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mardi 26 mai 2026

Vic-Fezensac 2026 (1)

 

   Marquée par la chaleur intense qui s'est brutalement abattue sur la région et par l'excessive médiocrité dont firent trop souvent preuve toros, matadors et cuadrillas, cette feria a eu du mal à trouver son rythme. Heureusement deux toros de la concours (le Saltillo et le Dolores) et le combat épique, le dernier jour, de Damian Castaño face à un Miura "à l'ancienne" ont maintenu la flamme de l'aficion et resteront dans les mémoires.
 
Une terne première journée
 
   Les novillos d'Aguadulce (origine Nuñez), bien présentés, astifinos ont fait preuve de plus de nerf que de bravoure. Le longiligne Gonzalo Capdevila a montré une indéniable vaillance. Pedro Andrés, novillero de Vitoria, est un bon capeador mais il devra reconsidérer sa manière de toréer à la muleta s'il veut trouver un meilleur écho dans les arènes importantes. Pedro Luis m'a semblé en progrès, plus puesto et indéniablement torero. Malgré des mises à mort en général engagées et efficaces, aucun succès ne fut au rendez-vous pour la terna novilleril de ce jour.
 
   La corrida de Prieto de la Cal était supérieurement présentée. Il est certain que les Prieto vont facilement au cheval même de loin mais ils poussent peu et leur bravoure s'étiole rapidement. Au troisième tiers la plupart possédaient (en particulier les deux premiers, negros) une noblesse fade avec des charges courtes. Tout cela manqua d'émotion. Rien à reprocher à la modeste terna du jour (huit corridas l'an passé à eux trois) qui eut le pundonor de tuer en s'engageant. Alberto Lamelas mérite d'obtenir une meilleure place dans le créneau des corridas dures. Le toreo de Luis Gerpe n'est pas dénué de classe et c'est un bon estoqueador. Maxime Solera est en progrès à l'épée.
 

 
 
La corrida concours 
 
   Artesanito de Saltillo
magnifique cárdeno cinqueño, fait preuve de bravoure en quatre piques mal données (dans le dos). Puis de la fixité et une charge longue, douce et noble sur les deux bords (il n'a pas eu la faena qu'il méritait). Un toro  complet malgré deux petits défauts : il a gratté lors du premier tercio et a cherché les planches à l'heure de la mort.
 
   Lancerito de La Quinta 
trois piques en ruant à la troisième, brusque et mobile au troisième tiers.
 
   Medallito de Partido de Resina
grande ovation à la sortie pour ce magnifique Pablo Romero. Trois piques prises en brave mais mal données (traseras), charge courte et collante à la muleta.
 
   Valiente de Benitez Cubero
beau toro, bien que nettement plus léger que ses compétiteurs, avec une robe rare (berrendo en castaño, alunarado). Ce sera sa seule qualité car son combat est peu brillant : trois picotazos et  des demi-charges en jetant les pattes en avant.
 
   Langosto de Dolores Aguirre
Son tamaño, l'impression de puissance qu'il dégage suscite l'ovation à sa sortie.Le tercio de pique sera un grand moment : cinq piques, en désarçonnant le cavalier à la première, avec chute du groupe équestre aux deux suivantes, la dernière prise depuis l'opposé de la piste déclenche la musique et Francisco Pons "Puchano" sort sous une tonitruante ovation. Mais Langosto est un toro incomplet, il se réserve au troisième tiers et réapparait alors son attirance pour les planches déjà perceptible à sa sortie. Dès lors une question se pose pour l'aficionado : manso con casta ou brave avec scories. Pour moi ce sera la deuxième occurrence car la bravoure est avant tout sauvagerie, agressivité et ce toro en a fait preuve en abondance durant le premier tiers. L'autre interrogation porte sur l'opportunité ou pas d'une vuelta al ruedo, demandée par une partie importante du public. Il ne m'aurait pas semblé illogique que dans une arène comme Vic on prime ainsi un toro de premier tiers quand, dans tant d'autres lieux, on glorifie (jusqu'à l'indulto) des toros de troisième tiers.
 
   Sacacuartos de Pagès Mailhan
Magnifique cinqueño castaño, brave en trois piques mais totalement éteint à la muleta après un interminable second tercio, le tout sous un soleil de plomb.
 
   Sanchez Vara fut un chef de lidia précieux. Il est tout à fait à sa place dans une corrida concours même si l'on sait sa faiblesse lorsque le sort lui attribue un toro pastueño comme le fut le Saltillo.
   Roman n'a pas confirmé à Vic son brillant début de temporada; il fut dominé par le La Quinta et impressionné par le Dolores.
   Isaac Fonseca a été bien avec le Partido de Resina dont il tira le peu qu'il y avait à tirer.
 
prix au meilleur toro : non attribué
prix au meilleur picador : Francisco Pons Puchano 
 
 
Photos (Velonero) : le premier Prieto de la Cal
                                estocade de Luis Gerpe 
    

samedi 25 avril 2026

Séville : la Venta de Antequera

 

    Alors que Madrid tergiverse à propos de la réouverture du Batan, il faut souligner l'heureuse initiative de la nouvelle empresa de Séville qui vient d'œuvrer au retour de l'exposition des toros de la feria d'Avril à la Venta de Antequera.
 
 
   
   Ce haut-lieu des fêtes et réceptions sévillanes n'avait plus exposé les toros de la feria depuis 1987 - les Miura toréés par Manili, Victor Mendes et Espartaco y furent les derniers à y paraître. Il y a quelques années, un projet de vente des terrains réservés aux corrals dans le but d'en faire un supermarché n'aboutit heureusement pas. Aujourd'hui le lieu retrouve sa vocation avec neuf lots exposés dont ceux de La Quinta et de Miura. On peut voir sur les photos les La Quinta et les El Capea pour le rejon.

 
 

 

   Situé dans la banlieue sud de Séville (avenida de Jerez), le lieu est accessible en bus et offre, outre le spectacle des toros, de magnifiques jardins et un lieu pour se restaurer. 
 

  
  On regrettera la protection en matière plastique apposée les long des corrals mais on espère que l'opération sera renouvelée lors des prochaines temporadas ... et que Madrid en prendra de la graine.
 

