appartement la cape qu'il utilisait ainsi qu'une paire de cornes suspendues au-dessus de son lit, des affiches taurines sur les murs. Si l'on peut facilement imaginer qu'il rêvait d'affronter de véritables toros de combat, on sait que le destin ne lui en a pas laissé le temps. Ce n'est pas dans une arène qu'il avait rendez-vous avec la mort mais sur une route de Californie, au volant de sa Porsche, à l'âge de 24 ans. 
   Et de son aficion a los toros restera un précieux témoignage que nous offre le documentaire : un court film d'animation retraçant les phases d'une corrida, qu'il a réalisé image par image à l'aide de figurines.
 
James Dean, le nouvel homme   documentaire de Cyril Leuthy   1h
Arte   dimanche 21 décembre 23h 05 
sur arte.tv à partir du 14 décembre 
 
 

 

mercredi 8 octobre 2025

José Alameda, historien du toreo

 
   Pepe Alameda, de son vrai nom Carlos Fernández López-Valdemoro (1912-1990), a été à partir des années 40 du siècle précédent un réputé chroniqueur taurin et commentateur de télévision dans un Mexique où la corrida était alors au faîte de sa popularité. Ce Madrilène de naissance était arrivé au pays de Gaona comme réfugié politique après la défaite de la République espagnole.
   Il a à son actif une importante œuvre taurine tant critique ou historique que poétique (voir liste). Longtemps restée marginale car elle allait à contre-courant des idées reçues, cette œuvre rencontre aujourd'hui - notamment depuis que Domingo Delgado de la Cámara a revendiqué son héritage - de plus en plus d'écho au point que les perspectives historiques qu'il a renouvelées sont maintenant largement reconnues. 
 
   L'essentiel de son apport consiste à réévaluer l'importance de toreros comme Joselito, Chicuelo et Manolete dans l'évolution du toreo. On sait que Joselito a longtemps été tenu pour le parangon et quasi dernier représentant du toreo dominateur à l'ancienne. L'avenir de l'art taurin étant incarné en totalité par l'apport de Juan Belmonte. Or il se trouve qu'à la lumière de plusieurs vidéos*, on se rend compte que Joselito  toréait parfois par naturelles suivies en rond, ce qui constitue incontestablement la base du toreo moderne et ce qu'il était le seul à faire au début du siècle. Pepe Alameda est le premier à mettre en évidence cet apport majeur au toreo du XXe siècle (Historia verdadera de la evolución del toreo). Et la filiation toute naturelle jusqu'à nos jours passe par Chicuelo qui parvint à lier avec esthétique plusieurs naturelles en série, puis par Manolete qui systématisa le procédé. Bien sûr cela fut largement facilité par l'évolution du toro de combat vers moins de genio  et de puissance. Évolution  que Guerrita avait commencé à imposer à la fin du XIXe siècle et que les ravages de la guerre civile sur la cabaña brava accentuèrent encore.
   Belmonte de son côté apporta le toreo de près avec une forte charge esthétique et la capacité à ralentir le voyage du toro en se croisant avec lui. Mais sa conception de la faena, dont la base était la passe naturelle systématiquement suivie d'une passe changée, restait traditionnelle. 
   
   Dans son ouvrage Los arquitectos del toreo moderno, Pepe Alameda dit aussi des choses très intéressantes sur le cargar la suerte et sur le temple. C'est sur le concept de charger la suerte qu'il se montre le plus polémique en affirmant que l'expression ne signifie rien de plus qu' "accomplir le second temps de la suerte" lorsque le toro passe au plus près du corps et ce quelle que soit la manière dont on torée. Il récuse ainsi la supériorité du toreo croisé sur la corne contraire avec appui sur la jambe de sortie qu'il voit plutôt comme une manière d'envoyer le toro vers l'extérieur. De même récuse-t-il la supériorité du toreo avec la main avancée qu'il considère comme un avantage que se donne le torero en se masquant à la vue du toro alors que l'attente muleta au niveau du corps laisse au toro le choix de sa proie. De fait, dans son esprit, toutes les formes de toréer se valent si elles sont adaptées aux conditions du toro et permettent de le dominer.
 
   Ce qui est certain c'est que tout ceci constitue de passionnants sujets de réflexion pour l'aficionado sur lesquels L'œil contraire reviendra.


* Toreros para la historia 1 et 2 de Fernando Achucarro (voir ici)
 




       Liste des ouvrages de Pepe Alameda
 
• El toreo, arte católico, Disposición a la muerte   1953
• Los  arquitectos  del  toreo  moderno                  1961
• Los  heterodoxos  del  toreo                                1979
• La pantorilla de Florinda y el origen bélico del toreo   1980 
• Cronica  de  sangre                                              1981
• Seguro  azar  del  toreo  (poésie)                         1984
• Historia verdadera de la evolución del toreo       1985
• El  hilo  del  toreo                                                1989
 
 
Hélas à ce jour aucun d'eux n'a été traduit en français. 
On peut en trouver certains d'occasion, notamment à la librería Rodriguez de Las Ventas.
 
 
  
 
 

jeudi 3 avril 2025

Tardes de soledad : un coup de poing à l'estomac

 

