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jeudi 19 décembre 2024

Sur Enrique Ponce

 
Jean Pierre Darracq "El Tio Pepe",  revue Toros n° 1338 (octobre 1988) :
 
   "Ça durera ce que ça durera. Mais les Anciens de ma génération se souviennent de l'oncle de ce gamin, ce petit valencien Rafael Ponce "Rafaelillo" qui fit des débuts époustouflants de novillero et tint ensuite la dragée haute aux grandes figures de l'avant-guerre. Or bien, cet après-midi la plaza de Madrid entièrement garnie de spectateurs, a savouré la joie incomparable de découvrir un torero, un vrai torero, en la personne de ce minuscule Enrique que l'on prendrait volontiers pour un élève de Seconde qui n'a pas beaucoup grandi. Ce gamin au cœur de lion cite le toro de face plutôt que de trois-quarts, charge la suerte dans toutes les passes, à droite ou à gauche, aguante au maximum et dégage ensuite le bras pour conduire la passe jusqu'à son remate normal. Et ceci face à deux grands novillos mansos l'un de Lupi, l'autre de La Fresneda, gratteurs de sable, lents à s'élancer, hésitants dans leurs embestidas. Je crois que s'il avait eu la chance de tomber sur le premier novillo de la corrida, qui, du début à la fin, répondit de loin et sans hésiter à tous les cites le gosse nous aurait rendus fous. Quand on le vit brinder au public ce sixième (en réalité le troisième sixième !) dont, apparemment, il n'y avait rien à attendre de bon, et ce fut le cas, personne ne croyait qu'on allait assister à un cours de tauromachie professé par un gamin qui, paraît-il, n'a pas encore dix-sept ans. Or tout le répertoire y est passé, avec une aisance confondante, liant les séries, soignant les remates, enjolivant les adornos comme s'il toréait du bout des doigts, avec délicatesse, mais comme un homme, un macho."



Domingo Delgado de la Camara , Le toreo revu et corrigé , 2002 :

   "Son courage est immense. Il ne le manifeste jamais par de grands gestes, et il réussit à briller face aux toros les plus difficiles. Alors que tous voient le danger de l'animal, Enrique, sans ignorer ce danger, voit avec optimisme quelque vertu cachée du toro que personne n'a vue. Alors, il s'emploie à fond. Sobrement et méthodiquement, il commence à lutter avec les toros les plus épouvantables. Il termine en s'en rendant maître, et ces bêtes sauvages ressemblent à des moutons qui demandent pardon. La faena qu'il réalisa face à un gros toro de Sepúlveda lors de la San Isidro en 1994 fit parler d'elle. Mais celle qu'il réalisa face à ''Lironcito'' de Valdefresno, lors de la San Isidro en 1996, fut encore meilleure. C'est la meilleure démonstration de domination que j'ai vue. La bête était un manso déjà toréé et ouvertement dangereux. Quand on sonna la mise à mort, il était au maximum. Il était devenu le maître. Ponce alla vers lui avec sa détermination naturelle. Les premières charges donnèrent le frisson. Le toro chargeait avec une grande violence, se dirigeant de manière évidente sur le torero. Il donnait les coups les plus sinistres. Ponce, au lieu de l'éviter en fuyant le combat, avançait sa poitrine à chaque passe, se croisant chaque fois plus - c'est exactement ce qu'il fallait faire, même si cela fait très peur. À chaque arrêt correspondait un coup précis de muleta. Le toro passait, chaque fois plus amplement et avec moins de violence. Il termina en le toréant sur les deux cornes avec son esthétique parfaite."



Jesus Hernandez, ganadero de Los Bayones , revue Terres Taurines n°69 ,  juin 2017 :

   ''À l'époque où Ponce tuait beaucoup d'Atanasios, beaucoup de toros sortaient sans offrir beaucoup de possibilités en apparence. Mais il leur laissait du temps sans rien exiger d'eux, puis les obligeait davantage et à la fin, ils embistaient du feu de Dieu. Ces toros ont besoin qu'on leur apprenne à embister. Ponce permit à l'encaste de vivre une époque dorée. Il tuait ta corrida et c'était une garantie. Il les rendait tous bons.''


Thierry Vignal , revue Toros n°2228 , novembre 2024 :

   "Ponce aura été un torero relativement ''court'' en ce sens qu'il aura été avant tout un muletero. Il lui est arrivé de très bien toréer à la cape, mais sa conception essentiellement cérébrale du rapport avec le toro l'aura conduit à voir dans le capote avant tout un instrument permettant d'évaluer les qualités et défauts du toro, une vision, donc, plus utilitaire qu'esthétique."
 
 



jeudi 12 décembre 2024

Enrique Ponce


 
   Le pouvoir d'Enrique Ponce ! Maître incontesté des années 90, trente-cinq temporadas passées sur les sommets de la toreria ! Combien de toros, dans cette longue carrière, l'auront mis en échec ? Très peu assurément. Sa capacité à tirer parti de tous, en particulier des toros mansos, rétifs, fuyards, a été une constante tout au long de sa carrière. Par quelle alchimie a-t-il eu le pouvoir de transformer de manière si régulière et parfois si radicale le comportement de ses adversaires, d'insuffler un zeste de bravoure à ceux qui en paraissaient dépourvus ? 
   Cette transmutation ne relève pas de la magie noire. En premier lieu, la confiance en soi qui émane du torero lorsqu'il commence à entrer en relation avec le toro se transmet progressivement à celui-ci. Avoir confiance en soi donne confiance aux autres, cette règle élémentaire des relations humaines s'applique aussi, les aficionados l'ont constaté depuis longtemps, à la relation du torero avec le toro, de l'homme avec l'animal. Mais cette confiance possède des fondements. Le principal d'entre eux est le courage. C'est lui qui va permettre de fouler les terrains que l'on a choisi, de s'y maintenir le temps nécessaire et de garder tout au long de la passe une lucidité parfaite qui va assurer un maniement de l'étoffe au rythme juste de la charge du toro. Cette lucidité permanente n'est possible que par l'assurance intime de sa capacité à toujours diriger les trajectoires de l'animal. Elle est à l'origine du temple, qui n'est donc pas état de grâce mais pouvoir du courage. 
   Et, pour peu que l'on ait une tête bien faite, la somme de ces expériences se transformera dès le plus jeune âge en science du combat. Le natif de Chiva partage ce privilège avec Paco Camino.
   Enfin si, porté par l'ambition, on donne chaque jour le meilleur de soi-même, on devient Enrique Ponce, figure du toreo.  
   Loin du mythe du torero né, le Valencien doit tout à sa volonté de puissance et fort peu à de supposées capacités innées. Sauf sans doute une conformation physique : élégance du corps, souplesse des articulations, qui lui a permis de toujours séduire publics et toros. Enrique Ponce, en revanche, n'a jamais été un torero de duende. Son toreo cérébral, basé comme celui de Luis Miguel Dominguin sur la constance dans le succès et la domination de tous les toros, était à l'opposé de ce ''miracle qui arrive à produire un enthousiasme presque religieux'' (Lorca).
   Une autre de ses grandes vertus a été de comprendre que, pour atténuer cette froideur que donne immanquablement toute supériorité technique, il devait affronter régulièrement des toros de fort trapío et posant problème. C'est pourquoi il combattit sans la moindre réticence les toros destartalados de Samuel Flores ou les imposants mansos de l'encaste Atanasio-Lisardo. Et c'est devant ces encastes-là qu'il obtint ses plus marquants triomphes. S'il profita bien sûr des facilités en matière de toro qu'offre la position de figure il ne fut pas, contrairement à certains de ses compañeros de succès, de ceux qui cherchent à imposer systématiquement aux empresas et au public le toro amoindri et docile.

   Pour toutes ces années d'élégante et de probe maestria, merci Monsieur Enrique Ponce.
 
 

 
 
photos : 1- Madrid  2 juin 2006  (Paloma Aguilar)
              2- Nîmes  18 septembre 2020 (Velonero) On se rappellera qu'Enrique Ponce fut la seule figure à dar la cara lors de l'épisode du Covid.
  

mardi 27 juillet 2021

Mont-de-Marsan : Madeleine 2021

    


   
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   Comme les bons toros, cette feria est allée a mas pour se terminer par l'apothéose de la corrida de Pedraza de Yeltes.
   Après Vic, elle a eu aussi le mérite de montrer qu'une feria taurine pouvait exister sans le secours d'une feria populaire, rappelant ainsi à ceux qui auraient tendance à l'oublier que la fête taurine est constitutive de toutes nos ferias.


Les toros
 
   La présentation des toros a été supérieure à celle de l'année 2019, elle a bénéficié de l'offre pléthorique qui existe actuellement dans tous les élevages en raison du nombre réduit de corridas.
 
   Les Jandilla, cinqueños, aux armures longues et astifinas, sans graisse superflue, constituaient un lot magnifique. Malheureusement le ramage ne correspondit en aucune manière au plumage. D'abord en raison de leur faiblesse : le 1 est faiblissime puis les 2 et 2 bis doivent être renvoyés au corral pour invalidité. Après ce préambule catastrophique on était peu enclin à apprécier la mauvaise caste des suivants qui se traduisit par des charges brusques et sans fixité.

