mardi 9 avril 2019
Saint-Martin-de-Crau
Dimanche 7 avril 2019 arènes Louis Thiers Saint-Martin-de-Crau
beau temps
deux tiers d'entrée
6 toros de Yonnet (17 piques 1chute, vuelta au 3 Mermoso) pour Javier Cortés (salut, salut), Thomas Dufau (vuelta, silence) et Gomez del Moral (vuelta, silence)
Prévue le samedi, la corrida a été reportée au dimanche matin en raison de fortes pluies.
Les six toros de Yonnet (1,2,3,5 du fer de Christophe, 4 et 6 d'Hubert) n'ont pas déçu les fidèles de la devise historique française. La présentation était magnifique avec en point d'orgue l'impressionnant sixième. Tous montrèrent de l'appétit pour les chevaux face auxquels ils poussèrent souvent avec bravoure en particulier le dernier, protagoniste d'un beau tercio : batacazo à la première rencontre où il releva le cheval qu'il venait de mettre à terre suivi de deux piques bien poussées. Au troisième tercio ils demandaient des toreros aguerris. Incertains et manquant de fixité les deux premiers, faible de patte (le seul dans ce cas) le quatrième, de charge rugueuse le cinquième, éteint le dernier. Mermoso, le troisième, fut le toro de la matinée : 4 piques prises de plus en plus loin, accourant avec alegria à l'appel du piquero (mais sans pousser à fond) puis d'une charge puissante et encastée qui nécessitait une muleta ferme et précise. Après une telle course et à l'heure où la plupart des ganaderos français se tournent vers le sang domecq, il peut et il doit y avoir un avenir pour les Yonnet dans le créneau des corridas toristes.
Javier Cortés eut une matinée discrète.
Face au second, distrait et difficile aux deux premiers tiers, Thomas Dufau utilisa les arguments de la douceur et du temple pour l'améliorer et construire une faena intelligente et dominatrice. Après une entière ladeada, une chaude vuelta (après pétition majoritaire) récompensa sa prestation. Il fut moins en vue face à l'imposant cinquième, de surcroît mal tué.
Gomez del Pilar reçut ses deux adversaires a puerta gayola. Il fut exemplaire dans la conduite du tercio de pique. Face à la caste de Mermoso il réussit quelques beaux enchaînements sur la corne droite mais il fut souvent débordé par la bravoure de l'animal qui demandait pour être vraiment dominé une muleta plus experte que celle du Madrilène.
jeudi 4 avril 2019
Vic Fezensac 2019 : les cartels
Samedi 8 juin
11h novillada
El Retamar
André Lagravère "El Galo" - Dorian Canton
18h corrida
Cebada Gago
Octavio Chacon - Ruben Pinar - Thomas Dufau
Dimanche 9 juin
11h corrida concours
Saltillo - La Quinta - Partido de Resina
Pagès Mailhan - Flor de Jara - Los Maños
Rafaelillo - Lopez Chaves - Manuel Escribano
18h corrida
Dolores Aguirre
Gomez del Pilar - Javier Jimenez - Miguel Angel Pacheco
Lundi 10 juin
11h novillada sans picador
Pagès Mailhan
17h corrida
Pedraza de Yeltes
Daniel Luque - Emilio de Justo - Juan del Alamo
Après une année 2018 plus expérimentale (toros de Raso de Portillo, "défi" Valdellan / Los Maños) mais décevante, on revient cette année à de grands élevages classiques de la corrida toriste : Cebada Gago et Dolores Aguirre. La liste des ganaderias de la concours a fière allure mais on est étonné que le représentant français soit annoncé en 4ème position, ce qui ne correspond ni à son ancienneté à Madrid puisque il est le seul élevage à ne pas en avoir, ni à son ancienneté de création. La reconduction des Pedraza de Yeltes, malgré leur début décevant l'an dernier, est surprenante. Il est vrai que leur bon comportement à la pique en fait un élevage dans la ligne vicoise, il est non moins vrai que leur origine domecq permet d'afficher des toreros qui sans cela ne seraient sans doute pas venus en ces lointaines contrées gasconnes.
Côté hommes on n'aurait pas été fâché de voir Juan Leal, Fernando Robleño, Javier Cortes ou Alberto Lamelas mais les titulaires ont eux aussi des arguments à faire valoir ...
Suerte a todos.
11h novillada
El Retamar
André Lagravère "El Galo" - Dorian Canton
18h corrida
Cebada Gago
Octavio Chacon - Ruben Pinar - Thomas Dufau
Dimanche 9 juin
11h corrida concours
Saltillo - La Quinta - Partido de Resina
Pagès Mailhan - Flor de Jara - Los Maños
Rafaelillo - Lopez Chaves - Manuel Escribano
18h corrida
Dolores Aguirre
Gomez del Pilar - Javier Jimenez - Miguel Angel Pacheco
Lundi 10 juin
11h novillada sans picador
Pagès Mailhan
17h corrida
Pedraza de Yeltes
Daniel Luque - Emilio de Justo - Juan del Alamo
Après une année 2018 plus expérimentale (toros de Raso de Portillo, "défi" Valdellan / Los Maños) mais décevante, on revient cette année à de grands élevages classiques de la corrida toriste : Cebada Gago et Dolores Aguirre. La liste des ganaderias de la concours a fière allure mais on est étonné que le représentant français soit annoncé en 4ème position, ce qui ne correspond ni à son ancienneté à Madrid puisque il est le seul élevage à ne pas en avoir, ni à son ancienneté de création. La reconduction des Pedraza de Yeltes, malgré leur début décevant l'an dernier, est surprenante. Il est vrai que leur bon comportement à la pique en fait un élevage dans la ligne vicoise, il est non moins vrai que leur origine domecq permet d'afficher des toreros qui sans cela ne seraient sans doute pas venus en ces lointaines contrées gasconnes.
Côté hommes on n'aurait pas été fâché de voir Juan Leal, Fernando Robleño, Javier Cortes ou Alberto Lamelas mais les titulaires ont eux aussi des arguments à faire valoir ...
Suerte a todos.
dimanche 24 mars 2019
Une falla
Au cœur du quartier de Ruzafa, derrière les arènes, la falla Sueca - Literato Azorín fait partie des 9 fallas de la sección especial (les plus grandes et spectaculaires).
Jeudi 19 mars, minuit, la Crema
Mercredi 20 mars, 9 heures 30, même lieu
Jeudi 19 mars, minuit, la Crema
Mercredi 20 mars, 9 heures 30, même lieu
vendredi 22 mars 2019
Vu à Valence
Pour les Fallas, la capitale de la Communauté Valencienne pétarade avec tant d'ardeur que l'extraterrestre de passage doit se poser beaucoup de questions sur les us et coutumes des Terriens. L'apothéose a lieu sur la place de la mairie, elle attire, à 14 heures en puntas, des foules considérables pour la masclete quotidienne. Attention ! ça continue de manière spontanée et joyeuse toute la journée, toute la nuit, dans tous les quartiers, et les enfants ne sont pas les derniers à prendre un malin plaisir à faire exploser leurs pétards dans les rues. Dans ce contexte, les arènes sont presque un havre de paix. Le public y réagit avec mesure et les olés ont des douceurs levantines.
Les trois corridas auxquelles j'ai assisté ont toutes eu leur intérêt, en grande partie grâce au bon niveau général des toros combattus. Aucun ne fit preuve de faiblesse de pattes, leur niveau de bravoure fut correct et certains (un jandilla et plusieurs fuenteymbros) se sont montrés supérieurs. La raison m'oblige à penser qu'il s'agit d'un heureux hasard, mais on se prend à rêver d'une temporada qui se maintiendrait à ce niveau.
Retour sur un non indulto
La polémique a surgi à la suite du refus du président d'indulter le cinquième toro de la corrida de Jandilla. Notons que s'il y eut polémique dans la presse, dans l'arène tout se passa normalement. Le président essuya une bronca mesurée, adoucie par les applaudissements de nombreux aficionados, et l'on en resta là. L'occasion me parait bonne pour rappeler aux chantres de l'indulto que, plutôt que de verser des larmes de crocodiles sur la mort d'Horroroso, le meilleur moyen pour eux de justifier leur appétit de grâce serait de militer pour la troisième pique. Le cas était d'école. Le jandilla prend deux piques mais il est en fait très peu châtié car les deux fois, effet de sa bravoure et de son poder, il renverse très rapidement le cheval. S'il est placé de loin une troisième fois et accourt avec la même impétuosité, tout le monde y gagne. Le public qui assiste à un spectacle rare et plein d'émotion, le toro qui sauve sa vie, et les partisans de l'indulto car personne n'aurait contesté une grâce dans de telles conditions. Moralité : il faut savoir oser, même en corrida dite toreriste, la troisième pique !
