lundi 22 mai 2017

Domecqs à gogo

   Durant les quatre journées que j'ai passées à Madrid on a fait lidier quatre fois des toros d'encaste domecq.
   Les toros de MONTALVO, bien présentés, avec trois cinqueños, constituèrent une déception. A leur décharge, la terna de  matadors, dont on attendait beaucoup, ne fut pas des plus inspirée ce jour.
   Les Salvador Domecq de LAGUNAJANDA constituaient un magnifique lot de cinqueños. Hélas tous manquèrent de bravoure et de caste.
   Les FUENTE YMBRO, bastos, firent preuve de mobilité mais manquèrent de bravoure et de fixité. Le quatrième, franc et repetidor, ressortit nettement du lot.
   Les PARLADÉ, malgré deux cinqueños, n'avaient pas le trapío exigible à Madrid. Ils manquèrent en outre de force et de caste. Seuls cinq avaient réussi à passer le reconocimiento et un fut remplacé durant la lidia pour faiblesse de patte.
   Les deux sobreros d'El MONTECILLO étaient deux grands bœufs, l'un paisible, l'autre violent et dangereux.

   J'ai classé les 25 toros sortis des chiqueros en 4 catégories :

Domecqs ordinaires : 11
Ce sont les toros bravitos, nobles mais que le manque de caste ou de force conduit peu à peu à réserver leurs charges.
   2 Montalvo
   3 Lagunajanda
   3 Fuente Ymbro
   3 Parladé

Bœufs : 9
Toros qui sortent au pas, ne se fixent pas sur la cape, se défendent sous la pique, reculent, sortent seuls, puis grattent et chargent tête haute, sans recorrido.
   2 Montalvo
   2 Lagunajanda
   2 Fuente Ymbro
   1 Parladé
   2 El Montecillo

Toros très faibles ou invalides : 3
   1 Montalvo
   1 Lagunajanda
   1 Parladé (changé)

Toros encastés : 2
   1 Montalvo
   1 Fuente Ymbro

On le voit, le constat n'est pas brillant.
La conclusion que j'en tire c'est que la place prépondérante occupée actuellement par l'encaste domecq dans les ferias n'est en rien justifiée par la valeur réelle de ses toros.

dimanche 21 mai 2017

Vu à Las Ventas (suite)

Mercredi 17 mai : El Fandi et les quatre paires de banderilles
   Lorsque El Fandi est au cartel, l'aficionado ne va pas à la plaza pour voir de sa part d'exquises faenas. On le sait, en revanche, banderillero spectaculaire et, à Madrid comme ailleurs, on attend de lui des deuxièmes tiers brillants.
   A son premier Fuente Ymbro, après deux poses réussies, le Granadino manque sa troisième paire. Il demande alors au président l'autorisation d'en planter une quatrième, ce que lui refuse celui-ci. Le maestro réitère sa demande, nouveau refus ostensible de l'autorité. La plaza est en ébullition, partagée entre ceux qui veulent du spectacle et appuient le matador banderillero et ceux qui, par soumission de principe à l'autorité, soutiennent la présidence. El Fandi, non sans avoir eu, m'a-t-il semblé, un moment d'hésitation, finit par se plier à la décision présidentielle.
   Mais l'homme a plus d'un tour dans son sac et il aura sa revanche à son deuxième adversaire. Hortelano est le meilleur toro de la soirée, la première paire est plantée à cornes passées, la deuxième est un sesgo por dentro risqué. El Fandi prend alors deux paires de banderilles à la fois, fait une vague mimique vers la présidence et plante la première paire al violin puis dans la continuité de la charge du toro la seconde al cuarteo. Ovation de Las Ventas, matador radieux et président que l'on imagine marri.
   NB1 : L'actuel règlement précise que l'on placera "pas moins de deux ni plus de trois paires de banderilles". Le président avait donc réglementairement la possibilité de refuser bien que la tradition veuille que les matadors banderilleros puissent exceptionnellement demander de poser une quatrième paire, même si le changement de tiers a eu lieu. Tout dépend également de l'interprétation que l'on fait du terme utilisé dans le règlement espagnol ("colocar") qui semble impliquer que les banderilles restent accrochées au toro, c'est d'ailleurs en ce sens qu'on l'entend lorsque le président exige la continuation du tercio tant que quatre banderilles ne sont pas accrochées (ce qui arrivera le lendemain au cinquième toro).
   NB2 : Je voudrais rassurer les partisans de l'ordre taurin qui me lisent. L'autorité présidentielle aura finalement le dernier mot car, après une faena purement fandilesque (c'est à dire commencée et terminée à genoux et fort peu esthétique mais bien menée) face à un toro qui répète ses charges avec alegria, suivie d' une entière desprendida, le président refusera l'oreille au torero malgré une pétition nourrie qu'il jugea sans doute non majoritaire.

