lundi 26 août 2019

Novillada concours de Mont de Marsan Saintperdon : Pincha en sauveur

 Avec une programmation basée sur des encastes variés et des élevages à dimension artisanale, cette novillada concours ne manquait pas d'attrait pour l'aficionado.

Barcial
   La lidia d'un novillo de Barcial est devenue une rareté. Celui du jour fut manso puis inabordable à droite mais doté d'une corne gauche fréquentable.

Aldeanueva
   Cet élevage historique du Campo Charro (à l'origine de rien moins que El Pilar et Pedraza de Yeltes) était représenté par un novillo castaño, imposant et très ensellé. Il se méfiait du cheval qu'il fuit à plusieurs reprises à tel point qu'il fallut que le piquero se rapproche du toril pour lui faire accepter le fer. Il résulta brusque sur les leurres.

Flor de Jara
   Nevaita,  léger mais typé représentant de l'encaste santacoloma sort avec les pointes abimées. Il fait preuve de bravoure sous deux piques puis d'une belle noblesse. Un bon novillo avec le bémol d'un manque de poder qui l'empêcha de se grandir.

Aurelio Hernando
   L'élevage revendique une origine Veragua attestée par la robe jabonera de Elegante. Le novillo se livre peu face au cavalier, accuse de la faiblesse puis une bonne mobilité au troisième tiers.

Astarac
   Le guardiola de Jean Louis Darré est fin de type. Des problèmes d'antérieurs le conduisent à planter ses cornes dans le sable plusieurs fois. Il finira soso et parado. Dommage car le novillo, brave et noble, était doté de belles qualités.

Pincha
   Ovation à la sortie de Sonambulo, prototype parfait du toro de lidia. Que trapío !  A faire pâlir d'envie les responsables montois présents. Violent dans les capes puis bravito en 3 piques, il va a mas au troisième tiers avec une charge longue et codiciosa qui transmet de l'émotion. Ovation et prix au meilleur novillo.

   Chez les piétons, Juan Carlos Carballo a déjà de l'oficio et n'est pas dénué de qualités, mais, à mon humble avis, il gagnerait à se croiser davantage. Il faut ce qu'il faut lorsque l'on veut faire carrière ...
   Diego San Roman fut le moins bien servi. Le Mexicain a de l'allure et lui aussi de l'oficio, même si on peut lui reprocher d'avoir été trop long avec l'Astarac.
   Victor Hernandez sera la bonne surprise du jour. Avec les deux meilleurs novillos il montra de bonnes manières : une tauromachie classique, de l'élégance et de l'efficacité à l'épée (oreille chaque fois). Certes il ne tira pas tout le parti que l'on pouvait tirer de Sonambulo mais, malgré sa verdeur, il ne s'affligea pas face aux charges soutenues du novillo.

Même en demi-teinte comme ce jour, une corrida concours reste un spectacle intéressant et recommandable.




  

novillo d'Aldeanueva (photo Laurent Bernède)

samedi 24 août 2019

Bilbao : Paco Ureña, les enchantements du toreo



   Face aux toros de Jandilla, Paco Ureña a connu en ce vendredi 23 août, septième tarde des Corridas Générales de Bilbao, un triomphe extraordinaire. Extraordinaire, tout d'abord, parce qu'il faut sans doute remonter à plus d'un demi-siècle pour voir un diestro couper deux fois deux oreilles dans le coso basque. Extraordinaire, ensuite et bien sûr, par la qualité du toreo et des estocades du matador de Lorca.
   Pureté, sincérité, temple, fluidité, capacité à tirer le meilleur de ses adversaires. Toreo qui s'approche de la perfection, tutoie les anges et touche le public au cœur. Sur les gradins unanimité, ferveur, communion. Et pour moi comme pour beaucoup, je pense, l'évidence que le toreo c'est exactement cela, un enchantement sans artifice basé sur la vérité.
   Une tarde pour le souvenir et pour l'histoire taurine de Bilbao.

   Nous sommes avec Paco Ureña dans le meilleur de ce que peut la tauromachie contemporaine. Cela ne doit pas faire oublier les très bonnes choses vues les mercredi et jeudi, même si, par comparaison,  elles se situent à un niveau sensiblement inférieur. A commencer par Luis David Adame qui constitue la surprise et la révélation de la feria. Grâce à son toreo sérieux basé sur le temple et à ses estocades a recibir, le Mexicain réussit à faire oublier l'absence de Pablo Aguado, l'exploit n'est pas mince. Une oreille chaque fois avec grosse pétition de la seconde au sixième.
   Mercredi, José Maria Manzanares (oreille, oreille) montra toute l'étendue de son talent et de sa classe. Face au très encasté Ruiseñor (vuelta al ruedo) on pourra toutefois lui reprocher de ne pas avoir repris la main gauche en fin de faena (après un échec en début) et d'avoir tué un poil bas, laissant peut-être ainsi échapper un triomphe majeur.
   Les trois lots de domecqs étaient d'un trapío digne de la tradition locale, les Victoriano del Rio constituant une surprise agréable avec trois bons toros dont un de vuelta, les Domingo Hernandez, réguliers, plutôt au-dessus de ce que l'on pouvait attendre et les Jandilla au-dessous, malgré la caste de Meditador, le quatrième, qui mit Diego Urdiales à rude épreuve.
  