 

mardi 23 juillet 2024

Impressions sur la feria montoise (2)

 
   Samedi, je vais à la corrida de La Quinta plein d'espoir. Le cartel me plait, la tarde sera grande et effacera les déconvenues précédentes, c'est sûr ! Deux heures et demi plus tard, j'en ressors avec un sentiment de déception. Non pas à cause des toros : c'est un lot que l'on pourrait qualifier de médiocre mais ils sont décemment présentés (à l'exception du petit deuxième), de comportement varié, les deux derniers intéressants. En d'autres mains, dans d'autres circonstances, la belle noblesse de certains aurait pu conduire à une corrida triomphale, comme on l'a vu dans le passé avec ce même fer (la queue de Jalabert, les triomphes de Luque).
   Ce sont les hommes  qui m'ont déçu. En particulier Emilio de Justo. Il commence par faire assassiner par son piquero le premier qui a eu le tort de montrer d'entrée son mauvais caractère (muy mal torero !). L'animal se couchera avant même l'estocade, voilà une tarde qui commence bien mal ! On retrouve ensuite le torero hurleur; il aura quelques bons moments mais restera très en dessous des deux toros qu'il a toréé, le fade et très noble troisième et le bon cinquième. Tueur médiocre qui plus est.
   Clemente qui avait été la révélation de la feria passée face au même fer, se rappelle d'emblée à notre bon souvenir : capeador de classe (ah! ces chicuelinas et ces delantales), poignets de soie, capacité à templer les charges du toro. Il coupe l'oreille de son premier. Puis sa prestation part à vau-l'eau. Il ne trouve pas ses marques face au quatrième qui a failli l'embrocher lors d'une tentative de porta gayola. Pour finir,  il se montre  totalement désorienté face au difficile dernier et écoute des sifflets.
 
 



   Dimanche, la corrida de la dernière chance, celle de Victorino Martin. Il y a plus de vingt ans, c'était devenu habituel, la corrida de Victorino venait sauver, le dernier jour, une feria jusque là très médiocre. C'était aussi l'époque des Fernandez Meca, El Tato, Pepin Liria. En sera-t-il de même en cette année 2024 ?
   La journée est sinistre, il pleut continuellement, on se rend aux arènes sans être sûr que la corrida pourra avoir lieu. Une fois sur les gradins, l'espoir renait : la piste parait en bon état, le trio présidentiel, d'un pas assuré, se dirige vers le palco.
   Mais c'est lorsque sort le premier Victorino que tout s'éclaire. Il est beau et transpire la caste par toutes les pores de la peau, par tous les poils noirs et blancs harmonieusement mêlés. Et il en sera de même pour les cinq suivants. Un lot d'une extraordinaire homogénéité dans le trapío, la caste, la fixité, la capacité à charger en humiliant. Le retour de la vérité de la corrida.
   Le grand homme de l'après-midi sera Morenito de Aranda, toujours sincère, dominateur, réussissant à s'imposer à des toros très exigeants. Un bémol ? Lui aussi est un torero bruyant.
   Manuel Escribano, à son avantage aux banderilles, fit preuve par la suite de son bon professionnalisme sans excès de zèle.
   Enfin Joselito Adame, toujours à la limite de la rupture, dut puiser dans ses ressources le plus profondes pour faire face, tant bien que mal, à la grande caste de ses adversaires.

   Victorino Martin aura donc une fois de plus permis le sauvetage in extremis de la feria. Ce qui ne doit pas,bien sûr, épargner aux organisateurs la nécessité d'une profonde remise en question. Comme leurs prédécesseurs (Chopera/Cazade; Marie Sara/Guillaume), ils sont sur un siège éjectable, aussi bien la commission taurine censée être l'émanation de l'aficion locale, que le véritable organisateur, Jean Baptiste Jalabert, incarnation du mundillo taurin dans ce qu'il a trop souvent d'irresponsable.
 

 
 
photos Laurent Bernède : belle estocade de Manuel Escribano au premier Victorino
                                          Jesus Martinez "Morenito de Aranda", triomphateur de la feria avec une oreille d'un Flor de Jara et deux des Victorino Martin.
  

lundi 22 juillet 2024

Impressions sur la feria montoise (1)

 
   Mercredi pour la première corrida, la tarde débute par une Marseillaise incongrue. Cette multiplication d'hymnes nationaux (c'est la même chose en Espagne) me semble surtout témoigner de pays qui cherchent à se rassurer sur leur existence. Le chant guerrier est suivi d'une étonnante séance d'arrosage, sans doute pour laver le sang impur.
   Les toros étaient annoncés du Puerto de San Lorenzo mais seuls les deux premiers sont de ce fer et donc d'encaste Atanasio - Lisardo, les autres sont des domecqs de la Ventana del Puerto des mêmes propiétaires. Pourquoi pas ? mais encore eut-il fallu que l'affiche le précisât, sans quoi on peut parler de tromperie. Que dirait-on, par exemple si l'on remplaçait un torero artiste du niveau de Morante par un sin sabor comme Alejandro Talavante alors que Pablo Aguado ou Juan Ortega, autres artistes incomparables, ne toréent pas ce jour ?
   Pour être assidu aux corridas de La Brède, modeste arène portative, je peux affirmer que les toros y sont en général bien mieux présentés que ceux lidiés ce jour au Plumaçon, arène de première catégorie, faut-il le préciser. Cherchez l'erreur !
   Tous de format très réduit, rondouillards (acochinados), irréguliers d'armure, et ce manque de physique en parfaite concordance avec un manque de fond qui les rendait fades et ennuyeux, même si certains ont pris les piques honorablement.
   Pas de chance, l'accablant Madrilène touche les deux seuls bichos à peu près potables, notamment le premier, un toro en sucre candy, sans doute un des rares de la camade San Lorenzo à ne pas s'enfuir à la vue des leurres.
   Daniel Luque, habituellement capable de transformer le plomb en or, n'a pu cette fois passer la rampe devant ses deux ectoplasmes.
   Quant à Dorian Canton, pétri de qualités, il va falloir qu'il se penche sérieusement sur sa manière de tuer.


   Jeudi, la deuxième corrida pour vedettes n'a pas vraiment relevé le niveau de la première, c'est le moins qu'on puisse dire. Ces courses constituent un pensum pour l'aficionado et une déception pour le grand public. Le lot de Victoriano del Rio était clairement un lot de rebut : des cinqueños sans trapío et, pour certains, aux cornes douteuses. En clair, les invendables de la saison dernière ... On espère qu'au moins ils n'auront pas coûté cher aux organisateurs.
   Le cinquième fut le seul à sortir du lot. Il se montra actif sur la première pique, vint facilement mais n'insista pas sous la seconde puis fit l'avion sur les deux cornes au troisième tiers, avec cependant une charge manquant de chispa. Gines Marin composa une bonne faena, templée, complète, portant sur le public. On pourra toutefois lui reprocher un placement souvent fuera de cacho. Oreille après pinchazo et estoconazo et premier succès de la feria.
   Sébastien Castella débuta par une longue suite de véroniques très ajustées, puis, face à des adversaires d'une grande fadeur, il dut user du toreo de proximité, qu'il maîtrise parfaitement, pour intéresser le public. Le Biterrois semble en ce moment en grande délicatesse avec la rapière.
   Yon Lamothe, présent dans les quites, montra de la verdeur et de l'insécurité, chose normale pour un matador qui torée sa première corrida de l'année. L'épreuve était d'importance et le sorteo ne lui fut pas favorable, en particulier avec le sixième, un manso comme la ganaderia en produit de plus en plus, qui aurait mis en difficulté de plus expérimentés que lui.
   Comme hier, bronca finale aux organisateurs.


