mercredi 24 décembre 2008

Quelques photos de la temporada 2008 (1)

Après les taureaux


Les Andalouses, un des lieux magiques des soirées arlésiennes, avec en prime cette année le chemin de croix de Régis Jalabert.






Du rêve aussi à l'extérieur des arènes de Vic avec la Compagnie Pipototal.

jeudi 18 décembre 2008

Un choix consternant

C'est donc Simon Casas et Marie Sara qui succéderont pour trois ans à la famille Chopera pour l'organisation des corridas à Mont de Marsan.
Un choix consternant car on voit mal ce que les apôtres de la corrida pipolisée et lunaparkerisée peuvent apporter à la préfecture landaise. C'est le mariage de la carpe et du lapin dont la victime annoncée ne peut être que la corrida elle-même.

samedi 13 décembre 2008

Bilan temporada 2008

En guise de bilan, voici mon cartel-cumbre de la temporada. Celui que je rêverais donc de voir au début de la saison 2009.

Ma corrida rêvée
6 toros de José Escolar Gil 6
El Fundi
Morante de la Puebla
Sergio Aguilar

Par rapport à
l'an dernier, exit José Tomas que j'ai certes rêvé de voir cette saison. C'est lui qui a refusé de s'introduire dans mon rêve en ne toréant ni en France ni dans le Pays Basque espagnol (blessé, il n'a pu actuer à Saint Sébastien, son seul contrat prévu dans nos contrées). Finalement, je me suis très bien passé de lui : aucun torero n'est indispensable.
Morante de la Puebla devant les Escolar Gil, aïe aïe aïe! me direz-vous!
Morante a été, avant sa blessure de Séville, un torero poderoso et il est capable d'être bon lidiador; il l'a prouvé cette année à la corrida-concours de Saint Sébastien. Et puis, si ça tourne mal, voir les cons en furie est toujours un plaisir.

samedi 6 décembre 2008

Nouveaux blogs

J'avais répertorié en début d'année les blogs taurins existant en langue française. Il se trouve que 2008 a été une année faste pour la blogosphère taurine puisque de nombreuses naissances ont eu lieu.
J'ai déjà dit un mot sur les poétiques pinchos del ciego de Ludo.
Voici les autres dans l'ordre chronologique d'apparition :
Il convient d'ajouter à tous ces mots ceux d'Olivier Deck dans son Carnet Taurin.
Longue vie à tous...

mercredi 26 novembre 2008

Trois raisons d'espérer

De la même façon que nous nous gaussons avec délectation des fracasos répétés des pupilles de Juan Pedro Domecq, les partisans du toro-toutou ne manquent pas une occasion de mettre en évidence la médiocrité des prétendus toros-toros que les adeptes de la tauromachie de verdad essaient de promouvoir. La vérité oblige à dire qu'ils ont souvent raison.
En effet, les élevages, sur lesquels sont obligés de se rabattre les amateurs de toro sérieux sont loin, dans la plupart des cas, d'apporter les satisfactions escomptées. Il faut dire que les exigences des aficionados sont, à juste titre, élevées.
De plus, à l'exception notable d'El Fundi, les limites des toreros engagés face à ce bétail ne permettent pas toujours d'apprécier pleinement la qualité des toros. Il est bien loin le temps où l'on pouvait aligner devant les élevages les plus durs des Ruiz Miguel, Victor Mendes, Nimeño II, Tomas ou José Antonio Campuzano. (A l'inverse, il y a actuellement dans l'escalafon pléthore de toreros susceptibles de triompher devant le toro pastueño que certains éleveurs sont en train de réussir à produire en série).
C'est pourquoi, pour ceux qui, parce qu'ils se font une autre idée du combat taurin, ont du mal à s'enthousiasmer pour les triomphes prévisibles des figures face à des animaux à la puissance et à la férocité réduites, il est important qu'existent des ganaderias capables de fournir d'authentiques toros de respect. Cette année trois d'entre elles ont donné de sérieuses satisfactions et des raisons d'espérer pour l'avenir.
Le retour des Miuras
Après plusieurs années de bache, Miura est revenu, au cours de la temporada écoulée, à un très bon niveau. Avec en particulier d'excellentes corridas à Pampelune, Bayonne et Saragosse, et des toros intéressants dans la plupart des autres lots (9 corridas et 2 novilladas). La caste qui fait la personnalité des Miuras semble de nouveau être au rendez-vous. Les deux points faibles restant l'état des cornes (gros problème à Mont de Marsan) et la faiblesse de patte encore trop souvent présente dans l'élevage. Selon les dernières nouvelles, les organisateurs français auraient acheté une bonne partie de la camada 2009. Les aficionados ne s'en plaindront pas.
La nouvelle dimension des Escolar Gil
Ce qui frappe dans le comportement des Escolar Gil cette année (5 corridas et 2 novilladas) c'est la régularité dans la caste. Avec deux lots supérieurs (Vic Fezensac et Céret) et, en point d'orgue, le meilleur toro de la corrida-concours d' Arles. S'il parvient à maintenir son élevage à ce niveau José Escolar Gil - qui est le seul ganadero (hormis le cousin Adolfo) à posséder du sang Victorino Martin - pourrait entrer en concurrence directe avec la maison mère. Pour le plus grand plaisir des aficionados...
Y a-t-il un avenir pour les Raso de Portillo?
Comme tous les aficionados présents ce jour-là, j'ai été impressionné par le poder et la bravoure des novillos de Raso de Portillo lidiés à Parentis. Mais aussi par la noblesse de certains d'entre eux. N'oublions pas que noblesse ne signifie pas forcément facilité. La noblesse est une qualité de franchise dans la charge qui est donnée au toro par l'élan de sa bravoure et l'assurance de son poder. Cette franchise va permettre au matador de toréer avec confiance mais la bravoure et le poder nécessitent que celui-ci fasse preuve d'entrega et de dominio s'il veut rester maître de la charge de son adversaire. Il y eut dans ce lot quelques exemplaires qui, me semble-t-il, auraient pu permettre le triomphe à des toreros plus expérimentés. Je ne sais si cet encierro était une exception ou bien si les éleveurs pourront renouveler un envoi d'un tel niveau, ou encore mieux développer leur élevage (2 novilladas piquées seulement cette saison). Si c'était le cas, je pense que les arènes intéressées ne manqueraient pas et la commercialisation d'un tel bétail ne poserait pas de problème à ses propriétaires. En tout cas, la famille propriétaire de la ganaderia, bien que nombreuse, semble ne pas manquer de ressources financières ni de terres d'élevage (plus de mille hectares dans la province de Valladolid).

Pour plus d'information :
Miura (Terre de Toros)
José Escolar Gil (Terre de Toros)
Raso de Portillo (Terre de Toros)
Retour au Raso de Portillo, la plus ancienne ganaderia brava de Pierre Dupuy (Toros n°1565 du 6 novembre 1997)
Le toro est un animal sauvage de Manolillo (Toros n°1839 du 17 novembre 2008)

dimanche 16 novembre 2008

Les voix du terroir

Dans la catégorie des films sur le vin, il existe le célèbre documentaire Mondovino de l'impitoyable Jonathan Nossiter qui excelle dans l'art de rendre ridicules la plupart des gens qu'il filme.
Il y a le jubilatoire Sideways d'Alexander Payne, road movie érotico-dégustatif californien.
Il en est un très peu connu mais qui vaut bien les précédents : Les voix du terroir, documentaire d' Etienne Besancenot et Florent Giroux. Il s'agit là d'une réflexion très belle, très sérieuse et très approfondie sur la notion de terroir. Avec une modeste caméra semi-professionnelle, les auteurs sont partis à la rencontre de vignerons en Amérique latine (Chili, Argentine, Brésil), en Océanie (Australie et Nouvelle Zélande) ainsi qu'en France. Ils ont filmé la beauté des vignobles et l'intelligence des hommes qui en parlent. On peut se procurer le dvd sur internet (http://www.lesvoixduterroir.fr/) ou le voir à l'occasion de certaines manifestations vinicoles, prochainement à Monein (haut lieu du Jurançon), le samedi 13 décembre.

