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mardi 2 décembre 2025

La revue Manière de Voir sur l'Espagne

 

 
   La revue Manière de Voir éditée par Le Monde diplomatique vient de publier son dernier numéro - n° 204 -  sur le thème de l'Espagne avec comme titre Les paradoxes de l'Espagne - Du franquisme à la révolution féministe.
   Les aficionados noteront avec satisfaction la magnifique portada taurine de la revue réalisée par Adria Fruitos. Hormis quelques allusions, il n'est toutefois pas question de tauromachie ici mais des évolutions de l'Espagne au cours de ces cinquante dernières années (anniversaire de la mort de Franco oblige).
   Rappelons que Le Monde Diplomatique est un des très rares médias libres et indépendants dans notre pays. Ni instrument de propagande de milliardaires, ni perroquet d'un pouvoir politique, il a le privilège de pouvoir se financer exclusivement grâce à son lectorat. Privilège qu'il partage - toutes proportions gardées - avec la doyenne des revues taurines Toros.
 
 

 
 
Toros (rien trouvé sur internet !) 

samedi 15 mars 2025

Un texte de Jérôme Forsans

 
J'avais présenté il y a peu les réflexions de Jérôme Forsans sur la tauromachie (ici). Voici en complément à son dernier recueil CogiToro un texte qui établit un lien entre l'actualité et notre expérience d'aficionado :
 

La corrida nous rend-elle meilleurs?

L’aspiration au changement est inhérente à notre nature humaine. Ce processus actif depuis le simple organisme unicellulaire jusqu’à nos sociétés développées a accompagné notre évolution biologique et fait le tissu de notre histoire. Nous voyons actuellement un bouleversement de cette organisation planétaire qui ressemble plus à une destruction de l’ordre établi qu’à la reconfiguration de celui-ci vers des libertés nouvelles.

La mécanique évolutionniste semble s’être enrayée et nous conduire vers une période plus sombre de notre histoire.

Sans jamais se répéter, l'histoire oscille entre des cycles de progrès et de régressions.  Le siècle dernier en témoigne : l'élan émancipateur des années 60, marqué par les indépendances géopolitiques et les révolutions sociétales, contraste clairement avec la montée des intolérances et des forces destructrices des années 30. Là où le progrès rend possible la nouveauté, le nihilisme imite ce progrès par la simple rupture du cadre existant. Il est difficile de faire le bilan du 20ème siècle mais nous pouvons constater à la sortie des deux grands conflits mondiaux  deux avancées portées par la science: une augmentation de l’espérance de vie et un bouleversement fertile des conceptions de notre place dans l’univers. Les arts ont accompagné ces bouleversements et ont renouvelé la capacité de l’humanité à s’imaginer elle-même. Ces progrès, s'ils ont su entraîner les foules ont souvent été initiés par de simples individus dont les noms ornent les frontons de nos académies d'arts et de sciences.

Les périodes d’obscurantismes ont été aussi annoncées par des individus qui souvent sans aucun titre ni qualité ont  entraîné les foules.

Ces individus n’ont pas fait advenir de nouveaux possibles, avec leur lot inquiétant d’inconnu, mais ont réactivé une pensée archaïque en guise de changement. Là où le progrès nous donne un ailleurs dans lequel exister, l’obscurantisme mime un mouvement qui n’est qu’un défilé de vieux totems. Seuls des individus ayant abdiqué leur capacité de jugement au profit d’un collectif qu’ils se  sont paresseusement choisi peuvent accepter de se leurrer ainsi. Les arts et les sciences deviennent des ennemis pour eux car ils se satisfont d’une société où le vrai et le faux n’ont pas plus de valeur que le bien et le mal.

La confusion générale les préserve de penser par eux-mêmes ou de simplement recevoir toute expérience leur rappelant leur responsabilité personnelle. Ces individus simplifiés, selon la formule de Georges Bernanos, n’aspirent qu’à se décharger d'eux-mêmes dans un collectif rassurant, aussi évidemment mortifère soit-il.

Cet abandon qui contredit la composante élémentaire de la vie nous interroge. En admettant que la corrida, forme d'art actuellement la plus menacée survive, pourra-t-on dans cette atmosphère distinguer un taureau qui consent en toute plénitude au don que lui fait le torero de celui qui se rend passivement à la main de ce dernier? 

Un animal qui choisit d'entrer dans un cadre jusqu’alors inconnu avec celui qui se leurre d’exercer encore sa combativité?

Seul un spectateur qui dans sa propre existence n’aura cessé d’exercer sa douloureuse liberté pourra percevoir encore cette vérité.

La corrida comme tous les arts majeurs exigera toujours face à elle cet individu libre.

