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samedi 25 avril 2026

Séville : la Venta de Antequera

 

    Alors que Madrid tergiverse à propos de la réouverture du Batan, il faut souligner l'heureuse initiative de la nouvelle empresa de Séville qui vient d'œuvrer au retour de l'exposition des toros de la feria d'Avril à la Venta de Antequera.
 
 
   
   Ce haut-lieu des fêtes et réceptions sévillanes n'avait plus exposé les toros de la feria depuis 1987 - les Miura toréés par Manili, Victor Mendes et Espartaco y furent les derniers à y paraître. Il y a quelques années, un projet de vente des terrains réservés aux corrals dans le but d'en faire un supermarché n'aboutit heureusement pas. Aujourd'hui le lieu retrouve sa vocation avec neuf lots exposés dont ceux de La Quinta et de Miura. On peut voir sur les photos les La Quinta et les El Capea pour le rejon.

 
 

 

   Situé dans la banlieue sud de Séville (avenida de Jerez), le lieu est accessible en bus et offre, outre le spectacle des toros, de magnifiques jardins et un lieu pour se restaurer. 
 

  
  On regrettera la protection en matière plastique apposée les long des corrals mais on espère que l'opération sera renouvelée lors des prochaines temporadas ... et que Madrid en prendra de la graine.
 

 

jeudi 23 avril 2026

Séville : corrida d'El Parralejo (Thierry W.)

 

Séville, mercredi 22 Avril.
Douzième de l’abono. Lleno de “ No hay Billetes “.
Corrida d’El Parralejo (origine Jandilla) pour Diego Urdiales, Emilio de Justo et David de Miranda.


“Chismoso” (potins) 549 kg. Joli taureau.
Bien à la verónica Diego Urdiales. Le taureau paraît court de charge. Très vilaine carioca à la première pique. La seconde est trasera et longue. Tentative de quite par chicuelina d’Emilio de Justo. Légèrement bousculé, il laisse tomber. Taureau sérieux que Diego attaque et double par le bas. Le Parralejo est brusque et encasté. Le torero le contient tant bien que mal sur les deux séries à droite. Le Parralejo est plus posé et calme sur la gauche. Il n’a pas beaucoup de classe mais Urdiales nous pose quelques bonnes naturelles. Reprise à droite avec qualité. Faena autoritaire. Épée contraire et petite catastrophe au descabello.
“Tonelero” (tonnelier) 517 kg. Taureau manquant de trapio (il sera le seul). Très réservé dans la cape d’Emilio de Justo. Tercio de pique une nouvelle fois bafoué. Quatre chicuelinas et la rebolera pour un bon quite. Un quite serré par gaoneras de David de Miranda, lorsque ce garçon torée, ses taureaux passent très près de lui. Antonio Chacon supérieur avec les palos.
Deux séries droitières autoritaires très courtes avec un taureau qui n’humilie nullement. À gauche le taureau est très réservé. Reprise sur la droite et le taureau proteste. À ma surprise il termine avec une bonne série de naturelles exécuté de face. Le meilleur de cette faena, alors que le taureau avait lâché prise. Surprenant. Une épée trasera pour en finir.
“Secretario” (secretaire) 562 kg. Palmas de buleria des fans de Miranda venus de Huelva. Le taureau est beau et volumineux. Muy malo le piquero avec Secretario qui pousse fort sous le fer lors des deux rencontres. Enfin un taureau qui révèle sa bravoure au caballo ! Cuadrilla à la limite de la rupture aux banderilles car Secretario est très encasté. Grand début de faena par le bas pour casser le taureau avec de beaux doblones. Extra le taureau. Lorsqu’il charge, sa foulée est rythmée, régulière, et son centre de gravité est très bas. Que dire de cette fixité à la fin des séries de passes ! Tauromachie verticale, templée, et engagée sur les deux côtés. C’est de bon goût, c’est beau à voir, Séville bascule dans l’euphorie. Ce torero possède une grosse personnalité, sa tauromachie a un gros impact sur le public car l’engagement est total de la part du maestro de Huelva. Grandiose épée tout en haut et mort très émouvante de Secretario au centre de la Maestranza, la bouche fermée, les grands taureaux braves meurent ainsi…deux oreilles, et vuelta archi méritée à Secretario. Un grand taureau pour un grand torero.
“Azabache” 546 kg. Un beau melocoton . Urdiales supérieur avec le capote. Le taureau répète sa charge avec un zeste de genio. Bravito sous la 1ère pique. Muy bien Espartaco pour la seconde pique. Quand c’est bien il faut le dire et l’écrire. Brindis a todos. Il initie sa faena par le bas. Le taureau est exigeant. Deux séries de derechazos avec temple et des terminaisons de bon goût comme ces vraies passes de poitrines et ces trincherazos qui figent Azabache. Quelle toreria chez Urdiales, quelle classe ! Les naturelles sont extraordinaires. Devant l’écran je me dis que l’arène a du mal à rentrer dans la faena du torero de la Rioja. Fin de faena où Diego Urdiales alterne des ayudados et trincheras. C’est délicieux. Tout est précieux chez ce torero. Certes l’épée entière est contraire, mais Incompréhensiblement le public ne demande pas le trophée archi mérité…et pourtant, la Señora présidente attendait la pétition…Diego Urdiales est très déçu et moi avec. Ces Sévillans sont vraiment incorrigibles parfois.
“Anhelomio” ( désir) 554 kg. Autre taureau bien présenté . Froid dans le capote de l’Extremeño. Brave sous la première pique de Juan Bernal très en arrière, peu spectaculaire sous la seconde. Le taureau est loin d’avoir les qualités des deux précédents. Il n’embiste qu’avec retenue, s’arrête au milieu de la passe, bref…une entière tombée. Emilio de Justo n’a pas eu le sorteo pour lui.
“Corralero” 555 kg. Negro burraco. Veronicas verticales , puis en mettant la jambe devant. Corralero faiblit sous la pique…mais on perçoit des qualités chez le burraco. Quatre statuaires pour un bon début de faena. Début tonitruant sur la droite tout en le laissant récupérer entre les séries. À gauche le taureau est plus réticent. Nouvelle grande série avec de longs redondos. Naturelles de face parfaites. Faena cumbre ! Pour finir, David de Miranda nous pose des manoletinas serrées et très émouvantes pour convaincre la Maestranza que le patron des lieux ce soir c’est lui. L’épée est entière. Davila Miura l’annonce « desprendida », détachée, pas forcément au bon endroit. L’oreille tombe du palco. La porte du Prince va s’ouvrir, et c’est totalement mérité pour ce torero qui a pris le rythme d’une figura del toreo.
Excellente corrida du Parralejo, encastée, brave, noble, cinq taureaux sur six. Mais quel grand taureau que ce “Secretario” parti maintenant au pays des braves !

