mardi 28 août 2018

Cinq jours à Bilbao : du désastre d'une ganaderia au triomphe d'un homme




















Mardi 21 août
   Les toros de Nuñez del Cuvillo ont donné le spectacle le plus pitoyable qui se puisse donner dans une arène. Trois toros totalement invalides dont un qu'il fallut tirer par la queue et les cornes pour qu'il puisse se relever. Tous affligés d'un manque total de caste qui transforme le peu de charge qu'ils ont en déambulations pathétiques. Et dire que la plaza de Bilbao a enregistré ce jour la meilleure entrée de la feria (un gros trois-quart d'arènes)! Ce soir Nuñez del Cuvillo a droit au titre d'élevage le plus anti-taurin d'Espagne.

Mercredi 22 août
   Le désastre continue avec les trois premiers Domingo Hernandez "Garcigrande" qui ne possèdent pas un atome de caste. Sans être de grands braves, les trois suivants ont au moins le mérite de se bouger un peu. Juan José Padilla a une despedida réussie : aurresku d'honneur avant le paseo, pas de cogida, oreille d'adieu au quatrième après une bonne estocade et émouvante ovation finale. Le sixième possède une pointe de genio qui oblige José Maria Manzanares à nous dévoiler une facette de son toreo trop souvent occultée, celle du torero batailleur et capable de s'imposer.

Jeudi 23 août
   La ganaderia andalouse d'El Parralejo (origine Jandilla, Fuente Ymbro) se présente aujourd'hui en corrida de toros à Bilbao avec un lot con trapío, brave, difficile. Cela nous vaut quelques bons tercios de pique, 12 vraies piques et 2 chutes. Hélas tous vont a menos au troisième tiers, certains virent au bronco. Antonio Ferrera sera le seul matador de la terna à montrer de la torería, notamment en deux quites à l'ancienne, c'est à dire toréés en sortant le toro du cheval. A noter qu'une partie de la presse (El Mundo, El Diario Vasco, Mundotoro) s'est émue de la présentation exagérée de la course. Ainsi va le monde.

Vendredi 24 août
   Une grande faena de Roca Rey sauve la corrida de Victoriano del Rio du désastre. Un lot très homogène au demeurant. Tous sans trapío malgré des poids conséquents (de 540 à 569 kg). Tous ressemblant à des novillos engraissés. Quasiment tous rajandose* dès la première ou deuxième série de passes. Tous protestés à l'entrée et à l'arrastre.
   Face au dernier, Roca Rey se donne à fond. Le quite par saltilleras au centre du ruedo est impressionnant. Le début de faena par statuaires porte sur le public. Puis dès la première naturelle, le bicho fait mine de fuir aux tablas comme l'ont fait précédemment ses frères, mais le Péruvien parvient à le retenir au centre, ses naturelles se terminant par un coup de poignet qui, chaque fois, l'oblige. Peu à peu le toro prend goût au combat, sa caste prend le dessus. Le maestro rentre dans son terrain, le soumet de chaque côté en séries templées et parfaitement liées, le toro frôlant la taleguilla du torero. L'arène est en ébullition. Les bernardinas finales n'ajoutent rien au mérite du maestro et lorsque, après un pinchazo et une grande estocade, le toro s'effondre, Matias sort les deux mouchoirs à la fois. Roca Rey vient de donner une grande leçon d'engagement et de dominio.

