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jeudi 7 décembre 2023

Croquis de la fête taurine (poésies 9)

 
El Juli
 
Phœnix superbe d'orgueil
toujours
maître
des toros
dans la simplicité
 
 
 
José Maria Manzanares (padre)
 
Il  fait  soleil  dès  que
tu montres
ton art
Chose rare mais précieuse 



Ortega Cano

Matador modeste avant d'être
grand 
torero
puis caricature de toi-même
 
 
 
 
 


 

mardi 28 novembre 2023

El Juli

 

 
   El Juli n'a jamais été un de mes toreros de prédilection. Les très grandes tardes qu'il a connues n'ont jamais réussi à me faire oublier les facilités qu'il s'est trop souvent octroyé tout au long de sa carrière, l'empêchant de rentrer dans le panthéon de mes favoris. Facilité dans le toreo de muleta; facilité au moment de la mort qui, en contrepartie, l'a privé de nombreux triomphes importants; facilité dans le bétail qu'il a affronté, ôtant beaucoup d'intérêt à ses démonstrations. Enfin je n'oublie pas que, par ses exigences financières démesurées, il a contribué à l'augmentation du prix des places des corridas.
 
   Pourtant, à l'heure où il a décidé de mettre un terme à sa carrière, me restent de lui quelques souvenirs heureux et émouvants.
   C'est dans la petite arène qui jouxte le Batan madrilène que je l'ai découvert alors qu'il n'était qu'un gamin, tentant de banderiller un becerro aussi grand que lui et ne se décourageant pas malgré les échecs et les bousculades. Une volonté de fer, déjà, se lisait dans son attitude.
   Une dizaine d'années plus tard, alors qu'il était devenu une figure indiscutable, lors des fêtes de la Madeleine 2003, il connut une journée mémorable face à deux toros de San Martin. Deux faenas d'une grande pureté où il fit preuve d'une douceur, d'un abandon qui confinèrent au sublime; jamais depuis je n'ai eu l'occasion de le voir toréer ainsi.
   Enfin, ces dernières années, vu cette fois par le biais de la télévision, il a donné en plaza de Madrid plusieurs véritables leçons de tauromachie. Pour l'occasion, sa sincérité, son temple parfait lui ont permis de dominer, de façonner à sa guise des adversaires rétifs et d'un grands sérieux. L'aboutissement de 25 années de maestria!

   Dans un récent article de la revue Toros qui analyse remarquablement la carrière du torero, Thierry Vignal distingue quatre périodes dans sa trajectoire taurine. 
   Dans ses premières années d'alternative, le Madrilène fut un torero largo et dominateur.
   Il eut une deuxième période durant laquelle, après avoir cessé de banderiller, il se mit en quête d'une plus grande pureté et profondeur.
   Sa troisième époque fut celle de la recherche des muletazos les plus longs possibles, liés et la main très basse, le tout parfois au détriment de l'esthétique et avec l'aide d'un bétail de circonstance.
   Enfin, ces dernières années, délivré de la pression qu'implique la poursuite de triomphes constants, le maestro toréa avec un plus grand naturel en basant son dominio sur une maîtrise parfaite du temple.
 
   Déjà, en 2002, dans Le Toreo revu et corrigé, Domingo Delgado de la Camara disait : ''El Juli est le Gallito du XXIe siècle. Avec une tête prodigieuse et une caste sans pareil. Ses racines sont chez Joselito, bien sûr; mais il torée avec les modes actuels : en rond et en se rapprochant d'une esthétique néoclassique. Parmi ses qualités se distingue aussi un bon sens du temple. Si l'on voulait mettre un léger bémol, on pourrait dire qu'il lui manque un peu de classe. On ne peut tout avoir.''

   Il faut aussi souligner les immenses capacités d'El Juli à la cape, non seulement pour la variété de son répertoire (et notamment l'apport des fameuses zapopinas venues d'Amérique) mais par le pouvoir souverain qu'il était capable d'exercer sur le toro dès les premiers capotazos.
   Malgré les ombres au tableau, El Juli fut la principale figure des vingt premières années de ce siècle durant lesquelles il exerça son autorité sur les toros, le public et le monde du toro.
 




Thierry Vignal, Julián Lopez "El Juli" : à propos d'une trajectoire, Toros n°2204 (novembre 2023)



  

vendredi 10 novembre 2023

Bilan 2023

 
Ma corrida rêvée
 
 
                              6   toros de Victorino MARTIN   6 
               El JULI   -   Sébastien CASTELLA  -  Borja JIMENEZ


   Les toros blessent et parfois tuent. Cette année ils se sont contentés de blesser. Morante, Roca Rey et Daniel Luque ont dû interrompre leur temporada alors que celle-ci, au plus ardent du mois d'août, était à son zénith. Après un début d'imperator romain (les deux oreilles et la queue à Séville), Morante n'a pu renouveler sa marche triomphante de l'an passé, Daniel Luque n'a pu s'imposer définitivement en Espagne et Roca Rey a laissé sans sommeil de nombreuses empresas.
   Mais il y avait Sébastien Castella. À partir de son triomphe de la San Isidro, sa saison a été une succession de jours heureux avec, en hauts faits d'armes, sa porte du Prince sévillane  (il en rêvait) suivie quelques jours plus tard d'une faena épique et dominatrice qui constitue un des sommets de la temporada face à un manso perdido de Victoriano del Rio lors de la feria d'Automne madrilène. Heureusement que sortent encore des chiqueros des toros - braves ou mansos - avec du caractère, de la caste, comme ceux de l'éleveur madrilène qui permirent au Français de montrer chaque fois sa trempe et son talent.
   El Juli est figure de la tauromachie depuis 25 ans et depuis 25 ans il a triomphé dans toutes les arènes de la planète taurine et pourtant il n'avait jamais figuré dans mon cartel de rêve. Son julipié - qui restera, pour toujours, une ombre à sa carrière, et le peu d'intérêt que présentaient ses prestations devant des toros de peu de présence et de caste en sont les causes. Pourtant ces dernières années, il a illuminé de sa maestria de nombreuses tardes, particulièrement à Las Ventas ce qui lui a permis de retourner en sa faveur un public qui lui avait été longtemps hostile. Aujourd'hui il s'en va, laissant des regrets : pour ce qu'il a été et pour ce qu'il aurait pu être.  
   Borja Jimenez, lui, représente l'avenir. Après une longue période de maturation (alternative en 2015) qui semble être aujourd'hui nécessaire à l'éclosion de beaucoup de matadors, il a gravi cette année le premier échelon qui peut mener à la gloire : s'extraire du monton et imposer sa sincérité aux toros et aux aficionados. Il lui reste à accomplir le plus difficile : confirmer et durer. La force du rêve. ...
   
   L'excellente temporada réalisée par les toros de Victorino Martin est une bonne nouvelle. Les élevages toristes capables de se maintenir en haut de l'affiche sont rares et pour cela précieux. On ne peut que se réjouir d'y voir les victorinos à leur meilleur niveau. En espérant que quelques figures auront le pundonor lors des prochaines temporadas de s'afficher face à eux.