   Vendredi, c'est la corrida concours et l'on pense en avoir fini avec la médiocrité des corridas commerciales des jours précédents. Mais la mayonnaise n'a pas pris, le public n'était pas prêt à accepter l'énorme disparité de trapío et de comportement entre les toros. Deux toracos impressionnants ( Saltillo,  Yonnet). Deux petits (Peñajara, Flor de Jara), une partie du public s'acharne contre le Peñajara, bien fait mais minuscule, le climat est malsain. Auparavant les cornes en pinceau du Dolores Aguirre avaient déjà mis le feu aux poudres. A ce stade, la concours est déjà morte et enterrée. Pour comble de malchance, le magnifique Yonnet qui termine la course se révèle invalide total.
   Nonobstant, il y eut un grand moment, à vrai dire impertinent dans une corrida concours : une grande faena devant un toro de troisième tiers. Morenito de Aranda a donné des muletazos sublimes à Capuchero de Flor de Jara qui portait au bout de ses cornes toutes les qualités de plusieurs générations de l'encaste buendia santacoloma. Ce fut un moment de précieuse beauté.
  Autre moment d'une émotion toute différente parce que relevant davantage du tremendisme, mais toute aussi taurine, lorsque Alberto Lamelas donne au toraco de Yonnet quatre largas de rodilla successives dont la première a porta gayola, manquant de peu chaque fois de se faire décapiter. Cet homme est fou ! Non, il est torero...

mardi 25 juillet 2023

Mont-de-Marsan 2023 (suite)

 Samedi 22 juillet
Toros de La Quinta (vuelta au cinquième Corchaito) pour Daniel Luque (une oreille, une oreille), Emilio de Justo (silence, deux oreilles) et Clemente (silence, une oreille)
 
Points positifs : 
   - Après son bajonazo de jeudi, Daniel Luque nous devait une estocade, elle vint au quatrième : estoconazo, mort instantanée du toro et oreille.
   - Face au cinquième, un toro en or, l'entrega ou plutôt le survoltage d'Emilio de Justo, depuis la puerta gayola jusqu'à l'estocade contraire finale lui a valu un chaleureux triomphe.
   - La révélation Clemente
Lorsque sort le sixième La Quinta, le Bordelais sait qu'il joue son va-tout. Il débute par trois farols à genoux, le dernier extrêmement risqué dans les terrains du centre. Suivra une très grande actuation face à un très bon toro. La faena est complète, artistique, variée, le toro est dominé mais sur la tentative de recibir, le torero est pris et blessé au mollet, malgré la douleur, en boitillant, il poursuit le combat, estocade, descabello, émotion générale et grosse oreille avant départ pour l'infirmerie. Nous venons de vivre le moment le plus fort, le plus émouvant de la feria.
Beaucoup découvraient Clément Dubecq ce jour et pourtant il y a dix ans déjà il se présentait en novillada piquée à Captieux ... (voir ici)
   - La belle attitude des deux maestros qui par respect pour le compagnon blessé décident de sortir à pied plutôt qu'à hombros comme l'arithmétique taurine le leur aurait permis.

Points négatifs :
   - La présentation très déficiente de deux La Quinta (les 1 et 3), anovillados. Cela fait sept toros qui dans cette feria étaient, même s'il possédaient l'âge légal, plus proche du novillo que du toro. Sept de trop pour une arène qui est classée en première catégorie.
   - Dans la petite brochure distribuée à l'extérieur des arènes par la peña Los Pechos, le rédacteur fait la différence entre un toro docile et un toro noble. Il est écrit : "Le toro docile ou soso, est fade et candide. Il répond niaisement aux sollicitations sans jamais chercher à être dangereux. Il collabore plus qu'il ne combat." Il m'a semblé que cette définition s'appliquait parfaitement à la plupart des La Quinta du jour. On exceptera le 2, plus encasté, et le 6, le plus complet du lot.
   - La gestion de l'après-course a été calamiteuse (public captif dans les arènes et public à l'extérieur qui attendait pour pénétrer dans une plaza déjà pleine) et aurait pu avoir des conséquences graves. Tout ça pour un concert de bandas ! Sans compter la suspicion qui s'installe : s'achemine-t-on à Mont-de-Marsan vers un hold-up à la dacquoise avec corrida suivie de concert qui permet de remplir les arènes avec un cartel faiblissime et bon marché ?


Dimanche 23 juillet
Toros de Pedraza de Yeltes pour Rafaelillo (salut, vuelta), Alberto Lamelas (salut, silence) et Thomas Dufau (silence et despedida)

Points positifs :
   - Par leur présence physique, les toros de Pedraza apportent à la corrida une émotion particulière. Tout ce qui se réalise devant eux prend de l'importance. S'ils n'ont pas atteint aujourd'hui la perfection des deux précédentes années, leur bravoure mêlée à une pointe de mansedumbre a contribué à une tarde souvent vibrante et a permis quelques beaux tercios de piques. Pour moi, le lot le plus intéressant de la feria.
   - Les adieux réussis de Thomas Dufau
Un hommage officiel en début de course, un émouvant brindis à sa cuadrilla et à son équipe au sixième et pour finir une sortie a hombros de despedida sur les épaules de ses compagnons toreros ont marqué les adieux de Thomas Dufau à la plaza montoise, celle où il a le plus toréé et où il a toujours donné le meilleur de lui-même. Mais le plus important est peut-être la très bonne faena que Thomas a réussi à construire au bel et bon dernier Pedraza. Une faena au cours de laquelle il s'est senti torero et a pu montrer le très bon niveau qu'il est parvenu à atteindre après douze ans d'alternative. Et finalement l'échec à l'épée n'a été que le témoignage de ce qui, durant sa carrière, a constitué son talon d'Achille.

Points négatifs :
   - Être spécialiste des corridas dures use. Pour un Rafaelillo qui, avec un belle dose de roublardise, comme il en a fait preuve ce jour, a réussi à durer, d'autres se sont usés prématurément. Alberto Lamelas s'est trouvé aujourd'hui en grande difficulté. En particulier face au redoutable cinquième dont la caste l'a débordé à tel point qu'il a dû renoncer au combat et aller chercher l'épée.
 