 
   J'étais, avant le lever de rideau, tendu comme on peut l'être avant le paseo d'une corrida particulièrement attendue. On a dit tant de choses contradictoires sur le film. Et puis ce succès critique incroyable pour un film taurin, la une des Cahiers du Cinéma accompagnée d'un dossier remarquablement conçu (sans la moindre incongruité ce qui est rarissime pour une revue non spécialisée dans la chose taurine  et en dit long sur sa qualité). Et depuis la sortie nationale du film, un incontestable et surprenant intérêt de la part du public y compris dans les régions éloignées de toute culture taurine. Ici, à Mont-de-Marsan (à ce jour aucune salle bordelaise n'a daigné programmer le film!), le cinéma se trouve quasiment en face des arènes du Plumaçon et l'on peut penser que le public très varié qui remplit peu à peu la salle sait où il met les pieds. Nous voilà parti pour deux heures en immersion totale dans l'univers de la corrida.
   Tardes de soledad est un excellent film sur la corrida. Par ses choix d'angles de vue, son utilisation extraordinaire du son, ses choix narratifs (un torero, son équipe, des combats mais aussi l'avant et l'après à l'hôtel ou dans le coche de cuadrilla) Albert Serra est remarquablement parvenu à immiscer le spectateur de l'obscure salle de projection dans ce qui fait le quotidien d'un matador de toros. Une réussite qui participe de la magie du cinéma lorsqu'il est servi par un grand réalisateur. En 1955, dans Toro, Carlos Velo avait réalisé un film de la même veine en prenant le matador mexicain Luis Procuna comme protagoniste de son film. 
   Ce film n'est à vrai dire pas du tout destiné aux aficionados. Le parti pris de l'auteur de ne montrer durant les lidias qu'une partie réduite des corps du torero et du toro, qu'une partie extrêmement réduite de l'arène ne permet pas à celui-ci de retrouver ses repères habituels, de mettre en branle ses critères de jugement de l'action entrevue. Ce dispositif est en revanche parfaitement adapté pour susciter l'émotion qui nait de l'affrontement entre la bête et l'homme. Et les aficionados sauront gré à Albert Serra de nous montrer sans fard les fondements de la corrida, à savoir le combat entre un animal agressif, puissant et un homme courageux, à l'intelligence froide. La tauromachie n'est pas ici considérée comme simple divertissement mais comme source d'émotions profondes et intenses. On sait que le réalisateur avait aussi pensé à rendre compte de son aspect plus artistique en filmant le matador sévillan Pablo Aguado. Option qui ne sera pas retenue au vu des rushes réalisés qui étaient loin de transmettre l'émotion des séquences tournées avec Roca Rey. Le film y aura gagné en tension même si la vérité de ce que peut être aussi la corrida a été perdu. On saura gré également au réalisateur de ne pas avoir éludé la mort du toro. Cela constituait sans doute un passage obligé pour lui afin de ne pas être pris pour cible par les antitaurins. Il me semble toutefois que la célèbre série de photographie de Lucien Clergue Toros muertos atteint à une plus grande expressivité, peut-être parce que la photographie est plus appropriée à rendre la mort que ne l'est le cinématographe.
   Malgré son refus des lieux communs (on voit très peu l'aspect rituel et cérémoniel), il est un passage obligé que réussit parfaitement le cinéaste : celui de la séance d'habillage. A la fois très intime (comment placer son sexe) et spectaculaire (l'enfilage de la taleguilla), avec en point d'orgue le plan quasi-miraculeux où l'image de la vierge posée sur la table de nuit apparait en contre plongée entre les jambes du matador.
   La personnalité d'Andrés Roca Rey est pour beaucoup dans la réussite du film. La froide et impassible spiritualité qui émane de sa personne l'apparente à celle des samouraïs. Que ce soit dans l'arène face au toro ou en dehors il semble flotter dans un autre monde que celui du commun des mortels. On le sent entièrement tourné vers la domination qu'il entend exercer sur les toros et sur le public, mais il nous touche par sa lucidité  dans les moments les plus difficiles, par ses doutes dans les moments de triomphe. En fin de compte et malgré le mécontentement exprimé par le torero lorsqu'il prévisionna le film, on peut dire que Tardes de soledad est un film à sa gloire et à travers lui à la gloire de tous les toreros.
   Il faut dire un mot de la cuadrilla très présente durant tout le film. Un régal pour l'aficionado de pouvoir les entendre pendant la lidia où ils se montrent d'ailleurs très sobres. On leur a reproché un vocabulaire très dépréciatif envers les toros, mais c'est la réalité du ruedo. Pour un peon, tout toro qui n'est pas une sœur de charité est un fils de pute. Il reste à concevoir un film qui montrerait la vie en liberté du toro dans la dehesa et le respect dont il est entouré par les aficionados tout au long de sa vie. Quant à l'abus de vocabulaire viril on peut penser que son symbolisme ne devrait effaroucher personne à une époque où tout est possible y compris d'en avoir. 
  Pour nous aficionados la réception du film par le grand public n'est pas sans importance. Ici plus question du ''vivons cachés'' qui a l'avantage de nous soustraire à l'ire des antis. Le film est brut, fascinant, il va à la corne, l'exposition est maximale. On peut penser que deux minorités se dégageront. Celle des effarouchés qui viendront grandir le rang des antis. Celle des curieux qui, saisis par un spectacle si extraordinaire auront à cœur d'en savoir plus et décideront de se confronter sur les gradins d'une arène à la réalité d'une corrida. Y retrouveront-ils les émotions que procure le film ? En découvriront-ils de nouvelles ?
Ce qui est certain, c'est que ce film proclame que, par sa spiritualité, par les liaisons qu'elle entretient avec la mort, la corrida est un phénomène culturel majeur.
   
   

jeudi 22 février 2024

Lejos de los árboles

   

 
   Lejos de los árboles est un long métrage documentaire tourné entre 1963 et 1970 par Jacinto Esteva Grewe, un des fondateurs de l'École de Barcelone. Le film, longtemps en butte à la censure, finit par sortir sur les écrans en 1972, en toute confidentialité. Il faut dire que le sujet en est rude. Bien loin des espagnolades destinées à donner aux touristes une image édulcorée du pays du soleil et des castagnettes, il s'agit, à travers des images brutes et brutales de fêtes et de rites populaires de l'Espagne profonde, de montrer la manière dont les Espagnols se confrontent aux éternelles angoisses de l'humanité : la mort, le mal. 
   On y voit par exemple la fête des possédés de la Vierge à Lalin (Pontevedra), la procession des pénitents à San Vicente de Sonsierra (La Rioja), la cérémonie de l'âne jeté de la falaise à Granera (Barcelona).
   Si la force du film vient de la force des images, sa faiblesse vient du fait que le spectateur a du mal à saisir quelle est l'intention de l'auteur.
   Est-ce un film anthropologique ? Dans ce cas il lui manque l'objectivité et la rigueur d'un regard qui se voudrait scientifique.
   Est-ce une dénonciation de pratiques obscurantistes ? Au-delà de la fascination morbide qu'exercent certaines séquences, ceux qui voient dans l'histoire de l'humanité une lente marche vers le progrès seront tentés de le penser.
   Est-ce un film à thèse (Seul l'art permettrait de transcender les affres de l'esprit humain) ? La conclusion ainsi que certaines séquences, celles liées à la tauromachie notamment, pourraient le laisser croire.
   La tauromachie justement occupe une place non négligeable dans le film. Il y a une longue séquence sur les fameux Bous a la mar de Denia (Alicante) ainsi qu'un montage très travaillé qui met en parallèle la rudesse d'une capea de village (Elche de la Sierra, Albacete) avec la ritualisation sophistiquée d'une corrida à Barcelone (avec le matador Chamaco).
   Entre la richesse des thèmes abordés, l'ambiguité du regard du cinéaste et le choc des images, on sort de la vision de ce film trouble et fascinant comme ayant reçu un sacré coup à l'estomac.
                                                
 
 
 

 
 
Pour en savoir plus et en particulier la liste des différents lieux de tournage :

mercredi 27 octobre 2021

Deux films taurins : Nuestro tiempo et Dune

    Nous avions parlé en début d'année de l'indispensable livre de Guy Suire sur le cinéma et la tauromachie. Deux nouvelles œuvres cinématographiques d'importance sont sorties depuis.

Nuestro tiempo
 
   Ce film du cinéaste mexicain Carlos Reygadas retiendra l'attention des aficionados car il se déroule dans une ganaderia de l'État de Tlaxcala. On y voit de nombreuses scènes de campo qui dénotent la bonne connaissance du sujet par le réalisateur et même son aficion : vie des toros, tri, tienta a campo abierto. On y voit aussi le matador Sergio Flores s'entrainant. Pour rester dans le registre taurin, même si c'est plus anecdotique, lors d'une impressionnante séquence visuelle au cours de laquelle nous survolons la mégapole de Mexico, on reconnait la plaza de toros Monumental. Et le dernier mot du film revient aux toros : un violent combat les oppose qui se terminera par la mort de l'un d'eux. De fait, tout au long du film, le réalisateur met en correspondance ce qui relève de la nature, de l'instinct  et ce qui relève de la culture. Ainsi la magnifique première séquence durant laquelle des enfants jouent dans la boue d'un étang. Ainsi le sujet principal du film  qui montre un couple (les ganaderos) qui se délite lorsque l'attrait sexuel qui les unissait  se trouve remis en question. Le sujet est certes un peu convenu d'autant que ne manquent ni l'amant, ni le pacte d'infidélité entre époux. Mais le talent de Carlos Reygadas qui est l'un des meilleurs cinéastes mexicains actuels lui permet de donner, avec l'aide des toros, de l'intérêt à la situation.
   Pour terminer, il est nécessaire de préciser qu'il s'agit d'un film lent (3 heures) et d'une grande beauté formelle. Nuestro tiempo vient nous rappeler que notre temps n'est pas fait que de faciles séries de consommation courante, le cinéma qui prend son temps y tient encore sa place ... et les toros aussi.
 




