mercredi 28 septembre 2011

Jazz et corrida

Liste d'œuvres de jazz liées à la corrida
  • Duke ELLINGTON  La virgen de la Macarena  1955 
  • Duke ELLINGTON  El Viti   1966
  • Barney KESSEL  Carmen (LP) 1958
  • Miles DAVIS  Flamenco Sketches 1959  in  Kind of blue (LP)
  • Miles DAVIS  Sketches of Spain  (LP)  1960
  • John COLTRANE  Olé  1961
  • Art BLAKEY et ses Jazz Messengers  El Toro  1961  in The freedom rider (LP)
  • Kenny DORHAM  Matador (LP)  1962
  • Eric DOLPHY  Music Matador  1963
  • Gil EVANS  El Toreador  1964  in The individualism of Gil Evans (LP)
  • ART ENSEMBLE OF CHICAGO  Toro  1969  in The spiritual (LP)
  • Chick COREA  Stan GETZ  La fiesta  1972  in Captain Marvel (LP)
  • Chick COREA  Herbie HANCOCK  La fiesta  1978 in An evening with (LP live)
  • Chick COREA  Spain  1972  in  Light  as a fever (LP)
  • Chick COREA  My spanish heart  (LP)  1976
  • Paul BLEY  El Cordobés  1972
  • WEATHER REPORT  Manolete  1973 in Sweetnighter (LP)
  • Woody HERMAN  La fiesta  1978
  • Jean Marc PADOVANI  Tres horas de sol (LP)  1988
  • Jean Marc PADOVANI  Nimeño  (LP)  1991
Liste qui ne demande qu'à être complétée...

jeudi 15 septembre 2011

Pain sur la planche

Samedi 23 avril : annonce des cartels de la temporada dacquoise.
L'aficion les salue pour leur sérieux et leur originalité. En comparaison, les cartels de la préfecture, parus quelques jours plus tôt, semblent avoir été concoctés par un petit épicier mesquin.

Dimanche 11 septembre : fin de la dernière corrida de la temporada dacquoise.
Le public est en colère et l' "aficion indignée" à l'image d'une banderole apparaissant sur les gradins.

Entre ces deux dates, une succession de corridas décevantes avec des toros mal présentés et le plus souvent faibles et décastés.
Personnellement, je me réjouis des critiques subies par les organisateurs dacquois : il est juste que les erreurs (les errements, devrait-on dire) soient dénoncées. Mais je voudrais essayer ici d'aller plus loin.

Il faut d'abord rappeler que les arènes de Dax fonctionnent en gestion municipale. C'est à dire que la municipalité, propriétaire des lieux, confie, par l'intermédiaire d'une commission taurine, l'organisation des corridas à des aficionados locaux et que l'intégralité des bénéfices (et à Dax ces dernières années ils sont considérables) vont dans les poches de la commune. Inutile de dire que ce système ne plaît pas à tout le monde et qu'à chaque vacillation les vautours du Mundillo sont prêts à fondre sur la proie.

Malgré leur indépendance et leur aisance financière les Dacquois se retrouvent, après cette temporada désastreuse, dans une situation pour le moins inconfortable. Pour mieux en comprendre les tenants et les aboutissants la lecture des propos de Christian Laborde, actuel président de la commission taurine, publiés par Sud Ouest au lendemain du 11 septembre est précieuse.
Christian Laborde nous dit deux choses : 1- C'est nous et personne d'autre qui sommes responsables du choix des toros.
2- Paradoxalement, les attaques qu'il porte ne sont pas dirigées contre les éleveurs mais contre les matadors : "pour moi, surtout, il y a un bilan toreros qui m'a laissé sur ma faim", "cette époque où je suis parti à Madrid courir, supplier, batailler, c'est terminé", "ça va être à prendre ou à laisser maintenant".
Pas masochiste, Christian Laborde laisse au lecteur le soin de faire les liens : si nous avons choisi de si petits toros c'est pour complaire aux figuras à qui, en outre, nous offrons des sommes extravagantes pour venir toréer dans notre ville.
Aveu implicite d'un double échec : celui de se soumettre de soi-même au desiderata des vedettes en ce qui concerne la présentation du bétail et celui de se faire avoir en surpayant les prestations médiocres de ces mêmes vedettes.

Mais à quelque chose malheur est bon et il semblerait que les responsables aient pris la mesure de l'impasse dans laquelle ils se trouvent. Dans ce même entretien des changements sont annoncés :
- "aller chercher des toros plus forts et avec plus de tête"
( Ce ne sera pas difficile au vu de ce qui est sorti des chiqueros cette année, mais cela semble répugner à Christian Laborde puisqu'il rajoute : "C'est regrettable que le jugement des spectateurs s'arrête à ça mais c'est une indication." Après de tel propos, ce monsieur ne semble pas être le mieux placé pour conduire une politique taurine digne de ce nom car le minimum que puisse offrir un organisateur respectueux de son public ce sont des toros dignement présentés.)
- annoncer les cartels moins tôt
- baisser le budget des corridas
(Ce qu'on peut traduire par "moins de figuras" ou "des figuras moins payées" et aussi, en toute logique, par "le prix des places va baisser".)
De bonnes résolutions donc qui pourraient permettre à Dax de sortir de la crise par le haut...

Mais Christian Laborde a remarqué aussi que le public de Dax "est un public de consommateurs qui veut voir du spectacle".
Une ambition plus grande encore serait donc de se proposer de créer un public d'aficionados plutôt que de consommateurs. Et cela pourrait passer par une revalorisation du tercio de pique (la plaza de Dax le nécessite vraiment) et par une attribution plus rigoureuse des trophées ce qui reste le moyen le plus simple de ne pas donner l'habitude aux spectateurs de prendre des vessies pour des lanternes et pour une arène de devenir respectée et respectable.

Aficionados dacquois, bon vent, vous avez du pain sur la planche...

dimanche 11 septembre 2011

Barney Kessel joue Carmen

...Puisqu'on parle musique, voici une découverte que je viens de faire et qui, en cette rentrée particulièrement sinistre, possède des vertus euphorisantes à ne pas négliger.


En 1958, le célèbre guitariste de jazz américain réorchestre à sa façon l'opéra de Bizet.
Cela donne une musique délicieuse dont la légèreté et la virtuosité ne vont pas sans une pointe d'ironie, en particulier dans les morceaux de bravoure.
On y retrouve toute la finesse de la guitare jazz dans des impros de dentellière et les orchestrations réussissent, plus d'une fois, à faire swinguer Bizet.
Dans l'art taurin on se situerait plutôt du côté de la grâce sévillane que de la profondeur rondeña ou de la rigueur castillane. Du côté de l'ange plutôt que du duende.

jeudi 1 septembre 2011

Novillada de Mont de Marsan - Saintperdon




 Pour la troisième année consécutive les novillos de Baltasar Iban foulaient le ruedo montois. Cette année, la présentation était particulièrement soignée.


