mardi 2 décembre 2025
La revue Manière de Voir sur l'Espagne
samedi 15 mars 2025
Un texte de Jérôme Forsans
La corrida nous rend-elle meilleurs?
L’aspiration au changement est inhérente à notre nature humaine. Ce processus actif depuis le simple organisme unicellulaire jusqu’à nos sociétés développées a accompagné notre évolution biologique et fait le tissu de notre histoire. Nous voyons actuellement un bouleversement de cette organisation planétaire qui ressemble plus à une destruction de l’ordre établi qu’à la reconfiguration de celui-ci vers des libertés nouvelles.
La mécanique évolutionniste semble s’être enrayée et nous conduire vers une période plus sombre de notre histoire.
Sans jamais se répéter, l'histoire oscille entre des cycles de progrès et de régressions. Le siècle dernier en témoigne : l'élan émancipateur des années 60, marqué par les indépendances géopolitiques et les révolutions sociétales, contraste clairement avec la montée des intolérances et des forces destructrices des années 30. Là où le progrès rend possible la nouveauté, le nihilisme imite ce progrès par la simple rupture du cadre existant. Il est difficile de faire le bilan du 20ème siècle mais nous pouvons constater à la sortie des deux grands conflits mondiaux deux avancées portées par la science: une augmentation de l’espérance de vie et un bouleversement fertile des conceptions de notre place dans l’univers. Les arts ont accompagné ces bouleversements et ont renouvelé la capacité de l’humanité à s’imaginer elle-même. Ces progrès, s'ils ont su entraîner les foules ont souvent été initiés par de simples individus dont les noms ornent les frontons de nos académies d'arts et de sciences.
Les périodes d’obscurantismes ont été aussi annoncées par des individus qui souvent sans aucun titre ni qualité ont entraîné les foules.
Ces individus n’ont pas fait advenir de nouveaux possibles, avec leur lot inquiétant d’inconnu, mais ont réactivé une pensée archaïque en guise de changement. Là où le progrès nous donne un ailleurs dans lequel exister, l’obscurantisme mime un mouvement qui n’est qu’un défilé de vieux totems. Seuls des individus ayant abdiqué leur capacité de jugement au profit d’un collectif qu’ils se sont paresseusement choisi peuvent accepter de se leurrer ainsi. Les arts et les sciences deviennent des ennemis pour eux car ils se satisfont d’une société où le vrai et le faux n’ont pas plus de valeur que le bien et le mal.
La confusion générale les préserve de penser par eux-mêmes ou de simplement recevoir toute expérience leur rappelant leur responsabilité personnelle. Ces individus simplifiés, selon la formule de Georges Bernanos, n’aspirent qu’à se décharger d'eux-mêmes dans un collectif rassurant, aussi évidemment mortifère soit-il.
Cet abandon qui contredit la composante élémentaire de la vie nous interroge. En admettant que la corrida, forme d'art actuellement la plus menacée survive, pourra-t-on dans cette atmosphère distinguer un taureau qui consent en toute plénitude au don que lui fait le torero de celui qui se rend passivement à la main de ce dernier?
Un animal qui choisit d'entrer dans un cadre jusqu’alors inconnu avec celui qui se leurre d’exercer encore sa combativité?
Seul un spectateur qui dans sa propre existence n’aura cessé d’exercer sa douloureuse liberté pourra percevoir encore cette vérité.
La corrida comme tous les arts majeurs exigera toujours face à elle cet individu libre.
Jérôme Forsans
vendredi 23 juin 2023
Rubén Amón, La fin de la fête : citations
dimanche 16 avril 2023
Amor Antuñez "El Andaluz", torero
vendredi 25 novembre 2022
Bouffonnerie
mercredi 16 novembre 2022
Pour la liberté culturelle, contre l'intégrisme animaliste
mardi 25 octobre 2022
A propos de la proposition de loi sur l'interdiction des corridas
dimanche 19 septembre 2021
Chasse
samedi 8 mai 2021
Éclaircies
lundi 11 janvier 2021
Los toros desde la izquierda
lundi 17 août 2020
Relativiser
Les voyages forment la jeunesse, dit-on. Ils permettent surtout, et cela à tout âge, de relativiser ce que nous vivons dans notre petit univers et de constater à quel point la parole de Pascal est aujourd'hui encore pertinente en dépit de l'accélération récente de la mondialisation : "Vérité en deçà de Pyrénées, erreur au delà".
