vendredi 23 juin 2023
Rubén Amón, La fin de la fête : citations
mercredi 15 avril 2020
Petit viatique pour temps de coronavirus (4)
A défaut de toros pour de vrai, voici, en ces temps pleins de lourdeur, un peu de légèreté avec ces dessins animés dans lesquels il est question de corrida ou plus précisément de bullfight. En attendant de retrouver la route des toros à partir de la mi-juillet, on l'espère ...
16 dessins animés taurins
♦ Alice the toreador Walt Disney 1925 8'
un des tout premiers dessins animés de l'auteur de Bambi
♦ Long live the bull Joseph Sunn 1926 15'
pâte à modeler
♦ El terrible toreador Walt Disney 1929 6'
classique
♦ Spanish onions (Placide toréador) F. Moser et P. Terry 1930 6'
♦ Bulloney Ub Iwerks 1933 8'
♦ Croon crazy Steve Muffati 1933 6'
le passage taurin est court mais le dessin animé excellent
♦ Picador Porky Tex Avery 1937 9'
♦ Bulldozing the bull Dave Fleisher 1938 6'
Popeye entre dans l'arène à son corps défendant et propose la paix au taureau.
Le premier dessin animé antitaurin ?
♦ Ferdinand le taureau W. Disney production 1938 8'
Le premier taureau gracié pour sa niaiserie. Une pratique devenue courante au XXIè siècle.
♦ A torrid toreador Eddy Donnelly 1942 6'
♦ The Hollywood matador Walter Lantz 1942 7'
Woody Woodpecker
♦ Señor Droopy Tex Avery 1948 8'
Incontournable
♦ For whom the bulls toi ! (Dingo toréador) W. Disney prod. 1953 7'
♦ Bully for Bugs (Bunny toréador) Chuck Jones 1953 7'
Bugs Bunny
♦ Mucho mouse W. Hanna et J. Barbera 1956 7'
Tom et Jerry
♦ Bully for pink (La panthère torero) Hawley Pratt 1965 6'
La Panthère Rose
Cliquez sur le titre pour voir le dessin animé.
image : le célèbre Droopy de Tex Avery face à un monstre nommé Covid 19
vendredi 22 mars 2019
Vu à Valence
Pour les Fallas, la capitale de la Communauté Valencienne pétarade avec tant d'ardeur que l'extraterrestre de passage doit se poser beaucoup de questions sur les us et coutumes des Terriens. L'apothéose a lieu sur la place de la mairie, elle attire, à 14 heures en puntas, des foules considérables pour la masclete quotidienne. Attention ! ça continue de manière spontanée et joyeuse toute la journée, toute la nuit, dans tous les quartiers, et les enfants ne sont pas les derniers à prendre un malin plaisir à faire exploser leurs pétards dans les rues. Dans ce contexte, les arènes sont presque un havre de paix. Le public y réagit avec mesure et les olés ont des douceurs levantines.
Les trois corridas auxquelles j'ai assisté ont toutes eu leur intérêt, en grande partie grâce au bon niveau général des toros combattus. Aucun ne fit preuve de faiblesse de pattes, leur niveau de bravoure fut correct et certains (un jandilla et plusieurs fuenteymbros) se sont montrés supérieurs. La raison m'oblige à penser qu'il s'agit d'un heureux hasard, mais on se prend à rêver d'une temporada qui se maintiendrait à ce niveau.
Retour sur un non indulto
La polémique a surgi à la suite du refus du président d'indulter le cinquième toro de la corrida de Jandilla. Notons que s'il y eut polémique dans la presse, dans l'arène tout se passa normalement. Le président essuya une bronca mesurée, adoucie par les applaudissements de nombreux aficionados, et l'on en resta là. L'occasion me parait bonne pour rappeler aux chantres de l'indulto que, plutôt que de verser des larmes de crocodiles sur la mort d'Horroroso, le meilleur moyen pour eux de justifier leur appétit de grâce serait de militer pour la troisième pique. Le cas était d'école. Le jandilla prend deux piques mais il est en fait très peu châtié car les deux fois, effet de sa bravoure et de son poder, il renverse très rapidement le cheval. S'il est placé de loin une troisième fois et accourt avec la même impétuosité, tout le monde y gagne. Le public qui assiste à un spectacle rare et plein d'émotion, le toro qui sauve sa vie, et les partisans de l'indulto car personne n'aurait contesté une grâce dans de telles conditions. Moralité : il faut savoir oser, même en corrida dite toreriste, la troisième pique !