 Ils prirent avec bravoure 8 piques pour une chute, mais une certaine faiblesse empêcha trop souvent qu'on les y ramène pour les juger vraiment.


 Trop de faiblesse, deux novillos complètement parados au troisième tiers. Un lot inférieur à ceux des années précédentes.


Mathieu Guillon ne manque pas d'allure - très beau début de faena à son second, avant que tout se dilue - mais, avec le meilleur lot (vuelta du 4), il n'a pas convaincu. Pour lui, le moment de vérité sera en septembre (contrat à Madrid et Arnedo). Il y jouera la suite de sa carrière.





Sincérité, douceur, vaillance, Sergio Flores a fait grosse impression. Une belle revanche après sa blessure de l'an dernier.


Fernando Adrian a fait également bonne impression malgré deux novillos parados. Du temple et de bons coups d'épée.


Le président à côté de ses zapatillas du début à la fin : du danger d'avoir à ses côtés une belle et troublante assesseuse (?)


Non photographiable 
La musique, omniprésente. Très bonne s'il s'était agi d'un concert mais pas à sa juste place car volant trop souvent la vedette à ceux qui doivent rester les véritables acteurs de la corrida: toreros et toros.


Photos Velonero

vendredi 26 août 2011

Bilbao, mardi 23 août 2011



 Principe de base de l'aficionado (comme du torero) : savoir attendre (aguantar).

Les toros de Nuñez del Cuvillo
Aux antipodes du toro actuel habituellement lourd, manso, rajado ou bobalicon.
Ceux du jour : braves, mobiles, nobles, con alegria... et une pointe de genio.
Une alchimie rare mais précieuse.
Nobles y con genio car ils furent des toros exigeants, francs dans leur attaque mais toujours prêts à donner de la corne à droite ou à gauche, toujours prêts à un retour fulgurant.
Braves : tous sortis au galop cherchant le combat; tous morts bouche close en résistant; 13 piques sans hésitations, quelques unes a caballo levantado, d'autres en poussant jusqu'aux planches, d'autres - un bémol - en sortant seuls.
Alegria dans la charge : capacité à illuminer le gris du sable et le gris du ciel.

Genèse d'une faena
Dès sa sortie, Cacareo laisse apparaître une coquetterie dans le galop. Pas une vraie boiterie, pas une faiblesse mais, parfois, comme une irrégularité, une ébauche de claudication. Habituelles protestations du public et hésitation générale, on attend que le toro trébuche pour de bon ou qu'il s'affale pour que le président sorte le mouchoir vert. Mais rien de tout cela, malgré le désordre de la lidia le toros va a mas, prend deux piques et ne montre aucun signe de faiblesse. Morante s'avance vers lui avec sa cape, le toro y plonge sans hésiter et répète avec codicia... Des possibilités s'ouvrent ... La résignation  (on ne verra rien ) fait place à un espoir encore fragile. Car le picador, malgré la sonnerie des clarines, est toujours là en embuscade, la cuadrilla regarde ailleurs et le toro vient prendre une troisième pique.
Après un tercio de banderilles sans problème, Morante attaque Cacareo par des doblones impitoyables, certains donnés à deux mains, en gagnant le centre. Moment magnifique mais incertain car on ne sait (Morante le sait-il lui-même?) s'il s'agit du prélude à une grande faena ou à une estocade crapuleuse. Sur les étagères les avis sont partagés... Et Morante met sa muleta dans la main droite... La suite, il faut l'avoir vue ou l'imaginer. Mais attention, pas de contresens, il ne s'agit pas d'une faena faite de langoureux étirements. Non, une faena de lidiador, maciza, profonde, inspirée, construite. Elle se termine comme elle avait commencé, par du toreo à deux mains, cette fois de classiques ayudados por alto.

Les deux autres
José Maria Manzanares s'accroche face au 5 qui a ses aspérités, et finit par le dominer. Bonne estocade. Oreille. Mais qu'il est difficile de passer après Morante!
David Mora est remarquable à la cape dans deux quites, l'un par chicuelinas, l'autre par gaoneras. Très bonne faena au 3 en citant de loin mais échec à la mort. Face au 6, il prend tous les risques devant un toro aux charges courtes et brusques.

Aujourd'hui était le jour.

Photo : Alfredo Alda/EFE

jeudi 25 août 2011

Dur d'être un Miura...

Si vous pesez moins de 600 kg, on vous dit petit et fuera de tipo.
Si vous êtes brave et noble, le chœur des toristas éplorés déclame que décidément les miuras ne sont plus ce qu'ils étaient.
Si vous êtes un vrai fils de pute et sautez au cou du cheval  et au ventre du matador, le chœur des vierges toreristas vous traite de morucho.
Mais tout le monde se met d'accord, avec raison, lorsque vous êtes invalide pour vous juger inapte au combat de l'arène.

Pour le retour des Miura à Bilbao, après presque une décennie d'absence, j'ai vu (par l'intermédiaire du petit écran) quelques très beaux toros (le 1 sardo de 549 kg, le 3 cárdeno de 535 kg), un toro brave et exigeant (le 1), deux fils de pute (le 4 et le 5). Ce qui fait trois toros intéressants (une bonne moyenne), mais, hélas, pas de toro complet et surtout deux toros invalides qu'il fallut renvoyer au corral. Chez Miura un problème récurrent qui n'a toujours pas trouvé de solution.

... Mais c'est encore plus dur d'être un matador de Miura. Les trois du jour se firent violemment prendre, heureusement sans conséquence grave. Juan José Padilla lors de l'estocade au 4 qui lui mit la corne dans le ventre. Rafaelillo sur un extraño du 5, au cours d'une faena héroïque. Raul Velasco par le 3 dès son troisième doblon. Honneur à eux qui se montrèrent courageux et professionnels.

mardi 16 août 2011

Roquefort 2011 une excellente journée taurine


Tout a commencé, en ce dimanche 14 août, par un hors d'œuvre savoureux composée de quatre erales de Gallon, nobles avec, pour les trois derniers, une pointe de genio qui donna du piquant à la matinée.
Abel Robles et Fernando Rey firent tous deux preuve d'un excellent bagage technique. Avec pour le Catalan du Centre Français de Tauromachie un classicisme de bon aloi qui sent encore un peu le bon élève appliqué.
Le malagueño F. Rey a, lui, plus de spontanéité et même de capacité à improviser. Il connecte facilement avec le public... et avec ses novillos, en foulant les terrains adéquats et en templant les embestidas. Mais il a encore tendance à vouloir trop en faire ce qui lui valut des fins de faenas difficiles face à des novillos encastés qui reprenaient l'ascendant.
Deux novilleros avec lesquels on devrait pouvoir compter l'an prochain dans la catégorie des novilladas piquées.

