mardi 16 décembre 2014

Quelques photos de la temporada













 Sans commentaires!



















Espontaneo à Bilbao



















La bravoure des Pedraza de Yeltes  (ici à Garlin)



photos  Velonero

lundi 1 décembre 2014

matcH : Rugby et poésie
















   Atelier Baie vient de publier un magnifique et très original petit livre de poésie consacré au rugby.
   Au cours de ce match, Eric des Garets et Donatien Garnier s'affrontent poèmes contre poèmes, pour une célébration du rugby. En bon demi de mélée, Donatien Garnier sait faire jouer ses avants qu'il transcende par la métaphore. Eric des Garets, lui, aime le beau jeu des lignes arrières qu'il mène avec une élégance et une rigueur toutes britanniques. Quant à l'éditeur Bruno Doan, il offre aux textes des deux poètes une subtile mise en page qui n'omet ni le changement de terrain après les citrons, ni la troisième mi-temps.


claque

(!) long fouet de ma langue

agace à gauche caliban
retiens ariel
à dextre

déclenche à mon signal
l'hétéroclite attelage
et son dessein chiffré

         /////

et eux donatien,
ceux des rambardes
de l'académie,
des tribunes,
un peuple chantant,
aux terribles huées,
pour des fautes imaginaires
parfois;
ils jargonnent leur dépit,
adressant des pépites
aux coupables,
les oreilles lui sifflent au géomètre,
au gardien du temple,
mais conviens-en,
cela reste bon
enfant,
rien à voir avec les
manchots, les pousseurs de citrouille

un ballon, donatien,
notre écot à une grâce partagée

dimanche 16 novembre 2014

Le Manifeste d'Antonio Caballero (2)

   Je me suis risqué à traduire le Manifeste d' Antonio Caballero :

     Pour nous, les aficionados a los toros, le toreo est une manifestation de grande culture. Non parce que l'ont chanté les poètes ou peint les peintres, ni parce que la France, de manière bureaucratique, l'a déclaré patrimoine culturel intangible de sa terre. Mais parce que c'est une activité qui a une expression riche et plurielle : à la fois une fête, un rite, un spectacle, un combat, un sacrifice,un jeu. Et un art.
     Les arts se définissent par eux-mêmes, sans nécessité de démonstration théorique : ils sont comme le mouvement, qui se démontre en marchant. Et en conséquence ils se défendent aussi par eux-mêmes. Mais l'art du toreo, comme tous les arts, a un ennemi , qui est le pouvoir. Celui de l'Église l'a persécuté durant des siècles, celui des autorités civiles a voulu l'interdire en beaucoup d'époques et de lieux, aussi bien lorsque ces autorités sont despotiques - dictatures ou monarchies de droit divin - que lorsqu'elles se prétendent démocratiques en vertu du droit des majorités à gouverner. Oubliant l'autre élément essentiel de la démocratie qui est le respect pour les minorités.
     C'est en raison de cette absence de respect que nous sommes aujourd'hui réunis ici, devant cette plaza de toro de Santamaria arbitrairement fermée par le caprice d'un maire, qui le justifie au nom de la dérisoire arithmétique d'une victoire électorale.
     Les aficionados al toro sommes une minorité, et nous savons que notre goût pour les toros n'est pas universellement partagé. C'est pour cela que nous ne cherchons pas à l'imposer aux autres minorités ni ne cherchons à interdire les plaisirs des autres qui peuvent être aussi divers que l'opéra ou les courses de moto ou la pratique du spiritisme, les processions religieuses ou les marathons. Nous prétendons simplement que, réciproquement, ils ne nous imposent pas les leurs ni ne suppriment les nôtres. Nous ne voulons ni ordonner ni interdire. Mais nous résistons à ceux qui nous interdisent et nous donnent des ordres.
     Il ne s'agit pas simplement de réclamer le droit d'assister en tant que spectateur aux corridas de toros. Il s'agit aussi de défendre le droit à exercer une profession. Dans ce cas, la profession de torero, comme le désirent ces jeunes novilleros qui campent depuis des mois face aux portes closes des arènes, comme s'ils étaient les réfugiés d'une guerre.
     Ou comme l'ont fait ces figures du toreo venues d'Espagne, du Mexique, de France et bien sûr aussi de Colombie pour les soutenir personnellement en une manifestation de solidarité avec eux et de cohérence avec leurs propres vies. Nous sommes ici, en somme, pour exiger la liberté. La liberté d'expression. La liberté de choix. La liberté du plaisir. Toutes sont contenues dans l'éternel rêve libertaire qui est l'interdiction d'interdire.
     Bienvenus soient ceux qui veulent signer ce Manifeste. Ils le feront pour leur amour de la tauromachie, ou pour leur intérêt pour l'art, ou pour leur tolérance envers les goûts des autres, ou pour leur respect pour les droits des minorités, ou pour leur amour de la liberté. Ceci est un Manifeste pour hommes libres.
     




samedi 15 novembre 2014

Le Manifeste d'Antonio Caballero en défense de la fiesta de los toros

   Texte écrit par Antonio Caballero, journaliste et écrivain colombien, à l'occasion d'une récente manifestation en faveur de la réouverture des arènes de Bogota :

     Para nosotros, los aficionados a los toros, el toreo es una manifestación de alta cultura. No porque lo hayan cantado los poetas o pintado los pintores, ni porque Francia, burocráticamente, lo haya declarado patrimonio cultural intangible de su tierra. Sino porque es una actividad que se expresa de muchos modos y es a la vez muchas cosas: una fiesta, un rito, un espectáculo, un combate, un sacrificio, un juego. Y un arte.
     Las artes se definen por sí mismas, sin necesidad de demostración teórica: son como el movimiento, que se demuestra andando. Y en consecuencia se defienden también por sí mismas. Pero el arte del toreo, como todas las artes, tiene un enemigo, que es el poder. El de la Iglesia lo ha perseguido durante siglos, el de las autoridades civiles ha querido prohibirlo en muchas épocas y lugares, tanto cuando son despóticas – dictaduras o monarquías de derecho divino –como cuando se pretenden democráticas en virtud del derecho de las mayorías a gobernar. Olvidando el otro elemento esencial de la democracia, que es el respeto por las minorías.
     Es esta última modalidad de acoso la que nos tiene reunidos hoy aquí, ante esta plaza de toros de Santamaría arbitrariamente clausurada por el capricho de un alcalde, que lo justifica en nombre de la estrecha aritmética que le dio el triunfo electoral.
     Los aficionados a los toros somos una minoría, y sabemos que nuestros gustos no son universalmente compartidos. Por eso no aspiramos a imponerlos sobre los de otras minorías haciéndolos obligatorios, ni queremos tampoco prohibir los suyos, que pueden ser tan variados como la ópera o las carreras de motocicletas o la práctica del espiritismo, las procesiones religiosas o las maratones de marcha a pie. Sólo pretendemos que, recíprocamente, no nos impongan los suyos ni nos supriman los nuestros. No queremos ni mandar ni prohibir. Pero nos resistimos a que nos prohíban y nos manden.
     No se trata únicamente de reclamar el derecho a asistir como espectadores a las corridas de toros. Se trata también de defender el derecho a elegir el propio oficio. En este caso, la profesión de torero, como lo desean estos jóvenes novilleros que llevan meses acampando frente a las puertas cerradas de la plaza de toros, como refugiados de una guerra.
     O como lo hicieron estas figuras del toreo venidas de España, México y Francia, y por supuesto también de Colombia, para acompañarlos en persona en una manifestación de solidaridad con ellos y de coherencia con sus propias vidas. Estamos aquí, en suma, para exigir la libertad. La libertad de expresión. La libertad de elección. La libertad del placer. Contenidas todas en el eterno sueño libertario que es la prohibición de prohibir.
     Quien quiera suscribir este Manifiesto, bienvenido sea. Ya lo haga por su afición a los toros, o por su interés en el arte, o por su tolerancia hacia los gustos ajenos, o por su respeto por los derechos de las minorías, o por su amor a la libertad. Este es un Manifiesto para hombres libres.