Samedi 25 août
   Pour nous, aficionados, peu nombreux sont les jours où ce que l'on a rêvé devient réalité. C'est sans doute ce manque qui nous pousse à revenir aux arènes. A condition que, de temps en temps, le rêve finisse par s'accomplir. C'est ce qui est advenu en ce samedi 25 août 2018 sur le sable gris de la plaza de Bilbao. Diego Urdiales, incarnation du toreo classique et pur, a toréé magnifiquement ses deux toros  (notons qu'il s'agissait seulement de sa troisième corrida de la temporada) et a obtenu un triomphe qui restera marqué à jamais dans le souvenir des aficionados présents. Comme entre Séville et Curro Romero (fervent admirateur du Riojano) il y a entre Bilbao et Diego Urdiales une histoire d'amour qui s'est encore affermie ce jour. Le torero d'Arnedo a eu deux bons toros d'Alcurrucén. La qualité de son toreo (un quite par véroniques en donna un aperçu dès le deuxième toro), d'une sobriété et d'une simplicité absolues, sans la moindre ostentation, fut d'un grand effet sur les toros et sur le public, celui-ci poussé à la jubilation la plus pure par le pouvoir de cette muleta si dépourvue d'artifice mais si riche d'embrujo.
   Un évènement - anecdotique en comparaison du triomphe de Diego Urdiales -  mérite cependant d'être signalé. En cinquième position, après deux changements, est apparu face à Julian Lopez "El Juli", le second sobrero d'Alcurrucén, un toro au trapío impressionnant, armé pour la guerre, manso con casta, puissant, bronco. Le hasard a donc fait que, peut-être pour la première fois de la temporada, le Juli a dû combattre un authentique toro de combat. Il en est bien sûr sorti à son avantage (sauf à l'épée), réussissant à donner quelques derechazos chargés de dynamite, nous faisant regretter que l'occasion de telles rencontres ne soit pas plus fréquente.

* Se dit du toro qui rompt le combat et se dirige vers l'abri des barrières en cours de faena
 


lundi 20 août 2018

La novillada de Roquefort : sérieux, beauté, découverte

   Malgré leur trapío réellement extraordinaire (parmi les plus belles novilladas vues en ces lieux, ce qui n'est pas peu dire), les novillos du Conde de la Maza n'ont mangé personne. Et les blessés de la dernière heure (El Adoureño, Juanito) ont perdu une occasion de montrer leurs éventuels courage et savoir-faire. Occasion qu'en revanche surent mettre à profit les remplaçants Kevin de Luis (salut, oreille) et Aquilino Giron (vuelta, oreille).
   Outre sa présentation somptueuse, le lot valut par sa variété de comportement. Manso total le 1; bon le 2; le 3 se montre invalide dès les premières passes et est remplacé par un Turquay* de format plus réduit mais nerveux; le plus complet le 4 avec une bonne charge sur les deux cornes au troisième tiers; a menos le 5; manso et parado le 6 après s'être blessé à une patte. 13 piques très sérieuses, bien données pour la plupart.
   Avec volonté et assurance, Kevin de Luis se défit du manso puis profita des bonnes dispositions du quatrième pour donner une faena variée sur les deux mains. La médiocre estocade partagea les avis sur l'opportunité de l'oreille obtenue.
   Aquilino Giron fut une véritable révélation. Ses deux faenas, d'un grand classicisme, dominatrices, avec des cites précis, données sur un terrain des plus réduits, furent d'un grand impact sur le public qui l'obligea à effectuer une vuelta après la mort (en trois temps) du second et demanda avec force l'oreille du 5 après, au second essai, un estoconazo. Et ce fut réconfortant de constater l'effet de son toreo classique sur le (bon) public du jour. Aquilino intervint en outre avec brio dans de nombreux quites.
   Maxime Solera, seul novillero présent du cartel initial, n'a pas connu une bonne journée. Il fut le plus mal servi et sa maladresse avec les fers n'arrangea pas les choses.
    Au bilan, un lot du Comte de la Maza des plus sérieux, leur présence : un plaisir pour les yeux, et la découverte de deux novilleros de qualité et con pundonor.

* Ce novillo, colorado salpicado, était issu d'un ancien croisement Veragua/Buendía via Pablo Mayoral.
   Le matin les deux érals lidiés, issus du récent rafraichissement buendía opéré par Emmanuel Turquay, furent remarquables de fixité et de noblesse pour l'un, de caste ardente pour l'autre.






















