samedi 13 décembre 2025
James Dean, l'aficionado
mercredi 8 octobre 2025
José Alameda, historien du toreo
jeudi 3 avril 2025
Tardes de soledad : un coup de poing à l'estomac
jeudi 22 février 2024
Lejos de los árboles
mercredi 27 octobre 2021
Deux films taurins : Nuestro tiempo et Dune
samedi 13 février 2021
Les taureaux font leur cinéma
vendredi 10 juillet 2020
Pamplona : San Fermin 1927 (suite)
Dimanche 10 juillet
Huit toros de José Encinas pour Antonio Marquez, Pablo Lalanda, Martin Agüero et Rayito.
Si hier on ne parlait que de faenas de toreros, aujourd'hui c'est la caste des toros de José ENCINAS qui emporta l'adhésion.
"Une grande tarde de toros, de toros braves, francs, sans défauts pour la plupart. Un lot homogène, fin de formes, remarquablement présenté.
Le numéro 53, qui sortit en second lieu, Farineto, negro, fut un toro admirable, suave, brave, suivant le leurre jusqu'à son agonie; un toro rêvé par les toreros ! On lui fit faire le tour de piste, et on l'ovationna à l'arrastre, ainsi que les quatrième, n° 8, Limeto, cardeno oscuro, cinquième, n° 29, Bravo, negro, et sixième, n° 9, Monudito, negro bragao. Le premier n'eut d'autre défaut que de aplomarse rapidement. Le troisième très franc et noble, un peu tardo, contribua au succès de Agüero; le septième, brave également, arriva réservé à la muleta; le dernier, qui parut d'abord chercher la fuite, se montra brave aux piques, puis bronco à la muleta. Ils eurent à peu près tous une magnifique forme de embestir. Bravo au ganadero !
Les 8 toros prirent 28 piques pour 16 chutes; ils ne laissèrent que 3 chevaux sur le sable, mais on en emmena à l'écurie une demi douzaine qui auraient dû être puntillés sur place. Ils pesèrent en moyenne 275 kilogs" (460 kg en vif).
Notons que la ganaderia porte le fer de José Vega, elle a été achetée par José Encinas à Victorio Villar, elle est donc issue du fameux croisement Veragua Santa Coloma qui a longtemps fait les beaux jours du Campo Charro, elle est installée à Ledesma (Salamanca). Le fer existe toujours, après avoir longtemps appartenu à Justo Nieto, il est aujourd'hui propriété de Jesus Angel Perez Villareal, un négociant aragonais qui s'est empressé d'éliminer les vega villar pour les remplacer par du sous domecq d'El Montecillo.
Antonio MARQUEZ connut à nouveau une après-midi grise avec bronca à son premier.
Face à deux bons adversaires, Pablo LALANDA se montra "d'une nullité désolante".
Le triomphateur de la tarde fut Martin AGÜERO. Il tua son premier d'un grand volapié, "de ceux que l'on voit si rarement, l'estocade portée en pleine cruz et le torero sortant limpio par les costillares. Quelle ovation, lorsque les deux oreilles et la queue furent concédées au vaillant muchacho que l'on applaudit follement pendant la vuelta al ruedo !"
RAYITO fut sans recours ni dominio et ses parones suicidaires ne sont pas à encourager. Il tua avec sincérité de deux bons coups de rapière.
Mardi 12 juillet
Deux novillos de Celso Cruz del Castillo pour le rejoneador Antoño Cañero et six toros du Conde de la Corte pour Antonio Marquez, Marcial Lalanda et Cagancho.
Il faisait un temps si exécrable le lundi 11 juillet que l'on dut reporter la corrida au lendemain.
Cette tarde permit à la feria de s'achever dans l'enthousiasme en raison de l'immense triomphe de CAGANCHO. Le gitan aux yeux verts, qui avait pris l'alternative en début d'année à Murcie, coupera les deux oreilles et la queue du dernier toro de la feria. "Ses lances sont classiques et purs, d'une tranquillité absolue. Il s'imposa plus encore à la muleta, toréant de près, dominant complètement. A son premier, il fut désarmé et esquissa une espanta après un pase de tête à queue et un de pecho; il se reprit aussitôt, et sous les olé, aux sons de la musique, il continua une faena grande qu'il dut prolonger à la demande du public et qui lui valut ovation et vuelta malgré que le sort ne l'accompagnât pas pour mater. Sa dernière faena fut énorme, de vaillance et d'art, avec des parones formidables et des passes de toute beauté. Le toro était fuyard; Cagancho le torea d'abord par le bas, se faisant avec lui, l'obligeant à embestir comme un toro brave, et le fit passer sous la muleta. La musique joue, le public, debout, acclame ce torerazo, qui fait dérouler devant nos yeux, des images de beauté."