lundi 10 novembre 2014

Bilan 2014

Ma corrida rêvée


6 toros de PEDRAZA DE YELTES  6
      Enrique PONCE
      Diego URDIALES
      Ivan FANDIÑO


  Le lot dacquois de Pedraza de Yeltes c'était quelque chose d'inattendu qu'il faut savoir savourer : le rêve qui devient réalité. Ça surprend parce que c'est rare et parce que - incrédules que nous sommes - on se dit au moment même où on le vit que c'est trop beau pour être vrai, que ça ne peut pas durer. Car des toros qui prennent avec bravoure des piques de titans, qui ne fléchissent pas, qui continuent à combattre jusqu'au bout, on n'en voit parfois qu'un ou deux dans la temporada. Pourtant les six toros du samedi 16 août à Dax étaient bien réels, et ils venaient après la bonne novillada de Garlin, la très bonne corrida d'Azpeitia et précédaient le combat de Resistente, toro de oro de la feria de Salamanca. Une camada certes réduite, mais sans déchet, un concentré de bravoure.
   Le rêve, ce serait que Pedraza réussisse là ou Fuente Ymbro a échoué. Garder le niveau atteint en augmentant (raisonnablement, donc) ses camadas...

   Côté toreros, l'année a été très prosaïque. José Tomas quasiment absent, Morante de la Puebla jouant en deuxième division  par ses choix de bétail et d'arènes, Manzanares inexistant dans les grands rendez-vous. Même du côté des dures on a du plomb dans l'aile : Robleño usé, Alberto Aguilar handicapé par une méchante blessure américaine, Escribano en-dessous de ce que l'on attendait et Castaño sauvé du néant par sa cuadrilla.
   Heureusement Diego Urdiales a illuminé les rares tardes qu'on lui a offertes. En cette fin de temporada le vent semble enfin souffler en sa faveur. Ce n'est pas ici qu'on s'en plaindra, c'est la troisième fois qu'il fait partie de mon cartel de rêve.
   En ce qui concerne Ivan Fandiño, il y aura eu un avant et un après la cogida de Bayonne. Avant, tout va bien, le maestro de Guadalajara est parti pour une nouvelle temporada triomphale. Après, des doutes surgissent, son épée s'enraye, les succès sont moins probants, avec à la clé, une question que se posent les aficionados : Fandiño a-t-il gagné à avoir systématiquement remplacé les fers réputés durs par des élevages commerciaux?
   25 ans d'élégance torera, de domination sur les toros, de succès public n'ont pas érodé le désir de toréer et de triompher d'Enrique Ponce. Tant mieux pour ceux qui, comme moi, ont toujours pris du plaisir à le voir résoudre les problèmes avec cette difficile facilité que donnent l'intelligence, le courage froid et le talent.

2013




Naturelle de Diego Urdiales à Madrid face Sevillanito de Adolfo Martin (photo de Juan Pelegrin sur Las-Ventas.com)

mercredi 29 octobre 2014

José Maria Mazanares

   Un souvenir : Dax, feria 1989, corrida (excellente) de Maria Luisa Dominguez Perez de Vargas. Quelle faena! L'apothéose du toreo artistique et profond, quelques minutes d'une beauté si intense qu'elle laisse au spectateur une émotion indicible.
   Bien sûr, tout au long de ses trente années de carrière, José Maria s'est aussi beaucoup économisé, on peut dire qu'il a réparti parcimonieusement les effets de son art. Malgré tout, son nom sur une affiche, sa présence dans le ruedo donnaient de la catégorie à une corrida... Avec cette attente qui fait se dire à l'aficionado : aujourd'hui, peut-être...

   Le hasard a voulu que le même jour disparaisse à Cordoue Florencio Casado "El Hencho". Une mort très discrète ... et pourtant le matador est sorti par la porte du prince à Séville et par la grande porte à Madrid! Hommage aussi à ce brave qui, dans le Sud Ouest, avait laissé quelques gouttes de son sang sur le sable des arènes de Roquefort lors d'une dure novillada de Manuel Navarro Sabido.


NB  Un beau texte  de Frédéric Bartholin sur J. M. Manzanares ici.

samedi 25 octobre 2014

Santa Coloma : la réalité de l'arène

   Voici le nombre de toros et de novillos appartenant aux ganaderias d'origine santa coloma combattus, en corrida et en novillada piquée exclusivement, au cours de la présente temporada ( informations provenant du site Tauroweb).

  • Victorino Martin                76 t.
  • Adolfo Martin                    70 t.     6 n.
  • La Quinta                          37 t.    19 n.
  • José Escolar Gil                25 t.    14 n.
  • Ana Romero                      13 t.    3 n.
  • Rehuelga                            12 t.
  • Valdellan                             9 t.    7 n.
  • Juan Luis Fraile                   9 t.    2 n.
  • Felipe Bartolomé                 6 t.
  • Hernandez Pla-San Martin   4 t.
  • Flor de Jara                                  19 n.
  • Los Maños                                   12 n.
  • Pallarés                                        12 n.
  • Pablo Mayoral                              8 n.
  • Pilar Poblacion del Castillo           6 n.
  • El Añadio                                     6 n.
  • Adolfo Rodriguez Montesinos        6 n.
  • César Jimenez                              6 n.
  • Hoyo de la Gitana                        5 n.
  • Benjamin Gomez                         3 n.
  • Mauricio Soler Escobar               3 n.
  • Maria del Sagrario Huertas          2 n.
  • Maria Antonia de la Serna            1 n.
  • José Escobar                               1 n.
  • La Interrogacion                            1 n.
   On le voit, ce sont les élevages d'origine Saltillo (Victorino Martin, Adolfo Martin et Escolar Gil) qui tirent aujourd'hui leur épingle du jeu. Ils ont été présents cette année dans toutes les grandes ferias.
   Les Joaquin Buendia existent toujours sur le papier mais ils ont disparu des statistiques; ils sont toutefois présents par le biais de La Quinta et, dans une moindre mesure, Ana Romero, Rehuelga et Flor de Jara.
   L'inquiétude est grande pour les Graciliano : 18 toros et 15 novillos lidiés grâce à Valdellan, Juan Luis Fraile et Pilar Poblacion del Castillo.
   L'encéphalogramme est presque plat pour les Coquilla : 1 novillo de La Interrogacion lidié à Millas.
   Mais l'échec le plus cruel de ces dernières années est celui de San Martin dont les éleveurs (Marcelino Miaja et José Chafik) n'auront pas réussi, avant leur mort, à créer l'élevage dont ils rêvaient.
   Ce sont maintenant les frères Alberto Manuel et Amadeo Hornos Valiente qui, dans la province de Cáceres, se trouvent en possession de ce qui reste du cheptel de San Martin mais aussi d'Hernandez Plá et de Pérez de la Concha. Peut-être un espoir pour l'avenir de ce côté-là.
   Espoir aussi en Aragon avec l'élevage de Los Maños qui, depuis plusieurs années, se signale par des novilladas encastées et vient de remporter  lors de la dernière feria du Pilar, le prix du toro le plus brave.
   En Andalousie enfin, il semblerait que la famille Benitez Cubero Pallarés veuille relancer la rame santa coloma de son second fer Pallarés.

















