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mercredi 27 septembre 2023

Un toro, un novillero

 Corrida concours à Madrid !  Des élevages prestigieux, un public (un tiers de plaza) compétent prêt à s'enflammer au spectacle de la bravoure, un temps idéal. Le résultat sera bien sûr mitigé : beaucoup de déceptions pour quelques bons moments.
   Pour Partido de Resina, élevage en équilibre instable, l'occasion était bonne de montrer la possibilité d'un renouveau. La présentation est supérieure (ovation). Les 510 kg de Cabañito sont une preuve de plus que le trapío n'a rien à voir avec le poids. Ni avec la caste hélas ! Car il est faible et soso, et sa fadeur recouvre ses éventuelles qualités d'une chape de plomb. 
   Le  Samuel Flores est fidèle à l'image que l'on a des  toros de  l'élevage : de grandes cornes maladroitement posées sur un corps mal dessiné. Il n'a pas le moindre atome de caste. Voilà encore, pour un élevage en difficulté, une belle occasion de se montrer sous un bon jour perdue.
   L'exemplaire de Victoriano del Rio sera, dans l'ordre, très mal piqué, bien toréé, mal tué. Il sera applaudi à l'arrastre car, à défaut de vraie bravoure, il possédait cette mobilité et cette vivacité qui rendent une sortie intéressante.
   L'ensabanado de Peñajara est une gravure de mode qui reçoit à sa sortie une ovation nourrie. Il est tardo face au cheval mais permet un excellent tercio de pique à Antonio Peralta (prix du meilleur picador) puis un grand tercio de banderilles à Marcos Prieto et Diego Valladar. Il tire ensuite le rideau et n'a pas une passe à la muleta.
   Le pensionnaire de José Escolar est laid, semblant un toro que l'on avait caché au fond des pâturages de Lanzahita. Il est de surcroît victime d'un mauvais sorteo. Malgré son fond de noblesse, il est mal mis en valeur par une cuadrilla et un matador catastrophiques.
   Enfin vint Sombrero (vainqueur du concours), classique colorado de la maison Pedraza. Il met les reins de manière impressionnante à la première pique, pousse encore à la seconde et tout le monde se réjouit à l'avance au spectacle de la troisième. C'est sans compter sur l'incroyable maladresse de Gomez del Pilar qui a demandé le changement de tiers et sur l'incroyable incompétence du président qui l'accorde alors que nous sommes dans une corrida concours et que sort enfin un toro brave. Et si je parle de maladresse en ce qui concerne le torero c'est parce qu'il était évident que sa demande allait lui mettre le public à dos (et ce bien au-delà du tendido 7). Ce qui arriva et le déstabilisa pour la suite du combat.
   Serafin Marin eut un comportement adapté à celui attendu d'un torero qui participe à une corrida concours et quelques gestes de classe qui montrent qu'il vieillit bien.
   Ruben Pinar, très médiocre en tout.
   Quant à Gomez del Pilar, il ne peut que s'en prendre à lui-même d' avoir suscité l'hostilité du public envers lui alors qu'il a paradoxalement été celui qui a le mieux toréé.


Un novillero. Ancien pueblo situé entre Alcala de Henares et Guadalajara, Azuqueca de Henares a vu sa population croître exponentiellement ces dernières années pour atteindre aujourd'hui 36 000 habitants. La ville ne s'est pas dotée d'une plaza de toros mais elle donne chaque fin septembre un cycle de novilladas dans une plaza portatil. De nombreuses peñas animent la fête et chaque matin ont lieu encierros et lâchers de novillos dans la plaza.
   Lors de la novillada piquée du 22 septembre un novillero dont on a encore peu entendu parler a attiré mon attention par la qualité de son toreo et de ses estocades. Cid de Maria a débuté cette année dans le circuit des novilladas piquées  et a toréé avec succès quelques novilladas dans sa province natale de Guadalajara. Pour ce que j'en ai vu et jugé ce jour, le sitio qu'il occupe, sa recherche de pureté et de profondeur font de lui un novillero à suivre et auquel on ne peut que souhaiter un avenir peuplé de toros.
 
