samedi 26 juin 2010

Corrida de La Brède : Un Mexicain et un Andalou


6 toros d'Adelaida RODRIGUEZ pour Uriel Moreno "El ZAPATA" (salut et deux oreilles), Curro DIAZ (une oreille et une oreille), Julien LESCARRET (silence et silence)
Lot d'Adelaida RODRIGUEZ aux armures discrètes, ternes au cheval sous 6 piques puis avec de la noblesse et de la vivacité en début de faena mais une tendance à s' éteindre rapidement et à chercher l'abri des barrières. Le meilleur (et le plus beau) le 4, le pire le 3,en fuite perpétuelle.

El ZAPATA, qui faisait sa présentation en France, nous offrit à son premier la panoplie complète des clichés sur le toreo mexicain,le tout dans une certaine approximation. Mais face au sérieux 4 il montra qu'il avait du bagage, toréant plus classiquement avec sécurité et dominio. Il planta une formidable paire de banderilles al quiebro al violin au fil des planches (oui, c'est possible) tout à fait risquée et réussie. Tueur sûr et efficace, il laissa l'image d'un bon professionnel.

Curro DIAZ toréa dans sa ligne de torero artiste, sincère et classique. Il eut des gestes magnifiques et une assurance dans le sitio qui lui permit de lier quelques belles séries.

Julien LESCARRET fut en difficulté avec ses deux adversaires. Compréhensible avec le 3 qui sautait dans la muleta avant de s'enfuir au triple galop vers les barrières mais l'intéressant et encasté sixième aurait mérité une faena moins nerveuse et plus dominatrice.

Pour bien nous rappeler qu'on était dans une portative, on eut droit, au cinquième, à une demande éhontée d'oreille de la part de la cuadrilla de Curro Diaz avec palinodie présidentielle et oreille que l'on va chercher dans la nature bien après l'arrastre du toro.




vendredi 25 juin 2010

Luis Francisco Esplá

Le 20 juin dernier, dans les arènes d'Alicante, Alejandro Esplá, qui venait de prendre l'alternative, a coupé la coleta de son père Luis Francisco. En guise d'hommage, après 35 années de torería du maestro alicantino, cet extrait d'une reseña de Claude Pelletier parue dans le numéro 1256 de la revue "Toros" qui rend compte de son grand triomphe pamplonais du 9 juillet 1985 et constitue aussi une belle analyse de son toreo :



Allegro brillantissimo !
Luis Francisco ESPLA est un prodigieux metteur en scène du spectacle taurin. Et un interprète ahurissant. Ce garçon a des trouvailles fabuleuses. Dix fois ce soir, le Levantin s'est lancé dans une aventure technique particulière : audace de répertoire à la cape, prouesses de terrains aux banderilles, gageures de distances au recibir. On a parfois douté : « Cette fois, il se "plante". Il va trop loin ! » Dix fois le magicien a réussi son tour avec une aisance, une maîtrise qui confondent. Façon d'être et conception de l'acte à l'ancienne, toreo de défis tenus et de bravades assumées... et l'on songe aux coplas d'au­trefois, du temps de la « Maricastaña » :
En el café de Chinitas
dijo Montes a su hermano :
Este toro ha de morir
antes de las cuatro y média...
Y era Paquiro en la calle
un torero de cartel !
Quel immense professionnel ! Et quel succès gigantesque ! J'ignore si Esplá est un artiste, mais je le sais grand vir­tuose. On peut douter de son génie, mais j'affirme qu'il a un talent fou. Et pourquoi faudrait-il primer toujours l'application laborieuse, quand la souveraine aisance a de si belles séductions ? Laissons-nous donc aller...
On a vu des « orticinas », des faroles inversés golden-twenties, une « roblesina » coruscante, des mises en suerte -en manière de « galleo » virevoltant, un recorte définitif, sur la hanche, toile rassemblée, presque le « capote al brazo » du pauvre Reverte ou du Gallo, l'ancien. Le tout parfum de rose ancienne, cartel de toros haute époque !

Aux banderilles, et pour jargonner moderne, une indescriptible maîtrise des relations spatio-temporelles ! Indes­criptible, donc ne décrivons pas. A la muleta, simplement agréable, fleuri, enlevé. Puis il cadre parfaitement... recule à quinze pas, avance jusqu'à la distance d'attaque, le toro « s'arranque » seul de six, sept mètres, Esplá se bloque et pose un pinchazo recibiendo invraisemblable ! Et comme personne n'a compris, il récidive, même technique, pour une demi-épée parfaitement lagartijera. Effet fulmi­nant, muleta lancée pile sur la dépouille et Pamplona dé­clenche le cataclysme !
Deux oreilles, la queue exigée par le public (hum !... et la gauche ?), mouchoir bleu normal et sollicité par Esplá pour « Campesino », un « burraco » de rêve, chaud et no­ble, de José Luis Osborne.



Photo Juan Pelegrin, reportage complet (et magnifique, comme toujours) de la despedida du maestro sur son site Blog (de fotos) de Manon.

dimanche 20 juin 2010

Hemingway, un grand aficionado (3)

Citations de Mort dans l'après-midi (suite)

"Le taureau est l'élément principal de la fiesta, et ce sont les taureaux que les toreros à hauts salaires essaient constamment de saboter, en exigeant un élevage qui les diminuent de taille et de corne et en les combattant aussi jeunes que possible." (chapitre 14 )

"Un torero qui peut faire une grande faena est au sommet de sa profession aussi longtemps qu'on le croit encore capable de l'exécuter, si les conditions sont favorables; mais un torero qui a montré son incapacité à faire une grande faena lorsque les conditions sont bonnes, qui manque de talent artistique et de génie à la muleta, même s'il est brave, suffisamment adroit et qu'il ne manque pas de connaissance dans son métier, sera toujours un des hommes de peine de l'arène et sera payé en conséquence." (chapitre 18)

"Il est impossible de croire quelle puissance d'émotion, quelle intensité spirituelle, et quelle pure et classique beauté peuvent être produites par un homme, un animal, et un morceau de serge écarlate drapé sur un bâton. Si vous refusez de la croire possible et que vous teniez à regarder tout cela comme une insanité, vous êtes à même de vous prouvez que vous avez raison en allant à une course de taureau où rien de magique ne se passe; et il y en a beaucoup; toujours assez pour vous permettre de vous prouver que vous aviez raison, pour votre satisfaction personnelle. Mais si jamais vous devez voir la vraie faena, vous saurez la reconnaître. C'est une expérience que vous aurez ou que vous n'aurez pas dans votre vie. Cependant, il n'y a aucune façon d'être sûr de voir jamais une grande faena, sinon d'aller à de nombreuses courses de taureaux. Mais si jamais vous en voyez une, terminée par une belle estocada, vous le saurez, et il y aura bien des choses que vous aurez oubliées avant que le souvenir ne vous en ait quitté." (chapitre 18)

"La course de taureaux a toujours été considérée par les chroniqueurs contemporains comme étant dans une période de décadence. Pendant l'époque dont on entend parler aujourd'hui comme l'âge d'or de tous les âges d'or, celle de Lagartijo et de Frascuelo, qui était réellement un âge d'or, l'opinion généralement exprimée était que les choses prenaient une mauvaise voie; les taureaux étaient beaucoup plus petits et plus jeunes, ou bien ils étaient gros mais poltrons. (...)
D'après les différentes sources où j'ai puisé et d'après tous les témoignages contemporains, l'époque des plus gros taureaux et du véritable âge d'or à Madrid fut celle de Lagartijo et de Frascuelo, qui furent les plus grands toreros des soixante dernières années, jusqu'à Joselito et Belmonte. L'époque de Guerrita n'était pas l'âge d'or; Guerrita fut responsable de l'introduction de taureaux plus jeunes et plus petits (j'ai relevé les poids et consulté les photographies). Les gros taureaux revinrent à l'époque de Machaquito, Bombita, Pastor et Gallo, et la taille des taureaux décrut sensiblement à l'âge d'or de Joselito et Belmonte, bien qu'ils aient souvent combattu les plus grosses espèces de taureaux. A présent, les taureaux sont gros et vieux pour les matadors sans influence, petits et jeunes chaque fois que le torero est assez puissant pour mettre la main ou son influence dans leur choix." (chapitre 19)