Toro d'Adolfo Martin à la pique (Soria)

mercredi 15 octobre 2014

Zaragoza 2014 : corridas de samedi et dimanche

   La  corrida de samedi était pour moi un petit évènement puisque je n'avais pas vu de corrida de l'élevage Juan Pedro Domecq depuis une éternité. La dernière fois, c'était en 1976 à Dax où leur invalidité avait provoqué un beau scandale. Ils ne sont quasiment jamais revenus dans nos arènes du sud-ouest et on les voit fort rarement dans le nord de l'Espagne. Je n'ai jamais entendu personne s'en plaindre.
   En 1976, il s'agissait encore des produits de Juan Pedro Domecq Diez - il était décédé l'année précédente - et la déchéance était déjà bien avancée, faiblesse et invalidité prenant le pas sur la caste et le piquant des domecqs des années soixante.
   En cette année 2014, trois ans après la mort de Juan Pedro Domecq Solis qui gérait l'élevage depuis 1975, les toros du jour provenaient d'une des dernières camades du ganadero. Bonne occasion pour examiner en détail leur combat.

     A l'exception du 2, plus petit, tous les toros sont bien ou très bien présentés, les armures, en particulier, sont bien dirigées, longues et astifinas.

     1. Arrempuro, castaño, 545 kg, 4 ans, invalide, il s'affale dès les passes de cape, mouchoir vert.
     1 bis. Hazmerreir, colorado, cornalon, 522 kg, 5 ans, invalide lui aussi, il est maintenu en piste malgré les protestations. Hazmellorar eut été un nom plus indiqué.

     2. Guardes, colorado, petit, 493 kg, 4 ans, prend deux piques, la seconde très légère, sa charge est vive, brusque et peu claire.

     3. Ballenito, castaño, 513 kg, 5 ans, prend deux piques avec bravoure, la première avec chute du groupe équestre, la deuxième vite relevée par le picador, au troisième tiers il possède une charge qui semble inépuisable con alegria et grande noblesse. Ovation.

     4. Fierecillo, 501 kg, 5 ans, encore un invalide remplacé par un réserve manso et laid de Torrealta.

     5. Halcon, negro, 523 kg, prend une bonne pique et un picotazo, puis va a menos, réserve ses charges, se défend.

     6. Coqueto, negro burraco, 547 kg, 5 ans, belle charge à la cape, première pique poussée jusqu'à la chute puis simple picotazo, lui aussi va a menos et sa charge devient incertaine.

     Bilan : 1 très bon toro (le 3), 2 toros acceptables (le 2 et le 6), 1 toro médiocre (le 5) et 3 invalides (1, 1 bis, 4).
   Pour voir un bon toro il a fallu supporter trois toros invalides. Le compte n'y est pas et Juan Pedro Domecq Morenes a du pain sur la planche s'il veut retrouver la faveur des aficionados.


   Le lendemain, trois toros de Parladé étaient à l'affiche, même propriétaire et, à ce que l'on dit, terrain d'expérience pour JPD.
   Les trois toros sont noirs, con trapío.
   Amontillado est brave en deux piques, la deuxième vite relevée, puis noble et allègre dans la muleta experte du Juli.
   Licorero est le protagoniste d'un tercio de pique inhabituel. Durant plus de cinq minutes, il sera impossible de le décoller du peto, jusqu'à ce qu'un monosabio musclé prenne le toro par la queue et parvienne à lui faire quitter le cheval. Le bicho a laissé toute son énergie dans l'aventure.
   Ingrediente est un toro médiocre du début à la fin de sa vie publique.

   Le point fort de Zaragoza, dernière étape de la temporada, est que les matadors y donnent généralement le meilleur d'eux-mêmes. Il s'agit en effet de finir l'année en beauté et de se placer favorablement pour la saison prochaine.
   Enrique Ponce a été ce qu'il est avec constance depuis 25 ans : un maitre de l'élégance, de l'intelligence et du dominio. Personnellement j'aime et j'admire ...  malgré les avantages que se donne parfois le maestro.
   Alejandro Talavante, auteur d'une grande faena au meilleur Juan Pedro, a marqué les esprits. Juste ce dont il avait besoin.
   Malgré le soutien du public, Diego Urdiales a pu constater combien il est plus difficile d'alterner avec deux figures qu'avec Fulano et Mengano.
   Juan José Padilla s'est fait renverser aux banderilles.
   Avec un sorteo défavorable, Miguel Angel Perera est passé inaperçu, tandis que le Juli, avec deux bons toros, a connu une grande journée, alternant passages brillants, sincères, voire inspirés comme ces doblones genou à terre à la fin de sa dernière faena et passages plus ventajistas.






  

lundi 13 octobre 2014

Zaragoza 2014 : offrande de fleurs à la vierge du Pilar


   Le 12 octobre, jour de l'hispanité, à Saragosse, on offre des fleurs à la vierge du Pilier. On attendait cette année plus de trois cent mille personnes regroupées par villages, quartiers, associations et même entreprises. La règle veut que l'on soit habillé d'un costume traditionnel ce qui donne au défilé un incontestable cachet. Comme souvent en Espagne, pittoresque folklorique et religiosité sérieuse y sont inextricablement mêlés.
   On a l'impression, lorsqu'on découvre la procession, qu'il s'agit d'une tradition immémoriale, aussi est-on un peu déçu d'apprendre que la tradition a été inventé récemment : en 1958, en pleine période franquiste.























avant les fleurs























dans la cathédrale : religiosité espagnole























son las onze






































































 
















photos velonero

mercredi 8 octobre 2014

Les ganaderias d'origine Santa Coloma

   Un petit élevage aragonais, celui de Los Maños, est à l'honneur aujourd'hui à la suite de l'excellente novillada lidiée à Zaragoza pour la feria du Pilar. Les listes qui suivent contiennent beaucoup d'élevages inconnus. Certains sont sans doute des coquilles vides, d'autres, comme celui de Los Maños, recèlent peut-être des perles à découvrir...