wT

mercredi 22 avril 2026

Quatre tardes de toros en Sevilla (2)

 

 
Vendredi 17 avril   corrida de Domingo Hernandez
 
   Après les sommets de l'art taurin atteints hier par Morante, la corrida d'aujourd'hui ne pouvait être que de resaca (ressac, gueule de bois) comme l'on dit dans la langue de Cervantès. Ressac amplifié par le comportement des toros de Domingo Hernandez. Les trois premiers sont des mansos superlatifs cherchant désespérément une issue dans le vaste ruedo sévillan. Heureusement les deux derniers permettront que la corrida se termine sur une note plus positive.
   Alejandro Talavante, vingt ans d'alternative, sans illusion, fait partie des accaparateurs de contrats au détriment de la jeune génération. Il passa sans peine ni gloire (silence, silence).
   Roca Rey eut la bonne fortune d'avoir entre les mains Veronés, le quinto. Un toro terciado mais de bonne charge, idéal pour la tauromachie dominatrice et puissante du Péruvien qui enchaîne les séries avec assurance. Il coupera une oreille après une entière tendida.
   Pablo Aguado est un torero d'une classe supérieure que l'on voit trop rarement en France. Face à des adversaires plus préoccupés de fuir que de charger il ne put donner ce jour que des détails, mais quels détails ! Véroniques avec toile réduite, une chicuelina somptueuse et quelques enchaînements à la muleta après une voltereta au sixième (vuelta).
 
