mardi 24 octobre 2023

Croquis de la fête taurine (poèmes 8)

 

Arènes de Torrevieja

Cailloux  béton  soleil

Et les toros de Prieto de la Cal

Et les toros de Javier Moreno de la Cova

Terreurs de cette terre de sel

 

 

Arènes de Carthagène 

Arène romaine et portuaire

Rondeur du temps, rondeur des traces

Oh ! quel bonheurs les passes

du Niño de la Capea

 

 

Arnedo
 

Ils ont détruit la vieille place des toros

les affairistes

les modernes

Ils ont tué une âme qui ne renaîtra pas






poèmes 7

 

mercredi 4 octobre 2023

Arnedo : trois jours

 

 
   Dans la disproportionnée arène couverte d'Arnedo, même les jours où l'entrée est bonne, le public parait clairsemé. On y voit beaucoup d'enfants et d'adolescents, des familles, de bons aficionados, quelques Français, un grand torero. Il y a aussi des peñas bruyantes dont une particulièrement peu respectueuse des toreros et des aficionados à tel point qu'elle continua à cacophoner alors qu'un novillero attendait a portagayola.
   De bonne caste les novillos d'Adolfo Martin mais manquant de la chispa qui en aurait fait un bon lot. Décastés les Guadalmena, avec toutefois deux exemplaires (les 3 et 6) qui permettaient beaucoup. Enfin la caste des Fuente Ymbro atténuée par une faiblesse de patte latente.
   Se déroulant devant un public compétent, avec un président peu porté sur le triomphalisme, face à des novillos en général sérieux, le Zapatero de Oro est un assez redoutable examen de fin d'année pour la fine fleur des novilleros. Ici des carrières s'achèvent, d'autres prennent leur envol.
   Samedi, devant les Adolfo Martin, la prestation de Jorge Molina, pourtant leader de l'escalafon, résulta de piètre qualité. Il fut sifflé en conséquence. Diego Bastos, victime d'une cuadrilla lamentable après laquelle il est difficile de toréer en confiance, montra qu'il a de l'allure, mais rien de plus. Daniel Medina en revanche rallia tous les suffrages. Il donna au troisième une belle faena, sincère, classique, pure, avec de magnifiques passages al natural (une oreille et à lui le prestigieux Zapato de Oro).
   Dimanche, devant une belle entrée, le Riojano Fabio Jimenez, natif d'Alfaro, se fit trop souvent toucher la muleta pour espérer dominer ses adversaires. Manuel Caballero eut la malchance de toucher deux novillos totalement dénués de caste. Il laissa entrevoir oficio et classe naturelle. Cristiano Torres, bullidor, spectaculaire, connectant facilement avec le public, coupa avec justice l'oreille du troisième mais resta en dessous du sixième.
   Lundi, Sergio Rodriguez ne justifia pas sa présence en remplacement d'Ismael Martin et n'écouta que le silence. Nek Romero, au contraire, a montré qu'il était un novillero puesto et dominateur, de plus bon capeador et tueur efficace. Il coupa une oreille à chacun de ses adversaires et fut, de ce fait, l'unique novillero de la feria à sortir a hombros. Sergio Sanchez actua face au dernier novillo de la feria avec la fougue et la verdeur d'un vrai novillero. Il sortit miraculeusement indemne d'une larga a puerta gaiola suivie d'une  poursuite. Après une faena d'émotion, son mauvais maniement des aciers ne lui permit pas de tocar pelo.

vendredi 29 septembre 2023

Moralzarzal

 


 
Lundi 25 septembre 2023                 Moralzarzal
très beau temps
un tiers d'arène

Six novillos d'Angel Luis Peña (10 piques, 2 chutes, excellents) pour Ruben Nuñez (salut, une oreille), Victor Barroso (une oreille, silence) et Pepe Luis Cirugeda (palmas, silence).

À 50km de Madrid, au pied de la Sierra de Guadarrama, la ville de Moralzarzal s'est développée en accueillant urbanizaciones et chalets destinés à un public aisé, passant de 2000 habitants en 1991 à 12 000 en 2011. Depuis 2005, elle s'est équipée d'une plaza de toros couverte de type Saint Sébastien (6000 places) un brin mégalomaniaque mais qui n'est pas réduite à une coquille vide car, outre la feria taurine de fin septembre, elle permet de nombreuses activités durant l'année et accueille plusieurs commerces en rez-de-chaussée.
Le chemin de l'aficionado est souvent semé de déceptions heureusement compensées par de divines surprises. Comme celle de ce jour. En effet sortirent des chiqueros six novillos pleins de feu de l'élevage voisin et peu connu d'Angel Luis Peña. Tous très bien présentés, braves, puissants, nobles, encastés. Les tercios de pique connurent une grande animation avec des charges violentes mais franches se soldant par deux énormes batacazos et le départ à l'infirmerie de Raul Lopez, picador de Victor Barroso, chargé au sol par le cinquième novillo. Une surprise encore plus grande lorsque l'on sait que l'élevage est annoncé d'origine Jandilla via Daniel Ruiz, un sang produisant plus fréquemment des bédigues générant l'ennui que de véritables toros de combat.
Face à un tel lot, qui n'avait pas de mauvaises intentions mais qu'il fallait dominer, la modeste terna de novilleros connut des fortunes diverses. 
Le Mexicain Ruben Nuñez sortit grandi de son combat face au brave et poderoso quatrième tué d'un magnifique volapié (oreille). 
Victor Barroso, qui s'était comporté de manière totalement ridicule il y a quelques semaines en annonçant sa retirada quelques jours avant la novillada de Yonnet à Roquefort qu'il devait toréer le 13 août dernier pour annoncer son retour au lendemain de ladite novillada, n'a pu cette fois éviter de se retrouver devant un adversaire de respect, le cinquième, qui blessa son picador et mis en déroute la cuadrilla. Il ne parvint pas à s'imposer à la fiera mais tua rapidement. Auparavant il avait montré face au second, le plus facile de l'envoi, qu'il possède le sens du temple mais il avait vite versé dans les culerinas, signe d'un manque certain d'ambition. Le longiligne Pepe Luis Cirugeda fit ce qu'il put c'est à dire peu.
Après une telle novillada on ne peut que se réjouir de la caste montrée par les pupilles d' Angel Luis Peña ce jour.  Un  élevage  qui montre  la voie ?