    Le comte de Santa Coloma forma son élevage en 1905 avec du bétail d'origine Murube - Ibarra auquel il rajouta des bêtes d'origine Saltillo. Le comte maintint trois rames dans son élevage : les Ibarra, les Saltillo et un croisement entre les deux. La dérivation Albaserrada (1914)  a été créée avec du bétail d'origine Saltillo alors que les dérivations Coquilla (1916) et Graciliano Perez Tabernero (1920) l'ont été avec du bétail majoritairement ibarreño. En 1932 Joaquín Buendía racheta l' élevage au comte de Santa Coloma.



Liste des élevages d'origine Santa Coloma

   Union de Criadores de Toro de Lidia (UCTL) par ordre d'ancienneté à Madrid
  • Perez de la Concha   (Santa Coloma )
  • La Quinta   ( Buendia)
  • Hernandez Pla   ( Buendia)
  • Felipe Bartolomé    (Buendia)
  • Juan Luis Fraile    (Graciliano Perez Tabernero)
  • Palomo Linares   (Graciliano )
  • Alipio Perez Tabernero   (Graciliano)
  • Joaquín Buendía
  • Victorino Martin   (Albaserrada)
  • Terrubias   (Buendia)
  • José Escobar   (Santa Coloma)
  • Pilar Poblacion del Castillo   (Graciliano )
  • Dionisio Rodriguez    (Santa Coloma)
  • German Gervas    (Buendia)
  • Pallarés
  • Vinhas    (Buendia)
  • José Escolar Gil    (Albaserrada)
  • Adolfo Martin     (Albaserrada)
  • San Martin    (Santa Coloma)
  • Rehuelga    (Buendia)
  • Flor de Jara   (Buendia)
   UCTL sans ancienneté
  • Esteban Escolar 
  • La Fresneda
  • Los Camino
  • Rio Grande   (Graciliano)
  • Valdellan    ( Graciliano)
  • Flores Albarran
  • Ana Romero
  • Surga
  • Mauricio Soler Escobar
  • Hoyo de la Gitana
  • José Juan Perez Tabernero Poblacion  (Graciliano)
  • Candido Garcia
  • Los Puentes de Castillejo
  • Sanchez Fabres 

Associacion de Ganaderias de Lidia (AGL)
  • El Verdinal
  • Francisco Javier Escolar
  • Luis Carlos Gayo
  • Julio Buendia
  • Benjamin Gomez
  • Inocencio Herrero
  • Huertas de Malhincada
  • Maria del Sagrario Huertas
  • Victor Huertas
  • Lastur
  • Los Maños
  • Los Pradillos
  • Venancio Martin   (Coquilla)
  • Mateo y Rodrigo
  • Benito Mora
  • Juan Vicente Mora
  • Hermanos Mora
  • Adolfo Rodriguez Montesinos
  • Marcos Saenz de Miera Bartolomé  (Graciliano)
  • Frumencio Sanchez
  • Maria Antonia de la Serna
  • Cesar Jimenez
  • Pablo Mayoral
  • Alonso Ramirez
  • Angoso Catalina
  • Coquilla de Sanchez Arjona   (Coquilla)
  • Julio Jimenez
  • Francisco Madrazo
  • José Luis Mayoral
  • Benito Ramajo
  • Rodriguez Gomez
  • Rodriguez de Iruelo
  • Trifino Vegas
  • El Añadio
  • Antonio Ortiz
  • Santiago Palacios
  • Fernando de Guzmán
Ganaderos de Lidia Unidos (GLU)
  • Emilio Galan
  • Maria del Sagrario Reyes Aguirre
Agrupacion Española de  Ganaderos de Reses Bravas (AEGRB)
  • Blanco de Torres
  • Diego Garcia de la Peña
Asociacion de Ganaderias de Reses de Lidia
  • Aldeavieja
  • Melgar Tabernero
  • La Interrogación (Coquilla)
  • Los Celadores
Association des Eleveurs Français de Taureaux de Combat (AEFTC)
  • Granier frères "La Cruz"


mercredi 24 septembre 2014

Ganaderos en difficulté : La Quinta

   La bonne temporada 2013 réalisée par les toros de La Quinta avait, en toute logique, conduit les organisateurs à faire souvent appel à la devise rouge et verte au cours de cette saison. C'est ainsi qu'ont été lidiés  cette année en France quatre lots de toros (Istres, Mont de Marsan, Dax et Arles) et trois novilladas (Saintsever, Hagetmau, Roquefort). Hélas, au fur et à mesure que sortaient des lots décevants, l'espoir de voir l'encaste santacoloma reprendre sa juste place sur les affiches a peu à peu été réduit à néant.
   L' échec est grave et n'est pas sans conséquence car La Quinta  est actuellement le seul élevage d'origine santacoloma qui possède à la fois suffisamment de notoriété et de ganado pour pouvoir fournir sans difficulté plusieurs lots dans les arènes importantes de France et d'Espagne. Une bonne temporada aurait non seulement consolidé sa position mais aurait également pu entrainer dans son sillage d'autres élevages d'origine identique actuellement marginalisés ou en reconstruction. Face à la présence toujours plus grande des domecqs, cet échec rend la position plus fragile encore.
   Fragilité accrue par un malentendu certain. La mise à l'écart progressive de l'encaste - due en partie à sa difficulté à répondre aux exigences en trapío de la fin du siècle dernier - l'a paradoxalement poussé dans les bras de la famille torista alors que ni son histoire, ni son comportement, ni son trapío ne le prédestinaient à cela. Je me souviens parfaitement que, dans les années 70, époque où l'élevage était encore au firmament, aller voir une corrida de Joaquin Buendía c'était prendre le risque d'une sieste généralisée due à la fadeur de six toritos gris, rondouillards et peu armés. Ils n'étaient bien sûr tués que par des figures, figures capables de faire face lorsqu'un toro encasté - ça arrivait assez souvent aussi - sortait des chiqueros.
   On a aujourd'hui l'impression qu'Alvaro Martinez Conradi, propriétaire de La Quinta, n'a pas réussi à trouver la bonne alchimie. A trop vouloir créer un toro qui plaise aux figures d'aujourd'hui, il a laissé cette sosería, qui a toujours été le point faible de l'encaste, envahir son élevage au détriment de la caste.
   Mais regardons de plus près sa temporada.
   Des trois novilladas sorties en France, celle de Saintsever a été décevante car dominée par la mollesse, celle de Roquefort a été mauvaise, marquée par la faiblesse et le manque de caste, la palme revenant au sixième, de grand trapío (magnifique certes, mais hors du type) qui, durant les vingt minutes de sa vie publique, eut le comportement d'un véritable bœuf de charrette. Celle d'Hagetmau a partagé les avis. Satisfaisante pour les toreros car elle a permis de couper des oreilles, elle n'a pas convaincu l'aficion en raison d'une noblesse si fade qu'elle confinait au decastamiento.
   Les corridas seront de même tonalité. On y trouve les mêmes défauts qu'en novillada : faiblesse de pattes, sosería, incapacité à supporter le tercio de pique. Un ou deux toros acceptables à Istres, la rencontre avec un matador en forme (Ivan Fandiño) permettra de sauver la face à Mont de Marsan, mais, en fin de saison, les tardes de Dax et d'Arles constituent deux authentiques fracasos qui laisseront des traces ...  chez les organisateurs.
   La corrida de Bilbao aurait pu relever le niveau, mais elle aussi fut un fracaso avec notamment deux toros invalides et deux autres faibles; un seul, le quatrième, se montrera brave et encasté. Ce sera, avec la corrida de Gijon qui a vu deux toros récompensés par une vuelta al ruedo, la seule note d'espoir de la temporada.
   On le voit, pour Alvaro Martinez Conradi, le bilan tourne à la catastrophe : quand noblesse rime avec mollesse et faiblesse l'avenir sombre dans la grisaille. Il y a une dizaine d'années pourtant, à Vic Fezensac, Mont de Marsan, Roquefort, la noblesse des La Quinta se conjuguait avec caste et bravoure. En cette période d'uniformisation des encastes il serait dommage que les Santa Coloma ne puissent trouver leur place. L'aficion a toujours été prête à les soutenir, encore faudrait-il qu'ils ne la déçoivent pas trop souvent.

