lundi 27 mai 2019

Le toreo revu et corrigé (extraits)

   Toutes les histoires sur la pureté de la fiesta me laissent sans voix et je ne crois pas qu'il y ait eu une décadence conduisant le toreo à un trucage. Messieurs, le toreo est un truquage, une divine tromperie, car sans tromperie, le toro te prend. (p. 6)

Sur Belmonte
   Le toreo doit simplement à Juan Belmonte un important apport technique de type intuitif qu'il ne put jamais expliquer, certainement appris à force de coups dans ces plazas, puisque à Tablada et au clair de lune, on ne pouvait pas beaucoup apprendre - la preuve qu'il n'apprit rien à Tablada c'est qu'à ses débuts de matador il était pris chaque fois. Cet apport technique consiste, rien de plus mais rien de moins, en se croiser devant les toros. (p. 70)

   Pourquoi, dès lors, disait-on que Belmonte avait du temple ? Tout simplement parce qu'il allait à la corne contraire. Arrêtons-nous sur ce concept : en amenant le toro vers l'extérieur et en l'obligeant à dévier sa trajectoire, il obligeait le toro à perdre de la rapidité dans son attaque, et donc à charger plus doucement. C'est la raison pour laquelle Belmonte, en se croisant, toréait un peu moins vite que ses contemporains. (p.72)

Sur Manolete
   Manolete comme toutes les grandes figuras du toreo fut un homme exceptionnellement intelligent. Très conscient de sa taille, de ses longues jambes et de son aspect un peu dégingandé, il sut adapter le toreo à ses caractéristiques physiques. Manolete ne pouvait toréer les pieds disjoints, car ses longues jambes auraient rendu ce toreo particulièrement inesthétique. Ces mêmes raisons l'empêchaient de rentrer son menton et de se courber devant la charge du toro. Manolete devait pratiquer un autre toreo : un toreo adapté à son physique. C'est pour cela que, avec intelligence, en abandonnant les styles alors dominants, Manolete adopta d'autres manières, d'autres formes, basées sur les pieds joints et la verticalité. Avec une immobilité absolue. (p.130)

Quelques refilons, piques et cariocas
      Si un toro actuel, même ayant peu de forces, faisait face à un cheval d'alors, sans peto (protection), il le taillerait en pièce. Et dans le cas contraire, si un toro d'alors se trouvait face à un cheval actuel, avec le peto actuel, il se collerait dès la première charge à la barrera et n'en bougerait plus. (p.22)

   Dans sa conférence sur l'Art de toréer, prononcée à l'Ateneo de Madrid en 1950, Domingo Ortega fait l'éloge du "parar, templar, cargar, mandar". La chose amusante est qu'il ne le fit jamais. (p. 34)

   Comme tout bon aficionado le sait, aller au devant d'un toro avec la muleta en arrière est quelque chose de très dangereux, car on se trouve à découvert et l'on est vu par le toro. Quand on cite le toro avec le leurre en arrière, on lui donne toujours la possibilité de choisir entre le leurre et l'homme, et il se dirige sur les deux. Par conséquent, l'une des défenses essentielle du toreo est de placer les leurres en avant. (p. 124)

   En parlant de Manolete, j'ai dit que toute l'affaire de l'orthodoxie taurine imposée par le tendido sept et ses "gueulards" était une plaisanterie. J'ai démontré comment il est impossible d'être toujours croisé si l'on prétend enchaîner les muletazos, et j'ai aussi démontré que se croiser à la corne contraire était une situation avantageuse pour le torero, car le toro ne le voit pas à ce moment-là. Par conséquent, le toreo au fil de la corne me parait plus risqué que de se croiser, chose qui reste le meilleur moyen d'amener le toro au dehors. (p. 191)

Afeitado et politique taurine
   L'afeitado est une fraude. Et une escroquerie qui doit être combattue. Mais c'est à nous, les aficionados, de le combattre. Et je lance ici un appel aux amateurs : ni la Restauration, ni Alphonse XIII, ni la République, ni Franco, ni le système actuel n'ont fait quelque chose pour la fiesta. Ils l'ont ignorée. Aussi, aucun obstacle ne s'est dressé face à la tromperie. C'est le moment d'en prendre conscience. Il dépend des aficionados que la fiesta prenne un nouveau rythme. Mais cessons de nous lamenter, cessons d'attendre des hommes politiques des solutions qu'ils n'apporteront jamais - aucun d'entre eux n'est prêt à aider la fiesta car ils sont tous tenus par un complexe d'infériorité par rapport au "progressisme" et au fait européen. Arrêtons d'accuser les taurins d'être des escrocs. S'ils nous trompent, c'est parce que nous le voulons bien. Nous devons nous organiser et imposer nos critères. Et si nous ne le faisons pas et laissons faire les autres, que ne viennent pas ensuite les pleurs et les lamentations...(p. 129)