 
Samedi 18 avril   corrida de Victorino Martin 
 
   Une mauvaise corrida de Victorino Martin, c'est rare mais ça arrive. Pour celle-ci on a l'impression que tout le monde y a mis du sien. L'empresa en achetant une corrida indigne d'une plaza de primera, le ganadero en osant présenter à Séville un novillote scandaleux (el quinto), les vétérinaires en gardant étrangement les yeux fermés. Et l'on peut se poser des questions sur le fonctionnement de la bascule des corrals sévillans lorsque l'on sait que le choto en question était annoncé à 539 kg. Finalement c'est le public sévillan qui est sorti grandi de l'affaire puisque, à rebours de sa réputation de passivité, il se fâcha sérieusement contre l'animalcule dont toute la lidia se déroula sous la bronca, les sifflets et les lazzis. Un vrai scandale à Séville ! Par ailleurs le comportement des toros fut le plus souvent décevant même si certains montrèrent de la bravoure au cheval, ce qui permit quelques tercios de pique de qualité (ovation pour Vicente Gonzalez, Tito Sandoval et Manuel Jesus Ruiz ''Espartaco"). La plupart firent preuve au troisième tiers d'une noblesse un peu fade accompagnée d'une faiblesse de patte latente. Ce qui aurait été considéré comme une correcte corrida commerciale fut une mauvaise victorinade. On notera que les quatre premiers étaient les fils du fameux Cobradiezmo gracié ici même il y a tout juste dix ans, on en tirera la leçon que l'on voudra ...
   De Manuel Escribano on ne retiendra que ses deux puertas gayolas, celle du 5 avec une interminable attente, et deux séries de naturelles au 1. Lui aussi fait partie de ces toreros qui sont sur la brêche depuis plus de vingt ans, dans son cas le corps cousu de cicatrices infligées par les toros des élevages les plus redoutables. On lui souhaite de savoir se retirer dans les meilleures conditions.
   Le toreo de Borja Jimenez pose question. Il cherche la passe longue et templée et il réussit souvent à la donner ce qui lui vaut olés et ovations, et deux vueltas al ruedo ce jour. Le paradoxe est que la souplesse de son corps lui permet de la donner trop souvent sans se croiser, toreando muy despegado. De plus il est très faible épée en main. Des qualités donc  mais beaucoup de scories également pour le Sévillan. 
   Quelle mouche a piqué Victorino Martin hijo de venir à Séville avec une corrida si peu digne de la plaza où il y a dix ans un lot supérieur avait marqué les esprits !
 
 
   
 
   Depuis sa journée cumbre de jeudi, Morante a été très grièvement blessé lundi par un toro de Garcia Jimenez. L'homme paraissait en si belle forme morale et physique que c'est une peine de penser que cet élan risque d'être brisé pour une longue période. Une peine de se dire que les aficionados des villes où il devait toréer dans les mois qui viennent n'auront sans doute pas la chance et le privilège de vivre le faisceau d'émotions que suscite son toreo.
 
   Par ailleurs aura lieu en fin de semaine la Feria del Aficionado qu'organise à San Agustin del Guadalix le club taurin Tres Puyazos, feria qui m'avait enchanté l'an passé comme m'a enchanté cette année mon passage par Séville. Aura lieu également en mai la Feria du Toro de Vic-Fezensac puis Céret de Toros en juillet. Je sais bien que certains aficionados ne mélangent pas les genres. C'est leur droit. Pourtant la tauromachie est partout. Aussi bien sur l'albero de la Maestranza de Séville avec des toreros en recherche d'art que sur le sable de San Agustin ou de Vic avec ses toros puissants et ses valeureux toreros. 
    

mardi 21 avril 2026

Quatre tardes de toros en Sevilla (1)


   
   Avec celle de Madrid, l'aficion sévillane est sans aucun doute la meilleure au monde. Assister à une tarde de toros dans la Maestranza a une résonance particulière. Ici aucun détail n'échappe aux yeux avertis du public. La bonne brega d'un peon, une pique bien donnée, une passe qui surgit du néant : à l'instant même l'ovation monte de chaque travée. Et lorsque l'art advient dans le ruedo, la communion avec le public, portée à son paroxisme, lui donne un caractère sublime. 
   Ce public on le sent en quête d'un toreo essentiellement doux, templé, artistique. Comment pourrait-il en être autrement dans une ville comme Séville ! Il préfère donc les toros qui le facilitent et il existe  en son sein une fraction triomphaliste non négligeable peu regardante sur les placements manquant de sincérité, pendant que d'autres gardent leur critique (''no se ha cruzado'') pour eux-mêmes  ou leur voisin de tendido car le public sévillan a horreur de protester, c'est comme ça, et lorsqu'il le fait c'est que l'affaire est d'importance (la présentation du quatrième victorino samedi, par exemple).
  
 
Mercrdi 15 avril   corrida de Santiago Domecq
   
   Le lot de Santiago Domecq peut être qualifié d'assez bon, idéal même pour une plaza comme Séville (5 toros sur 6 seront ovationnés à l'arrastre) mais sans aucun toro supérieur comme l'élevage a été assez fréquemment capable d'en sortir lors des temporadas passées. Ils furent très peu piqués, malgré cela certains allèrent a menos, manquant de fond. Les meilleurs : le premier, d'une exquise noblesse et le sixième, vif jusqu'à ce qu'il file aux planches. 
   Le travail complet (cape, muleta, estocade) de Miguel Angel Perera lui valut l'oreille de son premier partenaire. Il y eut même venant de la partie triomphaliste du public une pétition incongrue de la seconde oreille. Perera fut en réalité bien en dessous de ce que permettait Tallista. Il fait partie de cette trop longue liste de toreros qui toréent avec succès depuis plus de vingt ans mais n'ont aujourd'hui plus rien à prouver ni à eux-mêmes, ni au public. Qu'ils laissent donc la place aux jeunes!
   David Galvan donna de bonnes et sincères naturelles au 2, bonne estocade, oreille.
   Le tout jeune Aragonais Aaron Palacio devait son inclusion à la feria à son excellente actuation ici même l'an passé en tant que novillero. Une bonne initiative de la part de l'empresa car voilà un garçon qui, avec quelques autres récemment promus matadors, représente l'avenir de la fiesta ... à condition qu'on leur donne l'occasion de s'exprimer. Si à son premier Aaron eut une prestation de novillero nerveux, il se libéra face au sixième pour donner à un toro de charge soutenue une belle faena con arte y transmisión qui fit rugir le public. Le toro attiré par les planches au final l'empêcha de redondear la faena. Grosse oreille après une entière.
 
