mardi 29 octobre 2019

El Cid

   El Cid a été un des meilleurs toreros du début du siècle. De 2004 à 2007, lorsqu'il était au sommet de son art, il a été le matador de l'escalafon qui toréait le plus purement et le plus sincèrement. Malgré nombre de triomphes perdus à la mort dû au fait qu'étant gaucher il lui a été nécessaire d'apprendre à tuer de la main droite, il a accumulé les succès dans les plus importantes arènes espagnoles et françaises. Séville, Madrid, Bilbao l'ont acclamé dans des journées d'anthologie. Et le plus souvent devant des toros de Victorino Martin.
   Alors qu'il vient de terminer une temporada de despedida au cours de laquelle il a reçu le vibrant hommage de l'aficion (On notera que la France l'a complètement oublié) voici, en quelques dates subjectivement choisies, une évocation de la carrière de ce grand torero qu'a été Manuel Jesus Cid Sala "El Cid".

2002   l'année de la révélation
   A Vic, des véroniques de toute beauté suivies d'une faena sincère et templée séduisent le public gersois (deux oreilles d'un toro de Ramon Sanchez). A Madrid, pour la San Isidro, la faena qu'il donne à Guitarrero, grand toro d' Hernandez Plá, met Las Ventas boca abajo. Son échec à la mort lui coûte la grande porte. A Bayonne, en septembre, il coupe les deux oreilles et la queue d'un Victorino Martin. Voilà un carrière bien lancée !

2004   le chef-d'œuvre
    S'il ne fallait garder qu'une faena du Cid, ce serait celle-là : Madrid, le 5 juin, face à Bombonero de Victorino Martin. Donnée entièrement de la main gauche, la faena du Sévillan est un chef-d'œuvre absolu. Une fois de plus, Manuel Jesus perd les deux oreilles à la mort.

2007   la grande année
   C'est, bien sûr, l'année du seul contre 6 Victorino  à Bilbao, corrida qui marque l'apogée de la carrière du Cid. Mais c'est aussi l'année de la salida a hombros de Pamplona, et de sa quatrième Porte du Prince à Séville après deux faenas pour le souvenir toujours face aux victorinos.

   Les années qui suivent vont marquer un déclin progressif du torero. Son toreo garde la fluidité qui a toujours été la sienne mais son engagement est moindre, son sitio moins assuré, sa muleta moins dominatrice. S'il continue de glaner des succès dans les plazas de moindre importance, son passage dans les arènes de première catégorie se solde la plupart du temps par des déceptions ou des échecs. Parfois, un toro d'exception comme Madroñito, cet Adolfo Martin de Santander en 2016, lui permet de redorer son blason mais dans l'ensemble ces dernières temporadas le voient très en dessous de sa période de plénitude.
   On a toujours dit que le Cid avait la baraka lors des sorteos. Cette ultime temporada a confirmé le fait. A Huelva , il touche un  Cuadri  comme il en est peu sorti ces derniers temps et lui coupe deux oreilles après une excellente faena. Enfin à Zaragoza le dernier (?) toro de sa carrière  sera le meilleur de toute la feria du Pilar et en fera le triomphateur. Comme toujours dans ces cas-là, il faut avoir le talent pour se hisser à la hauteur des opportunités. Et ce talent, El Cid l'a toujours eu.



  
 La main gauche a toujours été le point fort du Cid.
Ici à Seville devant un victorino
photo Arjona

jeudi 17 octobre 2019

Les Noirs réédité



 
   En dehors de son travail de journaliste pour Sud-Ouest, Patrick Espagnet  a peu écrit.
   Des nouvelles parmi lesquelles des pages magnifiques sur le rugby dans XV histoires de rugby.
   Un recueil de poèmes sur la tauromachie, riche d'images et vibrant d'aficion. Les éditions Au diable vauvert ont eu l'excellente idée de rééditer Les Noirs qui avait paru en 2002, deux ans avant sa mort.
   Voici, pour donner un aperçu du talent de Patrick Espagnet, le poème qui ouvre le recueil :


CAMPO

Dans l'ombre des perdrix
les sauterelles
tremblent
Le soleil a déjà réveillé les genêts
L'air sent le romarin
et la bouse de vache
Des nuages au ciel
traînent la patte
L'horizon blêmit dans un brouillard de lait
La plaine ondule
en lents vallons
Des chênes rabougris la tachent
en peau de bête
Un épervier crie comme une fille
Le campo solitaire grésille de cigales
et fume de poussière
Il est immense et jaune
soufre
Un olivier bleu
se tord sur son dos de chien
pelé
les lances des vachers
hérissent les chevaux
Armée de contrebande
Le mayoral a une casquette
comme pour la java
Un cow-boy de guinguette
Un chevalier paysan
aux mains de pierre
usée
Ils sont là-bas les noirs
Immobiles présages
Statues du mal
Ombres de guerre
Les casquettes sifflent
comme des dragueurs de
paseo
Les chevaux fument et bavent de terreur
Des bruits de langue claquent
dans les mâchoires
Les vachers amadouent
menacent
Ouy ! Ouy ! Toro ! Torito bueno !
Des chiens peureux jappent
dans les pattes des chevaux
Domestiques de l'homme
les deux
Effarés par la sauvagerie
Sous le bleu de l'olivier les noirs ruminent la haine
Foin bénit de leur liberté
Last chance de leur race
Ils se frottent en frères et se cognent en ennemis
Le diamant de leurs cornes
accroche le soleil
Une étoile en plein jour
Un mégot s'éteint à la bouche d'un vieux
Il a des yeux de mer
et des rides de faim
Une gueule de cuir tanné par les soleils
d'hiver
Il doit tutoyer les tourterelles

jeudi 3 octobre 2019

Recortadores

   Durant les fêtes de la San Mateo a eu lieu dans les arènes de Logroño un concours de recortadores. Bonne occasion pour découvrir cette forme de tauromachie qui a beaucoup de points communs avec notre course landaise.

(comme toujours, il faut cliquer sur les images pour mieux voir)














La majorité des recortadores venaient de Castille, un de Logroño, un du Pays Basque et un d'Aragon ;  avec le Pays Valencien  ce sont les hauts lieux du recorte.




















Premier face à face : saut en sortie de loges.




















Très impressionnant : écart à genoux face à un tío.



















Voici l'écart traditionnel. Contrairement à la course landaise, il s'exécute en courant, le recortador décrivant un arc de cercle avant la rencontre avec le toro, à la manière de la pose de banderilles au cuarteo.


















Saut de l'ange de Sergio Urruticoechea, recortador logroñes qui faisait sa despedida devant son public.



















Le saut en tirebouchon est très pratiqué. Tout comme le saut vrillé chez nous, il n'a pas la "pureté" du simple saut périlleux.





















Ici aussi on aime les remises de prix avec coupes, médailles et cadeaux.
Le vainqueur du jour : José Manuel Medina "Zorrillo" d'Arevalo (Avila).