La blessure d'Enrique Ponce
L'homme a fait preuve tout au long de sa carrière d'une telle domination et d'une telle sécurité face au toro que le voir se faire blesser est un évènement. Évènement qui nécessite donc quelque développement. Parlons tout d'abord des toros. On attendait peu de choses des Garcia Jimenez (entreprise Matilla) annoncés pour la partie pédestre de cette corrida mixte tellement leur temporada dernière fut catastrophique. On fut donc plutôt agréablement surpris de voir débouler trois Olga Jimenez (le 4ème était de Parladé) très bien armés, solides, mobiles et même parfois dotés d'une pointe de nerf. Face à son premier, Ponce coupa une oreille après des derechazos serrés et une estocade entière. Au second, vif et mobile, après un début par trincherazos secs, le maestro - et c'est là sans doute sa surprenante erreur - ne semble pas juger nécessaire d'utiliser le toreo dominateur qui le caractérise. C'est ainsi qu'il en vient à donner une série de naturelles de profil, les pieds joints, profitant de la mobilité du toro. Il veut remater par un molinete inversé lié à un pecho mais sur le retour le toro aperçoit le torero et lui vient directement au corps, le frappe derrière la cuisse, le renverse violemment au sol où il cherche à le reprendre. La cape salvatrice d'un peon détourne le toro au moment où il allait à nouveau frapper. Enrique se relève, grimaçant de douleur, et porte aussitôt la main à son genou, puis est amené rapidement à l'infirmerie.
Pour la petite histoire, le maestro de Chiva portait en ce 18 mars pour la première fois un costume blanc et noir aux couleurs du Valencia Club de Futbol qui célébrait ce jour son centième anniversaire.
L'émoi est grand dans les officines taurines car il semblerait que la gravité de la blessure au genou soit de nature à remettre en cause la temporada du Valencien. Et peut-être même lui donner l'idée, après trente ans de bons et loyaux services aux plus hauts sommets, d'une retraite bien méritée.
Une corrida importante de Fuente Ymbro
Avec un toro de vuelta, Damasco, sorti en deuxième position, au galop vibrant et encasté, et trois autres de grande qualité, braves, nobles, l'élevage gaditan a permis une corrida de clôture d'un excellent niveau et d'un intérêt toujours soutenu.
Quel plaisir de pouvoir déguster la toreria de Finito de Cordoba ! Demi-véroniques de cartel, enchainements majestueux, sobriété distinguée, classe, élégance. Celui qui aurait pu être une figure majeure s'il n'avait manqué de valor a peut-être encore un avenir comme telonero de luxe. Le bon public valencien a savouré en connaisseur la prestation raffinée du Cordouan de Barcelone.
Comment peut-on quitter les arènes les mains vides sur une simple ovation après avoir joué sa vie en permanence et réalisé deux faenas de deux oreilles avec deux toros différents, l'un terriblement encasté, l'autre plus pastueño ? Tant que Roman tuera de manière aussi calamiteuse que ce jour il restera dans l'ombre alors que, par son courage, son entrega et sa technique, il m'a paru être capable d'accéder à une position des plus enviables dans cette dure profession de torero.
Les pétards se sont tus, la circulation automobile a repris ses droits. Les dizaines de Fallas se sont évanouies dans la nuit du 19. Pendant une semaine, la plaza de toros, au cœur de la cité, a été un des hauts lieux de la feria. Pour ce que j'en ai vu, Valencia est une ville taurine digne d'intérêt.
photos velonero
1 Dans le quartier de Ruzafa un jardin public porte le nom du matador valencien tué en 1921.
2 Il y a souvent la queue pour faire ses emplettes mais les critères de vente sont stricts, à chaque âge ses munitions.
3 La falla de la place de l'Ayuntamiento, la plus grande, la plus classique (quelques autres photos de fallas prochainement).
jeudi 21 mars 2019
Valence
Dimanche 17 mars 2019 Valencia
très beau temps, fort vent
trois quart d'entrée
4 toros de Jandilla, 2 de Vegahermosa (1, 6), 12 piques 3 chutes, excellent le 5 Horroroso (vuelta) pour Diego Urdiales (salut, silence), Sébastien Castella (silence, deux oreilles) et Cayetano (silence, silence).
Dans un lot de Jandilla qui manqua de fond, Horroroso, le mal nommé, tranche par ses qualités. C'est un toro complet, brave sous le fer en deux piques pour autant de chutes brutales, puis de charge ardente et inépuisable à la muleta. La forte pétition d'indulto ne fut pas prise en compte par le président et c'est une vuelta al ruedo unanimement acclamée qui honora le combat du toro. Une troisième pique aurait sans doute permis à Horroroso de prétendre à l'indulto tout en offrant au public le spectacle renouvelé de sa bravoure, mais qui se soucie d'une troisième pique ?
