jeudi 21 février 2008

Toreros para la historia 19 : Curro Romero, Rafael de Paula

Ce qui m'impressionne et m'émeut toujours dans la célèbre série de Fernando Achúcarro c'est le générique, parfaitement mis en musique et dramatisé. Véritable hymne au toro brave ce débarquement tonitruant, la salida al ruedo de Bilbao, puis un formidable batacazo. Au passage, on remarque la légèreté du cheval (on est pourtant à Bilbao...mais dans les années 60 sans doute). Bien sûr l'importance attribuée au toro s'arrête avec le générique puisqu'il ne sera plus confiné par la suite qu'au rôle de faire valoir. En particulier dans ce document-là qui concerne le deux plus célèbres artistes de la deuxième moitié du XXème siècle. Inutile donc de préciser que les toros ne seront pas des foudres de guerre et que leur présence physique sera des plus discrètes même dans les arènes de Madrid. Peut-être peut-on rêver à une nouvelle série qui s'intitulerait "Toros para la historia"...
S'agissant de deux toreros à l'art aussi exceptionnel (dans tous les sens du terme) il est certain que la vidéo, outre ses défauts habituels, est absolument impuissante à rendre l'effet de divine surprise, proche de la sidération ou de l'hypnose que constituait une bonne actuacion de leur part. "Le toreo n'est peut-être pas autre chose que l'art de ce qui a été rêvé, de ce qui n'a pas été vécu, la bande enregistrée de la faena qui n'a jamais existé sinon dans le désir de qui voulait la contempler, tel l'amant désespéré qui invente l'amour et l'amante". (Antonio Burgos)
Toutefois, la perfection technique et expressive de la tauromachie de Curro Romero résiste ici très bien. Splendeur et sincérité de sa petite cape dans les véroniques. A la muleta, génie et variété des remates : changements de main par devant, molinetes, trincheras, pechos. Nous sommes à mille lieues de l'uniformité des toreros pegapases. Et cette silhouette erguida que permet une tauromachie a media altura. Enfin ce desplante inimitable, dos tourné au toro, avec comme un imperceptible haussement d'épaule, fausse modestie d'un torero qui se sait, à ce moment-là, à la fois dominateur de la bête, supérieur à tous ses compagnons et surtout maître de ses propres peurs.
Les images mettent aussi en évidence son habileté diabolique à la mort avec une technique très au point pour tuer rapidement sans jamais passer la corne.
De Rafael, qui a, dans ce film, la portion congrue, on retient surtout la surprenante variété du jeu de cape et le temple de la muleta.

2 commentaires:

ludo a dit…

que de kilomètres parcourus pour suivre ces torerazos.
pas un millimètre de regrets.
pourtant.cimes et abîmes...
je mettrai un bémol à ton commentaire sur la discrète présence du toro opposé aux deux artistes.
le martinez benavides , je crois, que rafael affronta à las ventas en 1987 (photo sur la couverture de "la solitude sonore du toreo" de bergamin -delay publie un "mon espagne ciel et or" chez hermann, un bon article de lançon dans libé, lançon qui écrit aussi dans charlie !)présentait une paire de couteaux à suriner le moindre abandon.
et ce fut ...bouleversant , "nunca el toreo fue tan bello" écrivit joaquin vidal.
pourtant quant le taureau sortit, un réserve de surcroît, en voyant sa présence, peu auraient parié "una perra" sur ce qui allait s'accomplir sous nos yeux.

ludo

velonero a dit…

Certes il leur est arrivé de combattre des toros toros, notamment à Madrid à partir des années 80 et dans les "plazas du Nord" mais cela n'apparaît pas dans le film en question.