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lundi 26 mai 2025

Tienta à Roquefort

 
   Quoi de plus pédagogique et fomenteur d'aficion qu'une tienta publique commentée par un professionnel (Julien Lescarret) et précédée d'une séance de toreo de salon !
 
Retour sur une belle matinée grâce aux photos de Laurent Bernède.
 
 

 
 
 
 
 
C'est Laurent Langlois qui officiait comme picador, avec le doigté approprié à ce genre de circonstance.
 
 
 
 

 

El Rafi, parfait dans son rôle, remplaçait Isaac Fonseca, initialement prévu mais appelé à toréer à Leon dans son Mexique natal.
 
 
 
 

 
Jules Dujols, élève de l'école Adour Aficion, avait le rôle ingrat mais instructif d'intervenir à la fin de chaque lidia après avoir pu cependant tirer profit du travail de qualité d'El Rafi.
 
 
 
 
Philippe Bats, ganadero d'Alma Serena et El Rafi. 
Les deux vaches firent preuve de beaucoup de qualités, l'éleveur indiqua que la seconde deviendrait reproductrice.
 
 
 

 

lundi 5 août 2024

Roquefort : novillada de Valverde pour le 15 août

 
 
   Outre la présence des novillos de Valverde, l'intérêt de la tarde viendra de la terna novilleril, très peu vue dans la région. Le Nîmois Niño Julian a triomphé plusieurs fois en ce début d'année dans le Sud Est. Pedro Luis s'est montré à son avantage l'an dernier lors de la novillada non piquée dans la plaza roquefortoise. Autre avantage pour lui, il est conseillé par Morenito de Aranda, un gage de qualité. Enfin Mariscal Ruiz, issu d'une grande famille taurine sévillane, est le tout récent vainqueur du Circuit des Novilladas d'Andalousie.

   En 1985, la feria de Bilbao ronronnait depuis plusieurs jours, comme elle a toujours su si bien le faire, lorsque le hasard fit sortir en lieu et place d'un Jandilla invalide, un sobrero de l'élevage du Curé de Valverde. Aussitôt les étagères se réveillèrent, il se passait enfin quelque chose. Le manso con casta faisait le ménage en piste, il renversa deux fois le picador et fit suer la goutte à Julio Robles. Le soir, on ne parlait que de lui.
   Après avoir été propriété de Cesario Sanchez Martin, curé de Valverde, de 1953 à sa mort en1994, la ganaderia est, depuis 2012, entre les mains de Jean Luc Couturier, un aficionado du Sud Est qui, grâce à l'argent gagné dans la boulangerie industrielle, a préféré passer sa retraite à s'occuper d'un élevage de toros braves plutôt qu'à jouer aux boules sur la place du village.
   L'élevage affiche une origine Comte de la Corte, dernièrement rafraichie par un apport de Salvador Domecq. Depuis le début de la temporada, il cumule les succès (Saint-Martin-de-Crau, Boujon-sur-Libron, Beaucaire), autorisant tous les espoirs pour la course de ce jeudi 15 août à Roquefort.
 
 

 
 



 

lundi 5 février 2024

Croquis de la fête taurine (poèmes 10)

 
Cuadri 

Un barrage d'eaux noires
se rompt
Coup hardi 
emportant tout sur son passage




Maria Luisa Dominguez Perez de Vargas

La perfection existe-t-elle ?
Si oui
elle ressemble
à un toro de Maria Luisa Dominguez Perez de Vargas




Cebada Gago

Ah ! ces bogues dagues qui piquent
et 
qui
s'activent dans le cirque et dans les cœurs 








mercredi 24 janvier 2024

Deux bibles (pour mieux connaître les élevages)

    Deux ouvrages récemment parus sont d'une grande utilité pour l'aficionado désireux de mieux se repérer à travers l'écheveau parfois inextricable que constitue l"ensemble des ganaderias de toros braves.
   Il y a tout d'abord l'annuaire officiel de l'UCTL, annuaire qui n'en est plus tout à fait un puisqu'il a fallu attendre cinq années avant de le voir réédité.
 

  On y trouve tous les renseignement officiels, tant administratifs qu'historiques, concernant les 344 ganaderias affiliées, dont 243 peuvent se prévaloir d'une ancienneté à Madrid.
   On y apprend aussi qu'entre 2012 et 2022, 23 ganaderias ont disparu. Mais il n'y en avait que 262 en 1990. La bulle taurine qui a sévi en Espagne entre 1990 et la crise financière de 2008 avait vu le nombre de ganaderias (comme celui des spectacles taurins) augmenter de manière totalement artificielle. La plupart n'étaient que des ganaderias de papier destinées à faciliter les héritages le moment venu. Pas sûr que les ganaderos y aient trouvé leur compte quand on sait que ceux-ci ont été obligés de brader l'an passé de nombreux fers devenus sans valeur.
   En feuilletant l'annuaire on se rend compte que s'y trouvent encore un nombre considérable de fers qui ne sont que des coquilles vides, c'est à dire qui ne possèdent plus aucune tête de bétail, et parmi eux de nombreux élevages au passé prestigieux. On sait qu'à l'inverse d'autres ont prospéré au point de devenir quasiment des élevages industriels.
 



   Les élevages de taureaux braves : genèse et évolution  de Bernard Carrère est une bible. En 200 pages, sans discours superflus, mais à l'aide d'une soixantaine de tableaux, l'auteur est parvenu à synthétiser l'histoire et l'évolution de tous les encastes et élevages depuis leur création jusqu'à aujourd'hui. Sa précieuse réussite a été de réunir sur chaque arbre généalogique, de manière très claire grâce à un subtil jeu de couleurs, les filiations liées à la fois aux fers, aux noms des élevages et aux origines. L'index très complet qui termine l'ouvrage permet de retrouver sans difficulté le tableau de l'élevage recherché.
   Bernard Carrère a accompli là un véritable travail de bénédictin, qui s'étale sur plusieurs années et pour lequel il a consulté un nombre considérable d'ouvrages. Si nous croyons que, porté par la passion qui l'habite, ce fut pour lui un plaisir, c'en est un aussi pour l'aficionado a los toros lorsqu'il le consulte. Le Carrère : une bénédiction !

Les élevages de taureaux braves - Genèse et évolution   de Bernard Carrère , Editions Passiflore , 2021 .

mercredi 24 mai 2023

Madrid, vendredi 19 mai

 
   La matinée se passe au campo, à la finca El Pecado Mortal à Colmenar Viejo, haut lieu de l'histoire ganadera madrilène. C'est là qu'est située la ganaderia Los Eulogios, non loin de celle de Flor de Jara. Dans la salle de réception, les fers historiques de Garcia Aleas, Vicente Martinez, Felix Gomez rappellent le riche passé de ces pâturages situés sur les premiers contreforts de la sierra de Guadarrama. Alors que nous ne sommes qu'à la mi-mai, l'herbe est déjà grillée ... Les temps sont durs et la finca est aménagée pour recevoir d'importants groupes. Demain ce sera un repas de communion.
 