 



 
 
 


lundi 31 juillet 2023

Croquis de la fête taurine (poèmes 6)

 
Miura
 
Aujourd'hui tout est différent
L'attente
Les gestes
Vous êtes là mythiques Miura 



Fraile

Ah !
La caste
des Fraile
pour le bonheur d'une arène en ébullition
en ces dimanches d'août  à Bayonne



Pablo Romero
 
Beaux pâles héros morts
sortis
du moule
de la chimère et de la perfection 
 







dimanche 20 juin 2021

Partido de Resina en Cuellar

 

   Par la grâce de la télévision j'ai passé un samedi très européen.
   
   D'abord à Budapest où les footballeurs français durent lidier les assauts de la furia hongroise. S'il s'en tirèrent finalement sans dommage majeur, j'eus la très nette impression que nos artistes du ballon rond auraient été bien plus à l'aise face à une équipe de type domecq que face au piquant plein de caste du onze hongrois. Mais si j'aborde ici ce sujet inhabituel c'est pour évoquer ce qui m'a paru essentiel en cette caniculaire après-midi d'Europe centrale : un stade débordant d'un public aussi chaud que des mozos navarrais un jour de San Fermin et cela sans bien sûr un seul masque à l'horizon ! J'ai cru être victime d'une faille temporelle : un retour dans le passé ? une projection dans l'avenir ? ... et je me suis posé bien des questions. Les descendants des Huns ont-ils la couenne plus dure que les autres ou bien nous prendrait-on, ici, pour des gogos ?
 
   Malgré tout l'époque est formidable puisqu'à 18h 30 je me suis retrouvé à Cuellar, province de Ségovie, Espagne, d'où Télémadrid avait la bonne idée de retransmettre la corrida de Partido de Resina. Je ne saurais résister au plaisir d'admirer six Pablo Romero fouler le sable d'une arène lorsque l'occasion se présente. Ce sable, ils le foulèrent avec leur élégance et leur beauté de toujours (on exceptera le 3 à l'armure semblant préparée pour le rejoneo). À l'attrait de leur trapío, les gallardos ajoutèrent une activité en piste toujours digne d'intérêt. Voilà des toros qui nous tiennent éloignés du comportement standardisé de leurs cousins de la famille domecq que l'on voit désormais partout et qui sortent des chiqueros sans même avoir l'idée de donner de la corne, comme déjà prêts à être toréés. C'était loin d'être le cas des Partido de Resina qui semblaient posséder la même énergie délicate à gérer dont les footballeurs hongrois venaient de faire preuve quelques heures plus tôt. Des combattants !
   Tous allèrent à la pique de loin et sans se faire prier mais insistèrent peu sous le châtiment (13 rencontres). Les deux premiers permettaient le toreo artistique. Trois d'entre eux (les 3, 4 et 6) nécessitaient lidia adéquate et torero vaillant et poderoso qu'ils n'eurent pas. Enfin le 5 bis, remplaçant un frère handicapé, receloso et sans une passe, de aliño y a matar.
   Javier Castaño (rioja et or) possède toujours l'avantage d'une cuadrilla trois étoiles (très bon tercio de piques d'Alberto Sandoval au 1). On l'ovationna à son premier pour quelques bons passages à droite. Il commit l'erreur de stopper le tercio de pique après une seule rencontre au 4 et se trouva en permanence à la merci du bicho qui avait pris le dessus dès le début de la faena.
   Morenito de Aranda (noir et blanc) put montrer toute sa toreria face au 2 qu'il toréa remarquablement avec tout l'art dont il est capable mais qu'il tua mal (deux pinchazos et une entière caida). A la mort du 5 bis, l'image de mon téléviseur sembla se teinter de nuances sépias lorsque Morenito se profilait entouré de ses trois banderilleros, prêts à intervenir, comme dans certaines images de la tauromachie d'antan.
   Quant à Gomez del Pilar (vert et or), déception du jour, il parut absent toute l'après-midi.