 

Jérôme Forsans

 

vendredi 23 juin 2023

Rubén Amón, La fin de la fête : citations

 

 
   "Les corridas sont devenues un art dérangeant et subversif. C'est d'ailleurs peut-être, paradoxalement, la meilleure manière de les préserver. De les libérer du lieu commun selon lequel la tauromachie serait ... conservatrice. "  (p. 141) 

   "Vox intoxique la tauromachie chaque fois qu'il la présente à ses propres fins comme une tradition celtibérique et identitaire. Savent-ils que le torero le plus important de ces dernières années est un Péruvien ? Que les arènes de Madrid sont dirigées par un brillant imprésario français, Simon Casas ? La tauromachie est méditerranéenne, transatlantique et, bien entendu, ''espagnolissime'', mais pas comme une chanson de Manolo Escobar, sinon comme un reflet culturel d'insolence et de subversion."   (p.14)
 
   "De tous les malentendus qui menacent la tauromachie, l'attaque des écologistes est sans doute le plus incompréhensible et le plus révoltant. Plus les sociétés ''occidentales'' prennent conscience de la menace environnementale, plus les toros devraient être considérés comme un modèle absolu de préservation et d'organisation des habitats naturels. (...)
   Les biotopes de dehesas et de marismas sont les exemples mêmes de la contribution bénéfique des toros à l'écologie. Tant pour des raisons quantitatives - un demi-million d'hectares occupés dans la péninsule ibérique - que pour des raisons qualitatives. Là où paissent et courent les troupeaux braves, on ne peut qu'observer la richesse des ecosystèmes et la diversité des espèces animales et végétales."   (p.183)

   La grâce serait le prétendu joker qui redonnerait à la tauromachie sa dignité, le recours par lequel nous pourrions éluder le dénouement essentiel du rite. La vie est pardonnée, si le toro est exceptionnel. C'est un point de vue qui pourrait s'avérer dangereux car, au-delà de la multiplication des grâces qui laisse entendre une interprétation toujours plus clémente du caractère exceptionnel, l'idée ouvre de plus en plus la voie à l'instauration d'un spectacle sans mort. L'exception peut risquer de devenir la règle.        (p. 136)
 
   La tauromachie ne doit pas renoncer au centre de gravité de son existence, la mort, ni transiger avec les réformes qui tenteraient de transformer la grand-messe en un phénomène plus accessible et édulcoré. Les toros ne sont ni immoraux ni malsains, bien que le débat simpliste proposé par notre société déshumanisée et ''animalisée'' tende à présenter les corridas comme des spectacles cruels et athlétiques.
   Ils serait même préférable qu'elles disparaissent totalement plutôt que de voir s'imposer des formules de spectacles hypocrites, et adaptées à la tolérance d'une société urbaine qui ne cesse de cacher la mort et de transformer ses animaux de compagnie en autant de placebos enfantins.   (p.339)
 
   Mais ne dramatisons pas. La tauromachie a tout de même franchi le seuil du XXIè siècle encore auréolée de prestige et d'avenir. Plus elle respectera ses fondements et plus elle sera authentique, moins elle aura de raisons de se sentir intimidée. Le danger viendra des accommodements, des formules édulcorées et des concessions faites à l'asepsie réclamée par une société avide de moralisation et d'interdiction.   (p. 346)
 




Photos : Velonero
              Laurent Bernède
  
 
 


dimanche 16 avril 2023

Amor Antuñez "El Andaluz", torero

 
 













Vic-Fezensac, dimanche 3 juin 2001. Richard Milian fait ce jour sa despedida des arènes gersoises face à une terrorifique corrida du Marquis d'Albaserrada. Le sort lui a réservé un sobrero de Montalvo plus avenant auquel il donne une bonne faena. À la mort, il entre droit, loge une entière mais le toro l'a pris et le matador, blessé, est évacué à l'infirmerie pendant que l'animal s'écroule. La pétition d'oreille est largement majoritaire. Le président, rigide et sans respect pour la vox populi, se refuse à l'accorder. Il va s'en suivre la plus longue et féroce bronca qu'il m'ait été donné d'entendre dans une arène. La situation est explosive et parait sans issue quand un homme vêtu d'argent s'avance dans le ruedo et part d'un pas décidé vers le desolladero. Quelques instants après, il en revient avec l'oreille du toro. Cet homme c'est Amor Antuñez "El Andaluz", peon de confiance de Richard Milian depuis vingt ans. Lorsqu'il exhibe le trophée, la bronca se transforme en ovation et la vuelta s'accomplit sous les acclamations vengeresses du public.
Belle manière de sauver un président défaillant en lui désobéissant ...