 
 



   Manuel Sanz de la Morena possède 200 têtes de bétail  et fournit chaque année quelques novillos (origine Domecq après avoir été  Guardiola Soto) dans les arènes de la région. L'un d'entre eux doit participer en septembre à Las Ventas à une novillada concours de ganaderias de la Communauté de Madrid. Le ganadero ne cache pas qu'il préfère la sensibilité du public de Séville à celle du public madrilène.





   À 19 heures, Las Ventas affiche à nouveau le No hay billetes pour un cartel de toreros qui n'ont pas paru ces derniers temps au meilleur de leur forme.
   Mais c'est à Madrid qu'il faut voir Sébastien Castella.
   Le début de la faena à Rociero, quatrième Jandilla de l'après-midi, porte le public au rouge vif : statuaires, aidées par le bas, desprecios, pechos enchaînés à un toro qui répond parfaitement. Les séries à droite sont remarquablement templées et lorsque le Biterrois veut prendre la gauche, le fort vent qui souffle à ce moment le conduit à intelligemment repousser. Plus tard, au moment opportun, surgit ce qui sera le sommet de la faena, une énorme série de naturelles qui fait rugir Las Ventas. Après l'estocade entière, les gradins se couvrent de blanc pour demander et obtenir les deux oreilles. Sébastien Castella est bel et bien de retour.
   José Maria Manzanares a été absent tout l'après-midi mais la partie festivalière du public - de plus en plus importante à Las Ventas, hélas ! - ne pouvait pas avoir fait le déplacement sans l'applaudir un peu. En d'autres temps une prestation aussi indigente aurait provoqué deux broncas.
   En s'obstinant à toréer le troisième toro qui était un invalide, Pablo Aguado s'est montré pesant, voire indécent.
   On sentait chez les très beaux toros de Jandilla le fond de caste de la maison domecq prêt à affleurer mais, hormis le 4, leur regrettable faiblesse de pattes réduisit leur combat à bien peu de choses.



mercredi 29 mars 2023

Alejandro Fermin en torero

    On sait que le vent est l'ennemi des toreros, la mort de l'infortuné Victor Barrio en est sans doute, dans l'histoire récente de la tauromachie, le plus tragique exemple. Dimanche, à Cercedilla, dans la Sierra de Guadarrama, les drapeaux claquaient dans le ciel pur castillan et les muletas étaient soulevées comme des vieux chiffons. C'est à la suite d'une de ces rafales qu'Alejandro Fermin, soudain mis à découvert, se retrouva avec la corne de son opposant dans la cuisse. On l'emmena à l'infirmerie, mais très vite le torero en revint, cuisse rougie et orifice de la cornada bien visible. Il donna d'admirables naturelles à son adversaire puis le tua avec difficulté. Le public obtint pour lui l'oreille du courage et de la toreria et ce n'est qu'après avoir accompli le tour de piste qu'il regagna l'infirmerie pour se faire opérer d'une cornada de double trajectoire et de trente centimètre de profondeur. C'est ainsi que les matadors sont grands !
   Jusqu'à ce jour le nom d'Alejandro Fermin n'avait eu que peu de résonance. Après cette épreuve, il mérite l'attention des aficionados (et des organisateurs), non seulement pour son courage mais aussi pour sa manière d'être dans la l'arène et son toreo.
 
   Cette corrida de la copa Chenel avait aussi pour intérêt la présence de trois toros de la ganaderia Quintas, annoncée avec des origines Vicente Martinez. Si le second, berrendo en negro, fut retiré pour invalidité, les deux autres, par leur piquant et leurs charges vibrantes furent des toros pourvoyeurs d'émotion. Solero, premier sorti, était un magnifique sardo, ensabanado en capirote tout droit sorti des estampes du XIXè siècle. Il prit une pique en poussant et fut un toro encasté, de charge courte mais vibrante. Le troisième, un petit noir, prit deux piques en se défendant, puis garda toute sa vivacité. C'est à lui que le vent montra le chemin de la cuisse du torero.

   















Alejandro Fermin en Cercedilla

lundi 13 mars 2023

La foi d'Isaac Fonseca


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Torres de la Alameda (Madrid), deuxième corrida de la copa Chenel
 
   Le lourd toro de Lopez Gibaja a pris deux piques sans s'employer  et a gardé toute sa mobilité. Isaac Fonseca le cite au centre du ruedo pour une passe changée. L'animal fuse sur le torero, le prend et le reprend violemment. Pendant qu'on emmène le maestro inanimé à l'infirmerie mobile, tout le monde imagine le pire. Mais, miracle de la tauromachie, celui-ci revient en piste au bout de quelques minutes. Son costume et son corps ont visiblement souffert mais, dans l'émotion d'une tauromachie authentique, il trouvera, face à ses deux adversaires, les solutions aux problèmes posés. Ce fut, grâce aux caméras de Telemadrid, ma première émotion de la temporada.
   Attention à Isaac Fonseca ! Ce petit Mexicain déborde d'énergie  et de courage mais aussi d'intelligence et de sens de la lidia. Si les toros ne le mangent pas, il pourrait être l'un des toreros les plus intéressants de la temporada. Heureuses les arènes qui l'ont mis ou le mettront à l'affiche. D'autres, comme Séville qui l'a pourtant vu triompher avec force l'an dernier en tant que novillero, n'ont pas daigné lui offrir le moindre contrat, réservant toutes les places pour un trop-plein de figures.
 
   L'autre intérêt de la course résidait dans la présence des toros de Concha y Sierra. On sait que l'élevage est l'un des rares de la cabaña brava à posséder une origine vazqueña. Contrairement aux puissants et difficiles veraguas, les conchaysierras représentent la face la plus douce de l'encaste, ce qui leur a longtemps permis de figurer dans les principales ferias avant de connaître un inexorable déclin. Ces dernières années, Jean-Luc Couturier a tenté de sortir l'élevage du bache avant de le revendre à un ganadero de Guadalajara. Sur les quatre lidiés ce dimanche, deux montrèrent des qualités qui laissent à penser que le travail accompli ne l'a pas été en vain. Le cinquième, d'une mobilité inépuisable et le sixième, d'une belle noblesse, ouvrent des espérances pour un possible renouveau de ce fer historique.  
 

