mardi 25 juillet 2017

Madeleine 2017 (4)


   Dimanche 23 juillet : corrida d'Adolfo Martin

   Adolfo Martin avait envoyé au Plumaçon un corridón cinqueño, un lot supérieurement présenté qui, par sa présence physique et son danger permit une course de grande émotion. Ces toros, peu mobiles, réfléchis, dont certains ne s'élançaient qu'après avoir longuement toisé le corps du torero, permirent aux trois matadors de mettre en valeur leur courage et leur torería.
   Alberto Aguilar, Emilio de Justo et Alberto Lamelas quittèrent le ruedo sous une grande et unanime ovation. Voilà des toreros qui, injustement, toréent peu, qui n'ont pas encore fait leur place au soleil et, peut-être, ne la feront jamais, mais qui, par leur valeur et leur pundonor resteront dans le cœur et le souvenir des aficionados montois.


 
   La feria de Mont de Marsan, en cinq corridas, a offert un panorama assez complet de la variété de la corrida contemporaine. Entre la corrida de Juan Pedro mercredi et celle d'Adolfo dimanche il y a un monde. Entre les deux, celle de La Quinta a fait l'unanimité. Chacune de ces corridas doit avoir sa place dans un cycle comme celui de la Madeleine. Pourtant la carence trop souvent renouvelée des encierros d'origine domecq interpelle et rend d'autant plus nécessaire l'action de l'aficion en faveur de la variété des encastes et de la présence de toreros modestes mais valeureux.


lundi 24 juillet 2017

Madeleine 2017 (3)


   Vendredi 21 juillet : corrida de La Quinta

   Tout ce qu'a fait Juan Bautista au quatrième La Quinta relève de l'état de grâce. Volés à l'ordinaire, quelques instants de perfection taurine, d'intelligence avec le toro, de communion avec le public. L'attribution des trophées maximums (deux oreilles et la queue) se justifie pleinement lorsqu'elle est réservée à ces moments-là.
   Au-delà de cet événement majeur, la tarde fut riche de nombreuses émotions. A commencer par l'hommage rendu à Ivan Fandiño, ici, dans l'arène où il avait connu tant de tardes glorieuses et où il aurait du toréer cet après-midi.
   La présence et la variété de jeu des toros de La Quinta permit une excellente tarde de toros. A l'exception du premier, maigrichon et fadasse, tous les autres firent des combats dignes d'intérêt. Il firent en outre une très pédagogique démonstration des caractéristiques de l'encaste Santa Coloma, mêlant d'un toro à l'autre, parfois dans le même toro, la douceur du miel et l'amertume du fiel. Jilguerito, le cinquième, était sans doute le plus complet du lot.
   David Mora connut de très beaux moments face à ses deux toros. Son engagement et la caste de ses adversaires lui valurent deux violentes cogida (vuelta - oreille).
   On pouvait lire dans le programme que Juan del Alamo affrontait pour la première fois des toros de La Quinta. Dur et tardif apprentissage pour le Salmantin qui fut mis en échec par deux toros braves et encastés.

 
   Samedi 22 juillet : corrida de Torrealta  et novillada de Las Dos Hermanas

   Lorsque j'ai commencé à lire des chroniques taurines, il n'était pas rare que les revisteros qualifiassent certains toros de toros de media-caste. Il s'agissait la plupart du temps de toros au comportement défensif provenant d'élevages aux origines incertaines. En ce samedi des fêtes de la Madeleine il me semble que la majorité des toros de Torrealta et la totalité des novillos de Patrick Laugier pourraient, bien que les deux élevages soient issus du sang bleu de Domecq, être eux aussi qualifiés de toros de media-caste. Des toros rétifs à s'engager mais avec du nerf, du genio, se défendant par des demi-charges accompagnées de coups de tête désordonnés. Au demeurant, il n'est pas inintéressant de voir nos vedettes confrontées à de tels problèmes. Le face à face entre Sébastien Castella et Saltarin, le cinquième,  fut, à cet égard, du plus grand intérêt.. Pour les novilleros en revanche, six à la suite, ça donne une soirée pesante, pour eux comme pour le public. Soirée qui faillit tourner à la tragédie lors de la chute de Gabin Rehabi au quatrième : les jambes sous le cheval et le reste du corps offert au novillo. Plus de peur que de mal au final. Un miracle de plus!
   Ce jour, Brincador, une pépite de Torrealta sortie en sixième position, représenta l'antithèse de cette mala casta. Des formes harmonieuses, de la bravoure, de la noblesse  et une charge inépuisable. Avec beaucoup de sincérité, José Garrido, toujours à la limite de la rupture, dut batailler ferme pour parvenir à lui couper une oreille.
  

vendredi 21 juillet 2017

Madeleine 2017 (2)

La feria de la Madeleine à Mont de Marsan n'est pas de la roupie de sansonnet. En nombre de corrida, il s'agit d'une des plus importantes ferias européennes de l'été : six spectacles majeurs (5 corridas et 1 novillada piquée). Le tout dans des arènes en général pleines d'un public au sein duquel s'expriment, parfois dans le conflit, toutes les tendances de l'aficion, des plus triomphalistes aux plus intransigeantes.   