   Je ne voudrais pas terminer sans un mot sur Paco Ureña, injustement oublié cette année par les organisateurs français. Il a rappelé lors de la mémorable corrida de Victoriano del Rio de l'automne madrilène à quel point il était un torero de pundonor, de sincérité et d'art. De ceux qui méritent d'être en haut de l'escalafon et qui, pour d'obscures raisons, ne s'y trouvent pas.
 




mardi 23 mai 2023

Madrid, jeudi 18 mai

 
   C'est un plaisir de retrouver, après quelques années de purgatoire, la ville de Madrid et le chaudron de Las Ventas, plus bouillant que jamais, surtout quand, comme ce jour, le cartel est de relumbrón et le No hay billetes placardé depuis longtemps. À l'affiche Morante de la Puebla, un torero pour l'Histoire, El Juli, au sommet depuis 25 ans et Tomas Rufo, jeune triomphateur ici même l'an passé. 
   Les toros d'Alcurrucén sont correctement présentés, mais sans cette étincelle de grâce que donne le vrai trapío; leur caste est en sourdine, dominée par la mansedumbre et la fadeur.
   Après avoir expédié sous la bronca l'infumable premier, Morante répond au quatrième à un quite du Juli. Trois véroniques heurtées mais données avec le minimum de toile et donc extrêmement serrées, et une somptueuse demi lancent le run-run des attentes inconsidérées. Le début de faena avec une courte série à droite d'une sublime toreria met Las Ventas en feu ... Hélas ! le toro manque de race, il ne peut répondre aux exigences de toreo profond du maestro de La Puebla. La faena tourne court, tout s'achève sur une simple ovation renouvelée à la sortie de la plaza ...  Vendredi 2 sera-t-il le jour ?
   El Juli a donné au cinquième une énième leçon de toreo. Aujourd'hui : comment tirer de l'eau d'un puits sec. Son magistère régulièrement répété au cours de ces dernières temporadas a fini par le faire entrer dans les bonnes grâces du public madrilène. Mais, encore une fois, tout s'est évanoui à l'heure de la mort. Son incapacité à bien tuer restera une ombre sur la carrière du torero.
   Avec le meilleur lot, Tomas Rufo a alterné le bon et l'ordinaire. En comparaison de ses compagnons de cartel, il a fait figure de novillero prometteur, lui qui est pourtant déjà sorti par un nombre considérable de grandes portes. C'est ce qu'il en coûte de partager l'affiche avec les plus grands maestros. Il dut en outre lutter contre la vindicte du tendido 7 qui, pour exister, doit se trouver chaque jour une tête de turc. Mon voisin de tendido, un jeune aficionado madrilène, me donne son avis : les gens du 7 ont souvent raison mais leur comportement outrancier et irrespectueux les déconsidère et leur vaut l'hostilité du reste de l'aficion venteña.
 













 

jeudi 12 mai 2022

Quand El Juli se croise

    ... il commotionne Madrid et y fait, enfin, l'unanimité. Et même si, pour deux pinchazos, Julian n'est pas sorti par la grande porte (laissons là ces affaires de comptabilité) il a mis Las Ventas en folie et a écrit une des grandes pages de la plaza madrilène.
   Le maestro avait déjà coupé une oreille à son très noble premier cinqueño devant lequel il excella en véroniques et qu'il tua d'une manière plus sincère qu'habituellement. Mais Gañafote, le quinto La Quinta, est un toro difficile : abanto de salida, de charge incertaine, brusque, con extraños. En se plaçant toujours dans le terrain du fauve, Juli établit peu à peu sa domination, règle et améliore la charge et finit par donner des passes d'une longueur et d'une profondeur inimaginables quelques minutes auparavant. Le public  est debout et rugit de plaisir, la plaza - comme la bête - est rendue. Il ne reste plus qu'à tuer ... on connait la suite et El Juli finit en larme dans le burladero. Qu'importe ! La vuelta al ruedo est apothéosique et le souvenir de cette faena rejoindra celui des plus grandes vues en ces lieux.



jeudi 5 mai 2022

Séville, ville moderne

    Les temps changent. Une  nouvelle rubrique ''Vu à la télé'' s'impose. Non pas reseñas complètes, d'autres le font très bien, mais quelques mots sur un moment "vécu" à travers le petit écran.

   Nouvelle Porte du Prince hier à Séville. Après celles de Daniel Luque et de Tomas Rufo, la troisième depuis le début de la feria. La septième pour le Juli, dans son jardin sévillan. Quel paradoxe ! El Juli torero de Séville ! Julian Lopez est pourtant l'exact contraire de Curro Romero qui fut le grand torero de la ville au cours de la seconde moitié du siècle précédent. Les Sévillans aiment donc aussi ce qui fonctionne et s'il est un torero qui fonctionne parfaitement c'est bien le Juli. Tout ce qu'il a fait hier fut exactement adapté au toro, au public, aux circonstances. Et terriblement efficace. Pourtant son toreo manque de profondeur, conséquence de sa réticence à fouler des terrains plus risqués. Son toreo manque aussi d'art. On ne le lui reprochera pas car l'art ne se commande pas et le Madrilène a su compenser cette absence par des faenas d'une grande fluidité et d'un grand naturel mais aussi par un temple parfait - jamais le toro n'a accroché sa muleta lors de la première faena, dont les excellentes passes de poitrine furent la conclusion parfaite de ses séries. Faut-il parler des estocades ? Rien de nouveau dans ce domaine : Juli a inventé et systématisé le julipié et ne sait tuer que de cette manière. Le saut qu'il effectue pour passer la corne a pour conséquence un placement très en arrière de l'épée. Un président responsable aurait dû calmer les ardeurs du public sévillan et n'accorder qu'une seule oreille à son premier toro.
   Les toros justement. De Domingo Hernandez ''Garcigrande''. La perfection ! Ils en rêvaient, Domingo Hernandez l'a fait ! Avec suffisamment de bravoure pour charger. Avec aussi cette pointe de mansedumbre qui les conduit à s'ouvrir vers les barrières et donc à garder une charge légère et sans réelle codicia. Avec suffisamment de force pour ne pas s'écrouler ni se réserver. Une alchimie parfaitement réussie - sauf lorsque la mansedumbre prend le dessus -, exactement celle que Juan Pedro Domecq a échoué à obtenir.
   On peut prévoir un avenir radieux à la feria de Séville. Il y a pléthore de bons toreros et l'on peut imaginer désormais des Portes du Prince quotidiennement ouvertes. Séville, ville moderne.



lundi 15 juin 2020

San Isidro : à la recherche d'anciennes tardes madrilènes (suite)


Samedi 22 mai 1982
Madrid  Las Ventas
Six toros de Celestino Cuadri (assez bons) pour Manolo Vazquez (division d'opinions, bronca), Antoñete (vuelta, silence) et Jorge Gutierrez qui confirmait l'alternative (silence, ovation).
   En 1982, pour la San Isidro, Las Ventas était l'endroit où il fallait être. Mais plutôt en fin de feria. Les heureux présents auront pu assister le 2 juin à la fameuse "corrida du siècle", mais aussi deux jours plus tard à une prodigieuse actuation d'Antoñete qui coupa les deux oreilles de Danzarin de Garzon. L'après-midi du 22 mai fut à cet égard un succulent hors-d'œuvre dont surent se contenter, en le savourant à sa juste valeur, ceux qui, comme moi, n'étaient là que pour le pont de l'Ascension. Et ce d'autant qu'il était relevé par la présence des toros de Cuadri.
   Le retour des quinquagénaires Manolo Vazquez et Antoñete apporta, en cette année 1982 et les suivantes, un vent de fraîcheur et de jeunesse à la toreria andante. La manière de citer de loin du Madrilène, pecho offert , laissant arriver le toro au galop était alors nouvelle pour les jeunes aficionados. Si l'on rajoute sa classe extraordinaire et, dans ses meilleures journées, la domination qu'il exerçait sur les toros grâce à la précision de son sitio et de ses gestes, on peut dire qu' ANTOÑETE a été et reste aujourd'hui encore un modèle absolu de bon toreo. Voici ce qu'écrit Marc Thorel (Toros ) sur sa faena à son premier cuadri de l'après-midi : "La faena, elle, ira a mas. Dans un pouce de terrain, liée, précise, muleta de face, suerte chargée. Une série de 7 naturelles, une autre de 3, 2 redondos (le sommet) puis changement de main et pecho. Une firma et deux aidées par le bas suffisent, terriblement dominatrices, pour fixer définitivement le toro. C'est tout. Une vingtaine de passes, mais toutes empreintes d'une profonde marque, d'une sobriété paradoxalement rayonnante, d'une efficacité et d'une grande beauté mêlées. Une leçon. Pinchazo sur l'os et lame contraire jusqu'aux doigts. Un descabello. (Vuelta)."
   Ce ne fut pas en revanche le jour de Manolo VAZQUEZ dominé du début à la fin par la mobilité de ses adversaires.
   Le Mexicain Jorge GUTIERREZ confirmait l'alternative. Sa jeunesse et sa vaillance lui permirent de bénéficier de la sympathie des tendidos mais il resta très en dessous des qualités de ses deux toros.
   Les Celestino CUADRI possédaient ce trapío impressionnant si caractéristique de l'élevage. Ils s'employèrent peu à la pique, sortant souvent seuls des rencontres. Tous gardèrent une bonne mobilité au troisième tiers avec pour la plupart une belle franchise dans l'attaque que seul Antoñete sut mettre à profit. Notons qu'en ce temps-là on pouvait être un torero célèbre, avoir cinquante ans et affronter sans état d'âme les Cuadri pour la San Isidro !
   Ajoutons pour l'anecdote que le puntillero de Las Ventas Agapito Rodriguez effectua un tour de piste après avoir accompli avec efficacité son office face au second bicho, victime du mouchoir vert et refusant de quitter les lieux derrière les cabestros.





