jeudi 4 juillet 2019
Recette
Voici une recette tirée du livre de Marie Rouanet, Petit traité romanesque de cuisine.
La grillade de taureau de combat, libations et feu rituel
Songez avant tout que le taureau de combat vit quatre ou cinq ans dans d'immenses pâturages, beau et libre comme au jour de la création; songez qu'il meurt glorieusement, en quelques minutes. Admettez donc que, pour sa vie comme pour sa mort, il est bien mieux partagé que beaucoup d'êtres humains et que la plupart des bêtes destinées à notre nourriture : poules ébécquées, cochons en stalag, veaux dans leurs cercueils de bois. Que vaut-il mieux : l'arène, l'abattoir ou l'hôpital, un tuyau dans chacun de vos trous ? Arrêtez donc de vous scandaliser de la corrida et portez votre indignation sur les élevages de poules.
Vous voilà presque prêt à manger le taureau mariné, l'âme sereine. Parachevez votre paix intérieure en allant à la corrida, même sans rien y connaître. Pour la lumière de six heures du soir, les ombres longues, les cris et les couleurs de la foule, la bête superbe foudroyée par ce petit coléoptère tout doré qui ne marche pas mais danse; le matador.
Dès le lendemain d'une corrida, plusieurs boucheries de la ville annoncent : Vente de taureau. Le boucher écrit sur une ardoise ou un grand papier blanc :
Vente de toro
ou de taureau."
et il ajoute toujours une précision. "Véritable toro de corrida" (véritable est souligné), "Toro de combat tué à la corrida du 12". Il précise pour les amateurs : "toro, Victorino Martin ou Miura" et quand il taillera votre morceau il vous rappellera comme la "faena" était belle.
Ne lésinez pas, achetez-en une belle tranche épaisse. Faites-la mariner un moment - elle ne doit pas tremper, vous la retournerez souvent - dans trois verres d'un bon saint-chinian aromatisé d'un gros oignon doux de Lézignan, de laurier, thym et poivre.
Ne salez pas. Vous salerez seulement dans le plat de service quand le taureau aura cuit vivement - grillée la surface, rouge le cœur - sur une forte braise de sarment de vigne.
Autrefois, dans la Grèce antique, avant de sacrifier le bœuf - il était obligatoire de le tuer avec une lame - on versait du vin sur son front. Et lorsqu'on avait brûlé pour Zeus la graisse fine et quelques pièces de choix, les fidèles mangeaient le reste.
Tout est donc réuni : la lame, le vin, le feu, pour que cette viande exceptionnelle servie sur votre table soit une consommation rituelle.
La part du Dieu est restée dans l'arène : du sang et quelque oreille, à la tranche nacrée, que le matador brandit au-dessus d'un blanc sourire de Méditerranéen, tandis que pleuvent les chapeaux, les souliers et les fleurs jetés par les femmes.
dimanche 23 juin 2019
Corrida de La Brède 2019
6 toros de Fuente Ymbro, nobles (8 piques, 1 chute) pour Daniel Luque (applaudissements, une oreille), Juan Leal (une oreille, une oreille) et Juan Ortega (silence, une oreille).
Les toros de Fuente Ymbro (tous bien roulés mais discrets d'armure) ont fait preuve d'une grande noblesse permettant à chaque torero de faire valoir ses arguments. Toutefois ils manquèrent de chispa et de poder pour constituer un lot vraiment satisfaisant.
Du premier, un manso décasté, Daniel Luque tira, après un bon quite par chicuelinas et demi-véronique, le maximum possible, ce qui était peu. Il confirma son grand moment actuel face au fade quatrième dans une faena complète où tout ce qu'il entreprit était marqué du sceau de la justesse et de la précision. Du travail d'orfèvre, hélas mal conclu à l'épée. Une oreille toutefois.
Pour son retour dans les ruedos après sa grave blessure madrilène, Juan Leal a eu un sorteo des plus favorables. Il débute genoux à terre au centre du ruedo face au bon second (le meilleur de l'envoi), puis on eut souvent l'impression que le torero était absent et que le toro se faisait la faena tout seul. On retrouva, face au cinquième, le Juan Leal conquérant, toréant sans complexe dans le style encimiste qui est le sien. Il réalisa de nombreux enchainements clairs et dominateurs qui portèrent sur le public. Le triomphe était à portée de l'épée mais, comme à son premier, il se montra calamiteux rapière en main. Une oreille chaque fois malgré tout.
