jeudi 1 août 2019

Azpeitia




















Mercredi 31 juillet                  Azpeitia (Guipuzcoa)
beau temps
casi lleno

5 toros de Ana Romero et 1 (5 bis) de Salvador Gavira (nobles, sosos, faibles) pour Daniel Luque (salut, deux oreilles), David de Miranda (salut, pitos) et Adrien Salenc (salut, vuelta)

Assister à une corrida dans la vieille plaza d'Azpeitia est un plaisir toujours renouvelé. On y sent battre le cœur de l'aficion basque. Les voisins de tendido parlent basque. La musique est, pour partie basque, gaiteros dont les airs sont repris par le public, zotziko joué avant l'arrastre du troisième toro à la mémoire d'un banderillero tué en 1846. Moments d'émotion. Et, il n'est pas étrange, dans la ville qui a vu naître Ignace de Loyola, fondateur de l'ordre des Jésuites, de voir des nonnes apparaître à la fenêtre de leur monastère qui surplombe la plaza, pour avoir leur part du divertissement taurin.
Sur la piste, les santacolomas d'Ana Romero ont été décevants : nobles certes mais sosos et très faibles (il fallut changer le 5). Le dernier, plus costaud et plus encasté (il fut le seul de la tarde à prendre deux piques), sauva l'honneur de la devise.
Face à eux, Daniel Luque continue dans sa racha de triomphes basés sur le toreo caro : sincérité, temple, ligazon, dominio. Du grand art taurin que peu d'élus sont capables d'offrir au public.
David de Miranda n'a pas montré sa meilleure face, au contraire d'Adrien Salenc qui réalisa de bonnes choses face à ses deux adversaires, sans toutefois parvenir au triomphe.

lundi 29 juillet 2019

Orthez



















Dimanche 28 juillet 2019      Orthez       arènes du Pesqué
beau temps
quasi plein

6 toros de Prieto de la Cal (17 piques, ovation au 3) pour Alberto Lamelas (silence, silence), Jesus Enrique Colombo (silence, silence) et Angel Sanchez (silence, silence)

On ne doit pas aller voir une corrida de Prieto de la Cal comme on va voir une vulgaire corrida de domecqs. Leur origine Veragua impose un regard différent, avec cette sensation particulière d'assister à un spectacle qui aurait pu se dérouler il y a un siècle, un temps où l'on demandait seulement aux toros de la présence physique et de l'attrait pour les chevaux.
Tous jaboneros, avec des musculatures apparentes, les six du jours ne manquèrent pas de présence physique, en particulier les deux derniers, véritables estampes dignes du burin du sculpteur. On regrettera toutefois les armures très endommagées des deuxième et troisième. Le premier se cassa un piton contre un burladero; conformément au règlement, il ne fut pas remplacé.
Si tous allèrent au cheval sans se faire prier, ils ne s'y employèrent que fort peu et s'en détournèrent même avec une facilité qui marqua leur condition de mansos.
Face à des adversaires dont la charge se limitait la plupart du temps à un violent coup de corne dans le leurre, les possibilités de briller comme on l'entend aujourd'hui étaient des plus réduites pour les toreros. On aurait donc aimé que, à la manière des diestros de l'ancien temps, ils reportent sur l'estocade, préparée par une séance de macheteo dominateur, la possibilité de montrer leur courage et leur savoir-faire. Mais nous ne vîmes ni l'un ni l'autre et trop d'épées dans les bas-fonds ternirent la prestation des matadors.
Alberto Lamelas garda un relatif contrôle des opérations face au premier puis il abrégea face au très venimeux quatrième.
Jesus Enrique Colombo, jeune Vénézuélien, ne connut pas de naufrage. C'est déjà une victoire, en particulier face à l'imposant cinquième qui avait longuement visité le callejon dès sa sortie.
Le sorteo avait réservé à Angel Sanchez le seul toro qui se prêtait à la tauromachie moderne. Mais son joli style manqua par trop d'engagement pour vraiment tirer tout le parti de la mobilité et de la noblesse de son adversaire. Il ne put rien face au dernier, un bloc de marbre.
  


samedi 27 juillet 2019

Roquefort : le retour des La Quinta pour le 15 août




   Ce sera la septième fois que les pensionnaires de La Quinta fouleront le sable du ruedo roquefortois. C'est au début des années 2000 qu'ils y connurent leurs triomphes les plus retentissants puisqu'en trois ans (2002, 2003, 2004) l'excellent comportement de Bolichero, Escandaloso, Pavito et Cantinero leur permit d'avoir les honneurs du tour de piste.
   On souhaite que la novillada de cette année soit à la hauteur de ces glorieux ancêtres ou de la grande bravoure de Matablanca, magnifique vainqueur de la corrida-concours de Vic Fezensac en juin dernier.
   On notera également la présence au cartel de Rafael Gonzalez le novillero triomphateur de ce début de temporada (deux oreilles à Séville et déjà deux oreilles à Madrid où il participera jeudi à la finale du concours des novilladas nocturnes.)

jeudi 25 juillet 2019

Ma Madeleine 2019 (suite)




Samedi 20 juillet
     novillada d'Ave Maria
   Les Français qui achètent un élevage en Espagne ne font preuve ni d'imagination ni d'esprit voltairien en choisissant le nom de leur ganadéria : après Virgen Maria voici Ave Maria.
   Par leur présentation très défectueuse et leur mala casta, le lot de novillos de messieurs Margé et Pagès semblait avoir été récupéré au fond du tabernacle d'une église andalouse désaffectée.
   Six novilleros français se voyaient offrir l'opportunité de montrer leurs qualités, ce fut l'intérêt de la soirée.
   Tibo Garcia a foulé des terrains de vérité mais il tue toujours aussi mal. Un vrai handicap dans la carrière qu'il a choisie. Silence.
   Très mexicain dans son maniement de la cape, banderillero efficace, André Lagravère "El Galo" a joué ses points forts avec habileté mais tout part à vau l'eau lorsqu'il passe au troisième tiers. Silence.
   El Rafi est déjà un novillero puesto, il possède en outre une indéniable planta torera. Une excellente estocade lui permet de couper une oreille.
   Lorsque parait Cédric Fructueux "Kike" avec son air timide de séminariste et qu'il se fait enlever la cape des mains par un novillo violent, on se dit qu'il pourrait bien passer une soirée infernale. Ce fut le contraire. Il parvient à maintenir le novillo au centre du ruedo, celui-ci se livre et le Landais, sans sortir de sa ligne classique et sobre, aligne les séries à droite et à gauche, certes un peu distanciées mais toujours limpides. Une oreille après une épée d'effet immédiat.
   A défaut de dominio, le Dacquois Juan Molas aura les gestes les plus profonds de la soirée, il donna en particulier quelques belles naturelles. Salut.
   Yon Lamothe manie joliment la cape puis, face à un novillo complètement arrêté, il se met dans le sitio sans résultats. Rageant. Silence.

Dimanche 21 juillet
     corrida de Victorino Martin
   Et le scandale vint ! Pour avoir osé présenter sur le sable du Plumaçon deux animalcules comme le 1er et le 6 bis, Victorino Martin fils a manqué de respect à l'aficion montoise; il a aussi manqué de respect à la mémoire de son père qui avait toujours amené des lots dignes dans la capitale landaise.
   La réaction du public a été exemplaire. Charivari, protestations, moqueries, refrain d'Intervilles repris en chœur par le public, et féroce bronca finale aux organisateurs (Marie Sara et François Guillaume) lorsqu'ils quittèrent leur burladero du callejon une fois la corrida terminée.
   Organisateurs qui sont certes insurpassables dans l'art de se faire mousser dans la presse et sur internet mais qui se sont montrés incapables de fournir au cours de cette feria une corrida digne d'une arène de 1ère catégorie. La corrida de Victorino n'est pas un accident mais la conclusion logique d'une politique taurine dont le but a été de revoir à la baisse les exigences de la plaza.

De même que pour ses frères du jour, pas d'image disponible de Bohonero, le 6 bis, sur le site de Victorino !

mercredi 24 juillet 2019

Ma Madeleine 2019

   Les aficionados aiment bien cette petite feuille qui donne le nom des toros, leur âge, leur robe, leur ordre de sortie. On y trouve aussi le nom des banderilleros et des picadors. C'est une source d'informations mais aussi une forme d'hommage à ceux, subalternes et toros qui vont jouer leur vie sur le sable de l'arène. On s'y réfère pendant la course mais on peut aussi, le soir, le lendemain, l'annoter, la ranger et plus tard la retrouver au fond d'un tiroir pour un doux moment de nostalgie. Toutes les arènes sérieuses offrent aux aficionados ce modeste mais précieux feuillet, toutes sauf la plaza de Mont de Marsan qui, depuis l'an dernier, a décidé de les en priver. Ridicule économie de bouts de chandelle quand on songe au cachet de la moindre figure.