En 1924, Hemingway face à une vache dans les arènes de Pampelune, tiré du site Sanfermin.com

samedi 19 juin 2010

Hemingway, un grand aficionado (2)

Bien que paru en 1932, Death in the afternoon (Mort dans l'après-midi, 1938 en France) reste aujourd'hui encore un des meilleurs livre d'initiation à la corrida. D'abord parce que Ernest Hemingway, en à peine une dizaine d'années et malgré une fréquentation forcément irrégulière du monde taurin, a réussi à connaître et à comprendre la tauromachie aussi parfaitement que les meilleurs aficionados espagnols. Ensuite, parce qu'on s'aperçoit, à la relecture du livre, que la corrida a très peu changé entre le début des années 30 et notre époque. Conséquence de la révolution belmontine, la faena de muleta est déjà devenue le moment le plus important du combat; le tercio de pique pose de nombreux problèmes (le peto introduit en 1928 est la dernière innovation d'importance); certains éleveurs - ceux de Salamanque, à cette époque - se sont lancés dans l'élevage de toros destinés à faciliter le triomphe des vedettes; on n'indulte pas mais on coupe oreilles, queues et même pattes à foison. Une différence : la mort des toreros. Fleming n'a pas encore sa statue devant les arènes de Madrid, c'est l'époque où la mort frappe le plus durement, en particulier les modestes (cf Nomenclature en hommage ... ).
En outre Hemingway a pleinement conscience des enjeux liés à l'évolution de la tauromachie ... mais laissons lui la parole, voici quelques extraits de son livre :


"La corrida est une institution espagnole. Elle existe, non pas pour les étrangers et les touristes, mais en dépit d'eux. Chaque modification qu'on y fait pour obtenir leur approbation, qu'on n'aura jamais, est un pas vers la suppression complète." (chapitre 1 )

"Tout le mal, dans la technique moderne de la course de taureaux, est qu'on l'a rendue trop parfaite. Elle se pratique si près du taureau, si lentement et avec une telle absence de défense ou de mouvement de la part du matador, qu'elle ne peut s'exécuter qu'avec un taureau à peu près fait sur mesure." ( chapitre 14 )

"Après avoir été aux courses de taureaux pendant un certain temps, après avoir vu ce qu'elles peuvent être, si elles finissent par signifier quelque chose pour vous, alors, tôt ou tard, vous êtes forcé de prendre une position définie à leur égard. Ou bien vous tenez pour les vrais taureaux, les toreros achevés, et vous espérez que de bons toreros se formeront, qui sauront combattre, comme sait faire, par exemple, Marcial Lalanda, ou qu'un grand torero se montrera, qui puisse se permettre de briser les règles comme fit Belmonte; ou bien vous acceptez la fiesta dans son état actuel, vous connaissez les toreros, vous comprenez leur point de vue; il y a toujours, dans la vie, de bonnes et valables excuses pour toutes les chutes; et vous vous mettez à la place du torero, vous portez au compte du taureau leurs désastres, et vous attendez le taureau qu'ils veulent avoir. Dès que vous faites cela, vous devenez aussi coupables que tous ceux qui vivent de la course de taureaux et la ruinent, et vous êtes plus coupable encore parce que vous payez pour aider à cette ruine." (chapitre 14 )

"Vous devez, comme spectateur, montrer que vous appréciez le travail bon et valable, même réduit à l'essentiel et sans éclat. Vous devez apprécier le travail bien fait et la mise à mort correcte d'un taureau avec lequel il était impossible de faire un exploit brillant." ( chapitre 14 )

à suivre...



En 1931 Heminway aux arènes de Pampelune avec son fils John et sa femme Pauline (publié par Fernando Hualde, Hemingway cien años y una huella)

mardi 1 juin 2010

Toros en Gironde

Juin est le mois des toros en Gironde. Voici les cartels :


dimanche 6 juin à 17h

novillos de El Freixo
Juan Manuel Jimenez - Patrick Oliver - Thomas Dufau

samedi 26 juin à 11h
erales d'El Palmeral
Mateo Julian - Fernando Adrian - Dorian Déjan

à 18h
toros d' Adelaida Rodríguez
El Zapata - Curro Diaz - Julien Lescarret






Deux curiosités dans ces cartels :

- la présentation en France en novillada piquée de la ganaderia El Freixo. Il s'agit de l'élevage de Julian Lopez ''El Juli'' acquis en 2003. La finca est à Olivenza (Badajoz) et l'origine domecq par Daniel Ruiz.

- la présentation en France du matador mexicain Uriel Moreno ''El Zapata'' (alternative en 1996). Il a une réputation de bon banderillero et coupe régulièrement des oreilles dans la Monumental de Mexico.

mercredi 26 mai 2010

Ma feria de Vic 2010 (2)

Corrida de Palha

Le lot de Palha en deux mots : joli et plaisant. Une corrida comme on aimerait en voir face aux vedettes de l'escalafon à la place des habituelles limaces produites en série par les élevages dits "de garantie". Avec deux toros braves : Camarito (un petit frère?) et Bandeirito (honoré d'une vuelta justifiée par trois piques prises en poussant et une belle noblesse), à savoir le lot d'Alberto Aguilar. Ce dernier ne laissa pas passer l'occasion de triompher pleinement. Il fallait du culot pour attaquer Bandeirito plein centre par deux excellentes séries de naturelles. Trois oreilles pour le protégé de Fernandez Meca et une promesse qui, sous nos yeux, est en train de devenir réalité.
Morenito de Aranda torée bien et joliment. Mais il a manqué quelque chose à son toreo pour emporter vraiment l'adhésion.
Medhi Savalli est un cas. Une cape, une paire de banderilles dans les mains, il se montre efficace, sûr de lui, artiste même parfois; mais, dès qu'il prend muleta et épée, on assiste à un effondrement psychologique et physique. On le sait, être torero est avant tout une affaire de mental et pour lui là est vraiment le nœud du problème.



Corrida de Victorino Martin
Cinq ans bien sonnés, armés pour la guerre, une tonne de dynamite au bout de chaque corne. Les trois derniers des estampes, avec mention au cinquième : plus beau, plus sérieux, plus impressionnant, impossible. Un corridón de Victorino.
Et pourtant une déception - sans doute exagérée - mais une déception tout de même.
Les causes?
Un manque de bravoure et de poder : malgré douze piques honorablement prises, aucun n'a poussé de verdad, à aucun moment la cavalerie n'a été mise en difficulté.
Et, conséquence de ce premier manque? l'absence de noblesse. 6 alimañas 6. Avec des nuances certes, les deux de Juan Bautista plus abordables, les deux du Fundi peut-être améliorables, les deux de Rafaelillo des tueurs à gages.
En fin de compte, une corrida pour Vic et j'irai même jusqu'à dire une corrida rassurante : il y a toujours du nerf, du genio, de la méchanceté brute chez Victorino.
El Fundi est moralement au fond du trou. J'ai fait partie des rares spectateurs à l'applaudir lors de sa sortie des arènes. Je me disais "on ne le reverra plus, il mérite bien un dernier hommage". Et pourtant, qu'est-ce qui nous dit qu'il ne sera pas là l'an prochain plein d'entrega et de dominio, pour un adieu réussi cette fois.
Rafaelillo : à l'impossible nul n'est tenu.
Juan Bautista, personnellement je l'ai trouvé bon. Venir à Vic tuer une corrida cinqueña de Victorino et en repartir sans s'être décoiffé, sans avoir sali son costume blanc, sans s'être à aucun moment affligé mais en ayant donné une magnifique série de naturelle (les seules passes de l'après-midi), je dis bravo. Eso es muy torero.