On aura une pensée émue pour Amor Antuñez, précurseur du mouvement des toreros français, banderillero, matador de toros et couturier taurin, décédé à Nîmes le 10 avril dernier.
 

















vendredi 25 novembre 2022

Bouffonnerie

   Ainsi, lors de cette journée du 24 novembre si longtemps attendue, tout s'est terminé par une sinistre bouffonnerie. Aymeric Caron et ses amis de La France Insoumise ont tout d'abord souhaité avancer l'examen de leur proposition de loi contre les corridas afin de bénéficier de davantage de temps. Ceci au détriment d'un autre projet concernant l'augmentation du SMIC, puis, en fin d'après-midi, voyant que l'échec était inévitable, ils ont carrément retiré leur texte. Une espantada digne de Rafael Gomez "El Gallo" (on fera  pour l'occasion l'honneur à Monsieur Caron de le comparer au grand torero gitan)!
   Il fut un temps où la gauche avait pour vocation de défendre les hommes et les femmes, particulièrement les plus faibles et les plus pauvres, contre un système économique (le capitalisme) qui les exploitait. Il faut croire que ces temps sont révolus puisqu'elle fait passer aujourd'hui au premier plan la soi-disant défense des animaux. Pauvre gauche, déboussolée, autosatisfaite, se rêvant en donneuse de leçon aux barbares méridionaux! Une journée qui pourrait laisser des traces dans ce parti au nom désormais ridicule que les circonstances de la vie politique ont  provisoirement placé en position dominante à gauche.
   De fait, les véritables vainqueurs de cette journée pleine de palinodies ce sont bien les toros, comme je l'ai lu sous la plume de Patrick Beuglot. Ces toros que les aficionados vénèrent  et qui, grâce à la corrida, vont pouvoir continuer à vivre quasiment en liberté durant plusieurs années, avant de mourir dans l'arène, en combattant au cours d'un cérémonial public, plutôt que dans l'anonymat d'un sordide abattoir. Et cela correspondra à leur nature d'animaux sauvages et agressifs.
   À la manière de celui des peuples dits primitifs, l'animalisme du monde taurin est bien plus respectueux de la nature et du monde animal que celui, totalitaire et pervers, des bonnes âmes de La France Insoumise.



mercredi 16 novembre 2022

Pour la liberté culturelle, contre l'intégrisme animaliste

 
   Le samedi 19 novembre, 12 villes du Sud de la France accueilleront des rassemblements citoyens pour défendre la corrida et dire non au fascisme animaliste. Des délégations d'aficionados et d'élus locaux remettront une motion dans les préfectures et sous-préfectures. 
Les rendez-vous :

     Langon (Gironde)              9h     sous-préfecture
     Mont-de-Marsan (Landes)  11h     mairie
     Dax  (Landes)                    12h     mairie
     Bayonne (Pyrénées-Atlantiques)   11h30    mairie
     Pau  (Pyrénées-Atlantiques)       9h     préfecture
     Auch  (Gers)                        11h      escalier monumental
     Perpignan (Pyrénées-Orientales)   11h    préfecture
     Béziers  (Hérault)                  11h     sous-préfecture
     Nîmes  (Gard)                        11h     préfecture
     Alès  (Gard)                            11h    sous-préfecture
     Arles  (Bouches-du-Rhône)   10h    place de la République
     Istres  (Bouches-du-Rhône)   11h     sous-préfecture





































mardi 25 octobre 2022

A propos de la proposition de loi sur l'interdiction des corridas

    En acceptant dans ses rangs Aymeric Caron et en soutenant sans barguigner sa proposition de loi pour l'interdiction de la corrida en France, La France Insoumise s'est tirée une balle dans le pied. Ambitionner de devenir un grand mouvement de défense du peuple  et traiter avec mépris une culture certes minoritaire mais populaire et profondément enracinée dans certaines parties du territoire français c'est agir à l'inverse de ce que l'on prétend défendre. C'est s'aliéner une partie de la population et se condamner à rester un parti qui ne touche qu'une certaine frange de citoyens, confite dans sa bonne conscience et, qui plus est, donneuse de leçons. Pour faire un parallèle avec l'Espagne c'est se podémiser.
   Mais il y a plus grave. Si le projet de loi venait à être voté, l'extrême droite serait en position de tirer les marrons du feu et verrait s'ouvrir devant elle des perspectives de progression énormes dans les régions du Sud, ce  qui pourrait lui permettre, demain, d'accéder au pouvoir national.
   D'autre part, on ignore quelles seraient les réactions dans les régions concernées. Et quand on voit comment la violence a pu se déchaîner en France au cours de ces dernières années, on ne peut que craindre une nouvelle flambée des passions. Le mécontentement pourrait même - au grand dam des nationalistes français de tous bords - se cristalliser dans un affrontement entre régions du Sud soumises au diktat humiliant  de la bienpensance parisienne et régions du Nord dont Paris symboliserait l'attitude néocoloniale. Ou tout simplement, comme on l'a déjà vu, entre populations méprisées (il n'en manque pas en ce moment) et élites qui s'autoproclament éclairées.
   Tout cela n'est pas très réjouissant. 
   Pourvu que la sagesse de nos députés l'emporte !
   


dimanche 19 septembre 2021

Chasse

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   La journée de manifestations des chasseurs a été un franc succès. Même la presse parisienne, semblant découvrir la lune, en a parlé. La journée a marqué les esprits ... et a sans doute fait frémir de rage bon nombre d'animalo-écolos. A neuf mois des présidentielles, elle était parfaitement bien placée pour rappeler aux candidats le poids du vote du monde rural, un monde trop souvent méprisé par les élites citadines. Bonne idée aussi que ces gilets oranges qui sonnaient comme un avertissement.
   C'est au nom de la culture, de la culture humaniste qu'il faut défendre la chasse aussi bien que la tauromachie comme le rappellent avec justesse Francis Wolff dans Sud Ouest dimanche  et Pierre Vidal dans son éditorial sur Corrida Si.
 