dimanche 9 novembre 2008

Pour la beauté du geste


photographies de Jacques Valat



avant-propos de Bernard Manciet



éditions Loubatières 1993



Un "beau livre" sur la course landaise. Chose rare car les coursayres ne sont pas forcément amateurs de ce genre de petites sophistications de bourgeois.
Le résultat est ici de haut niveau puisqu'il conjugue les talents de Bernard Manciet et de Jacques Valat et bénéficie par les éditions Loubatières d'une mise en page soignée.
En guise de Cazérienne, le poète gascon nous offre une évocation lyrique et historique de la course landaise. On y retrouve les figures des femmes, brodeuses de boleros ou tenaces ganaderas comme Adèle Pabon. Celles des écarteurs les plus célèbres et, bien sûr, un hommage aux vaches de la course landaise, ces déesses.
"Elle sort, elle jaillit de la loge. Elle renifle, essaie de voir un peu ça, dépaysée au milieu de ces cercles mouvants de coloris; elle cherche son domaine, entre la courbe de l'ombre et le barbouillage des bérets, des canotiers et des robes au soleil. Elle est légère, elle est hardie, un peu folle; elle sent sa noblesse de race, et sa primauté; ardente, et son pelage luit; prête à bondir, sur ce sol fauve qu'elle ignore, trop raplapla, trop chic; et très chic elle aussi, sur ses pattes soudain de défilé de mode; rapide, mais sans ostentation; vive, mais avec quelque retenue; un peu hautaine, tant soit peu dédaigneuse, mais sans l'arrogance des mâles stupides. Tout en elle dénote l'intelligence."
Jacques Valat vit et travaille actuellement en Aragon. Au-delà des ''belles photos'' d'écarts et de sauts, il a su capter gestes, regards et attentes propres à la course landaise. Outre les écarteurs du début des années 90, on retrouve, pour le plaisir du souvenir, de magnifiques portraits de Ramuntchito et Ramuntcho en fin de carrière.
Un beau livre sur la course landaise.

dimanche 2 novembre 2008

Indulto (2)

De cette temporada, qui aura connu pas mal de motifs de satisfactions, il me reste, malgré tout, le souvenir de quelques potions amères qui me sont un peu restées en travers du gosier. Parmi celles-ci, l'indulto de ce toro de Victoriano del Rio à Dax. Ce qui me turlupine dans ce cas est que je n'arrive pas à en saisir le sens profond ni à en mesurer la portée dans l'éventuelle perspective d'un changement des goûts du public. Car, enfin, cet après-midi-là, une grande majorité des 8000 spectateurs qui avaient payé leur place pour voir précisément tuer six toros a tout à coup fait preuve d'une furieuse hystérie afin qu'on ne tue pas le dernier d'entre eux! Voilà qui m'a laissé songeur et même quelque peu effrayé.
Alors, de droite et de gauche, sur la toile ou sur papier, au gré de mes inspirations, j'ai essayé d'aller chercher des informations, peut-être des explications et si possible des moyens de me rassurer.


Il y a eu 18 toros indultés au cours de la temporada européenne 2008. Voici la liste, dans l'ordre chronologique, des villes dans lesquelles ont eu lieu ces indultos :
Ecija
Sonseca
Los Barrios
Sanlucar de Barrameda
Marbella
Châteaurenard
Puerto de Santa María
Baeza
Constantina
Cieza
Sotillo de la Adrada
Dax
Pozuelo de Alarcón
Almodovar del Campo
Barcelona
Zafra
Montoro
On le voit, à l'exception de Barcelone et du Puerto de Santa María, le phénomène touche très majoritairement des arènes de troisième ordre. Dax se trouve ainsi prise entre Sotillo de la Adrada et Pozuelo de Alarcón, comme dirait mon fils, ça fait un peu pitié. J'ai le sentiment que dans ces petites arènes, les élites locales (organisateurs, élus, voire journalistes s'il y en a) sont en mesure d'influencer public et présidence afin de créer un évènement qu'ils sauront faire mousser et dont ils tireront un profit personnel (en terme d'affirmation de leur pouvoir). Dès lors, la dérision est sans doute la meilleure réponse que les aficionados peuvent apporter à de telles pratiques. N'étant pas un paroissien rouge et blanc, je me réjouis par avance des moqueries que vont subir les dacquois pour avoir gracié un toro qui n'a pris qu'une demi-pique. A moins que les concurrents montois et bayonnais ne s'avisent malencontreusement de vouloir les imiter lors de la temporada prochaine...


J'ai essayé de voir l'évolution du nombre d'indultos années après années mais je n'ai pu remonter que jusqu'en 1999. Voici les chiffres (hors novilladas et festivals) :
1999 : 5
2000 : 11
2001 : 6
2002 : 14
2003 : 18
2004 : 12
2005 : 15
2006 : 21
2007 : 15
2008 : 18
Depuis 2002, on franchit systématiquement la barre des 10 indultos annuels. Il est difficile de savoir si le pic des 21 toros indultés de 2006 est un sommet qui ne sera plus atteint ou bien le signal d'une nouvelle progression. Réponse au cours des prochaines temporadas...

Interrogé sur la question de l'indulto Eduardo Miura déclara: "¡Ay! de aquel ganadero que deje se le vaya a la plaza un toro susceptible de ser semental."
Quant à Atanasio Fernández, il sacrifia un de ses toros indulté en disant : "Mes sementals, c'est moi qui les choisis et non le public."
On ne peut d'ailleurs qu'être inquiet en pensant au nombre de médiocres reproducteurs qui vont se retrouver à couvrir des vaches à la suite d'indultos abusifs. La situation de la cabaña brava mexicaine ne plaide pas en faveur du procédé.

Dans Philosophie de la corrida, Francis Wolff met en lumière deux phénomènes contraires. D'un côté, les publics sont de plus en plus sensibles au spectacle de la mort - l'agonie du toro luttant seul contre la mort après l'estocade devenant de ce fait un moment de grande émotion. D'un autre côté, ils semblent bannir cette mort en réclamant de plus en plus souvent la grâce pour le toro.
"Est-ce à dire que les corridas tendent à n'être plus ''de mort''? Pas du tout. Et même au contraire. Elles sont de mort, plus que jamais. C'est la vie ou la mort elles-mêmes du toro qui comptent désormais de plus en plus; le fait qu'il vive (ou survive, parfois), le fait qu'il meure, l'événement même de sa mort, ou parfois de sa non-mort."

NB : J'avais ici-même exprimé mon opinion, il y a quelques mois, sur la grâce du toro considérée par certains comme une réponse aux attaques des anti-taurins.

vendredi 24 octobre 2008

Course Landaise : palmarès 2008

Concours Mont de Marsan
Cyril Dunouau
Emmanuel Lataste (sauteur)

Concours Dax
Cyril Dunouau
Guillaume Vergonzeanne (sauteur)

Championnat de France
Loïc Lapoudge
Nicolas Gachie (sauteur)

Escalot
Cyril Dunouau
Nicolas Gachie (sauteur)

Corne d'Or
Ibaneza (9 ans, origine Baltasar Iban) de la ganaderia Armagnacaise
Vache de l'avenir : Listonne de la ganaderia Deyris
Cordier d'Argent : Jacques Morandin (Dargelos)

Challenge Landes Béarn
cuadrilla Loïc Lapoudge ganaderia Dargelos

Challenge de l'Armagnac
cuadrilla Jean Marc Lalanne ganaderia Deyris

lundi 20 octobre 2008

Pepín Liria

Avec son air modeste de travailleur du campo que le costume de lumière ne parvenait pas à effacer, Pepin Liria n'avait rien d'un torero pour couvertures de magazines. Mais il nous a tant fait vibrer et a combattu tant de toros con casta y trapío que je me rejouis aujourd'hui de le savoir sain et sauf, jubilado y rico.
En hommage, simplement, quelques mots et souvenirs.