Mercredi 17 juillet
     corrida de La Quinta
   La noblesse a ses quartiers, ses hiérarchies, ses abâtardissements aussi. Il en va de celle des toros comme de celle des hommes. Les trois derniers La Quinta courus ce jour en sont un bon exemple.
   Le quatrième possède une charge douce, pastueña comme en rêvent tous les toreros dans leurs rêves de gloire et de triomphe. Daniel Luque, depuis quelque temps au plus haut sommet de son art, y trouve un partenaire de luxe qui lui permet d'atteindre au sublime. Toutefois, en fin de faena, au moment de ramener le toro vers les barrières pour l'estoquer, le Sévillan commet une très légère erreur : il se fait accrocher la muleta, se retrouve dans un terrain compromis en direction du toril. Toute la caste du bon santacoloma qu'il est resurgit alors chez le toro : il poursuit le torero sur plusieurs mètres, la mise en place devient difficile puis, frappé à mort par l'estocade, il renverse le matador et, malgré les sollicitations des péons, fond sur sa proie avec une rage qu'il n'a jamais montrée durant sa lidia. Le maestro se sauvera de peu et perdra, moindre mal, la deuxième oreille dans l'aventure.
   Le cinquième n'aura pas ce retour de flamme. C'est un noble dégénéré, sans le moindre surgissement d'esprit combatif. Sa vie publique est une succession de trottinements innocents, comme un dégoulinement sirupeux qui, finalement, met tout le monde mal à l'aise, public et torero. La corrida ce ne peut être cela.
   Heureusement, entre en piste le sixième. Voici maintenant un noble encasté, d'une lignée toujours prête au combat. A droite sa charge est vibrante et soutenue, sa corne gauche semble offrir de grandes possibilités. Un toro qui permet beaucoup mais demande les papiers. Hélas Thomas Dufau, bien loin de ses précédentes actuations, semble inhibé (On apprendra le soir qu'il a été hospitalisé après la corrida, souffrant des séquelles d'une maladie contractée lors d'un récent voyage au Pérou). Bien vite, c'est le toro qui, fort de tous ses quartiers de noblesse, mène le bal.

Vendredi 19 juillet
     corrida de Fuente Ymbro
   Il y a eu de tout sur le sable du Plumaçon pour la corrida de FuenteYmbro.
   Du positif :
- un toro très noble qui offre ses oreilles (le 2, vuelta) : il en faut de temps en temps.
- beaucoup de variété dans le comportement des andalous avec abondance de charges brusques, inconstantes : ça oblige les toreros à montrer leurs capacités, leur courage.
- le triomphe légitime de Lopez Simon, celui que l'on n'attendait pas.
- un bon Perera, tenace et combatif face à un toro difficile  (le 1)
- la classe et le temple virtuels de Pablo Aguado : à ce stade on en est encore à imaginer ce que ça pourrait être si ...
   Du négatif :
- de la faiblesse, une caste souvent déficiente : des toros à mille lieues des bons Fuente Ymbro (ceux de 2012 ici-même par exemple, ou ceux de Valence cette année).
- l'échec de Perera à son second.
- Aguado entre deux eaux : de la classe oui, mais pas assez d'expérience, de confiance en soi pour améliorer et façonner deux toros médiocres.


   










photo : Camille Duma

jeudi 4 juillet 2019

Recette

   A l'heure où l'on veut  imposer (les proclamations écologiques de circonstance ont été bien vite oubliées) l'arrivée en Europe de milliers de tonnes de viande bovine sud-américaine à prix défiant toute concurrence et produite industriellement  (nourriture OGM, antibiotiques, entassement des animaux dans des lieux fermés), n'hésitons pas à rappeler à ceux qui n'aiment pas la corrida mais savent se régaler d'un bon beefsteak que le toro de combat finira lui aussi sur l'étal du boucher après avoir connu, le bienheureux, une vie de liberté et une mort en défendant sa peau.
   Voici une recette tirée du livre de Marie Rouanet, Petit traité romanesque de cuisine.



       La grillade de taureau de combat, libations et feu rituel

Songez avant tout que le taureau de combat vit quatre ou cinq ans dans d'immenses pâturages, beau et libre comme au jour de la création; songez qu'il meurt glorieusement, en quelques minutes. Admettez donc que, pour sa vie comme pour sa mort, il est bien mieux partagé que beaucoup d'êtres humains et que la plupart des bêtes destinées à notre nourriture : poules ébécquées, cochons en stalag, veaux dans leurs cercueils de bois. Que vaut-il mieux : l'arène, l'abattoir ou l'hôpital, un tuyau dans chacun de vos trous ? Arrêtez donc de vous scandaliser de la corrida et portez votre indignation sur les élevages de poules.
Vous voilà presque prêt à manger le taureau mariné, l'âme sereine. Parachevez votre paix intérieure en allant à la corrida, même sans rien y connaître. Pour la lumière de six heures du soir, les ombres longues, les cris et les couleurs de la foule, la bête superbe foudroyée par ce petit coléoptère tout doré qui ne marche pas mais danse; le matador.
Dès le lendemain d'une corrida, plusieurs boucheries de la ville annoncent : Vente de taureau. Le boucher écrit sur une ardoise ou un grand papier blanc :
                                 Vente de toro
                                 ou de taureau."
et il ajoute toujours une précision. "Véritable toro de corrida" (véritable est souligné), "Toro de combat tué à la corrida du 12". Il précise pour les amateurs : "toro, Victorino Martin ou Miura" et quand il taillera votre morceau il vous rappellera comme la "faena" était belle.
Ne lésinez pas, achetez-en une belle tranche épaisse. Faites-la mariner un moment - elle ne doit pas tremper, vous la retournerez souvent - dans trois verres d'un bon saint-chinian aromatisé d'un gros oignon doux de Lézignan, de laurier, thym et poivre.
Ne salez pas. Vous salerez seulement dans le plat de service quand le taureau aura cuit vivement - grillée la surface, rouge le cœur - sur une forte braise de sarment de vigne.
Autrefois, dans la Grèce antique, avant de sacrifier le bœuf - il était obligatoire de le tuer avec une lame - on versait du vin sur son front. Et lorsqu'on avait brûlé pour Zeus la graisse fine et quelques pièces de choix, les fidèles mangeaient le reste.
Tout est donc réuni : la lame, le vin, le feu, pour que cette viande exceptionnelle servie sur votre table soit une consommation rituelle.
La part du Dieu est restée dans l'arène : du sang et quelque oreille, à la tranche nacrée, que le matador brandit au-dessus d'un blanc sourire de Méditerranéen, tandis que pleuvent les chapeaux, les souliers et les fleurs jetés par les femmes.


dimanche 23 juin 2019

Corrida de La Brède 2019


   6 toros de Fuente Ymbro, nobles (8 piques, 1 chute) pour Daniel Luque (applaudissements, une oreille), Juan Leal (une oreille, une oreille) et Juan Ortega (silence, une oreille).
  
   Les toros de Fuente Ymbro (tous bien roulés mais discrets d'armure) ont fait preuve d'une grande noblesse permettant à chaque torero de faire valoir ses arguments. Toutefois ils manquèrent de chispa et de poder pour constituer un lot vraiment satisfaisant.
   Du premier, un manso décasté, Daniel Luque tira, après un bon quite par chicuelinas et demi-véronique, le maximum possible, ce qui était peu. Il confirma son grand moment actuel face au fade quatrième dans une faena complète où tout ce qu'il entreprit était marqué du sceau de la justesse et de la précision. Du travail d'orfèvre, hélas mal conclu à l'épée. Une oreille toutefois.
   Pour son retour dans les ruedos après sa grave blessure madrilène, Juan Leal a eu un sorteo des plus favorables. Il débute genoux à terre au centre du ruedo face au bon second (le meilleur de l'envoi), puis on eut souvent l'impression que le torero était absent et que le toro se faisait la faena tout seul. On retrouva, face au cinquième, le Juan Leal conquérant, toréant sans complexe dans le style encimiste qui est le sien. Il réalisa de nombreux enchainements clairs et dominateurs qui portèrent sur le public. Le triomphe était à portée de l'épée mais, comme à son premier, il se montra calamiteux rapière en main. Une oreille chaque fois malgré tout.
   Juan Ortega a été fidèle aux échos qui nous étaient parvenus à son sujet. Un torero sincère qui recherche le toreo classique et pur, poitrine offerte au toro et jambe en avant. Ses véroniques à la réception du 3 puis au quite furent de toute beauté. Mais c'est un torero qui a très peu toréé et cela se note. Face à l'encasté troisième il se trouva très vite à la merci de son adversaire, fut spectaculairement crocheté par le jarret, heureusement sans conséquence, et dut abréger la faena. Il réussit en revanche à prendre l'ascendant sur le sixième ce qui nous valut quelques belles séquences sur les deux mains avant un final par ayudados por alto. Tueur médiocre lui aussi (Ce ne fut pas la journée des estocades). Oreille et le sentiment d'avoir vu un torero de classe dont la haute conception qu'il a du toreo mérite qu'on lui donne l'opportunité de toréer et de progresser.


