mercredi 27 septembre 2023

Talavera de la Reina

 


 
 
Samedi 22 septembre 2023      Talavera de la Reina (Tolède)
très beau temps                            La Caprichosa
casi lleno
 
Deux toros de Los Espartales pour Diego Ventura (silence, une oreille), deux toros de Juan Pedro Domecq (mobiles) pour Alejandro Talavante (une oreille, une oreille) et deux toros de Santiago Domecq (vuelta au 3) pour Tomas Rufo (deux oreilles et la queue, deux oreilles).
 
On ne peut pénétrer dans la vieille plaza de toros de Talavera de la Reina sans ressentir une émotion particulière. Ici, il y a maintenant plus d'un siècle, a été tué, sur une faute d'inattention, José Gomez ''Joselito'' par le toro Bailador de l'élevage local de la Viuda Ortega. La Caprichosa a sans doute très peu changé depuis le tragique jour. Avec ses vieilles pierres mêlées aux briques, sa toiture couverte de tuiles, elle possède un sabor añejo incomparable. Ce qui a changé en revanche c'est l'environnement sonore. Les flons-flons d'autrefois ont été remplacés par le boum-boum de la sonorisation du Campo de Feria tout proche battant tous les records de décibels et recouvrant les arènes et même la ville entière d'un bruit insupportable. Ah ! la belle époque !
Le cartel du jour possédait la vertu de la variété. Hormis les mises à mort du rejoneador, on peut dire que la tarde se déroula à la perfection, chacun y mettant du sien : les toros, les toreros, le public, le président. Le genre d'après-midi qui laisse peu de souvenirs profonds.
Avec leur bravoure mesurée qui les fait suivre les chevaux sans se lasser ni donner l'impression de vouloir les attraper, les toros d'encaste murube sont aujourd'hui largement plébiscités par les rejoneadors. Ceux du jour, malgré la faiblesse du 4, ont parfaitement joué leur rôle. Il ne faut toutefois pas enlever le mérite qui revient à Diego Ventura car il se montra sobre, templé, professionnel, le tout sans la moindre fausse note (sauf à la mort).
Alejandro Talavante était venu avec ses Juan Pedro Domecq, peu offensifs d'armure mais mobiles. Il lui permirent de donner libre cours à un toreo plutôt superficiel, bien terminé épée en main.
Tomas Rufo, enfant du pays, est accueilli avec ferveur et générosité. Il a bénéficié de deux bons toros de Santiago Domecq, en particulier le brave sixième qui prend une très belle pique de Manuel Jesus Ruiz , ovationnée par la plaza entière. Tomas Rufo donna le meilleur de lui-même, tua en s'engageant et coupa abondance de trophées.

 

Un toro, un novillero

 Corrida concours à Madrid !  Des élevages prestigieux, un public (un tiers de plaza) compétent prêt à s'enflammer au spectacle de la bravoure, un temps idéal. Le résultat sera bien sûr mitigé : beaucoup de déceptions pour quelques bons moments.
   Pour Partido de Resina, élevage en équilibre instable, l'occasion était bonne de montrer la possibilité d'un renouveau. La présentation est supérieure (ovation). Les 510 kg de Cabañito sont une preuve de plus que le trapío n'a rien à voir avec le poids. Ni avec la caste hélas ! Car il est faible et soso, et sa fadeur recouvre ses éventuelles qualités d'une chape de plomb. 
   Le  Samuel Flores est fidèle à l'image que l'on a des  toros de  l'élevage : de grandes cornes maladroitement posées sur un corps mal dessiné. Il n'a pas le moindre atome de caste. Voilà encore, pour un élevage en difficulté, une belle occasion de se montrer sous un bon jour perdue.
   L'exemplaire de Victoriano del Rio sera, dans l'ordre, très mal piqué, bien toréé, mal tué. Il sera applaudi à l'arrastre car, à défaut de vraie bravoure, il possédait cette mobilité et cette vivacité qui rendent une sortie intéressante.
   L'ensabanado de Peñajara est une gravure de mode qui reçoit à sa sortie une ovation nourrie. Il est tardo face au cheval mais permet un excellent tercio de pique à Antonio Peralta (prix du meilleur picador) puis un grand tercio de banderilles à Marcos Prieto et Diego Valladar. Il tire ensuite le rideau et n'a pas une passe à la muleta.
   Le pensionnaire de José Escolar est laid, semblant un toro que l'on avait caché au fond des pâturages de Lanzahita. Il est de surcroît victime d'un mauvais sorteo. Malgré son fond de noblesse, il est mal mis en valeur par une cuadrilla et un matador catastrophiques.
   Enfin vint Sombrero (vainqueur du concours), classique colorado de la maison Pedraza. Il met les reins de manière impressionnante à la première pique, pousse encore à la seconde et tout le monde se réjouit à l'avance au spectacle de la troisième. C'est sans compter sur l'incroyable maladresse de Gomez del Pilar qui a demandé le changement de tiers et sur l'incroyable incompétence du président qui l'accorde alors que nous sommes dans une corrida concours et que sort enfin un toro brave. Et si je parle de maladresse en ce qui concerne le torero c'est parce qu'il était évident que sa demande allait lui mettre le public à dos (et ce bien au-delà du tendido 7). Ce qui arriva et le déstabilisa pour la suite du combat.
   Serafin Marin eut un comportement adapté à celui attendu d'un torero qui participe à une corrida concours et quelques gestes de classe qui montrent qu'il vieillit bien.
   Ruben Pinar, très médiocre en tout.
   Quant à Gomez del Pilar, il ne peut que s'en prendre à lui-même d' avoir suscité l'hostilité du public envers lui alors qu'il a paradoxalement été celui qui a le mieux toréé.