mardi 7 juillet 2020

Pamplona : San Fermin 1927




   A défaut de pouvoir nous plonger dans l'effervescence d'une San Fermin 2020 qui, pour des raisons trop connues, n'aura pas lieu cette année, je vous propose un retour 93 ans en arrière. 1927, c'est un an après la parution aux Etats-Unis de The sun also rises d'Ernest Hemingway. Si l'écrivain américain est à nouveau présent avec quelques amis à Pampelune en 1927 on imagine que le nombre de touristes étrangers y est encore extrêmement limité d'autant qu'en ces années, un franc faible et une peseta forte rendent le séjour en Espagne assez onéreux pour les Français. Une Nîmoise y est pourtant bien présente. Il s'agit de Marcelle Cantier "Miqueleta" qui a fondé en 1925 la revue Biou y Toros (aujourd'hui Toros, le plus ancien journal taurin au monde). Elle rend compte de la feria dans le numéro 49 de la revue.
   Voici sa description de la fête : "La feria traditionnelle de San Fermin s'est inaugurée par un temps pluvieux et froid. Dès la soirée du 6, des bandes joyeuses de ''San Fermines", avec la classique chemise bleue et le foulard rouge, parcourent les rues de la ville en chantant et dansant, sur le rythme de la musique du pays. C'est, jour et nuit, presque continuellement, un fracas assourdissant; les danses ne cessent même pas à la plaza, où les peñas vont avec de grandes bannières sur lesquelles sont peints des sujets originaux, pas toujours taurins.
   Tous les matins, à 7 heures précises, a lieu l'encierro qui a quelque analogie avec notre abrivado. Les toros que l'on a conduits dans la nuit aux corrals qui sont situés à l'entrée de la ville, sont lachés sur le parcours habituel qui conduit à la plaza. Les cabestros les entourent, et devant eux courent les hommes et jeunes gens, par centaines. Le tout s'engouffre dans la plaza et si un maladroit glisse et tombe, il entraîne fatalement ceux qui le suivent, ainsi que cela s'est produit le premier jour. Les toros passent alors sur cette masse humaine  grouillante; c'est un moment de grosse émotion.
   Aussitôt l'encierro achevé a lieu la capea. Des vaches emboulées sont livrées au public. De partout surgissent des toreros improvisés, déployant capes et muletas plus ou moins fantaisistes. Nombreuses sont les bousculades, car la piste est noire d'amateurs. Dès qu'une vache rentre au corral, les danses reprennent. Cela est d'un mouvement, d'une couleur extraordinaires."

Les encierros
   Avec une victime mortelle (la seconde après celle de 1924), 1927 fait partie des années tragiques en ce qui concerne les encierros.

7 juillet, toros du Conde de Santa Coloma
   Un coureur reçoit un coup de corne sans gravité dans la côte de Santo Domingo. Un montón se forme à l'entrée des arènes occasionnant de nombreuses contusions sans qu'il n'y ait toutefois de blessés graves.

8 juillet, toros de Celso Cruz del Castillo
   L'encierro s'est déroulé sans incident, mais à l'intérieur de la plaza un toro se sépare des autres et attrape près d'un burladero dans lequel il tentait de se réfugier, Santiago Martinez, un maçon de Pampelune âgé de 34 ans. La cornada, dans le ventre, est effrayante. On amène le malheureux à l'hôpital où une intervention chirugicale de deux heures n'empêchera pas l'issue fatale.

   Pas de problèmes particuliers pour les encierros des jours suivants (9, 10 et 11 juillet).

Les corridas de toros

Jeudi 7 juillet
Six toros du Conde de Santa Coloma pour Antonio Marquez, Martin Agüero et Rayito.
   Les toros de SANTA COLOMA pèsent 281 kg de moyenne en canal, soit 470 kg en vif. Ils prennent 24 piques pour 12 chutes et 7 chevaux tués. Précisons que les chevaux de picadors sont encore sans protection, le décret entérinant l'usage du caparaçon sera pris l'année suivante en 1928. Un lot qui aurait dû permettre le succès à des toreros honnêtes ou connaissant leur métier, selon Miqueleta. Mais ce ne fut pas le cas et la tarde résulta décevante.
   Malgré quelques détails (une bonne demi-véronique, une paire de banderilles méritoire, un bon pecho), le fin torero madrilène Antonio MARQUEZ se comporta comme un sin vergüenza.
   Le Basque Martin AGUERO se montra en revanche égal à sa réputation qui est celle d'un torero à l'ancienne, vaillant et tueur sincère et efficace. Il fit preuve de bonne volonté et d'application et surtout il tua par deux magnifiques estocades de la casa ce qui lui valut de couper l'oreille du cinquième.
   Manuel del Pozo "RAYITO", spécialiste du toreo en paron avait connu le succès à Madrid en début de temporada pour sa confirmation d'alternative. Il connut ce jour une tarde désastreuse à tel point qu'il dut être protégé par la police lors de sa sortie de la plaza.
   Le meilleur de la tarde : deux grandes paires de banderilles de Magritas.