Juan Leal

jeudi 13 juin 2019

Vic 2019 : un cru supérieur (fin)


Lundi

corrida de Pedraza de Yeltes
   Je crois qu'on peut qualifier le comportement des toros de Pedraza de Yeltes au cheval de bravissime. En dix-huit piques pour une chute ils firent tout ce qu'un toro brave est censé faire face au picador. Partir de loin sans se faire prier, accélérer en arrivant au cheval, mettre la tête en bas du peto, pousser sur les deux cornes avec fixité en utilisant le train arrière, ne quitter le cheval qu'à regret après plusieurs sollicitations ... et cela trois fois de suite ! Bravo aux responsables de l'élevage pour une telle réussite et ce d'autant que la présentation est somptueuse et qu'au troisième tiers tous permettaient de construire des faenas.
   Daniel Luque (oreille, oreille) a été supérieur. Il a acquis une maturité qui, après de nombreuses années d'irrégularité, pourrait lui permettre de conquerir la place qui lui revient parmi les meilleurs. Face à Dudanoches, son second toro, qui avait mis la cuadrilla en grand émoi au cours du second tiers, il domina les embestidas du toro, avec une simplicité, un sens du sitio, une économie de moyens qui sont la marque des plus grands. Magnifique estocade et oreille de poids.
   A l'inverse, Juan del Alamo (silence, silence) semble traverser un bien mauvais moment. Malgré son désir de bien faire il se retrouva très vite à la merci de la caste de son premier adversaire, puis face au sobrero (du même fer, remplaçant un toro lésionné) qui fut le toro qui permettait le plus, il donna quelques belles naturelles noyées dans une faena sans sitio avant de naufrager avec les épées (trois avis).
   Sans connaitre la réussite de la veille, Miguel Angel Pacheco (salut, silence) qui remplaçait Roman très gravement blessé à Madrid, lui même substitut d'Emilio de Justo, a confirmé les qualités montrées face aux Dolores Aguirre. Après la firmeza dont il a fait preuve face aux quatre tíos combattus à Vic, le natif de La Linea de la Conception peut être considéré comme un réel espoir.


   De cette feria vicoise, constamment satisfaisante concernant son objet pricipal le toro, quelques grands moments pour le souvenir : Matablanca de La Quinta, Miguel Angel Pacheco face à Voluntario de Dolores Aguirre, la toreria de Daniel Luque et la bravoure des Pedraza de Yeltes.







 Photo Laurent Bernède
              Pedraza



  
   
  

mercredi 12 juin 2019

Vic 2019 : un cru supérieur (suite)


Dimanche

corrida concours
   Un grand toro (Matablanca de La Quinta) parfaitement piqué et ses concurrents au comportement toujours intéressant ont contribué à faire de cette matinée une excellente corrida concours.

   Soriano de Saltillo    cárdeno   cinqueño
Toro imposant et lourd. Il prend quatre piques pour une chute mais Juan José Esquivel, après une mauvaise tarde hier, n'est toujours pas à la hauteur de la situation. Pour celui qui fut un excellent picador, l'heure de la retraite semble avoir sonné. Le saltillo fait preuve au dernier tiers d'une noblesse un peu fade que ne met pas à profit un médiocre Rafaelillo. Ovation à l'arrastre.
   Matablanca de La Quinta    cárdeno   cinqueño
Lui aussi est lourd et imposant, son armure discrète est davantage dans le type santacoloma. Il se montre dur et encasté à la cape, de même lors des mises en suerte durant lesquelles il est difficile à manœuvrer. Grand tercio de piques : il obtient, sur les deux premières piques, la chute du brave par une poussée fixe et continue; la troisième confirme sa bravoure. Tito Sandoval, excellent, sauve l'honneur de la corporation des picadors. Au troisième tiers, Matablanca est noble, d'une fixité impressionnante. Vuelta à sa dépouille, unanimement demandée.
   Excitado de Partido de Resina   cárdeno
C'est un plaisir d'admirer le pablorromero, une estampe avec, tout au long de sa lidia, un port de tête altier. Ce n'est certes pas un grand brave mais son comportement laisse entrevoir des espérances pour l'avenir de l'élevage. Il vient bien de loin par trois fois à l'appel du piquero mais ne pousse pas sous le fer. Puis il fait preuve d'une grande mobilité et noblesse. Ovation à l'arrastre.
   Judio de Pagès Mailhan   colorado ojo de perdiz
Ce toro haut, très armé, fait une sortie tonitruante et se blesse peut-être en se jetant sur un burladero. Il connaitra des problèmes d'équilibre durant le reste de sa lidia. Malgré ce handicap il prend trois piques sans s'employer puis se montre nerveux, avec du genio. Quelques sifflets à l'arrastre.
   Corchaito de Flor de Jara   cárdeno oscuro
Le buendía met parfaitement la tête dans toutes les capes qu'on lui présente. Il renverse le picador à la première rencontre puis sera massacré aux deux piques suivantes sous l'œil indifférent de Lopez Chaves. Manque d'ambition incompréhensible de la part du Salmantin qui semble se contenter de son succès face à Matablanca. Après ce mauvais traitement, le toro sera noble mais soso dans la muleta. Palmas pour Corchaito qui n'aura pas eu la chance de son lointain ancêtre de 1928.
   Joterito de Los Maños   negro entrepelado
Après trois piques prises sans style le santacoloma aragonais se révélera au troisième tiers où sa noblesse encastée permettra une bonne faena à Alberto Lamelas. Palmas .

   Rafaelillo médiocre et quasi absent (silence, silence).
   Lopez Chaves bien avec le La Quinta et, on l'a vu, décevant face au Flor de Jara (une oreille, silence)
   Alberto Lamelas, qui remplaçait Manuel Escribano, blessé à Madrid, a connu une bonne matinée. Il aurait dû repartir en triomphateur grâce à deux bonnes faenas mais son maniement déficient de l'épée réduisit le tout à une vuelta et un salut.





corrida de Dolores Aguirre
   Assister à une corrida de Dolores Aguirre est un exercice particulier qui demande sérieux et concentration. Une ascèse pour l'aficionado. Et ne parlons pas de ce que doivent ressentir les toreros...
   Des toros noirs, au pelage luisant, massifs, donnant une impression de puissance. Des armures que l'on sent destinées à donner la mort. Lorsque, comme aujourd'hui, la mansedumbre, certes toujours présente, ne prend pas le dessus mais se mêle, dans une alchimie spécifique à l'élevage, à une bravoure sauvage qui semble venir en droite ligne du bos primigenius (auroch sauvage), l'émotion est à son comble, aussi bien sur les gradins que sur le sable du ruedo parmi les coletudos.
   Un bilan comptable, celui du premier tercio : après des sorties circonspectes et, souvent, un refus de rentrer franchement dans les capes, dix-huit dures piques prises avec ténacité et un batacazo.
   Tout avait pourtant commencé "gentiment" avec les trois premiers toros, plutôt avenants (un peu de faiblesse même pour les 2 et 3). Mais lorsque Clavetuerto passa la porte du toril on sentit bien que la corrida allait prendre une tournure différente. Après trois piques, parfaitement mises en suerte par Gomez del Pilar, prises avec bravoure (ovation à José Manuel Sangüesa) il se révéla être un véritable démon, distribuant derrotes, tornillazos, tarascadas y hachazos. Plus question de rêver de douces faenas, on domine si l'on peut, et on sauve sa peau. C'est une des facettes de la tauromachie.
   Le cinquième était un manso dangereux et le sixième, Voluntario, permit un de ces moments de tauromachie épique que Vic affectionne. Miguel Angel Pacheco se planta face à la fiera, il réussit à courir la main en plusieurs séries de droitières terminées par changement de main et pecho libérateur. Le tout avec élégance et dominio. Mais lorsqu'il prit la gauche, la terrible voltereta qu'il subit fit craindre le pire. Le Gaditano revint sur la corne droite avant d'en finir d'une entière  qui libéra une grosse oreille dans l'émotion générale d'un grand moment de tauromachie.
   Avec le premier, Gomez del Pilar avait payé auprès du public les conséquences d'un tercio de pique catastrophique. Face à Clavetuerto il décida raisonnablement qu'il n'était pas de taille à lutter et personne ne lui en voulut. Par ailleurs chef de lidia remarquable.
   Javier Jimenez pas dans son élément.
   Au final, grâce aux Dolores Aguirre, nous avons assisté à une vraie et bonne corrida vicoise qui a, en outre, permis la révélation d'un jeune matador : Miguel Angel Pacheco.