Dimanche 28 mai 1995
Madrid Las Ventas
Quatre toros de Murteira Grave, deux de La Cardenilla (1 et 6) (médiocres) pour Frascuelo (ovation, bronca), José Luis Bote (palmas, salut) et Luis de Pauloba (vuelta, salut).
   Jusqu'à ce que la maladie de la langue bleue conduise à sa fermeture on n'imaginait pas un séjour à Madrid pour la San Isidro sans un passage à la Venta del Batan où étaient exposés les lots de la feria. La contemplation religieuse de sa majesté le toro était parfois un des meilleurs moments taurin du séjour. Avec un peu de chance on pouvait même assister dans la petite plaza de toros attenante à une séance de l'école taurine de Madrid. Je me souviens avoir été impressionné - je crois bien que c'était cette année-là - par un muchacho haut comme trois pommes qui affrontait avec un cœur énorme un becerro plus grand que lui. On commençait à parler un peu de lui, mais son apodo "El Juli" ne disait pas encore grand chose au peuple de l'afición.
   Avec les sérieux toros portugais de Murteira Grave et trois toreros fracasados à la suite de cornadas gravissimes, l'affiche du jour constituait un de ces cartels typiques des dimanches madrilènes  que les empresas, avec une perversité non dissimulée, ont toujours su composer à leur avantage. Rappelons les faits tragiques. En 1977 durant la feria de Bilbao un toro de Villagodio plante sa corne dans le poumon de Frascuelo alors qu'il tente de lui donner une troisième larga afarolada à genoux. En 1992 pendant la San Isidro un toro d'Alonso Moreno avait, en le touchant aux vertèbres, éloigné José Luis Bote des ruedos pendant plus de deux années. Luis de Pauloba quant à lui avait perdu un œil à Cuenca en 1991 à la suite d'une terrible cornada dans la bouche alors qu'il n'était encore que novillero.
   A l'issue du paseo le public fait saluer José Luis Bote qui, trois ans après la cogida retrouve enfin le sable venteño. José Luis invite ses camarades à partager l'ovation. Emotion sur Las Ventas.
   Mais l'évènement qui va faire rester cette corrida dans les mémoires est l'immense faena que donne Luis de PAULOBA au troisième murteira. Une faena dont l'art et le temple inondent de joie les gradins madrilènes. Jamais je n'ai vu un toro aussi harmonieusement happé par le mouvement de la muleta. L'accord entre le déplacement du leurre et la charge du toro est tel qu'un sentiment de plénitude envahit Las Ventas. Peut-on dire que le temps s'est arrêté ? Il n'est pas impossible que, depuis ce dimanche 28 mai 1995, les 24 000 spectateurs du jour aient quelques dixièmes de secondes de retard sur le reste du monde. Mais le signe noir sous lequel est placé ce cartel ne s'efface pas pour autant. Alors que le Sévillan a au bout de l'épée les deux oreilles du toro de Murteira, la place de triomphateur de la San Isidro et quarante contrats à signer qui l'attendent à son retour à l'hôtel, il accumule les pinchazos. Le rêve s'évanouit et seuls les présents sauront à tout jamais que Luis de Pauloba est un grand torero.
   La déception du jour viendra des bichos de MURTEIRA GRAVE, mansos et fades.
   FRASCUELO donnera au premier trois formidables naturelles et un pecho qui lui vaudront une ovation. Mais il n'est pas encore tout à fait le chouchou du tendido 7 et ses doutes et hésitations lui vaudront une bronca au quatrième.
   José Luis BOTE a le soutien du public mais il se montre desconfiado avec les tissus ce qu'il compense en tuant vite et bien.




   Il n'y a pas eu de San Isidro cette année et Las Ventas va rester encore de longues semaines tragiquement déserte. On envisage sérieusement de donner des courses pour la feria d'Automne. Mais, ici comme ailleurs et comme pour l'ensemble du monde de la culture tout dépendra des normes imposées par les autorités. On peut toutefois espérer que la très nette baisse de virulence du covid 19 observée ces derniers jours en Europe permettra prochainement de lancer le paseo d'une temporada que plus personne aujourd'hui n'imagine blanche. Partout des initiatives se multiplient que les aficionados se doivent de soutenir pour aider à sortir de la psychose collective dans laquelle nous a plongé la crise du coronavirus.
   

  

jeudi 17 janvier 2019

El Juli

   J'apprends en lisant la revue "Toros" (n° 2086-87, décembre 2018) que Julian Lopez "El Juli" a perçu la somme de 90 750 € pour toréer et tuer deux toros dans les arènes de troisième catégorie de Roquetas de Mar (Almeria) le 22 juillet dernier. Certes le Juli est une figura du toreo mais on sait aussi qu'il impose partout où il torée des toros au trapío insuffisant (voire scandaleux) sans compter qu'il est le plus souvent incapable de tuer un toro dans les règles que prescrit l'éthique taurine. Il m'a semblé constater en outre que son tirón commercial s'était sensiblement émoussé ces dernières années. A lui seul, il est loin de remplir les arènes. Si l'on rajoute à tout cela des prestations très décevantes au cours de la dernière temporada en France, on peut souhaiter que, en cette temporada 2019, aucune empresa française n'ait la faiblesse de dépenser une somme si disproportionnée pour un torero devenu si ordinaire.
