samedi 20 septembre 2014

Les lauréats du prix Hemingway

   Chaque année, depuis dix ans, les éditions Au diable vauvert éditent un recueil des meilleures nouvelles ayant concouru pour le prix Hemingway.
   Voici les lauréats :

2005 : Olivier Deck - Toreo de Salon
2006 : Olivier Boura - Pasiphae
2007 : Robert Bérard - Corrida de muerte
2008 : Vincent Bourg "Zocato" - Arequipa
2009 : Antoine Martin - Le frère de Perez
2010 : Jean Paul Didierlaurent - Brume
2011 : Robert Louison - Pas de deux
2012 : Jean Paul Didierlaurent - Mosquito
2013 : Miguel Sanchez Robles - L'ultime tragédie de l'Occident
2014 : Etienne Cuénant - Latifa
2015 : Philippe Aubert de Molay - Leçon de ténèbres
2016 : Adrien Girard - Uriel, berger sans lune






Pour célébrer le dixième anniversaire en beauté, un petit livre bilingue français-espagnol a vu le jour dans lequel les huit premiers lauréats ont écrit une nouvelle avec contrainte (temps limité, thème tiré au sort, fin par le mot empreinte). Une preuve d'aficion (à la nouvelle) de la part de l'éditeur.




lundi 8 septembre 2014

Où sont les jeunes?

      En regardant les derniers cartels de la feria du Pilar à Zaragoza on a l'impression qu'aucun jeune matador n'existe. Le plus récemment doctoré n'est autre que Daniel Luque qui a pris l'alternative en 2007, il y a donc 7 ans! Vraiment incroyable!
   Certes on sait que Simon Casas, l'organisateur du lieu, sous des dehors agités, est depuis longtemps confit dans le conformisme. Mais quand même! On en viendrait à croire que personne n'a pris l'alternative depuis 2007. Bien sûr, on a connu des époques plus brillantes en jeunes pousses mais Alberto Lamelas, Pepe Moral, Juan del Alamo, Jimenez Fortes, David Galvan, Lopez Simon ou Juan Leal ne sont pas tout à fait des inconnus et, cette année, Rafael Cerro, Javier Jimenez et Roman sont devenus matadors de toro. Mais rien, nada, niente, pas la moindre petite place, ne serait-ce que pour l'un d'entre eux ... Une drôle de façon de préparer l'avenir!


Chronologie des alternatives depuis 2001


 





















 photo velonero

jeudi 28 août 2014

Quelques jours à Bilbao

























 Les toros de Domingo Hernandez "Garcigrande"
   La ganaderia Domingo Hernandez "Garcigrande" n'est pas celle qui vend actuellement le plus de toros pour rien. Elle semble avoir réussi à produire en série des toros que tout le monde aime. Les matadors car leur noblesse naïve permet beaucoup et gêne peu, les aficionados car la corrida est brillante sans être scandaleuse, le grand public car on coupe des oreilles et les organisateurs pour toutes ces raisons réunies. Le hic : l'uniformité, le manque de personnalité, de passion. Le règne du prévisible.
   Hechicero le 3 était sans doute un toro brave car il n'a cessé de charger. Il n'a impressionné personne lors du tercio de pique mais il faut reconnaitre que les toreros n'ont rien fait pour l'y mettre en valeur. Ce que je lui reprocherais c'est l'impression qu'il m'a donné de n'être qu'une mécanique, une machine à embestir (mais peut-être cela tient-il aussi à celui qui l'a toréé). Deux fois, lors des remates, il a perdu de vue la muleta et il s'est arrêté, perdu, tête en l'air, montrant le cul à son torero. Un signe habituel de decastamiento.


















Miguel Angel Perera
   Je n'ai pas aimé non plus la faena que lui a donné Miguel Angel Perera, trop facile, trop superficielle. Son toreo, en ce qui me concerne, ne passe pas la rampe devant ce genre de toro.
   Une minorité d'âmes sensibles ayant demandé l'indulto de la brave bête, Miguel Angel s'en trouva tout déconcentré et tua de manière calamiteuse.
   Que les Péréristes se rassurent (j'ai l'impression que tout le monde, cette année, est devenu pérériste) j'ai, en revanche, bien aimé l'Extremeño à son second toro. Celui-ci était loin d'être un foudre de guerre, mais il sut le mettre en confiance et le dominer sans brusquerie. Faena précise, templée, parfaitement construite. Un travail encore mal conclu, épée en main par un  bajonazo qui passa inaperçu d'une partie du public - le toro tomba illico foudroyé - mais pas du président (une seule oreille, donc).
   Et je l'ai carrément trouvé formidable le lendemain face à un Jandilla atypique, à la charge d'une extrême brusquerie - il sautait dans la muleta -  que le maestro, d'une sérénité imperturbable, domina remarquablement. Oreille encore envolée après nouvel échec à l'épée.

Être matador
   Matador, c'est l'honorable profession qu'exercent Miguel Angel Perera et Ivan Fandiño. Or, en huit toros, tous deux ont accumulé un nombre incroyable d'échecs épée en main. L'Extremeño a perdu ainsi au moins quatre oreilles. Ses bajonazos à répétition ont marqué son incapacité à se livrer sans appréhension au moment où il est nécessaire de quitter des yeux la tête de son adversaire. Une limitation regrettable à son dominio muleta en main.
   En ce qui concerne Ivan Fandiño, la qualité de ses coups d'épée a toujours été un élément non négligeable de son succès. Pourtant, en deux jours, lui aussi a complètement failli en ce domaine et a accessoirement perdu plusieurs oreilles. Ses pinchazos tendidos à répétition semblaient être portés par un novillero débutant qui ne maitrise pas encore la coordination des gestes indispensable pour porter une bonne estocade.

Les toros de Jandilla
   Les toros de Jandilla furent inégaux en caste mais intéressants par la variété de leur comportement.
   Dans l'ordre :
   - deux colorados faibles et décastés
   - un cinqueño avisé et brusque
   - un quatrième listo et revoltoso
   - un cinquième cinqueño à l'étrange embestida: sa charge était longue et galopante mais il sautait pour essayer d'attraper la muleta; il permit à M. A. Perera de montrer l'étendue de son dominio
   - enfin le dernier au comportement plus attendu, un burraco très noble et faible.