 photos Laurent Bernède
                                Partido de Resina
                                Dolores Aguirre

mardi 11 juin 2019

Vic 2019 : un cru supérieur

   Si l'an dernier la feria avait laissé le pèlerin vicois sur sa soif, cette édition fut, aussi loin que je plonge dans mes souvenirs, une des plus complètes et sérieuses jamais vues en ces lieux. Aussi bien pour la présentation des toros qu'en ce qui concerne leur bravoure et leur poder.
   Bien sûr tout ne fut pas parfait. La novillada d'El Retamar a déçu par sa faiblesse de pattes, de trop nombreux piqueros ont fait preuve d'une maladresse regrettable et quelques matadors sont venus sans la moindre ambition.
   Mais, de Gaspachero, fin castaño de Cebada Gago à Miralto, un Pedraza résistant, tous les toros furent les dignes représentants de leur encaste et offrirent au public des peleas conformes à ce que l'on est en droit d'attendre d'un toro de lidia.
   Ce fut parfois rude et austère, parfois beau et émouvant.

Samedi

novillada d'El Retamar
   L'an dernier les quatre nuñez d'El Retamar avaient permis à la feria de débuter sous des auspices trompeurs (ils constituèrent en fait le meilleur de la feria). Ce fut l'inverse cette année. Leur faiblesse de pattes les empêcha d'extérioriser les qualités morales qu'ils semblaient posséder. La feria ne pouvait qu'aller a mas.
   Pas plus que son frère Michelito il y a deux ans, André Lagravère "El Galo", second fils du matador de toros local Michel Lagravère n'a pu convaincre, sur la terre de ses ancêtres, du bien fondé de sa vocation taurine. Ses mises à mort calamiteuses lui firent même entendre la stridence des sifflets gersois. On sauvera de sa prestation son application à la cape et aux banderilles. Pour lui, une matinée à oublier.
   Son de cloche différent pour le Béarnais Dorian Canton. Sa cape templée, son jeu de muleta précis et deux estocades bien portées lui permirent de couper une oreille (généreuse) de chacun de ses novillos.



corrida de Cebada Gago
   Voir un lot de toros de Cebada Gago est en soi un plaisir d'esthète. Silhouette fine et mais sérieuse, robes variées, armures harmonieuses et astifinas : voilà des toros qui ont du trapío ! Et quand en plus, comme ce jour, ils possèdent de la bravoure, de la caste, du poder, le plaisir de l'aficionado est complet. Malheureusement tout au long de la tarde, les picadors ont piqué comme des sagouins. Seize piques, quasiment toutes mal placées, que les cinqueños de Cebada supportèrent sans dommage. A la fin de la course, le mayoral fut appelé à saluer.
   En ce début de temporada, Octavio Chacon n'est pas au mieux de sa forme. Vaillant et belluaire certes mais sans la domination qu'il exerçait l'an dernier sur tous les toros. Espabilado, le quatrième, à la caste redoutable, lui mena la vie dure sans que le Gaditano ne trouve la solution.
   Ruben Pinar fait partie de ces toreros qui savent triompher sur leurs terres (Internet m'apprend qu'il vient de triompher pour la septième fois consécutive dans les arènes d'Albacete) mais sont incapables de s'exporter. A la vérité il n'était venu à Vic que dans l'intention de humer l'air local. Pas sûr qu'il ait même pensé à remplir ses coffres d'Armagnac et de confit.
   Thomas Dufau s'est montré professionnel efficace. Il a touché les deux toros les plus accommodants (très noble le 3, venant de loin avec franchise le 6), a coupé l'oreille de chacun après des entières efficaces et est sorti a hombros des arènes.
   Manolo Vanegas, le jeune matador vénézuélien, qui avait pris l'alternative à Vic en 2017 et dont un toro, à l'entrainement, avait brisé les vertèbres, a reçu l'hommage du public et des toreros présents. Aujourd'hui, après une longue rééducation,  il marche (à l'aide d'une béquille) et l'on peut penser qu'il pourra mener une vie normale.


Photos : chicuelina d'El Galo
              le troisième Cebada Gago

lundi 27 mai 2019

Le toreo revu et corrigé (extraits)

   Toutes les histoires sur la pureté de la fiesta me laissent sans voix et je ne crois pas qu'il y ait eu une décadence conduisant le toreo à un trucage. Messieurs, le toreo est un truquage, une divine tromperie, car sans tromperie, le toro te prend. (p. 6)

Sur Belmonte
   Le toreo doit simplement à Juan Belmonte un important apport technique de type intuitif qu'il ne put jamais expliquer, certainement appris à force de coups dans ces plazas, puisque à Tablada et au clair de lune, on ne pouvait pas beaucoup apprendre - la preuve qu'il n'apprit rien à Tablada c'est qu'à ses débuts de matador il était pris chaque fois. Cet apport technique consiste, rien de plus mais rien de moins, en se croiser devant les toros. (p. 70)

   Pourquoi, dès lors, disait-on que Belmonte avait du temple ? Tout simplement parce qu'il allait à la corne contraire. Arrêtons-nous sur ce concept : en amenant le toro vers l'extérieur et en l'obligeant à dévier sa trajectoire, il obligeait le toro à perdre de la rapidité dans son attaque, et donc à charger plus doucement. C'est la raison pour laquelle Belmonte, en se croisant, toréait un peu moins vite que ses contemporains. (p.72)

Sur Manolete
   Manolete comme toutes les grandes figuras du toreo fut un homme exceptionnellement intelligent. Très conscient de sa taille, de ses longues jambes et de son aspect un peu dégingandé, il sut adapter le toreo à ses caractéristiques physiques. Manolete ne pouvait toréer les pieds disjoints, car ses longues jambes auraient rendu ce toreo particulièrement inesthétique. Ces mêmes raisons l'empêchaient de rentrer son menton et de se courber devant la charge du toro. Manolete devait pratiquer un autre toreo : un toreo adapté à son physique. C'est pour cela que, avec intelligence, en abandonnant les styles alors dominants, Manolete adopta d'autres manières, d'autres formes, basées sur les pieds joints et la verticalité. Avec une immobilité absolue. (p.130)

Quelques refilons, piques et cariocas
      Si un toro actuel, même ayant peu de forces, faisait face à un cheval d'alors, sans peto (protection), il le taillerait en pièce. Et dans le cas contraire, si un toro d'alors se trouvait face à un cheval actuel, avec le peto actuel, il se collerait dès la première charge à la barrera et n'en bougerait plus. (p.22)

   Dans sa conférence sur l'Art de toréer, prononcée à l'Ateneo de Madrid en 1950, Domingo Ortega fait l'éloge du "parar, templar, cargar, mandar". La chose amusante est qu'il ne le fit jamais. (p. 34)

   Comme tout bon aficionado le sait, aller au devant d'un toro avec la muleta en arrière est quelque chose de très dangereux, car on se trouve à découvert et l'on est vu par le toro. Quand on cite le toro avec le leurre en arrière, on lui donne toujours la possibilité de choisir entre le leurre et l'homme, et il se dirige sur les deux. Par conséquent, l'une des défenses essentielle du toreo est de placer les leurres en avant. (p. 124)

   En parlant de Manolete, j'ai dit que toute l'affaire de l'orthodoxie taurine imposée par le tendido sept et ses "gueulards" était une plaisanterie. J'ai démontré comment il est impossible d'être toujours croisé si l'on prétend enchaîner les muletazos, et j'ai aussi démontré que se croiser à la corne contraire était une situation avantageuse pour le torero, car le toro ne le voit pas à ce moment-là. Par conséquent, le toreo au fil de la corne me parait plus risqué que de se croiser, chose qui reste le meilleur moyen d'amener le toro au dehors. (p. 191)