mardi 25 mai 2010

Ma feria de Vic 2010 (1)



Samedi

Je n'ai pas assisté à la novillada matinale. Face aux santacolomas de Flor de Jara, le jeune Esaú Fernández se serait montré convaincant.
Les toros d'ESCOLAR GIL donnèrent du relief à l'après-midi. Toros complexes, au comportement changeant en cours de lidia. Avec beaucoup de solidité car 15 piques souvent mal données n'altérèrent pas leur mobilité. Et, sur fond de mansedumbre, une noblesse qui parfois virait à l'aigre...¡ay! ces regards qui font le va-et-vient entre la muleta et les broderies du costume!
Face à eux deux toreros (Sergio AGUILAR et David MORA) et l'ombre d'un torero (El FUNDI).
Sergio AGUILAR fut toute la tarde d'une sincérité absolue. Une sincérité qui a parfois du mal à convaincre les amateurs d'esbroufe. (vuelta et une oreille)
David MORA sut profiter de l'excellente corne droite de Canario honoré d'une vuelta que son banal comportement à la pique (la première prise honorablement, la deuxième sans pousser et en sortant seul) aurait dû interdire. Le garçon torée avec empaque. Il se donne quelques facilités à droite mais, à gauche, il refuse de rectifier son terrain malgré les avertissements du toro ce qui lui vaut une méchante voltereta avec taleguilla entièrement lacérée. Une entière desprendida et deux oreilles.
Deux bons toreros face à un lot de respect : une corrida comme on les aime.


La corrida-concours

Ce fut un fracaso en tous points comparable à celui de la corrida-concours arlésienne de la dernière feria pascale. Avec en prime le feu qui tombait du ciel et rendit la matinée très pénible.
L'évolution des La QUINTA ne laisse pas d'être inquiétante. De la noblesse qui confine à l'insipidité. Aucun intérêt.
Je crois qu'il faut se rendre à l'évidence, le célèbre Clavel Blanco a constitué chez Maria Luisa DOMINGUEZ PEREZ de VARGAS un miracle plus que le signe d'un renouveau. Aujourd'hui Macetero n'avait pour lui que son trapío.
Le Fidel SAN ROMAN fit une sortie tonitruante qui autorisait tous les espoirs avant de se dégonfler très vite.
Le Dolores AGUIRRE fut le toro le plus intéressant de la matinée mais ce n'était qu'un manso con casta, inapproprié donc à une corrida-concours.
L'ALCURRUCEN un imposant manso querencioso.
Au final, le buendía de REHUELGA bravito et noblote.
Chez les piqueros Diego Pahito de la cuadrilla de José Luis Moreno piqua fort bien - et avec style - le Dolores Aguirre.
Enfin El Pimpi eut l'intelligence de comprendre que la seule façon de châtier le manso d'Alcurrucén était d'aller le chercher dans son terrain au delà de la ligne tracée sur le sable. Il brava les sifflets avec professionnalisme.

mardi 18 mai 2010

Débandade



Puisqu'on est en pleine période de débandade - taurine, bien sûr (voir ce qui se passe depuis quelques jours à Las Ventas) et économique (pas besoin de vous faire un dessin) - deux solutions s'offrent à nous. Se laisser couler aussi agréablement que possible dans l'ivresse et l'insouciance des derniers beaux jours. Essayer de comprendre pour se donner les moyens de réagir. (Il n'est pas interdit de combiner les deux.)
Pour ce qui concerne la partie économique, je viens de lire sur le site du Monde diplomatique une analyse de Frédéric Lordon qui m'a paru limpide. Je n'ai aucune compétence en la matière et ignore donc le degré de pertinence des propos de monsieur Lordon mais il m'a semblé que ça valait le coup (si on dispose d'un peu de temps) de s'y frotter pour y voir - peut-être - un peu plus clair.
En ce qui concerne les toros, tous nos regards...et nos espoirs vont se porter vers une petite bourgade du Gers... Mais là, vous en connaissez sans doute le chemin...

lundi 10 mai 2010

Première

Hier je décide de tenter une première : payer pour voir une corrida sur mon ordinateur. Il faut être sûr d'être tranquille, une fin de dimanche maussade, c'est idéal. Toros de Dolores Aguirre pour Rafaelillo, Fernando Cruz et Joselillo, un des cartels les plus intéressants du fastidieux marathon madrilène. J'achète!
Conscient de mes capacités, je décide de m'y prendre une heure à l'avance. Bien vu, c'est le temps qu'il m'a fallu pour comprendre comment ça marche. A 19 heures donc paseo à Las Ventas. L'image est plutôt bonne, mais de temps en temps ça grippe, ça s'arrête, ça repart. A vrai dire rien de rédhibitoire, je m'attendais à pire.
La corrida est passionnante. Les mansos con casta, mobiles et puissants, de Doña Dolores apportent en permanence l'émotion, l'intérêt pour la lidia. Quelle différence avec ce pauvre Fernando Peña, un remiendo sorti en cinquième position! Une limace, de celles que les Madrilènes (et les autres) doivent se fader à longueur de corridas ordinaires.
Ce qui m'a frappé dans la grande après-midi qu'a connue Rafaelillo, c'est sa capacité à comprendre les toros et à adapter son toreo à chaque situation. Le premier est un adversaire pour partir à la guerre et Rafaelillo y va le cœur vaillant. Il canalise, améliore, domine. Mais il sut voir très vite que son second était un dulce et le torea comme on le doit dans ces cas-là : calme, relâché, avec temple et lenteur.
Exactement l'inverse chez Joselillo, nerveux à l'extrême avec le troisième, au point de passer à côté d'une corne gauche qui offrait des possibilités, trop confiant et trop calme en revanche face au sixième, un tío de 590 kg qui renversa deux fois la cavalerie à la régulière mais qui n'avait pas une passe. La cogida du torero fut réellement espeluznante comme disent nos voisins.
Quelle paire de banderilles celle de Juan Navazo au second! Face à un Dolores entablerado, un sesgo por afuera d'école qui mit le public venteño debout.
Malgré son magnifique costume de lumière Fernando Cruz continue à bailar con la mas fea. Un lot impossible et des espoirs de lendemains meilleurs qui s'envolent.

dimanche 2 mai 2010

Aire : annulation!

"Novillada annulée en raison de la pluie."
Voilà l'affiche que les aficionados ont pu découvrir en arrivant devant la taquilla des arènes d'Aire sur Adour en ce samedi 1 mai. Le problème c'est qu'il n'avait pas plu depuis le matin et Météo France n'annonçait pas de pluie pour l'après-midi (de fait il ne pleuvra pas).
Il me semble qu'il aurait été plus logique d'écrire "Novillada annulée par crainte de pertes financières pour les organisateurs." (en l'occurrence P. H. Callet, SARL Caltoros). Et encore plus logique, dans ce cas, de ne pas programmer cette novillada. Cela aurait évité de faire naître des espoirs sans lendemain pour l'éleveur, les toreros, les "spectateurs". Et de créer des mécontents chez les aficionados qui se sont déplacés, parfois de fort loin, pour se trouver nez à nez avec cette annonce. Aficionados qui, on le comprend, risquent de tirer une croix sur les arènes d'Aire sur Adour.
Personnellement, je me faisais un plaisir de les retrouver après très exactement 21 années d'infidélité (cosas de la vida). Le 1 mai 1989 il y avait des novillos de Maria Luisa Dominguez Perez de Vargas pour Antonio Posada, Enrique Ponce et Jesulin de Ubrique (pas mal le cartel). Les Maria Luisa se montrèrent nobles. Enrique Ponce ne m'a laissé aucun souvenir. En revanche je me souviens très bien de Jesulin qui débutait (c'était sa deuxième novillada piquée). Un grand échalas déjà capable de faire tourner sans fin le toro autour de lui sans se faire attraper la muleta. Il avait coupé deux oreilles, prélude à d'autres triomphes (nîmois notamment) et à la carrière que l'on sait.