PUNDONOR

Bordeaux Floirac
dimanche 2 octobre 1994
toros de Teixeira
Richard Milian - Chamaco - Pepín Liria

señorito
VALOR

SEVILLA
Cehegín

Mont de Marsan
jeudi 24 juillet 1997
toros de Victorino Martin
mano a mano El Tato - Pepín Liria

probité
torero médiatique

MURCIA

Bayonne
dimanche 6 septembre 1998
toros de Victorino Martin
Fernandez Meca - El Tato - Pepín Liria


PAMPLONA
PEPÍN PEPÍN PEPÍN

samedi 11 octobre 2008

Les vainqueurs du Zapato de Oro

 
Voici la liste des vainqueurs du Zapato de Oro de la feria d'Arnedo (La Rioja)

2016 : Leo Valadez
2015 : Alejandro Marcos
2014 : Gines Marin
2013 : Alvaro Lorenzo
2012 : Tomas Campos
2011 : Fernando Adrian
2010 : Lopez Simon
2009 : Esau Fernandez
2008 : Pablo Lechuga
2007 : Rubén Pinar
2006 : Pepe Moral
2005 : Medhi Savalli
2004 : Alejandro Morilla
2003 : Eduardo Gallo
2002 : Salvador Vega
2001 : César Jimenez
2000 : Luis Vilches
1999 : Rafael de Julia
1998 : Diego Urdiales
1997 : Miguel Abellán
1996 : Morante de la Puebla
1995 : Uceda Leal
1994 : Javier Conde
1993 : Jesús Romero
1992 : Ricardo Ortiz
1991 : Paquiro
1990 : Finito de Córdoba
1989 : Jesulin de Ubrique
1988 : Enrique Ponce
1987 : César Pérez
1986 : Jerezano
1985 : Chicuelo de Albacete
1984 : Pedro Lara
1983 : Emilio Oliva
1982 : Vicente Yesteras
1981 : Luis Miguel Campano
1980 : El Yiyo
1979 : Richard Milian
1978 : desierto
1977 : desierto
1976 : José Luis Galloso (mat.)
1975 : desierto
1974 : Rafael Ponzo (mat.)
1973 : Alvaro Domecq y Manuel Vidrié (rej.)
1972 : Rafael Ponzo

mardi 7 octobre 2008

Requiem pour une plaza de toros


L'actuelle plaza de toros d'Arnedo a certainement vécu son dernier Zapato de Oro. En effet, à quelques centaines de mètres, a commencé la construction d'un machin comme il en a poussé beaucoup en Espagne ces derniers temps. Un pabellón multiusos nommé ''Arnedo Arena'' qui aura une capacité de 6000 spectateurs, ce qui laissera beaucoup de ciment vide lorsque s'y installeront les 2000 spectateurs quotidiens des novilladas du Zapato de Oro.
En attendant les bulldozers du progrès, voici quelques photos de la vieille plaza, una plaza con sabor añejo.




photos velonero

jeudi 2 octobre 2008

Deux jours à Arnedo

Finir la temporada à Arnedo est un vrai plaisir : l'Espagne profonde et populaire, une aficion de verdad - celle qui ne prend pas les vessies pour des lanternes - fière de présenter chaque jour des novillos au trapío irréprochable devant les meilleurs novilleros du moment.
Et puis, cette année encore, pendant la traditionnelle procession, les voisins navarrais ont tenté de voler les saints du pueblo, San Cosme y San Damián, mais la vigilance des habitants d'Arnedo a réussi à les en empêcher. Le monde va donc continuer à tourner et la feria peut se dérouler sous les meilleurs auspices.

En cette fin de saison, le descastamiento des pupilles de LA QUINTA commence à devenir préoccupant. Après les 6 toros de Bilbao, voici 6 novillos sans la moindre once de caste. Ni bravoure, ni poder, ni noblesse.
Le lendemain, les novillos de JAVIER MOLINA étaient tous magnifiquement présentés. En ce qui concerne le comportement, ni bien, ni mal, regular comme on dit judicieusement en castillan.
Pour les novilleros, le passage par Arnedo est une réelle épreuve. D'abord en raison du sérieux des novillos qu'ils doivent combattre, ensuite du fait du niveau d'exigence du public local.
Ainsi, la manière de toréer marginale et abusante de pico d'Antonio NAZARE ne rencontra que silence et indifférence polie.
Mario AGUILAR montra davantage de sincérité et d'envie mais il n'y avait rien à tirer des mules de La Quinta qui lui échurent.
Juan Manuel JIMENEZ toucha,lui, les deux moins mauvais de l'après-midi et laissa une bonne impression (vuelta).
Le lendemain, le peu d'engagement et de recours de Juan Luis RODRIGUEZ laissa le public totalement indifférent.
En revanche, Javier CORTES toréa remarquablement son premier novillo. Il le reçut par des véroniques genou ployé puis réalisa une excellente faena, les mains basses, sincère et muy templada, consentant à fond la charge du novillo. Une oreille après une estocade et trois descabellos. Déjà vu plusieurs fois à son avantage à Roquefort, Javier Cortés a montré aujourd'hui une nouvelle dimension de son toreo qui en fait une des valeurs les plus prometteuses de l'escalafon novilleril.
Santiago NARANJO a toréé toute l'après-midi avec une entrega de vrai novillero. Présent aux quites, sobre et sincère aux banderilles, ne s'affligeant pas malgré plusieurs cogidas face à un sixième novillo impressionnant et pas assez piqué, il coupa l'oreille du courage et du pundonor. Lui aussi sort renforcé de sa prestation à Arnedo.

Les Sévillans ayant, semble-t-il, des soucis avec l'état de leur ruedo, je leur conseillerais de débaucher, lors du prochain mercato, les areneros d'Arnedo. Leur étonnante énergie survitaminée pourrait peut-être les aider à résoudre leurs problèmes...

jeudi 25 septembre 2008

Caida

Lancés par le tremplin des cornes
le picador
le cheval
et tous les caparaçons du picador et du cheval
montent
Babel fugace
qui sera tôt résolue
au pied de la palissade tonnante
en un tas sans voix
sans langue
empêtré dans son matelassage pluvieux

Michel Leiris

jeudi 18 septembre 2008

Goya, Bordeaux et les taureaux


C'est dans cet immeuble, située au 57 cours de l'Intendance à Bordeaux et aujourd'hui siège du centre culturel espagnol, l'Instituto Cervantes, que Goya passa les quatre dernières années de sa vie. Là, il créa ses ultimes œuvres, en particulier le célèbre tableau La laitière de Bordeaux ainsi que ses quatre dernières lithographies sur la corrida : les Taureaux de Bordeaux, avant d'y mourir le 16 avril 1828.
Ces quatre lithographies y seront exposées du 25 septembre au 18 décembre, et le jeudi 25 septembre à 18 heures aura lieu une conférence d'Alain Briscadieu sur Goya et les taureaux.
Dans le riche programme culturel de l'Instituto, j'ai aussi noté la présence de Florence Delay le jeudi 9 octobre à 18 heures, elle parlera de ses écrivains espagnols de prédilection :Federico García Lorca, Miguel Hernández, José Bergamín ainsi que les auteurs du Siècle d'Or.


mercredi 10 septembre 2008

Dax (suite)

Comment on prépare un évènement
Un évènement, ça ne vient pas comme ça, par hasard. Le public, on le formate petit à petit, on l'assouplit, le décervèle, on le modèle à sa guise. Ça peut prendre des années mais on finit par y arriver. Il faut des moyens : la télé, la presse. Sans oublier, au-dessus de tout, l' idéologie simple mais efficace de notre société de con-sommation (la sommation des cons) : payez jouissez.

Par exemple, souvenez-vous.
On nous a montré en début de saison, sur France3 Aquitaine, dans l'émission Tercios, la grâce de ce toro anodin de Juan Pedro Domecq à Ecija, accompagnée des commentaires dithyrambiques de circonstance.
Quelques semaines plus tard on nous a montré Miguel Angel Perera à Olivenza alignant des passes insipides à d'insipides toros sin cara. Là encore, on nous a dit combien c'était génial.
Et puis, reseña après reseña, on nous en a décrit des faenas d'anthologie contrariées par des présidents insensibles qui n'accordent jamais les trophées demandés. Mais on les lynchera, s'il le faut, ces présidents qui empêchent les braves gens de s'amuser...
Jusqu'au jour où tout est en place. Alors en avant pour la corrida Luna park.

Comment on en rend compte
"C'était le plus petit, le moins lourd, le dernier de la famille. Un mignon minois, des yeux pleins de tendresse et des dizaines de marguerites et de coquelicots à chaque naseau." De qui s'agit-il donc? Du petit chat qu'on vient d'offrir aux gosses? Du gentil toutou à sa mémère? De l'agneau qui vient de naître? Vous n'y êtes pas, il s'agit de Desgarbado, le toro gracié à Dax vu par la plume de Vincent Bourg "Zocato" dans sa reseña publiée par le journal Sud Ouest.
Mais la symphonie pastorale s'arrête là, Vincent Bourg ne peut maîtriser ses vieilles rancœurs. C'est que, malgré le travail de sape, il reste encore des aficionados, ces empêcheurs de tourner en rond. Alors une guerre ouverte leur est déclarée : "Les coupeurs de cheveux en douze diront, les soirs de tertulia d'hiver, quand il pleut froid sur nos bonheurs d'été qu'il ne prit qu'un léger picotazo,un quart de lance, à peine une boutonnière. Et ta sœur! Eh bien, elle bat le beurre de joie depuis hier soir où..." Des propos déplacés, choquants, vulgaires, méprisants. Mais qui ont un mérite, celui d'exclure les aficionados de l'évènement.

lundi 8 septembre 2008

Dax : corrida de Victoriano del Rio

Les faits
Desgarbado, né en juillet 2004 dans l'élevage de Victoriano del Rio, au poids annoncé de 486 kg et sorti en sixième position, a été gracié. Le toro, d'apparence juvénile (anovillado), d'armure discrète mais astifina, avait pris une demi-pique au premier tiers (hampe relevée très vite par le picador à la demande du matador puis demande acceptée de changement de tiers). Le toro a quitté le cheval sans difficulté. Au deuxième tiers, il accourut sans problème vers les banderilleros. Il chargea ensuite sans discontinuer la muleta de Miguel Angel Perera pendant près d'un quart d'heure avec une noblesse inlassable.