Afeitado et politique taurine
   L'afeitado est une fraude. Et une escroquerie qui doit être combattue. Mais c'est à nous, les aficionados, de le combattre. Et je lance ici un appel aux amateurs : ni la Restauration, ni Alphonse XIII, ni la République, ni Franco, ni le système actuel n'ont fait quelque chose pour la fiesta. Ils l'ont ignorée. Aussi, aucun obstacle ne s'est dressé face à la tromperie. C'est le moment d'en prendre conscience. Il dépend des aficionados que la fiesta prenne un nouveau rythme. Mais cessons de nous lamenter, cessons d'attendre des hommes politiques des solutions qu'ils n'apporteront jamais - aucun d'entre eux n'est prêt à aider la fiesta car ils sont tous tenus par un complexe d'infériorité par rapport au "progressisme" et au fait européen. Arrêtons d'accuser les taurins d'être des escrocs. S'ils nous trompent, c'est parce que nous le voulons bien. Nous devons nous organiser et imposer nos critères. Et si nous ne le faisons pas et laissons faire les autres, que ne viennent pas ensuite les pleurs et les lamentations...(p. 129)

                                                   naturelle de Juan Belmonte

   


vendredi 24 mai 2019

Le toreo revu et corrigé

   Dans ce livre déjà ancien (il est paru en version originale en 2002), Domingo Delgado de la Camara a l'ambitieux projet de réécrire l'histoire du toreo. L'auteur rejette, en effet, les analyses de ses prédécesseurs, critiques ou historiens de la fiesta. Celles qui attribuent la création du toreo moderne à Juan Belmonte et qui voient Joselito comme le dernier des Mohicans, ultime et meilleur représentant de l'ancienne lidia du XIXème siècle. Pour l'auteur, José Gomez est bien plus que cela. En pratiquant le premier le toreo en rond, Gallito pose les bases du toreo moderne que Chicuelo puis Manolete porteront dans les décennies suivantes à un point de non-retour. Juan Belmonte, lui, est plutôt l'inventeur d'une esthétique qui servira de référence et d'idéal au toreo du XXème siècle.
   Poussant son analyse et prenant en compte toute l'histoire taurine du siècle passé, Delgado de la Camara en arrive à classer le toreo en six styles différents. Chacun est l'objet d'un long chapitre au cours duquel il étudie l'apport technique et esthétique de chaque torero important.

   - La lidia ancienne de style galliste basée sur la diversité du répertoire.
   - L'esthétique belmontiste basée sur les pieds ouverts et la poitrine en avant, au détriment de la ligazon.
   - Le style sévillan avec les pieds joints, l'importance des recortes et des ornements.
   - Le toreo moderne mis au point par Manolete.
   - Le néoclassicisme qui utilise la technique de Manolete au service d'une esthétique belmontiste.
   - Les exhibitionnistes du courage, enfin, avec l'école trémendiste d'Albacete et El Cordobes comme figure de proue.

   Chaque chapitre s'ouvre par un tableau qui montre la succession chronologique des toreros dans la constitution et l'évolution de chaque style.
   L'auteur n'introduit pas de hiérarchie entre les différents styles, il n'y a pas d'orthodoxes ou d'hétérodoxes, de bonne ou de mauvaise évolution, de truqueurs ou de toreros purs. Il y a tout simplement, dans chaque catégorie, de bons ou de mauvais interprètes, et chaque aficionado, selon ses goûts et sa personnalité, sera plus ou moins sensible à telle ou telle manière de toréer sans que cela puisse disqualifier celles qui n'ont pas sa faveur.
   Pour mener à bien son travail, Domingo s'est appuyé non seulement sur son expérience de spectateur mais aussi sur les nombreuses vidéos disponibles - en particulier celles de Fernando Achucarro et José Gan pour les époques antérieures aux années 70 - ainsi que sur la lecture des peu nombreux écrivains taurins en qui il a confiance, parmi lesquels il attribue une grande importance à Gregorio Corrochano et Pepe Alameda.

   La lecture de l'ouvrage est passionnante. Elle donne une vision claire et renouvelée de l'histoire du toreo, qui n'empêche pas l'aficionado chevronné de mener un dialogue imaginaire avec l'auteur lorsqu'il n'est pas d'accord avec ses jugements.

Domingo Delgado de la Cámara,  Le toreo revu et corrigé,  sources, parcours et styles dans l'art de toréer,  Loubatières,  2004

samedi 11 mai 2019

Pablo Aguado, consécration d'un torero

   Juste ce qu'il fallait. Pour Séville, pour le toreo, pour la tauromachie. La consécration, au cours d'une corrida qui restera dans les annales de la Maestranza, d'un torero capable de rendre folle Séville dans une faena de vingt passes de toreo eterno.

   Ici la reseña de Carlos Crivell, pour rêver à défaut d'avoir pu y assister.
























photo Arjona

mercredi 8 mai 2019

Toros en Gironde 2019


Captieux

Dimanche 2 juin
17h   novillada
El Freixo
Dorian Canton - José Fernando Molina - Borja Collado

Rugby y toros, le blog























La Brède

Samedi 22 juin
11h30  novillada sans picadors
Alma Serena / La Espera
Clément Hargous - Niño Julian

18h   corrida
Fuente Ymbro
Daniel Luque - Juan Leal - Juan Ortega

programme 



  




















En 325, le concile de Nicée décide que Pâques sera célébrée le premier dimanche après la pleine lune qui suit l'équinoxe de printemps. Pentecôte étant 50 jours après Pâques, la novillada de Captieux se déroulera cette année avant la feria de Vic. On y reverra les novillos d'El Freixo (élevage d'El Juli) qui, par leur caste, avaient favorablement surpris l'aficion l'an passé.
   Dans le bon cartel - comme toujours - de La Brède on notera la présentation en France comme matador de toros de Juan Ortega dont le toreo classique a déjà séduit à plusieurs reprises le public madrilène.


lundi 15 avril 2019

Mont de Marsan : les cartels de la Madeleine 2019

mardi 16 juillet
concours landais

mercredi 17 juillet
La Quinta
Daniel Luque - Emilio de Justo - Thomas Dufau

jeudi 18 juillet
matin : novillada sans picadors

Luis Algarra
Sébastien Castella - Roca Rey - Alvaro Lorenzo

vendredi 19 juillet
Fuente Ymbro
Miguel Angel Perera - Lopez Simon - Pablo Aguado

soir : corrida portugaise

samedi 20 juillet
Nuñez del Cuvillo
Paco Ureña - Emilio de Justo - Gines Marin

soir : novillada piquée
Ave Maria
Tibo Garcia - El Galo - El Rafi - Kike - Jean Baptiste Molas - Yon Lamothe

dimanche 21 juillet
Victorino Martin
Octavio Chacon - Javier Cortes - Juan Leal


Trois ganaderias intéressantes avec La Quinta, Fuente Ymbro et Victorino Martin. Nouveauté avec Luis Algarra qui a eu de bons résultats l'an dernier dans la catégorie toros pour vedettes, cela n'a pas échappé aux organisateurs français. En revanche la sortie médiocre des Nuñez del Cuvillo aurait dû leur valoir la non reconduction pour cette année.
Côté homme, une absence incompréhensible, celle de Diego Urdiales, fait baisser le niveau des cartels.



  

mercredi 10 avril 2019

Saint-Martin-de-Crau : la corrida de competencia

   La corrida de dimanche (après-midi) était annoncée comme étant de competencia. Je n'ai pas bien saisi quel en est le concept. Corrida de compétence ? de compétition ? de concurrence ? Il y avait six toros d'élevages différents provenant de ganaderias françaises. Leur ordre de sortie n'obéissant à aucun critère logique j'en conclus qu'il y eut un sorteo. Aucun prix n'était annoncé.

   Côté homme, le mano a mano entre deux toreros connus pour leurs qualités de lidiador (Fernando Robleño et Octavio Chacon) était alléchant sur le papier mais leur tauromachie manquant de variété et la longueur languissante de leurs faenas  ne contribua pas à l'animation de l'après-midi. La course souffrit également de la comparaison avec l'intérêt qu'avait suscité l'âpre combat des Yonnet le matin même. En outre les six toros français eurent un comportement uniforme et décaféiné. Sous le soleil retrouvé on s'ennuya donc raisonnablement, dans l'attente d'une action d'éclat (d'un toro ou d'un torero) qui ne vint pas.
   Pour l'aspect positif il convient de signaler l'excellente présentation de tous les toros, des bichos aux formes harmonieuses et aux armures astifinas. Ils étaient porteur des espérances de ganaderias qui ont peu souvent l'occasion de faire lidier à ce niveau, on dira donc un mot de chacun, en les classant dans l'ordre décroissant de nos préférences.