   Très bien présentés aussi les Alcurrucén, avec leur typique corps ensellé. Ils firent des sorties timides puis sautèrent dans les capes qu'on leur présentait, enfin se montrèrent plus bravucones que braves au cheval en une quinzaine de piques et décevants à la muleta où ils finirent souvent sosos, de demi-charge. Le premier fut le plus intéressant. Imposant et puissant, il fut châtié durement trois fois avant de prendre deux rations supplémentaires au réserve (bronca). Le cinquième, pas totalement exploité, se montra très noble au troisième tiers mais avec de la fadeur.

   Comme toujours on attendait beaucoup des Adolfo Martin. Et l'on fut déçu. De présentation honorable mais discrète, le lot se montra bravito au premier tiers (12 rencontres), partant sans rechigner vers le cheval mais y poussant peu. Leur caractéristique fut ensuite la sosería, avec pour les 2 et 3 une innocente noblesse et un dernier toro suffisamment mobile pour permettre un final triomphal. En somme le lot torériste de la feria.

   Changement de décor avec le grand lot de toros de Pedraza de Yeltes le dernier jour qui, pour leur présentation au Plumaçon, permirent une tarde d'une telle intensité qu'elle restera dans le souvenir de tous les spectateurs. Tout avait pourtant mal commencé avec le premier, un grand bœuf qui laissa présager le pire. Mais les quatre suivants furent très proches du toro idéal dont rêve chaque aficionado. Imposants de charpente, irréprochables d'armures (terrifique le 5). Et braves. S'élançant avec franchise vers les canassons, ils poussèrent avec ténacité, arc-boutés sur leurs pattes arrières. Trois fois les 3 et 5, placés à chaque rencontre plus loin du cheval. Un bémol ? Oui, celui de n'avoir jamais renversé les chevaux. Mais la fête se poursuivit au troisième tiers car tous chargèrent le drap rouge sans hésiter, avec une grande noblesse le 2 et le 5 (vuelta al ruedo à chacun), avec plus d'âpreté les 3 et 4. Et tous résistèrent à la mort bouche cousue. Le 6, seul noir du lot, sera un ton en-dessous. Vuelta triomphale finale du mayoral en compagnie d'Alberto Lamelas dans une grande ferveur populaire.

Les matadors
 
   Miguel Angel Perera fit preuve de maîtrise technique en dominant deux toros différents, l'un faible, l'autre de mala casta. L'épée est toujours son point faible, mais il a justifié pleinement sa présence en remplacement du néo-retraité Enrique Ponce.
 
   Daniel Luque a lui aussi dominé deux mauvais toros et a mal tué. Très beau début de faena au réserve d'Antonio Bañuelos dont il accompagnera ensuite les fuites continuelles avec un grand sens de l'esthétique.
 
   Rude journée pour le local Thomas Dufau, honoré en piste en début de corrida à l'occasion des 10 ans d'alternative prise en ces mêmes arènes. On l'imagine rêvant, en guise de cadeau, de jandillas au sang bleu et donc à la noblesse avenante. Il en fut tout autrement. L'encasté troisième le contraint à rester sur la défensive, puis le dernier de la tarde lui met par deux fois la corne dans le ventre, la première fois sans sommation. Le corps endolori mais miraculeusement indemne, le Landais joue alors la carte du courage qui aurait pu lui valoir des lauriers sans un échec à la mort. 

   Face aux Alcurrucén, Diego Urdiales fut le seul matador de la terna à connaitre le succès. Une sereine maturité semble l'habiter et son toreo artistique, con empaque, toujours adapté aux conditions du toro reçut un accueil chaleureux du bon public montois. Il coupa l'oreille du quatrième après un pinchazo et une bonne entière pour une faena d'art subtil à un toro médiocre.

   Paco Ureña a connu une matinée discrète. Son premier adversaire avait des charges violentes, brusques, désordonnées et personne ne lui en voulut de ne pas s'arrimer. En revanche un torero de sa classe est capable de tirer parti mieux qu'il ne le fit de la noblesse fade du cinquième.

   Emilio de Justo, face à deux toros de charge réduite, joua excessivement de la voix et d'une vaillance un peu vaine. Il est des jours où il faut savoir ne pas triompher.

   Le one-man-show d'Antonio Ferrera face aux Adolfo Martin a été une grande réussite. Tout semblait parfaitement orchestré : déjà deux oreilles coupées à la mort du troisième et deux nouvelles oreilles au dernier qui se prêta parfaitement au jeu dans une ambiance survoltée. J'ai personnellement beaucoup aimé la mise en suerte systématique des toros à la pique depuis l'autre bout de la piste. Une innovation du maestro qui prête à débat et sur laquelle il faudra revenir. J'ai beaucoup aimé aussi sa manière de tuer à deux occasions par ce que l'on pourrait appeler un recibir al encuentro, le torero marchant vers le toro fixé à une quinzaine de mètres. Autre innovation d'une puissance émotive extraordinaire.
   Ce que l'on pourra en revanche reprocher au torero c'est son jeu de cape limité et très mobile ce jour ainsi que des faenas, certes en recherche de pureté, mais taillées sur le même patron. 
   Il faut enfin souligner qu'il piqua remarquablement le sixième portant le public au rouge vif et préparant ainsi l'apothéose finale d'une tarde qui fut un vrai évènement parfaitement géré par le professionnalisme du maestro.

   Chef de lidia pour la soirée des pedrazas, Lopez Chaves connut une journée accidentée. Il n'y avait rien à tirer du premier, le seul manso de la journée. Il fut pris violemment par le quatrième en début de faena, heureusement sans autre dégât que vestimentaire. Face à un animal à la charge soutenue et brusque, Domingo reprit peu à peu l'ascendant en un combat émouvant. Chaude vuelta après échec à la mort.

   Gomez del Pilar, en demi-teinte, connut de bons moments à chacun de ses coriaces adversaires mais sans jamais parvenir à s'imposer totalement.

   Admirable Alberto Lamelas, venu dans la ''capitale landaise'' pour triompher quoi qu'il en coûte et qui, aujourd'hui, connut un sorteo favorable (deux toros de vuelta) et sut en profiter. Il accueillit chacun de ses adversaires par une larga a puerta gayola puis s'attacha à construire des faenas classiques et dominatrices où se côtoyèrent des moments de grande limpidité tel un magnifique changement de main et d'autres plus accrochés. Grosse frayeur lorsque l'impressionnant cinquième le renversa et le chercha longuement au sol avec ses dagues suraigües sans autre dommage là encore que vestimentaire. Estoconazo au 2 et entière desprendida au 5 avec oreille chaque fois et émouvant triomphe.

   Ainsi se termina, par une corrida de verdad, cette feria atypique où les extérieurs de la plaza semblaient sinistrés par on ne sait quelle calamité, mais où le public, à l'intérieur, avait gardé intacte la flamme de l'aficion.



  
   
  

samedi 5 décembre 2020

Bilan 2020

    Bilan 2020 avez-vous dit ? Peut-on sérieusement faire le bilan d'une temporada qui n'a pas existé ? Certes elle n'a pas été blanche comme on aurait pu le craindre à un moment, mais si réduite et si inconsistante qu'elle est la temporada la plus misérable de toute l'histoire de la tauromachie, même en prenant en considération les années de la guerre civile espagnole.
 
    Si l'on examine les courses qui ont pu être données en Espagne on constate que trois entités en sont à l'origine. D'abord un certain nombre d'organisateurs privés n'ont pas hésité à prendre des risques pour relancer l'activité taurine dès la fin du confinement. La feria d'Avila donnée dès juillet en fut le meilleur exemple. Il ne fait pas de doute que ces organisateurs, jeunes et ambitieux, ont vu là une belle opportunité pour montrer leur savoir-faire et asseoir leur notoriété avant de partir à l'assaut, demain, des plazas les plus importantes. Car du côté des grandes empresas qui dominent le marché taurin le moins que l'on puisse dire est que leur discrétion a confiné à la démission. Pas même l'organisation de cycles de novilladas lorsque c'était possible ! Ce qui ne les a pas empêchées de casser honteusement du sucre sur le dos de celles qui travaillaient, comme on l'a vu après la corrida du Puerto de Santa Maria.
   Pour donner corps à une activité taurine minimale ce sont aussi les structures régionales (institutions politiques et télévisons) qui, en Castille et en Andalousie, ont pris en main l'organisation de cycles de novilladas avec en général une belle réussite.
   Enfin la Fundation del Toro de Lidia a réussi à organiser durant l'automne un cycle d'une vingtaine de corridas dans les zones de la géographie espagnole où c'était possible et cela en dépit des incertitudes de réglementations sanitaires en perpétuels changements.
   De ce côté-ci des Pyrénées, l'énorme disparité entre les deux régions taurines est vraiment frappante. Le Sud Est a fait preuve d'un dynamisme certain qui a permis durant les mois d'août et de septembre une activité taurine assez conséquente avec l'organisation de plusieurs ferias (Béziers, Arles, Nîmes), sans oublier Beaucaire qui avait courageusement montré la voie à suivre dès le mois de juillet.
   Dans le Sud Ouest en revanche, région pourtant très peu touchée par l'épidémie, le bilan est calamiteux. Une seule journée taurine, avec novillada le matin et corrida l'après-midi, a été organisée par la ville de Dax. Alors que durant les mois d'août et de septembre tout était possible ! J'ai bien l'impression que ce bilan atterrant est le signe que l'aficion du Sud Ouest est une aficion vieillissante ...
   Ceux qui ne sont pas restés les deux pieds dans le même sabot ce sont les ganaderos. Pour éviter la désespérance totale, ils n'ont pas hésité à organiser sur leurs terres des journées taurines qui ont semble-t-il connu le succès. Il s'agit là pour eux d'un mode de fonctionnement qui, s'il existait déjà, aura pris avec la crise une importance accrue dans leurs activités. 