 
Jeudi 16 avril   tarde historique de Morante de la Puebla 
 
   Un aficionado, morantiste qui plus est, doit mesurer la chance qu'il a d'avoir vécu cette tarde historique durant laquelle Morante de la Puebla a donné, au quatrième toro, un véritable cours illustré par l'action d'histoire de la tauromachie. Face à un toro sans bravoure ni fixité qui faisait à sa sortie tout à l'inverse de ce qu'un toro doit faire, le cigarrero  a donné un récital, mélange vivant de suertes à l'ancienne et de toreo contemporain dans ce qu'il a de meilleur. Largas accoudé aux tablas, véroniques et demi sublimes, tijerillas au quite, pose des banderilles parfaite en trois modes différents : de poder a poder, al sesgo por dentro, al quiebro cité depuis une chaise. Le toro dominé charge désormais avec noblesse, la faena de muleta débute par des ayudados por alto donnés assis sur la chaise, suivis de derechazos et de naturelles d'un aguante et d'un temple extraordinaires. La plaza est une clameur permanente. Les olés s'étranglent de sanglots devant tant de beauté et de profondeur. Et, seul point noir, une mise à mort en plusieurs étapes empêche l'octroi de tout trophée que deux vueltas al ruedo apothéosiques remplaceront aisément. Merci Morante.
   Juan Ortega débuta par une puerta gayola qui semblait signer son envie d'en découdre. On s'étonna que, par la suite, sa recherche du joli, du templé se fasse trop souvent au détriment d'un placement plus sincère qui aurait permis plus de profondeur et de dominio.
   Le jeune Victor Hernandez eut une bonne tarde. Il donna une leçon de sincérité, de placement adéquat à son prédécesseur. Un sens du temple certain et des estocades recta lui permirent de toucher le public sévillan (une oreille). On regrettera seulement que la fadeur de ses opposants ait empêché son travail d'accéder à une dimension supérieure.
   La ganaderia d'Alvaro Nuñez est une scission récente de Nuñez del Cuvillo. Les toros de ce jour furent inégaux en comportement et en trapío avec une tendance forte au decastamiento. 
 
 

 
 



 

mercredi 15 avril 2026

Séville corrida de Fuente Ymbro (Thierry W.)

 