Mon avis
Aucun toro n'ayant pris qu'une demi-pique n'est digne d'être indulté.
La noblesse du toro a été exceptionnelle, vive, codiciosa, sans doute favorisée par la manière de toréer de Miguel Angel Perera. Mais au-delà d'une certaine limite la noblesse confine à la niaiserie et ce qui était qualité a fini par m'apparaître défaut. Se faire berner pendant un quart d'heure sans esquisser le moindre signe de révolte ne me paraît pas symboliser la grandeur du toro de combat. C'est sans doute être brave mais dans le sens que l'on utilise pour dire de quelqu'un qu'il est bien brave, c'est à dire un peu con. De bien braves gens aussi ceux qui pendant cinq minutes d'hystérie collective ont demandé et obtenu l'indulto de Desgarbado.

La faena de Miguel Angel Perera
Par son aguante exceptionnel et l'harmonie de sa muleta (pratiquement pas d'accrochage) Miguel Angel Perera a su se mettre au diapason de la noblesse du toro. La faena a surtout valu par ses enchaînements parfois virtuoses qui ont porté le public au rouge vif. Mais dans le toreo fondamental elle est restée plus ordinaire. Le torero a parfois abusé du pico lors de ses longues séries de derechazos et il ne s'est pas éternisé avec la main gauche.

Une faena de Morante
A l'opposé et tout à fait passionnant fut ce qui s'est passé au cinquième. Sur la corne droite le toro a une charge puissante et il la termine par un violent coup de tête vers le haut, il saute même parfois carrément dans la muleta de Morante. Celui-ci se bat, insiste, se fait accrocher le tissus, visite la moitié du ruedo mais il a de précieux moments d'intense et pur toreo.


PS : à lire absolument, dans Campos y Ruedos, le texte sublime de Xavier Klein, De la piètre trivialité d'une journée historique.

mercredi 3 septembre 2008

A propos de la corrida de Palha

Je ne crois pas, bien sûr, à un jugement objectif qui dirait la vérité d'une corrida. Chacun juge en fonction de l'idéal qu'il se fait du toro et de la corrida, mais aussi de ses intérêts, de ses amitiés, des attentes qu'il a ce jour-là etc...

Pour moi, ce fut une corrida intéressante, passionnante même à certains moments et pourtant je suis sorti des arènes avec une pointe de déception. D'abord parce que, comme tous les aficionados informés, je crois savoir qu'il sort régulièrement des toros de Palha bien supérieurs à ceux que l'on a vus à Bayonne. Ensuite parce que j'aime aussi les toreros et que j'aurais souhaité voir Diego Urdiales ou Sergio Aguilar affronter un toro complet. Or, aucun toro complet n'est sorti ce jour des chiqueros bayonnais.
Je pense aussi que, hormis les deux de Rafaelillo -deux alimañas au comportement passionnant- leur dangerosité a été largement surévaluée. Les quatre autres n'avaient quasiment pas de charge au dernier tiers, ils présentaient dès lors, pour des toreros con oficio tels que se montrèrent Diego Urdiales et Sergio Aguilar, bien moins de danger qu'un toro qui charge avec noblesse et codicia. Ils furent d'ailleurs lidiés et tués sans difficulté par les deux matadors.

Un mot sur le public car j'ai l'impression que ce ''pauvre public'' est souvent pris en otage par les détracteurs de ce genre de corrida : "C'était bien sûr une corrida intéressante, mais vous comprenez que pour le public ce n'était pas un spectacle convenable. Ils ne reviendront pas."
Donc, en ce samedi 30 août, autour de moi c'était très bon chic bon genre (j'avais pris un tendido ombre et soleil). Un vrai public de Bayonne, assez entendu dans la chose taurine d'ailleurs. Il me semble que, très vite, les gens ont compris l'enjeu, l'intérêt et les limites de la course : de beaux toros que l'on admire à leur sortie, que l'on admire également dans leur combat au premier tiers et, pour aujourd'hui, on se contentera de ça. Mais ils comprirent aussi que ces toros-là méritaient d'être applaudis et, de fait, mes voisins les ont majoritairement applaudis lors de chacun des arrastres. Ils ont aussi été émus par le courage de Rafaelillo et de Sergio Aguilar mais ont bien vite relevé les insuffisances techniques et artistiques du premier. Bref, un public qui a su voir et apprécier ce qu'il y avait à voir et à apprécier. Une corrida qui se justifiait donc pleinement dans la programmation d'une grande ville taurine.

Le problème pour lire les éditos d'André Viard c'est qu'il faut avoir le clic de souris assez sûr, sous peine de se retrouver à chaque fois avec son CV (certes glorieux) sous les yeux.
J'en ai particulièrement retenu (des éditos) ce qu'il écrit sur la corrida du dimanche. Il conteste trois des Valdefresno "à la noblesse doucement décadente... je ne crois pas que ce soit l'avenir de la corrida : trop mansos, trop doux, trop noblement niais'' et conclut en préconisant un juste milieu entre les Palha de la veille et les Valdefresno. A la bonne heure!
Je suis personnellement preneur d'une corrida avec le trapio de celle de Palha, sa force et sa bravoure au cheval et parmi eux, trois toros avec une charge franche et puissante au troisième tiers.

Pour finir je voudrais mentionner le judicieux texte de Solysombra dans le blog de Campos y Ruedos, Les Palha?Au musée! auquel je souscris entièrement. Mais attention, le risque est que les corridas dures servent d'alibi pour mieux faire passer, les autres jours, les pantalonnades commercialo-oreillardes. Il faut aussi lutter pour un toro intègre et fort dans les corridas pour vedettes.

dimanche 31 août 2008

Bayonne : des Palha de premier tiers

Il y avait dans ce lot de PALHA à la fois une plénitude et un manque. Plénitude qui venait en premier lieu de leur trapío parfait. Des toros profonds et harmonieux, les deux derniers de véritables estampes. Il y eut ensuite leur combat face aux picadors. Tous livrèrent au premier tiers des assauts acharnés, poussant avec codicia et ténacité. S'ils ne prirent que douze piques (une chute) c'est que leur obstination face au peto leur valut un châtiment sévère. La palme revint au second qui poussa durant de longues minutes, faisant parcourir au cheval plus de la moitié de la circonférence du ruedo, sans qu'il soit possible de le séparer de sa proie!
C'est face à la muleta que se révéla leur incomplétude : des toros parados, des charges souvent réduites à de violents et désordonnés coups de tête. Avec le sentiment, pour le public, de quelque chose d'inachevé. Comme un vin qui séduirait par sa robe, épaterait par son bouquet, avant de tourner court en bouche, sur une pointe d'aigreur, laissant le dégustateur avec une étrange et frustrante impression d'anomalie.
Il faut rendre hommage à tous les toreros qui affrontèrent ce dur bétail. Matadors, banderilleros et picadors firent tous preuve d'un professionnalisme qui évita que la course ne tourne à ce qui aurait pu être une débandade.
RAFAELILLO hérita des deux toros qui avaient le plus de recorrido. Ceux dont on pouvait éventuellement tirer le plus de parti, mais aussi les plus dangereux car ils serraient sur l'homme, faisaient mine d'humilier avant de balancer hachazos y derrotes tous azimuts. Il fit preuve d'un courage inouï, une cogida qui aurait pu être dramatique au quatrième ne l'empêcha pas de retourner au combat le coeur vaillant. Toutefois sa petite taille, ses limites techniques mais aussi le vent qui a soufflé durant toute la course et a beaucoup gêné les toreros, le laissèrent en permanence à la merci de ses adversaires.(salut et salut, où perçaient émotion et reconnaissance du public pour el valor del torero)
DIEGO URDIALES n'a pas cherché aujourd'hui à forcer le destin. Il s'était pourtant montré décidé en réalisant au premier toro de l'après-midi un joli quite par chicuelina. On lui reprochera d'avoir fait assassiner son second adversaire par le picador de réserve après la chute du picador de turno.
SERGIO AGUILAR a tout tenté avec beaucoup de sang-froid et de sincérité mais il eut en partage deux toros sans la moindre charge. Il avait pourtant limité le châtiment de l'imposant sixième en faisant relever l'arme par son picador à la deuxième rencontre. Nous administrant ainsi la preuve que les toros du jour n'avaient pas souffert d'un excès de châtiment mais plutôt qu'il manquait quelque chose à leur moral. (vuelta al ruedo au dernier, toréé sous l'orage)

samedi 23 août 2008

Trois jours à Bilbao

Venir à Bilbao, c'est l'assurance de voir les figuras devant des toros de grande présence. C'est aussi l'assurance de la déception car, plus que dans les autres plazas, on y place la barre de ses propres exigences au plus haut. C'est-à-dire au niveau de ses rêves.

