mercredi 29 avril 2020

Petit viatique pour temps de coronavirus (5)




   

 

 

 

 

 

 

   Covid 19 est bien plus maléfique que ce à quoi on s'attendait. On sait maintenant qu' il n'y aura pas de corridas dans les grandes arènes jusqu'à la fin du mois d'août mais la porte reste ouverte pour les petites arènes et pour toutes à partir de septembre.

   Voici donc une nouvelle fournée d'images : de bons films qui tous ont un rapport avec la corrida. Le qualificatif de bon a son importance ici car le thème hispano-taurin a donné lieu à une foultitude de navets, nanars et autres séries Z. Films qui peuvent par ailleurs avoir leur intérêt pour l'aficionado. C'est pourquoi on aura, sans doute hélas, l'occasion d'y revenir ultérieurement, le navire couronné étant visiblement peu disposé à larguer les amarres.
   Les films que vous trouverez dans la liste ci-dessous sont en tout cas parmi les meilleurs  et les plus originaux sur le thème qui nous intéresse ici.


                    12 bons films avec toros

     ♦ Max toréador    de et avec Max Linder    1913   13'
         Après avoir assisté à une corrida, Max est dévoré du feu de l'aficion  et veut à tout prix devenir matador. Avec, au début du film, des images d'archives de l'époque. Max  aurait lidié lui-même le becerro à la fin du film (arènes de Barcelone). Rappelons que Max Linder était né en terre d'aficion puisque bordelais d'origine (naissance à Saintloubès en 1883).

     ♦ Pandora    d'Albert Lewin avec Ava Gardner    1951   120'
         Une version cinématographique réussie du Hollandais volant. Ava Gardner découvre l'Espagne. Elle aimera. Avec le Catalan Mario Cabré dans le rôle du torero.


     ♦ La course de taureaux   de P. Braunberger et Myriam    1951   76'
         Ce documentaire, bien fait, connut un réel succès lors de sa sortie parisienne. Les commentaires sont de Paco Tolosa et Michel Leiris. 


     ♦ Torero   de Carlos Velo avec Luis Procuna      1956    80'
         Reconstitution de la carrière du matador mexicain Luis Procuna, avec ses doutes et ses triomphes. On y voit aussi Manolete et Carlos Arruza.


     ♦ Les voyous (Los golfos)  de Carlos Saura  avec Manolo Zarzo   1959   88'
         Il s'agit du premier long métrage de Carlos Saura. Juan, gamin pauvre de la banlieue madrilène, veut devenir torero. A mille lieues des espagnolades déjà tournées sur un tel sujet.
         A lire sur L'œil contraire.


     ♦ Le moment de la vérité   de Francesco Rosi   avec  Miguel Mateo "Miguelin"    1965    90'
         L'ascension et la chute d'un jeune torero traitées de manière réaliste, quasi documentaire, par le grand cinéaste italien. Miguelin y joue son propre rôle.


     ♦ La vaquilla   de Luis Berlanga   avec Alfredo Landa     1985    120'
         La Guerre Civile, l'Espagne vues à travers l'œil satirique de Luis Berlanga.


     ♦ Matador    de Pedro Almodovar   avec Nacho Martinez    1986    107'
         Un des meilleurs Almodovar. Fleur bleue s'abstenir !


     ♦ Toreros    d'Eric Barbier     avec Claude Brasseur     1999    100'
         Très bon film sur l'envers du décor et les illusions perdues. Alain Montcouquiol et Jacques Durand ont collaboré au film. José Miguel Arroyo "Joselito" y joue son propre rôle.
         A lire sur L'œil contraire.


     ♦ Parle avec elle   de Pedro Almodovar   avec Javier Camara    2002   108'
         Avec une femme torera. Obra maestra comme on dit outre Pyrénées.


     ♦ Carnages    de Delphine Gleize    avec Angela Molina    2002    130'
         Une œuvre à part. Avec Julien Lescarret dans le rôle du matador.


     ♦ Blancanieves    de Pablo Berger   avec Maribel Verdu    2012   104'
         Un triomphe sur les écrans espagnols. Ici les nains sont toreros, bien sûr.



NB    Les titres en bleu indiquent un lien qui permet de voir le film gratuitement ou en location.
          Par ailleurs la plupart peuvent être achetés sous forme de dvd.


photo :  La vaquilla de Luis Berlanga , tourné à Sos del Rey Católico
          

mercredi 15 avril 2020

Petit viatique pour temps de coronavirus (4)




   

 

 

 

 

 

 

   A défaut de toros pour de vrai, voici, en ces temps pleins de lourdeur, un peu de légèreté avec ces dessins animés dans lesquels il est question de corrida ou plus précisément de bullfight. En attendant de retrouver la route des toros à partir de la mi-juillet, on l'espère ...

                                  16 dessins animés taurins

     ♦ Alice the toreador    Walt Disney   1925   8'
         un des tout premiers dessins animés de l'auteur de Bambi

     ♦ Long live the bull     Joseph Sunn   1926   15'
         pâte à modeler

     ♦ El terrible toreador   Walt Disney   1929   6'
         classique

     ♦ Spanish onions (Placide toréador)   F. Moser et P. Terry   1930   6'

     ♦ Bulloney    Ub Iwerks    1933   8'

     ♦ Croon crazy   Steve Muffati   1933    6'
         le passage taurin est court mais le dessin animé excellent

     ♦ Picador Porky   Tex Avery   1937   9'

     ♦ Bulldozing the bull   Dave Fleisher   1938   6'
         Popeye entre dans l'arène à son corps défendant et propose la paix au taureau.
         Le premier dessin animé antitaurin ?

     ♦ Ferdinand le taureau   W. Disney production   1938   8'
         Le premier taureau gracié pour sa niaiserie. Une pratique devenue courante au XXIè siècle.