   Si côté torero un bilan doit être tiré c'est pour mentionner un certain nombre de matadors et de novilleros qui ont su saisir les rares occasions qui leur étaient données. Ils ont montré qu'il faudrait compter sur eux lorsque la reprise sera une réalité. C'est ainsi que, parmi les matadors, Juan Ortega a fait sensation par son toreo classique et pur. Gomez del Pilar, de son côté a montré qu'il était mûr pour prendre une place de choix dans les corridas dures. José Garrido a rappelé qu'il était un torero sur lequel on pouvait compter. Fortes, enfin, a pu fouler à nouveau le sable d'une plaza après une grave blessure qui l'avait tenu plus d'un an éloigné des ruedos.
   Mais le plus encourageant - à vrai dire la seule note réellement positive de la temporada - c'est l'existence, malgré le peu d'opportunités offertes, de plusieurs novilleros porteurs d'espérance pour l'avenir. Tomas Rufo, natif de Talavera de la Reina (clin d'œil de l'Histoire), aurait dû prendre l'alternative lors des fêtes de la Madeleine ; son actuation (télévisée) de Tolède en octobre a confirmé qu'il avait les qualités pour s'imposer au plus haut niveau. Francisco Montero possède une personnalité hors norme et de réelles qualités taurines. Manuel Diosleguarde a acquis une maturité qui devrait lui permettre de bien figurer à l'échelon supérieur, il s'est montré très convaincant lors d'une novillada télévisée à Guijuelo. Mentionnons également Daniel Barbero vu à son avantage à Medina del Campo, Gonzalez Ecija vainqueur du cycle de novilladas andalouses, José Francisco Molina révélé par Dax et enfin l'élégant Nîmois El Rafi. Des espoirs pour le futur ...
   Quant à nos chères figures, tout comme les grandes empresas, elles se sont révélées durant toute l'année d'une discrétion qui ressemblait fort à une démission. Enrique Ponce est le seul qui soit monté au créneau pour tenter de donner un peu d'oxygène à une temporada en perpétuelle asphyxie.
   Je m'aperçois que pour un non-bilan d'une non-temporada, voilà beaucoup de mots écrits, il est temps de passer à :
 

Ma corrida rêvée

                6 toros de Victoriano del RIO 6
     Daniel LUQUE - GOMEZ del PILAR - Juan ORTEGA
 
Victorino, Victoriano, j'ai longtemps hésité entre les deux et si j'ai finalement opté pour Victoriano c'est en souvenir des deux bons lots de l'élevage que j'ai vus dernièrement (Bilbao 2019, Nîmes 2020). Du campo de Guadalix de la Sierra nous viennent régulièrement de beaux toros, braves et encastés, et, bien qu'ils ne soient pas majoritaires, ils ont pris, dans mon rêve, toute la place.
 
Un autre rêve a aujourd'hui plus de chance de devenir réalité : la crise liée à l'épidémie de coronavirus va disparaitre en 2021 et, peu à peu, la temporada taurine reprendra tous ses droits ... 
 
 



















Dax dimanche 27 septembre 2020 17 heures
le paseo de la seule corrida donnée dans le Sud Ouest
Daniel Luque, Lopez Simon, Alvaro Lorenzo
Sur les gradins tous les spectateurs sont masqués et une place sur deux est occupée
photo Velonero
 
 

dimanche 20 septembre 2020

Nîmes















Vendredi 18 septembre    Nîmes    arènes romaines
beau temps
entrée limitée en raison de la crise du coronavirus

Cinq toros de Victoriano del Rio et un de Toros de Cortes (3ème), très bien présentés et bons (12 piques, tous ovationnés à leur entrée en piste et à l'arrastre, vuelta au 3 Descreído) pour Enrique Ponce (une oreille, deux oreilles), Curro Díaz (salut, vuelta) et Emilio de Justo (une oreille, salut).

Il faut avant tout féliciter la ville de Nîmes pour avoir monté une feria importante en dépit des restrictions imposées par les autorités et de la peur instillée jour après jour auprès de la population.
En toute logique devant la rareté des opportunités de faire combattre son bétail, Victoriano del Rio avait visiblement envoyé sur le sable de l'amphithéâtre romain le meilleur de son élevage. Il ne s'est pas trompé. Six toros d'une présentation magnifique dont le déboulé en piste déclencha chaque fois l'ovation du public en raison de la perfection des formes et du sérieux de chaque toro. Et tous étaient également pourvus des qualités morales que l'on attend d'un toro de combat : bravoure qui s'exprima à plusieurs reprises par de longues poussées au cheval et noblesse. Et si les premier, second et quatrième avaient possédé un peu plus de poder, le qualificatif d'exceptionnel n'eût pas été galvaudé pour qualifier le lot.
Après trente années d'alternative passées au plus haut niveau, Enrique Ponce possède encore et toujours une soif de triomphe et une qualité de toreo qui continuent à subjuguer les publics ... et les toros. Douceur et temple alliés à une précision d'horloger et à un mando parfait, élégance jamais démentie : les arguments du maître valencien lui ont permis de marquer une nouvelle fois de son empreinte les arènes de Nîmes. De ses faenas, parfaitement construites et de répertoire large, on retiendra les doblones initiaux, les droitières qui soumettent la charge, l'harmonie des changements de main et le point d'orgue des naturelles citées d'un  mouvement du revers de la pointe de la muleta.
La tâche n'en était que plus ardue pour ses compagnons de cartels. Curro Díaz réalisa toutefois au cinquième un début de faena par trincherazos et pases de la firma de toute beauté. Il tua chaque fois en plusieurs épisodes.
Emilio de Justo commença la course de mauvaise manière en se faisant vilainement prendre par le second lors d'un quite. On peut mettre ensuite à son débit un mauvais geste. Après que son premier adversaire, l'excellent Descreído, eut pris une magnifique première pique ovationnée et alors que le toro était parfaitement placé au centre de la piste pour un second assaut que le public savourait d'avance, il le rapprocha du cheval pour une rencontre devenue de ce fait ordinaire. Manque de respect blâmable pour le toro et pour le public. Pour le reste, face à deux toros encastés, il se montra vaillant et sincère, mais pas toujours efficace épée en main.
Ainsi ai-je vu ma première corrida de la temporada.

  

vendredi 22 mars 2019

Vu à Valence



   Pour les Fallas, la capitale de la Communauté Valencienne pétarade avec tant d'ardeur que l'extraterrestre de passage doit se poser beaucoup de questions sur les us et coutumes des Terriens. L'apothéose a lieu sur la place de la mairie, elle attire, à 14 heures en puntas, des foules considérables pour la masclete quotidienne. Attention ! ça continue de manière spontanée et joyeuse toute la journée, toute la nuit, dans tous les quartiers, et les enfants ne sont pas les derniers à prendre un malin plaisir à faire exploser leurs pétards dans les rues. Dans ce contexte, les arènes sont presque un havre de paix. Le public y réagit avec mesure et les olés ont des douceurs levantines.



   Les trois corridas auxquelles j'ai assisté ont toutes eu leur intérêt, en grande partie grâce au bon niveau général des toros combattus. Aucun ne fit preuve de faiblesse de pattes, leur niveau de bravoure fut correct et certains (un jandilla et plusieurs fuenteymbros) se sont montrés supérieurs. La raison m'oblige à penser qu'il s'agit d'un heureux hasard, mais on se prend à rêver d'une temporada qui se maintiendrait à ce niveau.

Retour sur un non indulto
   La polémique a surgi à la suite du refus du président d'indulter le cinquième toro de la corrida de Jandilla. Notons que s'il y eut polémique dans la presse, dans l'arène tout se passa normalement. Le président essuya une bronca mesurée, adoucie par les applaudissements de nombreux aficionados, et l'on en resta là. L'occasion me parait bonne pour rappeler aux chantres de l'indulto que, plutôt que de verser des larmes de crocodiles sur la mort d'Horroroso, le meilleur moyen pour eux de justifier leur appétit de grâce serait de militer pour la troisième pique. Le cas était d'école. Le jandilla prend deux piques mais il est en fait très peu châtié car les deux fois, effet de sa bravoure et de son poder, il renverse très rapidement le cheval. S'il est placé de loin une troisième fois et accourt avec la même impétuosité, tout le monde y gagne. Le public qui assiste à un spectacle rare et plein d'émotion, le toro qui sauve sa vie, et les partisans de l'indulto car personne n'aurait contesté une grâce dans de telles conditions. Moralité : il faut savoir oser, même en corrida dite toreriste, la troisième pique !