Cartel très intéressant avec Alvaro Lorenzo, le Sévillan Rafael Serna, l’Albaceteño Molina devant des taureaux de Fuente Ymbro.
Cazador, 598 kg, le plus lourd du lot, montre des signes de faiblesse dans le capote de Lorenzo. Tercio de pique anecdotique. En toute quiétude, Rafael Serna réalise un bon quite avec des “tafalleras”.
Andrés Revuelta supérieur dans la pose de deux paires de banderilles. Le début de faena est prometteur mais très vite le taureau proteste dans la muleta. Il a plus de qualités sur le piton gauche. Faena méritoire face à un Fuente Ymbro qui chasse les mouches avec ses deux cornes. Très désagréable à toréer. Lorenzo a le mérite de le contenir dans ses charges. Le taureau tombe après un pinchazo et une entière un poil tombée.
Laminado est un beau taureau de 505 kg. Ses charges sont douteuses sur les deux côtés. Deux rencontres avec le piquero sans pousser. Début de faena, Rafael Serna double joliment par le bas. Première série de droitières pour jauger, la seconde est plus centrée. À gauche, il est court de charge, mettant le torero en difficulté, ce dernier se retrouve les cornes dans les chevilles à la sortie de la passe. Serna reprend la main sur des droitières autoritaires . Trois pinchazos et un vilain bajonazo pour finir avec ce Laminado très désagréable dans la muleta du torero.
Jarrero, melocotón de pelage, pèse 520 kg. Molina part à puerta gayola pour l’accueillir…ça passe justot ! Jarrero est distrait et n’est pas vraiment intéressé par le capote de Molina. Tercio de pique pathétique. Très bon début de faena de Molina par le bas, avec autorité et suavité. Très surprenant de voir le Fuente Ymbro accepter trois séries autoritaires sur le piton droit. Mais à l’amorce de la quatrième série, le Fuente Ymbro prend la direction des planches . Muy malo pour tous et surtout pour le ganadero. Épée contraire et basse de Molina.
Pardillo, Castaño , 491kg sur la bascule. Très armé, plus fin que ses frères. Très froid dans le capote de Lorenzo. Visiblement le taureau se blesse sur un remate contre le burladero. Cojo. Changement après le tercio de banderilles.
Le réserve, un Murteira Grave. Petit, très limite en présentation pour une plaza de primera. Ennui total avec ce petit taureau soso, sans caste, taureau qui n’avait rien à faire en ces lieux. À oublier très vite.
Escogeperro, Castaño de pelage, 549kg. Rafa Serna va l’accueillir à Puerta Gayola avec courage. Il joue gros sur cette course le Sévillan. Les trois veronicas et la media sont magnifiques. Deux piques correctes, sans plus.
Bon quite de Molina avec des tafalleras. Indéniablement, le Fuente Ymbro a de la qualité dans sa charge. Il est brave, noble mais il est exigeant. Faena complète et méritoire du torero sévillan face au premier taureau encasté de l’après-midi. D’abord avec de belles naturelles, centrées, dans le sitio. Une série fort méritoire sur la droite, très rythmée, la main basse, on est à la limite de la rupture, mais le torero tient la cadence et le rythme du castaño. Faena émouvante qui se termine avec de beaux doblones par le bas pour bien préparer la suerte de matar. Rafa Serna rentre avec conviction, l’épée est contraire mais très efficace. Une grosse oreille tombe du palco.
Le 6ème taureau, Pijotero, est joliment présenté. Il paraît court de charge dans la cape de Molina. Visiblement il manque de force. Il ne poussera pas sous les deux piqures réglementaires. Lors du tercio de banderilles on se rend compte que le taureau possède un bon galop et lorsqu’il est cité de loin il part avec l’envie d’en découdre. À la muleta, le taureau est très exigeant et Molina alternera le bon et le moins bon, il n’arrivera jamais à trouver réellement le bon sitio pour monter la faena espérée. Il est vrai que plus on avançait dans le combat plus le taureau perdait en qualité. Fin laborieuse avec l’épée.
Même si la corrida de Fuente Ymbro était très bien présentée, elle a livré dans l’ensemble une course assez décevante. Rien de spectaculaire au cheval. Il a fallu attendre le “famoso no hay quinto malo” pour voir enfin un taureau racé, complet dans son combat, Rafa Serna y a joué sa peau, s’imposant avec une tauromachie pure, très sévillane. En espérant pour lui que le téléphone de son apoderado sonne toute la semaine ! Il le mérite largement.

T.W. (vu à la télé)

vendredi 19 avril 2024

Croquis de la fête taurine (poèmes 12)

 
 
Sevilla
 
Voir une corrida dans la Maestranza
Dimanche 
de Résurrection
Avec toi pour la première fois 




Curro Romero

Face au toro, face à la foule
un geste
et tout 
s'éclaire. Le monde s'ouvre à la beauté.



Morante de la Puebla

Morante
Quel est le secret 
de tes opulentes rondeurs ?
 



















mercredi 26 avril 2023

Morante au firmament

    

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 On sait que pour couper une queue dans une grande arène il faut que le torero soit parfait du début à la fin de la lidia. En ce mercredi de gloire 26 avril 2023, Morante de la Puebla nous a livré sa recette.
 
   Soyez sublime à la cape  et ce plutôt trois fois qu'une. D'abord par véroniques qui mettent la plaza debout. Rajoutez après la première pique des tafalleras, prodiges de temple et de profondeur. Après la deuxième pique et un beau quite par véroniques de Diego Urdiales, faites encore monter la pression par des gaoneras très toréées.

   Donnez ensuite une grande faena, classique mais pimentée de quelques génialités. Ne la prolongez pas trop car le public pourrait avoir le mauvais goût de demander l'indulto du toro, ce qui gâterait tout.

   Tuez enfin d'un estoconazo sous lequel le toro résistera juste ce qu'il faut pour montrer sa caste.

   L'œuvre est accomplie. Le président sortira les deux mouchoirs blancs à la fois, puis, devant la pétition, il n'hésitera pas à en tirer un troisième.


NB  On n'oubliera pas de mentionner  celui qui a rendu ce grand moment possible : Ligerito, toro noir de 515 kg, portait le fer de Garcigrande. Il a pris deux piques sans zèle excessif puis a mis la cuadrilla en difficulté aux banderilles. Malgré le nombre considérable de passes  reçues durant le premier tiers il est allé à mas durant la faena de muleta et a été honoré d'une vuelta.
 