   Hors competencia, le Tardieu frères (Mas Thibert, nuñez, 2ème), joli petit colorado qui sortit diminué d'une vuelta de campana. Il fit preuve, malgré l'incident, de bravoure et de noblesse.
   J'ai bien aimé le sérieux du Barcelo (Quissac, domecq, 6ème), magnifique de ligne, bien présent sous deux piques et pas facile à manœuvrer par la suite.
   Après avoir été protesté pour être sorti ankylosé, l'astifino pensionnaire de Durand (Mas Thibert, domecq, 5ème) fit preuve de noblesse, en particulier sur la corne gauche que Robleño mit à profit pour donner quelques jolies naturelles.
   Noblesse aussi pour le Jalabert (Arles, domecq, 4ème) qui surmonta ses problèmes de faiblesse de patte.
   Annoncé d'origine Pinto Barreiro, le toro de Vieux Sulauze (Miramas, 3ème), propriété de la famille Fano, ressemblait de fait à ses cousins du matin. Il se réserva après deux bonnes piques.
   Trois piques sans style pour le Giraud (Arles, domecq, 1er), bronco au troisième tiers.

   Le banderillero Alberto Carrero fut pris lors d'une pose de banderilles au 4ème (cornada de 10 cm à la cuisse).

   Des toros bien présentés, des tercios de pique qui ne sont pas négligés, un public sérieux et aficionado, de l'animation autour des arènes, la feria de la Crau m'a paru tout à fait recommandable. Bravo aux organisateurs.





  

mardi 9 avril 2019

Saint-Martin-de-Crau
























Dimanche 7 avril 2019     arènes Louis Thiers  Saint-Martin-de-Crau
beau temps
deux tiers d'entrée

6 toros de Yonnet (17 piques 1chute, vuelta au 3 Mermoso) pour Javier Cortés (salut, salut), Thomas Dufau (vuelta, silence) et Gomez del Moral (vuelta, silence)

Prévue le samedi, la corrida a été reportée au dimanche matin en raison de fortes pluies.
Les six toros de Yonnet (1,2,3,5 du fer de Christophe, 4 et 6 d'Hubert) n'ont pas déçu les fidèles de la devise historique française. La présentation était magnifique avec en point d'orgue l'impressionnant sixième. Tous montrèrent de l'appétit pour les chevaux face auxquels ils poussèrent souvent avec bravoure en particulier le dernier, protagoniste d'un beau tercio : batacazo à la première rencontre où il releva le cheval qu'il venait de mettre à terre suivi de deux piques bien poussées. Au troisième tercio ils demandaient des toreros aguerris. Incertains et manquant de fixité les deux premiers, faible de patte (le seul dans ce cas) le quatrième, de charge rugueuse le cinquième, éteint le dernier. Mermoso, le troisième, fut le toro de la matinée : 4 piques prises de plus en plus loin, accourant avec alegria à l'appel du piquero (mais sans pousser à fond) puis d'une charge puissante et encastée qui nécessitait une muleta ferme et précise. Après une telle course et à l'heure où la plupart des ganaderos français se tournent vers le sang domecq, il peut et il doit y avoir un avenir pour les Yonnet dans le créneau des corridas toristes.
Javier Cortés eut une matinée discrète.
Face au second, distrait et difficile aux deux premiers tiers, Thomas Dufau utilisa les arguments de la douceur et du temple pour l'améliorer et construire une faena intelligente et dominatrice. Après une entière ladeada, une chaude vuelta (après pétition majoritaire) récompensa sa prestation. Il fut moins en vue face à l'imposant cinquième, de surcroît mal tué.
Gomez del Pilar reçut ses deux adversaires a puerta gayola. Il fut exemplaire dans la conduite du tercio de pique. Face à la caste de Mermoso il réussit quelques beaux enchaînements sur la corne droite mais il fut souvent débordé par la bravoure de l'animal qui demandait pour être vraiment dominé une muleta plus experte que celle du Madrilène.

    

jeudi 4 avril 2019

Vic Fezensac 2019 : les cartels

Samedi 8 juin
11h   novillada
El Retamar
André Lagravère "El Galo" - Dorian Canton

18h   corrida
Cebada Gago
Octavio Chacon - Ruben Pinar - Thomas Dufau

Dimanche 9 juin
11h   corrida concours
Saltillo - La Quinta - Partido de Resina
Pagès Mailhan - Flor de Jara - Los Maños
Rafaelillo - Lopez Chaves - Manuel Escribano

18h   corrida
Dolores Aguirre
Gomez del Pilar - Javier Jimenez - Miguel Angel Pacheco

Lundi 10 juin
11h   novillada sans picador
Pagès Mailhan

17h   corrida
Pedraza de Yeltes
Daniel Luque - Emilio de Justo - Juan del Alamo

   Après une année 2018 plus expérimentale (toros de Raso de Portillo, "défi" Valdellan / Los Maños) mais décevante, on revient cette année à de grands élevages classiques de la corrida toriste : Cebada Gago et Dolores Aguirre. La liste des ganaderias de la concours a fière allure mais on est étonné que le représentant français soit annoncé en 4ème position, ce qui ne correspond ni à son ancienneté à Madrid puisque il est le seul élevage à ne pas en avoir, ni à son ancienneté de création. La reconduction des Pedraza de Yeltes, malgré leur début décevant l'an dernier, est surprenante. Il est vrai que leur bon comportement à la pique en fait un élevage dans la ligne vicoise, il est non moins vrai que leur origine domecq permet d'afficher des toreros qui sans cela ne seraient sans doute pas venus en ces lointaines contrées gasconnes.
   Côté hommes on n'aurait pas été fâché de voir Juan Leal, Fernando Robleño, Javier Cortes ou Alberto Lamelas mais les titulaires ont eux aussi des arguments à faire valoir ...
   Suerte  a todos.





dimanche 24 mars 2019

Une falla

   Au cœur du quartier de Ruzafa, derrière les arènes, la falla Sueca - Literato Azorín fait partie des 9 fallas de la sección especial (les plus grandes et spectaculaires).







Jeudi 19 mars, minuit, la Crema






Mercredi 20 mars, 9 heures 30, même lieu




















vendredi 22 mars 2019

Vu à Valence



   Pour les Fallas, la capitale de la Communauté Valencienne pétarade avec tant d'ardeur que l'extraterrestre de passage doit se poser beaucoup de questions sur les us et coutumes des Terriens. L'apothéose a lieu sur la place de la mairie, elle attire, à 14 heures en puntas, des foules considérables pour la masclete quotidienne. Attention ! ça continue de manière spontanée et joyeuse toute la journée, toute la nuit, dans tous les quartiers, et les enfants ne sont pas les derniers à prendre un malin plaisir à faire exploser leurs pétards dans les rues. Dans ce contexte, les arènes sont presque un havre de paix. Le public y réagit avec mesure et les olés ont des douceurs levantines.



   Les trois corridas auxquelles j'ai assisté ont toutes eu leur intérêt, en grande partie grâce au bon niveau général des toros combattus. Aucun ne fit preuve de faiblesse de pattes, leur niveau de bravoure fut correct et certains (un jandilla et plusieurs fuenteymbros) se sont montrés supérieurs. La raison m'oblige à penser qu'il s'agit d'un heureux hasard, mais on se prend à rêver d'une temporada qui se maintiendrait à ce niveau.
 
Retour sur un non indulto
   La polémique a surgi à la suite du refus du président d'indulter le cinquième toro de la corrida de Jandilla. Notons que s'il y eut polémique dans la presse, dans l'arène tout se passa normalement. Le président essuya une bronca mesurée, adoucie par les applaudissements de nombreux aficionados, et l'on en resta là. L'occasion me parait bonne pour rappeler aux chantres de l'indulto que, plutôt que de verser des larmes de crocodiles sur la mort d'Horroroso, le meilleur moyen pour eux de justifier leur appétit de grâce serait de militer pour la troisième pique. Le cas était d'école. Le jandilla prend deux piques mais il est en fait très peu châtié car les deux fois, effet de sa bravoure et de son poder, il renverse très rapidement le cheval. S'il est placé de loin une troisième fois et accourt avec la même impétuosité, tout le monde y gagne. Le public qui assiste à un spectacle rare et plein d'émotion, le toro qui sauve sa vie, et les partisans de l'indulto car personne n'aurait contesté une grâce dans de telles conditions. Moralité : il faut savoir oser, même en corrida dite toreriste, la troisième pique !