Sébastien Castella n'est pas torero à laisser passer ce genre d'adversaire. Il mit les arènes en incandescence, d'abord par un excellent quite par chicuelina puis, après un brillant tercio de banderilles de José Chacon et Fernando Perez, par un début de faena au centre dont il a le secret, suivi de séries de derechazos rythmés et dominateurs. A gauche le ton baissa nettement et, après les péripéties habituelles d'une demande d'indulto, il en finit par une entière desprendida et un descabello. A son premier adversaire, le Biterrois s'était fait remarquer par un début de faena appuyé à la barrière aux accents luismiguelistes.
Diego Urdiales montra quelques éclairs de sa toreria face au fade premier, bien tué d'une entière.
On peut penser que la spectaculaire cogida de Gomez Pascual (cornada de 10 centimètre dans le dos), peon de Cayetano, au cours du second tercio du deuxième toro ne contribua pas à mettre ce dernier dans les meilleures dispositions. Ajoutons à cela un vent très gênant ... et deux toros imposants et pas faciles à manœuvrer et on aura compris que l'aîné des Rivera Ordoñez connut une tarde des plus discrètes. Pourtant, lorsqu'il se jeta à genoux pour commencer sa faena au 6, j'ai cru un instant revoir la silhouette de son père.
jeudi 5 avril 2018
Sur deux corridas arlésiennes
On sait Miguel Angel Perera dans un moment de plénitude. Il ne pouvait passer à côté de son rendez-vous avec Licenciado, ce toro si noble qu'on avait envie de lui souffler depuis les gradins : " lance donc un coup de corne de temps en temps". Et s'il n'a pas lancé ce coup de corne c'est peut-être parce qu'il a été toréé avec une telle confiance, une telle douceur, un tel temple que l'idée ne lui en est jamais venue. Je ne suis pas porté vers la tauromachie de Perera, mais je dois reconnaitre qu'en ce jour de Pâques le maestro extremeño, toréant dans la plus pure lignée de Damaso Gonzalez, a su me convaincre qu'il pouvait être grand torero.
Pour l'avoir vu plusieurs fois comme novillero je savais qu'Andy Younes avait de grandes possibilités. Il a su saisir la chance qui avait pour nom Lastimoso, le dernier Jandilla. Aucune fausse note dans la faena de l'Arlésien qui sut toréer comme l'eut fait une figure un toro certes très noble mais exigeant par sa charge soutenue et inépuisable. On peut lui reprocher d'avoir, en prolongeant sa faena, joué la carte de l'indulto, ce truc qui permet d'éviter la mise à mort et de se faire de la publicité à bon compte; mais à ce stade de sa carrière, il lui était difficile de refuser cette bénédiction qu'offrent les publics faciles et les présidents sans critère.
Gines Marin a pratiqué un toreo light, sorte de champagne sans alcool qui ne fait tourner ni la tête, ni le cœur et laisse les papilles prêtes à profiter de ce qui va suivre. Reconnaissons lui deux mérites : celui d'avoir réussi à mettre et à garder dans la muleta son premier adversaire manso, distrait et coureur et celui de ne pas étouffer ses toros. Sa muleta légère, distanciée, utilisant toujours le pico, ne contraignant jamais, ne rebute jamais non plus. C'est peut-être la raison de son succès actuel, et pourtant j'imagine un jour Gines toréant avec profondeur, mais ce jour ne semble pas encore venu.
Il est difficile de concevoir qu' El Fandi ait pu être à l'affiche de la corrida de lundi pour ses mérites propres. On voit plutôt sa présence comme un accord de réciprocité entre le matador organisateur arlésien et Matilla, puissant apoderado du Granadino. Le procédé n'est pas nouveau mais il est fâcheux.Surtout lorsqu'il conduit à laisser sur la touche un matador local qui a pourtant fait ses preuves ici comme Thomas Joubert ou d'innombrables espagnols qui auraient très certainement tiré un parti bien plus artistique des excellentes conditions qu'offrait Notario, le quatrième toro d'Alcurrucén. Fandi pour sa part ne brilla pas même aux banderilles; il est juste toutefois de noter la maestria et la précision avec lesquelles il conduisit chaque fois ses toros à la pique.
L'autre bon toro d' Alcurrucén fut toréé avec finesse et bon goût par José Garrido particulièrement sur la main gauche et l'oreille qu'il coupa était la seule justifiée de l'après-midi.