Juan José Padilla
   Réflexes amoindris, champ de vision réduit, Juan José Padilla ne put lutter à armes égales contre Trailero le quatrième Jandilla, d'autant que son pundonor toujours intact le poussa à relever le défi que lui imposait la caste du toro. Celui-ci, en le prenant deux fois, pour deux grosses cogidas au cours desquelles on frôla un nouveau drame, envoya un message très clair au Jerezano : "Torero, l'heure de la retraite a sonné!"

Le président
   En refusant la deuxième oreille à Perera après un bajonazo et en ne prenant pas en compte la demande (il est vrai très minoritaire) d'indulto pour Hechicero, le président Matias Gonzalez fut
encore une fois parfait dans son rôle de gardien du temple. Au grand dam des démagogues de la fiesta!


















photos velonero : vuelta à Hechicero de Garcigrande
                            vue depuis Artxanda (on aperçoit la plaza de toros)

Nota : Je reviendrai plus tard sur les toros de La Quinta

lundi 18 août 2014

Un lot extraordinaire de Pedraza de Yeltes



   Il est rare, extrêmement rare, d'assister au combat d'un lot aussi complet que celui lidié en ce samedi 14 août dans les arènes de Dax.
   Et d'abord à la pique où 17 fois les Pedraza partirent à l'assaut de la cavalerie en galopant puis en poussant  longuement et sans jamais relâcher leur pression sur le cheval, avec toute leur bravoure de véritables toros de combat. Le point d'orgue étant le tercio d'anthologie offert par Miralto, troisième toro de la tarde. 4 grandes piques prises de plus en plus loin, la dernière depuis l'opposé de la piste, et tenues d'une main de fer par cet authentique maestro qu'est Tito Sandoval.
   Puis, à l'exception du deuxième, tous nobles avec de la fixité et le désir, toujours, d'aller jusqu'au bout de leur charge. La noblesse des authentiques braves.
   Il est certain que ce lot marquera de son empreinte la temporada et il faut féliciter les organisateurs dacquois pour l'avoir présenté en leur feria. Il est certain aussi que la présence physique et le comportement de ces toros remet en cause quelques idées reçues.
   La première concerne le poids. Lorsque j'en ai pris connaissance (autour de 600 kg) sur le programme distribué à l'entrée, j'ai un peu tordu le nez, craignant que des toros si lourds ne tiennent pas la distance. Il n'en a rien été. Au contraire, leur masse physique leur a sans doute donné un surcroit de puissance. Bien élevé et doté de bravoure et de caste il semblerait que l'encaste Parladé - Domecq (contrairement à d'autres) ait plus à gagner qu'à perdre à fleurter avec les 600 kg.
   On accuse souvent les toros d'origine domecq de n'être que des toros de troisième tiers et c'est souvent vrai. Les Pedraza de Yeltes ont prouvé qu'il pouvait en être autrement. Tous ont eu suffisamment de ressources physiques  pour que leur caste puisse à la fois s'exprimer pleinement au cours du premier tiers, mais aussi, par la suite, au dernier tiers au cours duquel ils ont développé des charges puissantes et longues - y compris les deux de Ferrera qui avaient été sciemment massacrés aux piques ( le 4 avant de s'arrêter, visiblement au bout du rouleau, avait chargé avec une étonnante vivacité). Les toros de Pedraza de Yeltes ont été sans conteste des toros complets.
   Il faut en venir maintenant aux points noirs de la course car, trois fois hélas, il y eut aussi beaucoup de ratés en cette après-midi qui aurait dû être triomphale et qui ne le fut pas en raison de l'insuffisance de certains éléments humains. La fameuse équation taurine Toros + Matadors = Constante fut une fois de plus parfaitement respectée.
   Antonio Ferrera s'est contenté de toucher le cachet. Il gâcha deux grands toros et repartit sous les sifflets. Honte à lui!
   On connait les limites de Javier Castaño muleta en main, on les accepte en contrepartie des qualités de sa cuadrilla. Mais voir les deux toros de bandera qui lui échurent aujourd'hui mourir tristement sous une kyrielle de pinchazos mal portés par un torero de troisième catégorie laissa en bouche un goût amer.
   En comparaison, Diego Urdiales fait figure de génie. Pourtant sa tarde - même si c'est à lui que l'on doit les moments de meilleur toreo - fut loin d'être glorieuse. Il connut d'abord les affres des trois avis face à un toro haut, puissant et incertain de comportement auquel il répondit lui-même par l'incertitude de ses actions. Si l'on ajoute à cela les préalables atermoiements sur la troisième pique  qui finalement ne fut pas donnée et l'affolement de sa cuadrilla dans les dernières minutes, les trois avis sonnèrent comme une fatalité.
   Il eut le mérite de reprendre confiance face au cinquième au point de réussir une assez bonne faena suivie d'une entière desprendida. Le tout ne méritant pas les deux oreilles accordées par un président inconséquent. Car, de ce fait, la grande tarde de toros offerte par les Pedraza de Yeltes se termina dans le ridicule avec la sortie a hombros dans l'indifférence générale d'un matador qui avait reçu trois avis pendant que le public réclamait à pleins poumons la présence dans le ruedo d'un mayoral par trop discret.
  Dacquois, il va falloir apprendre aussi à mettre en scène le triomphe des élevages!




mardi 12 août 2014

Des taureaux en Belgique

Bien que possédant de nombreux aficionados et plusieurs clubs taurins, la Belgique, dont le territoire appartint longtemps à la couronne espagnole, n'est pas terre taurine. Pourtant le culte du taureau y pointe parfois sa corne.
























Du nord au sud, d'est en ouest, à travers tout le pays, s'affiche le logo de la bière la plus populaire de Belgique, la Jupiler.
























Deux taureaux semblent monter la garde devant la cathédrale de Bruxelles (sculpture de Matthieu Michotte).


























Au hasard de la visite des prestigieuses collections des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique on peut tomber nez à nez avec cette sculpture de Léon Mignon.





















Dans la capitale européenne l'Enlèvement d'Europe s'imposait. Placée devant l'immeuble du Conseil de l'Union Européenne cette œuvre de Léon de Pas semble symboliser la fragilité de la démocratie face au pouvoir des technocrates et des lobbyistes (pas moins de 10 000 d'entre eux gravitent dans les parages!).



















Et oui! Il existe bel et bien une plaza de toros à Bruxelles!
La Maestranzita  en el parc Mini- Europe, vue depuis l'Atomium.

photos : Velonero et Laetitia D.

vendredi 8 août 2014

Hommage à Hubert Yonnet

   De retour d'un séjour en terres septentrionales, je remonte, sur mon ordinateur, le cours de l'actualité taurine et apprend la nouvelle de la mort d'Hubert Yonnet.
   Chacun sait qu'Hubert Yonnet a été un éleveur remarquable. N'oublions pas qu'il fut aussi, en particulier lorsqu'il était à la tête des arènes d'Arles, un organisateur exemplaire. Pour lui rendre hommage, cette photo de Cassaïre, novillo combattu à Roquefort en 2005 par Alberto Aguilar.