Antonio MARQUEZ, en torero artiste qu'il est, se racheta à son dernier toro de ses six échecs antérieurs (vuelta).
Marcial LALANDA, en torero complet qu'il est, se montra également à son avantage (vuelta).
Les toros de La CORTE prirent 21 piques pour 10 chutes et 4 chevaux. Ils pesèrent 268 kg en moyenne (450 kg). Leur comportement donna satisfaction au public et aux toreros. La dépouille des quatrième et cinquième fut honoré par une vuelta al ruedo et le mayoral fut appelé à saluer, mais Miqueleta a préféré les Encinas de la veille, plus braves et plus puissants mais tout aussi nobles.
En début de corrida Antonio CAÑERO se défit de deux novillos mansos de Celso CRUZ del CASTILLO qui ne lui permirent pas de briller. Il tua le premier en mettant pied à terre et le second d'un rejon dans tout le haut.
Quelques réflexions en guise de bilan
Ce qui m'a frappé à la lecture des reseñas de Miqueleta, c'est le peu de poids des toros combattus. Si l'on excepte les Pablo Romero qui sont nettement au-dessus de 500 kg (on considère généralement que 300 kg en canal correspondent à 500 kg en vif) tous les autres toros sont nettement en dessous, avec 268 kg pour les plus légers, les La Corte. Ils sont toutefois considérés comme bien présentés, ce qui laisse à penser qu'il s'agit de la norme à l'époque. Deux explications peuvent être données à ce peu de poids. En premier lieu, leur âge. Il s'agit peut-être tout simplement de novillos. En second lieu, la nourriture. Le pienso compuesto industriel n'est pas encore utilisé et les toros de l'époque sont nourris avec l'herbe des pâturages et le fourrage produit à la propriété. Ils ne sont pas "préparés" comme ceux d'aujourd'hui. Il semble que dans ces conditions le poids normal d'un toro de quatre ans se situe autour de 500 kg, un peu en dessous même pour beaucoup d'encastes. On le voit, on est loin de certains mastodontes suralimentés d'aujourd'hui dont l'apparence est cependant en parfaite harmonie avec les excès (et les goûts) de notre société de consommation. On est loin aussi des toros d'épouvante du XIXè siècle. Mais ceux-ci relèvent sans doute en grande partie du mythe, même si l'on peut penser que l'action de Guerrita puis de Joselito pour réduire le trapío de leurs adversaires n'est pas restée sans effets.
Le mal dont ils ne souffrent pas en revanche est la faiblesse de pattes. Ils peuvent être braves ou fuyards, plus ou moins poderosos, parfois quedados, mais jamais la faiblesse de pattes n'est mentionnée. Toutefois, les "scores" de leur combat face à des chevaux sans caparaçon restent modestes. On imagine les carnages que feraient les toros qui sortent aujourd'hui dans le ruedo navarrais s'ils étaient piqués dans les même conditions.
Côté toreros, le triomphe le plus marquant de la feria est celui de Cagancho, ce qui montre bien l'évolution du toreo et des goûts du public vers une tauromachie artistique. Le jour des Pablo Romero, Miqueleta note en conclusion de sa reseña : "Le public est sorti de la plaza enchanté, discutant avec animation les diverses faenas de la tarde." Une telle conclusion eut été impensable une quinzaine d'années auparavant, avant la révolution initiée par Belmonte et Joselito. On vient désormais aux arènes pour voir de belles faenas. On remarquera dans le même ordre d'idée qu'un bon toro est désormais un toro qui permet "la faena".
On notera à propos de la corrida de Pablo Romero - la mieux présentée de la feria et un fer redouté - qu'elle fut combattue par trois figures, dont le plus prestigieux torero de l'époque, Juan Belmonte.
Notons aussi pour terminer que la tauromachie de l'ancien temps continue à émouvoir les foules; en témoigne le grand triomphe obtenu pour sa vaillance et une grande estocade par l'un de ses grands représentants de l'époque, le Bilbaino Martin Agüero.
On le voit, les années 20 du siècle dernier sont pour la corrida des années passionnantes. Celles où un changement radical s'est imposé dans les valeurs taurines et les goûts du public. La corrida que nous connaissons aujourd'hui, avec toutes les nuances qui la composent, est l'héritage de cette révolution.
Documentaire sur les Sanfermines dans les années 20
Je mets ici le lien de la page du blog Desolvidar sur laquelle on pourra visionner un documentaire passionnant d'une vingtaine de minutes constitué d'archives sur les fêtes de Pampelune tournées dans les années 20. Les amoureux de la capitale navarraise trouveront de nombreuses explications complémentaires dans le texte qui accompagne le film et dans le blog en général.