A propos d'oreille, on regrettera qu'après un bajonazo aussi honteux que celui donné par Luis David Adame au sixième toro, il se soit trouvé des aficionados sur les gradins et un président au palco pour sortir leur mouchoir blanc. De telles oreilles ôtent beaucoup de sérieux à une arène.
jeudi 15 décembre 2016
Quelques photos de la temporada 2016
Séville, mercredi 13 avril
Galapagueño, bon victorino auquel Paco Ureña coupera deux oreilles après une excellente faena.
Un certain Cobradiezmos sur le chemin du paradis
¡Triunfo!
Bilbao, jeudi 25 août
Mucama (un peu riquiqui pour Bilbao, non?) face à la cavalerie
jeudi 10 novembre 2016
Bilan 2016
6 toros de Victorino Martin 6
Enrique Ponce - Curro Díaz - José Garrido
Il est un peu énervant, Enrique Ponce, a être toujours au premier plan après plus de vingt-cinq ans de triomphes sur tous les points de la planète taurine. On connait ses défauts, les facilités qu'il se donne dans son toreo, mais, face à un toro récalcitrant, il n'y en a pas un, dans l'escalafon, qui lui arrive à la cheville.
Curro Díaz a sans doute connu sa temporada la plus complète depuis son alternative en 1997. Il a affronté avec succès les devises les plus redoutées et a triomphé à Madrid. Lui aussi a ses défauts -une réticence à se croiser - mais quel art et quel pundonor durant toute cette saison! On rêve de le voir à ce niveau pendant dix ans encore...
De tous les jeunes toreros qui ont enfin pu, cette année, s'immiscer dans les cartels dont les figures avaient jusqu'à présent réussi à les écarter, José Garrido m'est apparu comme le plus consistant. Sur le sable de Bilbao, son combat face à l'impressionnant Barbadura de Torrestrella (le meilleur toro de ma temporada) en témoigne. Ce jour-là, en revanche, Lopez Simon, bien aidé par les manigances de son apoderado, s'est effondré et Roca Rey, la révélation du début de temporada, avait été contraint de jeter l'éponge après deux KO successifs les jours précédents.
Malgré leur fausse note de Bilbao, les Victorino Martin ont connu une excellente temporada. Une excellente saison, oui vraiment, mais je remarque qu'il y a eu trois toros indultés (Séville, Calasparra, Illescas). Trois toros indultés, c'est plus que chez Nuñez del Cuvillo (1), Domingo Hernandez "Garcigrande" (1) et Juan Pedro Domecq (0) réunis. Faut-il en tirer des conclusions sur l'évolution de l'élevage? A chacun de se faire un jugement ... sans oublier de mettre dans la balance les alimañas de Vic.
Un élevage qui ne connait pas de problème d'indulto, c'est celui de Dolores Aguirre. Dans le panorama sinistré des élevages toristes il s'agit sûrement de l'un des plus intéressants et pourtant on le voit trop rarement. Mon rêve serait que, au cours des années qui viennent, dans les plazas françaises aussi bien que dans les grandes ferias espagnoles, les Dolores Aguirre trouvent vraiment leur place.
2015
vendredi 22 avril 2016
Notes sur Séville
Contrairement à celui d'Arrojado de Nuñez del Cuvillo en 2011, l'indulto de Cobradiezmos n'a pas suscité de polémique. Il est vrai qu'en comparaison avec ce que nous offre la cabaña brava habituellement, le pupille de Victorino Martin fut un toro réellement exceptionnel. Il a pourtant hésité et gratté avant de s'élancer pour la deuxième pique ... mais a poussé avec bravoure. Comme toujours en pareil cas c'est son comportement au troisième tiers qui a suscité la demande d'indulto.
Même lorsqu'ils sont portés par une sincère allégresse populaire - plutôt que téléguidés cyniquement depuis le callejon - j'éprouve toujours une réserve vis à vis des indultos. J'y vois d'abord la glorification d'un produit parfaitement calibré (mais pourquoi pas après tout, à condition que la chose soit rare). J'y vois aussi une défaite de l'éthique taurine qui veut que le toro meure en défendant sa peau dans l'arène face à un matador qui prend tous les risques à l'heure de vérité.
Justice taurine
Affronter les toros de Victorino Martin n'est pas toujours un choix de la part des matadors. Ne pas les affronter et préférer le chant des sirènes des élevages domecquisés en est un assurément. Un mauvais. Car la justice taurine veut que pendant que certains s'ennuient et ennuient devant les toros anodins qu'ils ont voulus d'autres accomplissent des exploits et sortent de l'ombre face aux Victorino.
Public
Ce qui est extraordinaire à Séville c'est, dès lors que le torero torée bien, l'entrée en action immédiate du public. Une communion s'opère; un olé rauque, profond, dont les vibrations semblent faire trembler (mais peut-être le font-elle réellement) les solides et vieilles pierres de la Maestranza, surgit des entrailles de chaque spectateur. Cela fait partie du bonheur d'être à Séville.