 


  

dimanche 8 mai 2022

Génie de Morante

    Voir cette œuvre, vivre ce moment - même à travers le petit écran - c'est, pour un morantiste, pour un aficionado tout simplement, accéder au Paradis, un paradis qui mêle l'émotion la plus profonde avec un sentiment de perfection indépassable.
   Il faut d'abord préciser qu'un tel chef-d'œuvre n'a été possible que parce qu'il y eut rencontre d'un torero et d'un toro. Aucune des bédigues de Garcigrande sorties mercredi ne l'auraient permis. Ballestero, pourtant du même élevage, était différent. Il se substitue à un invalide du fer titulaire d'Alvaro Domecq. C'est un imposant cinqueño, negro, de 550 kg. Il se montre très compliqué à la cape lors d'une réception inhabituellement longue et peu brillante. Le toro est méfiant, parcourt toute la plaza, fuyant. Morante donne beaucoup de passes dans le but de canaliser sa charge, il y parvient quelque peu en toute fin. La première pique est prise au réserve (carioca). La seconde au picador de turna (nouvelle carioca). Face à une charge brusque et incertaine, Juan José Trujillo prend des risques aux banderilles et se fait applaudir. A la fin du second tercio, le toro est à nouveau au toril, il faut aller le chercher et Lili se trouve en difficulté. Morante, à la barrière, observe, souriant, et lance une plaisanterie à son peon. Ces longs moments de brega ont certes montré que Ballestero avait gardé toute sa puissance et suivait la cape sans hésiter mais, à ce stade, rien n'est écrit, rien n'est prévisible. Il faut un torero et il y a Morante. Le chef-d'œuvre peut commencer.
   Comment peut-on donner la faena entière dans un terrain si réduit alors que le toro vient de passer la moitié de sa vie publique à visiter le vaste ruedo de la Maestranza ! Comment peut-on dominer avec ce naturel un toro qui a une charge si soutenue ! Et quelle ligazon dans les passes ! Comme le toro passe près du corps ! Comme la muleta parait petite mais ferme et douce à la fois, imposant au toro des trajectoires toujours maîtrisées.
   Je n'ose imaginer ce que fut cette faena pour les privilégiés qui l'ont vécue dans la plaza avec les vibrations des vieilles pierres de la Maestranza, la chaleur du olé de Séville, la folie d'un public acquis au génie de Morante.



samedi 7 mai 2022

Un tercio de piques

    Le second Nuñez del Cuvillo trébuche à plusieurs reprises, à nouveau à la sortie de la première pique. Mouchoir vert présidentiel. Espantoso, 573 kg, sobrero du même fer va nous valoir un tercio de pique sortant de l'ordinaire.
   Il se précipite avec fougue vers le cheval et soulève son avant-train, puis s'acharne dans sa poussée. A caballo levantado ! L'équilibre semble à tout moment devoir se rompre mais cavalier et cheval, avec un sang froid remarquable, parviennent à éviter l'effondrement. Vive émotion et grande ovation.
   La deuxième pique, plus classique, est excellemment donnée et confirme la bravoure du toro. José Palomares, piquero de Juan Ortega, quitte le ruedo sous une unanime ovation.
   Ce public sévillan, si prompt à s'enthousiasmer pour l'art ou le travail des matadors - et il ne manqua pas ce jour d'occasions de le faire - est également capable d'exprimer son intérêt, voire sa passion, pour un beau tercio de piques. Voilà qui est réconfortant ... mais hélas trop rare en ces lieux.



vendredi 6 mai 2022

Paco Ureña, toujours présent

    Paco Ureña avait été le triomphateur de la temporada 2019 et aurait dû en recueillir les fruits en 2020. On sait ce qu'il en est advenu. 2021 a été une année noire pour lui : problèmes d'apoderamiento, croche-pieds du mundillo, perte de moral et, pour couronner le tout, grave blessure lors de son dernier contrat de la saison. Et 2022 a commencé dans la difficulté. Le mundillo taurin est bien connu pour fonctionner sur d'autres critères que celui de la reconnaissance du talent : il est exclu de Valence, de Séville, de Madrid. Il n'a dû sa participation à la San Isidro qu'à sa proposition de tuer six toros en solitaire et il se retrouvait ce jour à Séville en substitution d'Emilio de Justo.
   Face à un très mauvais lot de Garcia Jimenez, le Lorqueño a montré qu'il était  toujours là, avec son toreo engagé, pur, parfois marqué d'accès baroques. Face à son premier adversaire, retors et incertain, il fut d'une sincérité totale qu'il paya d'un voltereta impressionnante mais heureusement sans conséquence grave. Tout au long de l'après midi il a montré qu'il était toujours un torero de classe et de pundonor.
   C'est une bonne nouvelle. On devrait pouvoir compter sur Paco Ureña durant cette temporada. Suerte maestro !



jeudi 5 mai 2022

Séville, ville moderne

    Les temps changent. Une  nouvelle rubrique ''Vu à la télé'' s'impose. Non pas reseñas complètes, d'autres le font très bien, mais quelques mots sur un moment "vécu" à travers le petit écran.