Un novillero. Ancien pueblo situé entre Alcala de Henares et Guadalajara, Azuqueca de Henares a vu sa population croître exponentiellement ces dernières années pour atteindre aujourd'hui 36 000 habitants. La ville ne s'est pas dotée d'une plaza de toros mais elle donne chaque fin septembre un cycle de novilladas dans une plaza portatil. De nombreuses peñas animent la fête et chaque matin ont lieu encierros et lâchers de novillos dans la plaza.
   Lors de la novillada piquée du 22 septembre un novillero dont on a encore peu entendu parler a attiré mon attention par la qualité de son toreo et de ses estocades. Cid de Maria a débuté cette année dans le circuit des novilladas piquées  et a toréé avec succès quelques novilladas dans sa province natale de Guadalajara. Pour ce que j'en ai vu et jugé ce jour, le sitio qu'il occupe, sa recherche de pureté et de profondeur font de lui un novillero à suivre et auquel on ne peut que souhaiter un avenir peuplé de toros.
 
 



 
 
 


dimanche 10 septembre 2023

Croquis de la fête taurine (poèmes 7)

 
Nimeño II 
 
Nimeño se meurt. Nimeño est mort pour la tauromachie.
Un toro de Miura l’a renversé et nos rêves de pur toreo avec.
Pauvre Nimeño  seul  dans ta solitude
Esprit prisonnier de ce corps inerte
Rêvant faenas de rêve, déroulant douce muleta de serge
au rythme adouci du toro
Rêve perpétuellement brisé par un toro de Miura
          perpétuellement brisé par un toro de Miura
                                          brisé par un toro de Miura
                                                     par un toro de Miura
                                                            un toro de Miura
                                                                 toro de Miura
  





lundi 28 août 2023

Retour à Bilbao (suite)

 

 
   Retour à des températures normales jeudi et un gros trois quart d'arène pour un cartel très original qui vaut bien cette fois un tendido ombre, file 17 à 73 €.
   Le lot du Puerto de San Lorenzo comprend deux bons toros. Le second est même excellent : brave (belle deuxième pique en partant de loin), encasté, avec un galop puissant et des cornes dont il connait l'usage; le troisième d'une belle mobilité. Mais les autres sont allés a menos, réservant leurs charges, sortant de la muleta en fuyant et cherchant les planches. De ce fait la corrida se termina sur un sentiment de déception et de frustration.
   Après les broncas et insultes de la veille, Morante n'avait aucune raison de répondre à l'ovation initiale destinée à saluer le retour de Roca Rey à Bilbao. En revanche c'est devant le toro qu'il mit les choses au point en signant au quatrième trois véroniques et une demi que seul son génie pouvait donner.Les olés sortent du plus profond, le public est debout, l'ovation tonitruante et la réconciliation scellée (au moins provisoirement).
   On ne voit pas souvent Manuel Escribano (oreille du 2) dans ce genre de cartel; à tort car il constitue pour le public une garantie de spectacle et de professionnalisme.
   Roca Rey (oreille du 3), a medio gaz, tenta de mettre le fuyard sixième dans sa muleta sans y parvenir tout à fait. Il ne possède pas encore la science de maître Ponce, si appréciée en ces lieux.

   Comme l'aller, le retour se fera en bus. Pas de souci de voiture et tarifs très abordables. À Bilbao, la nouvelle gare routière, tout comme celle de Saint Sébastien, offre le même confort qu'un aéroport. Mais, signe des temps, je ne trouve pas le moindre dépôt de presse pour acheter un journal local. En France, les arrêts (Biarritz, Bayonne, Bordeaux) sont des terrains vagues sans même un point d'eau et jonchés de papiers gras. Faut-il voir dans ce manque de respect un lien avec le fait que ce sont essentiellement les pauvres qui utilisent l'autobus pour voyager ? Quant à l'option chemin de fer, elle existe. Je me souviens l'avoir utilisée plusieurs fois à la fin des années 70 lorsque les terroristes d'ETA, entre deux assassinats, prenaient un malin plaisir à incendier les voitures françaises qui se risquaient au Pays Basque espagnol. Mais si la situation politique s'est aujourd'hui largement apaisée, rien n'a changé au niveau des transports ferroviaires. Rejoindre Bilbao en train est toujours un véritable  parcours du combattant qui demande la journée et je n'ai pas l'impression que les choses vont changer de sitôt tant les résistances sont nombreuses (y compris celle des écologistes) sur le développement du rail. Vous avez dit réchauffement climatique ?
 