Mardi : triomphe d'Enrique PONCE
S'il est une arène où il faut voir Enrique PONCE, c'est bien Bilbao. Il y a une réelle communion entre le torero et le public. Et ce d'autant que sa tauromachie émeut davantage devant les tios imposants qu'il affronte régulièrement ici. On peut voir dans le patio de cuadrillas la tête d'un Samuel Flores qu'il a tué il y a quelques années. Impressionnant!
Histrion d'EL VENTORRILLO, auquel il a coupé aujourd'hui les deux oreilles en imposait plus par son physique de méchant à l'armure veleta que par sa caste. La faena de PONCE fut celle d'un maître : rythme, élégance, variété, dominio. Avec un final genou ployé qui porta la plaza au rouge vif. Une estocade entière et le président, contrairement à ses habitudes, sortit les deux mouchoirs.
On a souvent vu à Bilbao des actuaciones de même niveau pour lesquelles seule la première oreille était accordée. Personnellement, il m'a semblé que les passages à gauche étaient un peu faibles pour mériter un tel prix. Alors j'ai essayé de trouver la raison d'une telle prodigalité du palco après des années de rigueur. J'en ai trouvé trois et je vous les livre comme elles me sont venues.
La première, c'est que, l'an dernier, Matias Gonzalez, le président a accordé deux oreilles au Cid, que tout le monde l'a félicité pour ce geste et qu'il a peut-être pris goût à la chose (il ne faudrait pas qu'il devienne addict!).
La deuxième, c'est qu'Enrique PONCE ne reviendra pas à Bilbao et que pour sa dernière feria ces deux oreilles sont un hommage à sa carrière. Mais les récentes déclarations du Valencien sur sa présence dans les ruedos l'année prochaine mettent à mal cette hypothèse.
La troisième -c'est ma préférée- est qu'indirectement, le président a voulu hacer daño à José Tomas, absent de la feria, en favorisant Enrique PONCE, torero de Bilbao qui, depuis plus de 15 ans, y affronte avec succès et sans chipoter le toro de Bilbao.
Après plusieurs vaines tentatives, j'ai enfin vu José Maria MANZANARES hijo bon. Torero de classe, muy puro. Mais ce qui lui a manqué aujourd'hui, face à deux VENTORRILLO très nobles, c'est une pointe d'engagement supplémentaire. Beau toreo mais sin chispa ce jour.

Mercredi : LA QUINTA, cruelle déception
Le plus mauvais lot que j'ai vu cette année (toutes catégories confondues). Une faiblesse déplorable, une fadeur désespérante, le tout sur un fond de noblesse imbécile. Si c'est ça l'avenir des Santa Coloma alors il ne nous reste plus que les yeux pour pleurer.
Juan José PADILLA toucha les deux moins mauvais et fut, comme il sait l'être, un bon animateur (une oreille).
EL JULI, après une prestation très décevante la veille (sifflets), se sortit l'épine du pied en inventant une faena au cinquième (une oreille).

Jeudi : MORANTE
Una tarde con MORANTE es diferente. Différente par l'attente qu'elle suscite, mélange d'angoisse et d'espérance. Chaque signe doit être observé. Le vent souffle, le toro a fait un vilain geste dans la cape du peon, c'est sûr, il ne fera rien. Mais voilà qu'il sort au quite l'air décidé, pas de doute, ce sera aujourd'hui le grand jour de MORANTE. De fait, si nous n'eûmes pas de tarde complète, nous eûmes droit à de très beaux moments, de ceux qui restent dans le souvenir. Un bon début de faena par le bas, derechazos de verdad et magnifiques naturelles. Le toro est brave, il va a mas, lance des coups de tête. La fin sera plus confuse, la mort longuette mais MORANTE DE LA PUEBLA saluera sous l'ovation.
Son second toro pousse avec bravoure sous deux piques, mais il est flageolant sur ses pattes. Le président sort le mouchoir vert alors que le toro est encore en train de pousser sous la deuxième pique. Une décision, à mon avis précipitée, qui tue la course. Car sort un sobrero infumable de Manuel Santos Alcalde. Una pena.
Sébastien CASTELLA a l'air un peu perdu dans le vaste ruedo bilbaino. Comparé à la maestria d'Enrique PONCE, il fait figure de novillero débutant.
Je crois bien, si ma mémoire ne me trahit pas, que je n'avais jamais vu de toros de NUNEZ DEL CUVILLO. Ils ne me parurent ni meilleurs ni pires que la plupart des toros d'origine Domecq que l'on voit sortir sur le sable gris de Bilbao. Deux assez bons toros, braves et qui allèrent a mas (le 2 et le 4), deux faibles de pattes qui furent changés, un mauvais toro, le premier de CASTELLA.

Quitter Bilbao est toujours difficile. Il pleut bien sûr, mais ce n'est pas la même pluie qu'à l'aller. Celle-ci a un goût d'automne, de vacances qui se terminent et de temporada sur le déclin.

lundi 11 août 2008

Les Raso de Portillo à Parentis : caste, bravoure et poder

Soyons romantiques. Ont foulé dimanche le sable des arènes de Parentis les descendants de l'élevage le plus ancien d'Espagne (XVème siècle). Et croyons que, malgré les croisements successifs, il reste quelque chose en eux du sang originel. Il y avait en tout cas dans leur comportement comme un parfum des tardes d'antan. Celles qui n'existent que dans le rêve des aficionados les plus fous... et qui parfois se réalisent.
Lourds, con cuajo, avec des cornes abîmées ou discrètes (sauf le dernier). 4 negros, 2 colorados anteados.
Au cheval tous montrèrent poder et bravoure. Les chiffres sont éloquents : une vingtaine de piques prises en poussant dur, 3 chutes, 1 cheval blessé (cornada au cou). Le quatrième fut honoré d'une vuelta al ruedo. Il prit 4 piques (une chute) en poussant fort mais sortant rapidement. Un toro à la puissance explosive qui alla a mas au second tercio au point de déborder Alberto Lamelas avant de le catapulter dans les airs et de le recharger au sol sur une tentative de quiebro. Le malheureux novillero fit front avec vaillance malgré un coup de corne au mollet mais ne put exploiter l'excellente corne gauche du toraco.
Les trois novilleros sont à féliciter pour avoir joué le jeu d'une véritable mise en suerte lors du tercio de pique. En outre, Carlos Guzman montra de réelles qualités muleta en main. Les picadors ont prouvé qu'ils pouvaient être autre chose que les médiocres saigneurs habituels. Il y avait de la grandeur aujourd'hui dans leur office.
La remarquable cavalerie de Bonijol n'est pas non plus pour rien dans cette réussite. Chevaux d'une grande maniabilité qui permettent aux picadors d'appeler le toro avec art, mobilité également sous la poussée qui leur permet de garder l'équilibre malgré la pression, sans dégoûter le toro qui n'a pas le sentiment de pousser en vain.
On trouvera sur le site
Terre de Toros toutes les informations sur l'histoire de cet élevage et ses origines. Bien que je ne sois pas spécialiste en la matière, il m'a semblé que le sixième, différent des autres, avait quelque chose de l'ancienne race des toros navarrais. Soyons romantiques!

lundi 4 août 2008

Hagetmau : un jour sans

Un jour sans pour les novillos de Coquilla de Sanchez Arjona, bien présentés - magnifique le cinquième - mais sans le piquant et la variété de jeu qui avaient fait l'intérêt du lot de Mont de Marsan l'an dernier. Tous se retrouvèrent sans carburant à la sortie de l'unique pique. Certes le principe de la pique unique fit encore des dégâts, mais il y avait autre chose dont il est difficile de savoir s'il s'agissait d'un manque de caste ou bien de force physique.
Jour sans pour les novilleros. Ruben Pinar était aux abonnés absents. José Luis Rodriguez eut quelques détails vite oubliés après une multitude de coups d'épée. Quant à Roman Pérez il se montra comme un véritable sin verguenza. Il toréa son premier comme un bûcheron avant de faire assassiner éhontément le sixième par son picador.
Les trois novilleros sortirent des arènes sous un silence pesant : un jour sans pour le public aussi.

mercredi 30 juillet 2008

Victoriano del Rio et Dax rois de l'afeitado

C'est en plein milieu de l'insouciance estivale et dans la plus grande discrétion, quand la saison est bien avancée, les cartels établis depuis longtemps, les billets d'entrée achetés, que l'UVTF a choisi de publier les résultats de l'expertise des cornes pour la temporada 2007. Un peu comme un gouvernement qui profiterait de l'été pour faire passer les lois les plus impopulaires.