Photo : Laurent Teilhet Sud Ouest
 

samedi 8 mai 2021

Éclaircies

   

 
   On le sait, la tauromachie est en crise permanente. Et de ce point de vue on a été gâté ces derniers temps. D'un côté la crise sanitaire, d'un autre côté l'agressivité antitaurine de certains partis politiques espagnols. Mais ces derniers jours le sombre voile de pessimisme qui s'était abattu sur le monde taurin s'est un peu déchiré ...

   D'abord sur le front de l'épidémie. L'Espagne retrouve peu à peu un mode de vie qui, s'il ne permet pas les grandes ferias populaires de type San Fermin, va tout de même donner la possibilité d'organiser dans des conditions convenables de nombreuses corridas.
   La France, quand à elle, est semble-t-il en train de se dégeler. Les progrès de la vaccination sont nets et l'on s'achemine vers un été taurin tel qu'on n'a pas oser le donner l'an dernier.
   Bien sûr rien n'est encore définitivement gagné et de nombreuses inconnues subsistent en particulier l'important problème des jauges autorisées, mais l'annonce toute fraîche (on y reviendra) de corridas à Orthez et Tyrosse et d'une feria taurine d'importance pour la Madeleine montoise est un nouveau signe encourageant.
 
   Ensuite sur le front politique. Nous pensons ici, comme la grande majorité des aficionados, je crois, que la tauromachie appartient à tous et que sa meilleure défense consiste donc à avoir des partisans dans tous les camps (voir ici pour ce qui concerne la gauche). Mais ces dernières années, la visibilité et l'agressivité permanente du puissant lobby antitaurin sur la scène médiatique et sur le terrain idéologique, largement favorisées par le développement d'internet, a pu laisser croire à certains représentants politiques que le discours antitaurin ou, pour les plus madrés, une sournoise neutralité teintée d'hostilité, pouvait favoriser leur succès. Mirage du monde virtuel !
  Avec le retour du monde réel, celui des votants, les élections madrilènes viennent de nous offrir un salubre et réjouissant démenti à cette croyance. Car il est patent au vu de la très nette victoire d'Isabel Diaz Ayuso qu'une conclusion, modeste mais très importante pour nous, peut être tirée de ces résultats. La voici : soutenir ouvertement la tauromachie (et la candidate a assumé ce soutien jusqu'au bout) n'enlève pas la moindre voix lorsque l'on se présente devant le suffrage du peuple. C'est déjà beaucoup et c'est une bonne leçon pour tous les politiciens pusillanimes !
   Mais il n'est pas interdit d'aller plus loin et de penser que le fait de se déclarer antitaurin a pu empêcher certains partis de se développer au delà de leur cercle de petits bourgeois intellectuels et bienpensants de centre ville. Il y a en Espagne, et en particulier dans la région de Madrid une importante aficion populaire qui ne peut se retrouver dans ces partis au discours antitaurin (et qui plus est donneurs de leçons), fussent-ils de gauche. 

   Ces éclaircies sont les bienvenues. Ne boudons pas notre plaisir ... en attendant de nouvelles épreuves.



    image : Claude Monet
  
  

lundi 11 janvier 2021

Los toros desde la izquierda


   
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   A une époque où les principales attaques contre la corrida viennent des milieux politiques et en particulier, en Espagne, de l'extrême gauche, il était nécessaire que, issue de la gauche elle-même, s'élèvent des voix en défense de la tauromachie. C'est chose faite avec le livre de Eneko Andueza, député du Partido Socialista de Euzkadi au Parlement basque, Los Toros, desde la izquierda. Dans la préface, Carmen Calvo, grande aficionada et rien moins qu'actuelle première viceprésidente du Gouvernement espagnol, écrit : "Il est important que depuis la gauche nous sautions dans l'arène et nous manifestions sans complexes".
   Il était temps en effet que, face à l'attitude ambigüe du PSOE et à l'hostilité déclarée de Unidas Podemos, ceux qui, au sein de la gauche, appuient la tauromachie, fassent entendre leur voix. Les milliers d'Espagnols, électeurs de gauche, qui aiment la tauromachie et se rendent aux arènes avec assiduité ont avalé bien des couleuvres ces derniers temps avec un Président du Gouvernement (Pedro Sanchez) et un ministre de la Culture (José Manuel Rodriguez Uribes) clairement antitaurins.
   Ce livre arrive donc à un moment crucial à plus d'un titre. D'une part il s'agit de redonner aux aficionados de gauche la fierté d'afficher et de défendre à la fois leur condition d'aficionado et de gens de gauche. D'autre part il s'agit de ne pas laisser le monopole de la défense de la corrida aux partis de droite contribuant ainsi à faire accroire qu'être aficionado c'est être de droite, idée non seulement inexacte mais qui pourrait se révéler mortifère pour le monde taurin.
   On se bornera ici à rappeler que le Parti Communiste Espagnol a bénéficié pour se reconstituer dans la clandestinité des largesses financières de la famille Dominguin grâce aux cachets gagnés devant les toros par Luis Miguel et qu'Antonio Chenel "Antoñete", antifranquiste convaincu, a été un fidèle soutien d'Izquierda Unida.
   Une des forces de la tauromachie a toujours été d'agréger autour d'elle toutes les classes sociales. Contre les totalitarismes politiques et moraux, il revient aux aficionados, quelque soit leur bord politique, de maintenir cette diversité. Dans cette optique, il est indispensable qu'il y ait dans chaque camp des défenseurs décomplexés de la cause taurine. En cela ce livre est précieux car il rétablit un équilibre nécessaire à la défense du monde des toros  qui, ces derniers temps, avait été rompu.