   Mercredi 19 juillet : corrida de Juan Pedro Domecq

   Faut-il aller voir une corrida de Juan Pedro Domecq ? Au vu des résultats désastreux de la ganaderia depuis le début de la temporada, et même depuis le début de la décennie, et même depuis le début du siècle, la question se pose. Ceux qui se sont abstenus ce mercredi n'ont rien à regretter car s'il fallait qualifier la corrida en un mot ce serait : fadeur, en espagnol : sosería. Les porteurs du prestigieux fer de Veragua souffrent d'un inquiétant manque de caste qui réduit le tercio de pique à sa plus simple expression et qui, malgré ce traitement, n'empêche pas les toros d'aller a menos, finissant avec des charges décomposées. Des toros jolis à regarder mais sans âme. Une exception, le troisième. Un toro comme en rêvent tous les toreros, les figures déjà consacrées comme José María Manzanares aussi bien que les modestes qui ont un besoin urgent de triompher comme Thomas Dufau. Un toro sans trapío, anovillado, sin cara. Après deux picotazos (of course), une charge noble, longue, répétée et avec suffisamment de vivacité pour susciter l'intérêt des étagères. En plein mois de juillet, un toro de sapin de Noël.
   L'heureux élu fut Thomas Dufau et il ne laissa pas passer l'occasion. Depuis la réception par véroniques genou à terre jusqu'à l'estocade finale en passant par un début de faena à genoux suivi de séries de derechazos parfaitement enchainés et templés avec cite de loin, puis une séquence al natural, le Landais, très concentré, sut faire ce qu'il fallait pour couper les deux oreilles de son prodigieux Prodigioso.
   Et j'ai bien peur que Juan Pedro ait pensé : "Ne changeons rien, mes toros sont formidables."

   

  

jeudi 20 juillet 2017

Madeleine 2017 (1)

   
 Mardi 18 juillet : Concours landais

   Une entrée correcte (demi-arène) malgré la canicule de la journée et l'orage qui s'annonce. Un début de concours intéressant, la lutte pour les premières places s'engage. Un petit miracle en course landaise : la musique est discrète et de bon goût. Nous en sommes à la cinquième vache lorsqu'une violente averse oblige à une interruption momentanée. Le public s'est massé dans les hauteurs abritées du Plumaçon, l'orage s'éloigne, le sol semble avoir bien résisté, le concours reprend dans des conditions correctes. Mais une fois la vache rentrée une annonce au micro informe le public de la suspension définitive de la course. J'ai vu des corridas aller à leur terme malgré de bien plus grandes pluies...
  En tout cas la prochaine fois que le temps sera incertain je resterai chez moi.





  

lundi 17 juillet 2017

Céret, première

   C'était ma première corrida à Céret (et pour moi la seule du cycle). Mon dépucelage cérétan en quelque sorte. Un dépucelage raté, comme il se doit. Mais j'ai cru comprendre que d'habitude ça ne se passe pas comme ça. Il faudra donc que j'y revienne...
   Avant que la course ne commence, par haut-parleur, les organisateurs avertissent  le public que les toros se sont abimés les cornes dans les corrals et que, désireux de ne pas rompre l'unité d'une course de Miura, ils avaient choisi de faire lidier l'intégralité du lot tel qu'il était.
   Et c'est ainsi que, ce qui devait être un anniversaire heureux (30ème année de Céret de Toros), a tourné au désastre et à la confusion.
   Il me semble que ce que l'on peut reprocher aux organisateurs c'est d'avoir péché par naïveté. Et comme la naïveté est le propre des passionnés il leur sera beaucoup pardonné.
   La première naïveté est d'avoir choisi un lot de Miura. Car, chez Miura, lorsque l'on s'appelle Céret, on passe fatalement après Pampelune, Séville, Bilbao et Madrid. On n'a donc que du second choix; en l'occurrence des toros qui ont eu des problèmes de corne au campo et que l'on a arrangés (arreglado) ... et advienne que pourra une fois les toros arrivés à la plaza. Arles a ainsi longtemps hérité de lots aux cornes ravagées et, même dans les prestigieuses arènes précitées, la maison Miura a du mal à présenter six toros correctement armés.
   Deuxième naïveté, celle d'avoir cru qu'un public biberonné depuis 30 ans au torisme le plus intransigeant puisse accepter de voir lidier des toros - fussent-ils de Miura - aux cornes aussi détruites que l'étaient celles des quatrième et cinquième. Dans n'importe quelle arène ils auraient provoqué malaise et remous. Alors à Céret ...
   En fin de compte, cet incident ramène les organisateurs sur le plancher des vaches. Une leçon d'humilité sans doute.