samedi 1 mai 2010

Campos y Ruedos prend l'alternative

Un site, un blog, des mots qui s'enfuient au premier courant d'air. Continuent-ils d'exister après que nous les avons lus? Et dans dix ans, dans cinquante ans? Quand il suffit d'un nuage de poussière pour paralyser tous les aéroports européens!
Alors cette transmutation en encre et papier, sous forme d'un magnifique ouvrage édité par Atelier BAIE, fait figure de passage à un échelon supérieur. Une prise d'alternative en quelque sorte. On peut maintenant toucher leurs mots, leurs photos, feuilleter, transporter, lire dans son fauteuil, sur sa chaise longue. Et puis, ce livre, on peut le ranger dans sa bibliothèque. On sait que dans six mois, un an, dix ans, il sera toujours là. On se sent rassuré. Et par les temps qui courent on a besoin d'être rassuré.
Parce que les mots et les images des gens de Campos y Ruedos c'est pas rien. Il y a mille tonnes d'aficion et autant de caste, de la bonne, de la mauvaise aussi, de celle qui emmerde les taurinos mais fait sortir les aficionados de leur torpeur. Et en prime du talent pour écrire.

Il y a aussi l'affirmation d'une éthique de la corrida exprimée dans des textes de fond qui sont autant de manifestes allant à l'encontre de la corrida standardisée et triomphaliste que les marchands de tauromachie délavée voudraient nous faire avaler.
Car, pour les rédacteurs de Campos y Ruedos, l'essence même de la corrida c'est le combat. Donc ça saigne, ça fait peur (Au armes de Jérôme Pradet). Un toro, ça doit être puissant dans les trois tercios (En réponse aux abolitionnistes de François Bruschet, La bravoure intégrale de Thomas Thuriès). Elle est aussi une quête, celle d'élevages qui sortent des sentiers battus : encastes, trapios, comportements différents; avec les aleas que cela suppose et qu'il faut savoir accepter (Plaidoyer pour la liberté de choix et la diversité de Yannick Olivier, Les Palha? Au musée! de François Bruschet).
Et cela ne les empêche pas d'aimer les toreros. Nimeño II, Luis Francisco Esplá, César Rincón, José Tomás, El Cid y sont aussi à l'honneur.
Une alternative réussie.








Ce que j'ai bien aimé dans cette couverture c'est, en haut à droite, le 01 annonciateur de plaisirs renouvelés...

mardi 27 avril 2010

Vers l'hyperrugby de Xavier Lacarce



Xavier Lacarce
Vers l'hyperrugby
Triomphe du sport unidimensionnel
2009
Le bord de l'eau





Tous ceux qui sont nés avec un ballon de rugby entre les mains doivent se précipiter sur ce précieux ouvrage. Pour mieux connaître son histoire (On trouvera notamment une remarquable étude sur le tournoi des 5 nations). Et mieux comprendre à quelle sauce nous avons été mangés.
Et tous ceux qui ont découvert le rugby après 1995 (année charnière dans l'histoire de ce sport, l'auteur y revient longuement) aussi. Pour savoir qu'avant c'était différent. Pas parfait, loin de là - l'auteur ne joue pas les chantres d'un passé idéalisé - mais autre chose.
Car ce livre est une rigoureuse analyse de ce qu'était le rugby, ce qu'il est devenu (à partir de 1995 donc et du passage au professionnalisme) et comment il l'est devenu.
Et sa grande réussite est d'être toujours d'une lecture limpide et passionnante. En effet Xavier Lacarce parvient à mêler avec une grande fluidité analyses et citations des sociologues du sport, des historiens du rugby pour mieux nous faire pénétrer au cœur des enjeux sociaux et éducatifs du noble jeu.
"Comment un sport aussi jaloux de sa singularité a-t-il pu se conformer au modèle désormais hégémonique du sport unidimensionnel?
A travers le rugby, c'est bien sûr l'uniformisation de nos sociétés que l'auteur sonde ici."(quatrième de couverture)
Il nous éclaire par là même sur ''l'injonction modernisatrice ambiante" qui voudrait, entre autres choses, réduire la culture à une simple mais juteuse industrie du loisir.
On le voit, il y a aussi matière à penser pour l'aficionado. Et l'on est souvent tenté de remplacer le mot rugby par le mot corrida. Ce parallèle, l'auteur le fait d'ailleurs à deux reprises. Lorsqu'il cite Recouvre-le de lumière d'Alain Montcouquiol à propos des années Cordobés, puis Hemingway fustigeant cette corrida qui voudrait se transformer pour complaire au plus grand nombre.
Je vous le dis, une saine lecture...


Certes le rugby des petites villes et des villages existe toujours. Encore que le moindre maillot du moindre petit club est aujourd'hui un maillot publicitaire.Les écoles de rugby aussi continuent d'exister. Mais j'ai bien peur que l'image des joueurs professionnels devenus machines à percuter doublés d'icônes pour camionneurs invertis refroidisse les ardeurs de nos chères têtes brunes... et de leurs parents.


dessin de Anne-Claire Thévenot, on peut voir ses créations sur son blog Carnets temporels

mardi 20 avril 2010

A propos de Manolete


La sortie sur les écrans du film Manolete de Menno Meyjes avec Adrien Brody et Penelope Cruz est une bonne occasion pour revenir sur le toreo du Cordouan. Voici quelques extraits du livre de José Vicente Puente, Manolete ou le délire d'un peuple :


Manolete réalise la prophétie de Belmonte : Un torero viendra qui saura bien toréer quatre-vingt-dix pour cent des taureaux; et qui pour tous aura le courage d'empiéter sur le territoire que la bête se réserve instinctivement.
La volonté du Cordouan parvient à mêler les traditionnels domaines respectifs du taureau et du torero. Il franchit la limite interdite au-delà de laquelle l'attend le coup de corne. C'est ainsi qu'il arrive à mener jusqu'à leur terme tant de parfaites faenas. (...)

Manolete s'en tient à un seul type de faena et il y introduit peu de changements. Son mérite est de l'adapter à tous les cas, de la faire accepter par tous les taureaux que le sort lui envoie. C'est là le miracle de son art. (...)

La doctrine de Manolete peut ainsi se résumer : un art épuré au point que seul l'essentiel soit conservé pour en faire une œuvre de beauté. Dans l'application, ce sont d'abord les véroniques parfaites, et les doubles demi-véroniques pour clore audacieusement la première phase de la corrida. Les banderilles sont ensuite laissées aux banderilleros. Puis la muleta levée pour des passes exécutées dans une immobilité de statue, à moins qu'il ne faille commencer par s'infléchir avec certains taureaux. Tout de suite la muleta dans la main gauche pour des naturelles amples et arrondies. Changement de main pour parfaire le cercle avec la droite. Quelques manoletines pour l'éblouissement des yeux. Enfin, la profonde et sévère estocade. C'est fini. Sans afféterie, sans allées et venues, sans faux éclats. (...)

Pour satisfaire ces goûts nouveaux il devient nécessaire de réduire le gabarit des bêtes; leur poids, leur âge, la longueur des cornes. Avec les énormes fauves d'antan, les recherches plastiques seraient impossibles.
Le public veut de la beauté. Il cède de son intolérance au sujet de la taille du taureau. En échange de cette concession, il devient exigeant sur la qualité des images qui lui sont offertes. Devant un adversaire plus léger, le torero se doit d'améliorer son travail. De lutteur il doit passer au rang d'artiste. Grâce et invention devant les cornes. Il doit avancer, muleta en main jusqu'en terrain interdit. Non plus combattre sur la défensive mais attaquer le taureau dans son réduit.
Un artiste, voilà le nouveau type du torero. Avant qu'on ne se fût décidé à réduire les dimensions du taureau, les seuls matadors qui comptaient étaient ceux qui se montraient simplement capables d'en venir à bout. Hommes tirant leur popularité d'un acier efficace.
Depuis qu'est née la nouvelle tendance, le torero artiste a pu s'aligner dans l'arène à côté de ces durs matadors. (...)