 

 














photo 1 : Isaac Fonseca   Torres de Alameda (site Copa Chenel)
photo 2 : Coscorron de Concha y Sierra quinto de la tarde (blog Toro en el Campo)

jeudi 8 décembre 2022

Bilan 2022

   Maintenant que les miasmes de l'animalisme radical ont été (provisoirement) évacués et que les donneurs de leçon en ont pris une bonne, nous pouvons nous consacrer à nouveau aux choses sérieuses de l'arène plutôt qu'aux simagrées d'hommes politiques aux valeurs dévoyées.
 
   Il faut le dire : la temporada 2022 a été bonne. En quantité et en qualité. Le nombre de spectacles a dépassé celui de 2019, année de référence antérieure au covid. Depuis déjà plusieurs années, le public espagnol  a considérablement rajeuni (mais peut-être est-ce la perception erronée d'un homme qui vieillit) et, si en France le mouvement est moins marqué, nous avons eu, à l'occasion des récents évènements politiques, le plaisir de constater que les jeunes aficionados avaient pris une part non négligeable dans les actions entreprises pour défendre notre culture.
   La qualité ce sont d'abord les toros qui la donnent par leur présentation et leur caste. La caste est bien sûr fluctuante, mais les aficionados, selon leurs goûts, ont une idée des élevages qu'il vaut mieux éviter pour ne pas connaitre une après-midi décevante. Sauf rares exceptions, la présentation a été excellente dans les arènes de première catégorie, bénéficiant cette année encore de nombreux lots cinqueños, invendus des années covid. Et puis, lorsque l'on considère la temporada de haut niveau réalisée par Morante de la Puebla, Daniel Luque, Roca Rey et El Juli, on se dit que l'on a connu des époques moins fastes. Sans oublier les nombreuses corridas toristes qui constituent des ferments d'aficion et qui, aussi bien en France qu'en Espagne, ont parfois connu de belles réussites.
 

Ma corrida rêvée

                 6  toros de Victoriano del Rio  6
      Morante de la Puebla - Daniel Luque - Roca Rey
 

   Ce que Morante a fait au cours de la saison est un petit miracle qu'aucun aficionado, même morantiste, n'aurait osé espérer il y a quelques années. Toréer cent corridas avec cette fraicheur, cette joie d'être dans la plaza, cette créativité et bien sûr cet art et cette profondeur a été comme un souffle de subtils et enivrants parfums andalous répandus dans le monde taurin durant toute cette temporada. Ce qui semblait réservé aux champions du pegapasisme a été accompli par un artiste à la personnalité incomparable ! On n'ose rêver à une temporada 2023 du même niveau.
  Daniel Luque, comme les années précédentes, est resté sur les sommets : dominio, art et sens des responsabilités. Il y a longtemps que la France a découvert ses qualités et le soutient, mais une partie de l'Espagne l'ignore encore. Quand on pense que les organisateurs de Bilbao n'ont pas été capable de lui faire une place lors des dernières Corridas Générales !
   C'est précisément sa journée héroïque de Bilbao qui a marqué le sommet de la saison d'Andrés Roca Rey. Le Péruvien est le rêve de toutes les empresas car il assure à lui seul la billetterie. Un perle rare ! Notre rêve : qu'il trouve un équilibre entre quantité et qualité, avec de temps en temps un geste face à une ganaderia dite toriste ou une tarde épique comme celle qu'il a connue sur les bords du Nervion. 
   On n'oubliera pas que cette temporada aurait dû être la grande temporada d'Emilio de Justo. La mala suerte a voulu qu'il en soit autrement mais rendez-vous est pris pour 2023.

   En ce qui concerne les toros, le choix de Victoriano del Rio est en adéquation avec le côté mainstream du cartel. Il faut reconnaitre que le ganadero madrilène, contrairement à beaucoup de ses concurrents commerciaux, a su préserver un fond de caste dans son bétail. Ce qui nous a valu le bon lot et la grande tarde de Bilbao. Il a été capable de fournir 9 lots complets dans les arènes de première catégorie espagnoles, le plus souvent avec succès. La France, toutefois, a été beaucoup moins bien traitée, peut-être parce que les arènes de première catégorie françaises sont loin du niveau des arènes espagnoles de catégorie équivalente pour ce qui concerne les corridas de figuras.
   Ceci n'empêche pas de rêver pour la saison prochaine d'un affrontement entre les trois figures du cartel et des élevages tels ceux de Baltasar Iban (excellents à Vic-Fezensac) ou Pedraza de Yeltes (excellents à Mont-de-Marsan).

   Le bon déroulement de la temporada passée, l'heureuse issue des derniers évènements hexagonaux  ne doivent pas nous faire oublier que l'équilibre de la fiesta est fragile. Et particulièrement, dans l'époque troublée que nous vivons depuis quelques mois, du point de vue économique. Le porte-monnaie des aficionados et du grand public n'étant pas extensible, il va falloir trouver des solutions pour contenir les coûts de production des spectacles taurins. Réduire les cachets des figures paraît une évidence. Mais
aussi trouver des moyens pour aider les novilladas avec ou sans picadors, sous peine de disparition de ce qui constitue le fondement de la corrida. Réduire les frais de cuadrillas ? Créer un fond  mutualisé qui permettrait de palier aux incertitudes financières ? L'union sacrée qui a prévalu ces derniers mois dans le monde taurin français pourrait être mise à profit pour s'attaquer sérieusement au problème.
 
 

 
 
 











Souvenir de la grande faena de Morante à Séville le 23 septembre (photo Aplausos)
 
 
 

mercredi 15 septembre 2021

Peralta

 



 















Samedi 11 septembre    Peralta (Navarre)   Plaza de toros municipal
beau temps
faible entrée

Six novillos de Santafé Marton (6 piques, inégaux) pour Daniel de la Fuente (une oreille, une oreille), Jorge Martinez (salut, salut) et Manuel Perera (deux oreilles, une oreille).