 
PS : Je me réjouis qu'une des plus intéressantes corridas du cycle ait été celle de Dolores Aguirre, dimanche pour la clôture. Et je déplore qu'elle ne se soit donnée que devant à peine 3000 spectateurs. Misère de l'aficion basque.  
 
 


 
 
Photos :
     El Anatsui - Musée Guggenheim
     Morante de la Puebla - Plaza de toros

dimanche 27 août 2023

Retour à Bilbao

 

    Me revoici à Bilbao pour deux jours, ma dernière venue ici, en 2019, avait été marqué par l'énorme triomphe de Paco Ureña. Beaucoup d'eau a coulé sous le pont de l'Arenal depuis. Il y a eu du bon : la rénovation des arènes par la nouvelle empresa (Chopera/Bailleres) et beaucoup de mauvais : deux années d'interruption par peur d'un virus, une accentuation de la baisse de fréquentation (catastrophique les jours sans figures), et dernier avatar, l'hostilité de la municipalité (PNV) qui a refusé cette année la participation aux festejos taurins de la Banda Municipal de musique et ne mentionne plus les corridas dans le programme des fêtes. En contrepartie, l'empresa a pris l'initiative de financer une campagne de publicité dans la ville. Initiative heureuse qui se doit d'être portée à son crédit. Les rues et le tramway sont pavoisés, nul à Bilbao ne peut ignorer qu'on y donne des corridas et je dois dire que c'est une belle satisfaction pour l'aficionado de se promener dans une ville au milieu de magnifiques photos de toros et portraits de toreros. Il est nécessaire aujourd'hui d'affirmer notre culture dans son histoire et sa tradition mais aussi dans sa réalité contemporaine. Sans complexes ! À Bilbao, c'est en s'appuyant sur l'existence des Corridas Generales que l'Aste Nagusia (Semana Grande) a vu le jour et aujourd'hui la corrida reste le spectacle des fêtes capable de réunir le plus grand nombre de spectateurs payants. 

   La petite demi arène de ce jeudi montre toutefois qu'il reste du chemin à parcourir. Il faut dire que la température extrême (44° à l'ombre) n'a pas incité les non possesseurs de billet à se déplacer. Sans compter que le prix des places aux tendidos de sombra est lui aussi extrême : de 194 € la barrera à 73 € la file 19. Un calcul sommaire permet de se rendre compte que pour simplement 1000 places vendues l'empresa empoche largement plus de 100 000 € ! Je n'ai rien contre le fait de faire payer les riches (et il y en a beaucoup dans une ville comme Bilbao) mais les gens ne sont pas non plus des gogos, ce qui explique que, alors que les tendidos ont du mal à se remplir, la galerie ombre (la partie la plus haute de l'arène) où les places sont à 16.50 €, est toujours copieusement garnie. 
   Ayant estimé que voir lidier une corrida de Juan Pedro Domecq ne méritait pas de frais excessifs c'est là que je me trouvais. On y perd incontestablement en émotion si le combat est rude, beaucoup moins si le travail est artistique et l'endroit est parfait pour juger du placement des toreros. À ce sujet, j'ai noté l'effort de sincérité de Manzanares à son premier toro avant qu'il ne retombe dans le néant taurin à son second. En tout état de cause ses deux domecqs furent sous-employés. Mais lorsque à la fin de la corrida, devant les arènes, José Maria a passé un très long moment à se faire photographier et à signer des autographes, j'ai compris qu'il était, à cet instant précis, en train d'accomplir ce pourquoi les organisateurs l'avaient embauché.
   J'attendais si peu des JPD que je ne les ai pas trouvés si mauvais que ça. Excellemment présentés (Bilbao oblige), ils sont allés au cheval avec facilité et quatre d'entre eux n'ont pas par la suite offert de grandes facilités aux toreros. C'est sans doute ce qui leur sera reproché, tant aujourd'hui, aussi bien parmi la majorité des critiques que parmi les aficionados des plus grandes arènes espagnoles, un toro n'est pas bon s'il ne met pas la tête au raz du sol en faisant l'avion. C'est devenu quasiment le seul critère d'excellence. 
   Les deux qui ont offert des facilités échurent entre les mains d'Alejandro Talavante qui sut en profiter. L'Extremeño semble être dans un moment heureux. Détendu, souriant, faisant preuve d'un répertoire varié, tueur sûr, il se montra torero tout au long de la soirée, coupa trois oreilles et sortit a hombros de Vista Alegre. Mais il faut relativiser ce triomphe car le sixième domecq, d'excellente bravoure et noblesse était aussi le plus faible de l'envoi et il ne permit pas au maestro de donner la faena profonde que les aficionados attendaient et qu'il semblait en capacité de donner.
   Morante connut une journée noire. Rien à son premier toro : bronca. Dès sa sortie le second le serre, Morante se précipite vers la barrière, la franchit difficilement, aidé par le toro et retombe violemment sur le ciment de la contrepiste. On craint le pire mais le maestro se relève. Il tentera malgré tout de donner faena à ce toro avisé lorsque, des gradins, fuse une insulte. Le maestro de la Puebla va aussitôt chercher l'épée de verdad  et, sous la bronca, en finit avec le toro sans autre forme de procès. Le public de Bilbao n'a jamais brillé par sa subtilité ni par ses compétences, de ce point de vue les temps ne changent pas.