La blessure d'Enrique Ponce
L'homme a fait preuve tout au long de sa carrière d'une telle domination et d'une telle sécurité face au toro que le voir se faire blesser est un évènement. Évènement qui nécessite donc quelque développement. Parlons tout d'abord des toros. On attendait peu de choses des Garcia Jimenez (entreprise Matilla) annoncés pour la partie pédestre de cette corrida mixte tellement leur temporada dernière fut catastrophique. On fut donc plutôt agréablement surpris de voir débouler trois Olga Jimenez (le 4ème était de Parladé) très bien armés, solides, mobiles et même parfois dotés d'une pointe de nerf. Face à son premier, Ponce coupa une oreille après des derechazos serrés et une estocade entière. Au second, vif et mobile, après un début par trincherazos secs, le maestro - et c'est là sans doute sa surprenante erreur - ne semble pas juger nécessaire d'utiliser le toreo dominateur qui le caractérise. C'est ainsi qu'il en vient à donner une série de naturelles de profil, les pieds joints, profitant de la mobilité du toro. Il veut remater par un molinete inversé lié à un pecho mais sur le retour le toro aperçoit le torero et lui vient directement au corps, le frappe derrière la cuisse, le renverse violemment au sol où il cherche à le reprendre. La cape salvatrice d'un peon détourne le toro au moment où il allait à nouveau frapper. Enrique se relève, grimaçant de douleur, et porte aussitôt la main à son genou, puis est amené rapidement à l'infirmerie.
Pour la petite histoire, le maestro de Chiva portait en ce 18 mars pour la première fois un costume blanc et noir aux couleurs du Valencia Club de Futbol qui célébrait ce jour son centième anniversaire.
L'émoi est grand dans les officines taurines car il semblerait que la gravité de la blessure au genou soit de nature à remettre en cause la temporada du Valencien. Et peut-être même lui donner l'idée, après trente ans de bons et loyaux services aux plus hauts sommets, d'une retraite bien méritée.
Une corrida importante de Fuente Ymbro
Avec un toro de vuelta, Damasco, sorti en deuxième position, au galop vibrant et encasté, et trois autres de grande qualité, braves, nobles, l'élevage gaditan a permis une corrida de clôture d'un excellent niveau et d'un intérêt toujours soutenu.
Quel plaisir de pouvoir déguster la toreria de Finito de Cordoba ! Demi-véroniques de cartel, enchainements majestueux, sobriété distinguée, classe, élégance. Celui qui aurait pu être une figure majeure s'il n'avait manqué de valor a peut-être encore un avenir comme telonero de luxe. Le bon public valencien a savouré en connaisseur la prestation raffinée du Cordouan de Barcelone.
Comment peut-on quitter les arènes les mains vides sur une simple ovation après avoir joué sa vie en permanence et réalisé deux faenas de deux oreilles avec deux toros différents, l'un terriblement encasté, l'autre plus pastueño ? Tant que Roman tuera de manière aussi calamiteuse que ce jour il restera dans l'ombre alors que, par son courage, son entrega et sa technique, il m'a paru être capable d'accéder à une position des plus enviables dans cette dure profession de torero.
Les pétards se sont tus, la circulation automobile a repris ses droits. Les dizaines de Fallas se sont évanouies dans la nuit du 19. Pendant une semaine, la plaza de toros, au cœur de la cité, a été un des hauts lieux de la feria. Pour ce que j'en ai vu, Valencia est une ville taurine digne d'intérêt.
photos velonero
1 Dans le quartier de Ruzafa un jardin public porte le nom du matador valencien tué en 1921.
2 Il y a souvent la queue pour faire ses emplettes mais les critères de vente sont stricts, à chaque âge ses munitions.
3 La falla de la place de l'Ayuntamiento, la plus grande, la plus classique (quelques autres photos de fallas prochainement).
jeudi 21 mars 2019
Valence
Dimanche 17 mars 2019 Valencia
très beau temps, fort vent
trois quart d'entrée
4 toros de Jandilla, 2 de Vegahermosa (1, 6), 12 piques 3 chutes, excellent le 5 Horroroso (vuelta) pour Diego Urdiales (salut, silence), Sébastien Castella (silence, deux oreilles) et Cayetano (silence, silence).
Dans un lot de Jandilla qui manqua de fond, Horroroso, le mal nommé, tranche par ses qualités. C'est un toro complet, brave sous le fer en deux piques pour autant de chutes brutales, puis de charge ardente et inépuisable à la muleta. La forte pétition d'indulto ne fut pas prise en compte par le président et c'est une vuelta al ruedo unanimement acclamée qui honora le combat du toro. Une troisième pique aurait sans doute permis à Horroroso de prétendre à l'indulto tout en offrant au public le spectacle renouvelé de sa bravoure, mais qui se soucie d'une troisième pique ?
Sébastien Castella n'est pas torero à laisser passer ce genre d'adversaire. Il mit les arènes en incandescence, d'abord par un excellent quite par chicuelina puis, après un brillant tercio de banderilles de José Chacon et Fernando Perez, par un début de faena au centre dont il a le secret, suivi de séries de derechazos rythmés et dominateurs. A gauche le ton baissa nettement et, après les péripéties habituelles d'une demande d'indulto, il en finit par une entière desprendida et un descabello. A son premier adversaire, le Biterrois s'était fait remarquer par un début de faena appuyé à la barrière aux accents luismiguelistes.
Diego Urdiales montra quelques éclairs de sa toreria face au fade premier, bien tué d'une entière.
On peut penser que la spectaculaire cogida de Gomez Pascual (cornada de 10 centimètre dans le dos), peon de Cayetano, au cours du second tercio du deuxième toro ne contribua pas à mettre ce dernier dans les meilleures dispositions. Ajoutons à cela un vent très gênant ... et deux toros imposants et pas faciles à manœuvrer et on aura compris que l'aîné des Rivera Ordoñez connut une tarde des plus discrètes. Pourtant, lorsqu'il se jeta à genoux pour commencer sa faena au 6, j'ai cru un instant revoir la silhouette de son père.
mardi 12 mars 2019
Ouverture (d'esprit)
Avant-hier, je prenais la défense des deux corridas (la toreriste, la toriste). Cela n'empêche pas d'avoir des préférences, ou de rêver à ces moments privilégiés - l'évidence d'une belle lidia, une faena magistrale - qui font s'évanouir les barrières. Je pense que les meilleurs organisateurs sont ceux qui ont l'ambition de rapprocher les deux pratiques. Mettre de l'art dans la corrida dure, du combat dans la corrida pour figures, difficile gageure !
Restant dans ma veine œcuménique, je voudrais aujourd'hui, en me servant des mots de Louis-Gilbert Lacroix, plaider la cause des différentes formes de toréer. Le Bordelais Luis de la Cruz débuta comme revistero dans le célèbre journal toulousain Le Toril, puis il fut jusqu'à sa mort un pilier de la revue Toros. Voici ce qu'il écrit dans ses mémoires taurines Parcours en Aficion, publiées en 1996 par l'UBTF :
"L'éclectisme, c'est la preuve d'une largeur d'esprit qui permet de puiser dans tous les genres sans être asservi à aucun. C'est une forme de liberté dans l'appréciation qui n'altère en rien l'objectivité, encore moins l'honnêteté. (...) Chaque torero a de son art un concept différent, il mène le combat à sa guise avec les armes dont il dispose. Il n'est pas, heureusement, qu'une seule façon de toréer. La diversité est indispensable, et il y a chez tout torero toujours quelque chose à glaner ..."
Bel exemple d'ouverture d'esprit, à méditer en ce début de temporada.
Restant dans ma veine œcuménique, je voudrais aujourd'hui, en me servant des mots de Louis-Gilbert Lacroix, plaider la cause des différentes formes de toréer. Le Bordelais Luis de la Cruz débuta comme revistero dans le célèbre journal toulousain Le Toril, puis il fut jusqu'à sa mort un pilier de la revue Toros. Voici ce qu'il écrit dans ses mémoires taurines Parcours en Aficion, publiées en 1996 par l'UBTF :
"L'éclectisme, c'est la preuve d'une largeur d'esprit qui permet de puiser dans tous les genres sans être asservi à aucun. C'est une forme de liberté dans l'appréciation qui n'altère en rien l'objectivité, encore moins l'honnêteté. (...) Chaque torero a de son art un concept différent, il mène le combat à sa guise avec les armes dont il dispose. Il n'est pas, heureusement, qu'une seule façon de toréer. La diversité est indispensable, et il y a chez tout torero toujours quelque chose à glaner ..."