La blessure d'Enrique Ponce
   L'homme a fait preuve tout au long de sa carrière d'une telle domination et d'une telle sécurité face au toro que le voir se faire blesser est un évènement. Évènement qui nécessite donc quelque développement. Parlons tout d'abord des toros. On attendait peu de choses des Garcia Jimenez (entreprise Matilla) annoncés pour la partie pédestre de cette corrida mixte tellement leur temporada dernière fut catastrophique. On fut donc plutôt agréablement surpris de voir débouler trois Olga Jimenez (le 4ème était de Parladé) très bien armés, solides, mobiles et même parfois dotés d'une pointe de nerf. Face à son premier, Ponce coupa une oreille après des derechazos serrés et une estocade entière. Au second, vif et mobile, après un début par trincherazos secs, le maestro  - et c'est là sans doute sa surprenante erreur - ne semble pas juger nécessaire d'utiliser le toreo dominateur qui le caractérise. C'est ainsi qu'il en vient à donner une série de naturelles de profil, les pieds joints, profitant de la mobilité du toro. Il veut remater par un molinete inversé lié à un pecho mais sur le retour le toro aperçoit le torero et lui vient directement au corps, le frappe derrière la cuisse, le renverse violemment au sol où il cherche à le reprendre. La cape salvatrice d'un peon détourne le toro au moment où il allait à nouveau frapper. Enrique se relève, grimaçant de douleur, et porte aussitôt la main à son genou, puis est amené rapidement à l'infirmerie.
   Pour la petite histoire, le maestro de Chiva portait en ce 18 mars pour la première fois un costume blanc et noir aux couleurs du Valencia Club de Futbol qui célébrait ce jour son centième anniversaire.
   L'émoi est grand dans les officines taurines car il semblerait que la gravité de la blessure au genou soit de nature à remettre en cause la temporada du Valencien. Et peut-être même lui donner l'idée, après trente ans de bons et loyaux services aux plus hauts sommets, d'une retraite bien méritée.

Une corrida importante de Fuente Ymbro
   Avec un toro de vuelta, Damasco, sorti en deuxième position, au galop vibrant et encasté, et trois autres de grande qualité, braves, nobles, l'élevage gaditan a permis une corrida de clôture d'un excellent niveau et d'un intérêt toujours soutenu.
   Quel plaisir de pouvoir déguster la toreria de Finito de Cordoba ! Demi-véroniques de cartel, enchainements majestueux, sobriété distinguée, classe, élégance. Celui qui aurait pu être une figure majeure s'il n'avait manqué de valor a peut-être encore un avenir comme telonero de luxe. Le bon public valencien a savouré en connaisseur la prestation raffinée du Cordouan de Barcelone.
   Comment peut-on quitter les arènes les mains vides sur une simple ovation après avoir joué sa vie en permanence et réalisé deux faenas de deux oreilles avec deux toros différents, l'un terriblement encasté, l'autre plus pastueño ? Tant que Roman tuera de manière aussi calamiteuse que ce jour il restera dans l'ombre alors que, par son courage, son entrega et sa technique, il m'a paru être capable d'accéder à une position des plus enviables dans cette dure profession de torero.

   Les pétards se sont tus, la circulation automobile a repris ses droits. Les dizaines de Fallas se sont évanouies dans la nuit du 19. Pendant une semaine, la plaza de toros, au cœur de la cité, a été un des hauts lieux de la feria. Pour ce que j'en ai vu, Valencia est une ville taurine digne d'intérêt.






photos velonero
 1 Dans le quartier de Ruzafa un jardin public porte le nom du matador valencien tué en 1921.
 2 Il y a souvent la queue pour faire ses emplettes mais les critères de vente sont stricts, à chaque âge ses munitions.
 3 La falla de la place de l'Ayuntamiento, la plus grande, la plus classique (quelques autres photos de fallas prochainement).


jeudi 10 novembre 2016

Bilan 2016

Ma corrida rêvée

                6 toros de Victorino Martin 6
        Enrique Ponce - Curro Díaz - José Garrido

   Il est un peu énervant, Enrique Ponce, a être toujours au premier plan après plus de vingt-cinq ans de triomphes sur tous les points de la planète taurine. On connait ses défauts, les facilités qu'il se donne dans son toreo, mais, face à un toro récalcitrant, il n'y en a pas un, dans l'escalafon, qui lui arrive à la cheville.
   Curro Díaz a sans doute connu sa temporada la plus complète depuis son alternative en 1997. Il a affronté avec succès les devises les plus redoutées et a triomphé à Madrid. Lui aussi a ses défauts -une réticence à se croiser - mais quel art et quel pundonor durant toute cette saison! On rêve de le voir à ce niveau pendant dix ans encore...
   De tous les jeunes toreros qui ont enfin pu, cette année, s'immiscer dans les cartels dont les figures avaient jusqu'à présent réussi à les écarter, José Garrido m'est apparu comme le plus consistant. Sur le sable de Bilbao, son combat face à l'impressionnant Barbadura de Torrestrella (le meilleur toro de ma temporada) en témoigne. Ce jour-là, en revanche, Lopez Simon, bien aidé par les manigances de son apoderado, s'est effondré et Roca Rey, la révélation du début de temporada, avait été contraint de jeter l'éponge après deux KO successifs les jours précédents.
   Malgré leur fausse note de Bilbao, les Victorino Martin ont connu une excellente temporada. Une excellente saison, oui vraiment, mais je remarque qu'il y a eu trois toros indultés (Séville, Calasparra, Illescas). Trois toros indultés, c'est plus que chez Nuñez del Cuvillo (1), Domingo Hernandez "Garcigrande" (1) et Juan Pedro Domecq (0) réunis. Faut-il en tirer des conclusions sur l'évolution de l'élevage? A chacun de se faire un jugement ... sans oublier de mettre dans la balance les alimañas de Vic.
   Un élevage qui ne connait pas de problème d'indulto, c'est celui de Dolores Aguirre. Dans le panorama sinistré des élevages toristes il s'agit sûrement de l'un des plus intéressants et pourtant on le voit trop rarement. Mon rêve serait que, au cours des années qui viennent, dans les plazas françaises aussi bien que dans les grandes ferias espagnoles,  les Dolores Aguirre trouvent vraiment leur place.



En hommage à Victor Barrio tué le 9 juillet en plaza de Teruel par le toro Lorenzo de Los Maños cette photo de Juan Pelegrin.

2015

jeudi 15 septembre 2016

Salamanque




















Mardi 13 septembre 2016     La Glorieta     Salamanca
temps frais et venteux
demi-arène

6 toros d'El Pilar (7 piques, ovation au 4, sifflets au 3) pour Enrique Ponce (une oreille, deux oreilles), Javier Castaño (palmas, une oreille) et José Garrido (silence, une oreille)

Beaucoup de jeunes et d'aficion dans les vastes arènes de Salamanque mais peu de grand public. On peut penser que le prix des places pratiqué par la casa Chopera, organisatrice en ce lieu, y est pour quelque chose.
La tarde commença dans l'émotion par une minute de silence à la mémoire d' Alipio Perez-Tabernero Sánchez décédé à Salamanque le jour même, puis par une ovation à Javier Castaño qui, à la faveur du remplacement de Roca Rey, retrouvait le ruedo de son arène d'adoption après les problèmes de santé que l'on sait.
Les toros d'El Pilar ont été meilleurs que ce que leurs dernières sorties laissait craindre. Inégalement mais bien présentés, astifinos, aucun ne s'illustra à la pique, mais le 2 et le 4 par leur comportement encasté, furent intéressants de bout en bout.
Après plus de 25 ans au sommet, Enrique Ponce est encore habité par une énergie et une soif de triomphe hors du commun. Face à la charge vive et encastée de Bellito, quatrième toro de l'après-midi, il dut aller au-delà de ses facilités habituelles pour, après une longue faena pleine de haut et de bas, parvenir à dominer pleinement son adversaire.
Plus que jamais le meilleur de Castaño c'est sa cuadrilla. Voir Fernando Sánchez avancer vers le toro con desparpajo et clouer entre les cornes est tout un spectacle. Quant à Marco Galan il ne lui a fallu que trois passes pour assurer la brega du cinquième, pourtant manso, une pour chaque paire de banderilles.
José Garrido remplaçait Alejandro Talavante. Il fut le moins bien servi mais confirma qu'il est un torero sur qui il va falloir compter. Il donna au 6 un récital par véroniques gagnant du terrain et toréant avec une cape réduite au minimum qui fit lever les tendidos. Le grand moment de la tarde.

lundi 10 novembre 2014

Bilan 2014

Ma corrida rêvée


6 toros de PEDRAZA DE YELTES  6
      Enrique PONCE
      Diego URDIALES
      Ivan FANDIÑO


  Le lot dacquois de Pedraza de Yeltes c'était quelque chose d'inattendu qu'il faut savoir savourer : le rêve qui devient réalité. Ça surprend parce que c'est rare et parce que - incrédules que nous sommes - on se dit au moment même où on le vit que c'est trop beau pour être vrai, que ça ne peut pas durer. Car des toros qui prennent avec bravoure des piques de titans, qui ne fléchissent pas, qui continuent à combattre jusqu'au bout, on n'en voit parfois qu'un ou deux dans la temporada. Pourtant les six toros du samedi 16 août à Dax étaient bien réels, et ils venaient après la bonne novillada de Garlin, la très bonne corrida d'Azpeitia et précédaient le combat de Resistente, toro de oro de la feria de Salamanca. Une camada certes réduite, mais sans déchet, un concentré de bravoure.
   Le rêve, ce serait que Pedraza réussisse là ou Fuente Ymbro a échoué. Garder le niveau atteint en augmentant (raisonnablement, donc) ses camadas...