Cette photo a été prise le 23 juillet dernier dans le marché couvert de Rotterdam. Aux Pays-Bas, à l'exception des transports publics où son port est obligatoire, personne ne se risque à porter un masque, ni dans les rues, ni à l'intérieur des espaces publics, comme on peut le voir sur la photo. Et pourtant, ce sage pays au sens civique affirmé n'est pas constitué de citoyens irresponsables. Mais les citoyens hollandais, malgré le tribut qu'ils ont payé comme les autres au covid 19 ce printemps dernier, ne sont visiblement pas victimes de la paranoïa qui atteint nombre de pays européens. Sans doute une forme de confiance en soi et de lucidité.
On nous abreuve en effet en permanence de chiffres de contamination qui remontent. A vrai dire on est étonné qu'ils ne soient pas plus importants compte tenu d'une part du brassage des populations européennes depuis la fin du confinement et le début des vacances d'été, d'autre part du nombre considérable de tests réalisés quotidiennement depuis que ceux-ci sont disponibles. Ce que l'on oublie en revanche de préciser, c'est que le nombre de cas graves, d'hospitalisations, de personnes en réanimation, de morts sont en baisse continuelle et ont atteint un niveau très faible. Faits qui, s'ils devaient se confirmer dans les jours prochains, montreraient que le coronavirus est en train de devenir un tigre de papier !
- données officielles françaises
- statistiques du journal Le Monde
Ce préambule pour essayer de comprendre la situation taurine en cette fin du mois d'août. On aurait pu penser que la fin du confinement ait conduit à un retour progressif de l'organisation de novilladas et de corridas dans les principales arènes de France et d'Espagne. Il se serait agi de montrer son aficion, son attachement à la cause taurine, et, ce n'est pas le moindre des arguments, de permettre aux ganaderos de faire lidier leurs toros, aux toreros d'exercer leur profession à un moment où un gouvernement espagnol gangrené par la mouvance antitaurine dénie aux subalternes tous droits sociaux.
Au lieu de cela, dans le Sud Ouest, région pourtant largement épargnée par le virus, le néant total. Un déballonage sans vergogne ! C'est un peu mieux dans le Sud Est, avec quelques réussites exemplaires et quelques projets sérieux, mais en Espagne silence de mort dans toutes les grandes arènes. Et, au moment où un mouvement se dessinait en faveur d'une lente reprise, un coup de poignard dans le dos des aficionados a été porté par ceux qui dans leurs discours démagogiques disaient soutenir la tauromachie. A savoir la coalition au pouvoir en Andalousie (PP + Vox) qui vient d'imposer un mètre et demi de séparation dans les arènes mettant ainsi fin à toute possibilité d'organiser un spectacle dans les provinces andalouses.
Pendant ce temps le Puy du Fou réussit à mettre 12 000 spectateurs dans ses "arènes" pour des pitreries pour touristes. Vérité en deçà des Pyrénées ...
mardi 5 novembre 2019
Proposition de loi
Les aficionados se devaient toutefois de réagir. Ils l'ont fait avec modération et intelligence. Le communiqué de l'UVTF, le manifeste signé par 40 artistes, les appels et les manifestations pacifiques déjà organisées en sont de bons exemples. Mais il n'est pas sans intérêt de rappeler aux députés du parti présidentiel LREM et notamment à Gilles Le Gendre, actuel président de leur groupe, que le peuple aficionado sait aussi utiliser un bulletin de vote. De l'aficionado chevronné qui assiste à plusieurs courses par an à la personne qui, sans aller régulièrement aux arènes, adhère au monde de la corrida, ce sont plusieurs centaines de milliers d'électrices et d'électeurs qui se sentent concernés par cette attaque contre leur culture. Attaque qui se double, une fois de plus, d'un mépris avéré pour tous les citoyens qui ne sont pas de leur monde.
Lors des prochaines élections municipales, pas une voix pour les candidats de La République En Marche.
- Qu'est-ce qu'une proposition de loi ?