Bel exemple d'ouverture d'esprit, à méditer en ce début de temporada.
dimanche 10 mars 2019
Paysage taurin
Une nouvelle temporada débute. Les aficionados scrutent chaque indice : les premiers cartels, les premières courses. Les commentateurs y vont de leur rengaine facile : on voit toujours les mêmes têtes, avec les mêmes toros. Ils oublient que les organisateurs, s'ils manquent de romantisme, ne sont pas non plus tout à fait idiots. Ils savent que l'on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre. Ils mettent donc à l'affiche ceux qui remplissent les arènes, à savoir les figures, avec le bétail qui leur convient, à savoir les domecqs. Les moins lucides des commentateurs y voient la mort de la tauromachie ! C'est précisément le contraire : si la tauromachie existe et continue à exister c'est bien parce que, aujourd'hui comme hier, les figures remplissent les arènes et y triomphent. Il est indéniable que, depuis la crise économique de 2008, la fréquentation des arènes a diminué, mais les corridas qui ont le plus souffert de cette situation sont les corridas dites toristes, au point de quasiment disparaître de certaines grandes ferias de la péninsule. Dans ce contexte, le succès de la miurada donnée à Valdemorillo en février est une bonne nouvelle. Affluence sur les gradins, des miuras pour une fois conformes à leur réputation et des toreros (Manuel Escribano et Pepe Moral) vaillants. Nombreuses sont les villes taurines qui, en France comme en Espagne (surtout en Castille), essaient de promouvoir une autre tauromachie que celle des figures et des domecqs. Souhaitons que, à l'image de la réussite de Valdemorillo, de belles tardes nous soient données en 2019 dans toutes ces plazas, souvent modestes, qui militent pour que se perpétue, à côté de la nécessaire corrida mainstream, une tauromachie sortant des sentiers battus et ambitionnant d' apporter variété, surprise et émotion au public, par la grâce de lidias complètes et de toros encastés...
lundi 18 février 2019
Joselito, le vrai (2)
Bien que débiner les figures du toreo fasse partie des petits plaisirs de l'aficionado de base, je pense n'avoir jamais entendu dire du mal de Joselito. Le maestro madrilène partage ce privilège avec César Rincon. Deux icônes des années 90 ! Quand on parle de José Miguel Arroyo, c'est en général pour souligner son jeu de cape varié, ses fameuses estocades, mais aussi sa classe, son exigence artistique faite de recherche de pureté. " Toréer, ce n'est pas faire des passes, c'est laisser couler ton âme devant le toro. C'est donner à l'animal tes centres vitaux, c'est offrir ta poitrine et la faire mouvoir au rythme de la charge, avec la rotation de la taille au tempo. Le cœur torée quand tu te livres complètement, quand le coup de corne ne t'importe pas (p. 160)". Un haut fait vient dans toutes les bouches : son combat face à Brujo, un Cuadri encasté, lors de la feria de Mont de Marsan en 1995. Je n'étais hélas pas présent cette année-là à la Madeleine, mais de mes rencontres, souvent frustrantes, avec le Madrilène, je garde le souvenir d'une chaude après-midi de la feria de Huesca en 1987. 1987, c'est l'année de sa gravissime blessure au cou lors de la San Isidro. Il avait repris l'épée depuis peu lorsque nous le vîmes à Huesca. Le cerbère qui gardait la porte du patio de caballos avait bien voulu, ce jour-là, nous laisser y pénétrer. La cicatrice toute fraiche qui parcourait le cou du jeune Madrilène, de la pomme d'Adam jusqu'à l'oreille, nous avait vivement impressionné. Une cornada de espejo (de miroir), comme disent les taurins ! Comme si de rien n'était, il avait mis le feu aux arènes et obligé 0rtega Cano et Espartaco, deux grandes figures de l'époque, à sortir de leur routine. Je me souviens tout particulièrement de son jeu de cape flamboyant qui avait mis les arènes en ébullition.
Et puis il y a ce chef d'œuvre que constitue son solo du 2 mai 1996. Chaque fois que je regarde la vidéo de cet évènement je ne peux que rendre grâce au talent lumineux du torero. Malgré les éléments contraires - temps médiocre et toros à l'avenant - le maestro atteint face aux six toros une plénitude qui fait de cette course une anthologie du toreo, au même titre que le solo de Paco Camino dans les mêmes lieux 26 ans auparavant. "Parce qu'être torero, c'est une chose beaucoup plus sérieuse que ce que les gens imaginent. Ce n'est pas seulement faire des passes et couper des oreilles. C'est une façon de se comporter et d'agir, dans l'arène et dans la vie, comme un sacerdoce qui exige une grande qualité d'homme, et pas au sens machiste de ce mot. Il faut avoir des tonnes d'intégrité, de cran, de capacités de sacrifice et de dépassement (p. 135)".
Torero, voilà ce qu'a été et continue à être José Miguel Arroyo "Joselito".
Quelques autres citations du livre :
Sa vie
"Je savais presque tout sur la question et je connaissais chaque variété de haschich. Le libanais, le rouge, était le meilleur, mais il y en avait un autre, un marocain verdâtre, très bon aussi. Et un autre plus foncé. Et le pollen. Et la marijuana... Tout dépendait aussi de la façon dont on le préparait. Je l'avais vu faire tant de fois, à la maison, que j'en savais autant que mon père. Je suis encore capable de reconnaitre chaque odeur quand je croise un fumeur de shit dans la rue, même s'il est loin. Moi, en revanche, je ne fumais pas." (p. 30)
"Tu passes de tout à rien. Tu étais le centre de toutes les attentions, tu n'es plus qu'un parmi les autres. Tu as dédié au toreo toute ton adolescence, toute ta jeunesse, plus de la moitié de ta vie, et brusquement tout s'achève et tu ne sais pas comment réagir. Tu as des propriétés, des élevages, des voitures... Tu as tout, et puis après ? En réalité, tu n'as rien qui t'attire autant que le toreo et tu dois démontrer une force intérieure stupéfiante pour parvenir à combler ce vide." (p. 266)
" Maintenant, je suis heureux au campo. Une balade à cheval, deux œufs au plat avec du chorizo suffisent à mon bonheur. Tout le reste m'est superflu, parce que je ne vis pas tourné vers l'extérieur." (p. 177)
Toréer
"La vérité est une question de centimètre dans le court espace de terrain interdit qui se trouve devant les cornes. Comme disait le grand écrivain taurin Pepe Alameda : « un pas en avant et l'homme peut mourir ; un pas en arrière et l'art peut mourir ». Dans le toreo, c'est cette ligne qui sépare le sublime du vulgaire. Et je n'ai jamais voulu être un torero vulgaire."
Et puis il y a ce chef d'œuvre que constitue son solo du 2 mai 1996. Chaque fois que je regarde la vidéo de cet évènement je ne peux que rendre grâce au talent lumineux du torero. Malgré les éléments contraires - temps médiocre et toros à l'avenant - le maestro atteint face aux six toros une plénitude qui fait de cette course une anthologie du toreo, au même titre que le solo de Paco Camino dans les mêmes lieux 26 ans auparavant. "Parce qu'être torero, c'est une chose beaucoup plus sérieuse que ce que les gens imaginent. Ce n'est pas seulement faire des passes et couper des oreilles. C'est une façon de se comporter et d'agir, dans l'arène et dans la vie, comme un sacerdoce qui exige une grande qualité d'homme, et pas au sens machiste de ce mot. Il faut avoir des tonnes d'intégrité, de cran, de capacités de sacrifice et de dépassement (p. 135)".
Torero, voilà ce qu'a été et continue à être José Miguel Arroyo "Joselito".
Quelques autres citations du livre :
Sa vie
"Je savais presque tout sur la question et je connaissais chaque variété de haschich. Le libanais, le rouge, était le meilleur, mais il y en avait un autre, un marocain verdâtre, très bon aussi. Et un autre plus foncé. Et le pollen. Et la marijuana... Tout dépendait aussi de la façon dont on le préparait. Je l'avais vu faire tant de fois, à la maison, que j'en savais autant que mon père. Je suis encore capable de reconnaitre chaque odeur quand je croise un fumeur de shit dans la rue, même s'il est loin. Moi, en revanche, je ne fumais pas." (p. 30)
"Tu passes de tout à rien. Tu étais le centre de toutes les attentions, tu n'es plus qu'un parmi les autres. Tu as dédié au toreo toute ton adolescence, toute ta jeunesse, plus de la moitié de ta vie, et brusquement tout s'achève et tu ne sais pas comment réagir. Tu as des propriétés, des élevages, des voitures... Tu as tout, et puis après ? En réalité, tu n'as rien qui t'attire autant que le toreo et tu dois démontrer une force intérieure stupéfiante pour parvenir à combler ce vide." (p. 266)
" Maintenant, je suis heureux au campo. Une balade à cheval, deux œufs au plat avec du chorizo suffisent à mon bonheur. Tout le reste m'est superflu, parce que je ne vis pas tourné vers l'extérieur." (p. 177)
Toréer
"La vérité est une question de centimètre dans le court espace de terrain interdit qui se trouve devant les cornes. Comme disait le grand écrivain taurin Pepe Alameda : « un pas en avant et l'homme peut mourir ; un pas en arrière et l'art peut mourir ». Dans le toreo, c'est cette ligne qui sépare le sublime du vulgaire. Et je n'ai jamais voulu être un torero vulgaire."
mercredi 13 février 2019
Joselito, le vrai
Beaucoup de livres ont été écrits sur la vie des toreros. Parmi ceux que j'ai lus Joselito, le vrai est un des plus riches et des plus captivants. Il vient se placer juste à côté du fameux ...Où tu porteras mon deuil , best-seller des journalistes Dominique Lapierre et Larry Collins racontant, en 1967, la vie d'El Cordobes, et du classique Juan Belmonte matador de toros que Manuel Chaves Nogales avait consacré en 1935 au fameux Sévillan.