Musée
Dans l'ancien couvent de la Merced Calzada, lieu plein de charme et havre de paix, se trouve aujourd'hui le musée des beaux-arts de Séville. On peut bien sûr y admirer des toiles célèbres de Murillo et Zurbaran. Mais j'y ai découvert un tableau magnifique : La muerte del maestro de José Villegas. L'immensité de la toile et sa virtuosité technique n'empêchent pas l'émotion de naître devant cette cuadrilla recueillie devant le cadavre du maestro. Le peintre s'est inspiré de la mort de Bocanegra en plaza de Baeza le 21 juin 1889.
mercredi 20 avril 2016
Séville
Mercredi 13 avril 2016 Maestranza Sevilla
beau temps, frais
deux tiers d'arène
6 toros de Victorino Martin, braves (12 piques, ovation au 3, indulto pour le 4, Cobradiezmos) pour Manuel Escribano (silence, deux oreilles symboliques), Morenito de Aranda (silence, silence) et Paco Ureña (deux oreilles, silence)
Cobradiezmos est un typique cárdeno de la casa Victorino. Il prend deux piques en poussant fort, avec fixité. A la muleta, sa charge semble inépuisable : longue, la tête au ras du sol, avec une telle codicia, en particulier lors de ses retours à la fin de chaque passe qu'elle donne en permanence émotion et importance au travail du torero. Lorsque Manuel Escribano après plusieurs séries à droite prend la main gauche, on se dit qu'il n'est pas possible que le toro ait la même charge de ce côté ... et bien si! Même puissance, même codicia, même noblesse. Être capable de garder le sitio, de mandar sans se faire accrocher la muleta, de conserver à tout moment la maîtrise du combat n'est certainement pas à la portée du premier torero venu. On doit rendre grâce au Sévillan d'avoir parfaitement réussi à le faire. Le tout avec bon goût et classicisme. Chaude vuelta en compagnie de Victorino fils après que Cobradiezmos, le héros du jour, eût regagné les corrals.
L'autre évènement de la tarde fut la grande faena de Paco Ureña face au troisième toro. Faena essentiellement droitière (la bonne corne du toro), sincère, profonde, pure, donnée sans un geste superflu, qui provoqua les olés profonds de Séville. Deux oreilles pour le Murciano après une entière desprendida. Le public était prêt à lui ouvrir la porte du Prince mais le dernier toro, deslucido, ne l'a pas permis.
Face à deux adversaires encastés, Morenito de Aranda se trouva en difficulté technique.
On piqua en général bien tout au long de la soirée, ce que le public de la Maestranza apprécia.
La nuit est déjà tombée sur Séville lorsque sortent en triomphe (par la porte des cuadrillas) Manuel Escribano et Paco Ureña mais elle est éclairée par le bonheur des spectateurs. Une tarde pour le souvenir.
mardi 24 juillet 2012
Trois jours de toros
1- Vendredi, Mont de Marsan
Dans une temporada les grandes courses complètes sont peu fréquentes. Celle-ci, assurément, en fut une; elle restera gravée dans le souvenir des spectateurs présents ainsi que dans les annales du Plumaçon.
Il est rare, en effet, de voir sortir des chiqueros six toros aussi beaux, expression parfaite du trapío du toro brave espagnol.
Et cinq sur six braves et nobles dont trois que l'on peut qualifier de supérieurs.
Vraiment Ricardo Gallardo peut être fier du travail accompli. Sur un terrain (domecq) où d'autres ne produisent qu'un infâme brouet incolore, inodore et sans saveur, il a réussi, en une vingtaine d'années, à créer un grand cru classé de haut niveau.
On ne peut demander à Matias Tejela plus qu'il ne peut donner. Son toreo, joli mais superficiel, pèse peu sur les toros. Aujourd'hui pourtant, face à Jazmin, il a su trouver l'accord rêvé, il a réussi à atteindre cette harmonie que l'on appelle, en tauromachie, le temple.
Ivan Fandiño a construit face à Señorio une grande faena, toute entière dans le même terrain comme savent le faire les grands maîtres. Une faena si impérieuse qu'elle a contraint son adversaire, très réservé dès sa sortie, à se livrer de plus en plus et finalement à dévoiler sa grande caste.
Deux reproches peuvent être fait à David Mora. Le premier est de n'avoir pas mis en valeur l'excellent Cazador au premier tiers. Le second d'avoir perdu le fil de sa faena après un début grandiose par doblones majestueux et derechazos de clameur cités de loin. Est-ce le toro qui alla a menos ou le torero qui manqua d'arguments? Toujours est-il que la faena perdit de son intensité et ce qui était parti pour un triomphe de puerta grande se termina avec une seule oreille.