Dune
   Ce n'est pas sans une pointe de satisfaction que les aficionados auront constaté que, dans son adaptation du chef-d'œuvre de science-fiction qu'est Dune, le cinéaste Denis Villeneuve a maintenu les références taurines que contenait l'œuvre originale de Frank Herbert.
   Le grand-père de Paul a en effet perdu la vie au cours d'un combat contre un taureau. C'est avec un grand respect pour cet ancêtre vertueux et exemplaire que, lors du départ pour la planète Arrakis, ses descendants font suivre la tête du taureau meurtrier ainsi qu'une sculpture et le portrait en torero de cet éminent membre de la famille Atréides. Ils continueront ainsi à orner la salle à manger du nouveau palais familial.
   La référence à la tauromachie parait logique si l'on rappelle que ce qui fonde le pouvoir des personnages principaux et notamment du héros Paul Atréides, c'est la maîtrise de soi, en particulier de sa peur, et la capacité à diriger, par sa force mentale, des puissances bien supérieures. En somme le fait d'agir en torero !


samedi 13 février 2021

Les taureaux font leur cinéma

 

 
  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
    Ce sinistre hiver aura au moins apporté deux satisfactions aux aficionados bordelais. La publications de deux livres de grand intérêt : Bordeaux capitale tauromachique d'Antoine Briscadieu publié par l'UBTF, sur lequel nous reviendrons ultérieurement ; et Les taureaux font leur cinéma de Guy Suire dont nous parlons aujourd'hui.
   Guy Suire est un infatigable animateur de la vie culturelle bordelaise et aquitaine. Il a longtemps dirigé le café-théâtre L'Onyx pour lequel il a écrit et mis en scène de nombreuses pièces. Il a aussi beaucoup écrit sur le parler local et tenu pendant des années une chronique Les mots d'ici dans le journal Sud-Ouest. C'est également un grand cinéphile et un aficionado de catégorie. Deux passions qu'il a pu marier avec bonheur en se mettant en quête, des années durant, de tout ce que le cinéma a produit sur le thème de la corrida depuis ses origines jusqu'à nos jours. Ce sont plus de 350 films qui sont ici répertoriés par année de sortie et analysés. La grande richesse du livre vient du fait que chaque film fait l'objet de commentaires avisés qui replacent l'œuvre dans son contexte à la fois cinématographique et tauromachique. Et comme Guy Suire est un homme d'humeur et d'humour (plutôt marrounayre que carignous) ses notices ne manquent pas de piquant.
   Mais il faut voir les films. Entre la désespérance du temps qu'il fait et celle du navire couronné qui persiste à rester bien amarré au port, l'aficionado pourrait bien avoir dans les semaines qui viennent du temps à consacrer au visionnage de quelques films, même si ceux-ci sont parfois loin d'être des chefs-d'œuvre du septième art. On en trouve quelques uns dans les magasins spécialisés ou bien sur internet (plutôt en Espagne pour les films produits dans ce pays) mais la plupart n'ont pas été réédité ; dans ce cas les hasards des recherches sur internet peuvent nous valoir de belles surprises. Voici cinq films que l'on peut voir actuellement sur la "toile" et qui, bien sûr, s'apprécient encore plus le livre de Guy Suire à la main à la lumière des informations que celui-ci nous apporte.

   ♦ Yo he visto la muerte    de José María Forqué   avec Luis Miguel Dominguin    1967
   Injustement méconnu, Yo he visto la muerte est un très bon film de docufiction sur le thème de la mort. "C'est un des films qui mérite place au soleil pour son originalité, ses quatre épisodes de face à face avec la mort sous des angles divers, la fluidité réussie fiction-réalité, une impressionnante affiche avec Andrés Vázquez, Antonio Bienvenida, Alvaro Domecq père et fils, Luis Miguel Dominguin", précise Guy Suire.

   ♦ Fray torero      de Saez de Heredia    avec Paco Camino    1966
   Une curiosité ! Un scénario à la limite du grotesque, mais des thèmes intéressants comme les rapports de l'Eglise et de la société espagnole ou la corruption, que Saez de Heredia, par ailleurs chantre de Franco et de son régime, est mal placé pour exploiter. "Ce Paco, fray torero, incontestable dans l'art de toréer des années 60 et 70, se révèle laborieux comédien. On doubla même sa voix pour les projections en salle de cette unique participation cinématographique, qu'il confesse comme un hasard."

   ♦ Aprendiendo a morir    de Pedro Lazaga    avec Manuel Benitez "El Cordobés"   1962
   El Cordobés n'est encore qu'un novillero mais en passe de devenir la vedette que l'on sait. Ce film a pour mission d'y contribuer. "Avec le temps, ce film prend valeur de document référent sur la période et du phénomène sociologique que représente Manuel Benitez, torero icône de l'Espagne des années 60-70. Une vie en forme de bestseller".
    
   ♦ El Litri y su sombra    de Rafael Gil    avec Miguel Baez "Litri"    1959
   Une bonne occasion de mieux connaitre la saga des Litri et, grâce aux nombreux extraits de courses, de découvrir le toreo du plus célèbre d'entre eux ... et les toros qu'il combattait. "Séquences spéciales du film dans les arènes de Huelva, de Malaga, bétail de Joaquin Buendía et Felipe Bartolomé et extraits importants filmés lors de courses du Litri avec ses appels éloignés du taureau, ces litrazos où, l'épée dans la main droite et la muleta repliée dans le dos, Miguel Baez déployait, lorsque la bête arrivait à juridiction, son étoffe pour réaliser sa passe. Sans oublier de regarder les gradins. Sa griffe à lui".

   ♦ Arènes sanglantes  (Blood and sand)   de Fred Niblo   avec Rudolf Valentino   1922
   Une sobre adaptation du roman de Blasco Ibañez. "Ce film borne, marque une date. La tauromachie quitte sa province, étend sa superficie. Le monde découvre la planète taureaux avec les studios californiens pour levier et Valentino en officiant ... Rudolf, star brillantinée, œil de velours, profil de timbre ou de pièce de monnaie, paupières lourdes, dans son costume de lumière, explose le box-office, part à la conquête de l'univers".
   
 

NB  Cliquer sur les titres pour voir les films
 
D'autres films à voir ici

et sur L'œil contraire : ici ou là ( Orson Welles , dessins animés )
 

 

vendredi 10 juillet 2020

Pamplona : San Fermin 1927 (suite)