C'est le journaliste Paco Aguado qui a aidé José Miguel Arroyo à mettre en écrit le récit de sa vie. Et quelle vie ! Pas exactement un long fleuve tranquille et, contrairement à certains de ses confrères, rien, absolument rien, de glamour dans la vie du petit José. C'est un vrai miracle que le monde picaresque dans lequel a grandi le Madrilène ait permis l'éclosion de ce torero si fin, si exigeant artistiquement et si complet que fut Joselito. Les psychologues appellent cela la résilience. Il a fallu bien sûr quelques rencontres positives pour changer le cours de cette vie : quelques enseignants compréhensifs et, déterminante, celle de Enrique Martin Arranz, directeur de l'École Taurine de Madrid qui, avec sa femme, adoptera à son adolescence le jeune apprenti-torero.
Une des figures les plus extraordinaires du livre est celle du père, Bienvenido. Un vrai personnage de roman des bas-fonds : tellement mauvais garçon, négligeant, irresponsable, mais tellement humain et, malgré toutes ses faiblesses, aimant son fils. C'est ce père, traficoteur en tout genre mais abonné à Las Ventas, qui lui transmettra son aficion. Avant de mourir, il aura le temps d'être informé, derrière les barreaux de la prison de Carabanchel, des premiers succès de son fils. Si le futur Joselito, à cette époque de sa vie, se sauve de toutes les dérives que l'on peut imaginer, c'est grâce à sa ferme volonté de devenir torero.
Dans la deuxième partie, il raconte son parcours pour devenir figure, ses relations compliquées avec le milieu taurin; il analyse sans concession son toreo. En somme, comme le recommandait Michel Leiris, il va à la corne avec les mots comme il y est allé avec les toros. Et c'est pourquoi ce livre, au delà de l'histoire extraordinaire qu'il raconte, est si passionnant et si vrai.
José Miguel Arroyo, Joselito, le vrai, Verdier, 2012
samedi 26 janvier 2019
Lectures hivernales
L'hiver, avec ses journées sinistres qui obligent à se calfeutrer, est propice à la lecture, à toile ouverte, de textes inattendus. Je ne sais quel hasard a placé sous mes yeux celui que je propose ici.
Attention, c'est du lourd ! On ne lésine pas sur les interprétations sexuelles et psychologiques en tout genre (la corrida a pourtant déjà beaucoup donné de ce côté-là) et ceux à qui cette exégèse décomplexée donne des boutons pourront passer leur chemin sans regret.
A condition de ne pas en abuser, je trouve, quant à moi, ce type de texte d'un commerce agréable; il possède, en outre, le mérite de montrer que la corrida - beaucoup d'aficionados, englués dans un corrida bashing dépressif, semblent aujourd'hui en douter - est encore au cœur de certaines problématiques contemporaines.
Agnés Giard, La corrida, miroir de nos amours ?, 11 juillet 2018, blog Les 400 culs.
Il s'agit du compte rendu d' un texte plus complet et plus universitaire de Philippe Combessie publié dans la revue SociologieS de novembre 2017.
photo Mariam Vázquez
Attention, c'est du lourd ! On ne lésine pas sur les interprétations sexuelles et psychologiques en tout genre (la corrida a pourtant déjà beaucoup donné de ce côté-là) et ceux à qui cette exégèse décomplexée donne des boutons pourront passer leur chemin sans regret.
A condition de ne pas en abuser, je trouve, quant à moi, ce type de texte d'un commerce agréable; il possède, en outre, le mérite de montrer que la corrida - beaucoup d'aficionados, englués dans un corrida bashing dépressif, semblent aujourd'hui en douter - est encore au cœur de certaines problématiques contemporaines.
Agnés Giard, La corrida, miroir de nos amours ?, 11 juillet 2018, blog Les 400 culs.
Il s'agit du compte rendu d' un texte plus complet et plus universitaire de Philippe Combessie publié dans la revue SociologieS de novembre 2017.
photo Mariam Vázquez
jeudi 17 janvier 2019
El Juli
J'apprends en lisant la revue "Toros" (n° 2086-87, décembre 2018) que Julian Lopez "El Juli" a perçu la somme de 90 750 € pour toréer et tuer deux toros dans les arènes de troisième catégorie de Roquetas de Mar (Almeria) le 22 juillet dernier. Certes le Juli est une figura du toreo mais on sait aussi qu'il impose partout où il torée des toros au trapío insuffisant (voire scandaleux) sans compter qu'il est le plus souvent incapable de tuer un toro dans les règles que prescrit l'éthique taurine. Il m'a semblé constater en outre que son tirón commercial s'était sensiblement émoussé ces dernières années. A lui seul, il est loin de remplir les arènes. Si l'on rajoute à tout cela des prestations très décevantes au cours de la dernière temporada en France, on peut souhaiter que, en cette temporada 2019, aucune empresa française n'ait la faiblesse de dépenser une somme si disproportionnée pour un torero devenu si ordinaire.
El Juli : trop d'ombre au tableau (photo tirée du site eljuli.com)
El Juli : trop d'ombre au tableau (photo tirée du site eljuli.com)
samedi 5 janvier 2019
Nuñez : la réalité de l'arène
Voici le nombre de toros et novillos issus des ganaderias d'origine nuñez combattus, en corrida et novilladas piquées exclusivement, au cours de la temporada 2018 (informations provenant du site Mundotoro) :
Pourtant leur plus grande présence permettrait sans doute de rompre la monotonie engendrée par la trop grande place prise par les sempiternels domecqs. On reverra en tout cas avec intérêt en 2019 les novillos de El Retamar à Vic- Fezensac et ceux d'Aguadulce à Parentis.
samedi 4 août 2018
novillos d'Aguadulce à Parentis
photos Laurent Bernède
- Alcurrucén (+ El Cortjillo et Lozano Hermanos) 74 t. 26 n.
- José Luis Pereda (+ La Dehesilla) 32 t. 6 n.
- Juan Albarrán 22 t.
- Carlos Nuñez 21 t.
- Aguadulce (+ Hros. de J. M. Aristrain de la Cruz) 18 t. 12 n.
- Conde de la Maza 6 t. 10 n.
- Apolinar Soriano 6 t.
- La Plata 5 t. 1 n.
- Carriquiri 4 t. 4 n.
- Tardieu Frères 2 t. 1 n.
- Gabriel Rojas 11 n.
- El Retamar 10 n.
- Miguel Prados Osuna 4 n.
Pourtant leur plus grande présence permettrait sans doute de rompre la monotonie engendrée par la trop grande place prise par les sempiternels domecqs. On reverra en tout cas avec intérêt en 2019 les novillos de El Retamar à Vic- Fezensac et ceux d'Aguadulce à Parentis.
samedi 4 août 2018
novillos d'Aguadulce à Parentis
photos Laurent Bernède
mardi 1 janvier 2019
Bonne Année 2019 Feliz Año Nuevo
Au delà des ferias prestigieuses, les forces vives de la tauromachie ce sont aussi les centaines de spectacles et de manifestations populaires dans les pueblos d'Espagne.
Riaza (Segovia) le toro de la Asociación, offert par les peñas, est écarté par les amateurs.
photo Velonero
samedi 29 décembre 2018
L'encaste Rincón - Nuñez
Les novillos d 'El Retamar à Vic-Fezensac puis ceux d'Aguadulce à Parentis-en-Born, deux élevages peu connus, ont attiré l'attention des aficionados au cours de la temporada écoulée. Ces deux ganaderias ont une origine commune : le sang Rincón-Nuñez.
Également d'origine nuñez, les pupilles du Conde de la Maza ont été impressionnants par leur trapío et leur sérieux. En corrida à Cenicientos, puis quelques jours plus tard en novillada à Roquefort des Landes. Hélas! il s'agissait pour eux du chant du cygne puisqu'il semblerait que la famille Sainz de la Maza ait décidé de mettre la clé sous la porte après s'être défait du bétail restant.
Dans l'histoire du ganado bravo, si l'on excepte les Conde de la Maza, les toros d'origine nuñez ont toujours fait partie des préférés des figures. Les Carlos Nuñez ont ainsi tenu le haut du pavé durant quatre décennies (des années 40 aux années 70). Ce fut ensuite au tour des pensionnaires de Manolo Gonzalez de faire le bonheur de la fine fleur de la toreria andante. Aujourd'hui les Alcurrucén des frères Lozano sont les seuls toros n'appartenant pas à l'empire domecq que les figures acceptent de toréer régulièrement.