 
   Bien que sans corrida complète, cette feria laissera le souvenir de nombreux moment forts. Elle connut un grand succès public auquel ne sont pas étrangers des cartels variés et bien équilibrés. On regrettera toutefois la présentation insuffisante de certains toros, en particulier lors des corridas de figures.




mardi 13 septembre 2022

Fin de semaine à Villaseca

 

 
   La feria de novillada de Villaseca  de la Sagra avait vu dans sa première partie le bon jeu des novillos de Cebada Gago, heureuse nouvelle pour les aficionados après les encierros médiocres de Vic et Pamplona. Du côté des novilleros, Jorge Molina et Sergio Rodriguez avaient triomphé face respectivement à ces mêmes Cebada Gago et aux Baltasar Iban. Après deux jours sans toros, la fin de semaine fut marquée par trois novilladas qui, par leur présentation et leur difficulté, remplirent d'émotion le coso tolédan.

Samedi 9 septembre : novillada de La Quinta
   La ganaderia andalouse a présenté un lot un peu inégal mais comportant deux novillos magnifiques (4è et 6è). Leur comportement fut varié à l'extrême, ce qui est un bon antidote à l'ennui.
   Avec le lot le plus favorable, le Mexicain Arturo Gilio (vuelta, une oreille) démontra posséder le sens du temple, sans toutefois parvenir à s'imposer totalement. 
   Solalito aura connu une après-midi éprouvante qui lui aura permis de montrer l'étendue de son courage et de sa volonté. Son premier adversaire, Hablador, se révéla un authentique barrabas. Le combat entre torero et novillo fut suivi par les spectateurs dans une tension extrême tant le danger et l'incertitude étaient présents en piste. S'il ne parvint jamais à dominer vraiment son adversaire, le Français ne baissa jamais les bras et son effort fut reconnu par le public lors d'une chaude ovation finale. Il fut mis à nouveau en difficulté par les demi-charges collantes du cinquième. Une journée difficile pour le jeune Nîmois mais il est des échecs  qui font progresser et dont on ressort plus fort. Marcial Lalanda disait : "Je me souviens avoir toréé, dans des pueblos, des novillos très difficiles, et, comme je m'en plaignais à mon frère, qui s'occupait alors de mes affaires, il me répondit : ''C'est ainsi que tu apprends''.
   Garcia Pulido passa inaperçu. Il toucha le meilleur La Quinta (6è) qui se vengea d'un picador crapuleux par un batacazo plein de fureur. 

Samedi 10 septembre : novillos de San Martin (1,2,3) et Dolores Aguirre (4,5,6)
   Encore une novillada qui eut son intérêt grâce à l'émotion apportée par la présence physique et les difficultés des novillos. Les San Martin, même si leurs charges manquaient de continuité, conservèrent une bonne mobilité. Il a manqué en revanche aux Dolores Aguirre ce fond de caste qui pousse à combattre jusqu'au bout.
   José Antonio Lavado a de bonnes manières.
   Avec un sorteo difficile, Cristian Pérez fit ce qu'il put. Son premier adversaire sema la panique au second tercio et blessa le banderillero Julien Merencino.
   Alejandro Adame a donné deux faenas de grande qualité qui auraient pu lui valoir un triomphe important sans ses lacunes à l'épée.



 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Dimanche 11 septembre : novillada desafio Campo Charro
   Le murube de Castillejo de Huebra est un beau novillo, hésitant à la pique et de charge courte et piquante.
   Le Galache a un problème aux sabots postérieurs, il doit hélas laisser sa place au sobrero de San Martin, correct.
   Le pupille de Paloma Sanchez Rico prend deux bonnes piques en poussant mais, malgré les sollicitations, il refuse de se lancer dans un troisième assaut.
   Le santacoloma de Juan Luis Fraile possède le trapío habituel de la maison (ovation à la sortie) mais il se montre décasté.
   Le niveau monte d'un cran avec Zorrero de Raso de Portillo (Valladolid annexé par le Campo Charro) qui prend deux bonnes piques puis garde une charge non dénuée d'aspérité. Il sera désigné vainqueur (?).
   Vient enfin Resistente, imposant negro de Pedraza de Yeltes. Il prend trois piques en brave provoquant une chute énorme à la première, et garde une charge encastée et noble. Encore un excellent Pedraza !
   Diego Peseiro s'est montré vaillant mais mauvais tueur. 
   Calerito s'est fait siffler à ses deux toros. Notons toutefois au novillo de Raso de Portillo une excellente réception par véroniques (dignes de celle du Greco que l'on peut voir au musée de Santa Cruz dans la toute proche Tolède).
   Après l'avoir reçu a porta gayola, El Niño de las Monjas a achevé le Pedraza de Yeltes d'un affreux bajonazo qui concluait une faena vaillante mais brouillonne (division d'opinion).
 
   Pendant trois jours un public chaud et bruyant a suivi avec passion les novilladas. Un public pour une large part local et familial, auquel s'ajoutent de nombreux aficionados de toda la vida, sans oublier quelques dizaines de Français séduits par le sérieux et la verdad qui émanent de la plaza de toros de Villaseca de la Sagra.


   

vendredi 19 août 2022

Retour sur la novillada de La Quinta à Roquefort

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
La sortie des toros et leur apparition en piste est un des moments les plus spectaculaires de la corrida. Je me souviens de la réaction, il y a quelques années, d'un couple installé à mes côtés qui voyait sa première corrida. A chaque sortie ils poussaient des cris d'exclamation, visiblement très émus par la puissance et la sauvagerie qui émanait de chaque animal. Il y avait dans le regard de ces néophytes une fraîcheur que nous aficionados avons peut-être parfois perdue.
Les novillos de La Quinta ont tous eu une sortie pleine de vivacité que l'objectif de Laurent Bernède excelle à fixer. Il n'est pas rare que, après un ou deux tours de piste, ces si fiers animaux se dégonflent comme ballons de baudruche. Manque de caste ou, on le sait bien aujourd'hui, alimentation inappropriée. Ce ne fut pas le cas des novillos de ce jour dont l'élan initial se maintint jusqu'au bout et se transforma même en résistance pour certains malgré les coups d'épée reçus.
Sans démériter totalement, leur combat face à la cavalerie (13 piques) fut davantage sujet à caution. Beaucoup de poussées sur une seule corne, beaucoup d'étriers qui sonnent et une réticence à s'engager dans un second voire troisième assaut. 
 
 
 
















 
Muleta en main, Yon Lamothe s'est efforcé d'atténuer les problèmes (ou les facilités) que pourrait lui valoir sa grande taille. Il évite de plier son grand corps, de citer avec le pico, de toréer despegado. Il essaie au contraire de toréer avec la panza de la muleta et de faire passer le novillo près de son corps. Le tout avec des qualités de temple et une grande fluidité dans les changements de main.
 