PS : Eneko Anduezo n'est pas un inconnu pour les aficionados. Il avait publié il y a quelques années un livre sur Dolores Aguirre, Celle qui élevait des toros.

lundi 17 août 2020

Relativiser

 Les voyages forment la jeunesse, dit-on. Ils permettent surtout, et cela à tout âge, de relativiser ce que nous vivons dans notre petit univers et de constater à quel point la parole de Pascal est aujourd'hui encore pertinente en dépit de l'accélération récente de la mondialisation : "Vérité en deçà de Pyrénées, erreur au delà".


Cette photo a été prise le 23 juillet dernier dans le marché couvert de Rotterdam. Aux Pays-Bas, à l'exception des transports publics où son port est obligatoire, personne ne se risque à porter un masque, ni dans les rues, ni à l'intérieur des espaces publics, comme on peut le voir sur la photo. Et pourtant, ce sage pays au sens civique affirmé n'est pas constitué de citoyens irresponsables. Mais les citoyens hollandais, malgré le tribut qu'ils ont payé comme les autres au covid 19 ce printemps dernier, ne sont visiblement pas victimes de la paranoïa qui atteint nombre de pays européens. Sans doute une forme de confiance en soi et de lucidité. 

On nous abreuve en effet en permanence de chiffres de contamination qui remontent. A vrai dire on est étonné qu'ils ne soient pas plus importants compte tenu d'une part du brassage des populations européennes depuis la fin du confinement et le début des vacances d'été, d'autre part du nombre considérable de tests réalisés quotidiennement depuis que ceux-ci sont disponibles. Ce que l'on oublie en revanche de préciser, c'est que le nombre de cas graves, d'hospitalisations, de personnes en réanimation, de morts sont en baisse continuelle et ont atteint un niveau très faible. Faits qui, s'ils devaient se confirmer dans les jours  prochains, montreraient que le coronavirus est en train de devenir un tigre de papier !

     - données officielles françaises

     - statistiques du journal Le Monde


Ce préambule pour essayer de comprendre la situation taurine en cette fin du mois d'août. On aurait pu penser que la fin du confinement ait conduit à un retour progressif de l'organisation  de novilladas et de corridas dans les principales arènes de France et d'Espagne. Il se serait agi de montrer son aficion, son attachement à la cause taurine, et, ce n'est pas le moindre des arguments, de permettre aux ganaderos de faire lidier leurs toros, aux toreros d'exercer leur profession à un moment où un gouvernement espagnol gangrené par la mouvance antitaurine dénie aux subalternes tous droits sociaux.

Au lieu de cela, dans le Sud Ouest, région pourtant largement épargnée par le virus, le néant total. Un déballonage sans vergogne ! C'est un peu mieux dans le Sud Est, avec quelques réussites exemplaires et quelques projets sérieux, mais en Espagne silence de mort dans toutes les grandes arènes. Et, au moment où un mouvement se dessinait en faveur d'une lente reprise, un coup de poignard dans le dos des aficionados a été porté par ceux qui dans leurs discours démagogiques disaient soutenir la tauromachie. A savoir la coalition au pouvoir en Andalousie (PP + Vox) qui vient d'imposer un mètre et demi de séparation dans les arènes mettant ainsi fin à toute possibilité d'organiser un spectacle dans les provinces andalouses.