Vendredi 8 juillet 
Quatre toros de Celso Cruz del Castillo pour Antonio Marquez, Marcial Lalanda, Martin Agüero et Rayito.
   Encore une corrida décevante, qui plus est donnée par un temps pluvieux.
   Les toros  de l'élevage tolédan de Celso CRUZ del CASTILLO n'eurent ni qualités extraordinaires, ni mauvaises intentions mais les diestros n'essayèrent rien pour tirer le public de l'ennui. Tardo le premier, quedado le second, brave le troisième et manso le quatrième. Ils étaient très armés et pesèrent 276 kg en moyenne (460 kg). Les quatre prirent 15 piques pour 9 chutes et 7 chevaux.
   Antonio MARQUEZ se fit siffler.
   Marcial LALANDA remplaçait Zurito, malade. Lui aussi entendit les sifflets du public navarrais.
   Martin AGUERO contrairement à la veille tua mal.
   RAYITO enfin donna le meilleur de la tarde avec des lances de cape ovationnés.

Samedi 9 juillet
Cinq toros de Pablo Romero, un de Moreno Santamaría pour Juan Belmonte, Marcial Lalanda et Cayetano Ordoñez "Niño de la Palma".
   "Aujourd'hui enfin nous avons pu ovationner de grands toreros et nous avons vu toréer !" note Miqueleta dès le début de sa reseña. "Nous avons vu alterner le torero d'émotion, Belmonte; le torero alègre, Niño de la Palma; le torero scientifique, Marcial; et le grand Belmonte reste infiniment au-dessus de tous ses camarades."
   En effet Juan BELMONTE, malgré son peu de réussite à l'épée connut une grande tarde, de celles qui ne s'oublient pas. "A son second, qu'il toréa de cape avec cette lenteur et cette simplicité admirables, on lui ovationna des véroniques et des demies, et des farols exécutés dans le berceau des cornes. La faena de muleta débuta par un de tête à queue, une naturelle, un de pecho. Elle se poursuivit merveilleusement calme, et quand le grand Trianero se profila pour mater, le public debout réclama la continuation de la faena, et la musique joua. Ayudados por bajo, molinetes, afarolado, de tête à queue d'une limpidité admirable se succédèrent sous nos yeux éblouis de tant de beauté."
   Marcial LALANDA ne put tuer qu'un Pablo Romero car l'un d'entre eux s'inutilisa le matin lors de l'encierro. Le substitut de Moreno Santamaría passa son temps à sauter les barrières.
   NIÑO de la PALMA se devait de faire oublier sa désastreuse actuation de la feria antérieure. Il y parvint à son premier adversaire grâce à son jeu de cape varié suivi d'une faena pleine d'art et de valeur. Il obtint une oreille après trois-quart de lame contraire et un descabello.
   Les toros de PABLO ROMERO furent de présentation imposante, avec un pouvoir indéniable mais tous n'eurent pas cette bravoure remarquable qui a contribué à la renommée de la ganaderia. Les cinq prirent 19 piques pour huit chutes et 6 chevaux. Leur promedio fut de 310 kg, soit 520 kg en vif.
   Entre la lidia des cinquième et sixième toros on fit une quête au profit de la veuve et des enfants de l'homme tué lors de l'encierro de la veille.





  
Juan Belmonte face à un Pablo Romero (photo Rodero)


à suivre ...

mercredi 12 juin 2019

Vic 2019 : un cru supérieur (suite)


Dimanche

corrida concours
   Un grand toro (Matablanca de La Quinta) parfaitement piqué et ses concurrents au comportement toujours intéressant ont contribué à faire de cette matinée une excellente corrida concours.