   Côté toreros, l'année a été très prosaïque. José Tomas quasiment absent, Morante de la Puebla jouant en deuxième division  par ses choix de bétail et d'arènes, Manzanares inexistant dans les grands rendez-vous. Même du côté des dures on a du plomb dans l'aile : Robleño usé, Alberto Aguilar handicapé par une méchante blessure américaine, Escribano en-dessous de ce que l'on attendait et Castaño sauvé du néant par sa cuadrilla.
   Heureusement Diego Urdiales a illuminé les rares tardes qu'on lui a offertes. En cette fin de temporada le vent semble enfin souffler en sa faveur. Ce n'est pas ici qu'on s'en plaindra, c'est la troisième fois qu'il fait partie de mon cartel de rêve.
   En ce qui concerne Ivan Fandiño, il y aura eu un avant et un après la cogida de Bayonne. Avant, tout va bien, le maestro de Guadalajara est parti pour une nouvelle temporada triomphale. Après, des doutes surgissent, son épée s'enraye, les succès sont moins probants, avec à la clé, une question que se posent les aficionados : Fandiño a-t-il gagné à avoir systématiquement remplacé les fers réputés durs par des élevages commerciaux?
   25 ans d'élégance torera, de domination sur les toros, de succès public n'ont pas érodé le désir de toréer et de triompher d'Enrique Ponce. Tant mieux pour ceux qui, comme moi, ont toujours pris du plaisir à le voir résoudre les problèmes avec cette difficile facilité que donnent l'intelligence, le courage froid et le talent.

2013




Naturelle de Diego Urdiales à Madrid face Sevillanito de Adolfo Martin (photo de Juan Pelegrin sur Las-Ventas.com)

mercredi 15 octobre 2014

Zaragoza 2014 : corridas de samedi et dimanche

   La  corrida de samedi était pour moi un petit évènement puisque je n'avais pas vu de corrida de l'élevage Juan Pedro Domecq depuis une éternité. La dernière fois, c'était en 1976 à Dax où leur invalidité avait provoqué un beau scandale. Ils ne sont quasiment jamais revenus dans nos arènes du sud-ouest et on les voit fort rarement dans le nord de l'Espagne. Je n'ai jamais entendu personne s'en plaindre.
   En 1976, il s'agissait encore des produits de Juan Pedro Domecq Diez - il était décédé l'année précédente - et la déchéance était déjà bien avancée, faiblesse et invalidité prenant le pas sur la caste et le piquant des domecqs des années soixante.
   En cette année 2014, trois ans après la mort de Juan Pedro Domecq Solis qui gérait l'élevage depuis 1975, les toros du jour provenaient d'une des dernières camades du ganadero. Bonne occasion pour examiner en détail leur combat.

     A l'exception du 2, plus petit, tous les toros sont bien ou très bien présentés, les armures, en particulier, sont bien dirigées, longues et astifinas.

     1. Arrempuro, castaño, 545 kg, 4 ans, invalide, il s'affale dès les passes de cape, mouchoir vert.
     1 bis. Hazmerreir, colorado, cornalon, 522 kg, 5 ans, invalide lui aussi, il est maintenu en piste malgré les protestations. Hazmellorar eut été un nom plus indiqué.

     2. Guardes, colorado, petit, 493 kg, 4 ans, prend deux piques, la seconde très légère, sa charge est vive, brusque et peu claire.

     3. Ballenito, castaño, 513 kg, 5 ans, prend deux piques avec bravoure, la première avec chute du groupe équestre, la deuxième vite relevée par le picador, au troisième tiers il possède une charge qui semble inépuisable con alegria et grande noblesse. Ovation.

     4. Fierecillo, 501 kg, 5 ans, encore un invalide remplacé par un réserve manso et laid de Torrealta.

     5. Halcon, negro, 523 kg, prend une bonne pique et un picotazo, puis va a menos, réserve ses charges, se défend.

     6. Coqueto, negro burraco, 547 kg, 5 ans, belle charge à la cape, première pique poussée jusqu'à la chute puis simple picotazo, lui aussi va a menos et sa charge devient incertaine.

     Bilan : 1 très bon toro (le 3), 2 toros acceptables (le 2 et le 6), 1 toro médiocre (le 5) et 3 invalides (1, 1 bis, 4).
   Pour voir un bon toro il a fallu supporter trois toros invalides. Le compte n'y est pas et Juan Pedro Domecq Morenes a du pain sur la planche s'il veut retrouver la faveur des aficionados.


   Le lendemain, trois toros de Parladé étaient à l'affiche, même propriétaire et, à ce que l'on dit, terrain d'expérience pour JPD.
   Les trois toros sont noirs, con trapío.
   Amontillado est brave en deux piques, la deuxième vite relevée, puis noble et allègre dans la muleta experte du Juli.
   Licorero est le protagoniste d'un tercio de pique inhabituel. Durant plus de cinq minutes, il sera impossible de le décoller du peto, jusqu'à ce qu'un monosabio musclé prenne le toro par la queue et parvienne à lui faire quitter le cheval. Le bicho a laissé toute son énergie dans l'aventure.
   Ingrediente est un toro médiocre du début à la fin de sa vie publique.

   Le point fort de Zaragoza, dernière étape de la temporada, est que les matadors y donnent généralement le meilleur d'eux-mêmes. Il s'agit en effet de finir l'année en beauté et de se placer favorablement pour la saison prochaine.
   Enrique Ponce a été ce qu'il est avec constance depuis 25 ans : un maitre de l'élégance, de l'intelligence et du dominio. Personnellement j'aime et j'admire ...  malgré les avantages que se donne parfois le maestro.
   Alejandro Talavante, auteur d'une grande faena au meilleur Juan Pedro, a marqué les esprits. Juste ce dont il avait besoin.
   Malgré le soutien du public, Diego Urdiales a pu constater combien il est plus difficile d'alterner avec deux figures qu'avec Fulano et Mengano.
   Juan José Padilla s'est fait renverser aux banderilles.
   Avec un sorteo défavorable, Miguel Angel Perera est passé inaperçu, tandis que le Juli, avec deux bons toros, a connu une grande journée, alternant passages brillants, sincères, voire inspirés comme ces doblones genou à terre à la fin de sa dernière faena et passages plus ventajistas.






  

lundi 22 juillet 2013

Madeleine 2013 (1)

Corrida de Fuente Ymbro : une leçon pour tous

   Le toreo classique, sincère, pur d'Ivan Fandiño a constitué en cette première corrida de la feria de Mont de Marsan une leçon de ce qu'est le bien toréer. Un torero qui rentre dans le terrain du toro, qui temple les embestidas à la perfection, qui est capable de lier les passes entre elles et qui rajoute à toutes ces vertus celle de toréer avec sentiment et entrega se situe au sommet de l'art taurin. Le public, entièrement conquis, l'a bien perçu et lui a fait un triomphe clamoroso.
   Si cette manière de toréer constituait une belle leçon pour le public, la leçon a aussi valu pour ses collègues d'un jour. Car il ne leur a vraisemblablement pas échappé que, comparé à celui de Fandiño, leur toreo laisse apparaître les grosses ficelles sur lesquelles il est construit : usage abusif du pico, positionnement fuera de cacho, excès des passes culerinas.
  On ne doute pas que leur lucidité leur fera tirer les leçons de l'aventure. A savoir :
- qu'il convient désormais de revenir aux fondamentaux et de toréer avec plus de sincérité
- qu'il convient d'éluder le plus possible les confrontations avec le blanc-bec basque.

Le lot de Fuente Ymbro n'a pas atteint le niveau de celui - il est vrai exceptionnel - de l'an dernier. Moins fort et moins brave, sans toro complet. Corrida malgré tout sérieuse et intéressante, avec la noblesse caractéristique de l'encaste domecq, et, parfois, l'étincelle de caste particulière aux fuenteymbros.


Corrida de Nuñez del Cuvillo : que penser de tels toros?