Desolvidar : Sanfermines 1928 (actualizado)
La plaza de toros de Pamplona (rénovée laidement en 1967) a été inaugurée en 1922.
mercredi 29 avril 2020
Petit viatique pour temps de coronavirus (5)
Covid 19 est bien plus maléfique que ce à quoi on s'attendait. On sait maintenant qu' il n'y aura pas de corridas dans les grandes arènes jusqu'à la fin du mois d'août mais la porte reste ouverte pour les petites arènes et pour toutes à partir de septembre.
Voici donc une nouvelle fournée d'images : de bons films qui tous ont un rapport avec la corrida. Le qualificatif de bon a son importance ici car le thème hispano-taurin a donné lieu à une foultitude de navets, nanars et autres séries Z. Films qui peuvent par ailleurs avoir leur intérêt pour l'aficionado. C'est pourquoi on aura, sans doute hélas, l'occasion d'y revenir ultérieurement, le navire couronné étant visiblement peu disposé à larguer les amarres.
Les films que vous trouverez dans la liste ci-dessous sont en tout cas parmi les meilleurs et les plus originaux sur le thème qui nous intéresse ici.
12 bons films avec toros
♦ Max toréador de et avec Max Linder 1913 13'
Après avoir assisté à une corrida, Max est dévoré du feu de l'aficion et veut à tout prix devenir matador. Avec, au début du film, des images d'archives de l'époque. Max aurait lidié lui-même le becerro à la fin du film (arènes de Barcelone). Rappelons que Max Linder était né en terre d'aficion puisque bordelais d'origine (naissance à Saintloubès en 1883).
♦ Pandora d'Albert Lewin avec Ava Gardner 1951 120'
Une version cinématographique réussie du Hollandais volant. Ava Gardner découvre l'Espagne. Elle aimera. Avec le Catalan Mario Cabré dans le rôle du torero.
♦ La course de taureaux de P. Braunberger et Myriam 1951 76'
Ce documentaire, bien fait, connut un réel succès lors de sa sortie parisienne. Les commentaires sont de Paco Tolosa et Michel Leiris.
♦ Torero de Carlos Velo avec Luis Procuna 1956 80'
Reconstitution de la carrière du matador mexicain Luis Procuna, avec ses doutes et ses triomphes. On y voit aussi Manolete et Carlos Arruza.
♦ Les voyous (Los golfos) de Carlos Saura avec Manolo Zarzo 1959 88'
Il s'agit du premier long métrage de Carlos Saura. Juan, gamin pauvre de la banlieue madrilène, veut devenir torero. A mille lieues des espagnolades déjà tournées sur un tel sujet.
A lire sur L'œil contraire.
♦ Le moment de la vérité de Francesco Rosi avec Miguel Mateo "Miguelin" 1965 90'
L'ascension et la chute d'un jeune torero traitées de manière réaliste, quasi documentaire, par le grand cinéaste italien. Miguelin y joue son propre rôle.
♦ La vaquilla de Luis Berlanga avec Alfredo Landa 1985 120'
La Guerre Civile, l'Espagne vues à travers l'œil satirique de Luis Berlanga.
♦ Matador de Pedro Almodovar avec Nacho Martinez 1986 107'
Un des meilleurs Almodovar. Fleur bleue s'abstenir !
♦ Toreros d'Eric Barbier avec Claude Brasseur 1999 100'
Très bon film sur l'envers du décor et les illusions perdues. Alain Montcouquiol et Jacques Durand ont collaboré au film. José Miguel Arroyo "Joselito" y joue son propre rôle.
A lire sur L'œil contraire.
♦ Parle avec elle de Pedro Almodovar avec Javier Camara 2002 108'
Avec une femme torera. Obra maestra comme on dit outre Pyrénées.
♦ Carnages de Delphine Gleize avec Angela Molina 2002 130'
Une œuvre à part. Avec Julien Lescarret dans le rôle du matador.
♦ Blancanieves de Pablo Berger avec Maribel Verdu 2012 104'
Un triomphe sur les écrans espagnols. Ici les nains sont toreros, bien sûr.
NB Les titres en bleu indiquent un lien qui permet de voir le film gratuitement ou en location.
Par ailleurs la plupart peuvent être achetés sous forme de dvd.
photo : La vaquilla de Luis Berlanga , tourné à Sos del Rey Católico
mercredi 15 avril 2020
Petit viatique pour temps de coronavirus (4)
A défaut de toros pour de vrai, voici, en ces temps pleins de lourdeur, un peu de légèreté avec ces dessins animés dans lesquels il est question de corrida ou plus précisément de bullfight. En attendant de retrouver la route des toros à partir de la mi-juillet, on l'espère ...