- La proposition de loi présentée par Samantha Cazebonne
- Communiqué de l'Union des Villes Taurines de France
- Appel signé par 40 artistes
- Appel aux élus (FSTF)
jeudi 4 juillet 2019
Recette
Voici une recette tirée du livre de Marie Rouanet, Petit traité romanesque de cuisine.
La grillade de taureau de combat, libations et feu rituel
Songez avant tout que le taureau de combat vit quatre ou cinq ans dans d'immenses pâturages, beau et libre comme au jour de la création; songez qu'il meurt glorieusement, en quelques minutes. Admettez donc que, pour sa vie comme pour sa mort, il est bien mieux partagé que beaucoup d'êtres humains et que la plupart des bêtes destinées à notre nourriture : poules ébécquées, cochons en stalag, veaux dans leurs cercueils de bois. Que vaut-il mieux : l'arène, l'abattoir ou l'hôpital, un tuyau dans chacun de vos trous ? Arrêtez donc de vous scandaliser de la corrida et portez votre indignation sur les élevages de poules.
Vous voilà presque prêt à manger le taureau mariné, l'âme sereine. Parachevez votre paix intérieure en allant à la corrida, même sans rien y connaître. Pour la lumière de six heures du soir, les ombres longues, les cris et les couleurs de la foule, la bête superbe foudroyée par ce petit coléoptère tout doré qui ne marche pas mais danse; le matador.
Dès le lendemain d'une corrida, plusieurs boucheries de la ville annoncent : Vente de taureau. Le boucher écrit sur une ardoise ou un grand papier blanc :
Vente de toro
ou de taureau."
et il ajoute toujours une précision. "Véritable toro de corrida" (véritable est souligné), "Toro de combat tué à la corrida du 12". Il précise pour les amateurs : "toro, Victorino Martin ou Miura" et quand il taillera votre morceau il vous rappellera comme la "faena" était belle.
Ne lésinez pas, achetez-en une belle tranche épaisse. Faites-la mariner un moment - elle ne doit pas tremper, vous la retournerez souvent - dans trois verres d'un bon saint-chinian aromatisé d'un gros oignon doux de Lézignan, de laurier, thym et poivre.
Ne salez pas. Vous salerez seulement dans le plat de service quand le taureau aura cuit vivement - grillée la surface, rouge le cœur - sur une forte braise de sarment de vigne.
Autrefois, dans la Grèce antique, avant de sacrifier le bœuf - il était obligatoire de le tuer avec une lame - on versait du vin sur son front. Et lorsqu'on avait brûlé pour Zeus la graisse fine et quelques pièces de choix, les fidèles mangeaient le reste.
Tout est donc réuni : la lame, le vin, le feu, pour que cette viande exceptionnelle servie sur votre table soit une consommation rituelle.
La part du Dieu est restée dans l'arène : du sang et quelque oreille, à la tranche nacrée, que le matador brandit au-dessus d'un blanc sourire de Méditerranéen, tandis que pleuvent les chapeaux, les souliers et les fleurs jetés par les femmes.
vendredi 6 juillet 2018
Pamplona, 8 juillet 1978
Il faisait chaud à Pampelune ce jour-là. J'avais préféré passer l'après-midi à somnoler au frais sur les pelouses des fortifications, derrière les arènes plutôt qu'aller voir Damaso Gonzalez et Antonio José Galan dans le chaudron pamplonais. Mais pas question de manquer la corrida du lendemain (toros de Salvador Guardiola pour Ruiz Miguel, Manolo Cortes et Julio Robles), aussi en fin d'après-midi je me dirige vers les guichets de la plaza qui mettent en vente, à la fin de la corrida, les places restantes pour le lendemain. Une petite queue s'est déjà formée mais je suis bien placé. Les gens commencent à sortir de la plaza, on entend le brouhaha habituel en ces lieux. Tout à coup, à l'intérieur des arènes, de fortes détonations, des cris. On est un peu inquiet d'autant qu'on ne voit pas ce qui se passe. La première idée qui me vient c'est qu'un toro s'est échappé. Mais très vite, autour de nous, des mouvements de foule, des gens courent dans tous les sens, la panique gagne. Des fumées aussi et de drôles d'odeurs, mélange de poudre et de gaz lacrymo. Je rejoins mes compañeros. Chacun raconte sa version mais nous avons du mal à comprendre réellement ce qui se passe. Ce qui est sûr c'est qu'il y a du baston entre la police armée (les gris) et les mozos des peñas. Et ça va durer toute la nuit.