Dimanche 10 juillet 
Huit toros de José Encinas pour Antonio Marquez, Pablo Lalanda, Martin Agüero et Rayito.
   Si hier on ne parlait que de faenas de toreros, aujourd'hui c'est la caste des toros de José ENCINAS qui emporta l'adhésion.
   "Une grande tarde de toros, de toros braves, francs, sans défauts pour la plupart. Un lot homogène, fin de formes, remarquablement présenté.
   Le numéro 53, qui sortit en second lieu, Farineto, negro, fut un toro admirable, suave, brave, suivant le leurre jusqu'à son agonie; un toro rêvé par les toreros ! On lui fit faire le tour de piste, et on l'ovationna à l'arrastre, ainsi que les quatrième, n° 8, Limeto, cardeno oscuro, cinquième, n° 29,  Bravo, negro,  et sixième, n° 9, Monudito, negro bragao. Le premier n'eut d'autre défaut que de aplomarse rapidement. Le troisième très franc et noble, un peu tardo, contribua au succès de Agüero; le septième, brave également, arriva réservé à la muleta; le dernier, qui parut d'abord chercher la fuite, se montra brave aux piques, puis bronco à la muleta. Ils eurent à peu près tous une magnifique forme de embestir. Bravo au ganadero !
   Les 8 toros prirent 28 piques pour 16 chutes; ils ne laissèrent que 3 chevaux sur le sable, mais on en emmena à l'écurie une demi douzaine qui auraient dû être puntillés sur place. Ils pesèrent en moyenne 275 kilogs" (460 kg en vif).
   Notons que la ganaderia porte le fer de José Vega, elle a été achetée par José Encinas à Victorio Villar, elle est donc issue du fameux croisement Veragua Santa Coloma qui a longtemps fait les beaux jours du Campo Charro, elle est installée à Ledesma (Salamanca). Le fer existe toujours, après avoir longtemps appartenu à Justo Nieto, il est aujourd'hui propriété de Jesus Angel Perez Villareal, un négociant aragonais qui s'est empressé d'éliminer les vega villar pour les remplacer par du sous domecq d'El Montecillo.
   Antonio MARQUEZ connut à nouveau une après-midi grise avec bronca à son premier.
   Face à deux bons adversaires, Pablo LALANDA se montra "d'une nullité désolante".
   Le triomphateur de la tarde fut Martin AGÜERO. Il tua son premier d'un grand volapié, "de ceux que l'on voit si rarement, l'estocade portée en pleine cruz et le torero sortant limpio par les costillares. Quelle ovation, lorsque les deux oreilles et la queue furent concédées au vaillant muchacho que l'on applaudit follement pendant la vuelta al ruedo !"
   RAYITO fut sans recours ni dominio et ses parones suicidaires ne sont pas à encourager. Il tua avec sincérité de deux bons coups de rapière.

Mardi 12 juillet
Deux novillos de Celso Cruz del Castillo pour le rejoneador Antoño Cañero et six toros du Conde de la Corte pour Antonio Marquez, Marcial Lalanda et Cagancho.
   Il faisait un temps si exécrable le lundi 11 juillet que l'on dut reporter la corrida au lendemain.
   Cette tarde permit à la feria de s'achever dans l'enthousiasme en raison de l'immense triomphe de CAGANCHO. Le gitan aux yeux verts, qui avait pris l'alternative en début d'année à Murcie, coupera les deux oreilles et la queue du dernier toro de la feria. "Ses lances sont classiques et purs, d'une tranquillité absolue. Il s'imposa plus encore à la muleta, toréant de près, dominant complètement. A son premier, il fut désarmé et esquissa une espanta après un pase de tête à queue et un de pecho; il se reprit aussitôt, et sous les olé, aux sons de la musique, il continua une faena grande qu'il dut prolonger à la demande du public et qui lui valut ovation et vuelta malgré que le sort ne l'accompagnât pas pour mater. Sa dernière faena fut énorme, de vaillance et d'art, avec des parones formidables et des passes de toute beauté. Le toro était fuyard; Cagancho le torea d'abord par le bas, se faisant avec lui, l'obligeant à embestir comme un toro brave, et le fit passer sous la muleta. La musique joue, le public, debout, acclame ce torerazo, qui fait dérouler devant nos yeux, des images de beauté."
   Antonio MARQUEZ, en torero artiste qu'il est, se racheta à son dernier toro de ses six échecs antérieurs (vuelta).
   Marcial LALANDA, en torero complet qu'il est, se montra également à son avantage (vuelta).
   Les toros de La CORTE prirent 21 piques pour 10 chutes et 4 chevaux. Ils pesèrent 268 kg en moyenne (450 kg). Leur comportement donna satisfaction au public et aux toreros. La dépouille des quatrième et cinquième fut honoré par une vuelta al ruedo et le mayoral fut appelé à saluer, mais Miqueleta a préféré les Encinas de la veille, plus braves et plus puissants mais tout aussi nobles.
   En début de corrida Antonio CAÑERO se défit de deux novillos mansos de Celso CRUZ del CASTILLO qui ne lui permirent pas de briller. Il tua le premier en mettant pied à terre et le second d'un rejon dans tout le haut.


Quelques réflexions en guise de bilan
   Ce qui m'a frappé à la lecture des reseñas de Miqueleta, c'est le peu de poids des toros combattus. Si l'on excepte les Pablo Romero qui sont nettement au-dessus de 500 kg (on considère généralement que 300 kg en canal correspondent à 500 kg en vif) tous les autres toros sont nettement en dessous, avec 268 kg pour les plus légers, les La Corte. Ils sont toutefois considérés comme bien présentés, ce qui laisse à penser qu'il s'agit de la norme à l'époque. Deux explications peuvent être données à ce peu de poids. En premier lieu, leur âge. Il s'agit peut-être tout simplement de novillos. En second lieu, la nourriture. Le pienso compuesto industriel n'est pas encore utilisé et les toros de l'époque sont nourris avec l'herbe des pâturages et le fourrage produit à la propriété. Ils ne sont pas "préparés" comme ceux d'aujourd'hui. Il semble que dans ces conditions le poids normal d'un toro de quatre ans se situe autour de 500 kg, un peu en dessous même pour beaucoup d'encastes. On le voit, on est loin de certains mastodontes suralimentés d'aujourd'hui dont l'apparence est cependant en parfaite harmonie avec les excès (et les goûts) de notre société de consommation. On est loin aussi des toros d'épouvante du XIXè siècle. Mais ceux-ci relèvent sans doute en grande partie du mythe, même si l'on peut penser que l'action de Guerrita puis de Joselito pour réduire le trapío de leurs adversaires n'est pas restée sans effets.
   Le mal dont ils ne souffrent pas en revanche est la faiblesse de pattes. Ils peuvent être braves ou fuyards, plus ou moins poderosos, parfois quedados, mais jamais la faiblesse de pattes n'est mentionnée. Toutefois, les "scores" de leur combat face à des chevaux sans caparaçon restent modestes. On imagine les carnages que feraient les toros qui sortent aujourd'hui dans le ruedo navarrais s'ils étaient piqués dans les même conditions.

   Côté toreros, le triomphe le plus marquant de la feria est celui de Cagancho, ce qui montre bien l'évolution du toreo et des goûts du public vers une tauromachie artistique. Le jour des Pablo Romero, Miqueleta note en conclusion de sa reseña : "Le public est sorti de la plaza enchanté, discutant avec animation les diverses faenas de la tarde." Une telle conclusion eut été impensable une quinzaine d'années auparavant, avant la révolution initiée par Belmonte et Joselito.  On vient désormais aux arènes pour voir de belles faenas. On remarquera dans le même ordre d'idée qu'un bon toro est désormais un toro qui permet "la faena".
   On notera à propos de la corrida de Pablo Romero - la mieux présentée de la feria et un fer redouté - qu'elle fut combattue par trois figures, dont le plus prestigieux torero de l'époque, Juan Belmonte.
   Notons aussi pour terminer que la tauromachie de l'ancien temps continue à émouvoir les foules; en témoigne le grand triomphe obtenu pour sa vaillance et une grande estocade  par l'un de ses grands représentants de l'époque, le Bilbaino Martin Agüero.
   On le voit, les années 20 du siècle dernier sont pour la corrida des années passionnantes. Celles où un changement radical s'est imposé dans les valeurs taurines et les goûts du public. La corrida que nous connaissons aujourd'hui, avec toutes les nuances qui la composent, est l'héritage de cette révolution.


Documentaire sur les Sanfermines dans les années 20
   Je mets ici le lien de la page du blog Desolvidar sur laquelle on pourra visionner un documentaire passionnant d'une vingtaine  de minutes constitué d'archives sur les fêtes de Pampelune tournées dans les années 20. Les amoureux de la capitale navarraise trouveront de nombreuses explications complémentaires dans le texte qui accompagne le film et dans le blog en général.
            Desolvidar : Sanfermines 1928 (actualizado)


   
La plaza de toros de Pamplona (rénovée laidement en 1967) a été inaugurée en 1922.

mercredi 29 avril 2020

Petit viatique pour temps de coronavirus (5)




   

 

 

 

 

 

 

   Covid 19 est bien plus maléfique que ce à quoi on s'attendait. On sait maintenant qu' il n'y aura pas de corridas dans les grandes arènes jusqu'à la fin du mois d'août mais la porte reste ouverte pour les petites arènes et pour toutes à partir de septembre.