16 dessins animés taurins
♦ Alice the toreador Walt Disney 1925 8'
un des tout premiers dessins animés de l'auteur de Bambi
♦ Long live the bull Joseph Sunn 1926 15'
pâte à modeler
♦ El terrible toreador Walt Disney 1929 6'
classique
♦ Spanish onions (Placide toréador) F. Moser et P. Terry 1930 6'
♦ Bulloney Ub Iwerks 1933 8'
♦ Croon crazy Steve Muffati 1933 6'
le passage taurin est court mais le dessin animé excellent
♦ Picador Porky Tex Avery 1937 9'
♦ Bulldozing the bull Dave Fleisher 1938 6'
Popeye entre dans l'arène à son corps défendant et propose la paix au taureau.
Le premier dessin animé antitaurin ?
♦ Ferdinand le taureau W. Disney production 1938 8'
Le premier taureau gracié pour sa niaiserie. Une pratique devenue courante au XXIè siècle.
♦ A torrid toreador Eddy Donnelly 1942 6'
♦ The Hollywood matador Walter Lantz 1942 7'
Woody Woodpecker
♦ Señor Droopy Tex Avery 1948 8'
Incontournable
♦ For whom the bulls toi ! (Dingo toréador) W. Disney prod. 1953 7'
♦ Bully for Bugs (Bunny toréador) Chuck Jones 1953 7'
Bugs Bunny
♦ Mucho mouse W. Hanna et J. Barbera 1956 7'
Tom et Jerry
♦ Bully for pink (La panthère torero) Hawley Pratt 1965 6'
La Panthère Rose
Cliquez sur le titre pour voir le dessin animé.
image : le célèbre Droopy de Tex Avery face à un monstre nommé Covid 19
lundi 6 avril 2020
Petit viatique pour temps de coronavirus (3)
La vidéo taurine a un grave défaut : elle est trop souvent fragmentaire. On y voit la plupart du temps un moment de lidia détaché de son contexte. Or, chaque acte de la lidia est déterminé par ce qui a précédé et détermine ce qui suivra. Et, chaque toro ayant un comportement unique, chaque lidia est un moment unique toujours dépendant de l'intelligence qu'a le torero du comportement du toro et de son évolution. L'intérêt de l'aficionado vient du fait qu'il essaie en permanence de comprendre la relation qui, sous ses yeux, se noue entre torero et toro. C'est pourquoi, sauf défaillance totale de l'un des éléments, nous nous ennuyons rarement aux arènes et y revenons. C'est pourquoi aussi il est bien plus intéressant de voir les images d'une lidia complète, de ce point de vue rien ne vaut la possibilité de visionner des corridas dans leur intégralité - et nombre d'entre nous ont aujourd'hui plus que jamais le temps de le faire!
Hélas, après quelques recherches infructueuses, j'ai trouvé la toile bien avare en ce domaine. Certes on peut trouver facilement la fameuse corrida du siècle mais je n'ai pas réussi à trouver mes autres "corridas de chevet", à savoir :
- la corrida de beneficencia du 6 juin 1991 (Madrid, toros de Samuel Flores pour Ortega Cano et César Rincon, mano a mano)
- la corrida goyesque du 2 mai 1996 (Madrid, toros de diverses ganaderias, José Miguel Arroyo "Joselito" unico espada)
- la corrida de la feria de Logroño du 23 septembre 2015 (toros de Fuente Ymbro pour Diego Urdiales et Sébastien Castella mano a mano).
Si des lecteurs plus habiles que moi parviennent à les trouver qu'ils n'hésitent pas à me le faire savoir, j'indiquerai les liens adéquats.
A défaut de corrida intégrale il est possible de trouver des lidias complètes depuis l'entrée en piste du toro jusqu'à sa mort. De ce point de vue, le site de l'association El Toro de Madrid est une mine. Il met en ligne la lidia de nombreux toros choisis parmi ce qui s'est vu de mieux ces dernières années à Las Ventas.
Asociación El Toro de Madrid
Signalons aussi l'initiative du journal digital taurin de la région de Murcie, El Muletazo qui chaque jour a la cinco y media de la tarde nous offre "en direct" une "tarde de toros".
Rappelons toutefois un autre inconvénient, paradoxal, de la vidéo taurine : ne nous montrer que le meilleur de ce qui advient dans une arène et nous faire oublier par là-même que l'aficion est une longue patience. Le grand toro, la faena cumbre sont des moments d'autant plus gratifiants qu'ils surgissent bien souvent à la suite de longues périodes d'attente et de frustration. Puissent les semaines de confinement que nous vivons actuellement constituer le prélude à bien des jouissances futures ...
Madrid 1er juin 1982 "la corrida du siècle", une des rares que l'on peut trouver en intégralité sur le net
(à suivre)
mardi 24 mars 2020
Petit viatique pour temps de coronavirus (2)
Tout d'abord, pour rester en compagnie d' Orson Welles, un documentaire tourné en 1955 pour la télévision américaine. Il s'agit d'une présentation didactique de ce qu'est une corrida de toros à destination du public américain. On y voit notamment Manolo Vazquez toréant à Las Ventas.