Nous décidons d'aller passer la soirée dans un quartier plus calme de la ville mais le cœur n'y est plus. Pobre de mi, se han acabado las fiestas.
Le lendemain un calme étrange et pesant a envahi la ville. L'encierro n'a pas eu lieu. Non loin des arènes, avenida de Roncesvalles, des fleurs déposées sur le bitume, c'est là qu'est tombé German Rodriguez, une balle dans la tête.
Lorsque le hasard nous rend témoin d'évènements aussi dramatiques que celui-ci et que, de plus, on est étranger, on est bien sûr pris par l'émotion mais on a du mal à appréhender ce qui s'est passé. On a le sentiment d'être resté extérieur aux évènements. C'est donc avec un vif intérêt que j'ai visionné, il y a quelques années, l'excellent film documentaire sorti en 2005 Sanfermines 78 de Juan Gautier et José Angel Jimenez. S'appuyant sur des images d'archives et sur des entretiens avec les principaux protagonistes de ces journées, les cinéastes démêlent peu à peu le fil des évènements mais aussi et surtout ils les éclairent à la lumière de la situation politique de l'Espagne et de la Navarre à ce moment-là.
1978, nous sommes en pleine Transition démocratique. Franco est mort depuis près de trois ans, l' Assemblée (Las Cortes) élue démocratiquement en juin 1977 est en train d'élaborer une nouvelle constitution. Contrairement à la vision que l'on a depuis la France ou qu'ont bien voulu répandre les Espagnols eux-mêmes, tout, dans le processus de transition, ne s'est pas passé aussi facilement qu'on le pense. Durant toute cette période, les réseaux de l'extrême-droite franquiste ont été très actifs. Leur but : créer dans le pays le plus possible de situations de violence et de chaos de façon à apeurer la société espagnole et à justifier un coup d'état militaire qui restaurerait le franquisme. Le film montre que l'irruption de la police dans les arènes de Pamplona relève de cette stratégie.
Mais le film révèle un autre enjeu qui explique l'effervescence politique qui règne à Pampelune. Le Statut d'autonomie du Pays Basque est en train d'être négocié et il s'agit de savoir si la Navarre sera incluse ou non dans cette nouvelle organisation territoriale (Elle ne le sera finalement pas). La question a toujours été sensible en Navarre et chaque évènement est utilisé par l'un ou l'autre camp pour avancer ses pions.
Aujourd'hui ce sujet suscite encore la fièvre, et l'extraordinaire caisse de résonance qu'est la San Fermin a toujours été mise à profit par les plus radicaux pour se montrer.
C'est à l'aune de cette problématique qu'il faut comprendre les propos récents de l'actuel maire de Pampelune (du parti nationaliste socialiste basque Bildu) sur la corrida.
Et l'on ne peut que regretter que la tauromachie soit une fois de plus instrumentalisée pour des questions politiques qui ne la concernent pas.
Sanfermines 78 de Juan Gautier et José Angel Jimenez 2005
jeudi 25 janvier 2018
La crise catalane
Je fais partie des gens qui pensent que l'idéologie nationaliste est une de celles qui ont le plus poussé l'humanité au crime et au malheur. Je n'ai donc de sympathie pour aucun nationalisme, fut-il espagnol ou français (les hurleurs de Marseillaise me font froid dans le dos). Quant à ces petites régions qui, comme la Catalogne espagnole, veulent péter plus haut que leur cul, si la défense de leur culture propre* me parait - à l'heure de la mondialisation à tout va - une nécessité, leur volonté de constituer un état politique indépendant relève d'une bouffonnerie pitoyable mais aussi hélas potentiellement dangereuse (pour elles-mêmes comme pour le reste de l'Europe).
Si la confusion extrême qui prévaut aujourd'hui semble arranger tout le monde, il va bien falloir, un jour, sortir de cet imbroglio ridicule. Pour essayer d'y voir plus clair, je soumets à votre réflexion cet article de Sébastien Bauer paru dans Le Monde diplomatique de novembre 2017. Le journaliste pense que, si la cause des évènements actuels se trouve à Madrid, la solution également ...
