jeudi 17 octobre 2019

Les Noirs réédité




   En dehors de son travail de journaliste pour Sud-Ouest, Patrick Espagnet  a peu écrit.
   Des nouvelles parmi lesquelles des pages magnifiques sur le rugby dans XV histoires de rugby.
   Un recueil de poèmes sur la tauromachie, riche d'images et vibrant d'aficion. Les éditions Au diable vauvert ont eu l'excellente idée de rééditer Les Noirs qui avait paru en 2002, deux ans avant sa mort.
   Voici, pour donner un aperçu du talent de Patrick Espagnet, le poème qui ouvre le recueil :


CAMPO

Dans l'ombre des perdrix
les sauterelles
tremblent
Le soleil a déjà réveillé les genêts
L'air sent le romarin
et la bouse de vache
Des nuages au ciel
traînent la patte
L'horizon blêmit dans un brouillard de lait
La plaine ondule
en lents vallons
Des chênes rabougris la tachent
en peau de bête
Un épervier crie comme une fille
Le campo solitaire grésille de cigales
et fume de poussière
Il est immense et jaune
soufre
Un olivier bleu
se tord sur son dos de chien
pelé
les lances des vachers
hérissent les chevaux
Armée de contrebande
Le mayoral a une casquette
comme pour la java
Un cow-boy de guinguette
Un chevalier paysan
aux mains de pierre
usée
Ils sont là-bas les noirs
Immobiles présages
Statues du mal
Ombres de guerre
Les casquettes sifflent
comme des dragueurs de
paseo
Les chevaux fument et bavent de terreur
Des bruits de langue claquent
dans les mâchoires
Les vachers amadouent
menacent
Ouy ! Ouy ! Toro ! Torito bueno !
Des chiens peureux jappent
dans les pattes des chevaux
Domestiques de l'homme
les deux
Effarés par la sauvagerie
Sous le bleu de l'olivier les noirs ruminent la haine
Foin bénit de leur liberté
Last chance de leur race
Ils se frottent en frères et se cognent en ennemis
Le diamant de leurs cornes
accroche le soleil
Une étoile en plein jour
Un mégot s'éteint à la bouche d'un vieux
Il a des yeux de mer
et des rides de faim
Une gueule de cuir tanné par les soleils
d'hiver
Il doit tutoyer les tourterelles

1 commentaire:

Frédéric a dit…

Patrick Espagnet, son frère et tant d'autres, cela respire la nostalgie de fabuleuses soirées bien festives dans les années 70, au bar le New York, cours Pasteur à Bordeaux pour ceux qui connaissent.
Voici un excellent livre d'un auteur qui mérite d'être découvert.