Juan Ortega a été fidèle aux échos qui nous étaient parvenus à son sujet. Un torero sincère qui recherche le toreo classique et pur, poitrine offerte au toro et jambe en avant. Ses véroniques à la réception du 3 puis au quite furent de toute beauté. Mais c'est un torero qui a très peu toréé et cela se note. Face à l'encasté troisième il se trouva très vite à la merci de son adversaire, fut spectaculairement crocheté par le jarret, heureusement sans conséquence, et dut abréger la faena. Il réussit en revanche à prendre l'ascendant sur le sixième ce qui nous valut quelques belles séquences sur les deux mains avant un final par ayudados por alto. Tueur médiocre lui aussi (Ce ne fut pas la journée des estocades). Oreille et le sentiment d'avoir vu un torero de classe dont la haute conception qu'il a du toreo mérite qu'on lui donne l'opportunité de toréer et de progresser.
jeudi 13 juin 2019
Vic 2019 : un cru supérieur (fin)
Lundi
corrida de Pedraza de Yeltes
Je crois qu'on peut qualifier le comportement des toros de Pedraza de Yeltes au cheval de bravissime. En dix-huit piques pour une chute ils firent tout ce qu'un toro brave est censé faire face au picador. Partir de loin sans se faire prier, accélérer en arrivant au cheval, mettre la tête en bas du peto, pousser sur les deux cornes avec fixité en utilisant le train arrière, ne quitter le cheval qu'à regret après plusieurs sollicitations ... et cela trois fois de suite ! Bravo aux responsables de l'élevage pour une telle réussite et ce d'autant que la présentation est somptueuse et qu'au troisième tiers tous permettaient de construire des faenas.
Daniel Luque (oreille, oreille) a été supérieur. Il a acquis une maturité qui, après de nombreuses années d'irrégularité, pourrait lui permettre de conquerir la place qui lui revient parmi les meilleurs. Face à Dudanoches, son second toro, qui avait mis la cuadrilla en grand émoi au cours du second tiers, il domina les embestidas du toro, avec une simplicité, un sens du sitio, une économie de moyens qui sont la marque des plus grands. Magnifique estocade et oreille de poids.
A l'inverse, Juan del Alamo (silence, silence) semble traverser un bien mauvais moment. Malgré son désir de bien faire il se retrouva très vite à la merci de la caste de son premier adversaire, puis face au sobrero (du même fer, remplaçant un toro lésionné) qui fut le toro qui permettait le plus, il donna quelques belles naturelles noyées dans une faena sans sitio avant de naufrager avec les épées (trois avis).
Sans connaitre la réussite de la veille, Miguel Angel Pacheco (salut, silence) qui remplaçait Roman très gravement blessé à Madrid, lui même substitut d'Emilio de Justo, a confirmé les qualités montrées face aux Dolores Aguirre. Après la firmeza dont il a fait preuve face aux quatre tíos combattus à Vic, le natif de La Linea de la Conception peut être considéré comme un réel espoir.
De cette feria vicoise, constamment satisfaisante concernant son objet pricipal le toro, quelques grands moments pour le souvenir : Matablanca de La Quinta, Miguel Angel Pacheco face à Voluntario de Dolores Aguirre, la toreria de Daniel Luque et la bravoure des Pedraza de Yeltes.
Pedraza
mercredi 12 juin 2019
Vic 2019 : un cru supérieur (suite)
Dimanche
corrida concours
Un grand toro (Matablanca de La Quinta) parfaitement piqué et ses concurrents au comportement toujours intéressant ont contribué à faire de cette matinée une excellente corrida concours.
Soriano de Saltillo cárdeno cinqueño
Toro imposant et lourd. Il prend quatre piques pour une chute mais Juan José Esquivel, après une mauvaise tarde hier, n'est toujours pas à la hauteur de la situation. Pour celui qui fut un excellent picador, l'heure de la retraite semble avoir sonné. Le saltillo fait preuve au dernier tiers d'une noblesse un peu fade que ne met pas à profit un médiocre Rafaelillo. Ovation à l'arrastre.