Le plat de résistance de la journée était servi à partir de 18 heures. Et quel plat! Un lot de novillos de Fidel SAN ROMAN (encaste Villamarta par Guardiola) d'un trapío extraordinaire. Tous ovationnés à leur sortie (sauf le quinto aux cornes abîmées) avec, au final, un sixième à la beauté sculpturale. Un lot qui ne se fit pas prier pour aller au cheval (14 piques, 2 chutes). A la muleta, le 1 est bronco et le 5 parado, mais les quatre autres recèlent une belle noblesse avec des charges profondes. Certes pas des toros de 80 passes mais, à  mon humble avis, de quoi donner 20 ou 30 passes parfaites car on pouvait les toréer en se livrant pleinement. Ce qui bien sûr n'arriva pas... les miracles sont rares.
Revenons sur le sixième car, outre son trapío parfait, il était aussi d'une grande bravoure et noblesse. Hélas une vuelta de campana à la sortie de la première pique l'empêcha certainement de donner sa pleine mesure. Toutefois le grand moment de la course vint à la troisième pique. Déjà lourdement châtié ( deux piques en poussant fort plus la vuelta de campana), il est replacé à distance pour une troisième charge, accourt au galop à l'appel du piquero et pousse de tout son corps, les deux cornes bien plantées dans le peto. L'ovation est tonitruante, englobant toro et picador (Juan Charcos Reinosa), malgré la position un peu trasera de la pique. A la muleta, il charge sur les deux cornes avec une remarquable franchise mais très vite l'énergie lui manque et sa charge s'éteint. Vuelta malgré tout pour ce brave guardiola qui nous a rappelé les glorieux combats de ses ancêtres des années 70 et 80. A noter par ailleurs la bonne corrida récente de Salvador Guardiola à la feria de Malaga. Un encaste qui ne demande qu'à revenir au premier plan.
Mais revenons à Roquefort et aux novilleros du jour.
Carlos DURAN fait partie des humbles de la profession. Il torée peu, n'a pas la planta torera, mais il s'applique, essaie de faire les choses bien. Au quatrième, quelques bons moments sur la corne droite et une bonne estocade lui valurent une oreille.
Mathieu GUILLON a manqué de corazon.
Javier JIMENEZ mena une lidia parfaite face au 6, puis par son positionnement sincère il réussit , tant que le novillo avait de la charge, à donner des muletazos de qualité. Une excellente estocade et une oreille.

Pour votre serviteur, cette journée roborative avait été précédée, le vendredi, par un apéritif dacquois aigrelet servi avec des tapas avariées. Un lot sans trapío, faible et complètement décasté d'El Pilar devant lequel seul Morante, au 4, se justifia.

Et suivie, le lundi et toujours à Dax, d'un champagne éventé venant des caves extremeñas de don Victorino Martin. Six animalcules peu armés, indignes d'une plaza sérieuse. Les seules bulles vinrent d'une très jolie faena de Sergio Aguilar et d'une autre faena très templée de Diego Urdiales.

NB Victor Barrio novillero initialement prévu au cartel de Roquefort va bien. Merci. Si vous voulez des nouvelles plus complètes vous en trouverez sur le blog Aficion a los toros de Florent Moreau.

mardi 9 août 2011

Parentis : piquants Valdellan

Il m'est venu à l'esprit à la fin de cette novillada que les toros des années 40 et 50 devaient ressembler au physique comme au moral à ce lot de VALDELLAN combattu dimanche à Parentis. Le scandale de ces  années là étaient que des novillos étaient combattus à la place de toros par les plus grands maestros de l'époque (qui y rajoutaient de surcroît dès qu'ils le pouvaient un soupçon d'afeitado). Le scandale d'aujourd'hui c'est que plus personne ne veut les combattre et les organisateurs doivent se rabattre pour composer leurs cartels sur les novilleros les plus modestes qui soient.
Pas de graisse ou de muscle inutile qui étouffent, des armures sans exagérations. De la mobilité, du piquant, de la caste. Avec des scories : face au cheval, hésitations, contournements, poussées brèves; à la muleta des charges brusques et nerveuses. Mais aussi parfois une grande noblesse (le 4 et le 5 pour se régaler toreando) et surtout la volonté de ne jamais abdiquer, de toujours charger et recharger ce cheval (une vingtaine de piques) ou cet homme qui viennent faire intrusion sur leur territoire. Et quand l'heure de la mort a sonné ne pas s'effondrer, toujours faire face, tenir debout jusqu'au dernier souffle.
Deux novillos donc pour triompher, les autres pour montrer sa technique et (ou) son courage. En face trois modestes parmi les modestes. Modestes mais honorables : Daniel MARTIN, Juan Manuel JIMENEZ, Sergio BLANCO. Ce fut parfois pénible (les trois avis au premier novillo), souvent brouillon (les troisièmes tiers), parfois réussi (la cape et la brega). Avec mention au picador Roberto Barriga pour trois belles piques au quatrième, données avec la simplicité des choses évidentes.

vendredi 5 août 2011

Le taureau de New York



Difficile de photographier le taureau de Wall Street, tout le monde veut poser en sa compagnie. Bel exemple du pouvoir toujours actuel du mythe du taureau. En bonus donc une belle touriste inconnue.
Lorsque, par une nuit d'hiver de 1989, le sculpteur Arturo di Modica a placé, en toute illégalité, sa statue à Wall Street, il a déclaré  que son œuvre symbolisait "la force, le pouvoir et l'espoir du peuple américain pour le futur". Même si, depuis, les crises ont succédé aux crises, c'est encore à quelques mètres de là que se joue, dit-on, le sort du monde. En ce moment même ce sont les financiers de Wall Street qui mèneraient le bal dans la crise de la dette européenne...
Quant au peuple américain, il trime dur : à New York chaque jour des dizaines de milliers de manutentionnaires, cuisiniers, marchands ambulants, serveurs, trieurs de poubelles, éboueurs, nettoyeurs, gardiens en tout genre assurent à la perfection l'intendance d'une ville en perpétuelle effervescence. Quasiment tous afro-américains, portoricains ou émigrés de fraîche date.





Pas de doute, c'est un taureau. Avec celle de DSK, la plus célèbre paire de couilles de New York!




Comme un encierro immobile dans les rues de New York... le seul endroit de la ville où ça ne bouge pas.

mardi 19 juillet 2011

Madeleine 2011 : une corrida de verdad

La banalité des cartels de cette Madeleine ne m'ayant pas incité à reprendre mon abonnement j'ai jeté mon dévolu sur la corrida du lundi. Des amis de bon goût m'assurent que samedi Alejandro Talavante a eu une excellente actuacion face à un Nuñez del Cuvillo et que, le lendemain, Matias Tejela a connu une grande journée face à deux bons toros de Margé.

