En ce dimanche de clôture du Zapato de Oro d'Arnedo, la novillada de Baltasar IBAN a représenté ce que la cabaña brava espagnole peut produire de mieux. A savoir une bravoure qui s'exprime dans les trois tiers, bravoure qui a pour conséquence la noblesse, car le toro fort et combatif s'engage jusqu'au bout dans les leurres.
9 piques et 2 chutes tel est le bilan du premier tiers, bilan qui doit être réévalué si l'on prend en compte le temps passé par chaque novillo sous la pique. En effet plusieurs d'entre eux poussèrent durant de longues minutes, les toreros éprouvant les plus grandes difficultés à leur faire quitter le cheval.
Le premier, Provecho a une sortie hésitante avant de prendre en brave deux piques pour une chute. Il fera preuve d'une grande noblesse à la muleta, tempérée par une légère faiblesse du train arrière. Sergio BLASCO construit quelques belles séquences à droite mais reste en dessous de la qualité du novillo.
Costarito est un mauvais esprit. Il refuse durant cinq bonnes minutes de sortir des chiqueros. Angel PUERTA le torée magnifiquement par véroniques mais à la deuxième demi-véronique (celle de trop) il est pris brutalement puis rechargé au sol. Il s'en tire heureusement avec de simples contusions. Le novillo prend une pique longue et violente dont il sort un peu étourdi ce qui incite Puerta à demander le changement de tiers. Le novillo mènera la vie dure à la cuadrilla au deuxième tiers et se montrera bronco et de charge courte au troisième. Angel PUERTA s'arrime comme un vrai novillero et réussit quelques belles naturelles une à une. Visiblement il ne maîtrise pas la technique de l'estocade, la mort s'éternise et le combat se finit dans le silence.
Costurito II provoque un batacazo sur la première pique, le piquero heurtant violemment le burladero (sans dommage grâce à la protection du castoreño), le toro, de son côté, se refusant à quitter le cheval à terre. Panique dans le ruedo. Fernando ADRIAN l'emmène au picador de réserve pour une deuxième rencontre longue et poussée sur plusieurs mètres. Le novillo répond parfaitement au second tiers et Raul Adrada, prenant tous les risques, pose deux magnifiques paires (salut). Faena sérieuse de Fernando ADRIAN adaptée aux conditions du novillo. Une entière trasera et tendida suivie de deux descabellos. Pétition majoritaire, vuelta al ruedo, bronca à la présidence qui empêche regrettablement le toro de sortir sous l'ovation qu'il méritait.
Camarino, sorti en quatrième position, sera parfaitement mis en suerte au premier tiers par Sergio BLASCO. Deux piques prises avec bravoure et parfaitement données par le picador Ivan Garcia, ovationné. Au troisième tiers le novillero se désunit complètement et se montre incapable de donner la moindre passe correcte malgré la qualité de son opposant.
Santanero, le cinquième sera l'unique novillo de l'après-midi à sortir seul de la pique. Pique unique et bien insuffisante. Il puntée nerveusement dans la muleta. Face à un tel adversaire, la verdeur d'Angel PUERTA est si manifeste que malgré sa vaillance désordonnée il est peu à peu dominé par le novillo qui, lui, va a mas. Toutefois, c'est avec plaisir que je le reverrais l'an prochain car le garçon possède l'envie et le courage qui font les novilleros authentiques.
Lorsque sort comme un bolide le dernier novillo de la course et de la feria la novillada a été jusque là passionnante à suivre et un clair succès pour la devise de Baltasar Iban. Santanero II va transformer ce succès en événement triomphal puisqu'il va être indulté. Autant le dire tout de suite, cet indulto m'a paru largement exagéré. Tout d'abord parce que Santanero II n'a reçu qu'un seul puyazo. Ensuite parce que ce genre d' acontecimiento procède toujours d'une hystérie collective qui, je ne sais si je dois le regretter ou m'en réjouir, me laisse assez circonspect voire agacé.
Mais revenons au héros du jour. Negro et bien armé, astifino. Sortie de bolide donc puis charge claire dans la cape de Fernando ADRIAN. La pique est longue, très longue acculant d'abord le cheval contre les tablas puis le poussant le long de celles-ci, refusant les sollicitations du péonage. Il finit par sortir, gaillard et je savoure à l'avance la deuxième rencontre. Hélas! la présidente accède à la demande de changement de tiers du novillero. Après un bon tercio de banderilles, il fait preuve, dans la muleta du novillero madrilène, d'une charge longue et inépuisable, typique des futurs indultés. Fernando ADRIAN, sûr de lui, n'hésite pas à le citer de loin pour une faena variée dans laquelle prédomine l'usage de la main droite. En gardant la jambe contraire légèrement en retrait il privilégie la fluidité au détriment de la profondeur mais ne tombe jamais dans la vulgarité (il nous épargne notamment les culerinas). Faena bien construite et dominatrice, qui fait rugir les tendidos - le son de la charge du novillo y contribue pour une bonne part. Le final, après la sortie du mouchoir orange, est très beau, le novillero ramenant le toro jusqu'au toril par des adornos muy toreros.
Après à peine une temporada à l'échelon des novilladas piquées, Fernando Adrian a montré aujourd'hui qu'il était un torero solide sur lequel il fallait compter...
Et bien sûr final triomphal aussi pour l'élevage avec la sortie a hombros du mayoral.