Matablanca de La Quinta cárdeno cinqueño
Lui aussi est lourd et imposant, son armure discrète est davantage dans le type santacoloma. Il se montre dur et encasté à la cape, de même lors des mises en suerte durant lesquelles il est difficile à manœuvrer. Grand tercio de piques : il obtient, sur les deux premières piques, la chute du brave par une poussée fixe et continue; la troisième confirme sa bravoure. Tito Sandoval, excellent, sauve l'honneur de la corporation des picadors. Au troisième tiers, Matablanca est noble, d'une fixité impressionnante. Vuelta à sa dépouille, unanimement demandée.
Excitado de Partido de Resina cárdeno
C'est un plaisir d'admirer le pablorromero, une estampe avec, tout au long de sa lidia, un port de tête altier. Ce n'est certes pas un grand brave mais son comportement laisse entrevoir des espérances pour l'avenir de l'élevage. Il vient bien de loin par trois fois à l'appel du piquero mais ne pousse pas sous le fer. Puis il fait preuve d'une grande mobilité et noblesse. Ovation à l'arrastre.
Judio de Pagès Mailhan colorado ojo de perdiz
Ce toro haut, très armé, fait une sortie tonitruante et se blesse peut-être en se jetant sur un burladero. Il connaitra des problèmes d'équilibre durant le reste de sa lidia. Malgré ce handicap il prend trois piques sans s'employer puis se montre nerveux, avec du genio. Quelques sifflets à l'arrastre.
Corchaito de Flor de Jara cárdeno oscuro
Le buendía met parfaitement la tête dans toutes les capes qu'on lui présente. Il renverse le picador à la première rencontre puis sera massacré aux deux piques suivantes sous l'œil indifférent de Lopez Chaves. Manque d'ambition incompréhensible de la part du Salmantin qui semble se contenter de son succès face à Matablanca. Après ce mauvais traitement, le toro sera noble mais soso dans la muleta. Palmas pour Corchaito qui n'aura pas eu la chance de son lointain ancêtre de 1928.
Joterito de Los Maños negro entrepelado
Après trois piques prises sans style le santacoloma aragonais se révélera au troisième tiers où sa noblesse encastée permettra une bonne faena à Alberto Lamelas. Palmas .
Rafaelillo médiocre et quasi absent (silence, silence).
Lopez Chaves bien avec le La Quinta et, on l'a vu, décevant face au Flor de Jara (une oreille, silence)
Alberto Lamelas, qui remplaçait Manuel Escribano, blessé à Madrid, a connu une bonne matinée. Il aurait dû repartir en triomphateur grâce à deux bonnes faenas mais son maniement déficient de l'épée réduisit le tout à une vuelta et un salut.
corrida de Dolores Aguirre
Assister à une corrida de Dolores Aguirre est un exercice particulier qui demande sérieux et concentration. Une ascèse pour l'aficionado. Et ne parlons pas de ce que doivent ressentir les toreros...
Des toros noirs, au pelage luisant, massifs, donnant une impression de puissance. Des armures que l'on sent destinées à donner la mort. Lorsque, comme aujourd'hui, la mansedumbre, certes toujours présente, ne prend pas le dessus mais se mêle, dans une alchimie spécifique à l'élevage, à une bravoure sauvage qui semble venir en droite ligne du bos primigenius (auroch sauvage), l'émotion est à son comble, aussi bien sur les gradins que sur le sable du ruedo parmi les coletudos.
Un bilan comptable, celui du premier tercio : après des sorties circonspectes et, souvent, un refus de rentrer franchement dans les capes, dix-huit dures piques prises avec ténacité et un batacazo.
Tout avait pourtant commencé "gentiment" avec les trois premiers toros, plutôt avenants (un peu de faiblesse même pour les 2 et 3). Mais lorsque Clavetuerto passa la porte du toril on sentit bien que la corrida allait prendre une tournure différente. Après trois piques, parfaitement mises en suerte par Gomez del Pilar, prises avec bravoure (ovation à José Manuel Sangüesa) il se révéla être un véritable démon, distribuant derrotes, tornillazos, tarascadas y hachazos. Plus question de rêver de douces faenas, on domine si l'on peut, et on sauve sa peau. C'est une des facettes de la tauromachie.