La blessure d'Enrique Ponce
   L'homme a fait preuve tout au long de sa carrière d'une telle domination et d'une telle sécurité face au toro que le voir se faire blesser est un évènement. Évènement qui nécessite donc quelque développement. Parlons tout d'abord des toros. On attendait peu de choses des Garcia Jimenez (entreprise Matilla) annoncés pour la partie pédestre de cette corrida mixte tellement leur temporada dernière fut catastrophique. On fut donc plutôt agréablement surpris de voir débouler trois Olga Jimenez (le 4ème était de Parladé) très bien armés, solides, mobiles et même parfois dotés d'une pointe de nerf. Face à son premier, Ponce coupa une oreille après des derechazos serrés et une estocade entière. Au second, vif et mobile, après un début par trincherazos secs, le maestro  - et c'est là sans doute sa surprenante erreur - ne semble pas juger nécessaire d'utiliser le toreo dominateur qui le caractérise. C'est ainsi qu'il en vient à donner une série de naturelles de profil, les pieds joints, profitant de la mobilité du toro. Il veut remater par un molinete inversé lié à un pecho mais sur le retour le toro aperçoit le torero et lui vient directement au corps, le frappe derrière la cuisse, le renverse violemment au sol où il cherche à le reprendre. La cape salvatrice d'un peon détourne le toro au moment où il allait à nouveau frapper. Enrique se relève, grimaçant de douleur, et porte aussitôt la main à son genou, puis est amené rapidement à l'infirmerie.
   Pour la petite histoire, le maestro de Chiva portait en ce 18 mars pour la première fois un costume blanc et noir aux couleurs du Valencia Club de Futbol qui célébrait ce jour son centième anniversaire.
   L'émoi est grand dans les officines taurines car il semblerait que la gravité de la blessure au genou soit de nature à remettre en cause la temporada du Valencien. Et peut-être même lui donner l'idée, après trente ans de bons et loyaux services aux plus hauts sommets, d'une retraite bien méritée.

Une corrida importante de Fuente Ymbro
   Avec un toro de vuelta, Damasco, sorti en deuxième position, au galop vibrant et encasté, et trois autres de grande qualité, braves, nobles, l'élevage gaditan a permis une corrida de clôture d'un excellent niveau et d'un intérêt toujours soutenu.
   Quel plaisir de pouvoir déguster la toreria de Finito de Cordoba ! Demi-véroniques de cartel, enchainements majestueux, sobriété distinguée, classe, élégance. Celui qui aurait pu être une figure majeure s'il n'avait manqué de valor a peut-être encore un avenir comme telonero de luxe. Le bon public valencien a savouré en connaisseur la prestation raffinée du Cordouan de Barcelone.
   Comment peut-on quitter les arènes les mains vides sur une simple ovation après avoir joué sa vie en permanence et réalisé deux faenas de deux oreilles avec deux toros différents, l'un terriblement encasté, l'autre plus pastueño ? Tant que Roman tuera de manière aussi calamiteuse que ce jour il restera dans l'ombre alors que, par son courage, son entrega et sa technique, il m'a paru être capable d'accéder à une position des plus enviables dans cette dure profession de torero.

   Les pétards se sont tus, la circulation automobile a repris ses droits. Les dizaines de Fallas se sont évanouies dans la nuit du 19. Pendant une semaine, la plaza de toros, au cœur de la cité, a été un des hauts lieux de la feria. Pour ce que j'en ai vu, Valencia est une ville taurine digne d'intérêt.






photos velonero
 1 Dans le quartier de Ruzafa un jardin public porte le nom du matador valencien tué en 1921.
 2 Il y a souvent la queue pour faire ses emplettes mais les critères de vente sont stricts, à chaque âge ses munitions.
 3 La falla de la place de l'Ayuntamiento, la plus grande, la plus classique (quelques autres photos de fallas prochainement).


jeudi 21 mars 2019

Valence











Dimanche 17 mars 2019                   Valencia
très beau temps, fort vent
trois-quart d'entrée

4 toros de Jandilla, 2 de Vegahermosa (1, 6), 12 piques 3 chutes, excellent le 5 Horroroso (vuelta) pour Diego Urdiales (salut, silence), Sébastien Castella (silence, deux oreilles) et Cayetano (silence, silence).

Dans un lot de Jandilla qui manqua de fond, Horroroso, le mal nommé, tranche par ses qualités. C'est un toro complet, brave sous le fer en deux piques pour autant de chutes brutales, puis de charge ardente et inépuisable à la muleta. La forte pétition d'indulto ne fut pas prise en compte par le président et c'est une vuelta al ruedo unanimement acclamée qui honora le combat du toro. Une troisième pique aurait sans doute permis à Horroroso de prétendre à l'indulto tout en offrant au public le spectacle renouvelé de sa bravoure, mais qui se soucie d'une troisième pique ?
Sébastien Castella n'est pas torero à laisser passer ce genre d'adversaire. Il mit les arènes en incandescence, d'abord par un excellent quite par chicuelina puis, après un brillant tercio de banderilles de José Chacon et Fernando Perez, par un début de faena au centre dont il a le secret, suivi de séries de derechazos rythmés et dominateurs. A gauche le ton baissa nettement et, après les péripéties habituelles d'une demande d'indulto, il en finit par une entière desprendida et un descabello. A son premier adversaire, le Biterrois s'était fait remarquer par un début de faena appuyé à la barrière aux accents luismiguelistes.
Diego Urdiales montra quelques éclairs de sa toreria face au fade premier, bien tué d'une entière.
On peut penser que la spectaculaire cogida de Gomez Pascual (cornada de 10 centimètre dans le dos), peon de Cayetano, au cours du second tercio du deuxième toro ne contribua pas à mettre ce dernier dans les meilleures dispositions. Ajoutons à cela un vent très gênant ... et deux toros imposants et pas faciles à manœuvrer et on aura compris que l'aîné des Rivera Ordoñez connut une tarde des plus discrètes. Pourtant, lorsqu'il se jeta à genoux pour commencer sa faena au 6, j'ai cru un instant revoir la silhouette de son père.

mardi 12 mars 2019

Ouverture (d'esprit)

   Avant-hier, je prenais la défense des deux corridas (la toreriste, la toriste). Cela n'empêche pas d'avoir des préférences, ou de rêver à ces moments privilégiés - l'évidence d'une belle lidia, une faena magistrale - qui font s'évanouir les barrières. Je pense que les meilleurs organisateurs sont ceux qui ont l'ambition de rapprocher les deux pratiques. Mettre de l'art dans la corrida dure, du combat dans la corrida pour figures, difficile gageure !
   Restant dans ma veine œcuménique, je voudrais aujourd'hui, en me servant des mots de Louis-Gilbert Lacroix, plaider la cause des différentes formes de toréer. Le Bordelais Luis de la Cruz débuta comme revistero dans le célèbre journal toulousain Le Toril, puis il fut jusqu'à sa mort un pilier de la revue Toros. Voici ce qu'il écrit dans ses mémoires taurines Parcours en Aficion, publiées en 1996 par l'UBTF :
   "L'éclectisme, c'est la preuve d'une largeur d'esprit qui permet de puiser dans tous les genres sans être asservi à aucun. C'est une forme de liberté dans l'appréciation qui n'altère en rien l'objectivité, encore moins l'honnêteté.  (...)  Chaque torero a de son art un concept différent, il mène le combat à sa guise avec les armes dont il dispose. Il n'est pas, heureusement, qu'une seule façon de toréer. La diversité est indispensable, et il y a chez tout torero toujours quelque chose à glaner ..."
   Bel exemple d'ouverture d'esprit, à méditer en ce début de temporada.


dimanche 10 mars 2019

Paysage taurin

   Une nouvelle temporada débute. Les aficionados scrutent chaque indice : les premiers cartels, les premières courses. Les commentateurs y vont de leur rengaine facile : on voit toujours les mêmes têtes, avec les mêmes toros. Ils oublient que les organisateurs, s'ils manquent de romantisme, ne sont pas non plus tout à fait idiots. Ils savent que l'on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre. Ils mettent donc à l'affiche ceux qui remplissent les arènes, à savoir les figures, avec le bétail qui leur convient, à savoir les domecqs. Les moins lucides des commentateurs y voient la mort de la tauromachie ! C'est précisément le contraire : si la tauromachie existe et continue à exister c'est bien parce que, aujourd'hui comme hier, les figures remplissent les arènes  et y triomphent. Il est indéniable que, depuis la crise économique de 2008, la fréquentation des arènes a diminué, mais les corridas qui ont le plus souffert de cette situation sont les corridas dites toristes, au point de quasiment disparaître de certaines grandes ferias de la péninsule. Dans ce contexte, le succès de la miurada donnée à Valdemorillo en février est une bonne nouvelle. Affluence sur les gradins, des miuras pour une fois conformes à leur réputation et des toreros (Manuel Escribano et Pepe Moral) vaillants. Nombreuses sont les villes taurines qui, en France comme en Espagne (surtout en Castille), essaient de promouvoir une autre tauromachie que celle des figures et des domecqs. Souhaitons que, à l'image de la réussite de Valdemorillo, de belles tardes nous soient données en 2019 dans toutes ces plazas, souvent modestes, qui militent pour que se perpétue, à côté de la nécessaire corrida mainstream, une tauromachie sortant des sentiers battus et ambitionnant d' apporter variété, surprise et émotion au public, par la grâce de lidias complètes et de toros encastés...


