mercredi 29 juillet 2026

Mont-de-Marsan : Madeleine 2026 (2)

      Daniel Luque : une encerrona en demi-teinte
 
 
 
   Les arènes sont pleines, le maestro porte un original costume blanc et bleu Madeleine. On attend beaucoup du seul contre six de Daniel Luque tant on connait, pour avoir eu l'occasion de les apprécier à de nombreuses reprises depuis plusieurs temporadas, les qualités du Sévillan. Il est un torero à la fois artiste et dominateur, capable de tirer parti de nombreux toros et utilisant, surtout à la muleta, un répertoire varié. C'est aussi un tueur efficace. Toutes ces qualités, il ne s'est pas fait faute de les démontrer face au second toro, un bichito innocent de El Parralejo (une seule oreille en raison de l'inconsistance de l'opposition, bien le président), puis face à un brave et très sérieux toro de Juan Pedro Domecq (deux oreilles). Ce qui lui a permis d'assurer la sortie a hombros.
   Mais cela n'empêche pas les admirateurs du torero, dont je fais partie, de trouver un goût d'inachevé à sa prestation. Un jeu de cape assez réduit, des estocades souvent un peu décalées (traseras, desprendidas), une muleta parfois accrochée ternissant la limpidité des séries, enfin des solutions non trouvées face aux trois toros très médiocres qu'il dut combattre (le 1 de Fuente Ymbro, manso, le 4 de Victoriano del Rio, décasté, le 5 de La Quinta, insipide).
   Certes une encerrona triomphale mais on l'a vu tellement meilleur ...
 

 
 
     La grosse déception des Victorino Martin
 
   Rien à dire cette fois sur la présentation (voir ici), même si elle était un peu inégale. En revanche une corrida cinqueña comprenant trois toros invalides ça sent clairement le fond de tiroir. La corrida se termina fort justement par une bronca à l'éleveur et aux organisateurs. Voilà Victorino reparti pour une pénitence de quelques temporadas au Moun. 
   Et ce n'est pas le cartel du jour qui pouvait sauver les meubles. Passe encore pour Roman qui ne put faire grand chose face aux deux ectoplasmes qui lui échurent mais que l'on sentait prêt pour des combats de plus d'importance. A son crédit son bel aguante face au 2 et deux belles estocades. Morenito de Aranda fait figure aujourd'hui de torero acabado et c'est, on le sait, un tueur calamiteux. Il tenta de compenser en accomplissant avec sérieux son rôle de chef de lidia. Quant à Juan de Castilla, de récentes blessures à répétition lui ont fait perdre le sitio. Il est encore jeune et l'on ne peut que souhaiter de le voir sortir un jour du bache profond dans lequel il se trouve.
 
   Rideau sur une Madeleine dans la tonalité des années précédentes, qui nécessite donc un sang nouveau pour l'avenir.
   Et marquée par la canicule des premiers jours et par les incendies tout proches. On rendit hommage aux victimes et à tous ceux qui luttent par une minute d'applaudissement en début de course. Ce fut, hélas, le meilleur de l'après-midi. 

mardi 28 juillet 2026

Mont-de-Marsan : Madeleine 2026 (1)

    Participer à ces fêtes de la Madeleine c'était avoir l'impression d'être hors du monde dans une bulle protégée, tout en sachant que tout brûle autour de soi. Une bonne définition de la fête ...
 
 
      Magnifiques Escolar Gil et révélation de Dorian Canton
 
   Je n'ai pas assisté à la corrida de mercredi qui, les avis sont unanimes, a été décevante : arènes pleines mais Jandilla vides, deux faenas correctes de Roca Rey et Marco Perez très mal conclues à l'épée. 
   La grande corrida de la feria fut celle de jeudi avec un lot magnifique d'Escolar Gil. Magnifiques au physique, d'une homogénéité rare, et magnifiques aussi au moral par leur bravoure.
Antonio Ferrera, en proie à ses démons, et Pepe Moral, vieux segundon sans illusion, gâchèrent un peu la fête. Surtout le Sévillan qui se défit sans peine ni gloire de deux toros qui, par leur corne gauche de ensueño, auraient dû permettre toreo grande et triomphe mémorable. Heureusement Dorian Canton était là. Il parvint à imposer au bon et exigeant troisième un toreo d'une grande pureté et sincérité. Une oreille après entière desprendida. Face au très difficile sixième (le seul à avoir montré des signes de mansedumbre) de charge courte et orientée, il fit front avec assurance et précision. Vuelta après un estoconazo au second essai. Pour le Béarnais un succès d'importance et une révélation pour ceux qui le découvraient ce jour. Avec l'espoir que cette journée lui permette d'ouvrir la porte de nouvelles arènes.
Au final, malgré la faillite de deux toreros, une corrida totalement satisfaisante pour l'aficionado. Quand le toro est là ... 
 