Un joli nom "Jazmin", trois piques prises avec bravoure, une noblesse extrême. Un indulto.
Ce ne fut pas, pour moi, l'événement de la journée, le vrai événement ce fut la grande corrida de FuenteYmbro et trois toreros qui, chacun dans son style, se la jouent face à des adversaires braves et imposants.
...Trois piques quand même... Que les futurs prétendants ne l'oublient pas!
mercredi 5 octobre 2011
Baltasar Iban conservatoire de la bravoure du toro de lidia
Santanero, le cinquième sera l'unique novillo de l'après-midi à sortir seul de la pique. Pique unique et bien insuffisante. Il puntée nerveusement dans la muleta. Face à un tel adversaire, la verdeur d'Angel PUERTA est si manifeste que malgré sa vaillance désordonnée il est peu à peu dominé par le novillo qui, lui, va a mas. Toutefois, c'est avec plaisir que je le reverrais l'an prochain car le garçon possède l'envie et le courage qui font les novilleros authentiques.
Et bien sûr final triomphal aussi pour l'élevage avec la sortie a hombros du mayoral.
lundi 2 mai 2011
Indulto (3)
dimanche 1 mai 2011
Tauromachie invertie
Je n'y étais pas, je ne l'ai vu ni en direct à la télévision, ni en vidéo; je n'ai donc pas d'avis à donner sur le fait lui-même. Ce qui est sûr c'est que l'évènement constitue une apothéose du torerisme dont l'Andalousie en général et Séville en particulier sont l'épicentre. Paradoxalement Arrojado n' a pas permis le triomphe de José Maria Manzanares puisque le torero (on hésite à utiliser le mot matador) ne l'a pas tué et ne lui a pas coupé les oreilles - au final, il s'est borné à le regarder rentrer vivant au corral - mais c'est le torero qui a contribué au triomphe du toro et de son éleveur. Étrange inversion!
De ce début de féria sévillane je retiens autre chose qui me paraît tout à fait navrant pour ceux qui trouvent davantage leur bonheur dans la corrida combat. Les quatre corridas de corte plus ou moins torista qui ouvraient la feria ont toutes fracassé (pour mémoire Conde de la Maza, Dolores Aguirre, Alcurrucen, Victorino Martin). Des toros que l'on attendait costauds et encastés et qui furent faibles et mansos. Des tardes qui auraient dû être passionnantes et qui furent assommantes. Quand le monde à l'envers devient la norme...
dimanche 8 mars 2009
Les moutons sur les prairies fleuries sont monotones
On ne nous a pas présenté, comme on aurait pu le craindre, l'indulto de Desgarbado comme un sommet de la tauromachie, mais, plus justement, comme un moment étrange, un peu décalé du réel. La qualité des intervenants - François Capdeville, Olivier Deck, Roger Merlin (remarquable dans son recadrage sur ce qui fait l'essence de la corrida) - a sans doute permis aux téléspectateurs de prendre du recul, de se poser des questions. En ce sens l'émission a joué le rôle que l'on est en droit d'attendre de la télévision : témoignage et réflexion plutôt que l'habituelle entreprise de mythification.
Je ne sais comment ceux qui découvraient l'évènement l'auront ressenti mais pour moi le binôme Desgarbado/Perera représente l'illustration parfaite de la corrida light. Un peu comme si, convié à un banquet, on se voyait offrir un hamburger arrosé d'eau gazeuse.
Ce qui me gène le plus dans ce genre de corrida, ce n'est pas son existence, mais le fait que certains voudraient nous faire croire que la tauromachie c'est ça et tentent de l'ériger comme modèle pour l'avenir. Grave contresens, car ce qui, pour moi, ressort de ces images - et j'avais ressenti la même chose lorsque je l'avais vécu en direct - c'est une impression de trop grande facilité. Comment? Être torero ce n'est que cela : faire tourner à l'infini, autour de soi, un animal inoffensif. Tauromachie toxique qui porte en elle sa propre fin car elle s'autodétruit en s'ôtant elle-même le plus grand de ses biens : el valor.
Mais rassurons-nous. Miguel Angel Perera est aussi le torero qui a été héroïque à Madrid cet automne (Dax était pour lui jour de récréation). Victoriano del Rio est capable d'envoyer à Madrid un lot de toro complet. Et Dax n'est qu'une arène de troisième ordre avec un public de troisième ordre.
dimanche 2 novembre 2008
Indulto (2)
Alors, de droite et de gauche, sur la toile ou sur papier, au gré de mes inspirations, j'ai essayé d'aller chercher des informations, peut-être des explications et si possible des moyens de me rassurer.