                                                   naturelle de Juan Belmonte

   


vendredi 24 mai 2019

Le toreo revu et corrigé

   Dans ce livre déjà ancien (il est paru en version originale en 2002), Domingo Delgado de la Camara a l'ambitieux projet de réécrire l'histoire du toreo. L'auteur rejette, en effet, les analyses de ses prédécesseurs, critiques ou historiens de la fiesta. Celles qui attribuent la création du toreo moderne à Juan Belmonte et qui voient Joselito comme le dernier des Mohicans, ultime et meilleur représentant de l'ancienne lidia du XIXème siècle. Pour l'auteur, José Gomez est bien plus que cela. En pratiquant le premier le toreo en rond, Gallito pose les bases du toreo moderne que Chicuelo puis Manolete porteront dans les décennies suivantes à un point de non-retour. Juan Belmonte, lui, est plutôt l'inventeur d'une esthétique qui servira de référence et d'idéal au toreo du XXème siècle.
   Poussant son analyse et prenant en compte toute l'histoire taurine du siècle passé, Delgado de la Camara en arrive à classer le toreo en six styles différents. Chacun est l'objet d'un long chapitre au cours duquel il étudie l'apport technique et esthétique de chaque torero important.

   - La lidia ancienne de style galliste basée sur la diversité du répertoire.
   - L'esthétique belmontiste basée sur les pieds ouverts et la poitrine en avant, au détriment de la ligazon.
   - Le style sévillan avec les pieds joints, l'importance des recortes et des ornements.
   - Le toreo moderne mis au point par Manolete.
   - Le néoclassicisme qui utilise la technique de Manolete au service d'une esthétique belmontiste.
   - Les exhibitionnistes du courage, enfin, avec l'école trémendiste d'Albacete et El Cordobes comme figure de proue.

   Chaque chapitre s'ouvre par un tableau qui montre la succession chronologique des toreros dans la constitution et l'évolution de chaque style.
   L'auteur n'introduit pas de hiérarchie entre les différents styles, il n'y a pas d'orthodoxes ou d'hétérodoxes, de bonne ou de mauvaise évolution, de truqueurs ou de toreros purs. Il y a tout simplement, dans chaque catégorie, de bons ou de mauvais interprètes, et chaque aficionado, selon ses goûts et sa personnalité, sera plus ou moins sensible à telle ou telle manière de toréer sans que cela puisse disqualifier celles qui n'ont pas sa faveur.
   Pour mener à bien son travail, Domingo s'est appuyé non seulement sur son expérience de spectateur mais aussi sur les nombreuses vidéos disponibles - en particulier celles de Fernando Achucarro et José Gan pour les époques antérieures aux années 70 - ainsi que sur la lecture des peu nombreux écrivains taurins en qui il a confiance, parmi lesquels il attribue une grande importance à Gregorio Corrochano et Pepe Alameda.

   La lecture de l'ouvrage est passionnante. Elle donne une vision claire et renouvelée de l'histoire du toreo, qui n'empêche pas l'aficionado chevronné de mener un dialogue imaginaire avec l'auteur lorsqu'il n'est pas d'accord avec ses jugements.

Domingo Delgado de la Cámara,  Le toreo revu et corrigé,  sources, parcours et styles dans l'art de toréer,  Loubatières,  2004

samedi 11 mai 2019

Pablo Aguado, consécration d'un torero

   Juste ce qu'il fallait. Pour Séville, pour le toreo, pour la tauromachie. La consécration, au cours d'une corrida qui restera dans les annales de la Maestranza, d'un torero capable de rendre folle Séville dans une faena de vingt passes de toreo eterno.

   Ici la reseña de Carlos Crivell, pour rêver à défaut d'avoir pu y assister.
























photo Arjona

mercredi 8 mai 2019

Toros en Gironde 2019


Captieux

Dimanche 2 juin
17h   novillada
El Freixo
Dorian Canton - José Fernando Molina - Borja Collado

Rugby y toros, le blog























La Brède

Samedi 22 juin
11h30  novillada sans picadors
Alma Serena / La Espera
Clément Hargous - Niño Julian

18h   corrida
Fuente Ymbro
Daniel Luque - Juan Leal - Juan Ortega

programme 



  




















En 325, le concile de Nicée décide que Pâques sera célébrée le premier dimanche après la pleine lune qui suit l'équinoxe de printemps. Pentecôte étant 50 jours après Pâques, la novillada de Captieux se déroulera cette année avant la feria de Vic. On y reverra les novillos d'El Freixo (élevage d'El Juli) qui, par leur caste, avaient favorablement surpris l'aficion l'an passé.
   Dans le bon cartel - comme toujours - de La Brède on notera la présentation en France comme matador de toros de Juan Ortega dont le toreo classique a déjà séduit à plusieurs reprises le public madrilène.