(à suivre)


samedi 19 août 2023

Retour en photos sur la novillada de Yonnet à Roquefort

 
Le terrible premier novillo (arrivé quelques heures avant la novillada pour remplacer un novillo blessé par ses congénères) a jeté l'effroi dans la piste.
 



 
 
 
 
José Antonio Valencia montra envie et métier face à ses deux adversaires.

 

 

 

 Il y eut un autre torero dans l'arène : Mathieu Guillon

 

 

 

José Rojo n'a pas démérité avec les tissus mais il arma le scandale avec les aciers.


Merci à Laurent Bernède pour ses photos.
(On peut cliquer dessus pour les agrandir)



mercredi 16 août 2023

Psychose

 

 
   Ce fut une longue soirée : trois heures de combat entre des toros et des hommes. Où l'on fut pris en permanence entre deux émotions : la tension et l'intérêt suscités par une lutte sans merci qui constitue le fondement de la corrida, la tristesse, voire le dégoût devant le mauvais vouloir ou l'incapacité de certains des acteurs bipèdes.
   Par son réel danger, le premier novillo donna le ton de la course. Un animal puissant, astifino, manso refusant les piques puis se réfugiant au toril et surtout, sautant à la gorge de qui l'approchait, et ce dès la première passe de cape. La panique des gens à pied ne fit qu'aggraver le problème mais elle était justifiée et compréhensible en raison de la dangerosité extrême de la bête. Dès lors un climat de psychose s'instaura qui transforma les plus médiocres des acteurs (et il y en avait beaucoup en ce dimanche 13 août sur le sable de Roquefort) en marionnettes totalement inhibées et incapables du moindre geste taurin.
   Le problème c'est qu'il restait cinq Yonnet à tuer. Tous magnifiques, puissants, braves ou mansos con casta, mais dont aucun ne possédait le caractère assassin du premier. Un lot de grand intérêt qui en d'autres circonstances et avec d'autres lidias aurait pu se révéler meilleur encore. 
   Difficile moment pour les corridas toristes, trop souvent condamnées a être lidiées par des incompétents par le fait que les meilleurs toreros (y compris dans le rang des novilleros) refusent de les affronter.
   Il faut toutefois mettre à l'honneur ceux qui ont, ce jour, accompli leur tâche avec dignité. En premier lieu José Antonio Valencia. Le Vénézuélien, d'une grande vaillance, parvint à construire deux faenas qui rencontrèrent de l'écho dans le public. La belle mort du sixième par une estocade delantera d'effet fulgurant, le toro chargeant le maestro dans un dernier élan de caste et mourant à ses pieds, lui permit de couper une oreille et de terminer la soirée dans une alegria qu'elle n'avait jusqu'alors jamais connue. Mathieu Guillon "El Monteño" en deux belles paires de banderilles (salut) montra le grand professionnel qu'il était. Enfin les piqueros accomplirent leur office plutôt correctement en 15 dures rencontres.
   Cette inconfortable après-midi de toros rappela aux vieux habitués de la Monumental des pins d'autres tardes du même acabit, fréquentes dans les années 80 et 90. On se souvient en particulier de la terrible novillada d'Infante da Camara qui, en 1983, avait créé chez les porteurs de coleta un mouvement de panique identique à celui de ce jour. Où bien les Barcial de 1996 dont le premier avait envoyé Francisco José Porras à l'hôpital, créant le même état de psychose que ce jour.
   Des après-midis d'émotion pour rappeler que la tauromachie c'est aussi cela.
 
Roquefort, dimanche 13 août 2023, six novillos de Yonnet, imposants, pour Diego Peseiro (à la dérive), José Rojo (tueur calamiteux) et José Antonio Valencia (valiente). 




photos : Laurent Bernède
  

mercredi 2 août 2023

Dimanche 13 août : le retour des Yonnet à Roquefort

 

 
   En 2005 et 2006, les novillos de Yonnet ont déjà foulé le sable roquefortois avec succès. On se souvient notamment de Cassaïre, grand novillo honoré d'un tour de piste en 2005 (voir ici). 
   Auparavant, au début des années 90, Hubert Yonnet avait été un temps organisateur apprécié de la novillada des fêtes.
   On attend  avec intérêt le combat des novillos des héritiers de Hubert Yonnet d'autant qu'ils semblent actuellement dans un bon moment.
 

   
   
   Le matin, le cartel de la novillada non piquée ne manque pas lui non plus d'intérêt avec variété d'encaste (Atanasio chez Malabat, Santa Coloma chez Turquay et Domecq pour Le Lartet et Alma Serena) mais aussi la présence de Javier Zulueta qui a récemment enflammé par son art le public de la Maestranza. (PS : On apprend que le Sevillan Javier Zulueta s'est désisté et sera remplacé par le Péruvien Pedro Luis.)
 