Quel lot celui de Samuel FLORES en ce lundi 18 juillet! Un corridon! Et quelle personnalité  chez ces toros mêlant en permanence et à des degrés divers selon les individus mansedumbre et bravoure. Deux d'entre eux (le 2 et le 5) hélas se lésionnèrent à un pied  et ne purent donner toute leur mesure. Mais il y eut deux très bons toros. Infantil le premier, poussant fort jusqu'à la chute sous la première pique puis con mucho que torear au dernier tiers, puissant, mobile, bronco; cela ajouté à une armure extrêmement  développée faisait de lui un adversaire particulièrement redoutable. Juagarzo enfin le sixième qui alterna au premier tiers ruades de manso et poussées dévastatrices (sur plus de 20 mètres face au cheval de réserve qui parvint remarquablement à conserver son équilibre). Un toro d'une grande fixité et noblesse au troisième tiers. Deux toros enfin chez lesquels domina la mansedumbre (le 3 et le 4).

Bien qu'il ne soit pas parvenu à triompher pleinement Enrique PONCE (salut et vuelta) sort grandi de l'épreuve. D'abord parce qu'il est le seul matador du G10 à accepter d' affronter des toros d'un tel trapío et d'un encaste non encore aseptisé. Ensuite parce qu'il réussit, face aux plus difficiles de l'après-midi (l'un par son agressivité qui paraissait indomptable, l'autre, à l'inverse, par son refus du combat et ses fuites incessantes), en puisant dans ses réserves les plus extrêmes de sang froid, de savoir torero et d'amour propre, à dominer in fine ses deux adversaires. Des lidias passionnantes à suivre et à l'issue longtemps incertaine. De la vraie tauromachie en somme.
Juan BAUTISTA m'a semblé être venu à Mont de Marsan avec la ferme intention de ne pas salir son costume. Mission accomplie.
Alberto AGUILAR toréa bien Juagarzo sur sa droite mais son incapacité à tuer lui fit perdre toute possibilité de trophée.

Au bilan de l'après-midi, des toros imposants, une vingtaine de piques, trois chutes de picadors, des combats : bref une corrida.


Je m'envole demain pour un pays où le taureau est le symbole de la puissance de l'argent... Suerte à Tyrosse et Orthez...

mercredi 6 juillet 2011

Tiroirs



Dans les maisons il y a des meubles qui ont des tiroirs. Dans les tiroirs il y a des trésors. Parmi les trésors qu'enfant j'avais plaisir à retrouver, il y avait une série de photographies d'encierro rapportées par mon père d'une escapade à Pampelune. Et parmi ces photographies celle-ci que je ne pouvais regarder sans une pointe d'effroi. Cette petite fille sous la menace de ces cornes si acérées avait-elle survécu? Et ces gens qui semblent tous porter le deuil et que la panique fait trébucher se sauveront-ils?
Ce n'est que bien des années plus tard que je découvris, au hasard d'un article ou d'un livre, les circonstances de l'accident et l'absence de toute jeune victime.
Aujourd'hui je vois dans cette photo une métaphore de l'état de l'Espagne en juillet 1939, exsangue, à genoux, après trois années de guerre civile et la victoire sans pitié des franquistes.


Le 8 juillet 1939 Liebrero  de Sanchez Cobaleda rompt l'unique barrière de l'encierro matinal et sème la terreur parmi les spectateurs. Il épargna l'enfant mais blessa une femme avant de mourir sous les balles d'un garde civil. L'année suivante on décida d'installer une double barrière.

photo Galle

dimanche 26 juin 2011

Corrida de La Brède



6 toros d'Adelaida RODRIGUEZ pour EL ZAPATA (silence, silence), Diego URDIALES (une oreille, silence), Julien LESCARRET (vuelta, deux oreilles)

Les toros d'Adelaida RODRIGUEZ ont souvent plombé la tarde en raison de leurs charges limitées ou nulles et de leur tendance à chercher l'abri des planches. Heureusement les deux derniers ont un peu relevé le niveau d'un encierro par trop descafeinado. Le 5 par son trapío et son poder (il fut le seul à prendre deux piques) et le 6 par sa mobilité encastée.

Avec deux toros sans possibilités, le mexicain Uriel Moreno "EL ZAPATA" ne put retrouver le succès de l'an passé. Il tenta bien quelques bizarreries mexicaines mais elles rencontrèrent peu d'échos sur les gradins en raison de la pauvreté de l'opposition. Aux banderilles il abusa de violonades.

Belle faena classique du riojano Diego URDIALES au noble mais allant a menos second. Demi estocade concluante et une oreille.
Il toréa sin ganas le très sérieux cinquième qui resta maître du rond.

Très belles véroniques de Julien LESCARRET au troisième qu'il toréa au dernier tiers dans sa querencia des tablas.
Il connut au dernier de l'après-midi un vif succès populaire. Le toro était un cinqueño au double menton prononcé (papada) qui accourait de loin et au galop au moindre cite. A juridiccion il avait en revanche tendance à freiner et à donner de la tête. Julien choisit de le citer de loin pour profiter de son élan. Mais il ne put que rarement améliorer et maîtriser la charge ce qui nous valut une faena de plus d'effet sur le public que sur le bicho. Une entière qui tue rapidement et deux oreilles (exagérées) pour le local.

Julien Lescarret face au troisième
photos velonero

jeudi 16 juin 2011

Sables mouvants

J'ai trouvé extrêmement désobligeant de me faire traiter, ainsi que l'ensemble du public, de client lors d'une annonce au micro faite par les organisateurs vicois en début de feria. Qu'ils sachent que, si eux se considèrent comme des marchands de corrida, je me considère encore comme un simple aficionado et non comme un client. Si j'étais un client, je ne manquerais pas d'acheter le numéro spécial de 60 millions de cons sommateurs consacré aux ferias taurines françaises et j'y découvrirais (avec quelle stupéfaction!) qu'il se coupe considérablement plus d'oreilles à la feria de Nîmes qu'à celle de Vic Fezensac. Pas bête, je m'empresserais alors de m'abonner aux festivités nîmoises.

C'est donc en tant qu'aficionado que je reviendrai à Vic l'année prochaine et qu'aujourd'hui je voudrais mettre le doigt sur un certain nombre de problèmes, petits ou grands.
  • Pour une feria de cette importance les programmes distribués à l'entrée des arènes sont indigents : n'y figurent ni la composition des cuadrillas, ni l'ordre de sortie des toros, ni la provenance des toros de réserve. Il est possible que les clients s'en foutent mais les aficionados sont sensibles à ce genre de détail.
  • A Vic, hormis pour la concours, on s'obstine à faire sortir deux picadors et à tracer deux cercles non réglementaires car trop rapprochés sur le sol. Or, la taille lilliputienne du ruedo, la position du burladero de brega à proximité du toril et de la porte d'entrée des picadors conduisent immanquablement les toros distraits ou mansos (ou très braves) à se précipiter sur le picador de réserve dès qu'ils l'ont aperçu, ce qui provoque trop souvent des tercios de piques confus voire ridicules. En outre pour les maestros faire un quite est quasi impossible sous peine d'envoyer le toro sur le picador de réserve - autre situation ridicule. Dans le Sud-Ouest certaines arènes ont changé la signalisation au sol et ne font sortir qu'un seul picador. Cela a contribué à y améliorer le déroulement du tercio de piques.
  • Le sable de la piste, bien trop meuble, est dans un état catastrophique dès la lidia du second toro. Il est dangereux pour les toreros qui risquent de trébucher et de chuter, et handicapant pour les toros qui glissent et ne peuvent exprimer tout leur potentiel. Entre une piste trop dure et le bac à sable actuel il doit bien exister un juste milieu.
Si à Vic on a tendance à s'endormir sur ses lauriers, il semblerait que du côté de Nîmes ça bouge un peu. J'apprends en lisant le blog 20 passes pas plus qu'un président (Laurent Burgoa) a eu le courage de refuser par deux fois la seconde oreille au Juli, tant les toros qu'il avait fait tourner dans tous les sens étaient insignifiants. L'impudent a bien sûr été viré sur le champ. Mais le lendemain deux oreilles d'opérette offertes à Morante auraient été sifflées. Si à Nîmes l'aficion reprend du poil de la bête au détriment de la clientèle c'est une bonne nouvelle.