lundi 18 février 2019

Joselito, le vrai (2)

   Bien que débiner les figures du toreo fasse partie des petits plaisirs de l'aficionado de base, je pense n'avoir jamais entendu dire du mal de Joselito. Le maestro madrilène partage ce privilège avec César Rincon. Deux icônes des années 90 ! Quand on parle de José Miguel Arroyo, c'est en général pour souligner son jeu de cape varié, ses fameuses estocades, mais aussi sa classe, son exigence artistique faite de recherche de pureté. " Toréer, ce n'est pas faire des passes, c'est laisser couler ton âme devant le toro. C'est donner à l'animal tes centres vitaux, c'est offrir ta poitrine et la faire mouvoir au rythme de la charge, avec la rotation de la taille au tempo. Le cœur torée quand tu te livres complètement, quand le coup de corne ne t'importe pas (p. 160)". Un haut fait vient dans toutes les bouches : son combat face à Brujo, un Cuadri encasté, lors de la feria de Mont de Marsan en 1995. Je n'étais hélas pas présent cette année-là à la Madeleine, mais de mes rencontres, souvent frustrantes, avec le Madrilène, je garde le souvenir d'une chaude après-midi de la feria de Huesca en 1987. 1987, c'est l'année de sa gravissime blessure au cou lors de la San Isidro. Il avait repris l'épée depuis peu lorsque nous le vîmes à Huesca. Le cerbère qui gardait la porte du patio de caballos avait bien voulu, ce jour-là, nous laisser y pénétrer. La cicatrice toute fraiche qui parcourait le cou du jeune Madrilène, de la pomme d'Adam jusqu'à l'oreille, nous avait vivement impressionné. Une cornada de espejo (de miroir), comme disent les taurins ! Comme si de rien n'était, il avait mis le feu aux arènes et obligé 0rtega Cano et Espartaco, deux grandes figures de l'époque, à sortir de leur routine. Je me souviens tout particulièrement de son jeu de cape flamboyant qui avait mis les arènes en ébullition.
   Et puis il y a ce chef d'œuvre que constitue son solo du 2 mai 1996. Chaque fois que je regarde la vidéo de cet évènement je ne peux que rendre grâce au talent lumineux du torero. Malgré les éléments contraires - temps médiocre et toros à l'avenant - le maestro atteint face aux six toros une plénitude qui fait de cette course une anthologie du toreo, au même titre que le solo de Paco Camino dans les mêmes lieux 26 ans auparavant. "Parce qu'être torero, c'est une chose beaucoup plus sérieuse que ce que les gens imaginent. Ce n'est pas seulement faire des passes et couper des oreilles. C'est une façon de se comporter et d'agir, dans l'arène et dans la vie, comme un sacerdoce qui exige une grande qualité d'homme, et pas au sens machiste de ce mot. Il faut avoir des tonnes d'intégrité, de cran, de capacités de sacrifice et de dépassement (p. 135)".
   Torero, voilà ce qu'a été et continue à être José Miguel Arroyo "Joselito".


Quelques autres citations du livre :

   Sa vie

"Je savais presque tout sur la question et je connaissais chaque variété de haschich. Le libanais, le rouge, était le meilleur, mais il y en avait un autre, un marocain verdâtre, très bon aussi. Et un autre plus foncé. Et le pollen. Et la marijuana... Tout dépendait aussi de la façon dont on le préparait. Je l'avais vu faire tant de fois, à la maison, que j'en savais autant que mon père. Je suis encore capable de reconnaitre chaque odeur quand je croise un fumeur de shit dans la rue, même s'il est loin. Moi, en revanche, je ne fumais pas." (p. 30)

"Tu passes de tout à rien. Tu étais le centre de toutes les attentions, tu n'es plus qu'un parmi les autres. Tu as dédié au toreo toute ton adolescence, toute ta jeunesse, plus de la moitié de ta vie, et brusquement tout s'achève et tu ne sais pas comment réagir. Tu as des propriétés, des élevages, des voitures... Tu as tout, et puis après ? En réalité, tu n'as rien qui t'attire autant que le toreo et tu dois démontrer une force intérieure stupéfiante pour parvenir à combler ce vide." (p. 266)

" Maintenant, je suis heureux au campo. Une balade à cheval, deux œufs au plat avec du chorizo suffisent à mon bonheur. Tout le reste m'est superflu, parce que je ne vis pas tourné vers l'extérieur." (p. 177)

   Toréer

"La vérité est une question de centimètre dans le court espace de terrain interdit qui se trouve devant les cornes. Comme disait le grand écrivain taurin Pepe Alameda : « un pas en avant et l'homme peut mourir ; un pas en arrière et l'art peut mourir ». Dans le toreo, c'est cette ligne qui sépare le sublime du vulgaire. Et je n'ai jamais voulu être un torero vulgaire."




mercredi 13 février 2019

Joselito, le vrai

 

   Beaucoup de livres ont été écrits sur la vie des toreros. Parmi ceux que j'ai lus Joselito, le vrai est un des plus riches et des plus captivants. Il vient se placer juste à côté du fameux ...Où tu porteras mon deuil , best-seller des journalistes Dominique Lapierre et Larry Collins racontant, en 1967, la vie d'El Cordobes, et du classique Juan Belmonte matador de toros que Manuel Chaves Nogales avait consacré en 1935 au fameux Sévillan.
   C'est le journaliste Paco Aguado qui a aidé José Miguel Arroyo à mettre en écrit le récit de sa vie. Et quelle vie ! Pas exactement un long fleuve tranquille et, contrairement à certains de ses confrères, rien, absolument rien, de glamour dans la vie du petit José. C'est un vrai miracle que le monde picaresque dans lequel a grandi le Madrilène ait permis l'éclosion de ce torero si fin, si exigeant artistiquement et si complet que fut Joselito. Les psychologues appellent cela la résilience. Il a fallu bien sûr quelques rencontres positives pour changer le cours de cette vie : quelques enseignants compréhensifs et, déterminante, celle de Enrique Martin Arranz, directeur de l'École Taurine de Madrid qui, avec sa femme, adoptera à son adolescence le jeune apprenti-torero.
   Une des figures les plus extraordinaires du livre est celle du père, Bienvenido. Un vrai personnage de roman des bas-fonds : tellement mauvais garçon, négligeant, irresponsable, mais tellement humain et, malgré toutes ses faiblesses, aimant son fils. C'est ce père, traficoteur en tout genre mais abonné à Las Ventas, qui lui transmettra son aficion. Avant de mourir, il aura le temps d'être informé, derrière les barreaux de la prison de Carabanchel, des premiers succès de son fils. Si le futur Joselito, à cette époque de sa vie, se sauve de toutes les dérives que l'on peut imaginer, c'est grâce à sa ferme volonté de devenir torero.
   Dans la deuxième partie, il raconte son parcours pour devenir figure, ses relations compliquées avec le milieu taurin; il analyse sans concession son toreo. En somme, comme le recommandait Michel Leiris, il va à la corne avec les mots comme il y est allé avec les toros. Et c'est pourquoi ce livre, au delà de l'histoire extraordinaire qu'il raconte, est si passionnant et si vrai.

   José Miguel Arroyo, Joselito, le vrai, Verdier, 2012


   

samedi 26 janvier 2019

Lectures hivernales

   L'hiver, avec ses journées sinistres qui obligent à se calfeutrer, est propice à la lecture, à toile ouverte, de textes inattendus. Je ne sais quel hasard a placé sous mes yeux celui que je propose ici.
   Attention, c'est du lourd ! On ne lésine pas sur les interprétations sexuelles et psychologiques en tout genre (la corrida a pourtant déjà beaucoup donné de ce côté-là) et ceux à qui cette exégèse décomplexée donne des boutons pourront passer leur chemin sans regret.
   A condition de ne pas en abuser, je trouve, quant à moi, ce type de texte d'un commerce agréable; il possède, en outre, le mérite de montrer que la corrida - beaucoup d'aficionados, englués dans un corrida bashing dépressif, semblent aujourd'hui en douter - est encore au cœur de certaines problématiques contemporaines.

   Agnés Giard, La corrida, miroir de nos amours ?, 11 juillet 2018, blog Les 400 culs.
Il s'agit du compte rendu d' un texte plus complet et plus universitaire de Philippe Combessie publié dans la revue SociologieS de novembre 2017.

      photo Mariam Vázquez