Un des intérêts de l'encaste a toujours été la variété de comportement, ainsi une corrida d'origine nuñez génère rarement l'ennui. Sans doute est-ce la conséquence de la complexité des origines. En effet, Carlos Nuñez Manso après avoir racheté en 1938 à Garcia Mateo la ganaderia portant le fer de Rincon issue directement de Parladé, eut la bonne idée d'ajouter à son élevage des vaches de Mora Figueroa (Garcia Pedrajas) puis en 1941 un lot de vache de Villamarta. Les résultats seront suffisamment probants pour assurer le maintien de l'encaste jusqu'à nos jours. Que les partisans de la pureté de sang en prennent de la graine!
Liste des élevages d'origine Rincón-Nuñez
Union de Criadores de Toro de Lidia (UCTL) par ordre d'ancienneté à Madrid
Également d'origine nuñez, les pupilles du Conde de la Maza ont été impressionnants par leur trapío et leur sérieux. En corrida à Cenicientos, puis quelques jours plus tard en novillada à Roquefort des Landes. Hélas! il s'agissait pour eux du chant du cygne puisqu'il semblerait que la famille Sainz de la Maza ait décidé de mettre la clé sous la porte après s'être défait du bétail restant.
Dans l'histoire du ganado bravo, si l'on excepte les Conde de la Maza, les toros d'origine nuñez ont toujours fait partie des préférés des figures. Les Carlos Nuñez ont ainsi tenu le haut du pavé durant quatre décennies (des années 40 aux années 70). Ce fut ensuite au tour des pensionnaires de Manolo Gonzalez de faire le bonheur de la fine fleur de la toreria andante. Aujourd'hui les Alcurrucén des frères Lozano sont les seuls toros n'appartenant pas à l'empire domecq que les figures acceptent de toréer régulièrement.
Un des intérêts de l'encaste a toujours été la variété de comportement, ainsi une corrida d'origine nuñez génère rarement l'ennui. Sans doute est-ce la conséquence de la complexité des origines. En effet, Carlos Nuñez Manso après avoir racheté en 1938 à Garcia Mateo la ganaderia portant le fer de Rincon issue directement de Parladé, eut la bonne idée d'ajouter à son élevage des vaches de Mora Figueroa (Garcia Pedrajas) puis en 1941 un lot de vache de Villamarta. Les résultats seront suffisamment probants pour assurer le maintien de l'encaste jusqu'à nos jours. Que les partisans de la pureté de sang en prennent de la graine!
Liste des élevages d'origine Rincón-Nuñez
Union de Criadores de Toro de Lidia (UCTL) par ordre d'ancienneté à Madrid
- Carriquiri
- María del Carmen Camacho
- Carlos Nuñez
- González Sánchez Dalp
- Manolo González
- Juan José González
- Conde de la Maza
- Alejandro García
- Mariano y Carmen Arroyo Martín
- Apolinar Soriano
- Gabriel Rojas
- El Alamo
- Alcurrucén
- El Trebol
- Alejandro Vázquez
- Lozano Hermanos
- Nazario Ibañez
- Tapatana
- El Cortijillo
- Juan Albarrán
- Aguadulce
- Herederos de José María Aristrain de la Cruz
- José Pedro Prados
- El Romeral
- La Dehesilla
- Marcos Nuñez
- Toros de la Plata
- Torremilla
- La Cercada
- José Miguel Arroyo
- María de la Encarnación Díaz
- Ana Isabel Vicente
- José Luis Pereda
- La Rosaleda
- El Retamar
- Toros de Castilla
- Los Palancares
- Hoya del Moral
- García Velasco "El Pera"
- Navalrosal
- Miguel Prados Osuna
- Hidalgo Rincon
- Herederos de Juan José Cano
- Alberto Herranz "La Perla"
- Rancho Nuevo
- Julian de los Reyes
- Juan Sánchez de Valverde
- Sotobravo
- Francisco Escarcena
- Moragón
- Tardieu frères
- Alain et Frédérique Tardieu
samedi 8 décembre 2018
Les arènes de Floirac, 20 ans d'une tumultueuse histoire
Le 24 septembre 2016, les arènes de Floirac donnaient leur dernière corrida. 12 ans déjà ! L'Union des Bibliophiles Taurins de France (UBTF) vient de publier un petit livre, précis dans son texte et richement illustré, qui récapitule l'histoire des arènes de la banlieue bordelaise. Dans une première partie, Alain Labouyrie décrit et analyse avec beaucoup de clarté toutes les vicissitudes juridiques et organisationnelles que les promoteurs municipaux de la corrida à Floirac ont rencontrées et dont ils ont, avec beaucoup de foi et d'enthousiasme, triomphé. Ce n'est pas le moindre de ses mérites d'avoir su replacer l'histoire des arènes de Floirac dans le cadre plus vaste de la riche histoire taurine de la métropole bordelaise et du département de la Gironde.
Dans une deuxième partie, Serge Milhé passe en revue, sans complaisance de circonstance, les différents spectacles qui ont eu lieu durant les 19 années de fonctionnement de la plaza.
Aujourd'hui, un ensemble de logement a été construit sur le site des arènes (voir ici). Une "arena" modulable de 10 000 places conçue par l'architecte Rudy Ricciotti, bien connu des aficionados, a vu le jour à quelques encablures de là. Elle a été inaugurée en début d'année 2018 et accueille dans de bonnes conditions de confort et d'acoustique des spectacles de musique commerciale et quelques évènements sportifs. Point de corrida à ce jour ...
Ce sont les villes de La Brède (très proche de Bordeaux) et de Captieux qui maintiennent actuellement, avec modestie mais sérieux, le flambeau de l'aficion girondine.
Le ruedo de La Brède en hiver (photo Velonero)
lundi 26 novembre 2018
Les reines de l'arène landaise
Sur le site arte.tv on peut voir actuellement un excellent documentaire sur la course landaise. Les reines de l'arène landaise a été tourné par Jean Marie Barrère, par ailleurs grand reporter et documentariste. La vache Ibiza, ancienne corne d'or, et l'écarteur Mathieu Noguez sont les personnages principaux du film. Sans doute pour complaire aux producteurs d'Arte ou bien pour tenter de désamorcer l'ire des animalistes intégristes (peine perdue, les moralistes intolérants resteront toujours des petits fascistes), on passe beaucoup de pommade, au sens propre comme au figuré, sur le dos d'Ibiza. Cela frise parfois le tartignole mais le talent du réalisateur et sa bonne connaissance du sujet (on voit tout de suite que c'est un gars du pays) donnent, au final, un aperçu de la course landaise et de son milieu assez fidèle à ce qu'ils sont aujourd'hui.
Arte regard Les reines de l'arène landaise documentaire de Jean Marie Barrère 31'
rediffusion le mardi 27 novembre à 4h20
sur arte.tv jusqu'au 22 décembre
Baronne (Armagnacaise) 2010 photo Velonero
mercredi 14 novembre 2018
Bartolomé Bennassar
"Mais cette histoire n'est plus celle que l'on écrivait il y a trente ou quarante ans, quand on distinguait deux séquences chronologiques successives : celle du toreo à cheval, pratiquée par la noblesse jusqu'aux deux tiers du XVIIIème siècle, puis celle du toreo à pied, d'origine populaire, né lorsque la noblesse s'était détournée d'un divertissement qui n'avait pas l'heur de plaire à la nouvelle dynastie des Bourbons. Une telle interprétation fait bon marché de l'histoire sociale des Espagnes." (p. 14)
... Il faut lire ou relire ce grand livre, si passionnant et si pertinent, qu'est Histoire de la tauromachie de Bartolomé Bennassar, le grand historien de l'Espagne et grand aficionado, décédé à l'âge de 89 ans le 8 novembre dernier à Toulouse.
Bartolomé Bennassar, Histoire de la tauromachie - une société du spectacle, Editions Desjonquères, 1993
samedi 10 novembre 2018
Bilan 2018
Ma corrida rêvée
6 toros de FUENTE YMBRO 6
Diego URDIALES - Emilio DE JUSTO - Andrés ROCA REY
Les trois toreros de mon cartel se sont vraiment imposés comme une évidence.
Diego Urdiales a dépassé tout ce que j'avais rêvé de mieux pour lui et pour l'aficion. Trois oreilles à Bilbao suivies de trois oreilles à Madrid, et cela dans une temporada d'à peine six corridas ! Quelle leçon il a donné à tous : aficionados, toreros et organisateurs ! Pour moi ses deux triomphes sont l'évènement taurin majeur de la temporada.
Avec sa classe, son temple, sa régularité, Emilio de Justo a montré sa solidité face à tous les toros et face à toutes les circonstances. Souhaitons que l'aficion espagnole ait l'occasion, l'an prochain, d'apprécier son talent comme a pu le faire depuis déjà deux ans l'aficion du Sud-Ouest de la France.