A Céret il n'y a pas que les illusions des aficionados qui partent en fumée (photo Velonero)

dimanche 16 juillet 2017

Pampelune







Jeudi 13 juillet      Pamplona
beau temps, vent frais
lleno

6 toros de Nuñez del Cuvillo (12 piques, ovation au 4) pour Antonio Ferrera (silence, vuelta), Alejandro Talavante (une oreille, silence) et Ginés Marín qui remplaçait Roca Rey blessé ici-même l'avant-veille (silence, silence)

Tout commence par des sifflets (gentils) à l'adresse du président (ici, c'est toujours un élu municipal), puis, au tendido soleil, se déploie une banderole géante en faveur des prisonniers d'ETA qui déclenche une belle bronca. Durant toute la corrida, les peñas entretiennent un vacarme d'un niveau sonore à la limite du supportable. Pas d'erreur, nous sommes bien à Pampelune.
Inégaux de présentation, les toros de Nuñez del Cuvillo vont montrer tout au long de la tarde peu d'appétit pour le combat contre la cavalerie. Ils sortent presque toujours seuls de la rencontre et sont donc peu piqués. En conséquence, ils sont peu fixés et très mobiles ce qui occasionnera des deuxièmes tiers souvent émotionnants, la pression des toros obligeant à plusieurs reprises les banderilleros à sauter la barrière. Au troisième tiers les 2, 4 et 5 sont les meilleurs, nobles, vifs, de charge longue.
Antonio Ferrera n'insistera pas face à son premier adversaire, un cinqueño laid et faible. En revanche, face au quatrième, le meilleur toro de l'après-midi, son actuation sera complète, toute empreinte de maturité radieuse. Avec un classicisme teinté d'une pointe de baroque qui lui est propre, il alterne, sur les deux mains, moments de toreo lié ou de passes à l'unité, toujours en phase avec le comportement du toro. La mort sera plus laborieuse : une tentative de recibir se soldera par une demi-épée suivie de deux descabellos. A l'issue du premier descabello Antonio subit, sur une arrancada du toro une violente voltereta qui le laisse un instant groggy.
Alejandro Talavante profitera de la mobilité de ses deux toros pour lier naturelles et derechazos élégants mais parfois un peu distants. Rien de superflu dans son toreo mais une difficulté, parfois, à se centrer. Incompréhensiblement, il ne s'engage pas le moins du monde à la mort de son second adversaire alors que le triomphe était à portée d'épée.
Moins bien servi, Ginés Marín se contente ce jour de montrer sa planta torera et ses belles manières.


samedi 8 juillet 2017

Pamplona

El jugo del bacalao
corre
por los labios de la moza
Olor a ajo y a vómito
Belleza de ojo azulado
de cansancio
Rojo de los labios
rojos de vino tinto
Bajo la camisa manchada
la ducha de sangría dibuja los pechos
en punta
como picos volcados
Abajo el tercer negro está que no termina
de caer
Los peones insectos asesinan
Moscas azules y verdes
sobre la mancha que se estremece allí lejos
en un desierto abrumado
de bandas
El sol grita sus vanidades
de barrio
Insultos arrogantes de peñas
Al caer el tercer negro
el sol es el rey
Los baldes de vino tinto bailan
en chaparrones
de amistad
Los panes entreabren su miga como muslos
y la salsa se escurre al interior
A la sombra los trajes cardenillos
se aburren
El pelele allí abajo
Aquél que decian el maestro
sopla con las dolorosas ganas
de estar en otra parte
de irse muy lejos
lejos de aquí
de esta cuba de carne borracha
de este caldero de odio
de este puchero feliz
Pero el sol pesa
con sus bombos
y todos sus negros a quienes les gusta
el café
La moza despechugada de indecencia
ataca el jamón con dientes de hiena
sonrisas de indiferencia
perforadas por falos
invisibles
Reparte el pan y el vino
como en misa
No se volverá
hacia el pelele allí abajo
Al sol le importan un pico los maestros
Los negros sí
Los negros de la noche
Llegados en silencio hasta la fábrica de gas
Subrepticia invasión
de matadores guerrilleros
en la ciudad ruidosa ydespreocupada
Los negros que son el mal
Correr ante el mal para saberlo
vencerlo
lo más cerca de su cuna de matanza
donde guarda todas las gracias
El encierro es una acción de gracias
un esprint de redención
una eternidad de ocho segundos
un infinido de cincuenta metros
Después habrá churros
chocolate espeso
y después el clarete el pacharán y el cuba libre
y el cochinillo y el bacalao del sol y la ducha
de sangría y las oraciones de San Fermín y
la tristeza
de los matadores
Y siempre está Navarra poco avariciosa
de sus durezas
de sus dulzuras
de sus pecados
Los burgueses rojos y blancos
con hijos como ellos
van a esconder su confesional durante
ocho días
y ser infieles a sus mujeres con
australianas
La moral se calla de pronto en el fondo de
la catedral
Acurrucada como una vieja
En los bares de los burdeles
los esclavos de color
hablan de Julio
y de pesetas con acento
ecuatoriano
Y se recuerda la Conquista
olvidando a Franco
y la humillación
En casas de las viudas las sirvientas llevan pequeños
sombreros
para agradar a los chalanes
y a los empleados de banco bien peinaditos
En la casa del cerdo
el humo de la grasa es una niebla
de agua en la boca
En casa Mauleón las costillas están a precio
de caviar
Y en el Iruña los clones de Hemingway
no paran
de acariciarse sus barbas
como si fueran
un buen par
de huevos