Pendant ce temps le Puy du Fou réussit à mettre 12 000 spectateurs dans ses "arènes" pour des pitreries pour touristes. Vérité en deçà des Pyrénées ...

mardi 5 novembre 2019

Proposition de loi

   La proposition de loi présentée par Samantha Cazebonne, députée de La République En Marche n'a que peu de chances d'être examinée et votée par le Parlement. Outre le fait que l'exposé des motifs ne repose sur aucun critère sérieux, son adoption déclencherait, à coup sûr, de tels mouvements de protestation parmi les populations du sud de la France qu'aucun gouvernement, en particulier l'actuel qui sort à peine d'une grande jacquerie, ne se risquerait à la faire voter. En outre, par la remise en cause de la liberté éducative des parents, cette loi constituerait une grave atteinte à nos libertés individuelles.
   Les aficionados se devaient toutefois de réagir. Ils l'ont fait avec modération et intelligence. Le communiqué de l'UVTF, le manifeste signé par 40 artistes, les appels et les manifestations pacifiques déjà organisées en sont de bons exemples. Mais il n'est pas sans intérêt de rappeler aux députés du parti présidentiel LREM et notamment à Gilles Le Gendre, actuel président de leur groupe, que le peuple aficionado sait aussi utiliser un bulletin de vote. De l'aficionado chevronné qui assiste à plusieurs courses par an à la personne qui, sans aller régulièrement aux arènes, adhère au monde de la corrida, ce sont plusieurs centaines de milliers d'électrices et d'électeurs qui se sentent concernés par cette attaque contre leur culture. Attaque qui se double, une fois de plus, d'un mépris avéré pour tous les citoyens qui ne sont pas de leur monde.
   Lors des prochaines élections municipales, pas une voix pour les candidats de La République En Marche.


- Qu'est-ce qu'une proposition de loi ?

- La proposition de loi présentée par Samantha Cazebonne

- Communiqué de l'Union des Villes Taurines de France

- Appel signé par 40 artistes

- Appel aux élus (FSTF)



jeudi 4 juillet 2019

Recette

   A l'heure où l'on veut  imposer (les proclamations écologiques de circonstance ont été bien vite oubliées) l'arrivée en Europe de milliers de tonnes de viande bovine sud-américaine à prix défiant toute concurrence et produite industriellement  (nourriture OGM, antibiotiques, entassement des animaux dans des lieux fermés), n'hésitons pas à rappeler à ceux qui n'aiment pas la corrida mais savent se régaler d'un bon beefsteak que le toro de combat finira lui aussi sur l'étal du boucher après avoir connu, le bienheureux, une vie de liberté et une mort en défendant sa peau.
   Voici une recette tirée du livre de Marie Rouanet, Petit traité romanesque de cuisine.



       La grillade de taureau de combat, libations et feu rituel

Songez avant tout que le taureau de combat vit quatre ou cinq ans dans d'immenses pâturages, beau et libre comme au jour de la création; songez qu'il meurt glorieusement, en quelques minutes. Admettez donc que, pour sa vie comme pour sa mort, il est bien mieux partagé que beaucoup d'êtres humains et que la plupart des bêtes destinées à notre nourriture : poules ébécquées, cochons en stalag, veaux dans leurs cercueils de bois. Que vaut-il mieux : l'arène, l'abattoir ou l'hôpital, un tuyau dans chacun de vos trous ? Arrêtez donc de vous scandaliser de la corrida et portez votre indignation sur les élevages de poules.
Vous voilà presque prêt à manger le taureau mariné, l'âme sereine. Parachevez votre paix intérieure en allant à la corrida, même sans rien y connaître. Pour la lumière de six heures du soir, les ombres longues, les cris et les couleurs de la foule, la bête superbe foudroyée par ce petit coléoptère tout doré qui ne marche pas mais danse; le matador.
Dès le lendemain d'une corrida, plusieurs boucheries de la ville annoncent : Vente de taureau. Le boucher écrit sur une ardoise ou un grand papier blanc :
                                 Vente de toro
                                 ou de taureau."
et il ajoute toujours une précision. "Véritable toro de corrida" (véritable est souligné), "Toro de combat tué à la corrida du 12". Il précise pour les amateurs : "toro, Victorino Martin ou Miura" et quand il taillera votre morceau il vous rappellera comme la "faena" était belle.
Ne lésinez pas, achetez-en une belle tranche épaisse. Faites-la mariner un moment - elle ne doit pas tremper, vous la retournerez souvent - dans trois verres d'un bon saint-chinian aromatisé d'un gros oignon doux de Lézignan, de laurier, thym et poivre.
Ne salez pas. Vous salerez seulement dans le plat de service quand le taureau aura cuit vivement - grillée la surface, rouge le cœur - sur une forte braise de sarment de vigne.
Autrefois, dans la Grèce antique, avant de sacrifier le bœuf - il était obligatoire de le tuer avec une lame - on versait du vin sur son front. Et lorsqu'on avait brûlé pour Zeus la graisse fine et quelques pièces de choix, les fidèles mangeaient le reste.
Tout est donc réuni : la lame, le vin, le feu, pour que cette viande exceptionnelle servie sur votre table soit une consommation rituelle.
La part du Dieu est restée dans l'arène : du sang et quelque oreille, à la tranche nacrée, que le matador brandit au-dessus d'un blanc sourire de Méditerranéen, tandis que pleuvent les chapeaux, les souliers et les fleurs jetés par les femmes.