      
     Corrida de Zacarias Moreno
 
   Dois-je avouer que j'ai bien aimé la corrida de Zacarias Moreno ? Bien sûr si j'étais le ganadero je me poserais beaucoup de question, et je m'empresserais de chercher les coordonnées de l'abattoir le plus proche de l'élevage ...
   Je craignais un lot de toros faibles, sosos, noblotes, donc sans intérêt aucun et l'on eut un lot au comportement atypique, comme on en voit désormais rarement, des toros que l'on qualifiait autrefois de media-casta. Ceux-là étaient pourtant tous d'origine contrôlée domecq. Mais on ne savait jamais s'ils allaient charger ou fuir, derroter ou humilier, aller de l'avant ou mettre le frein à main. Leur lidia résulta donc intéressante d'autant que les trois toreros se montrèrent décidés.
   Miguel Angel Perera fit de son mieux mais sans réelle réussite.
   Victor Hernandez qui remplaçait David de Miranda parvint à lier au cinquième des séries dominatrices sur les deux cornes. L'animal passa un temps infini à gratter le sable du Plumaçon mais lorsqu'il s'élançait il fallait être capable de canaliser sa charge, ce que sut parfaitement faire le Madrilène. Estocade entière et oreille.
De même Tristan Barroso  parvint à tirer du tardo mais violent sixième de belles séries dominatrices. L'estocade tombée au second essai ne l'empêcha pas de couper une oreille. Le jeune Montois a montré pour l'occasion de belles qualités, il doit absolument progresser épée en main s'il ne veut pas voir s'évanouir les succès chèrement acquis avec cape et muleta.
    

mercredi 15 juillet 2026

Céret 2026 (2)

 Céret de toros vu par Laurent Bernède  -  Dimanche

Un dimanche sous le signe du TORO, seule la météo a eu un poil plus de dulce pour les aficionados nombreux sur les tendidos !

A 11h, 4 novillos de "Isaias y Tulio Vazquez" pour Valentin Hoyos y Jésus de la Calzada (qui étaient tous 2 sobresaliente lors de la matinée de la veille)
 
 
Une devise que l'on ne voyait plus et qui pour les "anciens" a rappelé quelques vieux bons souvenirs ! Tous negros, bouche close du début à la fin, attentifs à tout ce qui se passait en piste ! Ils étaient là pour en découdre... et nous ont bien fait plaisir ! Ce fut plus rugueux pour les novilleros devant les affronter.
Mention aux 2 premiers qui ont mis en appétit les amateurs que nous sommes du 1er tiers, répondant à grande distance  à l'appel des piqueros avec des galops superbes de détermination ! Les impacts furent violents occasionnant quelques batacazos spectaculaires !  Certes ils développèrent sous le châtiment plus violence que de réelle bravoure, mais ne boudons pas notre plaisir ! Les 2 derniers furent plus discrets.
 

 
 Jesus de la Calzada fut mis à de nombreuses reprises en difficulté, désarmé, bousculé  plusieurs fois, certes ses opposants n'étaient pas des enfants de coeur, surtout son 1er (sorti en 2nd) faisant preuve de sentido... mais son expérience en piquée n'a pas semblé peser, et devant le plus fade du lot il n'a pas su ou pu amener l'entrega qui manquait au toro.
Valentin Hoyos a été sérieux toute la matinée, dans les mises en suerte, ses débuts de faena par le bas (notamment à son 2nd), allant chercher la corne contraire, mais son toreo appliqué transmet hélas peu, il sera récompensé de sa bonne volonté par l'oreille du 2nd
Une matinée entretenue, par la satisfaction de retrouver un vieux nom d'élevage remis à la lumière, une ganaderia en reconstruction, qui travaille et que l'on reverra avec grand plaisir et espoir !
Titi Agudo a reçu le prix pour la meilleure pique et le mayoral a été appelé à saluer !
(Sobresaliente: Marcos Adame)
 
 



A 18h est sorti un lot de José Escolar Gil de toute beauté, irréprochable de présentation, avec tous des comportements intéressants à divers degrés ! des pitons à faire quelques cauchemars, dignes d'une arène de 1ere catégorie.
Le 2, 5 et 6 un ton au dessus, de la race, du poder et du moteur. 
Tous sont allés allègrement sous le châtiment avec une bravoure variable, s'employant plus ou moins sous 20 piques. Le 2 et le 6 ayant paru les plus intéressants à ce titre, sans être véritablement complets pour justifier une vuelta, qui plébiscitée par certains fut refusée par le président "Benoit  Pince"
L'attribuer n'aurait pas été non plus un triomphalisme excessif loin de là, mais rester modéré  est aussi une preuve de sérieux, de référence.
Le débat restera ouvert durant toute la soirée, signe qu'il s'était vraiment passé quelque chose d'important dans le ruedo cérétan.
Le 1er et 4ème lidiés par Antonio Ferrera (chef de lidia), sont difficiles à juger tant le maestro y mit de la mauvaise volonté, le 4ème quasi inédit à la muleta, aura été massacré aux piques par un Gabin aux ordres qui livra une prestation pitoyable.
Sifflets et bronca pour Antonio qui va donner bien des inquiétudes aux Montois qui le retrouveront prochainement devant la même devise !
A noter une excellente paire de Angel Otero au 1er Escolar.
 