   Voici donc une nouvelle fournée d'images : de bons films qui tous ont un rapport avec la corrida. Le qualificatif de bon a son importance ici car le thème hispano-taurin a donné lieu à une foultitude de navets, nanars et autres séries Z. Films qui peuvent par ailleurs avoir leur intérêt pour l'aficionado. C'est pourquoi on aura, sans doute hélas, l'occasion d'y revenir ultérieurement, le navire couronné étant visiblement peu disposé à larguer les amarres.
   Les films que vous trouverez dans la liste ci-dessous sont en tout cas parmi les meilleurs  et les plus originaux sur le thème qui nous intéresse ici.


                    12 bons films avec toros

     ♦ Max toréador    de et avec Max Linder    1913   13'
         Après avoir assisté à une corrida, Max est dévoré du feu de l'aficion  et veut à tout prix devenir matador. Avec, au début du film, des images d'archives de l'époque. Max  aurait lidié lui-même le becerro à la fin du film (arènes de Barcelone). Rappelons que Max Linder était né en terre d'aficion puisque bordelais d'origine (naissance à Saintloubès en 1883).

     ♦ Pandora    d'Albert Lewin avec Ava Gardner    1951   120'
         Une version cinématographique réussie du Hollandais volant. Ava Gardner découvre l'Espagne. Elle aimera. Avec le Catalan Mario Cabré dans le rôle du torero.


     ♦ La course de taureaux   de P. Braunberger et Myriam    1951   76'
         Ce documentaire, bien fait, connut un réel succès lors de sa sortie parisienne. Les commentaires sont de Paco Tolosa et Michel Leiris. 


     ♦ Torero   de Carlos Velo avec Luis Procuna      1956    80'
         Reconstitution de la carrière du matador mexicain Luis Procuna, avec ses doutes et ses triomphes. On y voit aussi Manolete et Carlos Arruza.


     ♦ Les voyous (Los golfos)  de Carlos Saura  avec Manolo Zarzo   1959   88'
         Il s'agit du premier long métrage de Carlos Saura. Juan, gamin pauvre de la banlieue madrilène, veut devenir torero. A mille lieues des espagnolades déjà tournées sur un tel sujet.
         A lire sur L'œil contraire.


     ♦ Le moment de la vérité   de Francesco Rosi   avec  Miguel Mateo "Miguelin"    1965    90'
         L'ascension et la chute d'un jeune torero traitées de manière réaliste, quasi documentaire, par le grand cinéaste italien. Miguelin y joue son propre rôle.


     ♦ La vaquilla   de Luis Berlanga   avec Alfredo Landa     1985    120'
         La Guerre Civile, l'Espagne vues à travers l'œil satirique de Luis Berlanga.


     ♦ Matador    de Pedro Almodovar   avec Nacho Martinez    1986    107'
         Un des meilleurs Almodovar. Fleur bleue s'abstenir !


     ♦ Toreros    d'Eric Barbier     avec Claude Brasseur     1999    100'
         Très bon film sur l'envers du décor et les illusions perdues. Alain Montcouquiol et Jacques Durand ont collaboré au film. José Miguel Arroyo "Joselito" y joue son propre rôle.
         A lire sur L'œil contraire.


     ♦ Parle avec elle   de Pedro Almodovar   avec Javier Camara    2002   108'
         Avec une femme torera. Obra maestra comme on dit outre Pyrénées.


     ♦ Carnages    de Delphine Gleize    avec Angela Molina    2002    130'
         Une œuvre à part. Avec Julien Lescarret dans le rôle du matador.


     ♦ Blancanieves    de Pablo Berger   avec Maribel Verdu    2012   104'
         Un triomphe sur les écrans espagnols. Ici les nains sont toreros, bien sûr.



NB    Les titres en bleu indiquent un lien qui permet de voir le film gratuitement ou en location.
          Par ailleurs la plupart peuvent être achetés sous forme de dvd.


photo :  La vaquilla de Luis Berlanga , tourné à Sos del Rey Católico
          

mercredi 15 avril 2020

Petit viatique pour temps de coronavirus (4)




   

 

 

 

 

 

 

   A défaut de toros pour de vrai, voici, en ces temps pleins de lourdeur, un peu de légèreté avec ces dessins animés dans lesquels il est question de corrida ou plus précisément de bullfight. En attendant de retrouver la route des toros à partir de la mi-juillet, on l'espère ...

                                  16 dessins animés taurins

     ♦ Alice the toreador    Walt Disney   1925   8'
         un des tout premiers dessins animés de l'auteur de Bambi

     ♦ Long live the bull     Joseph Sunn   1926   15'
         pâte à modeler

     ♦ El terrible toreador   Walt Disney   1929   6'
         classique

     ♦ Spanish onions (Placide toréador)   F. Moser et P. Terry   1930   6'

     ♦ Bulloney    Ub Iwerks    1933   8'

     ♦ Croon crazy   Steve Muffati   1933    6'
         le passage taurin est court mais le dessin animé excellent

     ♦ Picador Porky   Tex Avery   1937   9'

     ♦ Bulldozing the bull   Dave Fleisher   1938   6'
         Popeye entre dans l'arène à son corps défendant et propose la paix au taureau.
         Le premier dessin animé antitaurin ?

     ♦ Ferdinand le taureau   W. Disney production   1938   8'
         Le premier taureau gracié pour sa niaiserie. Une pratique devenue courante au XXIè siècle.

     ♦ A torrid toreador    Eddy Donnelly    1942    6'

     ♦ The Hollywood matador   Walter Lantz   1942    7'
         Woody Woodpecker

     ♦ Señor Droopy     Tex Avery    1948   8'
         Incontournable

     ♦ For whom the bulls toi ! (Dingo toréador)   W. Disney prod.   1953   7'

     ♦ Bully for Bugs (Bunny toréador)   Chuck Jones   1953    7'
         Bugs Bunny

     ♦ Mucho mouse    W. Hanna et J. Barbera   1956   7'
         Tom et Jerry

     ♦ Bully for pink (La panthère torero)   Hawley Pratt   1965  6'
         La Panthère Rose


Cliquez sur le titre pour voir le dessin animé.


image : le célèbre Droopy de Tex Avery face à un monstre nommé Covid 19



















lundi 6 avril 2020

Petit viatique pour temps de coronavirus (3)


   La vidéo taurine a un grave défaut : elle est trop souvent fragmentaire. On y voit la plupart du temps un moment de lidia détaché de son contexte. Or, chaque acte de la lidia est déterminé par ce qui a précédé et détermine ce qui suivra. Et, chaque toro ayant un comportement unique, chaque lidia est un moment unique toujours dépendant de l'intelligence qu'a le torero du comportement du toro et de son évolution. L'intérêt de l'aficionado vient du fait qu'il essaie en permanence de comprendre la relation qui, sous ses yeux, se noue entre torero et toro. C'est pourquoi, sauf défaillance totale de l'un des éléments, nous nous ennuyons rarement aux arènes et y revenons. C'est pourquoi aussi il est bien plus intéressant de voir les images d'une lidia complète, de ce point de vue rien ne vaut la possibilité de visionner des corridas dans leur intégralité - et nombre d'entre nous ont aujourd'hui plus que jamais le temps de le faire!
   Hélas, après quelques recherches infructueuses, j'ai trouvé la toile bien avare en ce domaine. Certes on peut trouver facilement la fameuse corrida du siècle mais je n'ai pas réussi à trouver mes autres "corridas de chevet", à savoir :
- la corrida de beneficencia du 6 juin 1991 (Madrid, toros de Samuel Flores pour Ortega Cano et César Rincon, mano a mano)
- la corrida goyesque du 2 mai 1996 (Madrid, toros de diverses ganaderias, José Miguel Arroyo "Joselito" unico espada)
- la corrida de la feria de Logroño du 23 septembre 2015 (toros de Fuente Ymbro pour Diego Urdiales et Sébastien Castella mano a mano).
   Si des lecteurs plus habiles que moi parviennent à les trouver qu'ils n'hésitent pas à me le faire savoir, j'indiquerai les liens adéquats.