Contrairement à la Castille qui a vu à partir du mois d'août une reprise foisonnante des activités taurines, la Navarre, pourtant terre taurine de tradition, est restée beaucoup plus discrète. On peut penser que la rigidité des autorités régionales n'a pas aidé à la reconstruction. Dans la plaza de Peralta un cerbère de la police navarraise piste ceux qui ont osé tomber le masque et les oblige à le remettre sous peine d'exclusion.
Les novillos de Santafé Marton, d'origine domecq, sont élevés à quelques encablures de Peralta. Ils sont bien connus dans le Sud-Ouest. On les y voyait fréquemment en novilladas non piquées avant que les élevages français, par leur qualité, ne les supplantent. Le lot du jour est correctement présenté. Une mobilité meuglante et parfois désordonnée leur permet de surmonter une faiblesse latente. A l'exception du 2, invalide et du 6 que la faiblesse conduit à se réserver, ils permettent aux novilleros de s'exprimer.
Daniel de la Fuente, natif de La Puebla comme un certain Morante, semble toréer pour son plaisir. Il est débordé par la mobilité du premier qui touche sans cesse sa muleta mais réussit à se centrer avec le 4 qu'il torée avec une élégance distanciée.
Le Murciano Jorge Martinez, passé par l'école taurine d'Almeria, est précédé d'une réputation flatteuse pour avoir gagné, cette année, le concours de novilladas piquées andalouses. Il ne peut rien face à l'invalide second mais nous régale au cinquième novillo d'une faena classique composée essentiellement d'excellentes séries de naturelles terminées par des pechos de piton a rabo. Il lui reste encore à apprendre à tuer.
Manuel Perera arrive diminué d'une novillada matinale à Molledo, Cantabrie où il s'est fait prendre durement. Il torée sans chaquetilla et en pantalon vaquero et marche avec difficulté. Malgré cela, il se livre à fond et nous offre une tarde complète. La liste des qualités dont il a fait preuve ce jour est impressionnante : dynamisme, répertoire large aussi bien à la cape qu'à la muleta, bonne technique, souplesse et sens du rythme, matador efficace et engagé. Tout cela expliquant largement sa première place actuelle à l'escalafon des novilleros. On ne peut que souhaiter qu'il ne perde ni son entrega ni sa fraîcheur. L'art taurin a besoin de toreros dans son style.

mardi 13 juillet 2021

Vic Fezensac 2021

 

   Afin de ne pas laisser deux ans de suite Vic Fezensac sans feria taurine, le Club Taurin Vicois avait eu la bonne idée de reporter les corridas données traditionnellement pour Pentecôte au weekend des 10 et 11 juillet. Un pari réussi puisque les étagères confortablement garnies montraient que le public des habitués avait répondu présent sans que pour autant la jauge autorisée (demi-arène) soit totalement atteinte. Cela a permis de relancer les corridas toristes particulièrement mises à mal à la suite des mesures de restriction que nous subissons depuis maintenant près d’un an et demi. Souhaitons que la feria de Céret qui se déroulera samedi et dimanche prochain connaisse le même succès. Il en va de la survie de beaucoup de ganaderias bravas sans lesquelles la tauromachie perdrait beaucoup de sa saveur.

   Les courses connurent du point de vue purement taurin les déceptions et les ratés habituels. Ils sont ici pain béni pour la partie la plus radicale du public qui, sans ces manquements, serait frustrée de ne pouvoir exprimer son mécontentement et son savoir. Elles connurent aussi, particulièrement le dimanche, de nombreux moments exaltants, d’un très haut niveau.  

 



 








Novillada de Raso de Portillo

   La feria débute en fanfare avec Aceñero, excellent novillo de Raso de Portillo qui prend trois piques à tuer toute la camada de Juan Pedro Domecq. On comprendra bien vite l’acharnement du piquero (bronca) : il sait. Il sait que Carlos Aranda n’est pas dans le coup. Le malheureux novillero, inhibé par la peur est totalement incapable de mettre à profit les qualités de son adversaire . Malgré le traitement reçu, le novillo a gardé de l’allant et ses charges semblent claires aussi bien à droite qu’à gauche, mais lorsque l’on ne peut pas … Aranda abrège et en finit laborieusement sous les sifflets d’un public sans compassion. Le novillo, partition restée silencieuse, est ovationné lors de la vuelta unanimement demandée par les gradins.

   Le reste du lot (18 piques) sera toujours intéressant mais ne pourra maintenir ce niveau.

   La matinée aura permis la découverte de José Cabrera. Un vrai novillero qui se donne à fond, plante les banderilles, torée avec sincérité. Le natif d’Almeria instrumenta à ses deux novillos des naturelles de grande qualité (vuelta – vuelta). A revoir.

   Calerito remplaçait le Mexicain Isaac Fonseca, blessé. Il torée avec finesse mais pèse peu sur ses adversaires. Il connut avec le sixième un véritable désastre au descabello (trois avis).

 

Corrida concours

   La corrida concours a été décevante à tous points de vue : toros, matadors, piqueros.

   Le pensionnaire de Fraile est de grand trapio, negro, l’armure fine et ouverte. Il poussote sous trois piques correctement données par Francisco Peña. Sa corne gauche est possible mais Perez Mota ne trouve pas la clé.

   Le Barcial est lui aussi parfaitement dans le type : rond, bas, berrendo en negro. Il prend trois piques sans pousser puis se contente de déambuler en marchant dans le ruedo.

   Gambito de Peñajara est magnifique : sardo, imposant, l’ armure très développée et astifina. Il pousse avec fixité en trois piques sous lesquelles ils est consciencieusement assassiné par Carlos Perez Hernandez. Il avait pourtant montré un bon potentiel de noblesse lors des passes de cape de mise en suerte. Mais l’œuvre est accomplie et l’animal arrive moribond au troisième tiers.

   Belugo, negro classique de chez Yonnet prendra lui aussi trois piques mais il montre peu d’entrega et va a menos. Il chargera avec noblesse mais aussi avec soseria à la muleta. Un yonnet dépourvu de la caste que l’on s’attend à trouver chez les pupilles de l’élevage camarguais.

   Très beau et très imposant aussi le pensionnaire de San Martin (trois piques) mais il montre des signes de faiblesse et va a menos.

   Barbatriste de Los Maños porte nos derniers espoirs. Son aspect anovillado est une première déception. A la pique, son comportement est très inégal, alternant brèves poussées et fuites. Une quatrième pique est superflue. Doté d’une belle charge, le bicho sera le meilleur de la soirée à la muleta même si lui aussi va a menos.

   On pourra peut-être regretter que ce certes médiocre assortiment de toros n’ait pu bénéficier de la plus-value que peut apporter l’oficio et le sens de la lidia de certains maestros.

   Perez Mota, sans être catastrophique, eut beaucoup de mal à se centrer.

   Sergio Serrano fut bruyant, brusque et peu efficace.

   Quant à Adrien Salenc, malgré le meilleur sorteo, il est entré (et sorti par la même occasion) par la petite porte. Il fit assassiner le bon Peñajara par son piquero ce qui lui mit, fort justement, le public à dos. Après un bon début , sa faena au Los Maños s’effilocha pour finir dans l’indifférence.