Le péril est toujours aussi grand. Être partisan du toreo statique ou demeurer un fervent de la bête imposante est affaire d'opinion. Mais la vérité est que le matador actuel assume autant de risques que ceux d'autrefois. S'il a cette conscience professionnelle dont Manolete fut un inoubliable exemple. (...)

Manolete ne se défait pas du toro de n'importe quelle façon mais en respectant les règles de la mise à mort dans le sévère style traditionnel, avec le péril qu'il comporte. Il met fin, et c'est là un de ses apports, à la complaisance envers les toreros uniquement artistes qui se montrent incapables l'épée à la main. Manolete enseigne à toréer sur un terrain conquis, épure les passes et donne toute sa signification au nom de matador : celui qui tue.

(Tous ces passages sont tirés du chapitre XI Doctrine taurine de Manolete)



Manolete est mort en 1947. Le livre a été écrit en 1960. Et pourtant, plus de 50 ans après, on a l'impression que peu de choses ont changé. Deux des principales figures actuelles ont un toreo qui se situe dans la continuité de celui du Cordouan. Et la question du rapport entre toro et toreo agite toujours le monde de l'aficion. Elle est même devenue une ligne de fracture entre aficionados toristes et aficionados toreristes... On ne peut que souhaiter, dans 50 ans, aux aficionados de la deuxième moitié du XXIème siècle d'avoir les mêmes sujets de discorde, témoins manifestes de la vitalité de la corrida.



José Vicente Puente, Manolete ou le délire d'un peuple, del Duca, 1961
traduction Henri Mengotti
En espagnol : Arcangel, novela del torero Manolete, 1960






dimanche 11 avril 2010

Mont de Marsan, les cartels de la Madeleine 2010

Vendredi 16 juillet
Miura
J. J. Padilla - Rafaelillo - Julien Lescarret

en soirée
Concours landais

Samedi 17 juillet
Garcigrande
Enrique Ponce - El Juli - Matias Tejela

Dimanche 18 juillet
Fuente Ymbro
Sergio Aguilar - Luis Bolivar - Arturo Macias

Lundi 19 juillet
matinée novillada El Torreon
Thomas Dufau - Mathieu Guillon

El Pilar
P. H. de Mendoza (rej.) - Julio Aparicio - Daniel Luque

Mardi 20 juillet
Victoriano del Rio
Manolo Sanchez - José Tomas - Sébastien Castella


Des cartels prestigieux avec le retour des Miura et deux duos de choc, Enrique Ponce - El Juli le samedi et surtout José Tomas - Sébastien Castella le mardi qui devraient faire exploser la taquilla et très certainement faire grimper le nombre d'abonnés.
Mais la feria reste déséquilibrée, il manque une corrida torista. Une corrida de Victorino par exemple. Cette année encore on ira les voir chez les voisins dacquois.
La corrida ovni du lundi semble tout droit sortie de l'imagination féconde de Simon Casas. Je ne suis pas sûr qu'elle soit du goût de l'aficion montoise.
Au final, c'est sur leur capacité à présenter des toros dignes de ce nom (c'est à dire bien faits et en pointe) que l'on jugera les organisateurs.

vendredi 9 avril 2010

Arles 2010 (3)

Corrida du Puerto de San Lorenzo

Cinquième toro, Juan Bautista débute sa faena sous les quolibets, sur les étagères on s'impatiente, on réclame des toros.
Il faut dire que jusque là la faiblesse de pattes a été la constante de la corrida. On a changé l'invalide quatrième pour un autre invalide du Puerto de San Lorenzo. Tiens donc, il y avait un réserve du Puerto! Comment se fait-il alors que soit sorti en première position un petit cochon de Domingo Hernández dans une corrida annoncée du Puerto de San Lorenzo? Sans doute se trouvait-il dans les bagages du Juli...
Mais ce cinquième, en bon atanasio, va a mas et Juan Bautista fait preuve de davantage d'alegria que d'habitude. Ça calme le public et ça met carrément en transe le président qui fait jouer la musique puis accorde 2 oreilles à l'Arlésien. Celui-ci les reçoit sous la bronca et se garde bien de les exhiber lors de la vuelta.
Pitillo, le sixième est un bon exemplaire du Puerto, assez représentatif lui aussi de l'encaste, mélange de combativité - il renverse le cheval à la première rencontre puis attaque sans répit la muleta avec une charge vibrante et inépuisable - et de mansedumbre - il se réfugie aux planches dès qu'il en a la possibilité .
Avant la corrida, je n'aurais pas parié un kopek sur Matias Tejela et pourtant, face à ce sixième, il m'a plu. J'ai trouvé sa faena parfaitement adaptée au toro; il sut oublier le pico pour recentrer la charge du toro sur la panse de la muleta et mieux l'y garder. J'ai aimé sa finesse et la souplesse de son corps. Bonne estocade et deux oreilles logiques.

jeudi 8 avril 2010

Arles 2010 (2)

Je n'aime pas les journées taurines continues. Six toros le matin, six toros le soir, c'est de la boulimie d'aficion. Je me réserve donc pour les Miura de l'après-midi, tant pis pour les Ana Romero. Avec une petite pensée, tout de même, pour la terrible novillada d'Hagetmau en 1974 et la grave blessure du brave Celestino Correa qui mit pratiquement fin à sa carrière. Je n'en ai pas revu depuis.
A l'heure de l'apéro, mes compañeros m'informent que ceux du jour, invalides pour la plupart, ont offert trois oreilles (locales) à Roman Perez. Les temps ont bien changé.

Arles, une matinée sans toros, c'est le moment idéal pour flâner dans les innombrables expos et pour faire le plein de livres taurins.
Deux grandes émotions cette année, la rétrospective des photographies taurines de Lucien Clergue (au palais de l'Archevêché jusqu'au 2 mai). Ne pas rater la petite salle où sont exposés trois ''toros morts'' grand format. Magnifique!
Outre la beauté et la charge émotive de certaines photos (en particulier les portraits d'El Cordobés et de Chamaco), on est si vivement frappé par la pertinence des clichés que l'on se dit à plusieurs reprises "voilà un type qui sait se trouver exactement au bon endroit, exactement au bon moment''. En photographie, sans doute une définition du talent.
Autre exposition remarquable,à l'Espace Van Gogh, Noir e(s)t lumière, dans les coulisses de l'école taurine d'Arles, photographies de Bernard Lesaing . Des photos qui réussissent à conjuguer recherche esthétique et forte charge émotive.
Dans les deux cas, du noir et blanc et de l'argentique..