mercredi 15 juin 2011

Ma feria de Vic 2011 (2)

Corrida concours

Camarito II de PALHA prend 4 piques avec bravoure, il poursuit les banderilleros puis montre de la noblesse au troisième tiers mais devient tardo et réservé. Un bon toro, arrastré sous les applaudissements, auquel il aura manqué un peu de chispa.

Léger, bizco, cornes abîmées, le pupille de Victorino MARTIN n'a pas une présentation digne d'un concours. Au moral c'est pire, 3 piques médiocres prises avec distraction et pas une passe à la muleta. Bronca à l'arrastre.

Le CUADRI sort au pas. C'est un pavo cinqueño aux cornes noirâtres. Il fuit le cheval dans 4 picotazos puis se révèle noble mais fade au troisième tiers. Division d'opinions.

Jurista, castaño de FUENTE YMBRO a les deux cornes escobillées. Ça rouspète sur les étagères. 3 piques légères mais en venant bien, avec franchise. Puis va a menos, noble mais tardo. Pitos.

Le représentant portugais de l'élevage COIMBRA est un toro con trapío... mais c'est un bœuf complètement rajado. Pitos.

Lorsque vient le tour du santacoloma de FLOR DE JARA le souvenir de Camarito II s'est estompé et quatre mauvais toros successifs ont précipité la matinée dans l'ennui le plus total. Mais Generoso le bien nommé fait une sortie de brave, remate au burladero, plaît au public grâce à son armure cornalona et astifina. Sa bravoure explose en 4 piques sous lesquelles il pousse de verdad. Il y a laissé beaucoup d'énergie et va donc aller a menos dans la muleta d'Ivan Garcia mais montre malgré tout une belle noblesse avec le défaut - courant chez les santacolomas - de garder la tête haute.

LOPEZ CHAVES a sûrement été engagé pour la qualité de sa cuadrilla et c'est vrai que tous ont été parfaits  en particulier les picadors José Manuel Quinta  et Placido Sandoval.

Julien LESCARRET s'est retrouvé face à deux toros qui, à eux deux, n'avaient pas une seule passe dans le ventre. Il assura sa part de brega avec la compétence qu'on lui connaît dans ce domaine.

Enfin, Ivan GARCIA qui remplaçait le lésionné Ivan Fandiño fut la bonne surprise du jour. Sa tauromachie sincère, classique et pure rencontra de l'écho dans les gradins (vuelta et oreille).

prix au toro le plus brave : Generoso de Flor de Jara
prix à la meilleure cuadrilla : non communiqué


Corrida de Cebada Gago

Il convient tout d'abord de rappeler que cette corrida n'a pas été vraiment choisie par les organisateurs. Elle remplaçait au pied levé l'encierro prévu d'Escolar Gil empêché de venir en France pour raisons sanitaires.
Ce fut en réalité la classique corrida catastrophe comme Vic en connaît régulièrement (en général au moins une par feria). Pour être bref :
 - public infâme
 - matadors infâmes
 - toros infâmes (sauf le 1, un bon cebada et, dans une certaine mesure le sobrero de La Campana, noble)
Si l'on rajoute une présidence mal inspirée et une organisation défaillante (j'y reviendrai), la coupe est pleine.

Je n'ai pas assisté à la corrida du lundi, je finis donc la feria - qui a connu par ailleurs de bons moments - avec le mal sabor de boca de cette journée pesante.


les cornes des Cebada Gago photo Velonero

lundi 13 juin 2011

Ma feria de Vic 2011 (1)


Corrida de Dolores AGUIRRE

Une constatation tout d'abord, la programmation d'une corrida n'a guère amené en ce samedi matin davantage de monde que l'habituelle novillada : deux tiers d'arènes.
Si, comme le faisait Juan Pedro Domecq, on devait donner à la corrida du jour un indice de toréabilité nul doute qu'elle obtiendrait une note des plus élevées tant les toros de doña Dolores se sont montrés tout au long de la matinée de bons collaborateurs au dernier tiers. Et les adjectifs pour les qualifier sont assez surprenants compte tenu de la réputation de l'élevage et des propos de sa propriétaire : nobles (tous sauf, à la limite, le 4), pastueño voire soso (en particulier le 5 qui permit à David Mora de réaliser une faena con arte.
Je m'en suis trouvé tout surpris quoique, à la réflexion, je me suis souvenu d'une corrida bilbaina (c'était il y a une dizaine d'année) tout aussi noble à laquelle les modestes Oscar Higares et José Ignacio Ramos, tout en restant très en deçà du possible, avaient chacun coupé une oreille.
Tout surpris aussi de voir autour de moi, dans les gradins vicois,  des durs à cuire de l'aficion toriste applaudir à tout rompre la dépouille de ces nobles toros et appeler le mayoral à saluer à l'issue de la course.

Julien MILETTO a été digne et élégant. C'est déjà beaucoup mais insuffisant s'il ambitionne une carrière plus resplendissante.

David MORA a toréé magnifiquement Burgalito le cinquième toro. Toques imperceptibles et muleta planchada entraînant l'animal dans des séries d'une douceur et d'un temple parfaits, le corps dressé, naturel, le toro frôlant ses jambes. Du grand art.
Un bémol toutefois en raison de sa propension à faire trop et mal piquer ses toros. (vuelta, une oreille)

JOSELILLO a eu un grand mérite, celui de révéler la qualité de Cantillino I, un cárdeno burraco avacado qui se cachait derrière son armure. Cité de loin, le toro accourt aussi bien à droite qu'à gauche avec une vivacité et une noblesse infatigables. Une oreille aussi pour le Vallisoletano.