   A défaut de corrida intégrale il est possible de trouver des lidias complètes depuis l'entrée en piste du toro jusqu'à sa mort. De ce point de vue, le site de l'association El Toro de Madrid est une mine. Il met en ligne la lidia de nombreux toros choisis parmi ce qui s'est vu de mieux ces dernières années à Las Ventas.
    Asociación El Toro de Madrid

   Signalons aussi l'initiative du journal digital taurin de la région de Murcie, El Muletazo qui chaque jour a la cinco y media de la tarde nous offre "en direct" une "tarde de toros".

     
       (un trésor de videos) 



   Rappelons toutefois un autre inconvénient, paradoxal, de la vidéo taurine : ne nous montrer que le meilleur de ce qui advient dans une arène et nous faire oublier par là-même que l'aficion est une longue patience. Le grand toro, la faena cumbre sont des moments d'autant plus gratifiants qu'ils surgissent bien souvent à la suite de longues périodes d'attente et de frustration. Puissent  les semaines de confinement que nous vivons actuellement constituer le prélude à bien des jouissances futures ...


















Madrid 1er juin 1982 "la corrida du siècle", une des rares que l'on peut trouver en intégralité sur le net


(à suivre)

mardi 24 mars 2020

Petit viatique pour temps de coronavirus (2)

   Vous avez du temps libre en abondance et vous pensez aux toros, à l'Espagne, sans oser encore imaginer la reprise d'une activité normale. Voici un nouveau boisseau de grain à moudre.

   Tout d'abord, pour rester en compagnie d' Orson Welles, un documentaire tourné en 1955 pour la télévision américaine. Il s'agit d'une présentation didactique de ce qu'est une corrida de toros à destination du public américain. On y voit notamment Manolo Vazquez toréant à Las Ventas.

Corrida à Madrid


    1124 minutes sur la corrida et le toreo, depuis Luis Mazzantini arrivant en calèche aux arènes de Madrid en 1901 jusqu'à la figure universellement connue de Manuel Benitez "El Cordobés", c'est ce que propose Fernando Achucarro dans sa somme Toreros para la historia.
   On peut trouver cette œuvre majeure sur le marché de l'occasion, soit sous forme d'un coffret de 6 dvd, soit à l'unité en 20 dvd. La plupart des épisodes peuvent être également visionnés sur You Tube (ou autres sites similaires). Un must : mener de pair le visionnage des vidéos et la lecture du livre de Domingo Delgado de la Cámara, Le toreo revu et corrigé, car l'auteur s'est beaucoup servi de ces films pour se faire une opinion sur les époques qu'il n'a pas connues.

Fernando Achucarro   Toreros para la historia (cliquer sur les liens bleus pour avoir la vidéo)
   1- Bombita, Joselito
   2- Joselito, Juan Belmonte
   3- El Gallo, Juan Belmonte, Manuel Granero, Marcial Lalanda, Nicanor Villalta
   4- Valence 1925, Cagancho, Pepe Bienvenida, El Estudiante, Gitanillo de Triana
   5- Domingo Ortega
   6- Manolete
   7- Alvaro Domecq (rej.), Pepe Luis Vazquez
   8- Antonio Bienvenida
   9- Conchita Cintron (rej.), Juanito Belmonte, El Andaluz, Parrita, Paquito Muñoz, Manolo dos Santos, José Maria Martorell
   10- Duc de Pinohermoso (rej.), Albaicin, Calerito, Pepin Martin Vazquez, Manolo Gonzalez
   11- Luis Miguel Dominguin
   12- Rafael Ortega
   13- Julio Aparicio, Litri
   14- Niño de la Palma, Antonio Ordoñez
   15- Fermin Bohorquez (rej.)
   16- Manolo Vazquez
   17- Juan Posada, Jumillano, César Giron, Pedres, Chicuelo II
   18- Antoñete
   19- Curro Romero, Rafael de Paula
   20- El Cordobés

    Sur L'œil contraire, on trouvera des textes sur les épisodes 1, 3, 4, 5, 11, 12, 14, 18, 19, 20.















Pepin Martin Vazquez, torero sévillan con arte y naturalidad, dont aujourd'hui Pablo Aguado perpétue le style. On peut le découvrir dans l'épisode 10, il tourna également dans quelques films dont le célèbre Currito de la Cruz.


(à suivre)  

mercredi 18 mars 2020

Petit viatique pour temps de coronavirus

   L'humanité, dans sa déjà longue et dramatique histoire, a connu des moments bien plus tragiques et bien plus angoissants que celui que nous vivons actuellement. Toutefois, nous voici confinés, peut-être pour une longue période, dans nos querencias privées en attendant que le spectre du navire couronné veuille bien disparaitre à l'horizon.
   A défaut de pouvoir nous rendre dans nos arènes désertées, voici quelques suggestions pour passer, malgré tout, de bons moments en compagnie des toros, de la corrida, de l'Espagne (cliquer sur les liens bleus). Car il va falloir nous armer de patience ...

   J'ai eu récemment l'occasion de voir le film Don Quichotte tourné par le génial cinéaste et grand aficionado Orson Welles. Le plus espagnol des artistes américains (en compagnie d'Hemingway, bien sûr) a porté ce film durant toute sa vie ... sans jamais réussir à l'achever. Il y a une fatalité pour les cinéastes désireux de se frotter au mythe de Cervantes. Quelques décennies après Welles, Terry Gilliam devra lui aussi affronter des difficultés telles qu'il sera amené à renoncer. On peut voir le témoignage de cette mésaventure dans Lost in La Mancha, savoureux making-of de la non réalisation du film. Mais revenons à Orson Welles. Il tourne dans les années 50 et 60 des dizaines d'heures de pellicule au Mexique, en Italie, en Espagne. Et les contretemps s'accumulent. Francisco Reiguera, acteur espagnol émigré au Mexique qui joue le rôle de don Quichotte ne peut tourner dans l'Espagne franquiste où il est persona non grata pour raisons politiques; de plus il est très âgé et décèdera en 1969. L'argent manque continuellement. Orson Welles doute. Le film ne sera jamais achevé. Mais, en 1992, à l'occasion de l'exposition universelle de Séville, les autorités andalouses confient à Jess Franco, un cinéaste espagnol spécialisé dans les films à petit budget de série B voire X, le projet de récupérer les rushes disséminés un peu partout dans le monde et d'effectuer un montage respectant les intentions d'Orson Welles. Bien qu'il n'ait sans doute pas été le cinéaste idéal pour un tel défi, Jess Franco s'acquittera de sa tâche et le fruit de son travail sera projeté lors de l'exposition sévillane.
   On pourra reprocher au film d'être parfois excessivement bavard contrairement au souhait  de Welles, mais on y voit de très beaux paysages et ciels, et la silhouette de Francisco Reiguera et Akim Tamiroff incarne parfaitement l'image mythique que nous avons de don Quichotte et de Sancho Pança. Enfin le film constitue un documentaire très intéressant sur l'Espagne des années 50 et 60. On y voit notamment de longues scènes de la fête des "Moros y Cristianos" à Alcoy et, pour le plus grand plaisir de l'aficionado, une longue séquence tournée durant la San Fermin à Pamplona. Nous savons qu' Orson Welles est allé à Pamplona pour les ferias de 1955, 1961 et 1966. Il semblerait que les images de la San Fermin que l'on voit dans le film aient été tournées en 1961 mais on peut penser que Welles a aussi rajouté des images de No-Do, en particulier celles d'un impressionnant monton à l'entrée de la plaza qui correspond à l'encierro des toros de Guardiola le 7 juillet 1957.
   Par ailleurs, toujours à la recherche d'argent pour le financement de ses films, Orson Welles vendra à la télévision italienne les scènes documentaires qu'il a tourné en Espagne durant l'année 1961. Dans les 9 courts métrages qui en sont issus, la tauromachie et les traditions populaires tiennent une place majeure.On n'y cherchera pas toutefois une rigueur géographique absolue : les lieux sont parfois joyeusement mélangés.