     ♦ A torrid toreador    Eddy Donnelly    1942    6'

     ♦ The Hollywood matador   Walter Lantz   1942    7'
         Woody Woodpecker

     ♦ Señor Droopy     Tex Avery    1948   8'
         Incontournable

     ♦ For whom the bulls toi ! (Dingo toréador)   W. Disney prod.   1953   7'

     ♦ Bully for Bugs (Bunny toréador)   Chuck Jones   1953    7'
         Bugs Bunny

     ♦ Mucho mouse    W. Hanna et J. Barbera   1956   7'
         Tom et Jerry

     ♦ Bully for pink (La panthère torero)   Hawley Pratt   1965  6'
         La Panthère Rose


Cliquez sur le titre pour voir le dessin animé.


image : le célèbre Droopy de Tex Avery face à un monstre nommé Covid 19



















lundi 6 avril 2020

Petit viatique pour temps de coronavirus (3)


   La vidéo taurine a un grave défaut : elle est trop souvent fragmentaire. On y voit la plupart du temps un moment de lidia détaché de son contexte. Or, chaque acte de la lidia est déterminé par ce qui a précédé et détermine ce qui suivra. Et, chaque toro ayant un comportement unique, chaque lidia est un moment unique toujours dépendant de l'intelligence qu'a le torero du comportement du toro et de son évolution. L'intérêt de l'aficionado vient du fait qu'il essaie en permanence de comprendre la relation qui, sous ses yeux, se noue entre torero et toro. C'est pourquoi, sauf défaillance totale de l'un des éléments, nous nous ennuyons rarement aux arènes et y revenons. C'est pourquoi aussi il est bien plus intéressant de voir les images d'une lidia complète, de ce point de vue rien ne vaut la possibilité de visionner des corridas dans leur intégralité - et nombre d'entre nous ont aujourd'hui plus que jamais le temps de le faire!
   Hélas, après quelques recherches infructueuses, j'ai trouvé la toile bien avare en ce domaine. Certes on peut trouver facilement la fameuse corrida du siècle mais je n'ai pas réussi à trouver mes autres "corridas de chevet", à savoir :
- la corrida de beneficencia du 6 juin 1991 (Madrid, toros de Samuel Flores pour Ortega Cano et César Rincon, mano a mano)
- la corrida goyesque du 2 mai 1996 (Madrid, toros de diverses ganaderias, José Miguel Arroyo "Joselito" unico espada)
- la corrida de la feria de Logroño du 23 septembre 2015 (toros de Fuente Ymbro pour Diego Urdiales et Sébastien Castella mano a mano).
   Si des lecteurs plus habiles que moi parviennent à les trouver qu'ils n'hésitent pas à me le faire savoir, j'indiquerai les liens adéquats.

   A défaut de corrida intégrale il est possible de trouver des lidias complètes depuis l'entrée en piste du toro jusqu'à sa mort. De ce point de vue, le site de l'association El Toro de Madrid est une mine. Il met en ligne la lidia de nombreux toros choisis parmi ce qui s'est vu de mieux ces dernières années à Las Ventas.
    Asociación El Toro de Madrid

   Signalons aussi l'initiative du journal digital taurin de la région de Murcie, El Muletazo qui chaque jour a la cinco y media de la tarde nous offre "en direct" une "tarde de toros".

     
       (un trésor de videos) 



   Rappelons toutefois un autre inconvénient, paradoxal, de la vidéo taurine : ne nous montrer que le meilleur de ce qui advient dans une arène et nous faire oublier par là-même que l'aficion est une longue patience. Le grand toro, la faena cumbre sont des moments d'autant plus gratifiants qu'ils surgissent bien souvent à la suite de longues périodes d'attente et de frustration. Puissent  les semaines de confinement que nous vivons actuellement constituer le prélude à bien des jouissances futures ...


















Madrid 1er juin 1982 "la corrida du siècle", une des rares que l'on peut trouver en intégralité sur le net


(à suivre)

mardi 24 mars 2020

Petit viatique pour temps de coronavirus (2)

   Vous avez du temps libre en abondance et vous pensez aux toros, à l'Espagne, sans oser encore imaginer la reprise d'une activité normale. Voici un nouveau boisseau de grain à moudre.

   Tout d'abord, pour rester en compagnie d' Orson Welles, un documentaire tourné en 1955 pour la télévision américaine. Il s'agit d'une présentation didactique de ce qu'est une corrida de toros à destination du public américain. On y voit notamment Manolo Vazquez toréant à Las Ventas.

Corrida à Madrid


    1124 minutes sur la corrida et le toreo, depuis Luis Mazzantini arrivant en calèche aux arènes de Madrid en 1901 jusqu'à la figure universellement connue de Manuel Benitez "El Cordobés", c'est ce que propose Fernando Achucarro dans sa somme Toreros para la historia.
   On peut trouver cette œuvre majeure sur le marché de l'occasion, soit sous forme d'un coffret de 6 dvd, soit à l'unité en 20 dvd. La plupart des épisodes peuvent être également visionnés sur You Tube (ou autres sites similaires). Un must : mener de pair le visionnage des vidéos et la lecture du livre de Domingo Delgado de la Cámara, Le toreo revu et corrigé, car l'auteur s'est beaucoup servi de ces films pour se faire une opinion sur les époques qu'il n'a pas connues.

Fernando Achucarro   Toreros para la historia (cliquer sur les liens bleus pour avoir la vidéo)
   1- Bombita, Joselito
   2- Joselito, Juan Belmonte
   3- El Gallo, Juan Belmonte, Manuel Granero, Marcial Lalanda, Nicanor Villalta
   4- Valence 1925, Cagancho, Pepe Bienvenida, El Estudiante, Gitanillo de Triana
   5- Domingo Ortega
   6- Manolete
   7- Alvaro Domecq (rej.), Pepe Luis Vazquez
   8- Antonio Bienvenida
   9- Conchita Cintron (rej.), Juanito Belmonte, El Andaluz, Parrita, Paquito Muñoz, Manolo dos Santos, José Maria Martorell
   10- Duc de Pinohermoso (rej.), Albaicin, Calerito, Pepin Martin Vazquez, Manolo Gonzalez
   11- Luis Miguel Dominguin
   12- Rafael Ortega
   13- Julio Aparicio, Litri
   14- Niño de la Palma, Antonio Ordoñez
   15- Fermin Bohorquez (rej.)
   16- Manolo Vazquez
   17- Juan Posada, Jumillano, César Giron, Pedres, Chicuelo II
   18- Antoñete
   19- Curro Romero, Rafael de Paula
   20- El Cordobés

    Sur L'œil contraire, on trouvera des textes sur les épisodes 1, 3, 4, 5, 11, 12, 14, 18, 19, 20.















Pepin Martin Vazquez, torero sévillan con arte y naturalidad, dont aujourd'hui Pablo Aguado perpétue le style. On peut le découvrir dans l'épisode 10, il tourna également dans quelques films dont le célèbre Currito de la Cruz.