dimanche 18 août 2019

Novillada de La Quinta à Roquefort : abondance de caviar et une dragée au poivre




   Si, l'an dernier, la présentation majuscule des derniers conde de la Maza lidiés en France avait effarouché ceux qui ne demandaient qu'à l'être, cette année, l'unanimité s'est faite sur le lot de La Quinta envoyé à Roquefort par la famille Conradi. A la finesse de type et d'armure des santacolomas s'ajoutait un comportement parfois proche de la perfection. Bravoure majoritaire au cheval (14 piques, 2 chutes) et franchise à la muleta avec cette exquise politesse d'aller tourner loin pour mieux revenir avec appétit dans le leurre. Du caviar pour les toreros. On le sait, peu d'entre-eux sont capables de tirer totalement profit de telles opportunités, à plus forte raison dans l'escalafon limité des novilleros. Aquilino Giron (oreille, silence) et Rafael Gonzalez (oreille, oreille), sans excès de personnalité, ne déméritèrent pas. Ils eurent des hauts et des bas, sans atteindre aux sommets que permettaient leurs novillos.
   Mais ce qui fait le charme d'une course de toros c'est la variété de comportement des acteurs et la variété d'émotions qui en découle. Le sixième, puissant, encasté, caractériel, permit que l'après-midi se termine sur les saveurs fortes d'un combat sans merci. Très dangereux à la cape, il fut ensuite le protagoniste d'un tercio de pique plein de fureur au cours duquel Tito Sandoval contint quatre fois de suite la sauvagerie des attaques du manso con casta. Cristobal Reyes (pas de caviar pour lui aujourd'hui), volontaire, sincère, intelligent, donna une faena concise et dominatrice qui lui aurait valu une grosse oreille sans un coup d'épée par trop sur les bordures.
   A la sortie, les mines unanimement réjouies d'un public ayant conscience d'avoir assisté, chose rare, à une très bonne tarde de toros.



   Le matin, quatre erales de Turquay, également d'origine santacoloma, soufflèrent le froid et le chaud. Les deux premiers nobles mais faibles, manquant de physique ; les deux suivants, plus faits, encastés, résistants. Le Mexicain Antonio Magaña se trouva souvent en difficulté mais s'engagea épée au poing alors qu'à l'inverse Solalito montra de bonnes dispositions muleta en main mais de la faiblesse au moment de conclure.


   Samedi, lors d'une course landaise d'excellent niveau (ganaderia Armagnacaise, cuadrilla Alexandre Duthen), Gaetan Labaste face à Palomajera a donné neuf écarts fabuleux. L'attente maximale, la corne qui frôle chaque fois la toile du pantalon, l'harmonie du geste. L'écarteur, boitant bas en raison d'une récente tumade, incapable de courir, mais sûr de son dominio grâce à ses gestes purs et précis, m'a fait penser au vieux maestro Antoñete qui éclaira de son art profond les déjà lointaines années 80.

photos  Laurent Bernède

jeudi 1 août 2019

Azpeitia




















Mercredi 31 juillet                  Azpeitia (Guipuzcoa)
beau temps
casi lleno

5 toros de Ana Romero et 1 (5 bis) de Salvador Gavira (nobles, sosos, faibles) pour Daniel Luque (salut, deux oreilles), David de Miranda (salut, pitos) et Adrien Salenc (salut, vuelta)

Assister à une corrida dans la vieille plaza d'Azpeitia est un plaisir toujours renouvelé. On y sent battre le cœur de l'aficion basque. Les voisins de tendido parlent basque. La musique est, pour partie basque, gaiteros dont les airs sont repris par le public, zotziko joué avant l'arrastre du troisième toro à la mémoire d'un banderillero tué en 1846. Moments d'émotion. Et, il n'est pas étrange, dans la ville qui a vu naître Ignace de Loyola, fondateur de l'ordre des Jésuites, de voir des nonnes apparaître à la fenêtre de leur monastère qui surplombe la plaza, pour avoir leur part du divertissement taurin.
Sur la piste, les santacolomas d'Ana Romero ont été décevants : nobles certes mais sosos et très faibles (il fallut changer le 5). Le dernier, plus costaud et plus encasté (il fut le seul de la tarde à prendre deux piques), sauva l'honneur de la devise.
Face à eux, Daniel Luque continue dans sa racha de triomphes basés sur le toreo caro : sincérité, temple, ligazon, dominio. Du grand art taurin que peu d'élus sont capables d'offrir au public.
David de Miranda n'a pas montré sa meilleure face, au contraire d'Adrien Salenc qui réalisa de bonnes choses face à ses deux adversaires, sans toutefois parvenir au triomphe.