   Soriano de Saltillo    cárdeno   cinqueño
Toro imposant et lourd. Il prend quatre piques pour une chute mais Juan José Esquivel, après une mauvaise tarde hier, n'est toujours pas à la hauteur de la situation. Pour celui qui fut un excellent picador, l'heure de la retraite semble avoir sonné. Le saltillo fait preuve au dernier tiers d'une noblesse un peu fade que ne met pas à profit un médiocre Rafaelillo. Ovation à l'arrastre.
   Matablanca de La Quinta    cárdeno   cinqueño
Lui aussi est lourd et imposant, son armure discrète est davantage dans le type santacoloma. Il se montre dur et encasté à la cape, de même lors des mises en suerte durant lesquelles il est difficile à manœuvrer. Grand tercio de piques : il obtient, sur les deux premières piques, la chute du brave par une poussée fixe et continue; la troisième confirme sa bravoure. Tito Sandoval, excellent, sauve l'honneur de la corporation des picadors. Au troisième tiers, Matablanca est noble, d'une fixité impressionnante. Vuelta à sa dépouille, unanimement demandée.
   Excitado de Partido de Resina   cárdeno
C'est un plaisir d'admirer le pablorromero, une estampe avec, tout au long de sa lidia, un port de tête altier. Ce n'est certes pas un grand brave mais son comportement laisse entrevoir des espérances pour l'avenir de l'élevage. Il vient bien de loin par trois fois à l'appel du piquero mais ne pousse pas sous le fer. Puis il fait preuve d'une grande mobilité et noblesse. Ovation à l'arrastre.
   Judio de Pagès Mailhan   colorado ojo de perdiz
Ce toro haut, très armé, fait une sortie tonitruante et se blesse peut-être en se jetant sur un burladero. Il connaitra des problèmes d'équilibre durant le reste de sa lidia. Malgré ce handicap il prend trois piques sans s'employer puis se montre nerveux, avec du genio. Quelques sifflets à l'arrastre.
   Corchaito de Flor de Jara   cárdeno oscuro
Le buendía met parfaitement la tête dans toutes les capes qu'on lui présente. Il renverse le picador à la première rencontre puis sera massacré aux deux piques suivantes sous l'œil indifférent de Lopez Chaves. Manque d'ambition incompréhensible de la part du Salmantin qui semble se contenter de son succès face à Matablanca. Après ce mauvais traitement, le toro sera noble mais soso dans la muleta. Palmas pour Corchaito qui n'aura pas eu la chance de son lointain ancêtre de 1928.
   Joterito de Los Maños   negro entrepelado
Après trois piques prises sans style le santacoloma aragonais se révélera au troisième tiers où sa noblesse encastée permettra une bonne faena à Alberto Lamelas. Palmas .

   Rafaelillo médiocre et quasi absent (silence, silence).
   Lopez Chaves bien avec le La Quinta et, on l'a vu, décevant face au Flor de Jara (une oreille, silence)
   Alberto Lamelas, qui remplaçait Manuel Escribano, blessé à Madrid, a connu une bonne matinée. Il aurait dû repartir en triomphateur grâce à deux bonnes faenas mais son maniement déficient de l'épée réduisit le tout à une vuelta et un salut.





corrida de Dolores Aguirre
   Assister à une corrida de Dolores Aguirre est un exercice particulier qui demande sérieux et concentration. Une ascèse pour l'aficionado. Et ne parlons pas de ce que doivent ressentir les toreros...
   Des toros noirs, au pelage luisant, massifs, donnant une impression de puissance. Des armures que l'on sent destinées à donner la mort. Lorsque, comme aujourd'hui, la mansedumbre, certes toujours présente, ne prend pas le dessus mais se mêle, dans une alchimie spécifique à l'élevage, à une bravoure sauvage qui semble venir en droite ligne du bos primigenius (auroch sauvage), l'émotion est à son comble, aussi bien sur les gradins que sur le sable du ruedo parmi les coletudos.
   Un bilan comptable, celui du premier tercio : après des sorties circonspectes et, souvent, un refus de rentrer franchement dans les capes, dix-huit dures piques prises avec ténacité et un batacazo.
   Tout avait pourtant commencé "gentiment" avec les trois premiers toros, plutôt avenants (un peu de faiblesse même pour les 2 et 3). Mais lorsque Clavetuerto passa la porte du toril on sentit bien que la corrida allait prendre une tournure différente. Après trois piques, parfaitement mises en suerte par Gomez del Pilar, prises avec bravoure (ovation à José Manuel Sangüesa) il se révéla être un véritable démon, distribuant derrotes, tornillazos, tarascadas y hachazos. Plus question de rêver de douces faenas, on domine si l'on peut, et on sauve sa peau. C'est une des facettes de la tauromachie.
   Le cinquième était un manso dangereux et le sixième, Voluntario, permit un de ces moments de tauromachie épique que Vic affectionne. Miguel Angel Pacheco se planta face à la fiera, il réussit à courir la main en plusieurs séries de droitières terminées par changement de main et pecho libérateur. Le tout avec élégance et dominio. Mais lorsqu'il prit la gauche, la terrible voltereta qu'il subit fit craindre le pire. Le Gaditano revint sur la corne droite avant d'en finir d'une entière  qui libéra une grosse oreille dans l'émotion générale d'un grand moment de tauromachie.
   Avec le premier, Gomez del Pilar avait payé auprès du public les conséquences d'un tercio de pique catastrophique. Face à Clavetuerto il décida raisonnablement qu'il n'était pas de taille à lutter et personne ne lui en voulut. Par ailleurs chef de lidia remarquable.
   Javier Jimenez pas dans son élément.
   Au final, grâce aux Dolores Aguirre, nous avons assisté à une vraie et bonne corrida vicoise qui a, en outre, permis la révélation d'un jeune matador : Miguel Angel Pacheco.

