
S'agissant de deux toreros à l'art aussi exceptionnel (dans tous les sens du terme) il est certain que la vidéo, outre ses défauts habituels, est absolument impuissante à rendre l'effet de divine surprise, proche de la sidération ou de l'hypnose que constituait une bonne actuacion de leur part. "Le toreo n'est peut-être pas autre chose que l'art de ce qui a été rêvé, de ce qui n'a pas été vécu, la bande enregistrée de la faena qui n'a jamais existé sinon dans le désir de qui voulait la contempler, tel l'amant désespéré qui invente l'amour et l'amante". (Antonio Burgos)
Toutefois, la perfection technique et expressive de la tauromachie de Curro Romero résiste ici très bien. Splendeur et sincérité de sa petite cape dans les véroniques. A la muleta sa sincérité éclate à tout moment : jambe avancée, buste offert, suerte chargée. On sent que Curro recherche le toreo idéal et le miracle est qu'il l'atteint parfois. Et puis il y a le génie et la variété des remates : changements de main par devant, molinetes, trincheras, pechos. Nous sommes à mille lieues de l'uniformité des toreros pegapases. Et cette silhouette erguida que permet une tauromachie a media altura. Enfin ce desplante inimitable, dos tourné au toro, avec comme un imperceptible haussement d'épaule, fausse modestie d'un torero qui se sait, à ce moment-là, à la fois dominateur de la bête, supérieur à tous ses compagnons et surtout maître de ses propres peurs.
Les images mettent aussi en évidence son habileté diabolique à la mort avec une technique très au point pour tuer rapidement sans jamais passer la corne.
De Rafael, qui a, dans ce film, la portion congrue, on retient surtout la surprenante variété du jeu de cape et le temple de la muleta.
2 commentaires:
que de kilomètres parcourus pour suivre ces torerazos.
pas un millimètre de regrets.
pourtant.cimes et abîmes...
je mettrai un bémol à ton commentaire sur la discrète présence du toro opposé aux deux artistes.
le martinez benavides , je crois, que rafael affronta à las ventas en 1987 (photo sur la couverture de "la solitude sonore du toreo" de bergamin -delay publie un "mon espagne ciel et or" chez hermann, un bon article de lançon dans libé, lançon qui écrit aussi dans charlie !)présentait une paire de couteaux à suriner le moindre abandon.
et ce fut ...bouleversant , "nunca el toreo fue tan bello" écrivit joaquin vidal.
pourtant quant le taureau sortit, un réserve de surcroît, en voyant sa présence, peu auraient parié "una perra" sur ce qui allait s'accomplir sous nos yeux.
ludo
Certes il leur est arrivé de combattre des toros toros, notamment à Madrid à partir des années 80 et dans les "plazas du Nord" mais cela n'apparaît pas dans le film en question.
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