Miurada

Une belle et bonne miurada. Je n'ai pas le souvenir d'avoir vu, en France, un lot de Miura au trapío aussi homogène (le cinquième excusa son absence de queue par une caste débordante), aux armures aussi astifinas. [Après avoir vu les photos sur Campos y Ruedos, astifino me paraît un tantinet exagéré, alors disons mieux armé que d'habitude!] Les remous autour des analyses de cornes menées sur le lot de l'an dernier n'y sont sûrement pas étrangers...
A noter aussi aujourd'hui le sérieux de la présidence : à corrida sérieuse, présidence sérieuse.
Au niveau du comportement, pas de hauts sommets, mais beaucoup de satisfactions avec quatre toros intéressants.
Evacuons les deux de Padilla, sosos. Du coup Juan José reste calme, ça nous fait des vacances.
Le second est un pur assassin, mais pas le sournois habituel de la devise qui accepte la première passe pour mieux se rabattre sur l'homme à la suivante. Non, un tueur plein de franchise qui annonce son programme dès la réception à la cape : "Sur la droite, je t'égorge et sur la gauche je te transperce le ventre''. Après trois grosses piques, il renouvelle le message à la muleta et Rafaelillo, à juste titre, abrège les débats sous les sifflets des imbéciles.
Tout en restant miuras, les trois autres permettent le toreo. Mehdi Savalli se montre sûr à la cape (avec notamment d'excellentes mises en suerte à la pique) et brillant aux banderilles. C'est après, avec muleta et épée, que ça se gâte un peu.
Le grand moment de la tarde, et pour moi, de la feria sera l'intense combat entre Intruso cinquième Miura et Rafaelillo. Le toro a été brave sous deux piques. A la première il renverse le picador qui lui tombe dessus, mais il n'en a cure, ce qu'il veut c'est la peau du cheval. A la seconde il pousse avec constance. Le troisième tiers est indécis. Tantôt Rafaelillo prend l'avantage et réussit à dominer la fiera par naturelles, tantôt c'est Intruso qui prend le dessus, il envoie la muleta dans les airs, oblige le matador à rompre ou à un desplante de recours. Aucun des deux ne veut s'avouer vaincu, le public vibre. C'est ça la corrida!



mercredi 7 avril 2010

Arles 2010 (1)

Novillada de Blohorn
Hormis le premier (invalide) et le quatrième (décasté), bonne prestation des novillos de BLOHORN. Ono, sortit en seconde position, brave et noble, sera récompensé d'une vuelta posthume.
Patrick OLIVER, avec le mauvais sorteo du jour, ne put être juger. Toutefois, il tua remarquablement de deux bonnes estocades.
Le local Thomas JOUBERT, avec les deux meilleurs novillos de la matinée, laissa passer l'occasion, en ce début de temporada, de donner un sérieux toque de atencion.
Juan del ALAMO, même dans un jour moyen, marqua la différence avec les deux français : sitio, temple, poignet qui prolonge, dans un troisième temps de la passe, la charge du novillo. Mais des scories aussi qui empêcheront le plein succès : nervosité, désarmés, vociférations.

Corrida-concours
Les miracles n'ont pas lieu tous les jours et ceux qui, comme moi, avaient été mis en appétit par les récits de la corrida-concours de la dernière feria du riz et espéraient un déluge de bravoure ont dû faire preuve de trésors de patience pour supporter l'affligeant spectacle de cet après-midi. Ça tombait mal, il y avait du public en ce samedi des fêtes pascales, deux bons tiers d'arène : les traditionnels aficionados de verdad, et puis ceux qui auraient pu s'enthousiasmer pour un spectacle créateur d'aficion, enfin les non moins traditionnels indocumentados (toujours nombreux ici), indécrottables mécréants de la cause taurine, qui applaudirent le Samuel Flores fuyant le picador et sifflèrent la quatrième pique au Prieto de la Cal.

Le pensionnaire de LA QUINTA a tous les indicateurs au vert : trapío, bravoure, noblesse. Mais il a un défaut qui annule toutes ses qualités, la faiblesse de pattes. Dès lors, il n'est plus rien. Au suivant...

Limpia-Botas de PRIETO DE LA CAL sera la protagoniste du meilleur moment de la tarde. La sortie de ce majestueux jabonero sucio est en effet un hymne à la beauté du toro brave. Le public libère son émotion par une formidable ovation qui reprendra lors de l'arrastre. Mais entre les deux, le toro a déçu, il ne s'emploie que peu sous quatre piques. Il faut dire que rien dans la lidia de Javier Valverde ne favorise sa mise en valeur. Je me suis demandé s'il n'avait pas laissé quelques plumes lors de ses violents remates contre tablas et burladeros.

Le SAMUEL FLORES se détourne plusieurs fois du piquero pour se réfugier au toril mais, lorsqu'il charge, il le fait avec codicia. Belle lidia de la part de Luis Bolivar et de sa cuadrilla.

Le pupille de MARIA LUISA DOMINGUEZ PEREZ DE VARGAS se révèle très vite être un invalide total. Le moral est au plus bas.

La sortie du très beau DOLORES AGUIRRE fait remonter l'espoir mais c'est de courte durée. Deux piques nous laissent un animal faible et décasté. Una pena.

Reste Matorrito de FLOR DE JARA. Le toro est intéressant, mobile, mais il y a longtemps que personne n'y croit plus. La lidia s'en ressent. Il est presque huit heures, le ciel est aussi noir qu'au début de la course, aussi noir que sont noires nos pensées. Un seul point positif, il n'a pas plu.


N.B. Il me semble que l'excellent picador Luis Miguel Leiro qui officia face au Samuel Flores aurait mérité le prix de 3000€ prévu pour le meilleur piquero et non attribué.


lundi 29 mars 2010

Hemingway, un grand aficionado

A propos de Maera
Dans le texte de In our time, Hemingway n'hésite pas une seconde à faire mourir Maera sous la corne d'un toro. Hemingway est un écrivain et, comme il le dit dans Sur l'écriture, "la seule écriture valable, c'est celle qu'on invente, qu'on imagine. C'est ça qui rend les choses réelles". Le véritable Maera, celui de chair et d'os, n'est donc pas mort glorieusement sous la corne d'un toro mais plus banalement de tuberculose comme fréquemment à l'époque. C'était en décembre 1924, il était âgé de 28 ans.
Manuel García "MAERA" était un torero du barrio de Triana, il fut compagnon d'escapades nocturnes de Juan Belmonte avant de devenir son peon de confiance, doublé d'un excellent banderillero. Mais son ambition était d'être matador de toros, il prit l'alternative en 1921 et fut le premier matador à enthousiasmer Hemingway lorsque celui-ci découvrit la corrida en 1923. Don Ernesto lui consacra plusieurs pages de Mort dans l'après-midi. En voici un extrait :


"Tout d'abord, Maera eut, comme matador, à surmonter beaucoup des fautes et des manières d'un peon, des fautes telles que l'excès de mouvement (un matador ne doit jamais courir), et de plus il n'avait, à la cape, aucun style. Avec la muleta, il était capable et scientifique, mais imparfait; il tuait avec des ruses, mais convenablement. Mais il avait une connaissance achevée des taureaux, et sa valeur au combat était si absolue et si solidement inhérente à lui, que tout lui devenait facile dès qu'il avait compris; et il comprenait tout. Aussi en était-il très fier. C'était l'homme le plus fier que j'aie jamais vu.
En deux ans, il corrigea toutes ses fautes dans l'usage de la cape, et parvint à manier magnifiquement la muleta; il était toujours l'un des plus fins, des plus émouvants et des plus accomplis de ceux qui aient jamais cloué une paire de bande­rillas; et il devint l'un des meilleurs et des plus satisfaisants matadors que j'aie jamais observés. Il était si brave qu'il couvrait de honte tous ces stylistes qui ne l'étaient pas, et la course de taureaux était pour lui une chose si importante et si merveilleuse que, dans sa dernière année, sa présence dans l'arène enlevait cet art tout entier aux habitudes de « moindre-effort », de « s'enrichir-vite », d' « attendre-le-taureau-mécanique » où il était tombé, et, tant qu'il était dans l'arène, la corrida retrouvait dignité et passion. Si Maera était dans la plaza, c'était une bonne course, au moins pour deux taureaux, et souvent pour les quatre autres, dans la mesure où il intervenait. Quand les taureaux ne venaient pas à lui, il ne faisait pas remarquer le fait à la foule pour demander son indulgence et sa sympathie; il allait aux taureaux, arro­gant, dominateur, sans regarder au danger. Il provoquait toujours l'émotion et finalement, comme il s'appliquait sans cesse à améliorer son style, c'était un artiste. Mais pendant toute la dernière année où il combattit, on pouvait voir qu'il allait mourir. Il était guetté par la phtisie galopante, et il s'attendait à mourir avant que l'année ne fût terminée."

samedi 27 mars 2010

Hemingway, fascination pour la corrida (2)

C'est au printemps 1923 qu' Hemingway découvre l'Espagne et les courses de taureaux. En juillet, il assiste à sa première San Fermin. Ce sera le début d'une grande passion pour l'Espagne et pour les toros. A la suite de ce voyage, il écrit cinq histoires à thème taurin qui paraîtront dans In our times (De nos jours) un recueil de très courts textes publié à Paris en 1924.