Patrick ESPAGNET
Los Negros
Traduction de Marcel Antoine Bilbao
Loubatières 2002

mercredi 5 juillet 2017

Pampelune , poème de Patick Espagnet


Le jus de la morue
coule
sur les lèvres de la fille
Odeur d'ail et de dégueulis
Beauté d'un œil bleui
de fatigue
Rouge des lèvres
rouge de vin rouge
Sous la chemise souillée
la douche de sangria dessine les seins
pointus
comme des becs renversés
En bas le troisième noir n'en finit pas de tomber
Les peones insectes assassinent
Mouches bleues et vertes
sur la tache qui tressaute loin là-bas
dans un désert assommé
de bandas
Le soleil hurle ses vanités
de quartier
Insultes rogues des penas
Au troisième noir tombé
le soleil est le roi
Les seaux de vin rouge valsent dans des averses
d'amitié
Les pains entrouvrent leur mie comme des cuisses
et la sauce s'y glisse
A l'ombre les costumes vert de gris
s'ennuient
Le pantin en bas
Celui qu'on disait le maître
souffle avec la douloureuse envie
d'être ailleurs
De s'en aller très loin
loin d'ici
de cette cuve de viande saoule
de ce chaudron haineux
de cette marmite heureuse
Mais le soleil est lourd
avec ses grosses caisses
et ses nègres qui aiment tous
le café
La fille débraillée d'indécence
attaque le jambon avec des dents de hyène
Des sourires d'insouciance
taraudés de phallus
invisibles
Elle partage le pain et le vin
comme à la messe
Elle ne se retournera pas
vers le pantin là-bas en bas
Le soleil se fout des maîtres
Pas des noirs
Les noirs de la nuit
Arrivés en silence jusqu'à l'usine à gaz
Subreptice invasion
de tueurs maquisards
dans la ville ronflante d'insouciance
Les noirs qui sont le mal
Courir devant le mal pour savoir
le vaincre
Au plus près de son berceau de tuerie
où il détient toutes les grâces
L'encierro est une action de grâces
Un sprint de rédemption
Une éternité de huit secondes
un infini de cinquante mètres
Après il y aura le churro
le chocolat épais
Et après le clarete le pacharan et le Cuba libre
et le cochon de lait et la morue du soleil et la douche
de sangria et les prières de San Fermin et la tristesse
des tueurs
Et toujours il y a la Navarre pas avare
de ses rudesses
de ses douceurs
de ses péchés
Les bourgeois rouges et blancs
avec des enfants comme eux
vont planquer leur confessionnal pour huit jours
et tromper leurs femmes avec
des Australiennes
La morale est soudain silencieuse au fond de
la cathédrale
Tapie comme une vieille
Aux bars des bordels
les esclaves de couleur
parlent de Julio
et de pesetas avec l'accent
équatorien
Et l'on se souvient de la Conquête
En oubliant Franco
et l'humiliation
Chez les Veuves les servantes ont de petits
chapeaux
pour faire plaisir aux maquignons
et aux employés de banque gominés
A la maison du cochon
la fumée de la graisse est un brouillard
d'eau à la bouche
Chez Mauléon les costillas sont au prix du caviar
Et à l'Iruna les clones d'Hemingway
n'en finissent pas
de caresser leur barbe
comme si c'était
une grosse paire
de couilles

Patick ESPAGNET
Les Noirs
Editions Loubatières, 2002