Le Péruvien Andrés Roca Rey est le triomphateur incontestable de la temporada. Son élan n'a pas été coupé, cette année, par les blessures ce qui prouve une plus grande maturité technique de sa part. On ne peut que souhaiter que cela dure car, au delà de ses énormes qualités taurines, il est devenu le torero le plus taquillero du moment ce qui constitue - soyons prosaïque - une excellente chose pour l'économie de la fiesta.
Il ne figure pas dans mon cartel mais ce n'est, je l'espère, que partie remise : Octavio Chacon. La confirmation de son talent et de ses qualités de lidiador durant cette temporada est une excellente nouvelle pour l'aficion toriste.
J'ai eu davantage de difficultés à choisir la ganaderia tant la cabaña brava espagnole a du mal à présenter avec un minimum de régularité des toros au comportement adapté au désir des aficionados, que ceux-ci se définissent comme toristes ou toreristes.
Si j'ai choisi les toros de Fuente Ymbro c'est non seulement parce qu'ils furent les protagonistes de la grande après-midi madrilène du 7 octobre dernier mais aussi pour saluer ce qui pourrait faire figure d'un retour au premier plan. On jettera pour l'occasion un voile sur la désastreuse corrida de Pampelune, mais on soulignera la performance madrilène :12 toros et 18 novillos fournis avec des résultats généralement satisfaisants. On se plait à penser que ce retour est dû à une sensible réduction de la camada (54 toros combattus cette année, le double il y a quelques années).
2017
6 toros de FUENTE YMBRO 6
Diego URDIALES - Emilio DE JUSTO - Andrés ROCA REY
Les trois toreros de mon cartel se sont vraiment imposés comme une évidence.
Diego Urdiales a dépassé tout ce que j'avais rêvé de mieux pour lui et pour l'aficion. Trois oreilles à Bilbao suivies de trois oreilles à Madrid, et cela dans une temporada d'à peine six corridas ! Quelle leçon il a donné à tous : aficionados, toreros et organisateurs ! Pour moi ses deux triomphes sont l'évènement taurin majeur de la temporada.
Avec sa classe, son temple, sa régularité, Emilio de Justo a montré sa solidité face à tous les toros et face à toutes les circonstances. Souhaitons que l'aficion espagnole ait l'occasion, l'an prochain, d'apprécier son talent comme a pu le faire depuis déjà deux ans l'aficion du Sud-Ouest de la France.
Le Péruvien Andrés Roca Rey est le triomphateur incontestable de la temporada. Son élan n'a pas été coupé, cette année, par les blessures ce qui prouve une plus grande maturité technique de sa part. On ne peut que souhaiter que cela dure car, au delà de ses énormes qualités taurines, il est devenu le torero le plus taquillero du moment ce qui constitue - soyons prosaïque - une excellente chose pour l'économie de la fiesta.
Il ne figure pas dans mon cartel mais ce n'est, je l'espère, que partie remise : Octavio Chacon. La confirmation de son talent et de ses qualités de lidiador durant cette temporada est une excellente nouvelle pour l'aficion toriste.
J'ai eu davantage de difficultés à choisir la ganaderia tant la cabaña brava espagnole a du mal à présenter avec un minimum de régularité des toros au comportement adapté au désir des aficionados, que ceux-ci se définissent comme toristes ou toreristes.
Si j'ai choisi les toros de Fuente Ymbro c'est non seulement parce qu'ils furent les protagonistes de la grande après-midi madrilène du 7 octobre dernier mais aussi pour saluer ce qui pourrait faire figure d'un retour au premier plan. On jettera pour l'occasion un voile sur la désastreuse corrida de Pampelune, mais on soulignera la performance madrilène :12 toros et 18 novillos fournis avec des résultats généralement satisfaisants. On se plait à penser que ce retour est dû à une sensible réduction de la camada (54 toros combattus cette année, le double il y a quelques années).
2017
mercredi 31 octobre 2018
Alberto Aguilar
Année de despedida aussi pour Alberto Aguilar.
Bilan : 3 corridas ... pas une seule dans le Sud-Ouest ...
Injustice du monde.
Mais quel fabuleux souvenir que son triomphe dacquois face à de magnifiques Escolar Gil en 2012 !
photo Laurent Bernède
vendredi 26 octobre 2018
Juan José Padilla
La première fois que j'ai vu Juan José Padilla c'était à Floirac lors de la corrida de septembre en 1995. Son physique de deuxième ligne m'avait paru bien peu taurin (il pesait en outre à l'époque quelques kilos de plus) mais il compensait ce handicap par un abattage certain et, surtout, une sincérité qui m'avait touché. Un créneau en tant qu'animateur dans les corridas dures pouvait s'offrir à lui, avais-je pensé, mais j'étais loin d'imaginer l'immense carrière qu'allait réaliser celui que l'on n'appelait pas encore le Cyclone de Jerez.
Une carrière bâtie à la force du poignet et émaillée de blessures gravissimes que l'homme parvint toujours à dépasser. En 2001, à Saint Sébastien, lorsque Buscador, de Victorino Martin, au lieu de se diriger vers la cape qui se déploie, se jette à pleine vitesse sur Juan José, agenouillé a puerta gayola, le choc est terrible. Les deux adversaires décollent du sol. Toute l'arène, dans un cri de terreur, pense le torero détruit. Et pourtant, Padilla se relèvera de cet accident comme des autres, l'égorgement de Pampelune par un Miura l'année suivante, et, le plus grave de tous, l'épouvantable cornada de Zaragoza en 2011. Cette même énergie vitale qui le conduit à affronter et dominer les toros lui permettra de surmonter toutes les blessures que ceux-ci lui infligeront, faisant de sa personne un exemple de la capacité humaine à dépasser les épreuves les plus dures.
Bien sûr, les limites de sa tauromachie sont connues de tous : un toreo bullicioso avec une propension à très vite passer au toreo de desplante au détriment du toreo fondamental; un manque patent de classe et d'élégance. Il assuma en général parfaitement ce manque, ne cherchant que fort peu à le surmonter, préférant orienter son style vers les modèles d'une tauromachie plus rude, celle du XIXème siècle. Rouflaquettes et montera à l'ancienne furent les éléments visibles de cette quête.
Deux grandes journées me paraissent témoigner des qualités taurines qui lui ont permis d'accumuler contrats et triomphes durant plus de vingt ans. En juillet 2002, pour les fêtes de la Madeleine à Mont de Marsan, il coupe quatre oreilles aux pensionnaires de Victorino Martin. Une après-midi complète qui montre l'étendue de ses capacités : magnifique répertoire à la cape, poses de banderilles variées et spectaculaires, à la muleta il domine ses deux toros et transmet de l'émotion au public, enfin il estoque remarquablement, avec sincérité et efficacité, bénéficiant certes dans ce domaine de sa taille et de sa puissance. Déclinées pendant vingt ans devant les toros les plus difficiles et les mieux présentés, il n'est pas étonnant que ces qualités aient fait de lui une figure, même si, en France, on peut regretter des prestations trop souvent sans ambition dans des arènes comme Vic ou Céret. Bien assise sur ce solide fondement technique, sa personnalité rayonnante lui a permis d'obtenir ce que beaucoup de toreros recherchent et peu atteignent : la connexion avec le public.
En 2005, à Saint Sébastien, il montrera, toujours face à un toro de Victorino Martin, le fameux Muroalto, une facette plus cachée de son talent. Comprenant très vite la qualité de charge du toro, il le torée de manière classique en grandes séries de naturelles parfaites, d'un temple digne des maestros les plus raffinés. Manière que l'Andalou ne cherchera jamais à trop développer, sans doute ne correspondait-elle pas à sa personnalité profonde.
Aujourd'hui, chacun se réjouit du succès de sa tournée d'adieu. Partout il a reçu un accueil cariñoso. Partout grand public et aficionados ont rendu hommage à son admirable trajectoire, à son courage exemplaire. Bien que la dernière partie de sa carrière, après la terrible cornada de Saragosse en 2011, ait été plus protégée, son ancienneté l'autorisant à jouer le rôle de telonero dans les corridas de vedettes, nous avions toujours peur pour lui, tellement l'usure du temps et des cornadas avait réduit ses capacités physiques. En témoigne cette année, le scalp d'Arevalo dont les médias, toujours prompts à tirer profit des accidents en tout genre, se sont largement repus.
Il reste à affronter maintenant à Juan José Padilla ce qui ne sera peut-être pas la partie la plus facile de son parcours : le retour à une existence normale après des années de vie trépidante, de gloire, de triomphe, de douleurs aussi. A voir la carrière interminable de certaines de nos figures actuelles, il semble que cette rupture soit redoutée par beaucoup. Mais, comme l'a dit le Pirate dans une entrevue récente : "Le véritable courage consiste à affronter la vie comme elle vient".