Il ressort de ces résultats que Victoriano del Rio est le roi incontesté de l'afeitado en France en 2007 avec un score impressionnant mais néanmoins améliorable : 7 cornes touchées sur 8 analysées, dont deux toros de la corrida du 9 septembre à Dax. On aurait pu penser qu'un tel résultat entraînerait des sanctions et bien au lieu de cela Victoriano del Rio a obtenu une promotion puisqu'il fournira cette saison deux lots aux arènes dacquoises. Il me semble que la balle est dans le camp des aficionados locaux.


Elevages qui ont le plus afeité en 2007 :
  • Victoriano del Rio (7 cornes sur 8 analysées)
  • Puerto de San Lorenzo (7/12)
  • Adelaida Rodriguez (4/8)
En ce qui concerne les arènes, c'est Dax qui a le pompon avec 9 cornes afeitées et Vic fezensac la moins indigne avec 2 cornes.
Il est pourtant possible de présenter des lots limpios (avec la réserve que les certificats d'arreglos n'ont pas, cette année, été rendus publics) - y compris lorsque toréent les vedettes - puisque les cornes analysées des élevages ci-dessous ont été jugées limpias par les vétérinaires.
  • El Pilar (qui semble s' etre acheté une conduite)
  • Domingo Hernandez ''Garcigrande'' (idem, au moins pour la France)
  • Los Bayones
  • Margé
  • Hoyo de la Gitana
  • Charro de Llen
  • Antonio San Roman
Pour l'an prochain, les vétérinaires ont du pain sur la planche après ce que l'on a vu aux deux premières corridas de la Madeleine. Les résultats de l'expertise des cornes des Miuras et des Torrestrellas sera particulièrement intéressant. Voici par exemple la photo de l'armure du Torrestrella n° 89, sorti premier et qui mit Enrique Ponce en difficulté.

cornicorto ou travail d'artiste?

PS Voir aussi les intéressantes analyses et propositions sur le site de la FSTF

lundi 28 juillet 2008

L'estocade selon El Fundi

Très bonne initiative que celle des nouveaux programmes distribués à l'entrée des arènes de Mont de Marsan : des entrevues parfois intéressantes (chose rare dans le milieu taurin), des chroniques pas forcément complaisantes de la corrida de la veille.
Je ne résiste pas au plaisir de citer la réponse d'El Fundi interrogé à propos de l'estocade :
"On pourrait penser que la mise à mort se fait toujours pareil, il y a des bases, des temps, or l'essentiel c'est qu'il s'agit d'un prolongement de la faena. Certains toros requièrent un toque brusque, à ceux qui ont chargé avec suavité on ne peut pas leur faire, car ils risqueraient de trop se déplacer. Il faut voir s'ils ont la tête haute, s'ils obéissent, s'ils regardent. C'est le couronnement de la faena, ce n'est pas une chose à part, c'est la conclusion. Voilà peut-être le secret : continuer de toréer pour conclure."


Il s'agit ici de Fernando Cruz à La Brède

dimanche 27 juillet 2008

Madeleine 2008 (III) les toreros

EL FUNDI : A tout seigneur tout honneur, même si sa prestation du dimanche resta discrète, avec notamment une grande responsabilité dans les mauvais tercios de pique du jour et l'assassinat en règle du brave et magnifique quatrième Miura.
Il se racheta le mardi face à deux La Quinta qui l'attendaient au virage. Le premier, qui n'avait pas humilié durant la faena, lui envoya les cornes à la poitrine à la première tentative d'estocade. Malgré cela le Fundi s'engagea à nouveau par deux fois avec un sincérité sublime. Face au genio et aux pitones astifinos de son second, il n'abdiqua jamais malgré une cogida impressionnante, trouvant parfois les solutions et finissant par le dominer. Une journée pleine de pundonor et d'héroisme.


JUAN JOSE PADILLA : Sur le déclin.


RAFAELILLO : Une des plus belles et émouvantes estocades que j'ai vue dans ma vie d'aficionado. J'en avais les yeux tout embués. Elle venait après une faena sincère et parfaitement construite à un bon Miura. Deux oreilles incontestables.

ENRIQUE PONCE : J'essaie de plonger dans mes souvenirs, peut-être une ou deux fois à ses débuts et encore... non, je crois que je n'avais jamais vu le maestro de Chivas aussi en difficulté que face à son premier Torrestrella. Voilà qui sent sérieusement la retraite.

JUAN BAUTISTA : Est-ce parce qu'on l'annonçait en méforme et que j'attendais peu de lui mais je l'ai trouvé bien : classique, élégant, tueur sûr.

DANIEL LUQUE : Sevillanissime! Trincherazos, firmas, aidées par le bas, tout l'arôme du toreo sévillan dans une muleta privilégiée. Pour moi une révélation. Deux oreilles de triunfo grande.

JULIEN LESCARRET : Bon capeador et tueur en progrès; à la muleta en revanche rien ne va : trop de nervosité et d'embrouillamini.

ANTONIO JOAO FERREIRA : D'accord il a eu un sorteo de rêve (même s'il fait une longue carrière il y a peu de chance qu'il retrouve deux toros de cette qualité dans une même tarde). D'accord il est resté bien en dessous des possibilités offertes. Mais ''le petit portugais en qui personne ne croyait'' (à part Richard Millian bien sûr, et ses supporteurs portugais) m'a scotché d'admiration sur mon siège. Calme (un tel calme le jour de son alternative!), sens du placement, toreo de ceinture d'une grande pureté, temple. Une leçon de toreo. Si j'étais apoderado je parierai sur lui.

PEPIN LIRIA : Certes ce n'est plus le Pepin d'il y a dix ans, mais il a été un torero du Moun. En souvenir de tant de tardes glorieuses il a su faire l'effort qu'il fallait et le public a su lui manifester son attachement. Un beau moment. Avec en prime une magnifique série de naturelles con mucho temple.

ANTONIO FERRERA : J'ai du mal à digérer le coup du garrot sur une cuisse qui ne saigne pas. Un geste bien peu torero.

LUIS BOLIVAR : Vaillant.

Alberto LAMELAS : Un épigone de Padilla, sans en avoir le physique, ni, pour l'instant, le souffle.

Juan Luis RODRIGUEZ : Vert, élégant, superficiel.

Miguel TENDERO : Beaucoup plus puesto mais dans un jour sans.

C'est toujours un plaisir de savoir que EL CHANO sera dans le ruedo. Le jour des La Quinta il nous gratifia de deux excellentes paires de banderilles, la première en templant quasiment l'embestida du toro, ainsi que d'une excellente brega.

samedi 26 juillet 2008

Madeleine 2008 (II) les toros

MIURA : Deux points noirs, les cornes qui s'escobillent systématiquement après avoir frappé les burladeros, laissant supposer une manipulation frauduleuse, la faiblesse de pattes de certains; un point positif, la bonne caste générale : bravoure et noblesse, mais attention, quand je dis noblesse, c'est la noblesse du Miura, à qui il ne faut pas raconter de salades.

Alvaro DOMECQ "TORRESTRELLA" : Des cornes très courtes laissant planer un doute sur leur intégrité. Le premier, une teigne, un des rares toros que j'aurai vu mettre Enrique Ponce en difficulté. Le quatrième, le plus beau, fait une sortie tonitruante, puis se fracasse les vertèbres en sautant à la poursuite d'un peon qui se réfugiait derrière le burladero. Finalement un lot assez conforme à ce qu'écrit Alvaro Domecq dans son bouquin : un peu de caste, de la race (le troisième) et beaucoup de noblesse qui tourne vite à la soseria sans intérêt (les deux derniers).
Velonero, le sobrero cinqueño de CHARRO DE LLEN, était sans doute un frère du grand toro du même nom sorti à Vic il y a deux ans. Il fit une sortie de toro corralero, puis se révéla au cheval en provocant deux batacazos, mais il ne tint pas la distance au dernier tiers refusant vite tout combat en se réfugiant au toril.