(à suivre)  

mercredi 18 mars 2020

Petit viatique pour temps de coronavirus

   L'humanité, dans sa déjà longue et dramatique histoire, a connu des moments bien plus tragiques et bien plus angoissants que celui que nous vivons actuellement. Toutefois, nous voici confinés, peut-être pour une longue période, dans nos querencias privées en attendant que le spectre du navire couronné veuille bien disparaitre à l'horizon.
   A défaut de pouvoir nous rendre dans nos arènes désertées, voici quelques suggestions pour passer, malgré tout, de bons moments en compagnie des toros, de la corrida, de l'Espagne (cliquer sur les liens bleus). Car il va falloir nous armer de patience ...

   J'ai eu récemment l'occasion de voir le film Don Quichotte tourné par le génial cinéaste et grand aficionado Orson Welles. Le plus espagnol des artistes américains (en compagnie d'Hemingway, bien sûr) a porté ce film durant toute sa vie ... sans jamais réussir à l'achever. Il y a une fatalité pour les cinéastes désireux de se frotter au mythe de Cervantes. Quelques décennies après Welles, Terry Gilliam devra lui aussi affronter des difficultés telles qu'il sera amené à renoncer. On peut voir le témoignage de cette mésaventure dans Lost in La Mancha, savoureux making-of de la non réalisation du film. Mais revenons à Orson Welles. Il tourne dans les années 50 et 60 des dizaines d'heures de pellicule au Mexique, en Italie, en Espagne. Et les contretemps s'accumulent. Francisco Reiguera, acteur espagnol émigré au Mexique qui joue le rôle de don Quichotte ne peut tourner dans l'Espagne franquiste où il est persona non grata pour raisons politiques; de plus il est très âgé et décèdera en 1969. L'argent manque continuellement. Orson Welles doute. Le film ne sera jamais achevé. Mais, en 1992, à l'occasion de l'exposition universelle de Séville, les autorités andalouses confient à Jess Franco, un cinéaste espagnol spécialisé dans les films à petit budget de série B voire X, le projet de récupérer les rushes disséminés un peu partout dans le monde et d'effectuer un montage respectant les intentions d'Orson Welles. Bien qu'il n'ait sans doute pas été le cinéaste idéal pour un tel défi, Jess Franco s'acquittera de sa tâche et le fruit de son travail sera projeté lors de l'exposition sévillane.
   On pourra reprocher au film d'être parfois excessivement bavard contrairement au souhait  de Welles, mais on y voit de très beaux paysages et ciels, et la silhouette de Francisco Reiguera et Akim Tamiroff incarne parfaitement l'image mythique que nous avons de don Quichotte et de Sancho Pança. Enfin le film constitue un documentaire très intéressant sur l'Espagne des années 50 et 60. On y voit notamment de longues scènes de la fête des "Moros y Cristianos" à Alcoy et, pour le plus grand plaisir de l'aficionado, une longue séquence tournée durant la San Fermin à Pamplona. Nous savons qu' Orson Welles est allé à Pamplona pour les ferias de 1955, 1961 et 1966. Il semblerait que les images de la San Fermin que l'on voit dans le film aient été tournées en 1961 mais on peut penser que Welles a aussi rajouté des images de No-Do, en particulier celles d'un impressionnant monton à l'entrée de la plaza qui correspond à l'encierro des toros de Guardiola le 7 juillet 1957.
   Par ailleurs, toujours à la recherche d'argent pour le financement de ses films, Orson Welles vendra à la télévision italienne les scènes documentaires qu'il a tourné en Espagne durant l'année 1961. Dans les 9 courts métrages qui en sont issus, la tauromachie et les traditions populaires tiennent une place majeure.On n'y cherchera pas toutefois une rigueur géographique absolue : les lieux sont parfois joyeusement mélangés.

Don Quichotte  d'Orson Welles  avec Francisco Reiguera  (montage de Jess Franco, 1992)
également en vente sur internet (dvd)

Nella terra di Don Chisciotte documentaire d'Orson Welles pour la RAI
   1- Itinéraire andalou
   2- Espagne sainte
   3- La feria de San Fermin
   4- L'encierro de Pamplona
   5- Bodega de Jerez
   6- Séville
   7- Feria de abril à Séville
   8- Flamenco
   9- Rome et l'Orient en Espagne 




(à suivre)

mercredi 26 février 2020

Ouverture (d'esprit) 2


   Les premières affiches de la temporada ont paru. On est navré par le conformisme des cartels espagnols; la France dans ce domaine fait preuve de davantage de variété. Tant mieux pour nous.
   Comme l'an dernier à la même époque, c'est le moment d'y aller de mon refrain sur la nécessaire diversité de la corrida, s'appuyant sur une non moins nécessaire ouverture d'esprit des aficionados. J'utiliserai cette année les propos de René Pons tirés d' Une question noire dont j'ai parlé récemment :
   "Je n'ai quasiment jamais fréquenté les milieux tauromachiques, souvent détestables comme la plupart des milieux (littéraires, artistiques, politiques ou autres). Je me méfie de ceux qui prétendent détenir une vérité, je me méfie des engouements d'une saison pour tel ou tel et des "connaisseurs" de toutes sortes. Je ne suis qu'un amateur discret, solitaire et, paradoxe, j'aime un spectacle qui a besoin de la foule, moi qui ai en horreur cette foule criarde, souvent injuste, à l'abri sur les gradins et où tout le monde prétend en savoir plus que les autres. Tous les "toreros", pour moi, si modestes soient-ils, ont droit à mon admiration. Je sais qu'il y en a de plus grands que d'autres, évidemment, mais lorsque je les vois devant les cornes, j'oublie les hiérarchies."