Corrida de PALHA

Si les miuras portugais ont encore un point commun avec le prestigieux élevage andalou c'est leur problème récurrent de cornes. Discrètement pourvus dans ce domaine ceux du jour n'ont pas failli à la règle avec en point d'orgue l'armure très détériorée du dernier suscitant l'ire des tendidos.
Par ailleurs un excellent fond de bravoure qui s'exprima surtout face au cheval en particulier chez Peluquito le cinquième (vuelta à l'arrastre) dont la lidia par Javier Castaño et sa cuadrilla fut un modèle de ce que l'on devrait voir plus fréquemment dans une arène. J'aurais aimé citer le nom des péons mais j'ai eu beau chercher attentivement je n'ai trouvé nulle part la composition des cuadrillas dans le programme distribué par les organisateurs. Remarquablement mis en suerte trois fois par Javier Castaño, Peluquito, brave mais tardo, fut parfaitement cité et piqué par Tito Sandoval. Bien qu'allant a menos il fut ensuite noble dans la muleta de Castaño.

Juan José PADILLA était comme trop souvent désormais en mode petite brise légère.

Avec le temps (alternative il y a 10 ans) Javier CASTAÑO a acquis une maturité  et une qualité dans le toreo qui ne rappelle en rien le matador terne et laborieux que Chopera nous a trop souvent imposé à ses débuts. Deux faenas bien construites et dominatrices avec une grande capacité à garder le sitio. (vuelta et une oreille et succès partagé avec son picador).

Sitio que précisément Alberto AGUILAR, soumis depuis le début de la temporada à des épreuves qui dépassent ses capacités actuelles, est en train de perdre. On sait que le fait de crier sans cesse lorsque l'on torée est le signe manifeste que l'on est au plus mal devant le toro. Et aujourd'hui Alberto a beaucoup crié. Il s'est un peu repris face au noble sixième mais l' état pitoyable des cornes du toro empêchait que l'on prenne son travail au sérieux. Comme Castaño, Alberto Aguilar a sans doute besoin de temps, de maturité... En espérant que les loups ne le dévoreront pas...



jeudi 9 juin 2011

In our time

 Dans Minuit à Paris, Woody Allen nous montre des personnages recherchant dans le passé un âge d'or toujours remis en cause. Toute ressemblance avec les aficionados...
 Gil (Owen Wilson), le héros du film est amené à rencontrer au cours de ses pérégrinations dans le temps Ernest Hemingway. Celui-ci apparaît tel que les clichés se plaisent à le représenter : vantard, batailleur, grande gueule. Tout le contraire de son écriture.
 Pour nous en convaincre, les éditions Le Bruit du Temps viennent de publier en version bilingue In our time / De nos jours initialement paru en anglais à Paris en 1924. L'ouvrage, composé de 18 courts textes, avait été tiré à 170 exemplaires et n'avait pas été republié tel quel depuis. "Je m'essayai au métier d'écrivain, en commençant par les choses les plus simples, et l'une des choses les plus simples de toutes et des plus fondamentales est la mort violente", précisera plus tard l'auteur dans  Mort dans l'après-midi. On y trouvera 6 textes consacrés à la corrida, les tout premiers écrits par Hemingway sur le sujet.
  Idéal, en outre, pour réviser son english.



dimanche 29 mai 2011

Les courses de taureaux expliquées, de Aguado de Lozar (1854) - morceaux choisis

PICAR (piquer). - Combattre les taureaux étant à cheval et armé d'une longue pique. Le mérite de cette passe consiste à empêcher le taureau, dans le moment de l'attaque et au moyen de la pique, d'arriver jusqu'au cheval, de le toucher et de le blesser, manœuvre qui demande non seulement une grande force de bras, mais encore beaucoup d'habileté dans le maniement de la pique et du cheval. (II, p. 64)

PICA (pique). - Lance dont se servent les picadors pour combattre le taureau, étant à cheval. Cette arme est plutôt un aiguillon qu'une véritable lance, car le fer dont elle est garnie n'a justement que la longueur nécessaire (3 centimètres environ) pour entamer la peau de l'animal de manière à ce que la blessure faite par le picador n'ait d'autre résultat que d'irriter le taureau, doubler sa colère et le rendre, par ce moyen, plus propre au combat. (II, p. 67)

SUYO! SUYO! - Cri que poussent les spectateurs et qui signifie : "Donnez lui le taureau!" C'est une espèce de requête adressée à l'autorité présidant les courses, afin d'en obtenir que tel taureau, tué avec une rare adresse par l'espada, lui soit accordé à titre de récompense ou d'encouragement. La même demande est faite aussi en faveur d'un picador ou de tout autre torero, quand ils ont exécuté avec bonheur une passe difficile ou hasardeuse. Autrefois, quand la demande du public était accordée, c'était le cadavre même de l'animal qu'on donnait au torero; mais aujourd'hui, pour éviter tout motif de jalousie, c'est une gratification variant de 20 à 30 fr. qui est donnée au torero, au lieu du taureau mort. Quand l'autorité a obtempéré aux cris de suyo! suyo! le torero, en signe de prise de possession, lui présente, après l'avoir coupée, une des oreilles de l'animal mort. (II, p. 86)

TAUREAUX DE CABRERA, DE UTRERA.
Les propriétés des taureaux de cette ganaderia, dont le trapio (le type) est des plus beaux, consistent en une résistance au fer qui ne s'amollit jamais, un courage et une intrépidité extrêmes, une grande opiniâtreté et une force de tête à laquelle aucun bras de picador ne résiste.
Un des traits caractéristiques des taureaux de cette race, c'est que, dans la dernière période de la lutte, surtout quand ils sont fatigués, ils deviennent taureaux de sentido et d'une grande malice. Alors ils se défendent très bien, sont très difficiles à combattre et offrent de grands dangers à l'espada, qui a besoin d'employer toute les ressources de l'art et de marcher avec les plus grandes précautions. (II, p. 120)

PLACE DE TAUREAUX DE MADRID
Depuis l'établissement des courses à Madrid, il fut décidé qu'elles auraient lieu le matin et le soir du lundi de chaque semaine; mais en 1821 la course du matin fut supprimée; ainsi, depuis lors, elle n'a lieu que dans l'après dîné; dans cette demi-course, huit taureaux sont ordinairement sacrifiés. Ces courses se font constamment tous les lundis de l'année, excepté les mois d'hiver et ceux des plus grandes chaleurs d'été, tels que juillet et août, encore dans ces intervalles sont elles remplacées par des courses de novillos. (II, p. 137)



Alfred Guesdon, Vue aérienne de la plaza de toros de Madrid, 1854, Madrid Musée Municipal


jeudi 26 mai 2011

Le premier manuel tauromachique français


Les courses de taureaux expliquées,

Manuel tauromachique à l’usage des amateurs de courses

par Oduaga-Zolarde
1854

Oduaga-Zolarde n’est autre qu’Aguado de Lozar, l’organisateur des premières corridas françaises qui eurent lieu à Saintesprit (aujourd’hui commune de Bayonne) en 1853.