Jeudi 18 mai : Petit toro ou grand bœuf
   Lorsque le préposé à l'affichage s'avança vers le centre du ruedo avec la pancarte annonçant le troisième toro de Parladé, une rafale de vent fit s'envoler les chiffres qui annonçaient son poids. 4, 8, 7 dispersés sur le sable de Las Ventas. Le vent, avant le public, avait rendu son verdict. Même bien fait, le torito n'était pas digne de combattre dans la première arène du monde. On le protesta dans tous les secteurs des étagères mais il resta en piste. J'ai peut-être l'esprit mal placé mais je ne peux m'empêcher de voir dans ce toro une tentative de la nouvelle empresa pour introduire à Madrid le medio-toro cher à son cœur. Il se trouve que Lustroso n'était ni brave ni solide et que sa lidia résulta décevante mais eût-il été un bon toro et son maestro eût-il coupé une oreille, une brèche aurait été ouverte.
   Ce même jour sortit en remplacement d'un Parladé renvoyé pour faiblesse de pattes un grand bœuf violent de l'élevage El Montecillo. Un bœuf dangereux! Dès la première passe de cape il mit Ivan Fandiño en difficulté. Le tercio de pique ne fut que coups de têtes, reculades et sauts pour atteindre le picador. La pose des banderilles, un calvaire pour la cuadrilla. En choisissant d'abdiquer sans chercher à lutter, Ivan Fandiño a sans doute perdu l'occasion de retrouver les faveurs du public madrilène. On ne lui demandait pas une faena moderne, impossible face à une telle alimaña  mais je garde le souvenir de la prestation remarquable de courage et de dominio d'Antonio Barrera à Vic devant un animal du même acabit.
   Entre petits toros anodins et grands bœufs, Madrid, ce jour ressemblait plus à une plaza de talenquère qu'à la plus importante arène de la planète taurine.



photo Antonio Heredia (El Mundo)

samedi 20 mai 2017

Vu à Las ventas

   Une poignée de jours passés à Madrid me donnent l'occasion de souligner quelques moments marquants des quatre corridas auxquelles j'ai assisté.

Lundi 15 mai : Curro Díaz face à Escandaloso
   Escandaloso, le quatrième toro de la mauvaise corrida de Montalvo est d'un type différent. Grand, lourd, le ventre et l'arrière-train blanc jusqu'à la queue. Peut-être une réminiscence de l'ancienne origine Vicente Martinez qui affleure encore de temps en temps dans l'élevage. Il fait une sortie de bœuf paisible, hume le sable venteño, refuse de charger les capes. C'est à la pique que va se révéler son vieux fond de bravoure. Il s'arc-boute et pousse avec les reins avec une puissance parfaitement contenue par Curro Sánchez. Il ne s'emploiera pas autant à la seconde rencontre.
   Au troisième tiers Curro Díaz l'entreprend parfaitement par naturelles laissant de l'espace au toro, il réussit même à toréer con desmayo déclenchant les olés madrilènes. Mais le toro va a mas et Curro qui, par sa lidia intelligente, a contribué à cette évolution positive, ne suit pas. Il reste trop souvent marginal et superficiel, ne parvient pas à réellement dominer le toro, donnant la sensation de passer à côté d'un triomphe possible. Et, phénomène classique à Las Ventas, le public finit par prendre le parti du toro. Tout s'achève, après un bajonazo et une longue résistance d'Escandaloso, par une forte division d'opinion pour le torero et une grande ovation pour le toro.

Mardi 16 mai : Fortes, torero
   Lorsqu'on a été témoin de la terrible cornada au cou reçue ici même par le Malagueño (sans compter d'autres tout aussi graves reçues en d'autres lieux), ce n'est pas sans une certaine appréhension que l'on voit Jimenez Fortes affronter un toro. Et l'on en est que plus admiratif pour le courage froid, la sincérité et le dominio dont il fit preuve face au très sérieux Luchador, cinqueño de Lagunajanda au comportement réfléchi.
   Le torero alterne toreo classique sur les deux mains, finit par des bernardinas d'épouvante et tue en s'engageant. Vuelta après pétition d'oreille.
   Fortes, un torero qui mérite que la chance, enfin, lui sourie.




mardi 2 mai 2017

Aire sur Adour : intéressante novillada de María Cascón

   La famille Fraile est aujourd'hui une des dernières à faire vivre le sang Atanasio Fernández - Lisardo Sánchez. On connait les Puerto de San Lorenzo, les Valdefresno, qui montrent encore un peu le bout de leurs cornes dans les ferias. On connait moins le fer de María CASCON, épouse de Juan Luis. Il y a quelques années un toro de cet élevage a pourtant reçu les honneurs d'un tour de piste en plaza de Madrid.
   Bien présentés, quoiqu' inégaux d'armure, tous noirs, les novillos d'Aire sur Adour n'ont pas manqué d'intérêt. Ils firent preuve de bravoure face au cheval en 13 piques et une chute. A l'exception du cinquième, ils offraient tous de réelles possibilités. Leur défaut : de la faiblesse pour les deux premiers, une tendance à se montrer tardos au dernier tiers compensée par une charge piquante lorsqu'ils se lancent à l'assaut de la muleta. Très bon le troisième qui, après trois piques bien prises, maintint une charge puissante et encastée tout au long du troisième tiers. Bon également le dernier à la charge soutenue.
   Mario PALACIOS a été propre, ce qui pour un novillero n'est pas forcément un compliment. Autrement dit, il ne montra pas l'envie que devrait montrer un aspirant et ne foula pas les terrains qui permettent le succès.A sa décharge il relevait d'une blessure subie récemment dans la capitale.
   Le Mexicain Leo VALADEZ, le plus mal servi, montra qu'il savait s'adapter au comportement de ses novillos. Il toréa avec beaucoup de temple, sans l'obliger, le faible second. Face au cinquième, un novillo receloso et brusque, il essaya de livrer bataille sans, toutefois, parvenir à réduire son adversaire.
   Adrien SALENC actua en véritable novillero. Face à un lot exigeant (les deux meilleurs novillos de l'après-midi) il eut parfois du mal à dominer, ses estocades résultèrent tombées, mais il eut toujours une attitude positive, une sincérité et une variété dans le jeu qui lui permirent de connecter avec le public et de rencontrer le succès (vuelta, oreille).