Novillada de BUCARE : Bien présentée, avec la variété de la caste santacoloma qui fait que l'on peut passer, dans un même lot, voire chez un même animal, d'une grande noblesse à la difficulté du toro qui semble avoir tout compris du jeu qu'on lui propose.

LA QUINTA : le sommet de la feria, peut-être de la temporada dans le sud-ouest. Frasquito, qui ouvrait le ban, sera honoré d'une vuelta al ruedo. C'est un magnifique cardeño typique de la casa. Paradoxalement, il fait une véritable sortie de bœuf de labour, marchant tranquillement, reniflant, refusant d'entrer dans les capes. Mais tout change dès qu'il est confronté au picador : une première pique, avec chute du cheval, suivie de deux autres sous lesquelles il pousse en brave. A la muleta beaucoup de fixité et de la noblesse sur les deux cornes. L'autre toro de l'après-midi sera le dernier, moins en vue à la pique, mais d'une noblesse pour chanter le toreo. Hormis le 5 en retrait, les autres d'un haut niveau avec leur pointe de noblesse (le 3) ou de sournoiserie encastée (le lot du Fundi).

VICTORINO MARTIN : Où placer la barre pour les toros du sorcier de Galapagar? Doit-on se contenter de l'encierro de ce jour? Certes le lot est largement supérieur à tout ce qui se voit habituellement dans les corridas de la région (si l'on excepte certains sommets comme les Escolar Gil de Vic ou les La Quinta ici même). Il y eut en particulier deux très bons toros : le premier, brave et noble, le cinquième, très encasté, à la charge puissante. Mais le reste est bien moyen. Et, en fin de compte ce qui m'a le plus déçu, c'est la présentation. Bien sûr le type est magnifique, mais l'ensemble affiche un très net manque de présence physique, certains exemplaires ayant la taille d'un top model plutôt que d'un toro de combat. Avec, en outre, des cornes qui parfois se détériorent rapidement. Je suis loin d'être partisan du toro grand et gras, mais l'inverse a ses limites et ce qui est acceptable en novillada ou dans un pueblo l'est moins dans une arène comme Mont de Marsan.

un novillo de Bucaré

vendredi 25 juillet 2008

Madeleine 2008 (I)

La Madeleine, ça commence par un problème de cornes. Celles des Miuras qui s'abîment chaque fois qu'ils cognent contre le burladero. Celle des Torrestrellas, très courtes. Ils auraient eu fière allure ces Torrestrellas avec quelques centimètres de pitones en plus!
A cela s'ajoute un problème de pique. Puisque les organisateurs ont signifié leur mépris pour le tercio de piques, maestros et piqueros s'en donnent à cœur joie. Mises en suertes bâclées, pique unique interminable avec pompage, charcutage, cariocas. Efficacité garantie. Et un résultat paradoxal : quatre ou cinq toros braves rendus inutilisables par une mesure dont le but était précisément de favoriser le jeu des toros au troisième tiers. Il me semble pourtant que les toreros, s' ils savaient qu'une deuxième pique suivra impérativement, seraient obligés de mesurer le châtiment lors de la première rencontre.

Et puis un jour vient la grande corrida. De beaux et bons toros de La Quinta. Des toreros con pundonor. Des lidias justes. La réconciliation du public avec sa feria.

Du coup, je vends ma place pour la corrida de Ventorrillo. Voir les vedettes couper des oreilles ne m'intéresse plus. Je veux rester sur le buen sabor de boca des La Quinta jusqu'à la corrida de Victorino.

Finalement, dans l'emportement d'une feria réussie, tout s'achève sur un peu de triomphalisme (oreilles après estocades défectueuses, salida a hombros inopportune du mayoral de Victorino).

dimanche 20 juillet 2008

Alvaro Domecq "Torrestrella" - ganaderias

Liste des ganaderias de procedencia (en totalité ou en partie) Alvaro Domecq "Torrestrella"
  • Guadalest
  • Fernando Peña
  • Aldeaquemada
  • Condessa de Sobral
  • Cebada Gago
  • Cayetano Muñoz
  • Santiago Domecq
  • Torrealta
  • Juan Antonio Ruiz Roman
  • Carmen Segovia
  • Astolfi
  • Antonio San Roman
  • La Dehesilla
  • Varela Crujo
  • Laurentino Carrascosa
  • Juan Albarran
  • Aquilino Fraile
  • La Reina

samedi 19 juillet 2008

Alvaro Domecq El toro bravo - citations

"Despacio, como planean las águilas seguras de sus prisas. Despacio, virtud suprema del toreo. Despacio, como se apartan los toros en el campo. Despacio, como se doma un caballo. Despacio, como se besa y se quiere, como se canta y se bebe, como se reza y se ama. Despacio."

Sur le poids des toros :
"Qu'il soit entendu que, en ce qui concerne les toros, le poids, pour moi, tient moins d'importance que le trapío, l'estampe du toro brave." (19 El peso y el trapío)

"Cet excès de kilos, maintenant que sont combattus des toros de 600 kilos et plus, conduit à ce que les toros deviennent aplomados, se transformant en gigantesques blocs de marbre. Ce n'est pas qu'ils ne voudraient pas embestir; c'est qu'ils ne peuvent se déplacer durant quelques minutes sans s'asphyxier. Le toro ''regordío'' porte atteinte à la lidia que l'on désire, basée sur une suite de mouvements continus." (46 Los pastos, la alimentación)

Sur les toros qui tombent :
"La mission du ganadero aujourd'hui est de bannir en les envoyant à l'abattoir toutes les vaches qui accusent un manque de force... Les sementals, il faut les choisir avec de l'énergie et des forces si nous voulons annuler ce défaut qui est si important aujourd'hui dans toutes les ganaderias." (30 La selección)

"Parmi les toros qui ont la même alimentation, certains tombent et d'autres ne tombent pas; certains ont de la force et d'autres pas." (46 Los pastos, la alimentación)

Sa grande interrogation sur les rapports de la bravoure et de la suavité :
"Voici un danger qui nous guette à tous, dans ce compliqué et subtil monde des toros. Que le mot ''suave'' ait lors de la prueba du becerro plus d'importance que le mot ''bravoure''. Parce que, jusqu'à quel point noblesse et codicia pourront rester liées? jusqu'à quel point une suavité excessive et permanente ne peut affaiblir la bravoure? jusqu'à quel point un toro très suave commence à ne plus être un toro brave brave?" (33 La suavidad y la seriedad del toro)

Sur les toros qui grattent :
"Gratter le sol est considéré comme raison suffisante pour éliminer car cela dénoterait un manque de bravoure. Toutefois on voit des toros d'une classe et d'une bravoure extraordinaire qui, parfois, grattent le sol. Cela réduit les points dans un examen de bravoure, mais cela ne disqualifie pas, car il y a des toros qui, tout en grattant, font preuve d'une bravoure de très grande qualité." (32 La bravura en si)

Deux toros, récents vainqueurs des corridas-concours de Saint Sébastien et Vic Fezensac viennent corroborer cette opinion car tous deux, de grande bravoure, ont gratté durant leur lidia.

Enfin, sur la souffrance du toro, bien avant les travaux de Juan Carlos Illera :
"Je soutiens que le toro ne souffre pas ou souffre peu durant la lidia, si celle-ci s'effectue harmonieusement, de manière continue et sans laisser l'animal se refroidir.
La colère joue le role d'analgésique de la douleur et le toro est une poudrière de colère concentrée." (31 El secreto de la bravura)

NB traduction personnelle SGDG



vendredi 18 juillet 2008

Alvaro Domecq El toro bravo

Les livres de ganaderos sont rares. Celui-ci fut publié en 1985. En une cinquantaine de courts chapitres d'intérêt inégal, le célèbre ganadero jerezano traite de tout ce qui concerne l'élevage des toros depuis la naissance des becerros jusqu'à la contratacion des corridas.
Alvaro Domecq y Diez n'est pas le premier ganadero venu. Fils de Juan Pedro Domecq y Nuñez de Villavicencia, il fut dès son plus jeune âge immergé dans l'élevage paternel (lorsqu'il n' était pas en pension chez les jésuites bordelais) et assista donc à la création du fameux croisement Veragua La Corte à l'origine de la majorité des élevages d'aujourd'hui. Homme de campo et de chevaux, il fut dès les années quarante un excellent rejoneador. Il créa son élevage ''Torrestrella'' en 1954 et parvint, en mélangeant les sangs de Curro Chica (Veragua/Ibarra), Carlos Nuñez et Juan Pedro Domecq, à créer son propre encaste. Ce fut une réussite qui a permis à la ganaderia de se maintenir au premier plan durant 50 ans, alternant toutefois les périodes fastes avec des baches au cours desquels la faiblesse l'emportait sur la caste. Alvaro Domecq n'hésita pas à vendre vaches et sementals à ses collègues ganaderos et aujourd'hui un nombre non négligeable d'élevages sont basés sur son sang.
S'il se fait le chantre d'un mode d'élevage traditionnel, Alvaro Domecq fut aussi parmi les premiers à utiliser les ressources des progrès scientifiques de la fin du siècle passé : insémination artificielle, banque de sperme, recherches sur la cause des chutes de toro.