El Juli : trop d'ombre au tableau (photo tirée du site eljuli.com)

samedi 5 janvier 2019

Nuñez : la réalité de l'arène

   Voici le nombre de toros et novillos issus des ganaderias d'origine nuñez combattus, en corrida et novilladas piquées exclusivement, au cours de la temporada 2018 (informations provenant du site Mundotoro) :

  • Alcurrucén (+ El Cortjillo et Lozano Hermanos)      74 t.     26 n.
  • José Luis Pereda   (+ La Dehesilla)                          32 t.      6 n.
  • Juan  Albarrán                                                           22 t.
  • Carlos  Nuñez                                                            21 t.
  • Aguadulce (+ Hros. de J. M. Aristrain de la Cruz)    18 t.     12 n.
  • Conde de la Maza                                                        6 t.   10 n.
  • Apolinar  Soriano                                                        6 t.
  • La  Plata                                                                      5 t.      1 n.
  • Carriquiri                                                                     4 t.      4 n.
  • Tardieu Frères                                                              2 t.     1 n.
  • Gabriel  Rojas                                                                      11 n.
  • El  Retamar                                                                          10 n.
  • Miguel  Prados  Osuna                                                          4 n.
   Alcurrucén est présent dans la plupart des ferias importantes et donne régulièrement des toros de grande caste, tel Licenciado cette année à Madrid face auquel El Juli réalisa une grande faena. La ganaderia  fait partie, tous encastes confondus, des plus demandées mais, derrière elle, aucun élevage d'origine nuñez ne parvient vraiment à sortir de l'ombre.
   Pourtant leur plus grande présence permettrait sans doute de rompre la monotonie engendrée par la trop grande place prise par les sempiternels domecqs. On reverra en tout cas avec intérêt en 2019 les novillos de El Retamar à Vic- Fezensac et ceux d'Aguadulce à Parentis.




    samedi 4 août 2018
novillos d'Aguadulce à Parentis      
photos Laurent Bernède

mardi 28 août 2018

Cinq jours à Bilbao : du désastre d'une ganaderia au triomphe d'un homme




















Mardi 21 août
   Les toros de Nuñez del Cuvillo ont donné le spectacle le plus pitoyable qui se puisse donner dans une arène. Trois toros totalement invalides dont un qu'il fallut tirer par la queue et les cornes pour qu'il puisse se relever. Tous affligés d'un manque total de caste qui transforme le peu de charge qu'ils ont en déambulations pathétiques. Et dire que la plaza de Bilbao a enregistré ce jour la meilleure entrée de la feria (un gros trois-quart d'arènes)! Ce soir Nuñez del Cuvillo a droit au titre d'élevage le plus anti-taurin d'Espagne.

Mercredi 22 août
   Le désastre continue avec les trois premiers Domingo Hernandez "Garcigrande" qui ne possèdent pas un atome de caste. Sans être de grands braves, les trois suivants ont au moins le mérite de se bouger un peu. Juan José Padilla a une despedida réussie : aurresku d'honneur avant le paseo, pas de cogida, oreille d'adieu au quatrième après une bonne estocade et émouvante ovation finale. Le sixième possède une pointe de genio qui oblige José Maria Manzanares à nous dévoiler une facette de son toreo trop souvent occultée, celle du torero batailleur et capable de s'imposer.

Jeudi 23 août
   La ganaderia andalouse d'El Parralejo (origine Jandilla, Fuente Ymbro) se présente aujourd'hui en corrida de toros à Bilbao avec un lot con trapío, brave, difficile. Cela nous vaut quelques bons tercios de pique, 12 vraies piques et 2 chutes. Hélas tous vont a menos au troisième tiers, certains virent au bronco. Antonio Ferrera sera le seul matador de la terna à montrer de la torería, notamment en deux quites à l'ancienne, c'est à dire toréés en sortant le toro du cheval. A noter qu'une partie de la presse (El Mundo, El Diario Vasco, Mundotoro) s'est émue de la présentation exagérée de la course. Ainsi va le monde.

Vendredi 24 août
   Une grande faena de Roca Rey sauve la corrida de Victoriano del Rio du désastre. Un lot très homogène au demeurant. Tous sans trapío malgré des poids conséquents (de 540 à 569 kg). Tous ressemblant à des novillos engraissés. Quasiment tous rajandose* dès la première ou deuxième série de passes. Tous protestés à l'entrée et à l'arrastre.
   Face au dernier, Roca Rey se donne à fond. Le quite par saltilleras au centre du ruedo est impressionnant. Le début de faena par statuaires porte sur le public. Puis dès la première naturelle, le bicho fait mine de fuir aux tablas comme l'ont fait précédemment ses frères, mais le Péruvien parvient à le retenir au centre, ses naturelles se terminant par un coup de poignet qui, chaque fois, l'oblige. Peu à peu le toro prend goût au combat, sa caste prend le dessus. Le maestro rentre dans son terrain, le soumet de chaque côté en séries templées et parfaitement liées, le toro frôlant la taleguilla du torero. L'arène est en ébullition. Les bernardinas finales n'ajoutent rien au mérite du maestro et lorsque, après un pinchazo et une grande estocade, le toro s'effondre, Matias sort les deux mouchoirs à la fois. Roca Rey vient de donner une grande leçon d'engagement et de dominio.

Samedi 25 août
   Pour nous, aficionados, peu nombreux sont les jours où ce que l'on a rêvé devient réalité. C'est sans doute ce manque qui nous pousse à revenir aux arènes. A condition que, de temps en temps, le rêve finisse par s'accomplir. C'est ce qui est advenu en ce samedi 25 août 2018 sur le sable gris de la plaza de Bilbao. Diego Urdiales, incarnation du toreo classique et pur, a toréé magnifiquement ses deux toros  (notons qu'il s'agissait seulement de sa troisième corrida de la temporada) et a obtenu un triomphe qui restera marqué à jamais dans le souvenir des aficionados présents. De même qu' entre Séville et Curro Romero (fervent admirateur du Riojano) il y a entre Bilbao et Diego Urdiales une histoire d'amour qui s'est encore affermie ce jour. Le torero d'Arnedo a eu deux bons toros d'Alcurrucén. La qualité de son toreo (un quite par véroniques en donna un aperçu dès le deuxième toro), d'une sobriété et d'une simplicité absolues, sans la moindre ostentation, fut d'un grand effet sur les toros et sur le public, celui-ci poussé à la jubilation la plus pure par le pouvoir de cette muleta si dépourvue d'artifice mais si riche d'embrujo.
   Un évènement - anecdotique en comparaison du triomphe de Diego Urdiales -  mérite cependant d'être signalé. En cinquième position, après deux changements, est apparu face à Julian Lopez "El Juli", le second sobrero d'Alcurrucén, un toro au trapío impressionnant, armé pour la guerre, manso con casta, puissant, bronco. Le hasard a donc fait que, peut-être pour la première fois de la temporada, le Juli a dû combattre un authentique toro de combat. Il en est bien sûr sorti à son avantage (sauf à l'épée), réussissant à donner quelques derechazos chargés de dynamite, nous faisant regretter que l'occasion de telles rencontres ne soit pas plus fréquente.

* Se dit du toro qui rompt le combat et se dirige vers l'abri des barrières en cours de faena
 


mardi 3 avril 2018

Arles





Samedi 31 mars 2018   amphithéâtre romain   Arles
temps froid, vent fort
plein

6 toros de El Freixo pour El Juli (silence, silence), Juan Bautista (deux oreilles, deux oreilles) et Roca Rey (silence, silence)

Au lendemain des obsèques de son père Luc Jalabert, rejoneador, ganadero et ancien impresario des arènes locales, Jean Baptiste lui a rendu hommage de la meilleure façon qui soit : en toréant magnifiquement.
Tout au long de l' après-midi, l'Arlésien montra l' étendue de ses qualités : sitio remarquable et douceur dans le geste qui à la fois donnent confiance aux toros et les dominent. Il y rajouta un répertoire varié, plus "grand public" tel que séquences à genoux et toreo de proximité. L'épée fut moins précise mais l'élan du cœur du public et de la présidence lui permit un triomphe complet de quatre oreilles.
El Juli et Roca Rey, en butte au vent ou à la médiocrité des toros, restèrent, pour la circonstance, des compañeros parfaitement discrets.
Julian Lopez portait aussi  ce jour le sombrero du ganadero puisque l'élevage El Freixo est sa propriété.  Courts, ronds, terciados, discrets d'armure, ses toros auraient constitué un lot tout à fait acceptable dans une arène de deuxième catégorie mais Arles est, parait-il, de première...  Au moral, très médiocres les 1, 3 et 4, meilleurs les 2, 5 et 6 mais tous, sauf le dernier, manquant de l'étincelle que donnent la caste et le poder.
Malgré un temps très antitaurin, le cartel étoile de la feria avait attiré la grande foule aux arènes et, si elle en sortit satisfaite, ce fut en raison de l'émotion suscitée par l'hommage réussi d'un fils à son père.

samedi 26 août 2017

Bilbao, trois jours






















Bilbao, lundi 21 août
   Intense moment d'émotion avant le paseo avec un poignant Agur Jaunak écouté avec recueillement en mémoire d'Ivan Fandiño.
   Ensuite l'assoupissement est  général, il fait très chaud, les six toros d'Alcurrucén étalent les uns après les autres leur manque de caste. Au quatrième, le moins mauvais, Curro Díaz montre son élégance, mais il torée superficiellement, la jambe de sortie systématiquement en retrait, le toro finit par se lasser, le président accorde une oreille généreuse.