 photos Laurent Bernède
                                Partido de Resina
                                Dolores Aguirre

jeudi 31 août 2017

Damaso Gonzalez




    Lorsque je pense à Damaso Gonzalez deux images me viennent à l'esprit. Son beau visage buriné d'Espagnol humble et modeste. De ceux qui ont souffert mais auxquels le courage et l'opiniatreté ont permis de surmonter les épreuves. Je vois ensuite la frêle silhouette du torero face à un toro, un toro plus grand que lui sans que cela ne semble l'émouvoir. Tout Damaso est là. Sa grandeur face à l'adversité. Sa rugueuse beauté sans afféterie.
   Dès le début des années soixante-dix, notamment grâce à ses importants triomphes en 1970 et 1971 à Bilbao, Damaso deviendra une figure. Son aspect malingre, son toreo qui mêlait classicisme et tremendisme (dans la lignée des toreros d'Albacete tels Chicuelo II et Pedres) le firent comparer à Juan Belmonte. Il forma alors une pareja avec Paquirri et leur tâche ne fut pas simple de succéder aux grands maestros des décennies précédentes et de s'adapter au retour du toro de quatre ans à partir de 1973.
   Damaso appartient à la catégorie des toreros qui cherchent à reproduire la même faena à chaque toro. Le toro commercial de cette époque étant tout aussi médiocre que celui d'aujourd'hui, sa tauromachie finit par ennuyer. Il eut alors l'intelligence de toréer les élevages plus difficiles. Et, ce qu'il faisait aux toros commerciaux, il fut capable de le faire à tous les toros. Sa carrière s'en trouva relancée et il y gagna l'estime des aficionados. Puis une autre grâce lui tomba dessus : son toreo basé sur l'aguante, le temple, l'encimisme fut considéré comme un chaînon important qui mène, dans l'évolution de la tauromachie, de Juan Belmonte à Paco Ojeda. Son aura s'en trouva confortée.
   En cherchant dans mes souvenirs (et donc dans mes archives) je m'aperçois que j'ai vu toréer Damaso essentiellement devant des Miura et des Pablo Romero. C'est à Logroño, en 1986, dans les vieilles arènes aujourd'hui disparues, face à des toros de Pablo Romero que je l'ai vu donner sa pleine mesure. Quel temple prodigieux! Quelle aisance pour dominer ces pablorromeros nobles mais imposants! De cette journée je me souviens aussi du sourire radieux de Jaime de Pablo Romero félicité dans la rue en fin de course par des aficionados pour l'excellent jeu de ses toros. Il ne savait pas que cette course était en fait leur chant du cygne. Aujourd'hui les Pablo Romero ne sont qu'un souvenir qui, parfois, resurgit chez Partido de Resina, et Damaso Gonzalez est mort.















Face à un Miura à Bilbao (photo Chapestro)

lundi 31 août 2015

Novillada-concours de Saintperdon



   Après deux années de novillada-concours de haut niveau, cette édition 2015 a été une déception. L'après-midi fut un festival de mansedumbre ou de faiblesse qui n'épargnèrent aucun des six novillos présentés. Aussi sera-t-on bref dans le compte-rendu de leur combat.