C'est au milieu du livre, dans les chapitres sur la sélection et sur la bravoure, que l'auteur nous fait part de sa conception du toro et de ses principes en ce qui concerne la conduite de son élevage.
Pour lui, la bravoure est la qualité qui consiste pour le toro à foncer (embestir) vers tout ce qui bouge devant lui."Précisément cette énorme, tragique, interminable arrancada vers l'avant, contre tout et contre tous, et qui ne se terminera qu'avec la mort, est l'expression qui caractérise un toro brave".
La classe est une forme d'embestir en galopant, en mettant la cara et, face au cheval, en poussant avec les reins.
Il distingue la race de la caste. La race est la sublimation de la bravoure. Elle illumine le ruedo et tous les spectateurs la perçoivent; elle s'exprime par exemple au moment de la mort lorsque le toro résiste, debout, jusqu'à son dernier souffle.
La caste est essentiellement nerf et tempérament. Elle peut aussi exister chez le toro manso. Elle donne beaucoup d'intérêt à la lidia. Mais son équilibre est très difficile à trouver au sein d'un élevage. Absente, elle donne des toros dociles et faibles, en excès,elle rend les toros illidiables et donc invendables.

Tout au long du livre on sent que le rapport entre suavité et caste est la grande problématique du ganadero. Il est bien conscient que la recherche par certains éleveurs d'une trop grande noblesse les a conduits à une perte de bravoure, mais il se méfie des excès de caste qui rendent difficile le toreo que réclame la majorité du public d'aujourd'hui et posent à l'éleveur des problèmes de commercialisation.

Il me semble que les fluctuations de l'élevage de Torrestrella sont une parfaite illustration des préoccupations d'Alvaro Domecq. Il a parfois réussi à trouver l'équilibre entre caste, bravoure et noblesse. En témoigne le grand lot sorti à Madrid pour la San Isidro 1979; ce jour-là, Buenasuerte, primé d'une vuelta al ruedo, permit par sa bravoure et sa caste, un des plus grand triomphe du maestro Paquirri.
Le plus souvent, il a produit des toros d'une grande suavité, recherchés par les figuras et présents dans les grandes ferias. Mais il y a toujours eu dans son élevage un fond de caste qui l'a distingué des autres branches de la famille Domecq. Il suffit pour s'en persuader de voir la modestie du cartel torero qui les affrontera lors de la prochaine feria de Bilbao.
Son élevage a également été touché par les problèmes de faiblesse de pattes. Pour lui les causes de cette faiblesse sont de trois ordres.
Il pense qu'il existe un gène de la faiblesse de pattes que les ganaderos ont laissé s'installer dans leurs élevages en n'éliminant pas lors des tientas les vaches qui avaient un bon comportement mais s'étaient montrées faibles de pattes."En n'étant pas exigeants sur la force de la mère nous sommes tombés dans le manque de force de ses fils."
Ensuite il avance que la recherche excessive de bondad des toros s'est faite au détriment de la caste et que le toro encasté ne tombe pas.
Enfin il n'oublie pas tous les problèmes parasitaires et sanitaires qui contribuent à affaiblir les reses braves.

On a peu vu ces dernières années la devise bleu et or dans les ruedos français. La corrida de lundi prochain à Mont de Marsan sera une bonne occasion de se rendre compte où en est, 3 ans après le décès de don Alvaro, l'élevage de Torrestrella, actuellement dirigé par son fils Alvaro Domecq Romero. La politique du ganadero était d'avoir des lignées pastueñas, d'autres plus encastées et de les mélanger équitablement lors de la constitution d'un lot.Une façon de ménager la chèvre et le chou. A ver...
NB Il existe une traduction française parue en 1993 aux Presses du Languedoc

jeudi 3 juillet 2008

Après la novillada de Roquefort

Voilà une novillada qui aura fait couler beaucoup d'encre (si l'on peut dire car sur internet qu'est-ce qui pourrait couler? la sueur au bout des doigts? l'expression reste à inventer).
C'est tout le charme de la tauromachie de susciter ce genre de discussions qui, vues de l'extérieur, doivent sembler bien byzantines. Et c'est tout l'intérêt d'internet de permettre l'expression de ces opinions. Laurent Larrieu dans Campos y Ruedos livre
une analyse intelligente qui remet, il me semble, les choses à leur juste place. La lecture de ce texte est intéressante à plus d'un titre et notamment pour ce qu'il ne dit pas par des mots mais apparaît pourtant,en creux, comme une évidence. A savoir : si l'on n'accepte pas de voir lidier ces petits novillos aux armures discrètes ça veut dire qu'il faut envoyer pères et mères à l'abattoir, ça veut dire que l'on met en danger de mort un encaste, celui de santa coloma. Au moment où les aficionados se plaignent de l'impérialisme du sang domecq et où, essentiellement grâce aux élevages de La Quinta et de Bucaré, le sang buendía santacoloma est en train de sortir d'un bache profond, ce ne serait pas le moindre des paradoxes. N'oublions pas que la ganaderia de Joaquin Buendía a complètement périclité pour avoir voulu, dans les années 80, suivre la mode du toro grand et cornalon. Il sera à cet égard intéressant de voir le jeu que donneront les toros de La Quinta à Bilbao pour la feria. Il paraît qu'ils ont muchos pitones. Personnellement, je reste sur la déception du lot qui y fut lidié il y a deux ans, irréprochable de présentation mais faible et de mala casta. On le voit, rien n'est simple dans le monde des toros.
Quant aux Roquefortois, ils devraient retomber sur leurs pieds pour le 15 août avec un lot de Gallon que la rumeur annonce con cuajo y pitones. Ce sera du domecq, bien sûr.

lundi 30 juin 2008

Roquefort : la caste des santacolomas

Le lot de novillos de La Quinta lidié à Roquefort a été une bonne illustration de l'intérêt que constitue l'encaste santa coloma. Si aucun novillo ne fut complet au point de mériter la vuelta, tous eurent de la personnalité et quittèrent le ruedo sous les applaudissements, le quatrième sous une grande ovation.
Au premier tiers, ils montrèrent de la ténacité sous 15 piques, acculant plusieurs fois les picadors contre la barrière. Le troisième constituait une énigme pour notre propension à vouloir classer les comportements dans des catégories précises. Il s'enfuit deux fois au contact du fer avant de prendre une belle pique en brave. Dans ces cas-là, on s'en tire par une pirouette en qualifiant ce genre de toro de manso con casta ce qui, avouons-le, ne veut pas dire grand-chose. Face aux leurres, s'il refusa de se livrer à la cape, il chargea en revanche avec fiereza au troisième tiers.
Le quatrième poussa longuement une première fois. Placé au centre du ruedo pour la deuxième rencontre, il hésita longtemps, se rapprochant petit à petit du cheval, avant de se décider à répondre à l'appel du piquero. Il fit preuve d'une incroyable noblesse d'abord à la cape, puis en tournant sans fin à la poursuite de la muleta distanciada de l'élégant Antonio Nazaré (une oreille). Un toro de puerta grande.
Au physique, le lot était très inégal de corpulence et d'armures, dominé par le troisième, un tío à l'armure parfaite, con mucha seriedad.
Deux novilleros ont montré de grandes qualités. Le blond mexicain El Payo torea con arte y mucho sabor le deuxième novillo (oreille).
Javier Cortés, avec le sorteo le plus difficile et malgré une verdeur évidente, sortit des arènes sous une vibrante ovation. Ici, on aime les petits vaillants avec du cœur. Face au troisième, on le sentit d'abord très impressionné au point qu'on put croire un instant qu'il allait s'effondrer. Mais il livra à la muleta un combat remarquable, trouvant le sitio qui lui permit de faire charger et de maîtriser (parfois) l'âpre charge du tío.
Un mot enfin sur la présidence, à mon avis, parfaite dans toutes ses décisions. Une présidence qui donne de la catégorie à une arène.