CHAPITRE XVI
Maera gisait immobile, la tête dans ses bras, le visage dans le sable. Il se sentait tout chaud et gluant de tant saigner. À chaque fois, il sentait venir la corne. Parfois, le taureau se contentait de lui donner un coup de tête. Une fois la corne le transperça complètement et alla s'enfoncer dans le sable. Quelqu'un tirait le taureau par la queue. Ils lui lançaient des injures et brandissaient la cape sous son nez. Puis le taureau s'éloigna. Quelques hommes ramassèrent Maera et l'emportèrent en courant à travers l'arène, ils s’engouffrèrent derrière la barrera, sous la tribune d'honneur, jusqu’à l'infirmerie. Ils étendirent Maera sur une couchette et l'un des hommes partit chercher le médecin. Le médecin accourut depuis le corral où il était occupé à recoudre des chevaux de picador. Il dut s'arrêter un instant pour se laver les mains. On entendait des hurlements dans la tribune au-dessus. Maera voulut dire quelque chose, mais il s'aperçut qu'il ne pouvait pas parler. Maera sentit que tout, autour de lui, devenait de plus en plus grand, puis de plus en plus petit. Et de nouveau de plus en plus grand, et de plus en plus petit. Puis tout se mit à courir de plus en plus vite comme lorsqu'on accélère un film cinématographique. La seconde d’après il était mort.


Extrait des Nouvelles complètes d'Ernest Hemingway, Quarto, Gallimard, traduction de Céline Zins.
Sur ses rapports avec l'Espagne : Pierre Dupuy, Hemingway et l'Espagne, La Renaissance du livre, 2001

suite

mardi 23 mars 2010

Hemingway, fascination pour la corrida (1)

Voici le premier texte écrit par Ernest Hemingway sur la corrida. Sa particularité est d'avoir été écrit et publié (au début de 1923) avant que le jeune écrivain n'ait vu la moindre corrida. Les spécialistes pensent qu'il s'est appuyé sur des récits d'amis américains comme Gertrude Stein. Il montre la fascination qu'exerçait la corrida sur Hemingway avant même qu'il ait pu se frotter à sa réalité. Il montre aussi sans doute que devenir aficionado c'est, dans un premier temps, avoir la possibilité d'être happé par l'imaginaire des mots et des récits; et j'ai bien peur que les pauvres images vidéo qui en tiennent trop souvent lieu aujourd'hui soient loin d'avoir la même force.

"Le premier matador prit la corne au travers de la main droite et il sortit sous les huées. Le second matador glissa et le taureau lui transperça le ventre ; le matador s'accrocha à la corne d'une main tandis que l'autre se pressait contre la blessure, puis le taureau le projeta, boum, contre la barrière et la corne sortit; le matador tomba dans le sable, puis il se releva comme pris d'une ivresse folle et se débattit contre les hommes qui l'emportaient, hurlant qu'on lui rende son épée, mais il s'évanouit bientôt. Le gosse entra dans l'arène et il dut tuer cinq taureaux car il n'y a jamais plus de trois matadors et au dernier taureau il était si fatigué qu'il n'arrivait pas à enfoncer l'épée. Il pouvait à peine lever le bras. Il essaya cinq fois, mais la foule resta calme car c'était un bon taureau et cela semblait être lui ou le taureau, puis il finit par réussir. Il s'assit par terre et se mit à vomir; on le recouvrit d'une cape tandis que la foule hurlait des vivats et lançait des choses dans l'arène."


Extrait des Nouvelles complètes d'Ernest Hemingway, Quarto, Gallimard, traduction de Céline Zins
Hemingway en 1923
suite                                                                                                            

vendredi 12 mars 2010

Les cartels de Vic Fezensac 2010

Samedi 22 mai
11h novillada
Flor de Jara
Thomas Joubert - Patrick Oliver - Esaú Fernández

18h corrida
Escolar Gil
El Fundi - Sergio Aguilar - David Mora


Dimanche 23 mai
11h corrida-concours
La Quinta - M. L. Dominguez P. de Vargas - F. San Román
Dolores Aguirre - Alcurrucén - Rehuelga
J. L. Moreno - Antonio Barrera - Luis Bolivar

18h corrida
Palha
Morenito de Aranda - Alberto Aguilar - Medhi Savalli


Lundi 24 mai
17h corrida
Victorino Martin
El Fundi - Rafaelillo - Juan Bautista


Muy atractivo.
Difficile de faire mieux question toro avec le retour des Palha et des Victorino Martin en corrida complète même si on peut penser que les Fidel San Román avaient gagné l'an dernier leur répétition. Par contrecoup, la corrida-concours paraît plus modeste. Un veragua de Prieto de la Cal y aurait eu fière allure d'autant que mettre un Dolores Aguirre à l'affiche d'une concours c'est ce qui s'appelle un pari risqué...
Côté torero, El Fundi et Alberto Aguilar retrouvent les engagements qu'ils n'avaient pas été en mesure d' assumer l'an dernier. David Mora et Medhi Savalli qui avaient été loin de convaincre sont reconduits alors que Diego Urdiales reste sur la touche...
On verra avec plaisir Morenito de Aranda et José Luis Moreno. Ce dernier était déjà venu il y a une dizaine d'années mais il n'avait laissé comme souvenir que son nom sur l'affiche.
La présence d'Antonio Barrera est une énigme pour le commun des aficionado, dont je fais partie, qui n'est pas au parfum des tractations d'arrière-boutique (mais qui les subodore). Voilà un torero qui n'est jamais bon, jamais franchement mauvais non plus, autrement dit sans personnalité aucune, mais qui, année après année, continue à signer des contrats pendant que d'autres sont obligés de se battre pour ne récolter que des miettes, et encore, quand il leur en reste à se mettre sous la dent.