 
 


lundi 31 juillet 2023

Croquis de la fête taurine (poèmes 6)

 
Miura
 
Aujourd'hui tout est différent
L'attente
Les gestes
Vous êtes là mythiques Miura 



Fraile

Ah !
La caste
des Fraile
pour le bonheur d'une arène en ébullition
en ces dimanches d'août  à Bayonne



Pablo Romero
 
Beaux pâles héros morts
sortis
du moule
de la chimère et de la perfection 
 







mardi 25 juillet 2023

Mont-de-Marsan 2023 (suite)

 Samedi 22 juillet
Toros de La Quinta (vuelta au cinquième Corchaito) pour Daniel Luque (une oreille, une oreille), Emilio de Justo (silence, deux oreilles) et Clemente (silence, une oreille)
 
Points positifs : 
   - Après son bajonazo de jeudi, Daniel Luque nous devait une estocade, elle vint au quatrième : estoconazo, mort instantanée du toro et oreille.
   - Face au cinquième, un toro en or, l'entrega ou plutôt le survoltage d'Emilio de Justo, depuis la puerta gayola jusqu'à l'estocade contraire finale lui a valu un chaleureux triomphe.
   - La révélation Clemente
Lorsque sort le sixième La Quinta, le Bordelais sait qu'il joue son va-tout. Il débute par trois farols à genoux, le dernier extrêmement risqué dans les terrains du centre. Suivra une très grande actuation face à un très bon toro. La faena est complète, artistique, variée, le toro est dominé mais sur la tentative de recibir, le torero est pris et blessé au mollet, malgré la douleur, en boitillant, il poursuit le combat, estocade, descabello, émotion générale et grosse oreille avant départ pour l'infirmerie. Nous venons de vivre le moment le plus fort, le plus émouvant de la feria.
Beaucoup découvraient Clément Dubecq ce jour et pourtant il y a dix ans déjà il se présentait en novillada piquée à Captieux ... (voir ici)
   - La belle attitude des deux maestros qui par respect pour le compagnon blessé décident de sortir à pied plutôt qu'à hombros comme l'arithmétique taurine le leur aurait permis.

Points négatifs :
   - La présentation très déficiente de deux La Quinta (les 1 et 3), anovillados. Cela fait sept toros qui dans cette feria étaient, même s'il possédaient l'âge légal, plus proche du novillo que du toro. Sept de trop pour une arène qui est classée en première catégorie.
   - Dans la petite brochure distribuée à l'extérieur des arènes par la peña Los Pechos, le rédacteur fait la différence entre un toro docile et un toro noble. Il est écrit : "Le toro docile ou soso, est fade et candide. Il répond niaisement aux sollicitations sans jamais chercher à être dangereux. Il collabore plus qu'il ne combat." Il m'a semblé que cette définition s'appliquait parfaitement à la plupart des La Quinta du jour. On exceptera le 2, plus encasté, et le 6, le plus complet du lot.
   - La gestion de l'après-course a été calamiteuse (public captif dans les arènes et public à l'extérieur qui attendait pour pénétrer dans une plaza déjà pleine) et aurait pu avoir des conséquences graves. Tout ça pour un concert de bandas ! Sans compter la suspicion qui s'installe : s'achemine-t-on à Mont-de-Marsan vers un hold-up à la dacquoise avec corrida suivie de concert qui permet de remplir les arènes avec un cartel faiblissime et bon marché ?


Dimanche 23 juillet
Toros de Pedraza de Yeltes pour Rafaelillo (salut, vuelta), Alberto Lamelas (salut, silence) et Thomas Dufau (silence et despedida)

Points positifs :
   - Par leur présence physique, les toros de Pedraza apportent à la corrida une émotion particulière. Tout ce qui se réalise devant eux prend de l'importance. S'ils n'ont pas atteint aujourd'hui la perfection des deux précédentes années, leur bravoure mêlée à une pointe de mansedumbre a contribué à une tarde souvent vibrante et a permis quelques beaux tercios de piques. Pour moi, le lot le plus intéressant de la feria.
   - Les adieux réussis de Thomas Dufau
Un hommage officiel en début de course, un émouvant brindis à sa cuadrilla et à son équipe au sixième et pour finir une sortie a hombros de despedida sur les épaules de ses compagnons toreros ont marqué les adieux de Thomas Dufau à la plaza montoise, celle où il a le plus toréé et où il a toujours donné le meilleur de lui-même. Mais le plus important est peut-être la très bonne faena que Thomas a réussi à construire au bel et bon dernier Pedraza. Une faena au cours de laquelle il s'est senti torero et a pu montrer le très bon niveau qu'il est parvenu à atteindre après douze ans d'alternative. Et finalement l'échec à l'épée n'a été que le témoignage de ce qui, durant sa carrière, a constitué son talon d'Achille.

Points négatifs :
   - Être spécialiste des corridas dures use. Pour un Rafaelillo qui, avec un belle dose de roublardise, comme il en a fait preuve ce jour, a réussi à durer, d'autres se sont usés prématurément. Alberto Lamelas s'est trouvé aujourd'hui en grande difficulté. En particulier face au redoutable cinquième dont la caste l'a débordé à tel point qu'il a dû renoncer au combat et aller chercher l'épée.
 