Le cinquième était un manso dangereux et le sixième, Voluntario, permit un de ces moments de tauromachie épique que Vic affectionne. Miguel Angel Pacheco se planta face à la fiera, il réussit à courir la main en plusieurs séries de droitières terminées par changement de main et pecho libérateur. Le tout avec élégance et dominio. Mais lorsqu'il prit la gauche, la terrible voltereta qu'il subit fit craindre le pire. Le Gaditano revint sur la corne droite avant d'en finir d'une entière qui libéra une grosse oreille dans l'émotion générale d'un grand moment de tauromachie.
Avec le premier, Gomez del Pilar avait payé auprès du public les conséquences d'un tercio de pique catastrophique. Face à Clavetuerto il décida raisonnablement qu'il n'était pas de taille à lutter et personne ne lui en voulut. Par ailleurs chef de lidia remarquable.
Javier Jimenez pas dans son élément.
Au final, grâce aux Dolores Aguirre, nous avons assisté à une vraie et bonne corrida vicoise qui a, en outre, permis la révélation d'un jeune matador : Miguel Angel Pacheco.
photos Laurent Bernède
Partido de Resina
Dolores Aguirre
mardi 11 juin 2019
Vic 2019 : un cru supérieur
Bien sûr tout ne fut pas parfait. La novillada d'El Retamar a déçu par sa faiblesse de pattes, de trop nombreux piqueros ont fait preuve d'une maladresse regrettable et quelques matadors sont venus sans la moindre ambition.
Mais, de Gaspachero, fin castaño de Cebada Gago à Miralto, un Pedraza résistant, tous les toros furent les dignes représentants de leur encaste et offrirent au public des peleas conformes à ce que l'on est en droit d'attendre d'un toro de lidia.
Ce fut parfois rude et austère, parfois beau et émouvant.
Samedi
novillada d'El Retamar
L'an dernier les quatre nuñez d'El Retamar avaient permis à la feria de débuter sous des auspices trompeurs (ils constituèrent en fait le meilleur de la feria). Ce fut l'inverse cette année. Leur faiblesse de pattes les empêcha d'extérioriser les qualités morales qu'ils semblaient posséder. La feria ne pouvait qu'aller a mas.
Pas plus que son frère Michelito il y a deux ans, André Lagravère "El Galo", second fils du matador de toros local Michel Lagravère n'a pu convaincre, sur la terre de ses ancêtres, du bien fondé de sa vocation taurine. Ses mises à mort calamiteuses lui firent même entendre la stridence des sifflets gersois. On sauvera de sa prestation son application à la cape et aux banderilles. Pour lui, une matinée à oublier.
Son de cloche différent pour le Béarnais Dorian Canton. Sa cape templée, son jeu de muleta précis et deux estocades bien portées lui permirent de couper une oreille (généreuse) de chacun de ses novillos.
corrida de Cebada Gago
Voir un lot de toros de Cebada Gago est en soi un plaisir d'esthète. Silhouette fine et mais sérieuse, robes variées, armures harmonieuses et astifinas : voilà des toros qui ont du trapío ! Et quand en plus, comme ce jour, ils possèdent de la bravoure, de la caste, du poder, le plaisir de l'aficionado est complet. Malheureusement tout au long de la tarde, les picadors ont piqué comme des sagouins. Seize piques, quasiment toutes mal placées, que les cinqueños de Cebada supportèrent sans dommage. A la fin de la course, le mayoral fut appelé à saluer.
En ce début de temporada, Octavio Chacon n'est pas au mieux de sa forme. Vaillant et belluaire certes mais sans la domination qu'il exerçait l'an dernier sur tous les toros. Espabilado, le quatrième, à la caste redoutable, lui mena la vie dure sans que le Gaditano ne trouve la solution.
Ruben Pinar fait partie de ces toreros qui savent triompher sur leurs terres (Internet m'apprend qu'il vient de triompher pour la septième fois consécutive dans les arènes d'Albacete) mais sont incapables de s'exporter. A la vérité il n'était venu à Vic que dans l'intention de humer l'air local. Pas sûr qu'il ait même pensé à remplir ses coffres d'Armagnac et de confit.