 

Sanchez Vara, a assumé la lidia comme il sait si bien le faire,  a livré comme la veille quelques paires de banderilles dans les cornes fort méritoires, soulevant l'ovation unanime. Une présence de tous les instants qui contribue à être moins exigeant envers son toreo à la muleta, qui même s'il a été honnête est resté en dessous de la qualité de ses deux opposants ! 
 

 
Maxime Solera fut plus à son aise et dans le sitio face à l'excellent 6ème, très encasté, avec une très belle charge ! Le challenge était grand pour lui, une pression qu'il a su gérer. Il donna notamment  quelques naturelles de valeur... l'épée entrée au 2nd essai le privera d'une oreille qui aurait été méritée.
 


Le mayoral ainsi que le ganadero ont été appelés à saluer à juste titre à l'issue de la course.
Les aficionados présents ont vécu une belle tarde de Toros, une journée complète même ! 
Cuando hay Toros la vie de l'aficionado est belle...Merci l'ADAC.
 

 Laurent Bernède



 

Céret 2026 (1)

 Céret de toros 2026 vu par Laurent Bernède - Samedi

Le cru cérétan 2026 laissera un beau souvenir dans nos mémoires d'aficionados A los Toros, avec bien entendu quelques déceptions, mais aussi de belles émotions, et satisfactions.
Malgré la chaleur assommante, les tendidos se sont remplis avec bonheur pour l'ADAC, de très belles entrées pour les 2 novilladas matinales (4 novillos par course) et un bon 3/4 d'aficion pour les corridas...
Les lignes du tercio de piques durant toute cette féria avaient été supprimées, afin de permettre aux groupes équestres de mieux s'exprimer, avec plus de liberté dans leurs déplacements (une expérimentation autorisée par l'UVTF), un bilan sera fait de ce test... 
Une chose est sûre, elle n'aura pas empêché de voir trop de puyas mal placées, bien souvent traseras, dans l'épaule et j'en passe...le vrai problème est surtout là. 

 

Samedi matin un unico espada pour Mario Vilau, jeune Catalan qui avait marqué les esprits lors de l’édition précédente !  Certainement la plus grosse déception du weekend. Les 2 novillos de Barcial, superbes de trapío et piton, ne  lui ont pas permis de s'exprimer, manque de race, courts de charge... Présent efficacement pour les mises en suerte, de bons débuts de faenas par le bas...en vain. Les 2 ont été réceptionnés a puerta gayola.
Le 1er Partido De Resina, bien dans le type, est déficient au niveau locomoteur et contraint le président Thomas Thuries à sortir le mouchoir vert :  hélas l'unique sobrero de Los Maños invalide ne pourra être lidié. L'unique Partido lidié sera présenté 3 fois au piquero, mais sans réel poder, Mario bien centré en tira le maximum surtout sur la corne gauche, mais ce sera un nouvel échec épée en main. Sans démériter, mais sans vraiment pouvoir convaincre, la matinée se terminera dans une déception globale. 

 


Chaud très chaud sur les tendidos à 18h, pour le desafio Saltillo/ Dolores Aguirre !  Les 6 toros étaient magnifiquement présentés, intégrité totale et respect à ceux qui acceptent de s'y coller ! le 4ème Dolores une estampe.
 
  
Les Saltillo furent  sans poder au caballo, ne se sont pas investis et sont restés fades, ne transmettant guère d'émotion dans leur charge à la muleta !
Les deux Dolores sortis en 4ème et 5ème, mansos con casta typiques de la casa, ont été exigeants, violents et ont donné des sueurs froides à leurs lidiadors respectifs. Sanchez Vara et Damien Castaño n'ont pas démérité et ont relevé le défi . Le Dolores sorti en 6ème est celui qui aura le plus poussé sous la puya (par moments) et sera éteint totalement sans faena en suivant.
 
 

Les trois toreros ont assumé avec sérieux les mises en suerte au piquero, Vara a banderillé avec brio ses opposants, gagnant à juste titre les faveurs du public.
Vara, excellent dans son rôle de chef de lidia fera una vuelta au 4ème, et Castano au 5ème, Luis Gerpe est resté plus discret sur la globalité de la course.
Malgré un bilan très mitigé, la course aura été entretenue et sérieuse de bout en bout, maintenant l'attention des aficionados, car le Toro de respect était dans le ruedo !  
 
Laurent Bernède