 
   Bien que sans corrida complète, cette feria laissera le souvenir de nombreux moment forts. Elle connut un grand succès public auquel ne sont pas étrangers des cartels variés et bien équilibrés. On regrettera toutefois la présentation insuffisante de certains toros, en particulier lors des corridas de figures.




lundi 24 juillet 2023

Mont-de-Marsan 2023

 

 
   Chaque jour de cette feria de la Madeleine a connu d'excellents moments mais aussi des insuffisances que les aficionados se doivent de notifier car, au Moun comme ailleurs, la partie la plus festive du public se contente parfois de peu au risque de faire baisser le niveau et l'intérêt des corridas.
   Cette dichotomie justifie mon bilan en deux parties, d'une part les points positifs qui correspondent aux satisfactions, voire aux grands moments que l'on a vécus durant la feria; d'autre part les points négatifs, ceux qui contribuent à la tirer vers le bas.

Mercredi 19 juillet
Toros de Garcigrande pour Roca Rey (une oreille, une oreille), Tomas Rufo (silence, silence) et Yon Lamothe qui prenait l'alternative (silence, une oreille).

Points positifs : 
   - Le tercio de piques du cinquième qui pousse avec violence et projette le piquero dans le callejon. Un Garcigrande ! Au Plumaçon ! 
   - Faraon, sixième toro de Garcigrande, negro burraco qui remate au burladero, pousse sous deux piques, se remet sans problème d'une vuelta de campana, charge avec codicia sur les deux cornes, tête au raz du sol et résiste à la mort. Un toro brave. Pour moi, le meilleur de la feria.
   - La bonne prestation de Yon Lamothe (une oreille) face à ce même Faraon pour une alternative réussie.
 
Points négatifs :
   - La présentation déficiente de quatre des Garcigrande, anovillados.
   - La copie blanche rendue par Tomas Rufo à chacun de ses adversaires; il se montra long, ennuyeux, sans pouvoir donner une seule passe limpia. Un torero dans le bache ?


Jeudi 20 juillet
Toros d'El Pilar pour Sébastien Castella (silence, silence), Daniel Luque (deux oreilles, silence) et Dorian Canton (une oreille, silence).

Points positifs :
   - La faena de Daniel Luque au second toro, remarquable de technique, de doigté et d'élégance.
   - La révélation auprès du public montois de Dorian Canton dont le toreo d'une grande sincérité et pureté s'appuie aussi sur une volonté de fer.
 
Points négatifs :
   - La présentation du premier El Pilar, anovillado et cornicorto.
   - Le comportement des trois derniers Pilar, de charge fade, décasté.
   - L'estocade de Daniel Luque au second, un bajonazo qui aurait dû empêcher l'octroi des deux oreilles.
 
 
Vendredi 21 juillet
Toros de Cebada Gago pour Lopez Chaves (silence, silence), Fernando Robleño (silence, vuelta) et Jesus Enrique Colombo (une oreille, vuelta)
 
Points positifs :
   - La présentation des Cebada Gago, comme toujours d'une grande finesse de type et porteurs d'armures astifinas.
   - L'excellente faena de Fernando Robleño au cinquième. En trois séries de derechazos qu'il fallait déguster comme se dégustent les mets rares et précieux, le Madrilène a montré quel grand torero classique il était. J'ai bien l'impression qu'une partie du public, habituée aux passes longues et marginales ou aux tournoiements sans fin du toreo qui se pratique majoritairement aujourd'hui, n'a pas compris toute la beauté du toreo de Robleño.
   - Les estocades de Colombo auront marqué cette feria. Après la course on ne parlait que de ça dans les buvettes autour des arènes ... en cherchant à comprendre. Jesus Enrique est à revoir rien que pour ses estocades.
 
Points négatifs :
   - On ne s'appesantira pas sur la mansedumbre et la mala casta des toros de Cebada Gago, eux qui nous ont valu tant de tardes d'émotion. 
   - Les banderilles à cornes passées du Vénézuélien sont un problème. Le grand public applaudit parce que le torero donne beaucoup d'avantages au toro (qu'il n'assume pas à l'instant de la pose) mais les
aficionados sont consternés. Une solution : citer de plus près, de manière plus classique et clouer face aux cornes comme l'ont si bien fait durant cette feria Mathieu Guillon, Manolo de los Reyes, Fernando Sanchez, Perez Mota, Ivan Garcia, Victor  del Pozo (et j'en oublie sans doute).
 
 
                                          très belles véroniques aussi de Robleño à son premier cebada
 
 
à suivre...
 