Thomas Dufau s'est montré professionnel efficace. Il a touché les deux toros les plus accommodants (très noble le 3, venant de loin avec franchise le 6), a coupé l'oreille de chacun après des entières efficaces et est sorti a hombros des arènes.
Manolo Vanegas, le jeune matador vénézuélien, qui avait pris l'alternative à Vic en 2017 et dont un toro, à l'entrainement, avait brisé les vertèbres, a reçu l'hommage du public et des toreros présents. Aujourd'hui, après une longue rééducation, il marche (à l'aide d'une béquille) et l'on peut penser qu'il pourra mener une vie normale.
Photos : chicuelina d'El Galo
le troisième Cebada Gago
lundi 27 mai 2019
Le toreo revu et corrigé (extraits)
Sur Belmonte
Le toreo doit simplement à Juan Belmonte un important apport technique de type intuitif qu'il ne put jamais expliquer, certainement appris à force de coups dans ces plazas, puisque à Tablada et au clair de lune, on ne pouvait pas beaucoup apprendre - la preuve qu'il n'apprit rien à Tablada c'est qu'à ses débuts de matador il était pris chaque fois. Cet apport technique consiste, rien de plus mais rien de moins, en se croiser devant les toros. (p. 70)
Pourquoi, dès lors, disait-on que Belmonte avait du temple ? Tout simplement parce qu'il allait à la corne contraire. Arrêtons-nous sur ce concept : en amenant le toro vers l'extérieur et en l'obligeant à dévier sa trajectoire, il obligeait le toro à perdre de la rapidité dans son attaque, et donc à charger plus doucement. C'est la raison pour laquelle Belmonte, en se croisant, toréait un peu moins vite que ses contemporains. (p.72)
Sur Manolete
Manolete comme toutes les grandes figuras du toreo fut un homme exceptionnellement intelligent. Très conscient de sa taille, de ses longues jambes et de son aspect un peu dégingandé, il sut adapter le toreo à ses caractéristiques physiques. Manolete ne pouvait toréer les pieds disjoints, car ses longues jambes auraient rendu ce toreo particulièrement inesthétique. Ces mêmes raisons l'empêchaient de rentrer son menton et de se courber devant la charge du toro. Manolete devait pratiquer un autre toreo : un toreo adapté à son physique. C'est pour cela que, avec intelligence, en abandonnant les styles alors dominants, Manolete adopta d'autres manières, d'autres formes, basées sur les pieds joints et la verticalité. Avec une immobilité absolue. (p.130)
Quelques refilons, piques et cariocas
Si un toro actuel, même ayant peu de forces, faisait face à un cheval d'alors, sans peto (protection), il le taillerait en pièce. Et dans le cas contraire, si un toro d'alors se trouvait face à un cheval actuel, avec le peto actuel, il se collerait dès la première charge à la barrera et n'en bougerait plus. (p.22)
Dans sa conférence sur l'Art de toréer, prononcée à l'Ateneo de Madrid en 1950, Domingo Ortega fait l'éloge du "parar, templar, cargar, mandar". La chose amusante est qu'il ne le fit jamais. (p. 34)
Comme tout bon aficionado le sait, aller au devant d'un toro avec la muleta en arrière est quelque chose de très dangereux, car on se trouve à découvert et l'on est vu par le toro. Quand on cite le toro avec le leurre en arrière, on lui donne toujours la possibilité de choisir entre le leurre et l'homme, et il se dirige sur les deux. Par conséquent, l'une des défenses essentielle du toreo est de placer les leurres en avant. (p. 124)
En parlant de Manolete, j'ai dit que toute l'affaire de l'orthodoxie taurine imposée par le tendido sept et ses "gueulards" était une plaisanterie. J'ai démontré comment il est impossible d'être toujours croisé si l'on prétend enchaîner les muletazos, et j'ai aussi démontré que se croiser à la corne contraire était une situation avantageuse pour le torero, car le toro ne le voit pas à ce moment-là. Par conséquent, le toreo au fil de la corne me parait plus risqué que de se croiser, chose qui reste le meilleur moyen d'amener le toro au dehors. (p. 191)
Afeitado et politique taurine