lundi 10 février 2020

Une question noire


   René Pons est écrivain, c'est aussi un vieil aficionado nîmois qui, dans Une question noire, se propose d'essayer de comprendre la passion taurine qui l'anime depuis plus de 60 ans.
   Dans ce petit livre publié en 2012, il ne cherche pas à écrire un plaidoyer pour la corrida; sa démarche est plutôt introspective, volontiers désordonnée, à saut et à gambade comme disait Montaigne. Toutefois, à travers les questions qu'il se pose et les réponses qu'il se donne, il en vient, sans éluder sa noirceur, à justifier pleinement l'existence de la corrida dans le monde qui est le notre. Face à l'angélisme cynique qui est en train d'envahir notre mode de penser, face à la censure et à la violence des animalistes intégristes et à une société presqu'entièrement dévolue au pragmatisme et à la rentabilité, la corrida lui parait constituer une résistance nécessaire qui permet à notre humanité de se maintenir dans toute sa richesse et sa complexité. Cette résistance, que Jacques Teissier appellera quelques temps plus tard "effraction salutaire", René Pons la met par son questionnement au cœur de notre aficion.
  "Ce spectacle où rien n'est écrit à l'avance et où sans cesse, comme dans un drame, on risque de basculer du sublime au grotesque et vice-versa, où, à travers une gestuelle relativement réduite, se manifestent des personnalités très variées, serait-il un antidote à un grégarisme de plus en plus accablant ?
   Pourquoi un pacifiste comme moi, qui hait la violence, peut-il être fasciné, au point de ne pouvoir se débarrasser de l'intérêt qu'il lui porte, par la tauromachie ?
   Pourquoi n'ai-je jamais, même lorsque l'agonie du taureau est longue, la sensation de participer à l'infamie qu'évoquent les adversaires de la corrida ? Pourquoi devant la caste manifestée par la bête mourante arc-boutée sur ses pattes, ai-je des larmes non pas de pitié mais d'admiration qui me viennent aux yeux ?"

René Pons, Une question noire, Atelier Baie, 2012




mercredi 22 janvier 2020

La corrida, effraction salutaire

   Il arrive aux curés d'écrire des livres intéressants. Je pense par exemple à Manon Lescaut, roman écrit par l'abbé Prévost au XVIIIè siècle qui m'a laissé le souvenir d'une œuvre particulièrement savoureuse. Le livre qui nous occupe aujourd'hui est d'un genre tout différent. Avec La corrida, effraction salutaire, le Père Jacques Teissier signe un petit essai dont le but est de défendre la corrida face aux attaques qu'elle subit de la part du courant animaliste, particulièrement virulent de nos jours dans sa forme la plus intégriste à savoir les antispécistes et autres végans.
   Une question tout d'abord. Est-il nécessaire de défendre la corrida autrement qu'en promouvant un spectacle digne, c'est à dire basé sur la beauté et la puissance du toro opposé au courage et à l'art du torero, ainsi que, cela va de soi, en participant à sa charge économique en passant le plus souvent possible par la taquilla ? Oui, sans doute, si l'on considère avec l'auteur, que derrière ces attaques se trouvent, une fois gratté le vernis des sentiments doucereux, des conceptions philosophiques et sociétales profondément antihumanistes.
   Pour le Père Teissier, le rituel de la corrida, dans lequel l'homme se confronte à cet animal redoutable qu'est le toro, rejoue l'émergence de l'humain au sein du monde animal. Par l'affirmation de son intelligence et de son art, l'homme se transcende et s'élève au-dessus de son animalité. '' Ce faisant, la corrida démystifie l'antihumanisme radical des antispécistes et des végans; elle démasque la tromperie, le mensonge, que cachent leurs bons sentiments. Effraction. Effraction salutaire."
   La richesse de la corrida tient aussi en ce qu'elle constitue une effraction salutaire face à notre monde aseptisé et normalisé sous l'emprise aujourd'hui de la toute-puissance de la finance et de la consommation industrialisée. "Déjà que la finance et la consommation régnantes ne favorisent pas la recherche d'un sens à notre vie, au moins ne perdons pas les quelques éléments porteurs de sens qui subsistent : paradoxalement, la corrida en fait partie. Une société en manque de sens n'ouvre-t-elle pas la porte à tous les errements ?"
   La corrida est également effraction salutaire en ce qu'elle est affirmation de valeurs et d'attitudes que la société actuelle tient à distance : l'acceptation du risque, la capacité à regarder la mort en face, l'affirmation de la foi en l'homme face aux difficultés du monde.
   Il faut donc aujourd'hui compter sur un prêtre pour, dans ce livre salutaire et d'une grande richesse, nous donner, grâce à sa vision spirituelle et transcendantale, une leçon d'humanisme. Ce n'est pas le moindre paradoxe de notre époque.

Père Jacques Teissier,  La corrida, effraction salutaire, Au diable vauvert, 2018

mercredi 1 janvier 2020

Bonne année 2020 Feliz año nuevo




 

 

 

 

 

 

Cartel de feria pueblerina : Honrada
plaza de rebotica y espadaña,
Brisa de miel y afanes de granito

                 Julio Mariscal

Affiche de fête de village : Honorable
place d'arrière-boutique et de campanile,
brise de miel et désirs de granit.


Arganda del Rey
jeudi 12 septembre, 10h 30
capea après l'encierro
photo Velonero

mardi 24 décembre 2019

Train d'arrastre




Ce n'est pas le traineau du Père Noël mais un moment de la corrida rarement représenté sous forme de sculpture. Ici œuvre de Luis Sanguino, sise depuis 2008 devant la plaza de toros de Navalcarnero dans la communauté de Madrid.

             

          Los Mulilleros

 

           ¡Corriendo, los mulilleros
con cuántas banderas vienen,
las campanillas de plata,
de plata los cascabeles!
¡Arrastran, corriendo, al toro,
corriendo se van y vuelven,
sonando las campanillas,
sonando los cascabeles,
dándole vueltas al ruedo,
corriendo, corriendo, alegres,
y haciendo girar la plaza
igual que los carruseles!
         Adriano del Valle



photo Velonero
poésie tirée du blog Poesia taurina

dimanche 15 décembre 2019

Quelques livres pour débuter en aficion (suite)

   Il y a longtemps déjà j'avais mis en ligne une liste de 10 ouvrages pour débuter en aficion. La plupart sont des classiques dont la lecture reste prioritaire. On peut encore les trouver en librairie ou sur le marché du livre d'occasion.
   Cette nouvelle liste a pour but de rajouter des livres qui n'avaient pas trouvé leur place en 2007 et de faire le point sur les nouvelles parutions qui n'ont pas manqué ces dernières années, en particulier dans le domaine des livres d'initiation accompagnés de photographies. Ils sont classés par ordre de date de parution.


Jacques Francès "Santiaguito"  Question de styles  1983
Dans cet Album Toros n°2, les remarquables photos de Botan et les textes pédagogiques de Santiaguito nous font parfaitement comprendre en quoi la corrida est aussi une question de styles.



Claude Pelletier  L'heure de la corrida  1992
Publié dans la célèbre collection Découvertes Gallimard qui mêle histoire et riche iconographie.