   Le Partido de Resina est ovationné à la sortie pour son trapío typique de pablorromero. Il est inconsistant sous une pique et un picotazo puis de charge incertaine au troisième tiers.
   Le Parladé (domecq) est laid de type. Sans doute était-il brave et noble mais sa faiblesse ne lui permet pas d'exprimer ses qualités (deux petites piques, une bonne charge à droite mais tournant vite à la sosería).
   Le pensionnaire de Dolores Aguirre (atanasio fernandez) est un manso typique de la casa. A la muleta il vire au bronco.
   L'imposant burraco d'El Cubo (murube + domecq)  est un manso désordonné et puissant qu'une troisième pique bien donnée et bien prise va fixer. Il semble soumis en début de faena mais à la première occasion il prend violemment Louis Husson qui s'en tire heureusement sans dégât majeur.
   L'astifino Astarac (gamero civico) est lui aussi un manso coureur (dominante de la soirée) qui ne se livre ni à la pique ni à la muleta.
   Enfin, le santacoloma d'El Añadio est ovationné pour son trapío parfait. Hélas, très vite, il montre une faiblesse qui rend le tercio de pique sans objet. Il se reprend en début de faena où sa caste s'exprime par des charges répétées avant de s'éteindre définitivement.
   En résumé, deux novillos (domecq et santacoloma) avec, sans doute des qualités, mais faibles, et quatre mansos dont certains auraient eu leur intérêt dans une autre course mais impropres pour une concours. Et le sentiment, en fin de compte, que cette novillada-concours a constitué un panorama assez révélateur de l'état actuel de la cabaña brava.

   Du côté des hommes, Louis Husson continue à ne pas progresser, Joaquin Galdos tira tout le parti possible du Parladé mais le tua très mal et le Colombien Juan de Castilla, vaillant et sincère, à revoir.

   Prix au meilleur novillo et au meilleur tercio de pique non attribués. Président inadapté à ce type de course.
   Emouvante minute d'applaudissement en hommage à José Cubero "Yiyo" tragiquement tué à Colmenar Viejo par Burlero il y a trente ans.

L'affiche 2015




















La plus belle pique de la tarde

mardi 19 mai 2015

Réflexions sur le public de Madrid

   Sans doute faudrait-il parler des publics plutôt que du public tant on rencontre de divergences d'opinion sur les étagères madrilènes. Il est bien loin le temps des broncas féroces et unanimes de la fin des années soixante-dix. Je me souviens en particulier d'une corrida de Pablo Romero au cours de laquelle chaque matador avait entendu une bronca à la mort de chaque toro. Nous étions en 1976 et il est évident que, dans la période politique très incertaine que vivait l'Espagne à ce moment-là - Franco venait juste de mourir et c'était le tout début de la Transition - Las Ventas était un des seuls endroits de la capitale où il était possible de protester en toute impunité. El País venait juste d'être créé et l'on pouvait, au petit matin, se faire arrêter pour le simple fait de l'avoir acheté en bas de chez soi. Dans les années qui ont suivi j'ai toujours trouvé le public vif, nerveux, excessif dans ses rejets aussi bien que dans ses admirations.
   En ce printemps 2015, où je retrouvais les gradins venteños après de nombreuses années de purgatoire, le public m'a semblé beaucoup plus froid et mou qu'auparavant. C'est un public déséquilibré, qui va claudicant, avec une jambe faible, celle des gens désireux de pasarlo bien, et une jambe excessivement réactive et puissante, le tendido 7. Toujours au complet, semblant bien organisé, inébranlable dans ses certitudes, bruyant dans ses manifestations, le tendido 7 est vraiment impressionnant. L'aficionado vivant au pays de Montaigne que je suis a parfois du mal à supporter la rigidité et l'intolérance de ces bataillons braillards. Il faut reconnaître toutefois qu'ils ont souvent raison et que, sans ces gardiens du temple, Madrid aurait tôt fait de devenir une arène comme les autres. Je vois pourtant quelques inconvénients à l'excessive place qu'ils ont acquise par leur comportement. Tout d'abord, en se regroupant en un même lieu et en cristallisant le mécontentement depuis leur tendido ils ont conduit le reste de l'arène à la passivité. Inutile de broncher, le 7 s'en charge. Ensuite la systématisation de leurs protestations finit par banaliser leur action et la rendre vaine. A force de crier au loup... Enfin, et c'est peut-être le plus gênant, je ne pense pas que, si je découvrais la corrida parmi eux, j'aurais envie de devenir aficionado.