Bilbao, mardi 22 août
   Les six Jandilla de ce jour sont très en-dessous des lots du même élevage combattus à Vista Alegre les années précédentes. Bien présentés certes, mais faibles, sans présence à la pique, nobles. Des domecqs de consommation courante.
   Garrotero, le quatrième est toréé par le Juli avec une si douce et efficace persuasion qu'il semble prendre goût au jeu de muleta. Tant et si bien qu'au moment de l'estocade il continue à avancer vers elle semblant dire au Madrilène : "Si on continuait encore un peu à jouer ensemble".
   Sans problème pour Roca Rey : oreille, oreille.

Bilbao, mercredi 23 août
   La corrida débute par un joli geste du public bilbaíno : une ovation nourrie à l'adresse de Diego Urdiales qui l'oblige à saluer. Tout au long de la tarde le Riojano se montrera à la hauteur de cet accueil cariñoso.
   Comme celui de Jandilla la veille, le lot entier de Victorino Martin aura des problèmes de faiblesse de pattes. Toros qui perdent leurs appuis dès les premières passes de cape et lors du tercio de varas. Cela culminera avec le sixième renvoyé au corral et remplacé par un grand bœuf cinqueño de Salvador Domecq. Mais le lot, par ailleurs d'excellent trapío, se sauvera par sa caste. Le premier est une alimaña classique de la casa, les autres braves et nobles avec mention pour le cinquième Mecatero un cárdeno plus rond et moins armé que ses frères.
   Diego Urdiales a été parfait avec le premier. Serré dangereusement à la cape contre les planches il parvient à se libérer et à amener la fiera au centre avec torería. A la muleta il débute par des passes de châtiment appuyées puis tente de toréer avec sincérité sur chaque corne. Mais Bohonero reste intraitable et le maestro en termine par du macheteo et une entière (ovation). Face au quatrième on a retrouvé le Diego Urdiales mainteneur du toreo classique et profond. Il y eut notamment trois véroniques extraordinaires qui firent rugir le public et une série de derechazos d'un temple et d'un rythme parfait. Seul point négatif, en fin de faena Diego se laissera entrainer par le toro vers les tablas. Oreille après un pinchazo et une entière.
   Face au cinquième, Manuel Escribano a livré une actuation complète. Accueil par larga a puerta gayola, banderilles millimétrées avec quiebro au fil des tablas, faena reposée qui culminera dans des séries droitières données la main basse, enfin une grande entière. Une oreille avec pétition de la seconde et un torero que l'on a retrouvé à son meilleur niveau.
   Paco Ureña, avec cette sincérité si émouvante qui lui est propre, ne trouva pas d'adversaire à sa mesure. Une oreille du troisième après une excellente estocade.

jeudi 21 avril 2016

12 Nuñez del Cuvillo 12

   Passer de 6 toros de Victorino, ganado à la personnalité accusée, à 12 NUNEZ del CUVILLO  n'est pas évident pour l'aficionado. Il ne faut pas revoir ses critères à la baisse, mais on sait pourtant que l'intérêt viendra avant tout des toreros et de l'ambiance de la Maestranza.
   Leur présentation est bonne et régulière. Tous sont bien armés, astifinos (seul le premier de Castella aura une corne abîmée). Les poids s'échelonnent de 535 kg à 589 kg. Les plus beaux me paraissent être les noirs, très nettement minoritaires (4 sur 12).
   Leur comportement à la pique est inquiétant. Non qu'ils la refusent mais ils en ressortent sonnés, comme s'ils avaient reçu un uppercut, même lorsque celle-ci n'est qu'un simple picotazo (ce qui correspond à la majorité des cas). Seul Aguaclara, premier toro du Juli permet un bon tercio : une chute à la première, puis une bonne pique par le réserve. Il garda ensuite une charge vive qui permit une competencia au quite entre Roca Rey et Juli, puis il ira a menos au cours de la faena.
   Au troisième tiers leur comportement est varié. La noblesse domine. Anodine et réduite par la faiblesse (1, 4, 10), pastueña (2), avec plus de vivacité (5, 7, 8). Toutefois plusieurs ont des charges peu claires, compliquées ou incertaines (3,6,11,12).
   En résumé, sur 12 toros présentés aucun toro complet, une prédominance de la faiblesse et de l'anodin. Et, si, malgré tout, les deux courses ont toujours été intéressantes, c'est dans l'attitude des toreros qu'il faut en trouver la cause.

   Sebastien CASTELLA (silence, silence) : R. A. S., actuation anodine à l'image de ses deux toros.
   José María MANZANARES (une oreille, une oreille) : N'ayant jamais eu l'occasion d'abuser de Manzarinade j'ai trouvé le José María de ce jour bon. Sitio, douceur, empaque. Il cita ses deux toros de loin évitant ainsi d'étouffer leur charge et sut s'adapter à leur comportement (pastueño mais faible l'un, mobile et vif l'autre). Deux bons volapiés pour terminer. Bien sûr, il n'est pas interdit de penser qu'il avait touché un lot de porte du Prince.
   José GARRIDO (salut, silence) : L'Extremeño se montra remarquablement tenace devant un lot âpre qui le mit souvent en difficulté. Cela lui valut la sympathie du public ... et un passage à l'infirmerie après une grosse cogida à la mort de son premier adversaire. A noter un joli quite par chicuelina au 2.
   Morante de la PUEBLA (silence, deux oreilles) : Malgré les fractures du passé, malgré les trois prestations précédentes inabouties, voire médiocres, personne dans mon entourage du tendido 9 n'aurait songé à reprocher quoi que ce soit au torero de La Puebla : c'est que Morante est un artiste et ici on aime ça plus que tout. Même si certaines sont accrochées, ses premières véroniques sont somptueuses et la place rugit de bonheur. Il en sera de même lors du début de la faena. Mais le maestro trouve sans doute le toro un peu vif, il prend ses distances, ne se croise plus. Autour de moi, tout le monde se calme, plus question de soutenir le torero s'il ne torée pas de verdad, on attendra le prochain...
  Dudosito, le dixième Cuvillo est précisément le huitième et dernier adversaire de Morante pour la feria. C'est un toro terciado, parfaitement inodore, incolore et sans saveur, et lorsque le maestro s'avance vers lui, la muleta pliée pour le cartouche de pescado, je n'y crois pas le moins du monde. Et pourtant le miracle va s'accomplir. Sacré Morante! Naturalité, temple, douceur, sincérité absolue. Et lorsque José Antonio se laisse accrocher la muleta, la reprend et donne, en toute spontanéité, une demi-véronique, quasi chicuelina, qui le libère de l'étreinte du toro, c'est une explosion atomique qui secoue la Maestranza. Pas un de mes voisins de tendido qui ne frise à ce moment l'apoplexie. Estocade en se mouillant les doigts et deux oreilles. Je ne peux m'empêcher de penser que le génie de Morante est bien grand pour avoir été capable de tirer tant d'effet de si peu de chose que ce toro.
   EL JULI (salut, salut) : Le Madrilène aussi bénéficie de l'appui des tendidos. Il se montre sincère, paie comptant, au point de se faire renverser par son second adversaire qui le blesse (le maestro se rendra à pied à l'infirmerie après l'avoir tué et avoir salué). Mais il est vraiment en difficulté à l'épée : un très laid julipié lui fait perdre l'oreille de son premier et, sa blessure l'empêchant de sauter, il ne se défait de son second qu'à la troisième tentative perdant une autre possibilité de trophée.
   ROCA REY (une oreille, salut) : Le Péruvien fait preuve de mucho aguante et alterne toreo classique et templé, et virtuosité moderne (dont il a tendance à abuser).