François Coupry  La corrida  1997
Quand un écrivain aficionado de la dimension de François Coupry se risque à la vulgarisation, c'est forcément bien fait.




Gardère Garzelli Mano Normandin Bruschet  Les pourquoi de la corrida  2008
Pourquoi pas ?




Chay Le Guellaut Massip  250 réponses à vos questions sur la tauromachie 2009
Qui n'est pas curieux n'est pas savant.




Miguel Darrieumerlou  La corrida  2013
Un guide pratique agrémenté des photographies de Michel Volle.




 Jean Yves Blouin  Introduction à la corrida  2014
Basé sur les photos de l'auteur.



Christophe Andrieu  La corrida expliquée à mes amis  2014
Beaucoup de photos illustratives ici aussi





Gilbert Cazes  Parle-moi de toros  2015
N'hésite pas à approfondir des notions comme se croiser ou charger la suerte. Intéressant.




Bernard Carrère  Observer pour comprendre un taureau de combat  2017
Du toro au déroulement d'une corrida. Riche en vocabulaire espagnol bien mis en situation.


 


    Il faut enfin signaler une toute récente parution. Celle des Cours de tauromachie de Christian Lesur. Cet ouvrage est basé sur les cours que donne le matador de toros français dans le cadre du Centre Français de Tauromachie, école taurine dont il a été un des fondateurs.







samedi 23 novembre 2019

Bilan 2019

Ma corrida rêvée


                                   6  toros de LA QUINTA  6
                Paco UREÑA - Daniel LUQUE - Emilio DE JUSTO


  Ils sortent souvent avec une bravoure et une noblesse comme en rêvent les bons toreros, ils font parfois preuve d'une caste qui rend leur lidia passionnante, mais ils peuvent aussi être d'une fadeur affligeante. Les santacolomas de La Quinta  sont une garantie de diversité au milieu de la masse envahissante des domecqs. Cette temporada les a vu à leur meilleur niveau en novillada à Roquefort ou à Villaseca de la Sagra. Ils ont gagné le prix du toro le plus brave des corridas concours de Vic Fezensac et de Madrid. Il ne serait pas inintéressant que, profitant de ce retour au premier plan, d'autres ganaderias santacolomeñas voient s'ouvrir davantage de portes. Considérons en tout cas comme un signe positif le fait que Jean Baptiste Jalabert soit en train de créer une nouvelle ganaderia basée sur cet encaste.
   Chez les matadors, Paco Ureña a été le surprenant triomphateur de la temporada. On craignait que sa grave blessure de l'an dernier à Albacete (perte d'un œil) soit un frein à sa carrière. On l'a vu au contraire plus détendu et plus dominateur. Ses triomphes de Madrid et de Bilbao en témoignent.
   Il y a quelques années, jamais je n'aurais imaginé que Daniel Luque puisse faire un jour partie  de mon cartel de rêve tant je ne voyais en lui que le malencontreux inventeur de la vulgaire luquesina. Il est aujourd'hui, depuis que Morante, en net déclin, ne torée plus que des baudruches, et malgré l'arrivée de Pablo Aguado, qui n'est encore qu'une espérance, celui qui torée avec le plus d'art et de lenteur. Et tant mieux pour nous si c'est notre région qui est le témoin privilégié de cet accomplissement. Ses prestations dans nos plazas ont constitué tout au long de la temporada un émerveillement toujours renouvelé.
   Emilio de Justo a réussi à surmonter une année accidentée. Deux mauvaises fractures dès ses premières courses ont perturbé son début de saison, mais chaque fois qu'il en a eu l'occasion, malgré des sorteos difficiles, il a montré l'étendue de ses ressources. Dans toutes les arènes il sera attendu avec intérêt en 2020.
   Il me faut dire un mot maintenant d'un torero d'un tout autre style. Comme Damaso Gonzalez en son temps, il est souvent snobé par les amateurs de toreo puro. Il n'a jamais fait partie  de ma corrida rêvée. Pourtant, peu à peu, il s'est immiscé, presque malgré moi, dans mon imaginaire au point que j'éprouve désormais le désir de le voir plus souvent. Je parle de Miguel Angel Perera dont la faena madrilène de la feria d'Automne - un chef d'œuvre de l'art du toreo - montre à quel niveau d'excellence il peut parfois atteindre.
   Je ne peux terminer sans évoquer Diego Urdiales qui représente pour moi la quintessence du bon toreo. Il a été impérial à Salamanca où, sous les yeux du Viti à qui il avait brindé son adversaire, il subjugua  toro et  public (qui le découvrait après 20 ans d'alternative!) et se rendit maître du vent qui soufflait ce jour-là en rafale. Il fut à nouveau très bon sur ses terres à Logroño, en particulier face à un manso de Garcigrande.
   On le voit, les toreros ne manquent pas pour transformer nos rêves en réalité; c'est plus difficile du côté des ganaderias. Alors voici une liste d'élevages dont on rêve de voir l'an prochain de bons et beaux lots. Certains sont prestigieux, d'autres peu connus, certains ont donné satisfaction ces derniers temps, d'autres ne peuvent que sortir du bache dans lequel ils se trouvent : Cebada Gago, Miura, Saltillo, Valdellan, Cuadri, Palha, Partido de Resina, Yonnet, Escolar Gil, Blohorn, Marquis d'Albaserrada, Raso de Portillo, Pallares, Monteviejo.
   Un problème peut-être ?  Oui, jamais les toreros rêvés ne parviennent à rencontrer les toros rêvés.
    


2018


mardi 5 novembre 2019

Proposition de loi

   La proposition de loi présentée par Samantha Cazebonne, députée de La République En Marche n'a que peu de chances d'être examinée et votée par le Parlement. Outre le fait que l'exposé des motifs ne repose sur aucun critère sérieux, son adoption déclencherait, à coup sûr, de tels mouvements de protestation parmi les populations du sud de la France qu'aucun gouvernement, en particulier l'actuel qui sort à peine d'une grande jacquerie, ne se risquerait à la faire voter. En outre, par la remise en cause de la liberté éducative des parents, cette loi constituerait une grave atteinte à nos libertés individuelles.
   Les aficionados se devaient toutefois de réagir. Ils l'ont fait avec modération et intelligence. Le communiqué de l'UVTF, le manifeste signé par 40 artistes, les appels et les manifestations pacifiques déjà organisées en sont de bons exemples. Mais il n'est pas sans intérêt de rappeler aux députés du parti présidentiel LREM et notamment à Gilles Le Gendre, actuel président de leur groupe, que le peuple aficionado sait aussi utiliser un bulletin de vote. De l'aficionado chevronné qui assiste à plusieurs courses par an à la personne qui, sans aller régulièrement aux arènes, adhère au monde de la corrida, ce sont plusieurs centaines de milliers d'électrices et d'électeurs qui se sentent concernés par cette attaque contre leur culture. Attaque qui se double, une fois de plus, d'un mépris avéré pour tous les citoyens qui ne sont pas de leur monde.
   Lors des prochaines élections municipales, pas une voix pour les candidats de La République En Marche.