Il y a eu 18 toros indultés au cours de la temporada européenne 2008. Voici la liste, dans l'ordre chronologique, des villes dans lesquelles ont eu lieu ces indultos :
Ecija
Sonseca
Los Barrios
Sanlucar de Barrameda
Marbella
Châteaurenard
Puerto de Santa María
Baeza
Constantina
Cieza
Sotillo de la Adrada
Dax
Pozuelo de Alarcón
Almodovar del Campo
Barcelona
Zafra
Montoro
On le voit, à l'exception de Barcelone et du Puerto de Santa María, le phénomène touche très majoritairement des arènes de troisième ordre. Dax se trouve ainsi prise entre Sotillo de la Adrada et Pozuelo de Alarcón, comme dirait mon fils, ça fait un peu pitié. J'ai le sentiment que dans ces petites arènes, les élites locales (organisateurs, élus, voire journalistes s'il y en a) sont en mesure d'influencer public et présidence afin de créer un évènement qu'ils sauront faire mousser et dont ils tireront un profit personnel (en terme d'affirmation de leur pouvoir). Dès lors, la dérision est sans doute la meilleure réponse que les aficionados peuvent apporter à de telles pratiques. N'étant pas un paroissien rouge et blanc, je me réjouis par avance des moqueries que vont subir les dacquois pour avoir gracié un toro qui n'a pris qu'une demi-pique. A moins que les concurrents montois et bayonnais ne s'avisent malencontreusement de vouloir les imiter lors de la temporada prochaine...
J'ai essayé de voir l'évolution du nombre d'indultos années après années mais je n'ai pu remonter que jusqu'en 1999. Voici les chiffres (hors novilladas et festivals) :
1999 : 5
2000 : 11
2001 : 6
2002 : 14
2003 : 18
2004 : 12
2005 : 15
2006 : 21
2007 : 15
2008 : 18
Depuis 2002, on franchit systématiquement la barre des 10 indultos annuels. Il est difficile de savoir si le pic des 21 toros indultés de 2006 est un sommet qui ne sera plus atteint ou bien le signal d'une nouvelle progression. Réponse au cours des prochaines temporadas...
Interrogé sur la question de l'indulto Eduardo Miura déclara: "¡Ay! de aquel ganadero que deje se le vaya a la plaza un toro susceptible de ser semental."
Quant à Atanasio Fernández, il sacrifia un de ses toros indulté en disant : "Mes sementals, c'est moi qui les choisis et non le public."
On ne peut d'ailleurs qu'être inquiet en pensant au nombre de médiocres reproducteurs qui vont se retrouver à couvrir des vaches à la suite d'indultos abusifs. La situation de la cabaña brava mexicaine ne plaide pas en faveur du procédé.
Dans Philosophie de la corrida, Francis Wolff met en lumière deux phénomènes contraires. D'un côté, les publics sont de plus en plus sensibles au spectacle de la mort - l'agonie du toro luttant seul contre la mort après l'estocade devenant de ce fait un moment de grande émotion. D'un autre côté, ils semblent bannir cette mort en réclamant de plus en plus souvent la grâce pour le toro.
"Est-ce à dire que les corridas tendent à n'être plus ''de mort''? Pas du tout. Et même au contraire. Elles sont de mort, plus que jamais. C'est la vie ou la mort elles-mêmes du toro qui comptent désormais de plus en plus; le fait qu'il vive (ou survive, parfois), le fait qu'il meure, l'événement même de sa mort, ou parfois de sa non-mort."
NB : J'avais ici-même exprimé mon opinion, il y a quelques mois, sur la grâce du toro considérée par certains comme une réponse aux attaques des anti-taurins.
mercredi 10 septembre 2008
Dax (suite)
Un évènement, ça ne vient pas comme ça, par hasard. Le public, on le formate petit à petit, on l'assouplit, le décervèle, on le modèle à sa guise. Ça peut prendre des années mais on finit par y arriver. Il faut des moyens : la télé, la presse. Sans oublier, au-dessus de tout, l' idéologie simple mais efficace de notre société de con-sommation (la sommation des cons) : payez jouissez.
Par exemple, souvenez-vous.
On nous a montré en début de saison, sur France3 Aquitaine, dans l'émission Tercios, la grâce de ce toro anodin de Juan Pedro Domecq à Ecija, accompagnée des commentaires dithyrambiques de circonstance.
Quelques semaines plus tard on nous a montré Miguel Angel Perera à Olivenza alignant des passes insipides à d'insipides toros sin cara. Là encore, on nous a dit combien c'était génial.