   Ainsi se termine mon passage (heureux) par Séville.

mercredi 15 octobre 2014

Zaragoza 2014 : corridas de samedi et dimanche

   La  corrida de samedi était pour moi un petit évènement puisque je n'avais pas vu de corrida de l'élevage Juan Pedro Domecq depuis une éternité. La dernière fois, c'était en 1976 à Dax où leur invalidité avait provoqué un beau scandale. Ils ne sont quasiment jamais revenus dans nos arènes du sud-ouest et on les voit fort rarement dans le nord de l'Espagne. Je n'ai jamais entendu personne s'en plaindre.
   En 1976, il s'agissait encore des produits de Juan Pedro Domecq Diez - il était décédé l'année précédente - et la déchéance était déjà bien avancée, faiblesse et invalidité prenant le pas sur la caste et le piquant des domecqs des années soixante.
   En cette année 2014, trois ans après la mort de Juan Pedro Domecq Solis qui gérait l'élevage depuis 1975, les toros du jour provenaient d'une des dernières camades du ganadero. Bonne occasion pour examiner en détail leur combat.

     A l'exception du 2, plus petit, tous les toros sont bien ou très bien présentés, les armures, en particulier, sont bien dirigées, longues et astifinas.

     1. Arrempuro, castaño, 545 kg, 4 ans, invalide, il s'affale dès les passes de cape, mouchoir vert.
     1 bis. Hazmerreir, colorado, cornalon, 522 kg, 5 ans, invalide lui aussi, il est maintenu en piste malgré les protestations. Hazmellorar eut été un nom plus indiqué.

     2. Guardes, colorado, petit, 493 kg, 4 ans, prend deux piques, la seconde très légère, sa charge est vive, brusque et peu claire.

     3. Ballenito, castaño, 513 kg, 5 ans, prend deux piques avec bravoure, la première avec chute du groupe équestre, la deuxième vite relevée par le picador, au troisième tiers il possède une charge qui semble inépuisable con alegria et grande noblesse. Ovation.

     4. Fierecillo, 501 kg, 5 ans, encore un invalide remplacé par un réserve manso et laid de Torrealta.

     5. Halcon, negro, 523 kg, prend une bonne pique et un picotazo, puis va a menos, réserve ses charges, se défend.

     6. Coqueto, negro burraco, 547 kg, 5 ans, belle charge à la cape, première pique poussée jusqu'à la chute puis simple picotazo, lui aussi va a menos et sa charge devient incertaine.

     Bilan : 1 très bon toro (le 3), 2 toros acceptables (le 2 et le 6), 1 toro médiocre (le 5) et 3 invalides (1, 1 bis, 4).
   Pour voir un bon toro il a fallu supporter trois toros invalides. Le compte n'y est pas et Juan Pedro Domecq Morenes a du pain sur la planche s'il veut retrouver la faveur des aficionados.


   Le lendemain, trois toros de Parladé étaient à l'affiche, même propriétaire et, à ce que l'on dit, terrain d'expérience pour JPD.
   Les trois toros sont noirs, con trapío.
   Amontillado est brave en deux piques, la deuxième vite relevée, puis noble et allègre dans la muleta experte du Juli.
   Licorero est le protagoniste d'un tercio de pique inhabituel. Durant plus de cinq minutes, il sera impossible de le décoller du peto, jusqu'à ce qu'un monosabio musclé prenne le toro par la queue et parvienne à lui faire quitter le cheval. Le bicho a laissé toute son énergie dans l'aventure.
   Ingrediente est un toro médiocre du début à la fin de sa vie publique.

   Le point fort de Zaragoza, dernière étape de la temporada, est que les matadors y donnent généralement le meilleur d'eux-mêmes. Il s'agit en effet de finir l'année en beauté et de se placer favorablement pour la saison prochaine.
   Enrique Ponce a été ce qu'il est avec constance depuis 25 ans : un maitre de l'élégance, de l'intelligence et du dominio. Personnellement j'aime et j'admire ...  malgré les avantages que se donne parfois le maestro.
   Alejandro Talavante, auteur d'une grande faena au meilleur Juan Pedro, a marqué les esprits. Juste ce dont il avait besoin.
   Malgré le soutien du public, Diego Urdiales a pu constater combien il est plus difficile d'alterner avec deux figures qu'avec Fulano et Mengano.
   Juan José Padilla s'est fait renverser aux banderilles.
   Avec un sorteo défavorable, Miguel Angel Perera est passé inaperçu, tandis que le Juli, avec deux bons toros, a connu une grande journée, alternant passages brillants, sincères, voire inspirés comme ces doblones genou à terre à la fin de sa dernière faena et passages plus ventajistas.






  

mardi 22 juillet 2014

Madeleine 2014 : corrida de La Quinta

   Était clairement exprimée chez les aficionados à la sortie de cette deuxième corrida des fêtes de Mont de Marsan qui fut pourtant une corrida que l'on pourrait qualifier d'entretenida et qui vit le triomphe d'un matador (Ivan Fandiño) et le succès d'un autre (Antonio Ferrera) une très nette insatisfaction.
   Le cartel avait tellement fait rêver que la prosaïque réalité d'une assez bonne tarde ordinaire ne pouvait qu'avoir un petit goût de grise banalité.
   On attendait d'abord les toros de La Quinta. Leur bonne temporada 2013 avait ravivé ici le souvenir de l'immense lot de 2008, étaient présent aussi dans la mémoire de beaucoup les grands toros des corridas-concours vicoises ainsi que les excellentes novilladas roquefortoises d'il y a quelques années.
   Il y avait ensuite la perspective du duel El Juli - Ivan Fandiño, duel entre deux idoles montoises, l'ancienne et la nouvelle, mais duel aussi entre deux conceptions radicalement opposées de l'éthique taurine.
   Or, les toros de La Quinta ont été nettement en dessous des attentes; quant au duel il n'a pas eu lieu en raison de l'abdication de l'un des combattants.

   D'entrée, Espartero premier toro de La Quinta se chargea de doucher les espérances. Haut, maigre, pustuleux et invalide, il avait sans doute, grâce à l'opportunité de ce voyage vers Mont de Marsan, évité la triste fin de l'abattoir que ses six herbes semblaient devoir lui promettre. Il donna le ton de la course, celui de la faiblesse qui réduisit le tercio de pique à une simple formalité. Dès lors, malgré quelques retours de caste, surtout en fin de combat, la tarde ne pouvait dépasser le niveau d'une corrida pour vedette qui fonctionne. C'était nettement insuffisant en regard des espoirs de l'aficion.
   Celui qui ne fonctionna pas en revanche ce fut El Juli. Nous avons assisté de manière tout à fait inattendue à un surprenant effondrement moral de sa part. Des caricatures de julipiés ratés à son premier au renoncement à toute faena à son second (alors que le toro s'était montré d'une grande noblesse à la cape) jusqu'à la sortie sous les sifflets, le Juli a bu ce jour le calice jusqu'à la lie.
   Faut-il y voir un simple accident de parcours lié à un lieu - le Sud Ouest de la France - dans lequel il ne se sent plus en territoire conquis? Doit-on penser qu'il a surestimé ses forces et que ses épaules ne sont pas assez larges pour assumer à la fois la competencia sur le sable des arènes et la guérilla qu'il mène contre les organisateurs  dans les coulisses? ... Ses prochaines actuations nous en diront peut-être davantage...
   Tout cela ne doit pas occulter les satisfactions de la tarde. A commencer par Ivan Fandiño venu, lui, en découdre et repartant avec trois oreilles; et le plaisir de revoir, après tant d'années, Antonio Ferrera qui sut faire apprécier sa maturité rayonnante.
   A propos d'Antonio Ferrera, il est bon de se souvenir qu'il avait, lui aussi, en ses jeunes années, osé défier le Madrilène (rappelons-nous une certaine tarde dacquoise). Il avait alors été écrasé par le système Juli qui l'avait ostracisé sans ménagement.