- Qu'est-ce qu'une proposition de loi ?

- La proposition de loi présentée par Samantha Cazebonne

- Communiqué de l'Union des Villes Taurines de France

- Appel signé par 40 artistes

- Appel aux élus (FSTF)



mardi 29 octobre 2019

El Cid

   El Cid a été un des meilleurs toreros du début du siècle. De 2004 à 2007, lorsqu'il était au sommet de son art, il a été le matador de l'escalafon qui toréait le plus purement et le plus sincèrement. Malgré nombre de triomphes perdus à la mort dû au fait qu'étant gaucher il lui a été nécessaire d'apprendre à tuer de la main droite, il a accumulé les succès dans les plus importantes arènes espagnoles et françaises. Séville, Madrid, Bilbao l'ont acclamé dans des journées d'anthologie. Et le plus souvent devant des toros de Victorino Martin.
   Alors qu'il vient de terminer une temporada de despedida au cours de laquelle il a reçu le vibrant hommage de l'aficion (On notera que la France l'a complètement oublié) voici, en quelques dates subjectivement choisies, une évocation de la carrière de ce grand torero qu'a été Manuel Jesus Cid Sala "El Cid".

2002   l'année de la révélation
   A Vic, des véroniques de toute beauté suivies d'une faena sincère et templée séduisent le public gersois (deux oreilles d'un toro de Ramon Sanchez). A Madrid, pour la San Isidro, la faena qu'il donne à Guitarrero, grand toro d' Hernandez Plá, met Las Ventas boca abajo. Son échec à la mort lui coûte la grande porte. A Bayonne, en septembre, il coupe les deux oreilles et la queue d'un Victorino Martin. Voilà un carrière bien lancée !

2004   le chef-d'œuvre
    S'il ne fallait garder qu'une faena du Cid, ce serait celle-là : Madrid, le 5 juin, face à Bombonero de Victorino Martin. Donnée entièrement de la main gauche, la faena du Sévillan est un chef-d'œuvre absolu. Une fois de plus, Manuel Jesus perd les deux oreilles à la mort.

2007   la grande année
   C'est, bien sûr, l'année du seul contre 6 Victorino  à Bilbao, corrida qui marque l'apogée de la carrière du Cid. Mais c'est aussi l'année de la salida a hombros de Pamplona, et de sa quatrième Porte du Prince à Séville après deux faenas pour le souvenir toujours face aux victorinos.

   Les années qui suivent vont marquer un déclin progressif du torero. Son toreo garde la fluidité qui a toujours été la sienne mais son engagement est moindre, son sitio moins assuré, sa muleta moins dominatrice. S'il continue de glaner des succès dans les plazas de moindre importance, son passage dans les arènes de première catégorie se solde la plupart du temps par des déceptions ou des échecs. Parfois, un toro d'exception comme Madroñito, cet Adolfo Martin de Santander en 2016, lui permet de redorer son blason mais dans l'ensemble ces dernières temporadas le voient très en dessous de sa période de plénitude.
   On a toujours dit que le Cid avait la baraka lors des sorteos. Cette ultime temporada a confirmé le fait. A Huelva , il touche un  Cuadri  comme il en est peu sorti ces derniers temps et lui coupe deux oreilles après une excellente faena. Enfin à Zaragoza le dernier (?) toro de sa carrière  sera le meilleur de toute la feria du Pilar et en fera le triomphateur. Comme toujours dans ces cas-là, il faut avoir le talent pour se hisser à la hauteur des opportunités. Et ce talent, El Cid l'a toujours eu.



 
 La main gauche a toujours été le point fort du Cid.
Ici à Seville devant un victorino
photo Arjona

jeudi 17 octobre 2019

Les Noirs réédité




   En dehors de son travail de journaliste pour Sud-Ouest, Patrick Espagnet  a peu écrit.
   Des nouvelles parmi lesquelles des pages magnifiques sur le rugby dans XV histoires de rugby.
   Un recueil de poèmes sur la tauromachie, riche d'images et vibrant d'aficion. Les éditions Au diable vauvert ont eu l'excellente idée de rééditer Les Noirs qui avait paru en 2002, deux ans avant sa mort.
   Voici, pour donner un aperçu du talent de Patrick Espagnet, le poème qui ouvre le recueil :


CAMPO

Dans l'ombre des perdrix
les sauterelles
tremblent
Le soleil a déjà réveillé les genêts
L'air sent le romarin
et la bouse de vache
Des nuages au ciel
traînent la patte
L'horizon blêmit dans un brouillard de lait
La plaine ondule
en lents vallons
Des chênes rabougris la tachent
en peau de bête
Un épervier crie comme une fille
Le campo solitaire grésille de cigales
et fume de poussière
Il est immense et jaune
soufre
Un olivier bleu
se tord sur son dos de chien
pelé
les lances des vachers
hérissent les chevaux
Armée de contrebande
Le mayoral a une casquette
comme pour la java
Un cow-boy de guinguette
Un chevalier paysan
aux mains de pierre
usée
Ils sont là-bas les noirs
Immobiles présages
Statues du mal
Ombres de guerre
Les casquettes sifflent
comme des dragueurs de
paseo
Les chevaux fument et bavent de terreur
Des bruits de langue claquent
dans les mâchoires
Les vachers amadouent
menacent
Ouy ! Ouy ! Toro ! Torito bueno !
Des chiens peureux jappent
dans les pattes des chevaux
Domestiques de l'homme
les deux
Effarés par la sauvagerie
Sous le bleu de l'olivier les noirs ruminent la haine
Foin bénit de leur liberté
Last chance de leur race
Ils se frottent en frères et se cognent en ennemis
Le diamant de leurs cornes
accroche le soleil
Une étoile en plein jour
Un mégot s'éteint à la bouche d'un vieux
Il a des yeux de mer
et des rides de faim
Une gueule de cuir tanné par les soleils
d'hiver
Il doit tutoyer les tourterelles

jeudi 3 octobre 2019

Recortadores

   Durant les fêtes de la San Mateo a eu lieu dans les arènes de Logroño un concours de recortadores. Bonne occasion pour découvrir cette forme de tauromachie qui a beaucoup de points communs avec notre course landaise.