Cette photo du bajonazo à son second adversaire me paraît très pédagogique. Au lieu de croiser pour détourner le coup de tête vers sa droite, le jeune Landais a jeté sa muleta sur la tête du toro et l'a aveuglé. Il semble être parti droit  mais a eu une grosse réticence à s'engager, restant à grande distance du toro, sur la face, le coup d'épée résultant - il ne pouvait en être autrement - très bas.
Voilà du travail en perspective pour le novillero s'il veut franchir un palier dans la profession.
 
 

 












Belle naturelle de Diego Garcia qui a laissé une bonne impression par sa présence en piste et sa capacité à s'imposer à deux toros qui chargeaient fort.
















Victor Hernandez, au toreo classique mais froid, a connu une après-midi discrète. Excusable devant son premier qui gardait la tête haute, comme on peut le voir sur la photo, mais on était en droit d'attendre de sa part un travail plus abouti au quatrième, un novillo dont le seul problème était l'armure ouverte et aiguisée comme un crayon à papier.


Photographies : Laurent Bernède

lundi 1 août 2022

Roquefort le retour des La Quinta

 


 

 
   Le dimanche 14 août à 18 heures les novillos de La Quinta fouleront le ruedo de Roquefort pour la troisième année consécutive à l'occasion de la novillada des fêtes patronales.
 


 
 
   
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   Côté piétons, Yon Lamothe , révélation de l'an passé sera accompagné par deux novilleros, Victor Hernandez et Diego Garcia, qui ont ouvert en début de temporada la puerta grande de Las Ventas.
 
 
   Beaucoup d'aficionados connaissent le cachet  incomparable du site du Cercle Taurin Roquefortois mais voilà que depuis quelque temps a vu le jour un site web dont je voudrais signaler l'intérêt. Il fourmille d'informations sur le passé des arènes. Les aficionados y trouveront notamment les reseñas complètes de toutes les novilladas données dans la Monumental des Pins depuis son inauguration en 1951. Les Roquefortois seront également intéressés par une grande variété de documents sur l'histoire des fêtes locales avec de nombreuses photographies et tous les programmes depuis 1945. De quoi raviver quelque nostalgie chez les plus anciens.
     
             Cercle Taurin Roquefortois
 

mardi 26 juillet 2022

Madeleine 22 : a mas comme les bons toros (2)

     Samedi : La Quinta
    Belle après-midi de toros grâce à un lot de La Quinta dont la mobilité encastée maintint en permanence l'intérêt en piste. Un lot brave en 13 piques, que l'on aurait aimé mieux mis en valeur au cheval. Les meilleurs : le 4 qui ne trouva hélas pas son maître en la personne d'Antonio Ferrera et le 5 qui plongeait avec délice et douceur dans les leurres. Le plus difficile : le 6, un de ces santacolomas qui ne lâchent jamais leur proie. A l'issue de la course, le public appela fort justement et de manière spontanée le mayoral à saluer.
   Antonio Ferrera (bronca, sifflets), en perdition, a gâché deux bons toros. Devant le tambour major il stoppa sa faena à la première difficulté. Face à la caste du quatrième il ne put tout simplement pas, privé de toute ressource morale pour surmonter la difficulté de son adversaire et l'hostilité du public.
   Bonne après-midi en revanche pour Gines Marin, torero de classe, auteur de faenas complètes et adaptées à ses adversaires, perdant le triomphe à la mort (salut, une oreille).
   Le jeune Angel Tellez, récente révélation de la San Isidro madrilène (il remplaçait à ce titre Emilio de Justo), a pleinement confirmé tout le bien que l'on disait de lui. Il toréa avec une vaillance et une sincérité de tous les instants. Ses naturelles au troisième eurent la griffe d'un grand torero (vuelta). Il fut débordé par le sixième dont les difficultés dépassaient ses actuelles capacités mais ne baissa jamais les bras, c'est ainsi que l'on apprend.

     Dimanche : Le grand spectacle des Pedraza
 

 
 
  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   Pour la deuxième année consécutive, les toros de Pedraza de Yeltes ont conclu les fêtes de la Madeleine de la meilleure façon qui soit : par un lot de grande bravoure et poder. 15 piques prises avec ténacité et deux chutes en témoignent d'autant que, par la suite, les salmantins gardèrent toute leur mobilité même si certains eurent en fin de faena tendance à vouloir rejoindre les planches. De ce lot complet, deux toros bien différents ressortirent. Jacobo, le troisième, afficha d'emblée caste et personnalité. Il se précipite sur le cheval dès qu'il l'aperçoit dans le ruedo et lui saute au cou. Après ce préambule, le tercio sera épique. Sur la première pique il désarçonne le cavalier puis jette tout le monde à terre. Il pousse dur à la seconde mais sort seul. La troisième relève du jamais vu : sur le choc, le piquero est soulevé à l'horizontale et retombe à deux mètres du cheval. La quatrième est supérieure : toro, cheval et piquero longuement arcboutés dans un effort contraire de poussée et de résistance. Ovation de gala pour German Gonzalez, héros de ce tercio hors du commun. Par la suite, le toro montrera beaucoup de tempérament et de mobilité et sera fort justement primé d'une vuelta.
   Deslumbrero, autre colorado typique de l'encaste sorti en sixième position sera lui aussi honoré d'une vuelta al ruedo. Son comportement correspondra davantage aux critères d'une bravoure normalisée. Il prend trois piques en poussant longuement et fixement. Il est placé une quatrième fois face au cheval mais il tarde à s'élancer et le changement de tiers est judicieusement demandé. Grande ovation à Juan José Esquivel son picador. Il fait preuve ensuite d'une grande fixité et charge avec noblesse sur les deux axes.
   Thomas Dufau a su se montrer digne d'un tel sorteo. Pour contenir les charges soutenues du 3 il dut raccourcir les séries et les remater en deux temps par molinete et pecho. Bien que souvent à la limite de la rupture il put ainsi rester maître de la situation. Après une belle entière il fut récompensé par une oreille. Face à l'excellent Deslumbrero, sa faena posée, classique, de bon goût lui ouvrit à nouveau les portes du succès (une oreille). Un final un peu long et une demi-estocade après pinchazo lui coûtèrent sans doute la deuxième oreille. Belle journée pour le Landais qui avait besoin de ce triomphe après une longue période maussade.
   Très belle faena aussi d'Alberto Lamelas au second toro, avec un toreo très reposé, en particulier par naturelles pleines de douceur et de temple. Une grosse oreille après une estocade engagée. Il parut fatigué au cinquième (la chaleur ?) où l'on revit le Lamelas brusque et précipité face à un toro vif et collant (pegajoso) qu'il ne réussit jamais vraiment à canaliser.
   Avec une réussite moindre, Lopez Chaves pratiqua lui aussi un toreo de qualité mais sans parvenir au succès de ses camarades de cartel.
   Au final, sortie a hombros du mayoral et de Thomas Dufau, point d'orgue d'une feria dont les trois dernières journées eurent du contenu et satisfirent aficion et grand public.