   Nouvelle Porte du Prince hier à Séville. Après celles de Daniel Luque et de Tomas Rufo, la troisième depuis le début de la feria. La septième pour le Juli, dans son jardin sévillan. Quel paradoxe ! El Juli torero de Séville ! Julian Lopez est pourtant l'exact contraire de Curro Romero qui fut le grand torero de la ville au cours de la seconde moitié du siècle précédent. Les Sévillans aiment donc aussi ce qui fonctionne et s'il est un torero qui fonctionne parfaitement c'est bien le Juli. Tout ce qu'il a fait hier fut exactement adapté au toro, au public, aux circonstances. Et terriblement efficace. Pourtant son toreo manque de profondeur, conséquence de sa réticence à fouler des terrains plus risqués. Son toreo manque aussi d'art. On ne le lui reprochera pas car l'art ne se commande pas et le Madrilène a su compenser cette absence par des faenas d'une grande fluidité et d'un grand naturel mais aussi par un temple parfait - jamais le toro n'a accroché sa muleta lors de la première faena, dont les excellentes passes de poitrine furent la conclusion parfaite de ses séries. Faut-il parler des estocades ? Rien de nouveau dans ce domaine : Juli a inventé et systématisé le julipié et ne sait tuer que de cette manière. Le saut qu'il effectue pour passer la corne a pour conséquence un placement très en arrière de l'épée. Un président responsable aurait dû calmer les ardeurs du public sévillan et n'accorder qu'une seule oreille à son premier toro.
   Les toros justement. De Domingo Hernandez ''Garcigrande''. La perfection ! Ils en rêvaient, Domingo Hernandez l'a fait ! Avec suffisamment de bravoure pour charger. Avec aussi cette pointe de mansedumbre qui les conduit à s'ouvrir vers les barrières et donc à garder une charge légère et sans réelle codicia. Avec suffisamment de force pour ne pas s'écrouler ni se réserver. Une alchimie parfaitement réussie - sauf lorsque la mansedumbre prend le dessus -, exactement celle que Juan Pedro Domecq a échoué à obtenir.
   On peut prévoir un avenir radieux à la feria de Séville. Il y a pléthore de bons toreros et l'on peut imaginer désormais des Portes du Prince quotidiennement ouvertes. Séville, ville moderne.



mardi 14 septembre 2021

Villaseca de la Sagra

 
 


 



 

















 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Vendredi 10 septembre 2021    Villaseca de la Sagra (Tolède)  Plaza de toros La Sagra
très beau temps
deux tiers d'arène

Six novillos de Baltasar Iban (8 piques, muy encastados, vuelta au 2 et au 3) pour Ignacio Olmos (silence, salut), Victor Hernandez (salut, silence) et Isaac Fonseca (deux oreilles, palmas).

Les novillos de Baltasar Iban ont mis le feu aux arènes de Villaseca de la Sagra. Quelle caste ! Quelle bravoure ! Une novillada sans le moindre temps mort qui a captivé le public de bout en bout. Un regret : qu'un président, sans doute ennemi du tercio de piques, en changeant plusieurs fois prématurément le tiers, n'ait pas laissé la possibilité aux novillos d'exprimer pleinement leur bravoure face aux picadors. A la muleta, des charges codiciosas et répétées qui transmettent l'émotion nécessaire au spectacle de la corrida. Et lorsqu'ils touchaient la muleta, des coups de tête violents mais qui jamais ne les conduisaient à se réserver. Le deuxième Arbolario, poussant magnifiquement à la pique puis d'un allant inépuisable, et le troisième Fusilito, de grand tempérament, accomplirent un tour de piste post-mortem, de même que le mayoral à la fin de la course.
Pour les novilleros la tâche était ardue car ils se retrouvèrent face à des adversaires qui permettaient beaucoup mais pardonnaient peu.
Le Tolédan Ignacio Olmos a peu toréé bien qu'il ne soit plus un débutant. Il fut complètement débordé par la caste du premier mais réussit au quatrième quelques bons passages de toreo classique.
Victor Hernandez n'a jamais baissé les bras mais il a fini l'après-midi hébété, sans avoir jamais pu réellement prendre le dessus sur ses novillos.
Avec le Mexicain Isaac Fonseca ce fut tempérament contre tempérament. Faena d'émotion et de transmission au 3, débutée à genoux (arrucina incluse) et poursuivie par de belles naturelles. Bernardinas sans l'épée pour finir et estocade entière. Deux oreilles. Ce fut plus irrégulier face au dernier, le seul qui se réserva un peu.
Au final salida a hombros de Fonseca et tour de piste du mayoral, juste conclusion d'une tarde d'une vibration (hélas) inaccoutumée. Que reviennent plus souvent les Baltasar Iban !