Publié à la suite du succès rencontré par cette première expérience, on peut considérer que ce premier traité a contribué à former les toutes premières générations d’aficionados français. L’écriture, aujourd’hui délicieusement désuète, mais d’une élégance et d’une clarté exquises n’est pas le moindre charme de l’ouvrage.

On y trouvera pour commencer une défense de la corrida contre ses détracteurs, qui se termine ainsi : « La tauromachie est la plus ingénieuse expression, la plus savante mise en scène de cet antagonisme éternel [entre l’homme et l’animal sauvage]. C’est ce qui explique son règne depuis des siècles, à travers tant de révolutions et de ruines ; c’est ce qui résout ce problème étrange et peut-être unique au monde d’une institution qui date évidemment des temps barbares, et qui demeure debout et plus que jamais florissante au milieu des modernes civilisations. »
Puis un précis historique suivi de la biographie des toreros les plus renommés. Pour l’auteur, « ce fut pendant le règne de Charles II [1665-1700] que les courses atteignirent leur plus haut degré de splendeur ».
Plus tard, « Les dernières années du XVIIIème siècle furent la seconde époque où les courses de taureaux, avec un caractère différent, brillèrent de leur plus grand éclat et atteignirent leur plus haut degré de splendeur, grâces aux deux Romero, à Costillares, à Pepe Hillo, glorieux rivaux dont les efforts ravivaient sans cesse l’intérêt du public et fournissaient des aliments nouveaux à l’avidité des spectateurs, en même temps qu’ils contribuaient puissamment aux progrès de l’art tauromachique ».
Après la nécessaire partie consacrée au vocabulaire taurin, on trouve une notice sur les principales ganaderias espagnoles divisées en trois espaces géographiques : la Castille (les plus nombreuses mais quasiment toutes disparues aujourd’hui), l’Andalousie (avec entre autres Cabrera, Lesaca et el Barbero de Utrera) et la Navarre.

Des bonus particulièrement intéressants sont disséminés au sein du livre :
- une reseña très complète des fameuses premières corridas de 1853, vues par le Courrier de Bayonne, l’Illustration ainsi que par la Presse sous la plume de Théophile Gautier.
- la lettre d’un témoin oculaire décrivant la mort de Pepe Hillo en 1801.

On peut trouver la réédition de l’ouvrage dans les librairies spécialisées. L’édition originale, rarissime, est hors de prix.


lundi 16 mai 2011

Toros en Gironde 2011

CAPTIEUX
dimanche 5 juin à 17h
novillada
novillos de Urcola
Mathieu Guillon - Sergio Flores - Fernando Adrian

des informations complètes sur Rugby y Toros, le blog





LA BRÈDE
samedi 25 juin
à11h
novillada sans picadors
erales de Jean Louis Darré
Dorian Déjean - Kiké - Clementito


à18h
corrida
toros d'Adelaida Rodriguez
U. Moreno "El Zapata" - Diego Urdiales - Julien Lescarret

programme ici


Encore deux cartels très intéressants cette année en Gironde.
A Captieux, des novillos de Urcola, propriété de Victorino Martin, qui proviennent de l'achat effectué en 2005 à Francisco Galache. Un cartel qui aurait été digne de Vic ... s'il y avait eu une novillada à Vic.
A La Brède, ce sera une occasion de voir le matador riojano Diego Urdiales injustement tenu à l'écart par beaucoup d'arènes françaises.




mercredi 11 mai 2011

Leçon de Seville



Un torero a dominé la feria de Séville : José Maria Manzanares hijo.
On a beaucoup devisé aux lendemains de son triomphe historique et de l'indulto qu'il a suscité sur le passage à une étape supérieure et inéluctable dans la propagation du toro à la noblesse excessive, à la férocité gommée, ce petit toro bien fait et qui ne cesse, au troisième tiers, de charger avec une infinie douceur la muleta que lui offre généralement une vedette de l'escalafon.
Oui, mais...
Oui mais, par sa classe, son temple, son esthétique, José Maria Manzanares a éclipsé tous les autres matadors du cycle sévillan. Y compris El Juli qui malgré cinq oreilles coupées a été, du jour au lendemain, relégué au second plan. Sébastien Castella avec une actuation de bon niveau n'a rien dit au public, ne parlons pas de Miguel Angel Perera qui est passé pour un vulgaire pegapase. Daniel Luque, lui, a dû batailler ferme avec un manso querencioso pour couper une oreille. Enrique Ponce, on le sait, a besoin d'un toro qui pose problème pour donner toute sa mesure.
En fait combien sont-ils à pouvoir rivaliser, sur le terrain de l'art, avec l'Alicantin? Morante de la Puebla lorsqu'il parvient à se lever de sa chaise, José Tomas sans aucun doute, et très occasionnellement quelques toreros artistes du type Juan Mora. Sinon personne!
Tous les autres, pour triompher a lo grande, ont besoin du toro encasté qui donne de la valeur à leur courage et à leur technique.
La feria de Séville a marqué, par contre-coup, la nécessité du toro fort, encasté, féroce plus que jamais indispensable au triomphe de la majorité des toreros.

lundi 2 mai 2011

Indulto (3)

En fin de compte, le toro que l'on gracie c'est toujours le gentil toutou, celui qui se laisse toréer à l'infini, qui donne l'impression d'être un ami de l'homme. Bref celui dont la sauvagerie, la férocité ont suffisamment été gommées pour qu'il apparaisse plutôt aux yeux du public comme un animal domestique que comme un toro brave. Or on ne fait pas de mal aux animaux domestiques. Ainsi la boucle est bouclée, on ne gracie pas actuellement les toros pour leur bravoure mais pour leur domesticité. Pour un éleveur digne de ce nom, la grâce est une honte.

dimanche 1 mai 2011

Tauromachie invertie

José Maria Manzanares, le 30 avril 2011, à Séville, a indulté Arrojado, un toro de Nuñez del Cuvillo.
Je n'y étais pas, je ne l'ai vu ni en direct à la télévision, ni en vidéo; je n'ai donc pas d'avis à donner sur le fait lui-même. Ce qui est sûr c'est que l'évènement constitue une apothéose du torerisme dont l'Andalousie en général et Séville en particulier sont l'épicentre. Paradoxalement Arrojado n' a pas permis le triomphe de José Maria Manzanares puisque le torero (on hésite à utiliser le mot matador) ne l'a pas tué et ne lui a pas coupé les oreilles - au final, il s'est borné à le regarder rentrer vivant au corral - mais c'est le torero qui a contribué au triomphe du toro et de son éleveur. Étrange inversion!

De ce début de féria sévillane je retiens autre chose qui me paraît tout à fait navrant pour ceux qui trouvent davantage leur bonheur dans la corrida combat. Les quatre corridas de corte plus ou moins torista qui ouvraient la feria ont toutes fracassé (pour mémoire Conde de la Maza, Dolores Aguirre, Alcurrucen, Victorino Martin). Des toros que l'on attendait costauds et encastés et qui furent faibles et mansos. Des tardes qui auraient dû être passionnantes et qui furent assommantes. Quand le monde à l'envers devient la norme...

mercredi 20 avril 2011

Les Juan Pedro Domecq

Juan Pedro Domecq y Nuñez de Villavicencio 1930-1937
Il achète le prestigieux élevage de Veragua en 1930. Quelques mois plus tard , il achète aussi vaches et sementals au conde de la Corte.