   Au physique : petitouns, mais fins d'armure.
   Leur comportement à la cape est tout un programme : ils vont et viennent dans le leurre d'une manière si dénuée d'agressivité que le public reste de marbre.
  Ils sont attirés par les chevaux qu'ils repèrent dès leur sortie et chargent sans se faire prier (12 piques) - un bon point pour eux - avec la limite que leur impose leurs moyens physiques réduits.
   A la muleta le cinquième fait preuve d'une noblesse sans la moindre scorie sur les deux cornes, d'autres sont handicapés par leur faiblesse de patte (1, 2 et 3), l'un enfin, le joli jabonero sorti quatrième est un impertinent : il fuit la muleta que lui présente le matador. C'est (bien sûr) par lui que viendra le moment le plus intéressant de l'après-midi.
   On le voit, un lot parfaitement calibré pour une prise de risque minimale : ce que veulent les figuras sans ambition.
   Il est juste toutefois de noter que c'est au moment de la mort que leur caste, jusque là bien cachée, resurgit. Plusieurs ont poursuivi le matador après l'estocade et ont résisté debout jusqu'à leur dernier souffle.
   Le paradoxe de ces toros, le revers d'une médaille par trop polie, c'est que, face à eux,  pour intéresser le public, les toreros doivent être doués de capacités exceptionnelles. Or ils sont très peu nombreux ceux qui ont ces capacités-là...
   Aujourd'hui, Enrique Ponce ne dut son salut qu'à l'effronté quatrième face auquel il donna, en vieux maître qu'il est devenu, sa leçon annuelle au public montois.
   José Maria Manzanares et Daniel Luque, moitié zombies, moitié toreritos passèrent sans peine ni gloire.
   De l'actuation de Mazanares fils émergent deux ou trois enchaînements de sa marque et un récibir réussi. C'est peu si l'on considère que le cinquième offrait ses deux oreilles sur un plateau.
   Quant à Daniel Luque, où est donc passé le jeune torero plein de salero andalou de ses débuts?



mardi 19 juillet 2011

Madeleine 2011 : une corrida de verdad

La banalité des cartels de cette Madeleine ne m'ayant pas incité à reprendre mon abonnement j'ai jeté mon dévolu sur la corrida du lundi. Des amis de bon goût m'assurent que samedi Alejandro Talavante a eu une excellente actuacion face à un Nuñez del Cuvillo et que, le lendemain, Matias Tejela a connu une grande journée face à deux bons toros de Margé.

Quel lot celui de Samuel FLORES en ce lundi 18 juillet! Un corridon! Et quelle personnalité  chez ces toros mêlant en permanence et à des degrés divers selon les individus mansedumbre et bravoure. Deux d'entre eux (le 2 et le 5) hélas se lésionnèrent à un pied  et ne purent donner toute leur mesure. Mais il y eut deux très bons toros. Infantil le premier, poussant fort jusqu'à la chute sous la première pique puis con mucho que torear au dernier tiers, puissant, mobile, bronco; cela ajouté à une armure extrêmement  développée faisait de lui un adversaire particulièrement redoutable. Juagarzo enfin le sixième qui alterna au premier tiers ruades de manso et poussées dévastatrices (sur plus de 20 mètres face au cheval de réserve qui parvint remarquablement à conserver son équilibre). Un toro d'une grande fixité et noblesse au troisième tiers. Deux toros enfin chez lesquels domina la mansedumbre (le 3 et le 4).

Bien qu'il ne soit pas parvenu à triompher pleinement Enrique PONCE (salut et vuelta) sort grandi de l'épreuve. D'abord parce qu'il est le seul matador du G10 à accepter d' affronter des toros d'un tel trapío et d'un encaste non encore aseptisé. Ensuite parce qu'il réussit, face aux plus difficiles de l'après-midi (l'un par son agressivité qui paraissait indomptable, l'autre, à l'inverse, par son refus du combat et ses fuites incessantes), en puisant dans ses réserves les plus extrêmes de sang froid, de savoir torero et d'amour propre, à dominer in fine ses deux adversaires. Des lidias passionnantes à suivre et à l'issue longtemps incertaine. De la vraie tauromachie en somme.
Juan BAUTISTA m'a semblé être venu à Mont de Marsan avec la ferme intention de ne pas salir son costume. Mission accomplie.
Alberto AGUILAR toréa bien Juagarzo sur sa droite mais son incapacité à tuer lui fit perdre toute possibilité de trophée.

Au bilan de l'après-midi, des toros imposants, une vingtaine de piques, trois chutes de picadors, des combats : bref une corrida.


Je m'envole demain pour un pays où le taureau est le symbole de la puissance de l'argent... Suerte à Tyrosse et Orthez...

mercredi 11 mai 2011

Leçon de Seville



Un torero a dominé la feria de Séville : José Maria Manzanares hijo.
On a beaucoup devisé aux lendemains de son triomphe historique et de l'indulto qu'il a suscité sur le passage à une étape supérieure et inéluctable dans la propagation du toro à la noblesse excessive, à la férocité gommée, ce petit toro bien fait et qui ne cesse, au troisième tiers, de charger avec une infinie douceur la muleta que lui offre généralement une vedette de l'escalafon.
Oui, mais...
Oui mais, par sa classe, son temple, son esthétique, José Maria Manzanares a éclipsé tous les autres matadors du cycle sévillan. Y compris El Juli qui malgré cinq oreilles coupées a été, du jour au lendemain, relégué au second plan. Sébastien Castella avec une actuation de bon niveau n'a rien dit au public, ne parlons pas de Miguel Angel Perera qui est passé pour un vulgaire pegapase. Daniel Luque, lui, a dû batailler ferme avec un manso querencioso pour couper une oreille. Enrique Ponce, on le sait, a besoin d'un toro qui pose problème pour donner toute sa mesure.
En fait combien sont-ils à pouvoir rivaliser, sur le terrain de l'art, avec l'Alicantin? Morante de la Puebla lorsqu'il parvient à se lever de sa chaise, José Tomas sans aucun doute, et très occasionnellement quelques toreros artistes du type Juan Mora. Sinon personne!
Tous les autres, pour triompher a lo grande, ont besoin du toro encasté qui donne de la valeur à leur courage et à leur technique.
La feria de Séville a marqué, par contre-coup, la nécessité du toro fort, encasté, féroce plus que jamais indispensable au triomphe de la majorité des toreros.

samedi 28 août 2010

A propos de trois corridas bilbainas


Corrida d'El Tajo et La Reina (José Miguel Arroyo "Joselito")

Joselito a un problème avec les cornes de ses toros. Déjà condamné pour afeitado à Logroño, le voilà de nouveau sur la sellette avec trois toros dont les cornes, astifinas à la sortie, se retrouvèrent dès le deuxième tiers dans un tel état de délabrement qu'elles eussent pu servir de pinceau aux plus grands maîtres de la peinture espagnole. Manipulation frauduleuse ou conséquence des fundas?
C'est d'autant plus regrettable que cette année encore son lot était intéressant avec trois bons toros, les 2 et 3 qui sont allés a mas et le sixième, un toro complet.

Leandro, modeste torero que je découvrais et qui se trouvait ce jour au paseo par on ne sait quel concours de circonstance propre au mundillo (au passage une belle plus-value pour les organisateurs puisqu'il remplaçait Cayetano - en d'autres termes un véritable hold-up) pourra se souvenir du mardi 24 août comme du jour où il n'est pas devenu célèbre. Toucher deux toros de ensueño à Bilbao et finir la course avec le modeste bilan de silence et salut c'est se condamner soi-même à rester dans le monton. Non qu'il n'ait su comprendre ses toros (il donna en particulier avec beaucoup d' à-propos de la distance au 6) mais son élégance un peu superficielle et ses coups d'épée désastreux ne pouvaient que le laisser aux portes du triomphe.

Et Morante qui toucha les deux plus mauvais!


Corrida de Victorino Martin

Si la corrida de Dax, de petit format mais de bonne caste, pouvait laisser de l'espoir, celle de Bilbao ne permet pas d'apercevoir la sortie du bache. Car ce qui caractérisa la corrida du jour -on sauvera le 3 encastado - c'est le manque de fiereza, de cet esprit guerrier qui fait depuis maintenant 50 ans d'une corrida de Victorino une corrida différente. Et si l'avenir devait ne se dessiner que sous la forme du quatrième, noble et pastueño à souhait, les victorinos seraient condamnés à rentrer dans le rang, à devenir des toros comme les autres.

Diego Urdiales est un grand torero. Toujours croisé, templando et ligando, utilisant la main gauche sans réserve, maître des terrains. Avec un courage sec et l'élégance un peu austère des grands toreros castillans... Diego Urdiales est un grand torero qui mérite de toréer beaucoup plus mais je ne suis pas sûr que les vedettes de l'escalafon seraient ravies de l'inviter à leur festin...


Corrida d'El Ventorrillo

La corrida se porte bien au Pays Basque. Hier le lehendakari assistait à la corrida de Victorino témoignant ainsi du soutien du monde politique basque à la fête des toros. Aujourd'hui un impressionnant no hay billetes.

Le second toro se acobarde dès le début de la faena du Juli et fuit vers les planches. Le Madrilène essaie de le retenir au centre, n'y parvient pas. Il abrège.
Le quatrième reproduit exactement le même comportement mais, on le sait, Ponce aime ce genre de toro. Bonne occasion pour lui de donner une leçon au petit Juli. Le maestro de Chivas n'hésite pas à le toréer dans le terrain des torils. Il le consent, l'aimante à sa muleta, le domine. Une estocade tombée le privera de l'oreille.
Au toro suivant c'est aussi par une estocade tombée que le Juli achèvera sa belle faena au noble sobrero d'Ortigao Costa. Le président sortira cette fois le mouchoir alors que la logique aurait voulu qu'il le réserve pour le jour où le Madrilène tuera sans tricher...Demain peut-être...

mercredi 21 juillet 2010

Madeleine 2010 (2)

Corrida de GARCIGRANDE

Aujourd'hui corrida réussie : trois vedettes, bons toros, 6 oreilles, public satisfait.
Le genre de tarde dont, en général, il n'y a pas grand chose à dire. Et pourtant...