 
  

mardi 18 juillet 2023

Céret (suite)

   

 
   
   Après une première expérience décevante (voir ici), la présentation irréprochable des toros de Saltillo et d'Escolar Gil ainsi que des novillos de Los Maños m'a permis, cette fois, d'apprécier la feria cérétane sous son meilleur jour. La qualité d'une feria vient essentiellement des élevages qui sont proposés et de leur présentation mais d'autres éléments peuvent rentrer en ligne de compte. J'ai également apprécié durant les deux jours passés dans la plaza catalane la chaleur du public lorsque les toreros faisaient les choses bien. Il y a aussi l'extraordinaire qualité de la Cobla Mil.lenària dont la musique possède une force émotionnelle incomparable.
   Si la présentation des toros fut un grand sujet de satisfaction, la déception est venue de leur comportement à la pique. Peu d'entre eux ont poussé de verdad sous le caparaçon, non par manque de moyens physiques mais par défaut de bravoure. Et comme de leur côté les piqueros se sont montrés d'une grande médiocrité, le bilan de la feria reste décevant de ce point de vue.
   Mais n'oublions pas que ce qui fait aussi le succès d'une feria toriste, ce sont, paradoxalement, les toreros. Si l'âge d'or de la corrida toriste dans les années 80 du siècle passé est lié aux grands moments que connurent alors les ganaderias de Victorino Martin, de Miura et de Guardiola, il est aussi redevable aux excellents toreros qui les affrontaient, à savoir Ruiz Miguel, Victor Mendes, les frères Campuzano, Luis Francisco Espla, Nimeño II pour ne citer que les principaux. C'est en ce sens que l'éclosion d'un torero comme Gomez del Pilar est une excellente nouvelle pour les corridas toristes. Sa prestation cérétane face à ses deux Escolar Gil a été d'un haut niveau, le maestro alliant entrega, dominio et pureté du toreo.
  La corrida d'Escolar Gil a généré de l'émotion en permanence par sa caste et sa dangerosité. Alvaro de la Calle en fit les frais face au premier, un toro réellement démoniaque. La plaza ne fut qu'un long cri lorsque, après l'avoir pris lors de l'estocade, le toro s'acharna sur lui alors que tous les toreros étaient venus au quite. Par bonheur, la blessure n'est pas aussi grave qu'elle aurait pu être. On souhaite revoir le Salmantin, dont la probité, à l'image de son toreo, mérite un meilleur sort. On souhaite aussi que les toros de José Escolar fassent preuve dans leur évolution d'une bravoure plus franche, aussi bien à la pique que face aux leurres. L'intérêt de la tarde a beaucoup tenu à la qualité et au sens des responsabilités des trois matadors (Alvaro de la Calle, Javier Cortes, Gomez del Pilar).
   Le dimanche matin, la novillada de Paloma Sanchez Rico de Terrones, très attendue parce que issue d'un encaste devenu rare (Gamero Civico), a été finalement intégralement remplacée par un encierro de
Los Maños. La déception des aficionados fut compensée par la bonne qualité du lot des buendias aragonais. Il y a peu à dire des novilleros si ce n'est que le portugais Diego Peseiro, bon banderillero, fut, des trois, celui qui fit preuve de plus de personnalité.
   Le succès public de la feria est encourageant pour l'avenir. Que de nombreux Céret de Toros voient encore le jour ! La fiesta le nécessite.


Céret

 


 
Samedi 15 juillet 2023               Céret (Pyrénées Orientales)
temps couvert
trois quarts d'entrée
 
Six toros de Saltillo de présentation impressionnante et de comportement varié (18 piques) pour Sanchez Vara (silence, vuelta), Damian Castaño (une oreille, silence), Maxime Solera (salut, silence).
 
La présentation majuscule du lot de toros de Saltillo dont l'effet était encore augmenté par les sorties de bolides que tous ont effectuées était de nature à effacer le pénible souvenir que m'avaient laissé les Miuras de 2017. Un lot donc à la présentation exceptionnelle, aux armures terrifiantes et au comportement varié, maintenant en permanence l'intérêt dans le ruedo.
Le déroulement de la corrida pourrait se découper en trois tiers. Une première partie avec deux toros très difficiles. Le tambour major poussa fort aux deux premières piques (ce fut le meilleur des six dans ce domaine) mais il sortit seul de la troisième. Ce fut par la suite un toro con mucho que torear comme l'on dit dans le jargon taurin. Le second, très encasté, cherchant l'homme sournoisement, fut très bien torée et dominé par Damian Castaño qui coupa une oreille après une entière delantera.
Changement total avec les deux toros suivants beaucoup plus abordables. Le troisième révélant une grande noblesse, faisant l'avion sur les deux bords, avec une charge longue et pastueña comme peuvent avoir  parfois les toros de cet encaste. Maxime Solera, qui l'avait accueilli par de belles véroniques, resta trop marginal dans son travail de muleta pour emporter l'adhésion des étagères. Il était trop tard lorsque, en fin de faena, il tenta de se centrer davantage. Le quatrième fut du même acabit mais sur une seule corne, la droite. Sanchez Vara le toréa avec temple mais à bout de bras et sur le pico en permanence. Étrange manque de confiance de la part d'un torero aussi aguerri ! En revanche, lorsqu'en fin de faena il cita pour une naturelle, le toro lui vint directement dessus et lui ouvrit la taleguilla.
Avec les deux derniers toros, la corrida se termina, hélas, dans une grande confusion. Se laissant influencer par un quarteron d'intégristes à mouchoir vert, le président crut bon de changer le cinquième toro pour une légère boiterie du train arrière qui ne l'avait pas empêché de recevoir trois piques. C'était le toro le plus impressionnant du lot et la stupéfaction et le désappointement furent grands de voir sortir à sa place un sobrero de Los Maños qui faisait par comparaison figure de liliputien. ¡ Un despropósito !
Enfin, un ciel couvert, la nuit tombante et un éclairage défectueux firent que le sixième toro fut lidié dans une pénombre désagréable pour le public et dangereuse pour les toreros.