Don Quichotte  d'Orson Welles  avec Francisco Reiguera  (montage de Jess Franco, 1992)
également en vente sur internet (dvd)

Nella terra di Don Chisciotte documentaire d'Orson Welles pour la RAI
   1- Itinéraire andalou
   2- Espagne sainte
   3- La feria de San Fermin
   4- L'encierro de Pamplona
   5- Bodega de Jerez
   6- Séville
   7- Feria de abril à Séville
   8- Flamenco
   9- Rome et l'Orient en Espagne 




(à suivre)

lundi 26 novembre 2018

Les reines de l'arène landaise


   Sur le site arte.tv on peut voir actuellement un excellent documentaire sur la course landaise. Les reines de l'arène landaise a été tourné par Jean Marie Barrère, par ailleurs grand reporter et documentariste. La vache Ibiza, ancienne corne d'or, et l'écarteur Mathieu Noguez sont les personnages principaux du film. Sans doute pour complaire aux producteurs d'Arte ou bien pour tenter de désamorcer l'ire des animalistes intégristes (peine perdue, les moralistes intolérants resteront toujours des petits fascistes), on passe beaucoup de pommade, au sens propre comme au figuré, sur le dos d'Ibiza. Cela frise parfois le tartignole mais le talent du réalisateur et sa bonne connaissance du sujet (on voit tout de suite que c'est un gars du pays) donnent, au final, un aperçu de la course landaise et de son milieu assez fidèle à ce qu'ils sont aujourd'hui.

Arte regard   Les reines de l'arène landaise  documentaire de Jean Marie Barrère   31'
   rediffusion le mardi 27 novembre à 4h20
   sur arte.tv jusqu'au 22 décembre






















Baronne (Armagnacaise) 2010 photo Velonero

vendredi 6 juillet 2018

Pamplona, 8 juillet 1978



  Il faisait chaud à Pampelune ce jour-là. J'avais préféré passer l'après-midi à somnoler au frais sur les pelouses des fortifications, derrière les arènes plutôt qu'aller voir Damaso Gonzalez et Antonio José Galan dans le chaudron pamplonais. Mais pas question de manquer la corrida du lendemain (toros de Salvador Guardiola pour Ruiz Miguel, Manolo Cortes et Julio Robles), aussi en fin d'après-midi je me dirige vers les guichets de la plaza qui mettent en vente, à la fin de la corrida, les places restantes pour le lendemain. Une petite queue s'est déjà formée mais je suis bien placé. Les gens commencent à sortir de la plaza, on entend le brouhaha habituel en ces lieux. Tout à coup, à l'intérieur des arènes, de fortes détonations, des cris. On est un peu inquiet d'autant qu'on ne voit pas ce qui se passe. La première idée qui me vient c'est qu'un toro s'est échappé. Mais très vite, autour de nous, des mouvements de foule, des gens courent dans tous les sens, la panique gagne. Des fumées aussi et de drôles d'odeurs, mélange de poudre et de gaz lacrymo. Je rejoins mes compañeros. Chacun raconte sa version mais nous avons du mal à comprendre réellement ce qui se passe. Ce qui est sûr c'est qu'il y a du baston entre la police armée (les gris) et les mozos des peñas. Et ça va durer toute la nuit.
   Nous décidons d'aller passer la soirée dans un quartier plus calme de la ville mais le cœur n'y est plus. Pobre de mi, se han acabado las fiestas.
   Le lendemain un calme étrange et pesant a envahi la ville. L'encierro n'a pas eu lieu. Non loin des arènes, avenida de Roncesvalles, des fleurs déposées sur le bitume, c'est là qu'est tombé German Rodriguez, une balle dans la tête.

   Lorsque le hasard nous rend témoin d'évènements aussi dramatiques que celui-ci et que, de plus, on est étranger, on est bien sûr pris par l'émotion mais on a du mal à appréhender ce qui s'est passé. On a le sentiment d'être resté extérieur aux évènements. C'est donc avec un vif intérêt que j'ai visionné, il y a quelques années, l'excellent film documentaire sorti en 2005 Sanfermines 78 de Juan Gautier et José Angel Jimenez. S'appuyant sur des images d'archives et sur des entretiens avec les principaux protagonistes de ces journées, les cinéastes démêlent peu à peu le fil des évènements mais aussi et surtout ils les éclairent à la lumière de la situation politique de l'Espagne et de la Navarre à ce moment-là.
   1978, nous sommes en pleine Transition démocratique. Franco est mort depuis près de trois ans, l' Assemblée (Las Cortes) élue démocratiquement en juin 1977 est en train d'élaborer une nouvelle constitution. Contrairement à la vision que l'on a depuis la France ou qu'ont bien voulu répandre les Espagnols eux-mêmes, tout, dans le processus de transition, ne s'est pas passé aussi facilement qu'on le pense. Durant toute cette période, les réseaux de l'extrême-droite franquiste ont été très actifs. Leur but : créer dans le pays le plus possible de situations de violence et de chaos de façon à apeurer la société espagnole et à justifier un coup d'état militaire qui restaurerait le franquisme. Le film montre que l'irruption de la police dans les arènes de Pamplona relève de cette stratégie.
   Mais le film révèle un autre enjeu qui explique l'effervescence politique qui règne à Pampelune. Le Statut d'autonomie du Pays Basque est en train d'être négocié et il s'agit de savoir si la Navarre sera incluse ou non dans cette nouvelle organisation territoriale (Elle ne le sera finalement pas). La question a toujours été sensible en Navarre et chaque évènement est utilisé par l'un ou l'autre camp pour avancer ses pions.

   Aujourd'hui ce sujet suscite encore la fièvre, et l'extraordinaire caisse de résonance qu'est la San Fermin a toujours été mise à profit par les plus radicaux pour se montrer.
   C'est à l'aune de cette problématique qu'il faut comprendre les propos récents de l'actuel maire de Pampelune (du parti nationaliste socialiste basque Bildu) sur la corrida.
   Et l'on ne peut que regretter que la tauromachie soit une fois de plus instrumentalisée pour des questions politiques qui ne la concernent pas.