Pour moi, il y eut au cours de la corrida deux moments particulièrement intéressants, deux moments de combat.
D'abord lorsque Matias TEJELA dut puiser au plus profond de lui-même pour dominer Malvestido, joli colorado encasté qui l'avait vilainement pris au cours d'une série de naturelle.
Ensuite lorsque Enrique PONCE se colleta avec Secuestrador, seul manso de l'après-midi, réfugié aux planches dès le premier tercio. La lidia de PONCE, ses différentes stratégies, leur réussite ou leur échec, tout fut passionnant jusqu'à l'échec final dont témoigna une mise à mort laborieuse qui vit le maestro frôler les trois avis.

Mais parlons des toros. Domingo Hernandez avait envoyé au Plumaçon ce qui se fait de mieux pour ce genre de corrida. Un encierro brave, noble, solide, chargeant jusqu'au bout (jusqu'au bout de la passe et jusqu'au bout de la faena). Un luxe de corrida. Avec un sérieux bémol : les cornes des deux derniers, indécentes. Un autre bémol, le petit nombre de piques prises (sept). Mais là, les toreros (et la présidence) ont leur part de responsabilité car si le JULI, étant donné ses capacités techniques et morales actuelles, peut se permettre de demander le changement de tercio après une simple pique, il n'en allait pas de même, aujourd'hui, pour ses camarades de cartel. Une pique de plus à leurs toros respectifs leur aurait sans doute facilité la tâche. N'est pas JULI qui veut! On peut même penser que certains toros piqués dans les conditions d'une corrida-concours auraient pu offrir une tout autre image de leur bravoure que celle donnée par la misérable pique unique carioquée. Mais c'était aujourd'hui jour de passes et non de piques. Les meilleurs, le premier plus bravucón que brave avec lequel, en d'autres temps PONCE eut fait un malheur, le troisième qui fit mordre la poussière au groupe équestre, et le dernier face auquel TEJELA redevint un infumable pegapase.

Ah oui, il faut quand même parler un peu du JULI, grand triomphateur de l'après-midi avec quatre oreilles! Quand il torée par naturelles ou par derechazos pas un olé! Puis en fin de faena , il chauffe le public par un toreo de proximité parfaitement au point. Il parachève l'ouvrage avec ses estocades fulminantes (impressionnante celle au 2, mais un petit raté au 5 avec mete...y saca).
J'ai la nostalgie du JULI vu ici il y a quelques années face aux San Martin, il m'avait ce jour-là ému aux larmes. Est-ce moi qui ai changé? le toreo du Juli ? les toros (ah! la vive noblesse des petits santacolomas de Chafik)? Toujours est-il qu'aujourd'hui le Madrilène m'a laissé de marbre.

samedi 9 janvier 2010

Liste des principaux matadors des années 00

  1. El Juli
  2. Enrique Ponce
  3. El Cid
  4. José Tomás
  5. Sébastien Castella
  6. El Fandi
  7. El Fundi
  8. Miguel Angel Perera
  9. Antonio Ferrera
  10. Juan Bautista
  11. Juan José Padilla
  12. José María Manzanares (hijo)
  13. Morante de la Puebla
  14. César Jiménez
  15. Fernandez Meca
  16. Salvador Vega
  17. César Rincón
  18. Finito de Córdoba
  19. Matías Tejela
  20. Luis Francisco Esplá
NB Cette liste est une mezclagne veloneresque de choses vues, de choses imaginées et de la brutale réalité, sans autre prétention que d'essayer de donner un aperçu, desde aqui, de ce que nous ont offert les dix premières années de ce siècle.
Si vous êtes amateurs de statistiques et de classements, Juan Medina a mis au point le Nuevo Escalafón Taurino, un método matemático para valorar la excelencia en el toreo, qui prend essentiellement en compte les oreilles coupées dans les arènes les plus importantes. A consulter sur son blog El escalafón del aficionado.

mardi 25 août 2009

Trois jours à Bilbao au cœur du fiasco


Mardi : toros de Fuente Ymbro pour El Cid, Sébastien Castella, Miguel Angel Perera
Mercredi : toros de El Ventorrillo pour Enrique Ponce, Sébastien Castella, José Maria Manzanares
Jeudi : toros de El Tajo et La Reina pour Enrique Ponce, Morante de la Puebla, El Cid

Toros de FUENTE YMBRO : très bien présentés mais très décevants, sans caste, sans présence au cheval, une désillusion
Toros de El VENTORRILLO : très bien présentés, mansos, âpres, rajados, distraits, fuyards, sortant de la muleta pour se réfugier aux barrières, un véritable fracaso ganadero.
Toros de El TAJO et La REINA, propriété de José Miguel Arroyo qui se présentait à Bilbao en tant que ganadero : braves au cheval, le troisième très encasté, les autres allant a menos.

Enrique PONCE a donné son annuelle leçon de tauromachie dans la cátedra bilbaina. On l'admire, comme on admire le savant exposé d'un professeur qui s'exprime parfaitement. Mais on a du mal à s'émouvoir... sauf lorsque le maestro, pris à partie par un spectateur turbulent et irrespectueux ("arrimate" osa-t-il lui crier), se fache. Tueur calamiteux. Fracaso complet de sa cuadrilla : banderilles à l'unité et toro relevé trois fois de suite à la puntilla.
Morante de la PUEBLA : trois derechazos trois, mais trois derechazos de Morante...; apporte la passion dans l'arène : bronca et forte division d'opinions.
El CID : parvint à masquer aux yeux du grand public sa difficulté actuelle à toréer de verdad; n'a pas pu avec le bon et exigeant toro de Joselito. En revanche tueur sûr.
Sébastien CASTELLA : quatre toros difficiles (par absence de caste) avec lesquels il n'a jamais trouvé la solution. Un échec qui montre que Sébastien n'a pas encore atteint sa pleine maturité.
Miguel Angel PERERA : bonne faena au troisième, con aguante y mando, améliorant et dominant le toro (vuelta). Largement au-dessus du Perera indulteur.
José Maria MANZANARES : bonne faena et bonne estocade (une oreille)

Les véritables triomphateurs de ces trois jours, les banderilleros qui ont donné un récital de courage, poder y arte : Curro MOLINA, Joselito GUTIERREZ, Juan José TRUJILLO, Luis BLAZQUEZ, Curro JAVIER et ALCALARENO.
NB photos magnifiques sur Campos y Ruedos

samedi 23 août 2008

Trois jours à Bilbao

Venir à Bilbao, c'est l'assurance de voir les figuras devant des toros de grande présence. C'est aussi l'assurance de la déception car, plus que dans les autres plazas, on y place la barre de ses propres exigences au plus haut. C'est-à-dire au niveau de ses rêves.

Mardi : triomphe d'Enrique PONCE
S'il est une arène où il faut voir Enrique PONCE, c'est bien Bilbao. Il y a une réelle communion entre le torero et le public. Et ce d'autant que sa tauromachie émeut davantage devant les tios imposants qu'il affronte régulièrement ici. On peut voir dans le patio de cuadrillas la tête d'un Samuel Flores qu'il a tué il y a quelques années. Impressionnant!
Histrion d'EL VENTORRILLO, auquel il a coupé aujourd'hui les deux oreilles en imposait plus par son physique de méchant à l'armure veleta que par sa caste. La faena de PONCE fut celle d'un maître : rythme, élégance, variété, dominio. Avec un final genou ployé qui porta la plaza au rouge vif. Une estocade entière et le président, contrairement à ses habitudes, sortit les deux mouchoirs.
On a souvent vu à Bilbao des actuaciones de même niveau pour lesquelles seule la première oreille était accordée. Personnellement, il m'a semblé que les passages à gauche étaient un peu faibles pour mériter un tel prix. Alors j'ai essayé de trouver la raison d'une telle prodigalité du palco après des années de rigueur. J'en ai trouvé trois et je vous les livre comme elles me sont venues.
La première, c'est que, l'an dernier, Matias Gonzalez, le président a accordé deux oreilles au Cid, que tout le monde l'a félicité pour ce geste et qu'il a peut-être pris goût à la chose (il ne faudrait pas qu'il devienne addict!).
La deuxième, c'est qu'Enrique PONCE ne reviendra pas à Bilbao et que pour sa dernière feria ces deux oreilles sont un hommage à sa carrière. Mais les récentes déclarations du Valencien sur sa présence dans les ruedos l'année prochaine mettent à mal cette hypothèse.
La troisième -c'est ma préférée- est qu'indirectement, le président a voulu hacer daño à José Tomas, absent de la feria, en favorisant Enrique PONCE, torero de Bilbao qui, depuis plus de 15 ans, y affronte avec succès et sans chipoter le toro de Bilbao.
Après plusieurs vaines tentatives, j'ai enfin vu José Maria MANZANARES hijo bon. Torero de classe, muy puro. Mais ce qui lui a manqué aujourd'hui, face à deux VENTORRILLO très nobles, c'est une pointe d'engagement supplémentaire. Beau toreo mais sin chispa ce jour.

Mercredi : LA QUINTA, cruelle déception
Le plus mauvais lot que j'ai vu cette année (toutes catégories confondues). Une faiblesse déplorable, une fadeur désespérante, le tout sur un fond de noblesse imbécile. Si c'est ça l'avenir des Santa Coloma alors il ne nous reste plus que les yeux pour pleurer.
Juan José PADILLA toucha les deux moins mauvais et fut, comme il sait l'être, un bon animateur (une oreille).
EL JULI, après une prestation très décevante la veille (sifflets), se sortit l'épine du pied en inventant une faena au cinquième (une oreille).