Photo Laurent Bernède Mont de Marsan 2014
Une carrière bâtie à la force du poignet et émaillée de blessures gravissimes que l'homme parvint toujours à dépasser. En 2001, à Saint Sébastien, lorsque Buscador, de Victorino Martin, au lieu de se diriger vers la cape qui se déploie, se jette à pleine vitesse sur Juan José, agenouillé a puerta gayola, le choc est terrible. Les deux adversaires décollent du sol. Toute l'arène, dans un cri de terreur, pense le torero détruit. Et pourtant, Padilla se relèvera de cet accident comme des autres, l'égorgement de Pampelune par un Miura l'année suivante, et, le plus grave de tous, l'épouvantable cornada de Zaragoza en 2011. Cette même énergie vitale qui le conduit à affronter et dominer les toros lui permettra de surmonter toutes les blessures que ceux-ci lui infligeront, faisant de sa personne un exemple de la capacité humaine à dépasser les épreuves les plus dures.
Bien sûr, les limites de sa tauromachie sont connues de tous : un toreo bullicioso avec une propension à très vite passer au toreo de desplante au détriment du toreo fondamental; un manque patent de classe et d'élégance. Il assuma en général parfaitement ce manque, ne cherchant que fort peu à le surmonter, préférant orienter son style vers les modèles d'une tauromachie plus rude, celle du XIXème siècle. Rouflaquettes et montera à l'ancienne furent les éléments visibles de cette quête.
Deux grandes journées me paraissent témoigner des qualités taurines qui lui ont permis d'accumuler contrats et triomphes durant plus de vingt ans. En juillet 2002, pour les fêtes de la Madeleine à Mont de Marsan, il coupe quatre oreilles aux pensionnaires de Victorino Martin. Une après-midi complète qui montre l'étendue de ses capacités : magnifique répertoire à la cape, poses de banderilles variées et spectaculaires, à la muleta il domine ses deux toros et transmet de l'émotion au public, enfin il estoque remarquablement, avec sincérité et efficacité, bénéficiant certes dans ce domaine de sa taille et de sa puissance. Déclinées pendant vingt ans devant les toros les plus difficiles et les mieux présentés, il n'est pas étonnant que ces qualités aient fait de lui une figure, même si, en France, on peut regretter des prestations trop souvent sans ambition dans des arènes comme Vic ou Céret. Bien assise sur ce solide fondement technique, sa personnalité rayonnante lui a permis d'obtenir ce que beaucoup de toreros recherchent et peu atteignent : la connexion avec le public.
En 2005, à Saint Sébastien, il montrera, toujours face à un toro de Victorino Martin, le fameux Muroalto, une facette plus cachée de son talent. Comprenant très vite la qualité de charge du toro, il le torée de manière classique en grandes séries de naturelles parfaites, d'un temple digne des maestros les plus raffinés. Manière que l'Andalou ne cherchera jamais à trop développer, sans doute ne correspondait-elle pas à sa personnalité profonde.
Aujourd'hui, chacun se réjouit du succès de sa tournée d'adieu. Partout il a reçu un accueil cariñoso. Partout grand public et aficionados ont rendu hommage à son admirable trajectoire, à son courage exemplaire. Bien que la dernière partie de sa carrière, après la terrible cornada de Saragosse en 2011, ait été plus protégée, son ancienneté l'autorisant à jouer le rôle de telonero dans les corridas de vedettes, nous avions toujours peur pour lui, tellement l'usure du temps et des cornadas avait réduit ses capacités physiques. En témoigne cette année, le scalp d'Arevalo dont les médias, toujours prompts à tirer profit des accidents en tout genre, se sont largement repus.
Il reste à affronter maintenant à Juan José Padilla ce qui ne sera peut-être pas la partie la plus facile de son parcours : le retour à une existence normale après des années de vie trépidante, de gloire, de triomphe, de douleurs aussi. A voir la carrière interminable de certaines de nos figures actuelles, il semble que cette rupture soit redoutée par beaucoup. Mais, comme l'a dit le Pirate dans une entrevue récente : "Le véritable courage consiste à affronter la vie comme elle vient".
Photo Laurent Bernède Mont de Marsan 2014
mardi 25 septembre 2018
4 toros de Victorino Martin pour Emilio de Justo
1er toro : Filigrana, Dax samedi 8 septembre
Filigrana est un toro léger, il a sa pointe de caste. La muleta d'Emilio de Justo, d'un temple parfait, sait lui donner confiance et allonger son parcours. Il parvient à lier des séries de derechazos et fait preuve d'une élégance certaine. Après une estocade tombée et une forte pétition, l'oreille est accordée. Outre l'estocade, je vois un bémol dans le toreo que le torero nous a proposé : l'usage abusif du pico de la muleta. Il me fait alors penser à une grande figure aujourd'hui vieillissante mais toujours au sommet après plus de 25 ans d'alternative. Emilio sera-t-il son successeur?
2ème toro : Filipino, Dax samedi 8 septembre
Filipino a clairement indiqué qu'il n'était pas question de le titiller sur sa droite. A gauche, sa charge est courte et brusque. C'est du côté du cœur qu'Emilio monte à l'assaut. Il se croise, le consent à fond et, peu à peu, construit sa domination par des naturelles qu'il n'est pas question de lier entre elles mais qui sont de plus en plus limpides. C'est de l'excellent travail, précis, valeureux, efficace. Un toreo à l'opposé de celui pratiqué à son toro précédent. Après une media lagartijera d'effet fulminant il coupera une nouvelle oreille.
3ème toro : Mocito, Mont de Marsan samedi 22 septembre
Le matin, Emilio a appris le décès de son père. Honorer son contrat est la meilleure façon d'honorer le défunt. Il brinde la mort de Mocito à sa mémoire. Le victorino possède sur la droite une charge vibrante, son armure est astifina. Trois séries de derechazos engagés, dominateurs, avec un temple qui soumet la charge du toro. De la grande tauromachie. Mais dès la première passe à gauche le torero est bousculé, repris dans les airs, blessé à la cuisse. Il est amené à l'infirmerie. Quelques instants plus tard Emilio revient, grimaçant de douleur, la cuisse fortement bandée. Quel pundonor! Une dernière série magnifique à droite, une mise à mort en deux temps, un dernier salut au ciel, et pendant qu'on réclame l'oreille, le retour entre les mains des chirurgiens. Emilio Serrano Torres peut reposer en paix, son fils est torero.
4ème toro : Matraca , Mont de Marsan samedi 22 septembre
Matraca est le toro de l'après-midi. Il commence par faire des choses étranges à la cape, puis comme ses frères du jour il répond tardivement, après avoir beaucoup réfléchi, à l'appel du picador. A la muleta, sa charge est puissante, violente, terriblement encastée mais peut-être moins sournoise que celle de ses prédécesseurs dans le ruedo. Il ne sera pas toréé par le natif de Cáceres qui se trouve à ce moment-là sur la table d'opération de l'hôpital de Mont de Marsan, mais on peut imaginer ce que sa lidia aurait pu donner entre les mains d'un Emilio de Justo aussi décidé, aussi sincère et talentueux qu'il le fut face à Mocito. Pour l'aficionado, dans une temporada, nombreux sont les rendez-vous inachevés, celui-ci ouvre des espérances pour l'avenir.
Au delà des moments difficiles qu'il est en train de vivre, nul ne sait quel sera le futur d'Emilio de Justo, mais, à considérer ce qu'il a fait tout au long de la temporada et particulièrement devant des toros aussi compliqués que peuvent l'être ceux de Victorino Martin, on n'hésite pas à imaginer les grands moments qu'il a la capacité de nous faire vivre, pour peu que l'emporte sa version du toreo la plus pure et la plus sincère.
¡Ánimo, Maestro!
photo Laurent Bernède
lundi 17 septembre 2018
Riaza
Vendredi 14 septembre 2018 Riaza (Ségovie)
très beau temps
demi-arène
6 novillos de La Quinta (10 piques), défectueux d'armure, nobles pour Pablo Atienza (division d'opinions, une oreille), Cristobal Reyes (silence, silence) et Francisco de Manuel (une oreille, une oreille)
Au pied de la sierra de Guadarrama, à quelques encablures de l'autoroute Burgos - Madrid, Riaza est une petite ville éminemment taurine. Pour la feria, on monte sur la plaza Mayor une arène métallique où se pratiqueront durant une semaine toutes les formes de tauromachie. La novillada piquée de ce jour voyait combattre des novillos de La Quinta. Hélas! tous ont des armures très abimées. Si les deux premiers (andarin le 1, bronco le 2) ont leurs difficultés, les quatre suivants déclinent toutes les nuances de noblesse et de douceur que peuvent posséder, parfois, les santacolomas.
Pablo Atienza, de Ségovie, est le régional de l'étape. Face au très pastueño quatrième il aura de jolis gestes mais restera superficiel.