     Sanfermines 78  de Juan Gautier et José Angel Jimenez  2005
 
 

dimanche 4 février 2018

Antonio Ordoñez

   Je n'ai jamais vu toréer Antonio Ordoñez, mais je me souviens que son nom revenait systématiquement lorsque, dans mon enfance, la conversation des adultes évoquait les meilleurs matadors de toros. Antonio Ordoñez était considéré par tous comme le plus grand des toreros, le plus artiste, le plus classique, le plus dominateur. Mais tous ces superlatifs étaient atténués d'une réserve sur laquelle tout le monde était également d'accord : "quand il le veut bien". En effet le Rondeño était de ces toreros, dont aujourd'hui le digne représentant est Morante de la Puebla, qui, lorsque le toro ne leur plait pas ou leur condition animique n'est pas au rendez-vous, n'hésitent pas à assumer le renoncement à toute lidia au prix de féroces broncas. Cela ne l'empêcha pas de connaitre, certaines années, des triomphes réguliers (1965, 1968, par exemple), pas plus que d'affronter avec succès "lorsqu'il le voulait bien" les toros les mieux présentés et les plus réputés de son époque.
   Pour s'en persuader, il ne reste plus à ceux qui, comme moi, sont "trop jeunes" pour l'avoir vu toréer que le secours des images vidéos. Imparfaites comme toujours, partielles, tributaires du hasard (au moins en ces années-là le totalitarisme de l'image n'était pas de mise), décevantes souvent. Pourtant, elles constituent des témoignages dignes d'être pris en considération pour qui n'a pas vécu les évènements dans l'intensité et la profondeur du présent. La série Toreros para la historia  de Fernando Achucarro dont l'épisode consacré à Ordoñez est le quatorzième nous donne un assez bon aperçu de sa carrière et de son style.
   De 1950, alors qu'il n'est encore que novillero, jusqu'à une fameuse tarde sévillane de 1967 sous la pluie face à des Benitez Cubero, en passant par de nombreuses faenas de la temporada 1965, nous avons un panorama assez complet du toreo du fils du Niño de la Palma.
   Dès sa période de novillero, son art éclate : toreo con empaque, trincherazos supérieurs con sabor y dominio. S'il ne dédaigne pas les recours du toreo de profil, ce qui le caractérise plus sûrement est la recherche du toreo de trois-quart, pecho offert, jambe contraire légèrement avancée, qui donne à ses séries une profondeur extraordinaire. Son temple et la douceur de ses gestes sont prodigieux. Il parait un tueur sûr au répertoire d'estocades varié : volapié classique; recibir (on en voit un magnifique à Madrid en 1960 face à un Samuel Flores); il est enfin connu pour sa pratique de l'estocade en el rincon (entre la croix et le bajonazo), facilité qui lui valut des critiques nombreuses et justifiées, on en voit un bel exemple à Bilbao en 1962 lors de la corrida d'inauguration des nouvelles arènes.
   Bien sûr le maestro de Ronda a toréé au cours de sa carrière, qui couvre les années 50 et 60, le toro jeune et parfois afeité qui sortait en ces temps-là. Mais on sait qu'il n'hésitait pas aussi à affronter le toro d'âge et de respect. A Madrid, en 1956, il se fait blesser par un Escudero Calvo, prédécesseur des Victorino Martin. Toujours à Madrid en 1965 il coupe deux oreilles à un brave Pablo Romero de tête haute après une faena heurtée (rare chez lui) mais dominatrice avec final muy torero et grande estocade. A Jerez lors d'une corrida concours on admire un grand toro du Marquis de Domecq qui prend, en brave, cinq piques pour une chute.
   Malgré l'affadissement que provoque inéluctablement la corrida filmée, le toreo d'Antonio Ordoñez, sobre, classique, dominateur, m'est apparu d'une grande beauté et profondeur. Si je devais le caractériser par trois mots ce serait : temple, suavité, rondeur.



NB Le grand historien Bartolomé Bennassar (également revistero taurin à ses heures) a publié il y a peu un livre d'hommage au grand torero rondeño
Bartolomé Bennassar, Antonio Ordoñez, la magie du souvenir, Editions de Fallois, 2017

lundi 11 décembre 2017

Liste des films sur Manolete

   On a beaucoup évoqué la figure de Manolete tout au long de cette année 2017* qui marquait les cent ans de sa naissance et les soixante-dix ans de sa mort tragique à Linares.
   J'ai recensé les films qui, soit par la voie du documentaire, soit par celle de la fiction, traitent de la vie et du toreo du mythique Cordouan. On peut se procurer ou voir certains d'entre eux sur internet. Ils sont une excellente source pour mieux comprendre la personnalité du torero dans le ruedo et en dehors. Symbole malgré lui de l'Espagne franquiste de l'après-guerre civile, il noue des relations amicales avec les républicains exilés au Mexique. Dans un pays sous l'emprise toute-puissante d'une morale catholique des plus rigides il tombe amoureux fou, au grand dépit de sa mère qu'il adore, d'une actrice au passé trouble (mariée à un rouge!) et quasi sex-symbol. Sa tauromachie pleine de rigueur et de pundonor utilise un répertoire qui s'éloigne sensiblement des canons du classicisme et emprunte au toreo bouffe (manoletine, passes en regardant les gradins) qu'il transcende. On le voit, la vie de Manuel Rodriguez est un parfait enchevêtrement de contradictions, tragiquement dénoué par la corne d'Islero.

Documentaires
   •  Toros 
        de José María Aragay   10'   1944
 Entrevue avec Manolete dans la finca d'Alvaro Domecq

   •  Manolete, monstruo
        d' Alberto Santander   9'   1946
Chronique de la confirmation d'alternative du 9 décembre 1945 dans la plaza El Toreo à Mexico. Ces images célèbres seront reprises dans beaucoup de documentaires ultérieurs.

   •  Manolete en Barcelona
        de Madronita Andreu   7'   1947
Une cinéaste amateur filme en couleur depuis les gradins la dernière corrida de Manolete à Barcelone le 6 juillet 1947.

   •  Recuerdo a Manolete 
        de José Gan   18'   1951

   •  Death of Manolete
        de Raymond Rohauer   1957

   •  Toreros para la historia : Manolete
        de Fernando Achucarro   44'   1989
Sixième volet  de la fameuse série de Fernando Achucarro qui retrace, en films d'époque, l'histoire du toreo.

   •  Manolete, la légende
       de Emilio Maillé et Jacques Durand   52'   1997
Mêle habilement aspects purement taurins et vie privée

   •  Manolete : Medio siglo en el recuerdo
       de Fernando Fernandez Roman   1h 43'   1997
Ce documentaire très complet a été diffusé sur TVE1 le 28 août 1997 pour la commémoration des cinquante ans de sa mort; il utilise, entre autre, des entrevues qui avaient été réalisées 25 ans plus tôt.

   •  Manolete, un torero en guerre
       de Jacques Malaterre   26'   2016
Produit et diffusé par la chaîne de télévision Arte.

Fictions 
   •  Brindis a Manolete 
       de Florian Rey  avec Pedro Ortega   1h16   1948
Un mélange plutôt réussi de fiction, de documents d'archives, et de chants et danses.

   •  Manolete
       de Menno Meyjes   avec Adrien Brody et Penelope Cruz   1h32    2010
Le film retrace les amours de Manolete et de Lupe Sino jusqu'à la mort du maestro. Quelques scènes réussies, d'autres grotesques, et quelques reconstitutions acceptables, mais le film n'exploite pas vraiment toutes les possibilités de la situation et le scénario est souvent incohérent. Un film raté, dommage !



 A noter qu'en 1944, Abel Gance avait commencé à tourner avec Manolete pour un projet qui tourna court faute d'argent et dont il resterait 8 minutes de rushes.


Dessins animés
   •  Garabatos Manolete
       de Enrique Diban   8'   1945


* Dernièrement, la revue Toros a consacré un très intéressant numéro à Manolete (n°2061, 24 novembre 2017)

NB : Si vous avez connaissance d'autres film n'hésitez pas à me le faire savoir afin de compléter la liste.