  Cassaïre, sixième novillo de l'après-midi, prit 4 piques pour une chute et fut honoré d'une vuelta al ruedo.
   Je garde aussi comme précieux souvenir la novillada lidiée en Arles par El Lobo, Morenito d'Arles et Diamante Negro pour la feria pascale de 1997. Six novillos qui représentaient par leur trapío, bravoure, noblesse, poder et caste tout ce qu'un aficionado (et un bon torero) peuvent attendre de mieux d'un toro de combat.

photo : Christophe Georgeval
   

dimanche 27 juillet 2014

Roquefort : le retour des novillos de La Quinta

































Vendredi 15 août
11h. novillada sans picadors
erales de L'Astarac, Malabat, Alma Serena, Casanueva
Luis David Adame - El Adoureño

18h. novillada
La Quinta
Gonzalo Caballero - Borja Jimenez - Andres Roca Rey

Photo
Photo


 Photo


Les novillos du fer de La Quinta fouleront le sable du ruedo roquefortois pour la sixième fois. Il y a une dizaine d'années ils ont été les protagonistes de novilladas de haut niveau.

2002   La Quinta
Emilio Laserna - Javier Solis - Sanchez Mora
 Lot magnifique, tercios de pique de qualité et vuelta pour Bolichero, cinquième novillo de l'après-midi.

2003   La Quinta
Javier Solis - Miguelin Murillo - Luis Bolivar
 Le lot entier est de qualité exceptionnelle (vuelta du 1, Escandalo et du 4, Pavito), novilleros et picadors à l'unisson : une tarde pour le souvenir.

2004   La Quinta
Salvador Cortes - Carlos Doyague - José Luis Torres
 Vuelta pour le 3 Cantinero et triomphe de José Luis Torres.

2008   La Quinta
Antonio Nazaré - El Payo - Javier Cortes
 Retour en juin des La Quinta après une interruption due à la langue bleue, un lot un peu inégal mais encasté.

2009   La Quinta
Javier Cortes - Ignacio Gonzalez - Angelino de Arriaga
 Déception dans un ensemble où la fadeur domine.


photos au campo (mars 2014) : Xavier Martin


mercredi 23 juillet 2014

Madeleine 2014 : novillada et corrida de Victorino Martin

La novillada matinale
   Les novillos de l'éleveur gersois Jean Louis DARRÉ "CAMINO de SANTIAGO" ont apporté de la diversité et de l'intérêt à la matinée. Le premier bis faible de pattes (ça commençait mal car il remplaçait le titulaire invalide), le deuxième fuyard, puissant et mobile, le troisième noble et le quatrième manso mobile.
   Gines MARIN a laissé sa carte de visite : toreo fin et élégant, sincérité et aisance technique. Deux oreilles du trois et un novillero que l'on a envie de revoir.
   Louis HUSSON avec les deux mansos ne perdit pas pied et en termina par une grande estocade qui lui valu une oreille.

Corrida de VICTORINO MARTIN
   Le lot de Victorino en trois mots : trapío, fixité, noblesse. Avec trois très bons toros. Le 1 à la charge puissante, un de ces toros dont on dit qu'ils transmettent; le 3 un toro muy serio qui est allé à mas dans la muleta assurée d'Alberto Aguilar; le 5 enfin, mal mis en valeur au premier tercio puis avec une noblesse pastueña exigeant un toreo de qualité. 13 piques pour l'ensemble avec des poussées irrégulières.
   Diego URDIALES a conquis le public et son triomphe fut des plus légitimes. Quel engagement! Quelle sincérité! Quelle sûreté pour un torero qui torée si peu! Et quelle beauté dans son toreo!
   Maintenant une question. A 39 ans, après 15 ans d'alternative, Diego faisait sa présentation aux arènes du Plumaçon. Que penser d'un système taurin qui a caché aux Montois (et à bien d'autres) un torero d'une telle qualité?
   Alberto AGUILAR a connu une bonne tarde, rassurante dans une temporada qui, après une blessure cet hiver en Amérique qui lui a laissé des séquelles physiques bien visibles, s'avère difficile pour lui. Mais toujours cette faiblesse à l'épée.
   Manuel ESCRIBANO est passé à côté du 5. Profilé, superficiel, allant a menos ... et souffrant de la comparaison avec ses compañeros, il ne dut qu'à une excellente estocade de couper l'oreille. Le bon public montois sut lui signifier qu'il était en droit d'attendre mieux devant un tel toro.
  

mardi 22 juillet 2014

Madeleine 2014 : corrida de La Quinta

   Était clairement exprimée chez les aficionados à la sortie de cette deuxième corrida des fêtes de Mont de Marsan qui fut pourtant une corrida que l'on pourrait qualifier d'entretenida et qui vit le triomphe d'un matador (Ivan Fandiño) et le succès d'un autre (Antonio Ferrera) une très nette insatisfaction.
   Le cartel avait tellement fait rêver que la prosaïque réalité d'une assez bonne tarde ordinaire ne pouvait qu'avoir un petit goût de grise banalité.
   On attendait d'abord les toros de La Quinta. Leur bonne temporada 2013 avait ravivé ici le souvenir de l'immense lot de 2008, étaient présent aussi dans la mémoire de beaucoup les grands toros des corridas-concours vicoises ainsi que les excellentes novilladas roquefortoises d'il y a quelques années.
   Il y avait ensuite la perspective du duel El Juli - Ivan Fandiño, duel entre deux idoles montoises, l'ancienne et la nouvelle, mais duel aussi entre deux conceptions radicalement opposées de l'éthique taurine.
   Or, les toros de La Quinta ont été nettement en dessous des attentes; quant au duel il n'a pas eu lieu en raison de l'abdication de l'un des combattants.

   D'entrée, Espartero premier toro de La Quinta se chargea de doucher les espérances. Haut, maigre, pustuleux et invalide, il avait sans doute, grâce à l'opportunité de ce voyage vers Mont de Marsan, évité la triste fin de l'abattoir que ses six herbes semblaient devoir lui promettre. Il donna le ton de la course, celui de la faiblesse qui réduisit le tercio de pique à une simple formalité. Dès lors, malgré quelques retours de caste, surtout en fin de combat, la tarde ne pouvait dépasser le niveau d'une corrida pour vedette qui fonctionne. C'était nettement insuffisant en regard des espoirs de l'aficion.
   Celui qui ne fonctionna pas en revanche ce fut El Juli. Nous avons assisté de manière tout à fait inattendue à un surprenant effondrement moral de sa part. Des caricatures de julipiés ratés à son premier au renoncement à toute faena à son second (alors que le toro s'était montré d'une grande noblesse à la cape) jusqu'à la sortie sous les sifflets, le Juli a bu ce jour le calice jusqu'à la lie.
   Faut-il y voir un simple accident de parcours lié à un lieu - le Sud Ouest de la France - dans lequel il ne se sent plus en territoire conquis? Doit-on penser qu'il a surestimé ses forces et que ses épaules ne sont pas assez larges pour assumer à la fois la competencia sur le sable des arènes et la guérilla qu'il mène contre les organisateurs  dans les coulisses? ... Ses prochaines actuations nous en diront peut-être davantage...
   Tout cela ne doit pas occulter les satisfactions de la tarde. A commencer par Ivan Fandiño venu, lui, en découdre et repartant avec trois oreilles; et le plaisir de revoir, après tant d'années, Antonio Ferrera qui sut faire apprécier sa maturité rayonnante.
   A propos d'Antonio Ferrera, il est bon de se souvenir qu'il avait, lui aussi, en ses jeunes années, osé défier le Madrilène (rappelons-nous une certaine tarde dacquoise). Il avait alors été écrasé par le système Juli qui l'avait ostracisé sans ménagement.