 

 

 

 

 

 

 


samedi 20 mars 2021

Jean-Marie Magnan

   L'écrivain Jean-Marie Magnan est décédé en juillet dernier. Il fut l'ami de grands artistes : Picasso, Jean Cocteau, Curro Romero (entre autres) qui furent pour lui source d'inspiration. Il laisse une œuvre littéraire foisonnante dont la partie taurine n'est pas la moins importante. Il a beaucoup écrit en complémentarité avec des photographes et particulièrement avec son compatriote arlésien Lucien Clergue.
   Je me souviens avoir parfois eu du mal à lire ses excessivement longues reseñas dans la revue Toros où, vilain petit canard, il incarnait une ligne toujours favorable aux toreros artistes. Il fut d'ailleurs évincé de la revue dans les années 90 pour déviationnisme torériste. 
  Pourtant, dans Corrida-spectacle, corrida-passion, s'il consacre l'essentiel du texte à une analyse pertinente des principaux matadors de l'après-guerre, il déplore avec une grande lucidité l'évolution des ganadérias vers un défaut de caste dommageable à l'expression de l'art taurin. Il regrette aussi la mort programmée de la corrida-combat.

   Voici, sur ces thèmes, quelques extraits de cet ouvrage paru en 1978 :

   "Le taureau de Salamanque a eu, dès 1920, la fâcheuse réputation d'être fait sur mesure, élevé et créé pour plaire aux toreros et faciliter leur tâche.
   A cette époque, la technique moderne de la corrida innovée par Belmonte commence déjà à se pratiquer avec une telle absence de défense et de mouvement de la part de l'homme, qu'elle exige non plus de l'opposer à un combattant redoutable mais de lui fournir une sorte de partenaire. Salamanque, la première, acceptera de réduire l'un peu trop de toutes les bonnes qualités que possédaient les taureaux andalous transplantés sur son sol et de les dénaturer pour les rendre populaires auprès des toreros. Le type étudié et patiemment élaboré par les ''maquignons" de Salamanque s'emploiera à diminuer taille et longueur de corne et à ôter au fauve de sa puissance et de son acharnement dans l'attaque. On commercialise le taureau et on le vend jeune grâce aux aliments composés qui hâtent son développement et lui donnent du poids, mais sans la maturité et la vigueur requises et l'adresse à se servir de ses armes."    (p. 131)

   "C'est de ce fauteur de trouble [le taureau] qu'on s'occupera d'abord si l'on veut préparer d'avance, et avec un quasi-automatisme, les conditions du succès. On le soumettra autant que possible aux exigences du jeu moderne. ''En tendant vers l'amélioration ou la commodité du taureau de combat, peut-être en altérons-nous un peu notre époque", reconnaîtra avec bonne grâce Alvaro Domecq, propriétaire d'un des meilleurs élevages andalous. Il s'agissait de régulariser à tout prix la réussite du spectacle et, puisque l'homme en vedette retenait seul l'attention populaire, de l'aider à atteindre avec une certitude croissante ce niveau de perfection théorique où la réclame l'avait hissé. De là, les multiples précautions dont les organisateurs en sont venus à entourer le fauve avec l'accord implicite de la majorité des publics. Dès l'instant qu'on ne s'attache pas à ses vertus mais plutôt à son absence de défauts. Ne suffit-il pas qu'il ne contrarie pas par quelque faiblesse trop marquante la bonne marche du spectacle ? Qui vient voir la vedette, demande surtout au taureau de tenir debout et de bien suivre l'étoffe. Seuls ses agenouillements ou ses chutes le consternent."      (p. 161)

 
   "L'imprévu du combat, autrement dit l'ambiguïté d'un fauve, se trouve presque toujours renforcé par les manifestations pesantes du public, bien propres dans nombre de cas à provoquer la dépression. Comment reprocher désormais aux toreros de mettre d'abord l'accent sur le côté aimable et spectaculaire de leur travail et de choisir des adversaires propices, quand le sérieux du combat suscite tant de quiproquos, de méprises et de colères aussi violentes qu'injustifiées ! 
   Cette bagarre dure, sévère, ingrate contre un fauve moins jeune et malléable, qui n'autorise rien d'autre que de limiter les dégâts et ne peut s'achever dans l'agrément du toreo ravissant, combien de gens, enfin, dans cette arène de Madrid, sont capables de s'y intéresser et d'en suivre les phases méritoires ? ''Quinze cents'', m'a répondu Claude Popelin sans excès de conviction. Et la Monumental peut contenir quelque vingt-trois mille personnes et le but de tout organisateur est de faire le plein. L'évolution du goût du public vers le divertissement apparaît irréversible."    (p.194) 





  

vendredi 10 juillet 2020

Pamplona : San Fermin 1927 (suite)




Dimanche 10 juillet 
Huit toros de José Encinas pour Antonio Marquez, Pablo Lalanda, Martin Agüero et Rayito.
   Si hier on ne parlait que de faenas de toreros, aujourd'hui c'est la caste des toros de José ENCINAS qui emporta l'adhésion.
   "Une grande tarde de toros, de toros braves, francs, sans défauts pour la plupart. Un lot homogène, fin de formes, remarquablement présenté.
   Le numéro 53, qui sortit en second lieu, Farineto, negro, fut un toro admirable, suave, brave, suivant le leurre jusqu'à son agonie; un toro rêvé par les toreros ! On lui fit faire le tour de piste, et on l'ovationna à l'arrastre, ainsi que les quatrième, n° 8, Limeto, cardeno oscuro, cinquième, n° 29,  Bravo, negro,  et sixième, n° 9, Monudito, negro bragao. Le premier n'eut d'autre défaut que de aplomarse rapidement. Le troisième très franc et noble, un peu tardo, contribua au succès de Agüero; le septième, brave également, arriva réservé à la muleta; le dernier, qui parut d'abord chercher la fuite, se montra brave aux piques, puis bronco à la muleta. Ils eurent à peu près tous une magnifique forme de embestir. Bravo au ganadero !
   Les 8 toros prirent 28 piques pour 16 chutes; ils ne laissèrent que 3 chevaux sur le sable, mais on en emmena à l'écurie une demi douzaine qui auraient dû être puntillés sur place. Ils pesèrent en moyenne 275 kilogs" (460 kg en vif).
   Notons que la ganaderia porte le fer de José Vega, elle a été achetée par José Encinas à Victorio Villar, elle est donc issue du fameux croisement Veragua Santa Coloma qui a longtemps fait les beaux jours du Campo Charro, elle est installée à Ledesma (Salamanca). Le fer existe toujours, après avoir longtemps appartenu à Justo Nieto, il est aujourd'hui propriété de Jesus Angel Perez Villareal, un négociant aragonais qui s'est empressé d'éliminer les vega villar pour les remplacer par du sous domecq d'El Montecillo.
   Antonio MARQUEZ connut à nouveau une après-midi grise avec bronca à son premier.
   Face à deux bons adversaires, Pablo LALANDA se montra "d'une nullité désolante".
   Le triomphateur de la tarde fut Martin AGÜERO. Il tua son premier d'un grand volapié, "de ceux que l'on voit si rarement, l'estocade portée en pleine cruz et le torero sortant limpio par les costillares. Quelle ovation, lorsque les deux oreilles et la queue furent concédées au vaillant muchacho que l'on applaudit follement pendant la vuelta al ruedo !"
   RAYITO fut sans recours ni dominio et ses parones suicidaires ne sont pas à encourager. Il tua avec sincérité de deux bons coups de rapière.