Corrida à Madrid
1124 minutes sur la corrida et le toreo, depuis Luis Mazzantini arrivant en calèche aux arènes de Madrid en 1901 jusqu'à la figure universellement connue de Manuel Benitez "El Cordobés", c'est ce que propose Fernando Achucarro dans sa somme Toreros para la historia.
On peut trouver cette œuvre majeure sur le marché de l'occasion, soit sous forme d'un coffret de 6 dvd, soit à l'unité en 20 dvd. La plupart des épisodes peuvent être également visionnés sur You Tube (ou autres sites similaires). Un must : mener de pair le visionnage des vidéos et la lecture du livre de Domingo Delgado de la Cámara, Le toreo revu et corrigé, car l'auteur s'est beaucoup servi de ces films pour se faire une opinion sur les époques qu'il n'a pas connues.
Fernando Achucarro Toreros para la historia (cliquer sur les liens bleus pour avoir la vidéo)
1- Bombita, Joselito
2- Joselito, Juan Belmonte
3- El Gallo, Juan Belmonte, Manuel Granero, Marcial Lalanda, Nicanor Villalta
4- Valence 1925, Cagancho, Pepe Bienvenida, El Estudiante, Gitanillo de Triana
5- Domingo Ortega
6- Manolete
7- Alvaro Domecq (rej.), Pepe Luis Vazquez
8- Antonio Bienvenida
9- Conchita Cintron (rej.), Juanito Belmonte, El Andaluz, Parrita, Paquito Muñoz, Manolo dos Santos, José Maria Martorell
10- Duc de Pinohermoso (rej.), Albaicin, Calerito, Pepin Martin Vazquez, Manolo Gonzalez
11- Luis Miguel Dominguin
12- Rafael Ortega
13- Julio Aparicio, Litri
14- Niño de la Palma, Antonio Ordoñez
15- Fermin Bohorquez (rej.)
16- Manolo Vazquez
17- Juan Posada, Jumillano, César Giron, Pedres, Chicuelo II
18- Antoñete
19- Curro Romero, Rafael de Paula
20- El Cordobés
Sur L'œil contraire, on trouvera des textes sur les épisodes 1, 3, 4, 5, 11, 12, 14, 18, 19, 20.
Pepin Martin Vazquez, torero sévillan con arte y naturalidad, dont aujourd'hui Pablo Aguado perpétue le style. On peut le découvrir dans l'épisode 10, il tourna également dans quelques films dont le célèbre Currito de la Cruz.
(à suivre)
mercredi 18 mars 2020
Petit viatique pour temps de coronavirus
A défaut de pouvoir nous rendre dans nos arènes désertées, voici quelques suggestions pour passer, malgré tout, de bons moments en compagnie des toros, de la corrida, de l'Espagne (cliquer sur les liens bleus). Car il va falloir nous armer de patience ...
J'ai eu récemment l'occasion de voir le film Don Quichotte tourné par le génial cinéaste et grand aficionado Orson Welles. Le plus espagnol des artistes américains (en compagnie d'Hemingway, bien sûr) a porté ce film durant toute sa vie ... sans jamais réussir à l'achever. Il y a une fatalité pour les cinéastes désireux de se frotter au mythe de Cervantes. Quelques décennies après Welles, Terry Gilliam devra lui aussi affronter des difficultés telles qu'il sera amené à renoncer. On peut voir le témoignage de cette mésaventure dans Lost in La Mancha, savoureux making-of de la non réalisation du film. Mais revenons à Orson Welles. Il tourne dans les années 50 et 60 des dizaines d'heures de pellicule au Mexique, en Italie, en Espagne. Et les contretemps s'accumulent. Francisco Reiguera, acteur espagnol émigré au Mexique qui joue le rôle de don Quichotte ne peut tourner dans l'Espagne franquiste où il est persona non grata pour raisons politiques; de plus il est très âgé et décèdera en 1969. L'argent manque continuellement. Orson Welles doute. Le film ne sera jamais achevé. Mais, en 1992, à l'occasion de l'exposition universelle de Séville, les autorités andalouses confient à Jess Franco, un cinéaste espagnol spécialisé dans les films à petit budget de série B voire X, le projet de récupérer les rushes disséminés un peu partout dans le monde et d'effectuer un montage respectant les intentions d'Orson Welles. Bien qu'il n'ait sans doute pas été le cinéaste idéal pour un tel défi, Jess Franco s'acquittera de sa tâche et le fruit de son travail sera projeté lors de l'exposition sévillane.