vendredi 6 juillet 2018

Pamplona, 8 juillet 1978



  Il faisait chaud à Pampelune ce jour-là. J'avais préféré passer l'après-midi à somnoler au frais sur les pelouses des fortifications, derrière les arènes plutôt qu'aller voir Damaso Gonzalez et Antonio José Galan dans le chaudron pamplonais. Mais pas question de manquer la corrida du lendemain (toros de Salvador Guardiola pour Ruiz Miguel, Manolo Cortes et Julio Robles), aussi en fin d'après-midi je me dirige vers les guichets de la plaza qui mettent en vente, à la fin de la corrida, les places restantes pour le lendemain. Une petite queue s'est déjà formée mais je suis bien placé. Les gens commencent à sortir de la plaza, on entend le brouhaha habituel en ces lieux. Tout à coup, à l'intérieur des arènes, de fortes détonations, des cris. On est un peu inquiet d'autant qu'on ne voit pas ce qui se passe. La première idée qui me vient c'est qu'un toro s'est échappé. Mais très vite, autour de nous, des mouvements de foule, des gens courent dans tous les sens, la panique gagne. Des fumées aussi et de drôles d'odeurs, mélange de poudre et de gaz lacrymo. Je rejoins mes compañeros. Chacun raconte sa version mais nous avons du mal à comprendre réellement ce qui se passe. Ce qui est sûr c'est qu'il y a du baston entre la police armée (les gris) et les mozos des peñas. Et ça va durer toute la nuit.
   Nous décidons d'aller passer la soirée dans un quartier plus calme de la ville mais le cœur n'y est plus. Pobre de mi, se han acabado las fiestas.
   Le lendemain un calme étrange et pesant a envahi la ville. L'encierro n'a pas eu lieu. Non loin des arènes, avenida de Roncesvalles, des fleurs déposées sur le bitume, c'est là qu'est tombé German Rodriguez, une balle dans la tête.

   Lorsque le hasard nous rend témoin d'évènements aussi dramatiques que celui-ci et que, de plus, on est étranger, on est bien sûr pris par l'émotion mais on a du mal à appréhender ce qui s'est passé. On a le sentiment d'être resté extérieur aux évènements. C'est donc avec un vif intérêt que j'ai visionné, il y a quelques années, l'excellent film documentaire sorti en 2005 Sanfermines 78 de Juan Gautier et José Angel Jimenez. S'appuyant sur des images d'archives et sur des entretiens avec les principaux protagonistes de ces journées, les cinéastes démêlent peu à peu le fil des évènements mais aussi et surtout ils les éclairent à la lumière de la situation politique de l'Espagne et de la Navarre à ce moment-là.
   1978, nous sommes en pleine Transition démocratique. Franco est mort depuis près de trois ans, l' Assemblée (Las Cortes) élue démocratiquement en juin 1977 est en train d'élaborer une nouvelle constitution. Contrairement à la vision que l'on a depuis la France ou qu'ont bien voulu répandre les Espagnols eux-mêmes, tout, dans le processus de transition, ne s'est pas passé aussi facilement qu'on le pense. Durant toute cette période, les réseaux de l'extrême-droite franquiste ont été très actifs. Leur but : créer dans le pays le plus possible de situations de violence et de chaos de façon à apeurer la société espagnole et à justifier un coup d'état militaire qui restaurerait le franquisme. Le film montre que l'irruption de la police dans les arènes de Pamplona relève de cette stratégie.
   Mais le film révèle un autre enjeu qui explique l'effervescence politique qui règne à Pampelune. Le Statut d'autonomie du Pays Basque est en train d'être négocié et il s'agit de savoir si la Navarre sera incluse ou non dans cette nouvelle organisation territoriale (Elle ne le sera finalement pas). La question a toujours été sensible en Navarre et chaque évènement est utilisé par l'un ou l'autre camp pour avancer ses pions.

   Aujourd'hui ce sujet suscite encore la fièvre, et l'extraordinaire caisse de résonance qu'est la San Fermin a toujours été mise à profit par les plus radicaux pour se montrer.
   C'est à l'aune de cette problématique qu'il faut comprendre les propos récents de l'actuel maire de Pampelune (du parti nationaliste socialiste basque Bildu) sur la corrida.
   Et l'on ne peut que regretter que la tauromachie soit une fois de plus instrumentalisée pour des questions politiques qui ne la concernent pas.


     Sanfermines 78  de Juan Gautier et José Angel Jimenez  2005
 
 

jeudi 25 janvier 2018

La crise catalane

   Rien de ce qui se passe chez nos voisins espagnols n'indiffère l'aficion française. La question catalane accapare les esprits depuis plusieurs mois maintenant de l'autre côté des Pyrénées.
   Je fais partie des gens qui pensent que l'idéologie nationaliste est une de celles qui  ont le plus poussé l'humanité au crime et au malheur. Je n'ai donc de sympathie pour aucun nationalisme, fut-il espagnol ou français (les hurleurs de Marseillaise me font froid dans le dos). Quant à ces petites régions qui, comme la Catalogne espagnole, veulent péter plus haut que leur cul, si la défense de leur culture propre* me parait - à l'heure de la mondialisation à tout va - une nécessité, leur volonté de constituer un état politique indépendant relève d'une bouffonnerie pitoyable mais aussi hélas potentiellement dangereuse (pour elles-mêmes comme pour le reste de l'Europe).
   Si la confusion extrême qui prévaut aujourd'hui semble arranger tout le monde, il va bien falloir, un jour, sortir de cet imbroglio ridicule. Pour essayer d'y voir plus clair, je soumets à votre réflexion cet article de Sébastien Bauer paru dans Le Monde diplomatique de novembre 2017. Le journaliste pense que, si la cause des évènements actuels se trouve à Madrid, la solution également ...