Mais la temporada suit son cours. On attendra avec intérêt le combat des novillos de La Quinta à Hagetmau et à Roquefort ainsi que la répétition du cartel montois en août à Bilbao  tant "la corrida est le spectacle mêlé d'une déception et d'une espérance toujours renouvelées¹"

¹Bernard Marcadé, Ai no corrida, in Artpress 2 n°33 "L'art de la tauromachie" (une excellente surprise que ce numéro et une lecture passionnante)

vendredi 3 janvier 2014

Vœux

   Avec leur chantage de bande organisée et leur cupidité de patrons du CAC40 les matadors du désormais G5 me donnent l'occasion de formuler des vœux sans doute pieux mais sincères.
   En tant qu'aficionado je souhaite donc une année taurine dépouillée de la présence des cinq diestros en question.
   EL JULI parce que sa fin de carrière est affligeante et efface peu à peu le souvenir de ses années flamboyantes.
   José Maria MANZANARES parce que sa temporada 2013 a été si calamiteuse (malgré Nîmes) que mon désir de le voir s'est émoussé.
   Miguel Angel PERERA parce que sa tauromachie moderniste qui consiste à faire tourner l'innocent toro jusqu'à épuisement me laisse froid.
   Alejandro TALAVANTE parce que je le trouve inodore, incolore et sans saveur.
   MORANTE de la PUEBLA ... Ah! Morante! quelle tristesse de te voir en si mauvaise compagnie! Morante donc parce qu'aucun torero, si bon soit-il,  n'est indispensable à mon aficion quand des dizaines d'hommes dignes d'admiration mais qui s'habillent trop rarement de lumière attendent une opportunité.

dimanche 14 octobre 2012

Juli au pied du mur?

El Juli semble mal dans sa peau de torero. Certes il triomphe un peu partout - encore que son mois de septembre ait été très médiocre - mais ses dernières déclarations montrent qu'il supporte mal les échecs. Sa volonté de puissance, sans doute mal orientée par ses conseillers (on attendait mieux d'un type comme Roberto Dominguez), l'a conduit ces derniers temps à de graves errements. Partout où il torée, il impose les toros les plus petits, les moins armés, les plus décastés. En outre, en période de crise économique extrêmement grave qui touche de plein fouet le peuple espagnol, il a mené, avec le défunt G10, un combat indécent pour la revalorisation des cachets et des droits télévisuels des figures.
Sur le sable de l'arène son plus grand problème ne vient certes pas des toritos qu'il affronte mais plutôt de ses compañeros. Il en est toujours un plus artiste (Morante), plus élégant (José Maria Manzanares), plus sincère et plus pur (José Tomas), plus valeureux (tous ceux qui affrontent les toros dont il ne veut pas). Ça fait mal.
Pour l'instant, sa tentative d'affronter des encastes variés s'est soldée par un échec. Blessure face à un Salvador Guardiola à Madrid, échec face aux Miura à Valence. Si sa volonté de lidier des Santa Coloma a connu quelques succès épars (très grande tarde face aux San Martin à Mont de Marsan) elle n'a abouti à rien de bien probant si ce n'est, effet pervers déplorable, à inciter le señor Conradi à réduire la caste de ses La Quinta. Enfin, il n'a pas vu la couleur d'un toro de Victorino Martin depuis 2006.
On le voit, El Juli a encore beaucoup à prouver.
Bornera-t-il ses ambitions à la médiocrité triomphante de ces dernières temporadas?
Est-il capable d'affronter des toros plus encastés?
... La réponse en 2013?

lundi 27 août 2012

Trois jours de domecqs à Bilbao




Au programme de ces trois jours passés à Bilbao trois corridas avec des toros d'encaste domecq : Nuñez del Cuvillo, Jandilla, El Pilar. Belle occasion de faire le point sur ces élevages dans une arène où l'on peut supposer que les ganaderos présentent ce qu'ils ont de mieux.

En préambule il est nécessaire de préciser que, durant ces trois jours, le tercio de pique a été réduit à la portion congrue : 2 piques rarement, 1 pique et 1 picotazo dans la majorité des cas, 2 picotazos parfois. Les mises en suerte ont été effectuées au plus près du picador, parfois en ne respectant même pas le second cercle concentrique : on sent bien que tout est verrouillé afin que ni le toro, ni le picador ne puissent voler la vedette au matador figure.

NUNEZ DEL CUVILLO est un des meilleurs élevages de ces dernières années et l'un de ceux qui produisent le plus (plus de 100 toros lidiés chaque année). L'an dernier, ici-même, le lot s'était avéré excellent et Cacareo auquel Morante avait coupé deux oreilles est resté dans les mémoires.
Le lot de cette année est bien présenté, dans le type de l'élevage, c'est à dire avec des cornes très développées et astifinas mais léger de chair (moyenne 536 kg), de robes variées : 2 colorados, 2 castaños, 2 negros. Leur comportement est en adéquation avec leur physique : ils sont vifs, nerveux, mobiles, mais manquent de puissance et de fond. Du champagne de supermarché un peu éventé. Un lot très inférieur donc à celui de l'an dernier, qui a toutefois permis une tarde entretenida mais sans possibilité de toreo hondo.

Le lendemain les JANDILLA, propriété de Borja Domecq et maison mère de l'encaste domecq avec JPD, sont d'un type très différent. Tous noirs, bas et profonds (typés La Corte), bien armés, d'un promedio de 542 kg. Peu présents à la pique, ils font preuve d'une bonne noblesse au troisième tiers mais leur manque de fond les fait très vite aller a menos. Ce sont des toros de media-faena. Jandilla : un terroir de grand cru sur lequel on produit du beaujolais.

Jeudi voici venu le tour des toros d'El PILAR, les domecqs de Salamanca qu'élève Moisés Fraile. Lot très inégal où le minable côtoie l'excellent. Au physique, plus hauts que leurs cousins des jours précédents (promedio 549 kg). Trois negros, deux colorados, un castaño. Le premier bis est un laideron, le 4 et le 6 en revanche de grand trapío. A noter que le 4 était le toro de réserve et que, hier comme aujourd'hui, le plus beau des sept toros amenés par l'éleveur s'est retrouvé sobrero...
La corrida débute au plus mal avec un premier toro invalide et changé. Le 4 passe donc en 1, il est laid et faible. Mais trois toros vont relever le niveau ganadero : le 2 est un vrai bon toro de troisième tiers comme tout bon torero (El Juli en l'occurrence) rêve d'en toucher dans une arène aussi importante que Bilbao. Le 4 (sobrero) est un toro fort et imposant qui chasse Padilla à la sortie d'une paire de banderille et lui fait un coup de barrière. Sombrero le 6 enfin est, de loin, le meilleur toro de ces trois jours : il pousse fort et longtemps sous la première pique en mettant les reins, au troisième tiers il a une charge puissante et longue sur les deux cornes. Il meurt en brave, résistant jusqu'à son dernier souffle et est arrastré sous une grande ovation. L'encierro du jour est bien à l'image de la ganaderia : on y trouve le meilleur de ce que produit l'encaste domecq mais aussi la lie. Me reviennent en mémoire, pour le pire, l'infâme corrida de l'an dernier à Dax et, pour le meilleur, un grand toro à Zaragoza devant lequel Morante, alors en début de carrière, avait obtenu un triomphe d'anthologie.