L'afeitado est une fraude. Et une escroquerie qui doit être combattue. Mais c'est à nous, les aficionados, de le combattre. Et je lance ici un appel aux amateurs : ni la Restauration, ni Alphonse XIII, ni la République, ni Franco, ni le système actuel n'ont fait quelque chose pour la fiesta. Ils l'ont ignorée. Aussi, aucun obstacle ne s'est dressé face à la tromperie. C'est le moment d'en prendre conscience. Il dépend des aficionados que la fiesta prenne un nouveau rythme. Mais cessons de nous lamenter, cessons d'attendre des hommes politiques des solutions qu'ils n'apporteront jamais - aucun d'entre eux n'est prêt à aider la fiesta car ils sont tous tenus par un complexe d'infériorité par rapport au "progressisme" et au fait européen. Arrêtons d'accuser les taurins d'être des escrocs. S'ils nous trompent, c'est parce que nous le voulons bien. Nous devons nous organiser et imposer nos critères. Et si nous ne le faisons pas et laissons faire les autres, que ne viennent pas ensuite les pleurs et les lamentations...(p. 129)
naturelle de Juan Belmonte
vendredi 24 mai 2019
Le toreo revu et corrigé
Dans ce livre déjà ancien (il est paru en version originale en 2002), Domingo Delgado de la Camara a l'ambitieux projet de réécrire l'histoire du toreo. L'auteur rejette, en effet, les analyses de ses prédécesseurs, critiques ou historiens de la fiesta. Celles qui attribuent la création du toreo moderne à Juan Belmonte et qui voient Joselito comme le dernier des Mohicans, ultime et meilleur représentant de l'ancienne lidia du XIXème siècle. Pour l'auteur, José Gomez est bien plus que cela. En pratiquant le premier le toreo en rond, Gallito pose les bases du toreo moderne que Chicuelo puis Manolete porteront dans les décennies suivantes à un point de non-retour. Juan Belmonte, lui, est plutôt l'inventeur d'une esthétique qui servira de référence et d'idéal au toreo du XXème siècle.
Poussant son analyse et prenant en compte toute l'histoire taurine du siècle passé, Delgado de la Camara en arrive à classer le toreo en six styles différents. Chacun est l'objet d'un long chapitre au cours duquel il étudie l'apport technique et esthétique de chaque torero important.
- La lidia ancienne de style galliste basée sur la diversité du répertoire.
- L'esthétique belmontiste basée sur les pieds ouverts et la poitrine en avant, au détriment de la ligazon.
- Le style sévillan avec les pieds joints, l'importance des recortes et des ornements.
- Le toreo moderne mis au point par Manolete.
- Le néoclassicisme qui utilise la technique de Manolete au service d'une esthétique belmontiste.
- Les exhibitionnistes du courage, enfin, avec l'école trémendiste d'Albacete et El Cordobes comme figure de proue.
Chaque chapitre s'ouvre par un tableau qui montre la succession chronologique des toreros dans la constitution et l'évolution de chaque style.
L'auteur n'introduit pas de hiérarchie entre les différents styles, il n'y a pas d'orthodoxes ou d'hétérodoxes, de bonne ou de mauvaise évolution, de truqueurs ou de toreros purs. Il y a tout simplement, dans chaque catégorie, de bons ou de mauvais interprètes, et chaque aficionado, selon ses goûts et sa personnalité, sera plus ou moins sensible à telle ou telle manière de toréer sans que cela puisse disqualifier celles qui n'ont pas sa faveur.
Pour mener à bien son travail, Domingo s'est appuyé non seulement sur son expérience de spectateur mais aussi sur les nombreuses vidéos disponibles - en particulier celles de Fernando Achucarro et José Gan pour les époques antérieures aux années 70 - ainsi que sur la lecture des peu nombreux écrivains taurins en qui il a confiance, parmi lesquels il attribue une grande importance à Gregorio Corrochano et Pepe Alameda.
La lecture de l'ouvrage est passionnante. Elle donne une vision claire et renouvelée de l'histoire du toreo, qui n'empêche pas l'aficionado chevronné de mener un dialogue imaginaire avec l'auteur lorsqu'il n'est pas d'accord avec ses jugements.