On pourra reprocher au film d'être parfois excessivement bavard contrairement au souhait de Welles, mais on y voit de très beaux paysages et ciels, et la silhouette de Francisco Reiguera et Akim Tamiroff incarne parfaitement l'image mythique que nous avons de don Quichotte et de Sancho Pança. Enfin le film constitue un documentaire très intéressant sur l'Espagne des années 50 et 60. On y voit notamment de longues scènes de la fête des "Moros y Cristianos" à Alcoy et, pour le plus grand plaisir de l'aficionado, une longue séquence tournée durant la San Fermin à Pamplona. Nous savons qu' Orson Welles est allé à Pamplona pour les ferias de 1955, 1961 et 1966. Il semblerait que les images de la San Fermin que l'on voit dans le film aient été tournées en 1961 mais on peut penser que Welles a aussi rajouté des images de No-Do, en particulier celles d'un impressionnant monton à l'entrée de la plaza qui correspond à l'encierro des toros de Guardiola le 7 juillet 1957.
Par ailleurs, toujours à la recherche d'argent pour le financement de ses films, Orson Welles vendra à la télévision italienne les scènes documentaires qu'il a tourné en Espagne durant l'année 1961. Dans les 9 courts métrages qui en sont issus, la tauromachie et les traditions populaires tiennent une place majeure.On n'y cherchera pas toutefois une rigueur géographique absolue : les lieux sont parfois joyeusement mélangés.
Don Quichotte d'Orson Welles avec Francisco Reiguera (montage de Jess Franco, 1992)
également en vente sur internet (dvd)
Nella terra di Don Chisciotte documentaire d'Orson Welles pour la RAI
1- Itinéraire andalou
2- Espagne sainte
3- La feria de San Fermin
4- L'encierro de Pamplona
5- Bodega de Jerez
6- Séville
7- Feria de abril à Séville
8- Flamenco
9- Rome et l'Orient en Espagne
(à suivre)
lundi 26 novembre 2018
Les reines de l'arène landaise
Sur le site arte.tv on peut voir actuellement un excellent documentaire sur la course landaise. Les reines de l'arène landaise a été tourné par Jean Marie Barrère, par ailleurs grand reporter et documentariste. La vache Ibiza, ancienne corne d'or, et l'écarteur Mathieu Noguez sont les personnages principaux du film. Sans doute pour complaire aux producteurs d'Arte ou bien pour tenter de désamorcer l'ire des animalistes intégristes (peine perdue, les moralistes intolérants resteront toujours des petits fascistes), on passe beaucoup de pommade, au sens propre comme au figuré, sur le dos d'Ibiza. Cela frise parfois le tartignole mais le talent du réalisateur et sa bonne connaissance du sujet (on voit tout de suite que c'est un gars du pays) donnent, au final, un aperçu de la course landaise et de son milieu assez fidèle à ce qu'ils sont aujourd'hui.
Arte regard Les reines de l'arène landaise documentaire de Jean Marie Barrère 31'
rediffusion le mardi 27 novembre à 4h20
sur arte.tv jusqu'au 22 décembre
Baronne (Armagnacaise) 2010 photo Velonero
vendredi 6 juillet 2018
Pamplona, 8 juillet 1978
Il faisait chaud à Pampelune ce jour-là. J'avais préféré passer l'après-midi à somnoler au frais sur les pelouses des fortifications, derrière les arènes plutôt qu'aller voir Damaso Gonzalez et Antonio José Galan dans le chaudron pamplonais. Mais pas question de manquer la corrida du lendemain (toros de Salvador Guardiola pour Ruiz Miguel, Manolo Cortes et Julio Robles), aussi en fin d'après-midi je me dirige vers les guichets de la plaza qui mettent en vente, à la fin de la corrida, les places restantes pour le lendemain. Une petite queue s'est déjà formée mais je suis bien placé. Les gens commencent à sortir de la plaza, on entend le brouhaha habituel en ces lieux. Tout à coup, à l'intérieur des arènes, de fortes détonations, des cris. On est un peu inquiet d'autant qu'on ne voit pas ce qui se passe. La première idée qui me vient c'est qu'un toro s'est échappé. Mais très vite, autour de nous, des mouvements de foule, des gens courent dans tous les sens, la panique gagne. Des fumées aussi et de drôles d'odeurs, mélange de poudre et de gaz lacrymo. Je rejoins mes compañeros. Chacun raconte sa version mais nous avons du mal à comprendre réellement ce qui se passe. Ce qui est sûr c'est qu'il y a du baston entre la police armée (les gris) et les mozos des peñas. Et ça va durer toute la nuit.
Nous décidons d'aller passer la soirée dans un quartier plus calme de la ville mais le cœur n'y est plus. Pobre de mi, se han acabado las fiestas.