Ivan FANDIÑO a confirmé son excellente temporada. C'est le torero à voir absolument cette année. Il fut largement supérieur à ses deux Jandilla. Son toreo a toutes les vertus : sincère, templé, lié; ses pecho sont d'anthologie et ses coups d'épée excellents. Oreille - oreille.
El JULI a été au début de l'année le dindon de la farce indécente jouée par le G10 lors de la renégociation des droits télévisuels. Il y a puisé une soif de triomphe se traduisant dans l'arène par une débauche d'énergie qui, compte tenu de ses capacités techniques, ne peut conduire qu'au triomphe. Ce fut le cas à Bilbao. Jeu varié à la cape, faenas construites à partir de séries de passes longues, templées et liées, données avec le compas très ouvert, final par culerinas suivi de julipiés traseros. Un procédé totalement maîtrisé qui permet une connection parfaite avec le public... et avec le toro. Une oreille d'un Nuñez del Cuvillo, deux oreilles d'un El Pilar.
Comme bien souvent avec MORANTE DE LA PUEBLA on dut se contenter de pinceladas de arte.
Il me semble que David MORA ne rentre plus dans le terrain du toro comme il lui est arrivé de le faire les années précédentes, que son toreo est devenu un peu plus mécanique. Conséquence logique : un moindre écho dans le public et un travail qui a tendance à s'effilocher. Une oreille toutefois d'un Jandilla.
Il y a longtemps que je n'avais pas vu El CID avec autant d'envie de toréer. Deux médiocres Jandilla ne permirent que des détails mais il m'a donné le désir de le revoir.
Alejandro TALAVANTE a été la grande déception de la feria. Sans âme, sans saveur, sans fil conducteur. Face à l'excellent Sombrero (de l'amer pour la circonstance) il ne dut qu'à sa vaillance et à une entière d'effet rapide de couper une oreille car il fut toujours en dessous du brave animal, son actuation tournant même souvent à la torchonnade.
Juan José PADILLA profita du capital sympathie que sa terrible cornada de l'an dernier lui a acquis et eut la sagesse ne pas dépasser les limites qui auraient pu le mettre en danger.

Public bienveillant et présidence normale.

Pour être complet sur cette revue des domecqs de Bilbao, le lundi les Fuente Ymbro étaient, d'après la presse, excellemment présentés et âpres et vendredi les Juan Pedro Domecq fades et sans intérêt.
 5 corridas sur 8 de même origine... Ça fait beaucoup, non?

mercredi 11 mai 2011

Leçon de Seville



Un torero a dominé la feria de Séville : José Maria Manzanares hijo.
On a beaucoup devisé aux lendemains de son triomphe historique et de l'indulto qu'il a suscité sur le passage à une étape supérieure et inéluctable dans la propagation du toro à la noblesse excessive, à la férocité gommée, ce petit toro bien fait et qui ne cesse, au troisième tiers, de charger avec une infinie douceur la muleta que lui offre généralement une vedette de l'escalafon.
Oui, mais...
Oui mais, par sa classe, son temple, son esthétique, José Maria Manzanares a éclipsé tous les autres matadors du cycle sévillan. Y compris El Juli qui malgré cinq oreilles coupées a été, du jour au lendemain, relégué au second plan. Sébastien Castella avec une actuation de bon niveau n'a rien dit au public, ne parlons pas de Miguel Angel Perera qui est passé pour un vulgaire pegapase. Daniel Luque, lui, a dû batailler ferme avec un manso querencioso pour couper une oreille. Enrique Ponce, on le sait, a besoin d'un toro qui pose problème pour donner toute sa mesure.
En fait combien sont-ils à pouvoir rivaliser, sur le terrain de l'art, avec l'Alicantin? Morante de la Puebla lorsqu'il parvient à se lever de sa chaise, José Tomas sans aucun doute, et très occasionnellement quelques toreros artistes du type Juan Mora. Sinon personne!
Tous les autres, pour triompher a lo grande, ont besoin du toro encasté qui donne de la valeur à leur courage et à leur technique.
La feria de Séville a marqué, par contre-coup, la nécessité du toro fort, encasté, féroce plus que jamais indispensable au triomphe de la majorité des toreros.

samedi 28 août 2010

A propos de trois corridas bilbainas


Corrida d'El Tajo et La Reina (José Miguel Arroyo "Joselito")

Joselito a un problème avec les cornes de ses toros. Déjà condamné pour afeitado à Logroño, le voilà de nouveau sur la sellette avec trois toros dont les cornes, astifinas à la sortie, se retrouvèrent dès le deuxième tiers dans un tel état de délabrement qu'elles eussent pu servir de pinceau aux plus grands maîtres de la peinture espagnole. Manipulation frauduleuse ou conséquence des fundas?
C'est d'autant plus regrettable que cette année encore son lot était intéressant avec trois bons toros, les 2 et 3 qui sont allés a mas et le sixième, un toro complet.

Leandro, modeste torero que je découvrais et qui se trouvait ce jour au paseo par on ne sait quel concours de circonstance propre au mundillo (au passage une belle plus-value pour les organisateurs puisqu'il remplaçait Cayetano - en d'autres termes un véritable hold-up) pourra se souvenir du mardi 24 août comme du jour où il n'est pas devenu célèbre. Toucher deux toros de ensueño à Bilbao et finir la course avec le modeste bilan de silence et salut c'est se condamner soi-même à rester dans le monton. Non qu'il n'ait su comprendre ses toros (il donna en particulier avec beaucoup d' à-propos de la distance au 6) mais son élégance un peu superficielle et ses coups d'épée désastreux ne pouvaient que le laisser aux portes du triomphe.

Et Morante qui toucha les deux plus mauvais!


Corrida de Victorino Martin

Si la corrida de Dax, de petit format mais de bonne caste, pouvait laisser de l'espoir, celle de Bilbao ne permet pas d'apercevoir la sortie du bache. Car ce qui caractérisa la corrida du jour -on sauvera le 3 encastado - c'est le manque de fiereza, de cet esprit guerrier qui fait depuis maintenant 50 ans d'une corrida de Victorino une corrida différente. Et si l'avenir devait ne se dessiner que sous la forme du quatrième, noble et pastueño à souhait, les victorinos seraient condamnés à rentrer dans le rang, à devenir des toros comme les autres.

Diego Urdiales est un grand torero. Toujours croisé, templando et ligando, utilisant la main gauche sans réserve, maître des terrains. Avec un courage sec et l'élégance un peu austère des grands toreros castillans... Diego Urdiales est un grand torero qui mérite de toréer beaucoup plus mais je ne suis pas sûr que les vedettes de l'escalafon seraient ravies de l'inviter à leur festin...


Corrida d'El Ventorrillo

La corrida se porte bien au Pays Basque. Hier le lehendakari assistait à la corrida de Victorino témoignant ainsi du soutien du monde politique basque à la fête des toros. Aujourd'hui un impressionnant no hay billetes.

Le second toro se acobarde dès le début de la faena du Juli et fuit vers les planches. Le Madrilène essaie de le retenir au centre, n'y parvient pas. Il abrège.
Le quatrième reproduit exactement le même comportement mais, on le sait, Ponce aime ce genre de toro. Bonne occasion pour lui de donner une leçon au petit Juli. Le maestro de Chivas n'hésite pas à le toréer dans le terrain des torils. Il le consent, l'aimante à sa muleta, le domine. Une estocade tombée le privera de l'oreille.
Au toro suivant c'est aussi par une estocade tombée que le Juli achèvera sa belle faena au noble sobrero d'Ortigao Costa. Le président sortira cette fois le mouchoir alors que la logique aurait voulu qu'il le réserve pour le jour où le Madrilène tuera sans tricher...Demain peut-être...