Domingo Delgado de la Cámara, Le toreo revu et corrigé, sources, parcours et styles dans l'art de toréer, Loubatières, 2004
samedi 11 mai 2019
Pablo Aguado, consécration d'un torero
Ici la reseña de Carlos Crivell, pour rêver à défaut d'avoir pu y assister.
photo Arjona
mercredi 8 mai 2019
Toros en Gironde 2019
Captieux
Dimanche 2 juin
17h novillada
El Freixo
Dorian Canton - José Fernando Molina - Borja Collado
Rugby y toros, le blog
La Brède
Samedi 22 juin
11h30 novillada sans picadors
Alma Serena / La Espera
Clément Hargous - Niño Julian
18h corrida
Fuente Ymbro
Daniel Luque - Juan Leal - Juan Ortega
programme
En 325, le concile de Nicée décide que Pâques sera célébrée le premier dimanche après la pleine lune qui suit l'équinoxe de printemps. Pentecôte étant 50 jours après Pâques, la novillada de Captieux se déroulera cette année avant la feria de Vic. On y reverra les novillos d'El Freixo (élevage d'El Juli) qui, par leur caste, avaient favorablement surpris l'aficion l'an passé.
Dans le bon cartel - comme toujours - de La Brède on notera la présentation en France comme matador de toros de Juan Ortega dont le toreo classique a déjà séduit à plusieurs reprises le public madrilène.
lundi 15 avril 2019
Mont de Marsan : les cartels de la Madeleine 2019
concours landais
mercredi 17 juillet
La Quinta
Daniel Luque - Emilio de Justo - Thomas Dufau
jeudi 18 juillet
matin : novillada sans picadors
Luis Algarra
Sébastien Castella - Roca Rey - Alvaro Lorenzo
vendredi 19 juillet
Fuente Ymbro
Miguel Angel Perera - Lopez Simon - Pablo Aguado
soir : corrida portugaise
samedi 20 juillet
Nuñez del Cuvillo
Paco Ureña - Emilio de Justo - Gines Marin
soir : novillada piquée
Ave Maria
Tibo Garcia - El Galo - El Rafi - Kike - Jean Baptiste Molas - Yon Lamothe
dimanche 21 juillet
Victorino Martin
Octavio Chacon - Javier Cortes - Juan Leal
Trois ganaderias intéressantes avec La Quinta, Fuente Ymbro et Victorino Martin. Nouveauté avec Luis Algarra qui a eu de bons résultats l'an dernier dans la catégorie toros pour vedettes, cela n'a pas échappé aux organisateurs français. En revanche la sortie médiocre des Nuñez del Cuvillo aurait dû leur valoir la non reconduction pour cette année.
Côté homme, une absence incompréhensible, celle de Diego Urdiales, fait baisser le niveau des cartels.
mercredi 10 avril 2019
Saint-Martin-de-Crau : la corrida de competencia
Côté homme, le mano a mano entre deux toreros connus pour leurs qualités de lidiador (Fernando Robleño et Octavio Chacon) était alléchant sur le papier mais leur tauromachie manquant de variété et la longueur languissante de leurs faenas ne contribua pas à l'animation de l'après-midi. La course souffrit également de la comparaison avec l'intérêt qu'avait suscité l'âpre combat des Yonnet le matin même. En outre les six toros français eurent un comportement uniforme et décaféiné. Sous le soleil retrouvé on s'ennuya donc raisonnablement, dans l'attente d'une action d'éclat (d'un toro ou d'un torero) qui ne vint pas.
Pour l'aspect positif il convient de signaler l'excellente présentation de tous les toros, des bichos aux formes harmonieuses et aux armures astifinas. Ils étaient porteur des espérances de ganaderias qui ont peu souvent l'occasion de faire lidier à ce niveau, on dira donc un mot de chacun, en les classant dans l'ordre décroissant de nos préférences.
Hors competencia, le Tardieu frères (Mas Thibert, nuñez, 2ème), joli petit colorado qui sortit diminué d'une vuelta de campana. Il fit preuve, malgré l'incident, de bravoure et de noblesse.
J'ai bien aimé le sérieux du Barcelo (Quissac, domecq, 6ème), magnifique de ligne, bien présent sous deux piques et pas facile à manœuvrer par la suite.