(comme toujours, il faut cliquer sur les images pour mieux voir)














La majorité des recortadores venaient de Castille, un de Logroño, un du Pays Basque et un d'Aragon ;  avec le Pays Valencien  ce sont les hauts lieux du recorte.




















Premier face à face : saut en sortie de loges.




















Très impressionnant : écart à genoux face à un tío.



















Voici l'écart traditionnel. Contrairement à la course landaise, il s'exécute en courant, le recortador décrivant un arc de cercle avant la rencontre avec le toro, à la manière de la pose de banderilles au cuarteo.


















Saut de l'ange de Sergio Urruticoechea, recortador logroñes qui faisait sa despedida devant son public.



















Le saut en tirebouchon est très pratiqué. Tout comme le saut vrillé chez nous, il n'a pas la "pureté" du simple saut périlleux.





















Ici aussi on aime les remises de prix avec coupes, médailles et cadeaux.
Le vainqueur du jour : José Manuel Medina "Zorrillo" d'Arevalo (Avila).

jeudi 26 septembre 2019

Cayetano, toros y Logroño

   J'ai cru remarquer qu'il était taurinement correct de faire la fine bouche devant la succession impressionnante de triomphes de Cayetano. Le dernier en date, à Logroño, m'a pourtant paru tout à fait convaincant. Voilà un torero qui tue recta, torée avec élégance et efficacité et, chose non négligeable par les temps qui courent, amène du monde aux arènes. L'aîné des Rivera Ordoñez, descendant d'une lignée impressionnante de grands matadors, n'était en rien obligé d'assumer une partie des responsabilités de cette temporada comme il l'a fait. Déjà riche et célèbre, il aurait pu se contenter de promener dans les arènes sa silhouette glamour en prenant le minimum de risque. Mais il a été pris par ce désir de toréer, cette aficion, ce désir de gloire aussi peut-être. Au nom du père ?


   Je ne pense pas que les producteurs de toros de feria soient en concurrence tant ils sont sûrs de vendre leur marchandise. On le voit bien avec les Juan Pedro Domecq, toujours présents à l'affiche malgré le nombre considérable de corridas qu'ils gâchent depuis des années. La dernière en date, une des plus importantes de l'année, celle de Ronda.
   A Logroño, ce sont les Nuñez del Cuvillo qui, une fois encore, ont donné lundi le spectacle de la faiblesse et du manque de caste.
   Il en est allé tout autrement avec les Domingo Hernandez "Garcigrande" courus samedi. Sans faiblesse, supportant les deux piques (réglementaires ici), de bravoure inégale mais avec toujours un fond de caste suffisant pour susciter l'intérêt, ils ont offert au public ce minimum sans lequel une tarde de toros n'en est pas vraiment une. Lundi, en fin d'après-midi, Miliciano, sobrero de Domingo Hernandez sorti en lieu et place de l'invalide sixième Nuñez del Cuvillo, s'est même permis de donner la leçon. Il a chargé avec bravoure tout au long de sa lidia au point se voir gratifier du mouchoir bleu.
   Trop de malfaçons dans l'usine andalouse, de meilleurs réglages dans la production salmantine.


mercredi 18 septembre 2019

Sangüesa





















Samedi 14 septembre 2019      Sangüesa (Navarra)
très beau temps
media entrada

6 toros de José Luis Osborne (6 piques, mobiles) pour Javier Herrero (une oreille, silence), Imanol Sanchez (une oreille, une oreille) et Miguel Angel Pacheco (une oreille, une oreille).

La petite ville navarraise de Sangüesa est avant tout célèbre pour le magnifique portail sculpté de l'église Santa Maria la Real, joyau de l'art roman. En septembre, les corridas de la feria ont des cartels modestes mais la présentation du bétail est soignée. Plusieurs Osborne lidiés ce jour avaient un trapío digne de l'image du toro de combat que l'on aperçoit encore de temps en temps lorsqu'on parcourt les routes d'Espagne. Pour ce qui est de la caste, en revanche, ce n'est pas aujourd'hui que l'on pourra annoncer le retour au premier plan des toros de la célèbre devise andalouse. Leur manque de force limita le tercio de pique à son minimum mais un fond de bravoure leur permit de garder une mobilité suffisante pour donner une course sans ennui. Il faut dire que, de leur côté, les trois modestes du jour, en particulier Javier Herrero et Imanol Sanchez, n'ont pas ménagé leur peine pour plaire au public et triompher. C'était émouvant de les voir partir à l'assaut avec le même cœur, la même détermination que s'ils avaient toréé à Las Ventas.
Javier Herrero pratique un toreo sincère et engagé. Il fait partie de ces matadors  qui, bien que cantonnés depuis toujours aux arènes de troisième catégorie, semblent encore y croire dur comme fer.
Imanol Sanchez torée très peu lui aussi. Il ne joue pas la carte de la finesse mais il a de l'abattage, pose les banderilles avec succès et donne le meilleur de lui-même.
Miguel Angel Pacheco, révélation de la dernière feria vicoise, est, des trois, celui qui a le plus de possibilités. En témoignent les bonnes naturelles qu'il donna à son premier. Son estocade basse au 3 et son positionnement marginal au 6 aurait cependant dû l'empêcher de couper chaque fois l'oreille de ses adversaires.

mardi 17 septembre 2019

Navalcarnero





   


 

 

 

 

 

 

 

 

Jeudi 12 septembre 2019  Navalcarnero (Madrid)  plaza de toros Felix Colomo
beau temps
un tiers d'arène

6 novillos de Casasola (6 piques, faibles) pour Francisco de Manuel (une oreille, une oreille), Fernando Plaza (salut, salut) et Isaac Fonseca (salut, salut).