jeudi 12 mai 2022

Quand El Juli se croise

    ... il commotionne Madrid et y fait, enfin, l'unanimité. Et même si, pour deux pinchazos, Julian n'est pas sorti par la grande porte (laissons là ces affaires de comptabilité) il a mis Las Ventas en folie et a écrit une des grandes pages de la plaza madrilène.
   Le maestro avait déjà coupé une oreille à son très noble premier cinqueño devant lequel il excella en véroniques et qu'il tua d'une manière plus sincère qu'habituellement. Mais Gañafote, le quinto La Quinta, est un toro difficile : abanto de salida, de charge incertaine, brusque, con extraños. En se plaçant toujours dans le terrain du fauve, Juli établit peu à peu sa domination, règle et améliore la charge et finit par donner des passes d'une longueur et d'une profondeur inimaginables quelques minutes auparavant. Le public  est debout et rugit de plaisir, la plaza - comme la bête - est rendue. Il ne reste plus qu'à tuer ... on connait la suite et El Juli finit en larme dans le burladero. Qu'importe ! La vuelta al ruedo est apothéosique et le souvenir de cette faena rejoindra celui des plus grandes vues en ces lieux.



jeudi 18 novembre 2021

Bilan 2021

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ma corrida rêvée

                        6  toros de LA QUINTA  6 
Morante de la PUEBLA - Daniel LUQUE - Emilio de JUSTO
 
 
   Grâce aux campagnes de vaccination en masse, la saison taurine a pu enfin réellement démarrer en juillet avant de devenir quasiment normale en septembre. Et pour que notre bonheur soit parfait trois matadors ont connu une temporada d'exception. 
 
   Morante, rayonnant, a marqué l'année de son empreinte. D'abord en choisissant de toréer, contrairement à son habitude, des toros d'encastes variés. Ensuite en laissant trace quasiment à chacune de ses sorties  du génie qui l'habite (on exceptera bien sûr l'échec de son solo contre les Prieto de la Cal). Nous ne sommes pas ici amateurs de chiffres mais il faut avouer que le voir à la tête de l'escalafon est une belle revanche pour tant de temporadas où cette position a été occupée par de médiocres toreros. Sa saison a été d'autant plus exemplaire que, s'étant éloigné des grands trusts taurins, il en a géré l'intendance de manière indépendante, simplement aidé par un ami. Notre vœu c'est bien sûr qu'il aborde l'année prochaine avec le même état d'esprit. Morante face aux Victorino Martin ou face aux Partido de Resina en 2022 : de quoi rêver pour l'hiver !
 
   Si le maestro de la Puebla a tant toréé et si la temporada a pu reprendre avec tant de vigueur c'est beaucoup parce que les toreros ont accepté une baisse de leur cachet. Ce serait le point positif qu'aurait apporté cette épidémie si cette baisse se prolongeait dans l'avenir. Et nous ne voyons pas pourquoi il en serait autrement compte tenu de la baisse régulière du nombre de spectateurs depuis quelques années, baisse que les récents évènements n'ont fait qu'accentuer, à tel point que les demi-aforos imposés par la crise sanitaire ont bien souvent servi de cache-misère. Les figures doivent se rendre à l'évidence : elles n'ont plus les moyens d'imposer des cachets pharaoniques aux organisateurs. Mais cela est vrai aussi pour les courses plus modestes que sont les corridas sans vedettes et les novilladas : sans réduction des coûts leur viabilité économique, donc leur avenir,  ne sont plus assurés.

   Mais revenons à ceux qui nous font rêver. Quelle belle histoire que celle d'Emilio de Justo ! Après les triomphes continus de cette temporada, dont ceux de Madrid et de Séville ne sont pas les moindres, le voici entré de plein droit dans la cour des grands. Et si Daniel Luque, victime de sorteos malheureux, n'a pu connaître la joie de la salida a hombros dans ces deux mêmes arènes, tant mieux pour nous, c'est l'assurance de le voir à nouveau à son meilleur niveau l'année prochaine.

   C'est sans doute la marque d'une grande naïveté de notre part d'avoir attendu beaucoup plus du comportement des toros au cours de cette temporada. Certes leur présentation fut en général excellente - et pour cause, il y avait pléthore de bêtes à cornes dans le campo - mais on pouvait penser que le nécessaire écrémage imposé aux ganaderos par la crise leur permettrait de nous réserver le meilleur de leur camada. Hélas ! les aficionados n'ont pu que constater une fois de plus à quel point le manque de caste fait des ravages chez la plupart des élevages commerciaux.

   Il faut imaginer 2022 sans masque, sans laissez-passer sanitaire, sans jauge réduite, mais il faut bien reconnaître qu'à ce jour ce n'est encore qu'un rêve.


photo : Morante devant un Miura à Seville
   

 
 
 
 
 
   


 

jeudi 19 août 2021

A propos de la novillada de Roquefort

   L'élevage La Quinta se trouve actuellement à un niveau qui satisfait tous les aficionados.
   Les toristes parce qu'ils permettent d'authentiques tercios de piques. Le troisième partit trois fois à l'assaut du picador avec alegria et placé chaque fois plus loin. Ce fut, grâce au talent du jeune picador Alberto Sandoval, l'occasion de ce qui sera sans doute l'un des plus beau tercio de pique de la temporada dans la région. L'imposant et poderoso cinquième en prit quant à lui quatre en renversant deux fois la cavalerie.
   Les toreristes (et donc les toreros et aussi le grand public) parce qu'ils permettent le toreo moderne. Sur les huit novillos combattus (en comptant les deux de la non piquée matinale) cinq ont chargé les muletas avec une noblesse, une longueur de charge, une vivacité qui, de plus, allaient en augmentant lorsqu'ils étaient bien toréés.
   La bonne surprise fut que trois novilleros du jour, malgré leur peu de pratique, parvinrent, au moins par intermittence, à tirer profit de ces charges. Le matin Victor Barroso donna le ton en réussissant à lier de longues séries de derechazos. L'après-midi, Carlos Olsina s'imposa au cinquième par une extraordinaire série de droitières qui happa le novillo dans une ronde qui paraissait sans fin. Mais celui qui se montra le plus complet fut Yon Lamothe. Le jeune Landais, qui toréait sa première novillada de la temporada, domina jusqu'au bout ses deux adversaires, il parvint à donner de belles naturelles classiques et tua magnifiquement. Une révélation !
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
derechazo de Carlos Olsina 

















naturelle de Yon Lamothe


photos de Laurent Bernède
 

 

vendredi 30 juillet 2021

Novillada de La Quinta à Roquefort pour le 15 août

 