lundi 1 mars 2010

Contre le toreo culero

Il n'avait certes jamais disparu mais, depuis quelque temps, on voit refleurir le toreo culero qui consiste à citer le toro en lui présentant son cul. Certaines figures n'hésitent pas à y recourir, je pense en particulier à Enrique Ponce, El Juli, Sébastien Castella ou Miguel Angel Perera.
Si je fais appel à mes plus anciens souvenirs taurins, je ne trouve pas trace, dans ma mémoire, de cette pratique par les toreros des années 70, à l'exception de Damaso González, le fakir d'Albacete, qui en abusait lors de ses interminables faenas.
Dans les années 80, Paco Ojeda s'appropria le procédé. Il parvint à lui donner une touche personnelle qui enflamma les publics de l'époque. Ainsi légitimée, cette manière de toréer, restée jusque là cantonnée dans le répertoire trémendiste et pueblerino, fut reprise par tous ceux qui, limités dans leur expression artistique, voyaient là un bon moyen de substitution pour toucher le public.
Et pourtant quoi de plus anti-taurin et anti-esthétique que le site culero. Le torero tourne le dos au toro, lui montre ses fesses (Quel manque de respect!). Il s'est contorsionné inesthétiquement pour aller chercher la corne contraire et se contorsionne à nouveau lorsqu'il fait tourner le toro autour de lui. En outre, l'objectif de faire accomplir un tour complet au toro nécessite de le faire passer assez loin du corps et de le guider le plus souvent avec le pico de la muleta ce qui réduit d'autant la valeur de la suerte.
Je ne résiste pas ici au plaisir de vous faire partager cette citation de Claude Pelletier extraite d'une de ses reseñas dans la revue Toros (n° 1254, juin 1985) :
"Une seule scorie : il tend soudain son postérieur et lorgne par dessus l'épaule pour l'affreuse passe du ''pétomane convulsif'' qu'on appelait jadis la ''bilbaina''. C'est laid à faire peur, mais je suppose que le torero à ce moment ne résiste pas à la tentation de se donner la preuve terminale et giratoire de sa domination."
Preuve de domination?... peut-être en certaines occasions mais lorsque la suerte est donnée plusieurs fois de suite, et parfois jusqu'à la nausée, elle met surtout en évidence l'excessive docilité du toro. Et, lorsqu'elle est donnée sur la corne gauche (circulaire inversée), cas le plus fréquent de nos jours, elle se substitue alors aux naturelles, prive le public de la plus belle (et la plus risquée) des passes et signe ainsi l'incapacité du matador à toréer de verdad.
On pourra objecter que ce toreo culero vient souvent en conclusion d'une faena complète et qu'il peut alors être considéré comme un adorno. Mais que penser d'un adorno qui enlaidit?...Je préfère quant à moi aidées par le bas et kikirikis riches du parfum d'Andalousie ou ayudados por alto plus empreints d'austérité castillane.
Le toreo culero est inesthétique, irrespectueux du toro et il révèle l'insuffisance du toreo avec la main gauche : une escroquerie trop souvent applaudie par des publics consentants.

vendredi 19 février 2010

Capas

Pesadas y amplias
desplegando alas
de flamenco
fugaces flotamientos
aplomadas de almidón
alas sin ligereza
dibujos de bailarinas huevudas
murattas de rosaleda
ilusiones de tango
y de vuelo
chimeneas tiernas de humos
domadoras de babas
excitadas
las capas mantienen el sueño
de una fiesta sin muerte
de un ballet
sin espada
Bailan pasos andados
de rondós de alegria
valses de marquesitos
tuteados por el espanto
Describen la inocencia
y su brevedad
el como arreglárselas para olvidar
el mal de la crueldad
el veneno de la muerte
el beso de los valientes
cuando el falo
negro
se acerca para reventar
la corola de rosas desplegada
ese pastel
azucarado
ese caramelo de violencia
apenas chupado
por el hocico de los negros
exhaustos ya
Las capas traicionan la confianza
de las bocas mendigantes
Están tan lejos
y tan cerca
una tormenta rosa
apenas pasada
una mariposa en el prado
una flor para destrozarla
un bailador para bailar
un compañero
de juego
Entonces los hombres con nalgas
de ópera
tienen trenzados y solturas
de bandidos
para amansar la furia
nueva
la que sale al pleno día
en abanicos de ilusiones
en vuelos de huida
hacia el cielo desnudo
delantales de mujeres
en casa
sobresaltos alados
para las capas de los maestros
con sandalias ceñidas
en el viento de las bombas
negras
Los negros tienen entonces valentías
alucinadas
de esperanzas de salir ilesos
a pesar de la madera de las barreras
y el cemento de la fiesta
y el espesor de los caballos
que van a salir
pronto

Patrick ESPAGNET
traduction Marcel Antoine Bilbao

dimanche 14 février 2010

Maxime Leroux

Maxime Leroux est mort. Les Noirs, le spectacle qu'il avait créé à partir des poèmes de Patrick Espagnet ne tournera plus dans les villes taurines, ne sera pas joué non plus au théâtre Edouard VII à Paris comme cela avait été prévu.



En hommage à l'acteur aficionado, ce poème de Patrick Espagnet :

CAPES

Lourdes et amples
déployant des ailes
de flamant
fugaces flottements
plombées d'amidon
ailes sans légèreté
dessins de ballerines couillues
remparts de roseraie
illusions de tango
et d'envol
cheminées tendres de fumées
dompteuses de baves
excitées
les capes entretiennent le rêve
d'une fête sans mort
d'un ballet
sans épée
Elles dansent des pas marchés
des rondeaux de gaité
des valses de petits marquis
tutoyés par l'effroi
Elles décrivent l'innocence
et sa brièveté
l'art et la manière d'oublier
le mal de la cruauté
le venin de la mort
le baiser des braves
quand le phallus
noir
s'approche pour crever
la corolle de rosés déployée
cette pâtisserie
sucrée
ce bonbon de violence
à peine sucé
par le mufle des noirs
déjà harassés
Les capes trahissent la confiance
des bouches mendiantes
Elles sont si loin
et si près
Un orage rosé
à peine passé
un papillon dans le pré
une fleur à déchiqueter
un danseur à danser
un compagnon
de jeu
Alors les hommes aux fesses
d'opéra
ont des entrechats et des souplesses
de bandits
pour apprivoiser la rage
neuve
celle qui sort au grand jour
dans des éventails d'illusions
des envols de fuite
vers le ciel nu
des tabliers de femmes
à la maison
des soubresauts ailés
pour les capes des maîtres
aux sandales plongées
dans le vent des bombes
noires
Les noirs ont alors des bravoures
hallucinées
d'espoir de s'en sortir
malgré le bois des barrières
et le ciment
de la fête
et l'épaisseur des chevaux
qui ne vont pas tarder
à arriver

Patrick ESPAGNET
Les Noirs

dimanche 7 février 2010

Toreros para la historia 5 Domingo Ortega

Autant le dire d'entrée, cet opus n°5 de Fernando Achucarro n'est pas le plus intéressant de la série. Il vaut plus par les scènes de campo tournées dans l'élevage du maestro que par les images de corrida. Il comporte en effet une grave lacune : rien sur la carrière du Diamant de Borox avant la guerre civile, époque la plus intéressante du torero durant laquelle il se forgea l'image d'un lidiador poderoso capable de dominer les toros les plus retors. On aurait aimé en avoir un aperçu, on regrettera donc que l'auteur n'ait pas disposé des archives correspondantes.
On peut voir, en revanche, d'abondants extraits de corridas et festivals des années 40 et 50. Domingo Ortega s'y montre élégant - sans doute avait-il gagné en élégance avec l'âge, car dans sa première époque c'est une qualité qu'on ne lui attribue jamais - et effectiste, obtenant des triomphes faciles devant le bétail diminué de l'époque. Parmi les images notables, celle d'un Miura cárdeno (285 kg en canal) à Séville en 1953 obtenant une belle chute de cheval.
Le toreo du Castillan est essentiellement basé sur son fameux trincherazo donné avec une main de fer dans un gant de velours et que le maestro poursuit en allant vers la queue de l'animal (manœuvre considérée comme un truc -un tranquillo- par ses contempteurs). Et c'est vrai que face au toro-novillo lidié après la guerre le procédé peut paraître abusif. Il se justifie pourtant face aux toros fuyards, aux alimañas de Victorino ou aux Miuras qui connaissent le grec et le latin. Hélas, aujourd'hui le public ignorant qui se presse aux arènes pour voir le toro tourner sans fin autour du matador siffle presque toujours le torero qui se risque à une telle lidia. Je garde précieusement au fond de ma mémoire une faena de Ruiz Miguel, à Las Ventas dans les années 70, face à un manso criminel d'Atanasio Fernandez, composée exclusivement de trincherazos à la manière d'Ortega et de doblones, faena qui valut au gaditano une énorme et unanime ovation.
La deuxième partie du film comprend une entrevue avec le torero qui parle notamment du dominio en el toreo : "dominer un toro c'est le faire aller où il ne veut pas aller et non se contenter de le faire passer ". Puis de nombreuses scènes de campo et tienta dans son élevage, celui de l'historique fer de Fernando Parladé.


A Valencia en 1936 dans une corrida donnée au profit des milices républicaines photo Finezas (Manuel Sánchis)