Le lendemain un calme étrange et pesant a envahi la ville. L'encierro n'a pas eu lieu. Non loin des arènes, avenida de Roncesvalles, des fleurs déposées sur le bitume, c'est là qu'est tombé German Rodriguez, une balle dans la tête.
Lorsque le hasard nous rend témoin d'évènements aussi dramatiques que celui-ci et que, de plus, on est étranger, on est bien sûr pris par l'émotion mais on a du mal à appréhender ce qui s'est passé. On a le sentiment d'être resté extérieur aux évènements. C'est donc avec un vif intérêt que j'ai visionné, il y a quelques années, l'excellent film documentaire sorti en 2005 Sanfermines 78 de Juan Gautier et José Angel Jimenez. S'appuyant sur des images d'archives et sur des entretiens avec les principaux protagonistes de ces journées, les cinéastes démêlent peu à peu le fil des évènements mais aussi et surtout ils les éclairent à la lumière de la situation politique de l'Espagne et de la Navarre à ce moment-là.
1978, nous sommes en pleine Transition démocratique. Franco est mort depuis près de trois ans, l' Assemblée (Las Cortes) élue démocratiquement en juin 1977 est en train d'élaborer une nouvelle constitution. Contrairement à la vision que l'on a depuis la France ou qu'ont bien voulu répandre les Espagnols eux-mêmes, tout, dans le processus de transition, ne s'est pas passé aussi facilement qu'on le pense. Durant toute cette période, les réseaux de l'extrême-droite franquiste ont été très actifs. Leur but : créer dans le pays le plus possible de situations de violence et de chaos de façon à apeurer la société espagnole et à justifier un coup d'état militaire qui restaurerait le franquisme. Le film montre que l'irruption de la police dans les arènes de Pamplona relève de cette stratégie.
Mais le film révèle un autre enjeu qui explique l'effervescence politique qui règne à Pampelune. Le Statut d'autonomie du Pays Basque est en train d'être négocié et il s'agit de savoir si la Navarre sera incluse ou non dans cette nouvelle organisation territoriale (Elle ne le sera finalement pas). La question a toujours été sensible en Navarre et chaque évènement est utilisé par l'un ou l'autre camp pour avancer ses pions.
Aujourd'hui ce sujet suscite encore la fièvre, et l'extraordinaire caisse de résonance qu'est la San Fermin a toujours été mise à profit par les plus radicaux pour se montrer.
C'est à l'aune de cette problématique qu'il faut comprendre les propos récents de l'actuel maire de Pampelune (du parti nationaliste socialiste basque Bildu) sur la corrida.
Et l'on ne peut que regretter que la tauromachie soit une fois de plus instrumentalisée pour des questions politiques qui ne la concernent pas.
Sanfermines 78 de Juan Gautier et José Angel Jimenez 2005
dimanche 4 février 2018
Antonio Ordoñez
Pour s'en persuader, il ne reste plus à ceux qui, comme moi, sont "trop jeunes" pour l'avoir vu toréer que le secours des images vidéos. Imparfaites comme toujours, partielles, tributaires du hasard (au moins en ces années-là le totalitarisme de l'image n'était pas de mise), décevantes souvent. Pourtant, elles constituent des témoignages dignes d'être pris en considération pour qui n'a pas vécu les évènements dans l'intensité et la profondeur du présent. La série Toreros para la historia de Fernando Achucarro dont l'épisode consacré à Ordoñez est le quatorzième nous donne un assez bon aperçu de sa carrière et de son style.
De 1950, alors qu'il n'est encore que novillero, jusqu'à une fameuse tarde sévillane de 1967 sous la pluie face à des Benitez Cubero, en passant par de nombreuses faenas de la temporada 1965, nous avons un panorama assez complet du toreo du fils du Niño de la Palma.
Dès sa période de novillero, son art éclate : toreo con empaque, trincherazos supérieurs con sabor y dominio. S'il ne dédaigne pas les recours du toreo de profil, ce qui le caractérise plus sûrement est la recherche du toreo de trois-quart, pecho offert, jambe contraire légèrement avancée, qui donne à ses séries une profondeur extraordinaire. Son temple et la douceur de ses gestes sont prodigieux. Il parait un tueur sûr au répertoire d'estocades varié : volapié classique; recibir (on en voit un magnifique à Madrid en 1960 face à un Samuel Flores); il est enfin connu pour sa pratique de l'estocade en el rincon (entre la croix et le bajonazo), facilité qui lui valut des critiques nombreuses et justifiées, on en voit un bel exemple à Bilbao en 1962 lors de la corrida d'inauguration des nouvelles arènes.