Juan Pedro Domecq Diez 1937-1975
Fils aîné, il hérite du fer et d’une partie du troupeau. Il intègre à la ganaderia une partie de celle de Mora Figueroa d’origine Garcia Pedrajas ainsi que de nouvelles vaches et des sementals du conde de la Corte.
Deux de ses frères créent leur propre élevage :
- Salvador Domecq Diez
- Alvaro Domecq Diez (Torrestrella)

Juan Pedro Domecq Solis 1975-2011
Fils aîné, il garde le nom et le fer originel, le bétail est partagé avec deux de ses frères qui créent leur propre élevage.
- Borja Domecq Solis (Jandilla)
- Fernando Domecq Solis (Zalduendo)

Juan Pedro Domecq Morenes 2011
Fils aîné, il est désormais héritier avec ses deux sœurs Teresa et Isabel (Fernando, son frère cadet est décédé en 2007).

mardi 19 avril 2011

La dernière corrida de Juan Pedro Domecq

Si la corrida anodine et ennuyeuse donnée le dimanche 17 avril à Saragosse mérite qu'on en parle c'est en raison de l'accident tragique qui a coûté la vie à Juan Pedro Domecq. Elle restera en effet comme la dernière corrida de l'un de ses fers (en l'occurrence celui de Parladé) qu'il aura préparée et à laquelle il aura assisté. Car le lendemain, après son retour de Saragosse, le célèbre éleveur a trouvé la mort lorsque son véhicule a percuté un camion alors qu'il était à quelques kilomètres de son domicile. Tragique destin pour le ganadero passionné qui avait encore de nombreux défis à relever en particulier celui de sortir l'élevage qui porte son nom de la médiocrité dans laquelle ses conceptions controversées l'avaient laissé s'enfoncer.


Les toros du fer de Parladé courus dans le coso aragonais furent, je pense, assez révélateurs de la problématique actuelle des toros de la casa Domecq.

A savoir trois toros sans rien qui dépasse, surtout ne molester personne et ne pas réveiller les spectateurs qui font la sieste. Pour les toreros pas de triomphe possible mais pas d'échec non plus. Les figures adorent car des comme ça on peut en tuer des centaines dans la temporada sans mouiller la chemise ni salir le costume.

Mais trois autres toros (les 2, 3 et 6) avec du caractère, que l'on pourrait se risquer à appeler caste bien que Juan Pedro n'aimât point ce mot qui fait si peur aux coletudos. Des toros à qui il fallait s'imposer si l'on voulait connaître le succès. Des toros qui, en fin de compte, ont remis les toreros à leur place. Car aussi bien Morenito de Aranda que Daniel Luque, même s'ils se montrèrent désireux de bien faire et eurent quelques bons moments, ne purent et ne surent se hisser à la hauteur de leurs adversaires. L'un ne paraît pas avoir les moyens de sortir du monton, l'autre risque bien d'y retourner rapidement.


Et pour Juan Pedro Domecq une dernière vision, celle de Cupletisto, un toro qui va a mas au point de mettre en difficulté un torero médiocre, mais qui en d'autres mains aurait sans doute permis le triomphe. Peut-être le toro qu'il cherchait...




photo EFE


Sur Juan Pedro Domecq dans L'œil contraire : 1 - 2

lundi 18 avril 2011

Corrida concours à Zaragoza : un bon toro, deux excellents picadors et un lidiador

Peu de monde.

Concha y Sierra
Magnifique negro salpicado mais de nulle bravoure. Cherche à sauter la barrière, 4 picotazos pris en manso, faible de pattes.

Felipe Bartolomé
Gargantillo est un magnifique cárdeno cinqueño bien fait, harmonieux, bien armé, donnant une impression de sérieux malgré ses 480 kg. Un toro con trapío. Le tercio de pique est enthousiasmant : 5 fois Gargantillo s'élancera contre le picador. Il a sa distance, même placé loin du piquero il se rapproche à petit pas avant de partir à l'assaut. Il a aussi son style, ses poussées sont brèves mais franches et violentes. Romualdo Almodovar se montre excellent cavalier et pique parfaitement (grande ovation). A la muleta, le buendía, s'il a perdu de son alegria, montre néanmoins une grande noblesse en particulier sur la corne gauche avec une charge longue et pastueña que Serafin Marin exploite dans deux excellentes séries de naturelles (oreille pour le Catalan et vuelta al ruedo pour le toro). Quelle surprise et quelle joie de voir sortir d'un élevage quasiment absent des ruedos depuis 20 ans un toro qui exprime si parfaitement les qualités de la caste Santa Coloma!

Juan Luis Fraile
Sortijero cumule les handicaps : il n'est pas beau, il sort après un excellent toro, il affronte un matador médiocre (Serranito) et un picador pire encore qui le saigne dans une première puya assassine. Dès lors le toro ne peut plus être jugé; il se montrera, malgré le traitement reçu, encasté au dernier tiers.

Adolfo Martin
Classique alimaña de la casa, armure aparatosa, 4 piques prises avec distraction, puis intraitable sur les deux bords malgré l'engagement sincère et l'oficio de Javier Castaño.

Adelaida Rodriguez

Le représentant de l'encaste Lisardo Sanchez/Atanasio Fernandez occasionnera le second grand moment de cette corrida grâce à un tercio de vara exceptionnel. 5 piques prises de plus en plus loin (les deux dernières quasiment de l'autre extrémité du ruedo) et en allant a mas. Manuel Molina pique excellemment et dans le morillo et Serafin Marin assure les mises en suerte avec élégance et maestria. Hélas, avec ses 580 kg, Garboso possède un corps d'obèse plus que d'athlète, il s'affalera en début de faena pour ne se relever qu'avec difficulté et perdre toute chance de disputer le prix au Felipe Bartolomé.

La Reina (José Miguel Arroyo "Joselito")
Le domecq manque de fixité dans les trois piques qu'il reçoit mais il fait preuve au dernier tiers d'une noblesse codiciosa qui met en déroute le modeste torero local Serranito, appelé en remplacement du non moins modeste et local Alberto Alvarez, blessé en s'entraînant (mala suerte para todos!).

Précisons qu' à partir de la quatrième pique la puya de tentar a été utilisée et que chaque ganadero, présent dans le callejon, peut diriger la suerte de varas en communiquant avec les toreros.

prix au toro le plus brave : Gargantillo de Felipe Bartolomé
prix au meilleur picador : Romualdo Almodovar
prix au meilleur lidiador : Serafín Marin


Gargantillo de Felipe Bartolomé