A 30 kilomètres de Madrid, sur la route de Talavera de la Reina, le pueblo de Navalcarnero, entouré de zones résidentielles et commerciales, possède une vieille tradition taurine. Il a la particularité de proposer des encierros nocturnes (1 heure du matin). La folie bâtisseuse qui s'est emparée de l'Espagne au début des années 2000 a conduit à la construction d'une étonnante plaza de toros inaugurée en 2006. Surdimensionnée pour le lieu (7500 places), couverte, elle a un air de parenté avec les vaisseaux extraterrestres de San Sebastian et de Logroño. Le public y est peu exigeant mais la présidence sut raison garder.
Les novillos de Casasola (origine domecq via Matias Bernardos) ont déçu par leur manque de force et de caste. Seul le troisième alla a mas après avoir, comme ses frères, fait une sortie prometteuse immédiatement suivie de signes de faiblesse face aux picadors.
Francisco de Manuel est une valeur sûre de la novilleria. Il a un physique avantageux, pratique un toreo élégant et, comme son bagage technique est déjà bien avancé, il coupe une oreille à chacun de ses médiocres adversaires.
Hormis un quite par gaoneras, Fernando Plaza, muleta souvent accrochée et toreo sans personnalité, ne fit rien de vraiment convaincant.
Isaac Fonseca est un vrai novillero qui transmet la joie qu'il éprouve à toréer. Il avait triomphé la veille à Arganda del Rey face aux novillos de Victorino Martin. Aujourd'hui il montra qu'outre ses qualités de torero classique il avait, comme le veut la tradition mexicaine, un répertoire riche et varié. Malheureusement sa petite taille est un handicap à l'heure de vérité.                                                                                                                                                                                                        

lundi 16 septembre 2019

Arganda del Rey





















Mercredi 11 septembre   Arganda del Rey (Madrid)   plaza de la Constitución
beau temps, vent frais
lleno

6 novillos de Victorino Martin (6 piques, petits, vifs, ovation au 6) pour Antonio Grande (silence, silence), El Rafi (vuelta, une oreille) et Isaac Fonseca (silence, deux oreilles).

Arganda del Rey, à l'origine grosse bourgade castillane, est aujourd'hui complètement intégrée à la banlieue madrilène. Au cœur de la vieille ville, entre église et mairie, on monte chaque année des gradins assez imposants et, durant une semaine, la plaza de la Constitución devient un des haut lieux de la tauromachie castillane. Novilladas, concours de recorte, capeas, encierros rythment la journée pour le plus grand plaisir d'une aficion populaire et entendue.
Ce jour avait un caractère exceptionnel puisque Victorino Martin avait consenti à faire lidier une novillada, ce qui constitue une rareté pour la ganaderia. Si, ces derniers temps, les toros du fer d'Albaserrada ont trop souvent ressemblé à des novillos, on se doute que les novillos du jour  furent plus proche du trapío d'un eral que de celui d'un utrero. La plupart d'entre eux furent sifflés à leur entrée en piste. Aucun n'était en mesure de supporter plus d'une pique. Toutefois, par la suite, leur vivacité, leur piquant, leur caste permirent une soirée entretenida; les 5 et 6 furent les plus nobles.
Antonio Grande pratique un bon toreo classique et élégant, il fut parfois débordé et tua laborieusement.
El Rafi domina ses deux adversaires et donna une faena complète au cinquième qu'il sut soumettre dès les premières passes. On pourra cependant reprocher au Nîmois sa tendance à profiter de sa grande taille pour toréer despegado.
Le Mexicain Isaac Fonseca fut la révélation de la tarde. Un toreo sincère et profond, une entrega de tous les instants établirent une connection rapide avec les gradins. Il coupa les deux oreilles du sixième après une faena classique avec en point d'orgue de magnifiques naturelles.

dimanche 8 septembre 2019

Emilio de Justo seul face à six Victorino Martin

   S'annoncer seul face à six toros est une épreuve mais elle est encore plus grande lorsqu'il s'agit de six toros de Victorino Martin dont on sait que la caste laisse peu de répit à ceux qui ont l'honneur de les affronter. Il a fallu qu'Emilio de Justo fasse appel à toutes ses qualités morales et, bien sûr, taurines pour sortir grandi de ce challenge.
   S'ils furent tous très intéressants au troisième tiers, générant de l'émotion et ne laissant aucune prise à l'ennui, les victorinos eurent, une fois encore après le récent scandale montois, une présentation sujette à caution. Rien à reprocher aux armures, en revanche on se demande ce que donne à manger le ganadero à ses toros pour obtenir des bichos d'un si faible volume, sans morillo ni présence physique. Cela contribue sans doute à ces tercios de piques si anodins, tels ceux de ce jour ; pour autant il ne faut pas croire que leur combat s'en trouve facilité. Vifs, répondant à chaque cite, encastés, ils constituaient un lot qui demanda en permanence les papiers à l'homme qui, seul, devait les affronter. Le grand mérite d'Emilio de Justo est d'avoir réussi à s'imposer à tous. Cette emprise il la construisit dès la réception à la cape qui fut chaque fois claire et dominatrice. A la muleta, son engagement sincère, la précision de ses toques (peu appuyés comme il se doit avec les victorinos) et la fermeté des trajets qu'il imposa malgré la pression de la charge lui permirent de résoudre les problèmes  que posaient ses adversaires. Il réussit chaque fois à leur imposer des séries complètes terminées par de magnifiques pechos. Il donna la faena la plus aboutie avec le troisième, noble, montrant qu'il était capable, également, de jouer de la souplesse de ses poignets.
   Mais dans cette après-midi de grande responsabilité, il dut lutter aussi avec lui-même. Il accumula en effet les échecs avec les aciers (en particulier avec les 1 et 3) à tel point que l'on put craindre à un moment que le succès lui échappe. Finalement il retrouva ses marques à l'épée avec les deux derniers pour en terminer par un estoconazo qui lui ouvrit les portes du triomphe.
   Les enjeux de la tarde et la crispation liée aux échecs à l'épée l'empêchèrent sans doute, en particulier avec le 5, de libérer pleinement sa facette la plus artiste dont on sait qu'il est également pourvu.
   Face aux six toros l'Extremeño se borna à un toreo classique basé sur les passes fondamentales, mais il faut reconnaitre que ce n'était pas une après-midi qui se prêtait aux fioritures.
   Final heureux donc avec salida a hombros (la générosité présidentielle sur certains toros compensa les échecs à l'épée sur d'autres) pour un torero qui a montré solidité et sens des responsabilités. Un torero sur lequel on peut compter.

                                                                    photo Frédéric Augé