Mais la temporada suit son cours. On attendra avec intérêt le combat des novillos de La Quinta à Hagetmau et à Roquefort ainsi que la répétition du cartel montois en août à Bilbao  tant "la corrida est le spectacle mêlé d'une déception et d'une espérance toujours renouvelées¹"

¹Bernard Marcadé, Ai no corrida, in Artpress 2 n°33 "L'art de la tauromachie" (une excellente surprise que ce numéro et une lecture passionnante)

mardi 15 juillet 2014

Jacques Faget de Baure, premier aficionado orthézien

   Avocat, homme politique (il sera député des Basses-Pyrénées sous la Restauration), historien, Jacques Faget de Baure, né à Orthez en 1755, est sans doute le premier aficionado local ... d'une longue lignée.

   Le voici vers 1780 à Pampelune, précisément pour la San Fermin : "Tout était en mouvement : les vieillards eux-mêmes étaient dans une agitation qu'il est difficile de concevoir."

   Il assiste bien sûr à un encierro :
   "Ces taureaux sont des animaux sauvages, on va les chercher au sommet des montagnes. On les attire en leur présentant des vaches, que l'on se hâte ensuite de chasser devant eux. Ils les suivent, entraînés par un penchant aveugle. On les conduit ainsi jusqu'à Pampelune; au moment où ils doivent entrer dans la ville, tous les habitants se rangent des deux côtés de la rue, laissant entre eux un passage libre. Les taureaux, toujours précédés par les vaches, s'élancent impétueusement à travers deux files de manteaux qui voltigent sur leur passage; des applaudissement retentissent autour d'eux; leur course est si rapide qu'ils ne se détournent jamais. On les prendrait pour des conquérants qui ne daignent pas jeter les yeux sur leurs conquêtes."

   Et, bon sang ne saurait mentir, il nous offre une profession de foi toriste :
   "Le taureau est réellement le héros de ce spectacle. C'est sur lui que l'intérêt se réunit. Il est fier, impérieux, indomptable. Il a la force, la beauté, le courage : il est malheureux. Que faut-il de plus pour en faire un héros de tragédie?"

source : Bartolomé et Lucile Bennassar, Le voyage en Espagne anthologie des voyageurs français et francophones du XVIème au XIXème siècle, Robert Laffont bouquins.

vendredi 11 juillet 2014

Expertise des cornes 2013

   Les anti-taurins, nos meilleurs ennemis, se complaisent dans le rôle de petits roquets qui nous mordillent les mollets. Leurs visages haineux et leur agitation hystérique entrevus ces derniers temps à proximité des arènes en arriveraient, par comparaison, à nous faire passer pour les meilleures personnes du monde, auprès de nous mêmes comme auprès des nombreux quidams sans opinion bien définie sur les toros mais éberlués par leurs pantomimes grotesques et agressives.
   Leur action a également permis, on le sait, de renforcer la légalité de la corrida en France.
   En ce qui concerne la lutte qu'ont toujours menée les aficionados pour le respect de l'éthique de la corrida et en particulier contre la pratique de l'afeitado, j'ignore dans quelle mesure la perspective de les voir s'emparer de tout scandale impose la prudence aux mauvais penchants du mundillo. On peut en tout cas penser que les expertises de cornes réalisées sous la houlette de l'UVTF permettent de contenir le phénomène. Car, parmi les aficionados, qui ferait confiance aux matadors du G5 et à leurs éminences grises si la bride ne leur était pas un peu tenue?

   Voici donc publié le rapport portant sur les armures prélevées durant la temporada 2013 dans les arènes françaises de première catégorie (sauf Nîmes qui semble craindre ce contrôle et refuse de s'y soumettre).
   Rien de nouveau sous le soleil, les résultats ressemblent comme deux gouttes d'eau à ceux de l'an passé.
   Fuente Ymbro continue à abuser de l'arreglado (6 au total; soit 2 par course, ce qui correspond au maximum autorisé), de même que Dax chez les villes (8 arreglados déclarés dans la temporada!).

Au tableau d'honneur des élevages (ni afeitado, ni arreglado) :

      - José ESCOLAR GIL
     - Domingo HERNANDEZ ''GARCIGRANDE''
     - La QUINTA
     - Adelaida RODRIGUEZ

vendredi 4 juillet 2014

Soria (3)


Domingo de Calderas

   Si le catholicisme espagnol avec son culte des reliques, des saints et des innombrables vierges fleurte souvent avec le paganisme, la procession du domingo de Calderas est, elle, entièrement païenne. Chaque Cuadrilla dont les membres sont habillés de vêtements traditionnels accompagne dans les rues de la ville sa Caldera, un petit paso fleuri et décoré au centre duquel trône l'essentiel : la nourriture, disposée dans un chaudron (caldera). Poulet, viande de toro,chorizo, œufs, fruits, pain et vin traversent ainsi la ville depuis la plaza Mayor jusqu'au Parque Municipal.
















































































Corrida d'El Torreon : un Fandiño de haut niveau

   La corrida d'EL TORREON est discrète de présentation, médiocre de caste et souvent faible de pattes. 6 toros, 6 piques.
   Le public a quasiment rempli les arènes. C'est un public gentil sans être triomphaliste et qui garde certains critères. Ainsi le deuxième toro est sérieusement protesté pour sa faiblesse et son manque de trapío.
   Sébastien CASTELLA fait preuve de professionnalisme mais il lui a manqué l'étincelle que les toros n'apportaient pas.
   Ivan FANDIÑO, au contraire, est en permanence animé par une éclatante volonté de triompher. Avec, en plus, un toreo à la hauteur de ses ambitions. Sa faena  au cinquième fut marquée par la sincérité, le dominio et la profondeur. Deux oreilles méritées après une bonne entière.
   Sans pousser le contre-ut, Alejandro Talavante construit bien ses faenas et se montre efficace épée en main (oreille et oreille).
























NB
Jueves la Saca
On peut voir sur l'affiche de la feria une photographie qui interroge. Il s'agit de l'évènement taurin le plus original de la feria, attesté depuis le XVIème siècle. Au cours de ce qui s'apparente à une abrivado, les douze novillos qui seront combattus le lendemain sont amenés depuis le monte Valonsadero situé à cinq kilomètres de la ville jusqu'à la plaza de toros.
Pour plus de précisions sur cet évènement et bien d'autres, tant ces fêtes semblent regorger de richesses, voir le site très complet : sanjuaneando.com