  Sébastien Bauer, La crise catalane est née à Madrid, Le Monde diplomatique

* Dans ce domaine, les Catalans ont au moins réussi à sauver leur langue, ce que les occitans, persuadés par le jacobinisme français que la leur n'était qu'un patois de pauvres gens, n'ont pas su faire. Et ce n'est pas le choix d'appeler Occitanie (en oubliant au passage les Catalans français) une grande région française du sud qui changera les choses.






















Serafin Marin, un matador catalan dans les arènes de Madrid

vendredi 9 janvier 2015

Deux quatrains d' Omar Khayyam


Combien de temps jetterai-je des pierres dans la mer?
Je suis écœuré des idolâtres de la pagode :
Khayyam! qui peut assurer qu'il habitera l'Enfer?
Qui donc jamais visita l'Enfer? qui, jamais, revint du Ciel?


                               * * *

Boire du vin et étreindre la beauté
Vaut mieux que l'hypocrisie du dévot;
Si l'amoureux et l'ivrogne sont voués à l'Enfer,
Personne, alors, ne verra la face du Ciel.


                          Omar KHAYYAM

dimanche 16 novembre 2014

Le Manifeste d'Antonio Caballero (2)

   Je me suis risqué à traduire le Manifeste d' Antonio Caballero :

     Pour nous, les aficionados a los toros, le toreo est une manifestation de grande culture. Non parce que l'ont chanté les poètes ou peint les peintres, ni parce que la France, de manière bureaucratique, l'a déclaré patrimoine culturel intangible de sa terre. Mais parce que c'est une activité qui a une expression riche et plurielle : à la fois une fête, un rite, un spectacle, un combat, un sacrifice,un jeu. Et un art.
     Les arts se définissent par eux-mêmes, sans nécessité de démonstration théorique : ils sont comme le mouvement, qui se démontre en marchant. Et en conséquence ils se défendent aussi par eux-mêmes. Mais l'art du toreo, comme tous les arts, a un ennemi , qui est le pouvoir. Celui de l'Église l'a persécuté durant des siècles, celui des autorités civiles a voulu l'interdire en beaucoup d'époques et de lieux, aussi bien lorsque ces autorités sont despotiques - dictatures ou monarchies de droit divin - que lorsqu'elles se prétendent démocratiques en vertu du droit des majorités à gouverner. Oubliant l'autre élément essentiel de la démocratie qui est le respect pour les minorités.
     C'est en raison de cette absence de respect que nous sommes aujourd'hui réunis ici, devant cette plaza de toro de Santamaria arbitrairement fermée par le caprice d'un maire, qui le justifie au nom de la dérisoire arithmétique d'une victoire électorale.
     Les aficionados al toro sommes une minorité, et nous savons que notre goût pour les toros n'est pas universellement partagé. C'est pour cela que nous ne cherchons pas à l'imposer aux autres minorités ni ne cherchons à interdire les plaisirs des autres qui peuvent être aussi divers que l'opéra ou les courses de moto ou la pratique du spiritisme, les processions religieuses ou les marathons. Nous prétendons simplement que, réciproquement, ils ne nous imposent pas les leurs ni ne suppriment les nôtres. Nous ne voulons ni ordonner ni interdire. Mais nous résistons à ceux qui nous interdisent et nous donnent des ordres.
     Il ne s'agit pas simplement de réclamer le droit d'assister en tant que spectateur aux corridas de toros. Il s'agit aussi de défendre le droit à exercer une profession. Dans ce cas, la profession de torero, comme le désirent ces jeunes novilleros qui campent depuis des mois face aux portes closes des arènes, comme s'ils étaient les réfugiés d'une guerre.
     Ou comme l'ont fait ces figures du toreo venues d'Espagne, du Mexique, de France et bien sûr aussi de Colombie pour les soutenir personnellement en une manifestation de solidarité avec eux et de cohérence avec leurs propres vies. Nous sommes ici, en somme, pour exiger la liberté. La liberté d'expression. La liberté de choix. La liberté du plaisir. Toutes sont contenues dans l'éternel rêve libertaire qui est l'interdiction d'interdire.
     Bienvenus soient ceux qui veulent signer ce Manifeste. Ils le feront pour leur amour de la tauromachie, ou pour leur intérêt pour l'art, ou pour leur tolérance envers les goûts des autres, ou pour leur respect pour les droits des minorités, ou pour leur amour de la liberté. Ceci est un Manifeste pour hommes libres.