samedi 17 avril 2021

Ah ! les beaux jours

 

 
 
 
 
 
 
 
 
    Covid 19, malgré les progrès de la campagne de vaccination, continue à faire des siennes. Il va, il vient, personne ne sait comment ni pourquoi. Sa létalité est des plus limitée (nulle pour les jeunes) mais sous la pression de médias sensationnalistes, de politiciens opportunistes et de médecins désorientés, il continue sinon à nous tuer, du moins à nous empêcher de vivre.
   Nous sommes donc loin, très loin même, d'un retour à la normalité, néanmoins il y a dans l'air comme un frémissement printanier qui annonce peut-être un bel été et un bel automne.
   J'ai bien aimé le donquichottisme de l'empresa de Séville dans son entreprise de monter une feria taurine de catégorie contre tous les vents mauvais qui soufflent en ce moment ... L'échec était prévisible mais rendez-vous est pris pour septembre.
   A Madrid devant l'encéphalogramme plat de l'actuelle empresa de Las Ventas c'est à Vista Alegre qu'un organisateur concurrent tente de relancer la machine avec là aussi des cartels prestigieux. L'enjeu est ici différent, il s'agit pour Matilla de se placer en position de force dans l'espoir de supplanter à la première occasion les actuels "non organisateurs" de la catedra del toreo.
   La Gira de Reconstruccion mise en œuvre l'an dernier par la Fundacion del Toro de Lidia a laissé suffisamment de bénéfice (grâce à la télé) pour pouvoir envisager un cycle d'une vingtaine de novilladas durant la présente temporada.
   En France des corridas sont annoncées pour mai et juin à Nîmes, Arles (cartelazos !), Istres et Gamarde. Autre bonne nouvelle, il y aura des ferias taurines cet été même en l'absence de feria populaire.
   Enfin Vic Fezensac et Céret, les deux plus importantes ferias toristes de l'hexagone, qui sont considérées par beaucoup d'aficionados comme le sommet de la temporada, ont toutes deux dates et cartels. Nous en reparlerons.
   Allez, entre donquichottisme et méthode Coué d'un côté et catastrophisme délétère de l'autre, les beaux jours finiront bien par revenir !




   
 

samedi 11 mai 2019

Pablo Aguado, consécration d'un torero

   Juste ce qu'il fallait. Pour Séville, pour le toreo, pour la tauromachie. La consécration, au cours d'une corrida qui restera dans les annales de la Maestranza, d'un torero capable de rendre folle Séville dans une faena de vingt passes de toreo eterno.

   Ici la reseña de Carlos Crivell, pour rêver à défaut d'avoir pu y assister.
























photo Arjona

dimanche 30 avril 2017

Un grand moment de tauromachie

   Tout a commencé par un des plus énormes batacazos qui se puisse voir. Platino, 570 kilos de colère noire, portant le fer d'Albaserrada, venait d'entrer en action. Aux banderilles, il accrocha Montoliu fils qui rendait hommage à son père, décédé ici même il y a 25 ans. A la muleta, un démon : puissant, encasté, sauvage, d'une charge toujours magnifiquement enragée.
   Mais face à lui un torero, un grand torero : Antonio Ferrera, avec son savoir accumulé, sa soif de vaincre, son désir de montrer ses capacités de lidiador. Et Antonio Ferrera a gagné la partie, a dominé la fiera, a fait se lever d'admiration le public de Séville. Un grand moment de tauromachie.
   Merci  Platino, élevé sur les terres de Victorino Martin, merci Antonio Ferrera, maestro aguerri en mille batailles, d'avoir, en ce samedi 29 avril 2017, sur le sable de la Maestranza, montré à tous ce que pouvait être la grandeur de l'art taurin.

NB : Modestement vu sur le petit écran

jeudi 15 décembre 2016

Quelques photos de la temporada 2016

Deux corridas  de Victorino Martin, celle de Séville qui est rentrée dans l'histoire et celle de Bilbao, discrète.

Séville, mercredi 13 avril














Galapagueño, bon victorino auquel Paco Ureña coupera deux oreilles après une excellente faena.


 Manuel Escribano face à Baratero


















Un certain Cobradiezmos sur le chemin du paradis



















¡Triunfo!


Bilbao, jeudi 25 août















 Mucama (un peu riquiqui pour Bilbao, non?) face à la cavalerie