Mardi 12 juillet
Deux novillos de Celso Cruz del Castillo pour le rejoneador Antoño Cañero et six toros du Conde de la Corte pour Antonio Marquez, Marcial Lalanda et Cagancho.
   Il faisait un temps si exécrable le lundi 11 juillet que l'on dut reporter la corrida au lendemain.
   Cette tarde permit à la feria de s'achever dans l'enthousiasme en raison de l'immense triomphe de CAGANCHO. Le gitan aux yeux verts, qui avait pris l'alternative en début d'année à Murcie, coupera les deux oreilles et la queue du dernier toro de la feria. "Ses lances sont classiques et purs, d'une tranquillité absolue. Il s'imposa plus encore à la muleta, toréant de près, dominant complètement. A son premier, il fut désarmé et esquissa une espanta après un pase de tête à queue et un de pecho; il se reprit aussitôt, et sous les olé, aux sons de la musique, il continua une faena grande qu'il dut prolonger à la demande du public et qui lui valut ovation et vuelta malgré que le sort ne l'accompagnât pas pour mater. Sa dernière faena fut énorme, de vaillance et d'art, avec des parones formidables et des passes de toute beauté. Le toro était fuyard; Cagancho le torea d'abord par le bas, se faisant avec lui, l'obligeant à embestir comme un toro brave, et le fit passer sous la muleta. La musique joue, le public, debout, acclame ce torerazo, qui fait dérouler devant nos yeux, des images de beauté."
   Antonio MARQUEZ, en torero artiste qu'il est, se racheta à son dernier toro de ses six échecs antérieurs (vuelta).
   Marcial LALANDA, en torero complet qu'il est, se montra également à son avantage (vuelta).
   Les toros de La CORTE prirent 21 piques pour 10 chutes et 4 chevaux. Ils pesèrent 268 kg en moyenne (450 kg). Leur comportement donna satisfaction au public et aux toreros. La dépouille des quatrième et cinquième fut honoré par une vuelta al ruedo et le mayoral fut appelé à saluer, mais Miqueleta a préféré les Encinas de la veille, plus braves et plus puissants mais tout aussi nobles.
   En début de corrida Antonio CAÑERO se défit de deux novillos mansos de Celso CRUZ del CASTILLO qui ne lui permirent pas de briller. Il tua le premier en mettant pied à terre et le second d'un rejon dans tout le haut.


Quelques réflexions en guise de bilan
   Ce qui m'a frappé à la lecture des reseñas de Miqueleta, c'est le peu de poids des toros combattus. Si l'on excepte les Pablo Romero qui sont nettement au-dessus de 500 kg (on considère généralement que 300 kg en canal correspondent à 500 kg en vif) tous les autres toros sont nettement en dessous, avec 268 kg pour les plus légers, les La Corte. Ils sont toutefois considérés comme bien présentés, ce qui laisse à penser qu'il s'agit de la norme à l'époque. Deux explications peuvent être données à ce peu de poids. En premier lieu, leur âge. Il s'agit peut-être tout simplement de novillos. En second lieu, la nourriture. Le pienso compuesto industriel n'est pas encore utilisé et les toros de l'époque sont nourris avec l'herbe des pâturages et le fourrage produit à la propriété. Ils ne sont pas "préparés" comme ceux d'aujourd'hui. Il semble que dans ces conditions le poids normal d'un toro de quatre ans se situe autour de 500 kg, un peu en dessous même pour beaucoup d'encastes. On le voit, on est loin de certains mastodontes suralimentés d'aujourd'hui dont l'apparence est cependant en parfaite harmonie avec les excès (et les goûts) de notre société de consommation. On est loin aussi des toros d'épouvante du XIXè siècle. Mais ceux-ci relèvent sans doute en grande partie du mythe, même si l'on peut penser que l'action de Guerrita puis de Joselito pour réduire le trapío de leurs adversaires n'est pas restée sans effets.
   Le mal dont ils ne souffrent pas en revanche est la faiblesse de pattes. Ils peuvent être braves ou fuyards, plus ou moins poderosos, parfois quedados, mais jamais la faiblesse de pattes n'est mentionnée. Toutefois, les "scores" de leur combat face à des chevaux sans caparaçon restent modestes. On imagine les carnages que feraient les toros qui sortent aujourd'hui dans le ruedo navarrais s'ils étaient piqués dans les même conditions.

   Côté toreros, le triomphe le plus marquant de la feria est celui de Cagancho, ce qui montre bien l'évolution du toreo et des goûts du public vers une tauromachie artistique. Le jour des Pablo Romero, Miqueleta note en conclusion de sa reseña : "Le public est sorti de la plaza enchanté, discutant avec animation les diverses faenas de la tarde." Une telle conclusion eut été impensable une quinzaine d'années auparavant, avant la révolution initiée par Belmonte et Joselito.  On vient désormais aux arènes pour voir de belles faenas. On remarquera dans le même ordre d'idée qu'un bon toro est désormais un toro qui permet "la faena".
   On notera à propos de la corrida de Pablo Romero - la mieux présentée de la feria et un fer redouté - qu'elle fut combattue par trois figures, dont le plus prestigieux torero de l'époque, Juan Belmonte.
   Notons aussi pour terminer que la tauromachie de l'ancien temps continue à émouvoir les foules; en témoigne le grand triomphe obtenu pour sa vaillance et une grande estocade  par l'un de ses grands représentants de l'époque, le Bilbaino Martin Agüero.
   On le voit, les années 20 du siècle dernier sont pour la corrida des années passionnantes. Celles où un changement radical s'est imposé dans les valeurs taurines et les goûts du public. La corrida que nous connaissons aujourd'hui, avec toutes les nuances qui la composent, est l'héritage de cette révolution.