 

   Cela fait 70 ans qu'ont été inaugurées les arènes de Roquefort. L'affiche de cette année reproduit celle de 1951 qui annonçait une novillada sans picadors avec des novillos de Lescot pour Pepe Luis Marca (futur apoderado de Paco Ojeda), les frères Carlos et Paco Corpas et l'éleveur Christian Lescot comme rejoneador. 
   Un point commun peut être trouvé entre les deux cartels. La présence en 2021 de deux novillos de Turquay qui sont élevés à quelques encablures de la ganaderia Lescot (aujourd'hui manade de taureaux camarguais) sise à Saintmartin-de-Crau. Les novillos santacolomeños d' Emmanuel Turquay auront la lourde responsabilité de partager l'affiche lors de la novillada non piquée matinale avec deux novillos de La Quinta qui représente aujourd'hui le meilleur de l'encaste santa coloma.
   L'après-midi la novillada piquée verra, en toute logique, le retour des La Quinta qui avaient donné pleine satisfaction en 2019.

   En voici deux exemplaires :
 




samedi 23 novembre 2019

Bilan 2019

Ma corrida rêvée


                                   6  toros de LA QUINTA  6
                Paco UREÑA - Daniel LUQUE - Emilio DE JUSTO


  Ils sortent souvent avec une bravoure et une noblesse comme en rêvent les bons toreros, ils font parfois preuve d'une caste qui rend leur lidia passionnante, mais ils peuvent aussi être d'une fadeur affligeante. Les santacolomas de La Quinta  sont une garantie de diversité au milieu de la masse envahissante des domecqs. Cette temporada les a vu à leur meilleur niveau en novillada à Roquefort ou à Villaseca de la Sagra. Ils ont gagné le prix du toro le plus brave des corridas concours de Vic Fezensac et de Madrid. Il ne serait pas inintéressant que, profitant de ce retour au premier plan, d'autres ganaderias santacolomeñas voient s'ouvrir davantage de portes. Considérons en tout cas comme un signe positif le fait que Jean Baptiste Jalabert soit en train de créer une nouvelle ganaderia basée sur cet encaste.
   Chez les matadors, Paco Ureña a été le surprenant triomphateur de la temporada. On craignait que sa grave blessure de l'an dernier à Albacete (perte d'un œil) soit un frein à sa carrière. On l'a vu au contraire plus détendu et plus dominateur. Ses triomphes de Madrid et de Bilbao en témoignent.
   Il y a quelques années, jamais je n'aurais imaginé que Daniel Luque puisse faire un jour partie  de mon cartel de rêve tant je ne voyais en lui que le malencontreux inventeur de la vulgaire luquesina. Il est aujourd'hui, depuis que Morante, en net déclin, ne torée plus que des baudruches, et malgré l'arrivée de Pablo Aguado, qui n'est encore qu'une espérance, celui qui torée avec le plus d'art et de lenteur. Et tant mieux pour nous si c'est notre région qui est le témoin privilégié de cet accomplissement. Ses prestations dans nos plazas ont constitué tout au long de la temporada un émerveillement toujours renouvelé.
   Emilio de Justo a réussi à surmonter une année accidentée. Deux mauvaises fractures dès ses premières courses ont perturbé son début de saison, mais chaque fois qu'il en a eu l'occasion, malgré des sorteos difficiles, il a montré l'étendue de ses ressources. Dans toutes les arènes il sera attendu avec intérêt en 2020.
   Il me faut dire un mot maintenant d'un torero d'un tout autre style. Comme Damaso Gonzalez en son temps, il est souvent snobé par les amateurs de toreo puro. Il n'a jamais fait partie  de ma corrida rêvée. Pourtant, peu à peu, il s'est immiscé, presque malgré moi, dans mon imaginaire au point que j'éprouve désormais le désir de le voir plus souvent. Je parle de Miguel Angel Perera dont la faena madrilène de la feria d'Automne - un chef d'œuvre de l'art du toreo - montre à quel niveau d'excellence il peut parfois atteindre.
   Je ne peux terminer sans évoquer Diego Urdiales qui représente pour moi la quintessence du bon toreo. Il a été impérial à Salamanca où, sous les yeux du Viti à qui il avait brindé son adversaire, il subjugua  toro et  public (qui le découvrait après 20 ans d'alternative!) et se rendit maître du vent qui soufflait ce jour-là en rafale. Il fut à nouveau très bon sur ses terres à Logroño, en particulier face à un manso de Garcigrande.
   On le voit, les toreros ne manquent pas pour transformer nos rêves en réalité; c'est plus difficile du côté des ganaderias. Alors voici une liste d'élevages dont on rêve de voir l'an prochain de bons et beaux lots. Certains sont prestigieux, d'autres peu connus, certains ont donné satisfaction ces derniers temps, d'autres ne peuvent que sortir du bache dans lequel ils se trouvent : Cebada Gago, Miura, Saltillo, Valdellan, Cuadri, Palha, Partido de Resina, Yonnet, Escolar Gil, Blohorn, Marquis d'Albaserrada, Raso de Portillo, Pallares, Monteviejo.
   Un problème peut-être ?  Oui, jamais les toreros rêvés ne parviennent à rencontrer les toros rêvés.
    


2018


dimanche 18 août 2019

Novillada de La Quinta à Roquefort : abondance de caviar et une dragée au poivre




   Si, l'an dernier, la présentation majuscule des derniers conde de la Maza lidiés en France avait effarouché ceux qui ne demandaient qu'à l'être, cette année, l'unanimité s'est faite sur le lot de La Quinta envoyé à Roquefort par la famille Conradi. A la finesse de type et d'armure des santacolomas s'ajoutait un comportement parfois proche de la perfection. Bravoure majoritaire au cheval (14 piques, 2 chutes) et franchise à la muleta avec cette exquise politesse d'aller tourner loin pour mieux revenir avec appétit dans le leurre. Du caviar pour les toreros. On le sait, peu d'entre-eux sont capables de tirer totalement profit de telles opportunités, à plus forte raison dans l'escalafon limité des novilleros. Aquilino Giron (oreille, silence) et Rafael Gonzalez (oreille, oreille), sans excès de personnalité, ne déméritèrent pas. Ils eurent des hauts et des bas, sans atteindre aux sommets que permettaient leurs novillos.
   Mais ce qui fait le charme d'une course de toros c'est la variété de comportement des acteurs et la variété d'émotions qui en découle. Le sixième, puissant, encasté, caractériel, permit que l'après-midi se termine sur les saveurs fortes d'un combat sans merci. Très dangereux à la cape, il fut ensuite le protagoniste d'un tercio de pique plein de fureur au cours duquel Tito Sandoval contint quatre fois de suite la sauvagerie des attaques du manso con casta. Cristobal Reyes (pas de caviar pour lui aujourd'hui), volontaire, sincère, intelligent, donna une faena concise et dominatrice qui lui aurait valu une grosse oreille sans un coup d'épée par trop sur les bordures.
   A la sortie, les mines unanimement réjouies d'un public ayant conscience d'avoir assisté, chose rare, à une très bonne tarde de toros.



