Allegro brillantissimo !
Luis Francisco ESPLA est un prodigieux metteur en scène du spectacle taurin. Et un interprète ahurissant. Ce garçon a des trouvailles fabuleuses. Dix fois ce soir, le Levantin s'est lancé dans une aventure technique particulière : audace de répertoire à la cape, prouesses de terrains aux banderilles, gageures de distances au recibir. On a parfois douté : « Cette fois, il se "plante". Il va trop loin ! » Dix fois le magicien a réussi son tour avec une aisance, une maîtrise qui confondent. Façon d'être et conception de l'acte à l'ancienne, toreo de défis tenus et de bravades assumées... et l'on songe aux coplas d'autrefois, du temps de la « Maricastaña » :
En el café de Chinitas
dijo Montes a su hermano :
Este toro ha de morir
antes de las cuatro y média...
Y era Paquiro en la calle
un torero de cartel !
Quel immense professionnel ! Et quel succès gigantesque ! J'ignore si Esplá est un artiste, mais je le sais grand virtuose. On peut douter de son génie, mais j'affirme qu'il a un talent fou. Et pourquoi faudrait-il primer toujours l'application laborieuse, quand la souveraine aisance a de si belles séductions ? Laissons-nous donc aller...
On a vu des « orticinas », des faroles inversés golden-twenties, une « roblesina » coruscante, des mises en suerte -en manière de « galleo » virevoltant, un recorte définitif, sur la hanche, toile rassemblée, presque le « capote al brazo » du pauvre Reverte ou du Gallo, l'ancien. Le tout parfum de rose ancienne, cartel de toros haute époque !
Aux banderilles, et pour jargonner moderne, une indescriptible maîtrise des relations spatio-temporelles ! Indescriptible, donc ne décrivons pas. A la muleta, simplement agréable, fleuri, enlevé. Puis il cadre parfaitement... recule à quinze pas, avance jusqu'à la distance d'attaque, le toro « s'arranque » seul de six, sept mètres, Esplá se bloque et pose un pinchazo recibiendo invraisemblable ! Et comme personne n'a compris, il récidive, même technique, pour une demi-épée parfaitement lagartijera. Effet fulminant, muleta lancée pile sur la dépouille et Pamplona déclenche le cataclysme !
Deux oreilles, la queue exigée par le public (hum !... et la gauche ?), mouchoir bleu normal et sollicité par Esplá pour « Campesino », un « burraco » de rêve, chaud et noble, de José Luis Osborne.

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