Cristobal Reyes fait preuve d'une belle sincérité dans toutes ses interventions. Malgré l'incroyable incompétence de la cuadrilla (3 banderilles plantées pour 6 passages) le cinquième buendía gardera toute sa franchise et permettra au Jerezano des moments de toreo remarquable. Impossible en revanche de tuer de manière plus calamiteuse qu'il ne le fit.
Francisco de Manuel se situe, lui, à un niveau supérieur. Il a la planta torera, de l'assurance, du dominio, ce qui lui vaut de couper une oreille à chacun de ses novillos, laissant l'impression d'un torero aux grandes possibilités.
dimanche 16 septembre 2018
Villa del Prado
Mardi 11 septembre 2018 plaza de toros Los Alamos Villa del Prado (Madrid)
très beau temps
demi-arène
6 novillos de La Guadamilla, très bien présentés (7 piques, ovation au second) pour Pablo Atienza (une oreille, silence), Rafael Gonzalez (deux oreilles, silence) et Pablo Mora (silence, une oreille)
La Guadamilla, voilà un nom qui rappellera quelques souvenirs aux plus anciens. On les a souvent vus en France à la fin des années soixante-dix. Je me souviens avoir assisté à une fameuse novillada dans les anciennes arènes d'Istres, puis ils firent sensation à Roquefort, enfin ils furent choisis par les Vicois pour arbitrer un mano a mano entre Ruiz Miguel et Curro Vazquez. Ils annonçaient à l'époque une origine santa coloma; aujourd'hui, c'est sans surprise le sang domecq qui coule dans leurs veines. Le lot du jour, fort, très armé, était d'une excellente présentation. Ce fut d'ailleurs cette présentation qui donna de l'intérêt à la course car, du côté de la caste, à l'exception du second, brave et noble, ils se montrèrent plus discrets.
Pablo Atienza resta en dessous de la noblesse du premier, il tira en revanche quelques belles naturelles de l'énorme quatrième.
Rafael Gonzalez, plus pueblerino, coupa, malgré un échec à gauche, deux oreilles du second pour des derechazos liés et une entière efficace.
Pablo Mora m'est apparu comme le plus puesto des trois. Son travail méritoire face au calamocheando dernier lui valut une oreille justifiée.
Hormis l'église il reste peu de choses du passé à Villa del Prado car la ville a été pillée et incendiée en 1838 durant les guerres carlistes. Aujourd'hui, elle s'anime pour les fêtes patronales de septembre. On donne, dans les modernes et confortables arènes, des novilladas précédées le matin d'un encierro. Les gradins de l'ombre se remplissent d'un public local populaire et sérieux, ceux du soleil où se tiennent les jeunes des nombreuses peñas sont plus bruyants.
mercredi 5 septembre 2018
Retour en photos sur la novillada du Comte de la Maza à Roquefort
Grâce aux photos de Laurent Bernède, un petit retour sur la novillada du 19 août dernier à Roquefort.
Les novillos (tous marqués du 5) ont fait sensation par leur trapío
Le mayoral aussi a de l'allure
Pas toujours braves mais on a vu quelques belles piques
Les novilleros présents ne se sont pas émus outre mesure; du courage et du sang froid, ils possèdent les bases pour pouvoir continuer leur route. Ici Kevin de Luis.
Aquilino Giron
Il y eut aussi quelques bons professionnels dans les cuadrillas. Salut d'El Ecijano.
Les novillos (tous marqués du 5) ont fait sensation par leur trapío
Le mayoral aussi a de l'allure
Pas toujours braves mais on a vu quelques belles piques
Les novilleros présents ne se sont pas émus outre mesure; du courage et du sang froid, ils possèdent les bases pour pouvoir continuer leur route. Ici Kevin de Luis.
Aquilino Giron
Il y eut aussi quelques bons professionnels dans les cuadrillas. Salut d'El Ecijano.
mardi 28 août 2018
Cinq jours à Bilbao : du désastre d'une ganaderia au triomphe d'un homme
Mardi 21 août
Les toros de Nuñez del Cuvillo ont donné le spectacle le plus pitoyable qui se puisse donner dans une arène. Trois toros totalement invalides dont un qu'il fallut tirer par la queue et les cornes pour qu'il puisse se relever. Tous affligés d'un manque total de caste qui transforme le peu de charge qu'ils ont en déambulations pathétiques. Et dire que la plaza de Bilbao a enregistré ce jour la meilleure entrée de la feria (un gros trois-quart d'arènes)! Ce soir Nuñez del Cuvillo a droit au titre d'élevage le plus anti-taurin d'Espagne.
Mercredi 22 août
Le désastre continue avec les trois premiers Domingo Hernandez "Garcigrande" qui ne possèdent pas un atome de caste. Sans être de grands braves, les trois suivants ont au moins le mérite de se bouger un peu. Juan José Padilla a une despedida réussie : aurresku d'honneur avant le paseo, pas de cogida, oreille d'adieu au quatrième après une bonne estocade et émouvante ovation finale. Le sixième possède une pointe de genio qui oblige José Maria Manzanares à nous dévoiler une facette de son toreo trop souvent occultée, celle du torero batailleur et capable de s'imposer.
Jeudi 23 août
La ganaderia andalouse d'El Parralejo (origine Jandilla, Fuente Ymbro) se présente aujourd'hui en corrida de toros à Bilbao avec un lot con trapío, brave, difficile. Cela nous vaut quelques bons tercios de pique, 12 vraies piques et 2 chutes. Hélas tous vont a menos au troisième tiers, certains virent au bronco. Antonio Ferrera sera le seul matador de la terna à montrer de la torería, notamment en deux quites à l'ancienne, c'est à dire toréés en sortant le toro du cheval. A noter qu'une partie de la presse (El Mundo, El Diario Vasco, Mundotoro) s'est émue de la présentation exagérée de la course. Ainsi va le monde.
Vendredi 24 août
Une grande faena de Roca Rey sauve la corrida de Victoriano del Rio du désastre. Un lot très homogène au demeurant. Tous sans trapío malgré des poids conséquents (de 540 à 569 kg). Tous ressemblant à des novillos engraissés. Quasiment tous rajandose* dès la première ou deuxième série de passes. Tous protestés à l'entrée et à l'arrastre.
Face au dernier, Roca Rey se donne à fond. Le quite par saltilleras au centre du ruedo est impressionnant. Le début de faena par statuaires porte sur le public. Puis dès la première naturelle, le bicho fait mine de fuir aux tablas comme l'ont fait précédemment ses frères, mais le Péruvien parvient à le retenir au centre, ses naturelles se terminant par un coup de poignet qui, chaque fois, l'oblige. Peu à peu le toro prend goût au combat, sa caste prend le dessus. Le maestro rentre dans son terrain, le soumet de chaque côté en séries templées et parfaitement liées, le toro frôlant la taleguilla du torero. L'arène est en ébullition. Les bernardinas finales n'ajoutent rien au mérite du maestro et lorsque, après un pinchazo et une grande estocade, le toro s'effondre, Matias sort les deux mouchoirs à la fois. Roca Rey vient de donner une grande leçon d'engagement et de dominio.
Samedi 25 août
Pour nous, aficionados, peu nombreux sont les jours où ce que l'on a rêvé devient réalité. C'est sans doute ce manque qui nous pousse à revenir aux arènes. A condition que, de temps en temps, le rêve finisse par s'accomplir. C'est ce qui est advenu en ce samedi 25 août 2018 sur le sable gris de la plaza de Bilbao. Diego Urdiales, incarnation du toreo classique et pur, a toréé magnifiquement ses deux toros (notons qu'il s'agissait seulement de sa troisième corrida de la temporada) et a obtenu un triomphe qui restera marqué à jamais dans le souvenir des aficionados présents. De même qu' entre Séville et Curro Romero (fervent admirateur du Riojano) il y a entre Bilbao et Diego Urdiales une histoire d'amour qui s'est encore affermie ce jour. Le torero d'Arnedo a eu deux bons toros d'Alcurrucén. La qualité de son toreo (un quite par véroniques en donna un aperçu dès le deuxième toro), d'une sobriété et d'une simplicité absolues, sans la moindre ostentation, fut d'un grand effet sur les toros et sur le public, celui-ci poussé à la jubilation la plus pure par le pouvoir de cette muleta si dépourvue d'artifice mais si riche d'embrujo.
Un évènement - anecdotique en comparaison du triomphe de Diego Urdiales - mérite cependant d'être signalé. En cinquième position, après deux changements, est apparu face à Julian Lopez "El Juli", le second sobrero d'Alcurrucén, un toro au trapío impressionnant, armé pour la guerre, manso con casta, puissant, bronco. Le hasard a donc fait que, peut-être pour la première fois de la temporada, le Juli a dû combattre un authentique toro de combat. Il en est bien sûr sorti à son avantage (sauf à l'épée), réussissant à donner quelques derechazos chargés de dynamite, nous faisant regretter que l'occasion de telles rencontres ne soit pas plus fréquente.
* Se dit du toro qui rompt le combat et se dirige vers l'abri des barrières en cours de faena
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