Bien sûr le maestro de Ronda a toréé au cours de sa carrière, qui couvre les années 50 et 60, le toro jeune et parfois afeité qui sortait en ces temps-là. Mais on sait qu'il n'hésitait pas aussi à affronter le toro d'âge et de respect. A Madrid, en 1956, il se fait blesser par un Escudero Calvo, prédécesseur des Victorino Martin. Toujours à Madrid en 1965 il coupe deux oreilles à un brave Pablo Romero de tête haute après une faena heurtée (rare chez lui) mais dominatrice avec final muy torero et grande estocade. A Jerez lors d'une corrida concours on admire un grand toro du Marquis de Domecq qui prend, en brave, cinq piques pour une chute.
Malgré l'affadissement que provoque inéluctablement la corrida filmée, le toreo d'Antonio Ordoñez, sobre, classique, dominateur, m'est apparu d'une grande beauté et profondeur. Si je devais le caractériser par trois mots ce serait : temple, suavité, rondeur.
NB Le grand historien Bartolomé Bennassar (également revistero taurin à ses heures) a publié il y a peu un livre d'hommage au grand torero rondeño
Bartolomé Bennassar, Antonio Ordoñez, la magie du souvenir, Editions de Fallois, 2017
lundi 11 décembre 2017
Liste des films sur Manolete
J'ai recensé les films qui, soit par la voie du documentaire, soit par celle de la fiction, traitent de la vie et du toreo du mythique Cordouan. On peut se procurer ou voir certains d'entre eux sur internet. Ils sont une excellente source pour mieux comprendre la personnalité du torero dans le ruedo et en dehors. Symbole malgré lui de l'Espagne franquiste de l'après-guerre civile, il noue des relations amicales avec les républicains exilés au Mexique. Dans un pays sous l'emprise toute-puissante d'une morale catholique des plus rigides il tombe amoureux fou, au grand dépit de sa mère qu'il adore, d'une actrice au passé trouble (mariée à un rouge!) et quasi sex-symbol. Sa tauromachie pleine de rigueur et de pundonor utilise un répertoire qui s'éloigne sensiblement des canons du classicisme et emprunte au toreo bouffe (manoletine, passes en regardant les gradins) qu'il transcende. On le voit, la vie de Manuel Rodriguez est un parfait enchevêtrement de contradictions, tragiquement dénoué par la corne d'Islero.
Documentaires
• Toros
de José María Aragay 10' 1944
Entrevue avec Manolete dans la finca d'Alvaro Domecq
• Manolete, monstruo
d' Alberto Santander 9' 1946
Chronique de la confirmation d'alternative du 9 décembre 1945 dans la plaza El Toreo à Mexico. Ces images célèbres seront reprises dans beaucoup de documentaires ultérieurs.
• Manolete en Barcelona
de Madronita Andreu 7' 1947
Une cinéaste amateur filme en couleur depuis les gradins la dernière corrida de Manolete à Barcelone le 6 juillet 1947.
• Recuerdo a Manolete
de José Gan 18' 1951
• Death of Manolete
de Raymond Rohauer 1957
• Toreros para la historia : Manolete
de Fernando Achucarro 44' 1989
Sixième volet de la fameuse série de Fernando Achucarro qui retrace, en films d'époque, l'histoire du toreo.
• Manolete, la légende
de Emilio Maillé et Jacques Durand 52' 1997
Mêle habilement aspects purement taurins et vie privée
• Manolete : Medio siglo en el recuerdo
de Fernando Fernandez Roman 1h 43' 1997
Ce documentaire très complet a été diffusé sur TVE1 le 28 août 1997 pour la commémoration des cinquante ans de sa mort; il utilise, entre autre, des entrevues qui avaient été réalisées 25 ans plus tôt.
• Manolete, un torero en guerre
de Jacques Malaterre 26' 2016
Produit et diffusé par la chaîne de télévision Arte.
Fictions
• Brindis a Manolete
de Florian Rey avec Pedro Ortega 1h16 1948
Un mélange plutôt réussi de fiction, de documents d'archives, et de chants et danses.
• Manolete
de Menno Meyjes avec Adrien Brody et Penelope Cruz 1h32 2010
Le film retrace les amours de Manolete et de Lupe Sino jusqu'à la mort du maestro. Quelques scènes réussies, d'autres grotesques, et quelques reconstitutions acceptables, mais le film n'exploite pas vraiment toutes les possibilités de la situation et le scénario est souvent incohérent. Un film raté, dommage !
A noter qu'en 1944, Abel Gance avait commencé à tourner avec Manolete pour un projet qui tourna court faute d'argent et dont il resterait 8 minutes de rushes.
Dessins animés
• Garabatos Manolete
de Enrique Diban 8' 1945
* Dernièrement, la revue Toros a consacré un très intéressant numéro à Manolete (n°2061, 24 novembre 2017)
NB : Si vous avez connaissance d'autres film n'hésitez pas à me le faire savoir afin de compléter la liste.


