Documentaire sur les Sanfermines dans les années 20
   Je mets ici le lien de la page du blog Desolvidar sur laquelle on pourra visionner un documentaire passionnant d'une vingtaine  de minutes constitué d'archives sur les fêtes de Pampelune tournées dans les années 20. Les amoureux de la capitale navarraise trouveront de nombreuses explications complémentaires dans le texte qui accompagne le film et dans le blog en général.
            Desolvidar : Sanfermines 1928 (actualizado)


   
La plaza de toros de Pamplona (rénovée laidement en 1967) a été inaugurée en 1922.

samedi 5 janvier 2019

Nuñez : la réalité de l'arène

   Voici le nombre de toros et novillos issus des ganaderias d'origine nuñez combattus, en corrida et novilladas piquées exclusivement, au cours de la temporada 2018 (informations provenant du site Mundotoro) :

  • Alcurrucén (+ El Cortjillo et Lozano Hermanos)      74 t.     26 n.
  • José Luis Pereda   (+ La Dehesilla)                          32 t.      6 n.
  • Juan  Albarrán                                                           22 t.
  • Carlos  Nuñez                                                            21 t.
  • Aguadulce (+ Hros. de J. M. Aristrain de la Cruz)    18 t.     12 n.
  • Conde de la Maza                                                        6 t.   10 n.
  • Apolinar  Soriano                                                        6 t.
  • La  Plata                                                                      5 t.      1 n.
  • Carriquiri                                                                     4 t.      4 n.
  • Tardieu Frères                                                              2 t.     1 n.
  • Gabriel  Rojas                                                                      11 n.
  • El  Retamar                                                                          10 n.
  • Miguel  Prados  Osuna                                                          4 n.
   Alcurrucén est présent dans la plupart des ferias importantes et donne régulièrement des toros de grande caste, tel Licenciado cette année à Madrid face auquel El Juli réalisa une grande faena. La ganaderia  fait partie, tous encastes confondus, des plus demandées mais, derrière elle, aucun élevage d'origine nuñez ne parvient vraiment à sortir de l'ombre.
   Pourtant leur plus grande présence permettrait sans doute de rompre la monotonie engendrée par la trop grande place prise par les sempiternels domecqs. On reverra en tout cas avec intérêt en 2019 les novillos de El Retamar à Vic- Fezensac et ceux d'Aguadulce à Parentis.




    samedi 4 août 2018
novillos d'Aguadulce à Parentis      
photos Laurent Bernède

samedi 29 décembre 2018

L'encaste Rincón - Nuñez

   Les novillos d 'El Retamar à Vic-Fezensac puis ceux d'Aguadulce à Parentis-en-Born, deux élevages peu connus, ont attiré l'attention des aficionados au cours de la temporada écoulée. Ces deux ganaderias ont une origine commune : le sang Rincón-Nuñez.
   Également d'origine nuñez, les pupilles du Conde de la Maza ont été impressionnants par leur trapío et leur sérieux. En corrida à Cenicientos, puis quelques jours plus tard en novillada à Roquefort des Landes. Hélas! il s'agissait pour eux du chant du cygne puisqu'il semblerait que la famille Sainz de la Maza ait décidé de mettre la clé sous la porte après s'être défait du bétail restant.
   Dans l'histoire du ganado bravo, si l'on excepte les Conde de la Maza, les toros d'origine nuñez ont toujours fait partie des préférés des figures. Les Carlos Nuñez ont ainsi tenu le haut du pavé durant quatre décennies (des années 40 aux années 70). Ce fut ensuite au tour des pensionnaires de Manolo Gonzalez de faire le bonheur de la fine fleur de la toreria andante. Aujourd'hui les Alcurrucén des frères Lozano sont les seuls toros n'appartenant pas à l'empire domecq que les figures acceptent de toréer régulièrement.
   Un des intérêts de l'encaste a toujours été la variété de comportement, ainsi une corrida d'origine nuñez génère rarement l'ennui. Sans doute est-ce la conséquence de la complexité des origines. En effet, Carlos Nuñez Manso après avoir racheté en 1938 à Garcia Mateo la ganaderia portant le fer de Rincon issue directement de Parladé, eut la bonne idée d'ajouter à son élevage des vaches de Mora Figueroa (Garcia Pedrajas) puis en 1941 un lot de vache de Villamarta. Les résultats seront suffisamment probants pour assurer le maintien de l'encaste jusqu'à nos jours. Que les partisans de la pureté de sang en prennent de la graine!

























Liste des élevages d'origine Rincón-Nuñez

Union de Criadores de Toro de Lidia (UCTL) par ordre d'ancienneté à Madrid
  • Carriquiri
  • María del Carmen Camacho
  • Carlos Nuñez
  • González Sánchez Dalp
  • Manolo González
  • Juan José González
  • Conde de la Maza
  • Alejandro García
  • Mariano y Carmen Arroyo Martín
  • Apolinar Soriano
  • Gabriel Rojas
  • El Alamo
  • Alcurrucén
  • El Trebol
  • Alejandro Vázquez
  • Lozano Hermanos
  • Nazario Ibañez
  • Tapatana
  • El Cortijillo
 UCTL sans ancienneté
  • Juan Albarrán
  • Aguadulce
  • Herederos de José María Aristrain de la Cruz
  • José Pedro Prados
  • El Romeral
  • La Dehesilla
  • Marcos Nuñez
  • Toros de la Plata
  • Torremilla
  • La Cercada
  • José Miguel Arroyo
  • María de la Encarnación Díaz
  • Ana Isabel Vicente
Agrupación Española de Ganaderos de Reses Bravas (AEGRB)
  • José Luis Pereda
  • La Rosaleda
  • El Retamar
  • Toros de Castilla
  • Los Palancares
  • Hoya del Moral
  • García Velasco "El Pera"
Asociación de Ganaderias de Lidia (AGL)
  • Navalrosal
  • Miguel Prados Osuna
  • Hidalgo Rincon
  • Herederos de Juan José Cano
  • Alberto Herranz "La Perla"
  • Rancho Nuevo
  • Julian de los Reyes
  • Juan Sánchez de Valverde
  • Sotobravo
  • Francisco Escarcena
  • Moragón
Association des Eleveurs Français de Toros de Combat (AEFTC)
  • Tardieu frères
  • Alain et Frédérique Tardieu

mercredi 20 juin 2018

Guide des ganaderias de l'AEFTC




   L'Association des Éleveurs Français de Toros de Combat (AEFTC) a eu la bonne idée de publier son "annuaire" pour 2017-18. Le précédent datait de 2003.
   Voilà l'occasion d'établir des comparaisons entre la situation actuelle et celle d'il y a 15 ans lors de la précédente parution.