   Le matin, quatre erales de Turquay, également d'origine santacoloma, soufflèrent le froid et le chaud. Les deux premiers nobles mais faibles, manquant de physique ; les deux suivants, plus faits, encastés, résistants. Le Mexicain Antonio Magaña se trouva souvent en difficulté mais s'engagea épée au poing alors qu'à l'inverse Solalito montra de bonnes dispositions muleta en main mais de la faiblesse au moment de conclure.


                                                 *  *  *

  Samedi, lors d'une course landaise d'excellent niveau (ganaderia Armagnacaise, cuadrilla Alexandre Duthen), Gaetan Labaste face à Palomajera a donné neuf écarts fabuleux. L'attente maximale, la corne qui frôle chaque fois la toile du pantalon, l'harmonie du geste. L'écarteur, boitant bas en raison d'une récente tumade, incapable de courir, mais sûr de son dominio grâce à ses gestes purs et précis, m'a fait penser au vieux maestro Antoñete qui éclaira de son art profond les déjà lointaines années 80.

photos  Laurent Bernède

samedi 27 juillet 2019

Roquefort : le retour des La Quinta pour le 15 août




   Ce sera la septième fois que les pensionnaires de La Quinta fouleront le sable du ruedo roquefortois. C'est au début des années 2000 qu'ils y connurent leurs triomphes les plus retentissants puisqu'en trois ans (2002, 2003, 2004) l'excellent comportement de Bolichero, Escandaloso, Pavito et Cantinero leur permit d'avoir les honneurs du tour de piste.
   On souhaite que la novillada de cette année soit à la hauteur de ces glorieux ancêtres ou de la grande bravoure de Matablanca, magnifique vainqueur de la corrida-concours de Vic Fezensac en juin dernier.
   On notera également la présence au cartel de Rafael Gonzalez le novillero triomphateur de ce début de temporada (deux oreilles à Séville et déjà deux oreilles à Madrid où il participera jeudi à la finale du concours des novilladas nocturnes.)

mercredi 24 juillet 2019

Ma Madeleine 2019

   Les aficionados aiment bien cette petite feuille qui donne le nom des toros, leur âge, leur robe, leur ordre de sortie. On y trouve aussi le nom des banderilleros et des picadors. C'est une source d'informations mais aussi une forme d'hommage à ceux, subalternes et toros qui vont jouer leur vie sur le sable de l'arène. On s'y réfère pendant la course mais on peut aussi, le soir, le lendemain, l'annoter, la ranger et plus tard la retrouver au fond d'un tiroir pour un doux moment de nostalgie. Toutes les arènes sérieuses offrent aux aficionados ce modeste mais précieux feuillet, toutes sauf la plaza de Mont de Marsan qui, depuis l'an dernier, a décidé de les en priver. Ridicule économie de bouts de chandelle quand on songe au cachet de la moindre figure.

Mercredi 17 juillet
     corrida de La Quinta
   La noblesse a ses quartiers, ses hiérarchies, ses abâtardissements aussi. Il en va de celle des toros comme de celle des hommes. Les trois derniers La Quinta courus ce jour en sont un bon exemple.
   Le quatrième possède une charge douce, pastueña comme en rêvent tous les toreros dans leurs rêves de gloire et de triomphe. Daniel Luque, depuis quelque temps au plus haut sommet de son art, y trouve un partenaire de luxe qui lui permet d'atteindre au sublime. Toutefois, en fin de faena, au moment de ramener le toro vers les barrières pour l'estoquer, le Sévillan commet une très légère erreur : il se fait accrocher la muleta, se retrouve dans un terrain compromis en direction du toril. Toute la caste du bon santacoloma qu'il est resurgit alors chez le toro : il poursuit le torero sur plusieurs mètres, la mise en place devient difficile puis, frappé à mort par l'estocade, il renverse le matador et, malgré les sollicitations des péons, fond sur sa proie avec une rage qu'il n'a jamais montrée durant sa lidia. Le maestro se sauvera de peu et perdra, moindre mal, la deuxième oreille dans l'aventure.
   Le cinquième n'aura pas ce retour de flamme. C'est un noble dégénéré, sans le moindre surgissement d'esprit combatif. Sa vie publique est une succession de trottinements innocents, comme un dégoulinement sirupeux qui, finalement, met tout le monde mal à l'aise, public et torero. La corrida ce ne peut être cela.
   Heureusement, entre en piste le sixième. Voici maintenant un noble encasté, d'une lignée toujours prête au combat. A droite sa charge est vibrante et soutenue, sa corne gauche semble offrir de grandes possibilités. Un toro qui permet beaucoup mais demande les papiers. Hélas Thomas Dufau, bien loin de ses précédentes actuations, semble inhibé (On apprendra le soir qu'il a été hospitalisé après la corrida, souffrant des séquelles d'une maladie contractée lors d'un récent voyage au Pérou). Bien vite, c'est le toro qui, fort de tous ses quartiers de noblesse, mène le bal.

Vendredi 19 juillet
     corrida de Fuente Ymbro
   Il y a eu de tout sur le sable du Plumaçon pour la corrida de FuenteYmbro.
   Du positif :
- un toro très noble qui offre ses oreilles (le 2, vuelta) : il en faut de temps en temps.
- beaucoup de variété dans le comportement des andalous avec abondance de charges brusques, inconstantes : ça oblige les toreros à montrer leurs capacités, leur courage.
- le triomphe légitime de Lopez Simon, celui que l'on n'attendait pas.
- un bon Perera, tenace et combatif face à un toro difficile  (le 1)
- la classe et le temple virtuels de Pablo Aguado : à ce stade on en est encore à imaginer ce que ça pourrait être si ...
   Du négatif :
- de la faiblesse, une caste souvent déficiente : des toros à mille lieues des bons Fuente Ymbro (ceux de 2012 ici-même par exemple, ou ceux de Valence cette année).
- l'échec de Perera à son second.
- Aguado entre deux eaux : de la classe oui, mais pas assez d'expérience, de confiance en soi pour améliorer et façonner deux toros médiocres.


   










photo : Camille Duma