photos : Laurent Bernède
texte : Velonero
La novillada piquée
Avec leur pelage cárdeno et leur finesse, les novillos d'Emmanuel Turquay (ici le 3, mosqueado) formaient un bel ensemble très typé santa coloma. Les 2 et 6 plus vareados avaient même le hocico de rata typique des saltillos.
Tous avec un fond de caste indéniable : de belles sorties, une première pique prise en poussant avec codicia (hélas il n'y en eut qu'une !), la gueule fermée jusqu'à la mort. Leur défaut : une certaine faiblesse de patte (ou un manque de fond) qui les a conduit à se réserver, en particulier les 3, 5 et 6.
Le Bordelais Clément Hargous torée peu et pourtant il s'est remarquablement comporté tout au long de l'après-midi. Avec pundonor et un minimum de technique qui lui ont permis de faire face en particulier devant son premier adversaire, une véritable vipère. Les deux photos sont éloquentes. En début de faena on voit bien le novillo mener le bal mais le Girondin parvint à donner en fin de faena une belle série de naturelles aidées. Il fut récompensé de son travail en coupant l'oreille du 4 suite à une estocade efficace.
Selon l'expression consacrée, Jorge Hurtado a été le plus torero des trois. Ça ne veut pas dire que les autres ne l'ont pas été mais on sent chez l'Extremeño un petit quelque chose en plus. Une manière d'être mais aussi un placement face au toro qui font que peuvent surgir à tout moment art et embrujo. La suerte de matar ne semble pas, hélas, être son point fort. Il va toréer dans toutes les ferias de novilladas espagnoles du mois de septembre et son parcours est incontestablement à suivre.
Face à deux novillos vite arrêtés le Mexicain Lopez Ortega est passé inaperçu.
La novillada sans picadors
Une bonne nouvelle : la grande caste du premier novillo de L'Astarac, d'une charge soutenue et inlassable. Bonne nouvelle parce qu'il s'agit d'un novillo d'origine Garcia Pedrajas que Jean Louis Darré élève en parallèle à ses domecq de Camino de Santiago. Affaire à suivre.
Israel Guirao, de retour à Roquefort après son triomphe de l'an passé, le reçoit somptueusement de cape. La suite sera plus banale et un peu décevante de la part d'un novillero prêt à passer à l'échelon supérieur.
Jules Dujols alias Julio Martin a connu une matinée riche d'expérience car il a été confronté à deux adversaires particulièrement difficiles. S'il n'a pu briller il a tout de même surmonté l'épreuve avec sang froid et détermination. Son premier (L'Astarac) donne de la corne et tout le travail de Julio consistera a essayer d'éviter de se faire chahuter la muleta. Il y réussira parfois.
Par son trapío, son second (Alma Serena) n'aurait pas déparé à l'échelon supérieur. Au moral il concentre les défauts : distrait, coureur en tous sens, manso, querencioso. Le jeune homme ne perd pas les papiers et tue avec efficacité. Ouf ! Une épreuve sérieuse bien surmontée.
Ce fut une belle journée taurine, sans triomphe, sans excès de brillant mais sans ennui, d'un intérêt toujours soutenu. Mais il y a un mais. Le manque de public (moins de 1000 entrées payantes l'après-midi) fait que, à Roquefort comme dans d'autres petites plazas de la région, ce spectacle vit peut-être ses dernières heures.

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