Et puis, reseña après reseña, on nous en a décrit des faenas d'anthologie contrariées par des présidents insensibles qui n'accordent jamais les trophées demandés. Mais on les lynchera, s'il le faut, ces présidents qui empêchent les braves gens de s'amuser...
Jusqu'au jour où tout est en place. Alors en avant pour la corrida Luna park.
Comment on en rend compte
"C'était le plus petit, le moins lourd, le dernier de la famille. Un mignon minois, des yeux pleins de tendresse et des dizaines de marguerites et de coquelicots à chaque naseau." De qui s'agit-il donc? Du petit chat qu'on vient d'offrir aux gosses? Du gentil toutou à sa mémère? De l'agneau qui vient de naître? Vous n'y êtes pas, il s'agit de Desgarbado, le toro gracié à Dax vu par la plume de Vincent Bourg "Zocato" dans sa reseña publiée par le journal Sud Ouest.
Mais la symphonie pastorale s'arrête là, Vincent Bourg ne peut maîtriser ses vieilles rancœurs. C'est que, malgré le travail de sape, il reste encore des aficionados, ces empêcheurs de tourner en rond. Alors une guerre ouverte leur est déclarée : "Les coupeurs de cheveux en douze diront, les soirs de tertulia d'hiver, quand il pleut froid sur nos bonheurs d'été qu'il ne prit qu'un léger picotazo,un quart de lance, à peine une boutonnière. Et ta sœur! Eh bien, elle bat le beurre de joie depuis hier soir où..." Des propos déplacés, choquants, vulgaires, méprisants. Mais qui ont un mérite, celui d'exclure les aficionados de l'évènement.
lundi 8 septembre 2008
Dax : corrida de Victoriano del Rio
Desgarbado, né en juillet 2004 dans l'élevage de Victoriano del Rio, au poids annoncé de 486 kg et sorti en sixième position, a été gracié. Le toro, d'apparence juvénile (anovillado), d'armure discrète mais astifina, avait pris une demi-pique au premier tiers (hampe relevée très vite par le picador à la demande du matador puis demande acceptée de changement de tiers). Le toro a quitté le cheval sans difficulté. Au deuxième tiers, il accourut sans problème vers les banderilleros. Il chargea ensuite sans discontinuer la muleta de Miguel Angel Perera pendant près d'un quart d'heure avec une noblesse inlassable.
Mon avis
Aucun toro n'ayant pris qu'une demi-pique n'est digne d'être indulté.
La noblesse du toro a été exceptionnelle, vive, codiciosa, sans doute favorisée par la manière de toréer de Miguel Angel Perera. Mais au-delà d'une certaine limite la noblesse confine à la niaiserie et ce qui était qualité a fini par m'apparaître défaut. Se faire berner pendant un quart d'heure sans esquisser le moindre signe de révolte ne me paraît pas symboliser la grandeur du toro de combat. C'est sans doute être brave mais dans le sens que l'on utilise pour dire de quelqu'un qu'il est bien brave, c'est à dire un peu con. De bien braves gens aussi ceux qui pendant cinq minutes d'hystérie collective ont demandé et obtenu l'indulto de Desgarbado.
La faena de Miguel Angel Perera
Par son aguante exceptionnel et l'harmonie de sa muleta (pratiquement pas d'accrochage) Miguel Angel Perera a su se mettre au diapason de la noblesse du toro. La faena a surtout valu par ses enchaînements parfois virtuoses qui ont porté le public au rouge vif. Mais dans le toreo fondamental elle est restée plus ordinaire. Le torero a parfois abusé du pico lors de ses longues séries de derechazos et il ne s'est pas éternisé avec la main gauche.
Une faena de Morante
A l'opposé et tout à fait passionnant fut ce qui s'est passé au cinquième. Sur la corne droite le toro a une charge puissante et il la termine par un violent coup de tête vers le haut, il saute même parfois carrément dans la muleta de Morante. Celui-ci se bat, insiste, se fait accrocher le tissus, visite la moitié du ruedo mais il a de précieux moments d'intense et pur toreo.
PS : à lire absolument, dans Campos y Ruedos, le texte sublime de Xavier Klein, De la piètre trivialité d'une journée historique.
jeudi 22 février 2007
Indulto
Grave parce que cela ne signifierait-il pas que nous avons mauvaise conscience? Et nous faisons, de temps en temps, l'aumône d'un indulto.
Dangereux parce que nos ennemis ne sont pas si niais. Et la conséquence ne s'est pas fait attendre. Les déclarations de la fille Narbona sur l'éventualité de la fin des mises à mort en Espagne surfent sur la vague des indultos inconsidérés.