Sébastien Bauer, La crise catalane est née à Madrid, Le Monde diplomatique
* Dans ce domaine, les Catalans ont au moins réussi à sauver leur langue, ce que les occitans, persuadés par le jacobinisme français que la leur n'était qu'un patois de pauvres gens, n'ont pas su faire. Et ce n'est pas le choix d'appeler Occitanie (en oubliant au passage les Catalans français) une grande région française du sud qui changera les choses.
Serafin Marin, un matador catalan dans les arènes de Madrid
vendredi 9 janvier 2015
Deux quatrains d' Omar Khayyam
Combien de temps jetterai-je des pierres dans la mer?
Je suis écœuré des idolâtres de la pagode :
Khayyam! qui peut assurer qu'il habitera l'Enfer?
Qui donc jamais visita l'Enfer? qui, jamais, revint du Ciel?
* * *
Boire du vin et étreindre la beauté
Vaut mieux que l'hypocrisie du dévot;
Si l'amoureux et l'ivrogne sont voués à l'Enfer,
Personne, alors, ne verra la face du Ciel.
Omar KHAYYAM
dimanche 16 novembre 2014
Le Manifeste d'Antonio Caballero (2)
Pour nous, les aficionados a los toros, le toreo est une manifestation de grande culture. Non parce que l'ont chanté les poètes ou peint les peintres, ni parce que la France, de manière bureaucratique, l'a déclaré patrimoine culturel intangible de sa terre. Mais parce que c'est une activité qui a une expression riche et plurielle : à la fois une fête, un rite, un spectacle, un combat, un sacrifice,un jeu. Et un art.
Les arts se définissent par eux-mêmes, sans nécessité de démonstration théorique : ils sont comme le mouvement, qui se démontre en marchant. Et en conséquence ils se défendent aussi par eux-mêmes. Mais l'art du toreo, comme tous les arts, a un ennemi , qui est le pouvoir. Celui de l'Église l'a persécuté durant des siècles, celui des autorités civiles a voulu l'interdire en beaucoup d'époques et de lieux, aussi bien lorsque ces autorités sont despotiques - dictatures ou monarchies de droit divin - que lorsqu'elles se prétendent démocratiques en vertu du droit des majorités à gouverner. Oubliant l'autre élément essentiel de la démocratie qui est le respect pour les minorités.
C'est en raison de cette absence de respect que nous sommes aujourd'hui réunis ici, devant cette plaza de toro de Santamaria arbitrairement fermée par le caprice d'un maire, qui le justifie au nom de la dérisoire arithmétique d'une victoire électorale.
Les aficionados al toro sommes une minorité, et nous savons que notre goût pour les toros n'est pas universellement partagé. C'est pour cela que nous ne cherchons pas à l'imposer aux autres minorités ni ne cherchons à interdire les plaisirs des autres qui peuvent être aussi divers que l'opéra ou les courses de moto ou la pratique du spiritisme, les processions religieuses ou les marathons. Nous prétendons simplement que, réciproquement, ils ne nous imposent pas les leurs ni ne suppriment les nôtres. Nous ne voulons ni ordonner ni interdire. Mais nous résistons à ceux qui nous interdisent et nous donnent des ordres.
Il ne s'agit pas simplement de réclamer le droit d'assister en tant que spectateur aux corridas de toros. Il s'agit aussi de défendre le droit à exercer une profession. Dans ce cas, la profession de torero, comme le désirent ces jeunes novilleros qui campent depuis des mois face aux portes closes des arènes, comme s'ils étaient les réfugiés d'une guerre.
Ou comme l'ont fait ces figures du toreo venues d'Espagne, du Mexique, de France et bien sûr aussi de Colombie pour les soutenir personnellement en une manifestation de solidarité avec eux et de cohérence avec leurs propres vies. Nous sommes ici, en somme, pour exiger la liberté. La liberté d'expression. La liberté de choix. La liberté du plaisir. Toutes sont contenues dans l'éternel rêve libertaire qui est l'interdiction d'interdire.
Bienvenus soient ceux qui veulent signer ce Manifeste. Ils le feront pour leur amour de la tauromachie, ou pour leur intérêt pour l'art, ou pour leur tolérance envers les goûts des autres, ou pour leur respect pour les droits des minorités, ou pour leur amour de la liberté. Ceci est un Manifeste pour hommes libres.