   Il y a actuellement en France 47 élevages de toros de lidia (45 répertoriés par l'AEFTC auxquels il convient de rajouter pour être exhaustif les 2 qui sont inscrits à l'UCTL (Concha y Sierra et Valverde).
   Il y en avait 40 en 2003. Le nombre est resté stable dans le Sud-Ouest qui, avec 8 élevages, semble avoir trouvé un équilibre. Les 7 ganaderias supplémentaires sont donc toutes situées dans le Sud-Est qui bénéficie avec la Camargue d'un vaste espace favorable à l'élevage.
   Le principal changement ne surprendra personne. Il s'agit de la proportion toujours plus grande que prend l'encaste domecq dans les élevages. Ils étaient 11 en 2003 (27,5%) à se prévaloir d'une origine entièrement domecq, ils sont aujourd'hui 25 (53%). Cet accroissement s'est fait par la création de nouveaux élevages qui ont directement choisi cet encaste mais aussi par des changements de sang chez des fers plus anciens. C'est ainsi qu'il ne reste plus qu'un seul élevage d'origine murube (Fano) au lieu de 3, et 2 d'origine nuñez (les Tardieu) au lieu de 4.
   Pour ce qui concerne les encastes minoritaires quelques élevages doivent être mis en évidence :
- L'Astarac qui tente de maintenir l'encaste pedrajas avec l'achat de novillos d'origine Maria Luisa Dominguez Perez de Vargas via Yerbabuena
- El Palmeral et Malabat qui maintiennent une origine Atanasio Fernandez
- Concha y Sierra (UCTL) avec son origine vazqueña
- Enfin les trois élevages de la famille Yonnet dont on peut considérer aujourd'hui qu'ils constituent un encaste propre.

jeudi 24 mai 2018

Vic-Fezensac 2018 : bilan

   Si la feria 2018 a été largement décevante elle s'inscrit toutefois pleinement dans la tradition des ferias vicoises.  Ce fut une feria austère qu'aucun haut fait, ni de la part des toros, ni de la part des matadors, ni de celle des picadors n'est venu transfigurer. Des toros imposants, des cuadrillas fréquemment apeurées, des piques nombreuses mais mal données, des matadors qui hésitent à s'engager à la mort, un public souvent acariâtre.
   Pour moi, l'aspect le plus négatif s'est trouvé dans la médiocrité des prestations de la quasi totalité des piqueros ayant actué durant la feria. Il s'agit là d'une régression importante - et que bien sûr j'espère provisoire - par rapport aux progrès qui avaient été accomplis ces dernières années dans ce domaine.

Les toros

El Retamar
   Tout avait bien commencé avec quatre novillos d'origine Nuñez au trapío harmonieux. De la mobilité, de la caste, une exquise noblesse hélas entachée de faiblesse chez le 3 et, pour finir, Avecejon un melocoton brave et noble honoré d'une vuelta al ruedo.

Valdellán
   Sur quatre toros (un renvoyé pour boiterie) un bon : le sobrero Mirasuelo qui malmena la cavalerie (la seule chute de la feria) et fit preuve de noblesse encastée dans la muleta timide de Sebastian Ritter.

Los Maños
   Une des déceptions de la feria avec quatre toros (dont un pour la concours) bien présentés mais réticents sous la pique, broncos, avisés. Seul Tostadito, le quatrième de la corrida de samedi avait du son au troisième tiers quoique gardant la tête haute. L'actuation sans ambition de Manuel Escribano ne lui a pas permis d'être mis en valeur. On restera donc sur le souvenir de Jardinero, ce grand toro vainqueur du concours l'année dernière.

Corrida-concours
   Basée sur l'encaste santa coloma, la corrida-concours n'a pas permis à celui-ci de se mettre en valeur; elle a, au contraire, mis en évidence ce qui constitue un des péchés mignons de l'encaste, la sosería. Seul Olivito, un cinqueño adipeux de La Quinta sorti en première position, donna du relief à la matinée, avant que l'ennui ne s'installe. Ce fut un toro spectaculaire au premier tiers car il accourut de loin à l'appel du piquero (3 piques) puis il fut noble dans la muleta de Lopez Chaves avec toutefois le défaut de relever la tête à la fin de chaque passe. Beaucoup de spectateurs demandèrent (en vain) la vuelta, oubliant que le toro n'avait en réalité que fort peu poussé sous le peto.

Raso de Portillo
   Loin d'être aussi infâme que j'ai pu le lire ici ou là, la corrida de Raso de Portillo a été une authentique et intéressante corrida à la vicoise. Impressionnante de trapío et variée de comportement. Il est vrai que le quatrième, haut et laid, a été un manso décasté. Auparavant, un castaño de El Quiñon, second fer (avec rajout de sang domecq) de la famille Gamazo, s'était révélé un vrai démon et avait permis à Alberto Lamelas de montrer sa meilleure face, celle du belluaire. Ces deux toros créèrent une psychose parmi les cuadrillas et les deux derniers Raso furent complètement escamotés. Le cinquième, après avoir créé une panique totalement injustifiée dans la cuadrilla, finit noble mais soso dans la muleta d'Antonio Nazaré. Quant au sixième, Uño, il fut un des rares bons toros de la feria mais il fut massacré par trois piques assassines. Malgré ce mauvais traitement, sa noblesse au troisième tiers en faisait un toro à succès possible.

Pedraza de Yeltes
   En complément de la reseña d'hier deux mots sur les Pedraza : un excès de forme pour un manque de fond.

















La sortie de Olivito, cinqueño de La Quinta, vainqueur de la corrida-concours (photo Laurent Bernède)


A suivre...

jeudi 3 mai 2018

Turquay



















L'élevage Turquay a été créé en 1978 avec du bétail de Jean Riboulet. C'est en 1997 avec l'achat d' un lot de vaches et d'un semental à Pablo Mayoral que les Turquay s'orientent vers l'encaste santa coloma. Cette orientation se confirme en 2015 avec l'achat à la maison mère d'un lot de vache et de trois toros portant le fer de Buendía.
















A l'heure où beaucoup d'éleveurs français choisissent le conformisme en achetant du domecq à tire-larigot  on se réjouit de voir la passion d'Emmanuel Turquay pour les petits gris santacolomeños. Avec l'élevage François André ce sont les seuls aujourd'hui à pouvoir se prévaloir de l'encaste santa coloma en France. On regrettera au passage l'échec de l'intégration des santacolomas voisins de Granier, apparemment une question de prix.


















C'est à Eyguière au mas des Cavales que se trouve la plaza de tienta et le siège de l'élevage. Les mâles paissent non loin de là. Quant aux vaches, elles se trouvent à Mas Thibert peu après les élevages Gallon et Tardieu où sur 120 hectares  loués au Conservatoire du littoral elles jouissent des vastes espaces de la Camargue profonde. Par ailleurs la famille Turquay exploite 120 hectares de foin de Crau, ce qui permet de faire bouillir la marmite.

Les premiers novillos issus du rafraichissement par buendía seront lidiés en non piquée au cours de la présente temporada. On en verra notamment deux à Roquefort le dimanche matin 19 août où ils partageront l'affiche avec deux L'Astarac d'origine Maria Luisa.
On souhaite aux Turquay la même réussite que la ganaderia aragonaise Los Maños. En effet les ingrédients sont les mêmes : Pablo Mayoral, puis Buendía.


















 semental et sa famille (origine Pablo Mayoral)



















les robes castañas viendraient de la branche Vicente Martinez, résiduelle chez les Pablo Mayoral























utrero d'origine Pablo Mayoral