samedi 28 mars 2015

L'évènement de la temporada

   Quel qu'en soit le résultat, la corrida de demain à Madrid est l'évènement de la temporada, celui qui fait battre le cœur de tous les aficionados a los toros de la planète taurine.
   Un homme seul et face à cet homme seul rien moins que ça.

   Merci Ivan FANDIÑO et ¡chapeau!
























photo de l'affiche : Antonio Sevi

mardi 11 août 2009

Un week-end aux arènes (2)

Samedi : Parentis, plat de résistance

Pari osé que celui de la novillada-concours et au final une belle réussite, devant une arène comble.
Des novillos parfaitement dans le type de leur encaste. Absolument magnifiques le Partido de Resina (como no), Prieto de la Cal (precioso jabonero claro) et Salvador Guardiola (noir au poil luisant). Grande ovation pour les trois à la sortie du toril.
Tous les novillos prirent trois à quatre piques après avoir été, en général, remarquablement mis en suerte.
Somptueuse sortie de toro encasté pour le PARTIDO DE RESINA qui prit les piques avec alegria mais sans réellement pousser. Bronco à la muleta.
Le PRIETO DE LA CAL eut lui aussi une sortie tout feu tout flamme, puis il poussa par à coup sous le fer et se montra difficile au troisième tiers.
Le MORENO DE SILVA, cárdeno, fit preuve de bravoure et de noblesse. Il fut même pastueño dans la muleta de Francisco Pajares. A lui le prix au meilleur novillo.
Mais l'exemplaire de Salvador GUARDIOLA l'aurait mérité tout autant. Il ne fut pas économisé aux piques ce qui ne l'empêcha pas de charger jusqu'au bout au dernier tiers. Il était porteur de la bonne caste des Villamarta qui, chez les toros du même fer, est, à mon avis, trop souvent étouffée par un excés de poids.
Manso, le pupille colorado d'Alonso MORENO.
Enfin, le COQUILLA DE SANCHEZ ARJONA, à l'armure discrète, montra bravoure et noblesse atténuées par trop de soseria.

Chez les hommes, Daniel MARTIN actua en vrai novillero, vaillant, opiniâtre même, jusqu'à la cogida, mais brusque dans le maniement des leurres et fatal à l'épée.
Julian SIMON, discret en tout.
Francisco PAJARES m'a semblé être un imitateur de José Tomas. Il va même jusqu'à cultiver une certaine ressemblance physique, avec chevelure ad hoc. Il en a aussi - ce qui est plus intéressant - la douceur et le temple. Par ailleurs, piètre estoqueador.

samedi 24 février 2007

Pablo Romero - Partido de Resina

Je viens de lire le numéro 10 de la revue Terres Taurines consacré à l'élevage Pablo Romero -un de mes élevages préférés. J'ai trouvé la revue passionnante de bout en bout. Pas seulement un bel objet destiné à être négligemment posé sur la table de salon de tout aficionado respectable. Certes, le parti-pris d'André Viard, de mettre systématiquement en énigme la question des origines de l'élevage, m'a paru un peu abusif. D'autant qu'au final aucune réponse probante n'est apportée. En tout état de cause le travail sur la genèse est muy interesante. L'hypothèse d'un croisement passé et actuel avec du Santa Coloma - Saltillo est troublante à la vision de certaines photos. Personnellement je considère cette perspective comme tout à fait réjouissante et, s'il y avait effectivement croisement en cours, Tico Morales serait le premier éleveur actuel à vouloir sortir de la pensée unique ganadera qui consiste à prôner - jusqu'à l'absurde - le maintien systématique d'un élevage dans la pureté de son origine.
Bref des textes et des images qui donnent envie de revoir ces magnifiques animaux. Ce ne sera hélas pas possible en France à cause de la langue bleue et c'est d'autant plus regrettable que les prochaines camades sont annoncées pour être lidiées en novillada. Ça aurait pu intéresser par chez nous.