Un petit coucou de Roquefort aux absents du jour (photo Laurent Bernède)

mardi 14 août 2018

Dax




















Lundi 13 août 2018      Dax
temps nuageux
plein

6 toros de Pedraza de Yeltes (13 piques, vuelta au cinquième Holandero) pour Octavio Chacon (salut, une oreille), Daniel Luque (une oreille, une oreille) et Emilio de Justo (silence,  applaudissements)

Quatre années déjà depuis la mémorable corrida de Pedraza de Yeltes en 2014. La présence des toros du fer salmantin est aujourd'hui devenue l'attraction toriste de la feria dacquoise. Cette année encore,  leur trapío et leurs peleas ont permis une corrida d'un intérêt soutenu. Avec, en bémol, une inquiétude, celle de voir ces derniers temps, la mansedumbre prendre de plus en plus d'importance dans leur comportement. On vit par exemple des sorties de bœufs placides, des fuites, des bouches ouvertes, des toros qui cherchent les planches. Mais on vit aussi des toros protagonistes de grands tercios de piques : départ de loin avec codicia, chocs violents contre les uhlans, poussées sauvages avec les reins; des morts au centre, les sabots agrippés au ruedo jusqu'au dernier souffle de vie; à la muleta une mobilité parfois pesante mais permettant à des toreros de valeur de construire des faenas qui ne peuvent être celles du toreo préfabriqué.
Et des toreros de valeur il y en eut aujourd'hui. Octavio Chacon, tout d'abord, qui remplaçait Rafaelillo blessé, et qui fit preuve tout au long de l'après-midi, comme il le fait cette année dans toutes les arènes où il se produit, de son sens de la lidia et de sa toreria.
Avec deux toros au comportement très différent, Daniel Luque montra qu'il est non seulement un torero de classe mais aussi un torero parvenu à un grand niveau de maturité technique. Il sut donner confiance au second, en délicatesse avec une patte avant, puis, face à Holandero, faire preuve de dominio sans perdre la dimension artistique de son travail, jusqu'à ce que le toro rompe le combat.
Emilio de Justo enfin eut de très bons moments classiques à ses deux adversaires, de mauvaises mises à mort ne lui permirent pas le succès.
Un bémol également pour les trois matadors : leur difficulté à placer l'estocade dans la croix, cette partie du garrot qui, lorsqu'elle est atteinte, témoigne de la parfaite sincérité de l'exécution. Aucune aujourd'hui n'atteint cet objectif.
Les picadors à leur avantage en général, salut pour les banderilleros Perez Mota et Alfredo Garcia au cinquième toro.
P.-S. : Rien de plus anti-taurin que la fête foraine installée au pied des arènes et dont le tintamarre vient perturber la liturgie taurine. La sous-préfecture manquerait-elle d'espace ?

vendredi 3 août 2018

Roquefort 1990 : reseña de la novillada du conde de la Maza


La reseña de la novillada du conde de la Maza parue dans le journal Sud-Ouest sous la plume d'Yves Harté :






















cliquer pour agrandir

jeudi 2 août 2018

Roquefort : le retour des novillos du Conde de la Maza

   Les nuñez de sérieuse réputation du Conde de la Maza fouleront le ruedo roquefortois le dimanche 19 août. Les photos des novillos laissent augurer d'un lot bien présenté, comme il est de tradition dans la plaza landaise.



















   La journée aura un autre intérêt du point de vue du bétail. Il s'agira, lors de la non piquée matinale, d'apprécier les efforts de deux ganaderos français qui œuvrent au maintien de deux encastes (santacoloma et garcia pedrajas) chers à tous les aficionados. Emmanuel Turquay a récemment rafraichi ses santacolomas par l'acquisition de vaches et sementals à la famille Buendía. De son côté, Jean Louis Darré, après maintes péripéties, a réussi à récupérer, pour son fer de L'Astarac, des mâles d'origine Maria Luisa Dominguez Perez de Vargas ayant appartenu à Ortega Cano (ganaderia Yerbabuena).























Les novillos du Conde de la Maza avaient déjà paru dans la Monumental des Pins en 1990. Cette année-là, les petits princes novilleros remplissaient les plus grandes arènes de France et d'Espagne. A Roquefort, Antonio Manuel Punta, Manuel Caballero et Finito de Cordoba enchantèrent le public (une oreille chacun), la tarde se terminant par une vuelta des trois novilleros réunis. Les novillos du comte, présent à la barrera, étaient inégaux de présentation mais, malgré un fond de mansedumbre, intéressants et variés dans la lidia, certains faciles, tel le premier, une véritable sœur de charité, d'autres avec davantage de complications.