Jeudi : MORANTE
Una tarde con MORANTE es diferente. Différente par l'attente qu'elle suscite, mélange d'angoisse et d'espérance. Chaque signe doit être observé. Le vent souffle, le toro a fait un vilain geste dans la cape du peon, c'est sûr, il ne fera rien. Mais voilà qu'il sort au quite l'air décidé, pas de doute, ce sera aujourd'hui le grand jour de MORANTE. De fait, si nous n'eûmes pas de tarde complète, nous eûmes droit à de très beaux moments, de ceux qui restent dans le souvenir. Un bon début de faena par le bas, derechazos de verdad et magnifiques naturelles. Le toro est brave, il va a mas, lance des coups de tête. La fin sera plus confuse, la mort longuette mais MORANTE DE LA PUEBLA saluera sous l'ovation.
Son second toro pousse avec bravoure sous deux piques, mais il est flageolant sur ses pattes. Le président sort le mouchoir vert alors que le toro est encore en train de pousser sous la deuxième pique. Une décision, à mon avis précipitée, qui tue la course. Car sort un sobrero infumable de Manuel Santos Alcalde. Una pena.
Sébastien CASTELLA a l'air un peu perdu dans le vaste ruedo bilbaino. Comparé à la maestria d'Enrique PONCE, il fait figure de novillero débutant.
Je crois bien, si ma mémoire ne me trahit pas, que je n'avais jamais vu de toros de NUNEZ DEL CUVILLO. Ils ne me parurent ni meilleurs ni pires que la plupart des toros d'origine Domecq que l'on voit sortir sur le sable gris de Bilbao. Deux assez bons toros, braves et qui allèrent a mas (le 2 et le 4), deux faibles de pattes qui furent changés, un mauvais toro, le premier de CASTELLA.

Quitter Bilbao est toujours difficile. Il pleut bien sûr, mais ce n'est pas la même pluie qu'à l'aller. Celle-ci a un goût d'automne, de vacances qui se terminent et de temporada sur le déclin.

dimanche 27 juillet 2008

Madeleine 2008 (III) les toreros

EL FUNDI : A tout seigneur tout honneur, même si sa prestation du dimanche resta discrète, avec notamment une grande responsabilité dans les mauvais tercios de pique du jour et l'assassinat en règle du brave et magnifique quatrième Miura.
Il se racheta le mardi face à deux La Quinta qui l'attendaient au virage. Le premier, qui n'avait pas humilié durant la faena, lui envoya les cornes à la poitrine à la première tentative d'estocade. Malgré cela le Fundi s'engagea à nouveau par deux fois avec un sincérité sublime. Face au genio et aux pitones astifinos de son second, il n'abdiqua jamais malgré une cogida impressionnante, trouvant parfois les solutions et finissant par le dominer. Une journée pleine de pundonor et d'héroisme.


JUAN JOSE PADILLA : Sur le déclin.


RAFAELILLO : Une des plus belles et émouvantes estocades que j'ai vue dans ma vie d'aficionado. J'en avais les yeux tout embués. Elle venait après une faena sincère et parfaitement construite à un bon Miura. Deux oreilles incontestables.

ENRIQUE PONCE : J'essaie de plonger dans mes souvenirs, peut-être une ou deux fois à ses débuts et encore... non, je crois que je n'avais jamais vu le maestro de Chivas aussi en difficulté que face à son premier Torrestrella. Voilà qui sent sérieusement la retraite.

JUAN BAUTISTA : Est-ce parce qu'on l'annonçait en méforme et que j'attendais peu de lui mais je l'ai trouvé bien : classique, élégant, tueur sûr.

DANIEL LUQUE : Sevillanissime! Trincherazos, firmas, aidées par le bas, tout l'arôme du toreo sévillan dans une muleta privilégiée. Pour moi une révélation. Deux oreilles de triunfo grande.

JULIEN LESCARRET : Bon capeador et tueur en progrès; à la muleta en revanche rien ne va : trop de nervosité et d'embrouillamini.

ANTONIO JOAO FERREIRA : D'accord il a eu un sorteo de rêve (même s'il fait une longue carrière il y a peu de chance qu'il retrouve deux toros de cette qualité dans une même tarde). D'accord il est resté bien en dessous des possibilités offertes. Mais ''le petit portugais en qui personne ne croyait'' (à part Richard Millian bien sûr, et ses supporteurs portugais) m'a scotché d'admiration sur mon siège. Calme (un tel calme le jour de son alternative!), sens du placement, toreo de ceinture d'une grande pureté, temple. Une leçon de toreo. Si j'étais apoderado je parierai sur lui.

PEPIN LIRIA : Certes ce n'est plus le Pepin d'il y a dix ans, mais il a été un torero du Moun. En souvenir de tant de tardes glorieuses il a su faire l'effort qu'il fallait et le public a su lui manifester son attachement. Un beau moment. Avec en prime une magnifique série de naturelles con mucho temple.

ANTONIO FERRERA : J'ai du mal à digérer le coup du garrot sur une cuisse qui ne saigne pas. Un geste bien peu torero.

LUIS BOLIVAR : Vaillant.

Alberto LAMELAS : Un épigone de Padilla, sans en avoir le physique, ni, pour l'instant, le souffle.

Juan Luis RODRIGUEZ : Vert, élégant, superficiel.

Miguel TENDERO : Beaucoup plus puesto mais dans un jour sans.

C'est toujours un plaisir de savoir que EL CHANO sera dans le ruedo. Le jour des La Quinta il nous gratifia de deux excellentes paires de banderilles, la première en templant quasiment l'embestida du toro, ainsi que d'une excellente brega.

samedi 26 juillet 2008

Madeleine 2008 (II) les toros

MIURA : Deux points noirs, les cornes qui s'escobillent systématiquement après avoir frappé les burladeros, laissant supposer une manipulation frauduleuse, la faiblesse de pattes de certains; un point positif, la bonne caste générale : bravoure et noblesse, mais attention, quand je dis noblesse, c'est la noblesse du Miura, à qui il ne faut pas raconter de salades.

Alvaro DOMECQ "TORRESTRELLA" : Des cornes très courtes laissant planer un doute sur leur intégrité. Le premier, une teigne, un des rares toros que j'aurai vu mettre Enrique Ponce en difficulté. Le quatrième, le plus beau, fait une sortie tonitruante, puis se fracasse les vertèbres en sautant à la poursuite d'un peon qui se réfugiait derrière le burladero. Finalement un lot assez conforme à ce qu'écrit Alvaro Domecq dans son bouquin : un peu de caste, de la race (le troisième) et beaucoup de noblesse qui tourne vite à la soseria sans intérêt (les deux derniers).
Velonero, le sobrero cinqueño de CHARRO DE LLEN, était sans doute un frère du grand toro du même nom sorti à Vic il y a deux ans. Il fit une sortie de toro corralero, puis se révéla au cheval en provocant deux batacazos, mais il ne tint pas la distance au dernier tiers refusant vite tout combat en se réfugiant au toril.

Novillada de BUCARE : Bien présentée, avec la variété de la caste santacoloma qui fait que l'on peut passer, dans un même lot, voire chez un même animal, d'une grande noblesse à la difficulté du toro qui semble avoir tout compris du jeu qu'on lui propose.

LA QUINTA : le sommet de la feria, peut-être de la temporada dans le sud-ouest. Frasquito, qui ouvrait le ban, sera honoré d'une vuelta al ruedo. C'est un magnifique cardeño typique de la casa. Paradoxalement, il fait une véritable sortie de bœuf de labour, marchant tranquillement, reniflant, refusant d'entrer dans les capes. Mais tout change dès qu'il est confronté au picador : une première pique, avec chute du cheval, suivie de deux autres sous lesquelles il pousse en brave. A la muleta beaucoup de fixité et de la noblesse sur les deux cornes. L'autre toro de l'après-midi sera le dernier, moins en vue à la pique, mais d'une noblesse pour chanter le toreo. Hormis le 5 en retrait, les autres d'un haut niveau avec leur pointe de noblesse (le 3) ou de sournoiserie encastée (le lot du Fundi).

VICTORINO MARTIN : Où placer la barre pour les toros du sorcier de Galapagar? Doit-on se contenter de l'encierro de ce jour? Certes le lot est largement supérieur à tout ce qui se voit habituellement dans les corridas de la région (si l'on excepte certains sommets comme les Escolar Gil de Vic ou les La Quinta ici même). Il y eut en particulier deux très bons toros : le premier, brave et noble, le cinquième, très encasté, à la charge puissante. Mais le reste est bien moyen. Et, en fin de compte ce qui m'a le plus déçu, c'est la présentation. Bien sûr le type est magnifique, mais l'ensemble affiche un très net manque de présence physique, certains exemplaires ayant la taille d'un top model plutôt que d'un toro de combat. Avec, en outre, des cornes qui parfois se détériorent rapidement. Je suis loin d'être partisan du toro grand et gras, mais l'inverse a ses limites et ce qui est acceptable en novillada ou dans un pueblo l'est moins dans une arène comme Mont de Marsan.

un novillo de Bucaré