Après avoir été protesté pour être sorti ankylosé, l'astifino pensionnaire de Durand (Mas Thibert, domecq, 5ème) fit preuve de noblesse, en particulier sur la corne gauche que Robleño mit à profit pour donner quelques jolies naturelles.
Noblesse aussi pour le Jalabert (Arles, domecq, 4ème) qui surmonta ses problèmes de faiblesse de patte.
Annoncé d'origine Pinto Barreiro, le toro de Vieux Sulauze (Miramas, 3ème), propriété de la famille Fano, ressemblait de fait à ses cousins du matin. Il se réserva après deux bonnes piques.
Trois piques sans style pour le Giraud (Arles, domecq, 1er), bronco au troisième tiers.
Le banderillero Alberto Carrero fut pris lors d'une pose de banderilles au 4ème (cornada de 10 cm à la cuisse).
Des toros bien présentés, des tercios de pique qui ne sont pas négligés, un public sérieux et aficionado, de l'animation autour des arènes, la feria de la Crau m'a paru tout à fait recommandable. Bravo aux organisateurs.
mardi 9 avril 2019
Saint-Martin-de-Crau
Dimanche 7 avril 2019 arènes Louis Thiers Saint-Martin-de-Crau
beau temps
deux tiers d'entrée
6 toros de Yonnet (17 piques 1chute, vuelta au 3 Mermoso) pour Javier Cortés (salut, salut), Thomas Dufau (vuelta, silence) et Gomez del Moral (vuelta, silence)
Prévue le samedi, la corrida a été reportée au dimanche matin en raison de fortes pluies.
Les six toros de Yonnet (1,2,3,5 du fer de Christophe, 4 et 6 d'Hubert) n'ont pas déçu les fidèles de la devise historique française. La présentation était magnifique avec en point d'orgue l'impressionnant sixième. Tous montrèrent de l'appétit pour les chevaux face auxquels ils poussèrent souvent avec bravoure en particulier le dernier, protagoniste d'un beau tercio : batacazo à la première rencontre où il releva le cheval qu'il venait de mettre à terre suivi de deux piques bien poussées. Au troisième tercio ils demandaient des toreros aguerris. Incertains et manquant de fixité les deux premiers, faible de patte (le seul dans ce cas) le quatrième, de charge rugueuse le cinquième, éteint le dernier. Mermoso, le troisième, fut le toro de la matinée : 4 piques prises de plus en plus loin, accourant avec alegria à l'appel du piquero (mais sans pousser à fond) puis d'une charge puissante et encastée qui nécessitait une muleta ferme et précise. Après une telle course et à l'heure où la plupart des ganaderos français se tournent vers le sang domecq, il peut et il doit y avoir un avenir pour les Yonnet dans le créneau des corridas toristes.
Javier Cortés eut une matinée discrète.
Face au second, distrait et difficile aux deux premiers tiers, Thomas Dufau utilisa les arguments de la douceur et du temple pour l'améliorer et construire une faena intelligente et dominatrice. Après une entière ladeada, une chaude vuelta (après pétition majoritaire) récompensa sa prestation. Il fut moins en vue face à l'imposant cinquième, de surcroît mal tué.
Gomez del Pilar reçut ses deux adversaires a puerta gayola. Il fut exemplaire dans la conduite du tercio de pique. Face à la caste de Mermoso il réussit quelques beaux enchaînements sur la corne droite mais il fut souvent débordé par la bravoure de l'animal qui demandait pour être vraiment dominé une muleta plus experte que celle du Madrilène.
jeudi 4 avril 2019
Vic Fezensac 2019 : les cartels
11h novillada
El Retamar
André Lagravère "El Galo" - Dorian Canton
18h corrida
Cebada Gago
Octavio Chacon - Ruben Pinar - Thomas Dufau
Dimanche 9 juin
11h corrida concours
Saltillo - La Quinta - Partido de Resina
Pagès Mailhan - Flor de Jara - Los Maños
Rafaelillo - Lopez Chaves - Manuel Escribano
18h corrida
Dolores Aguirre
Gomez del Pilar - Javier Jimenez - Miguel Angel Pacheco
Lundi 10 juin
11h novillada sans picador
Pagès Mailhan
17h corrida
Pedraza de Yeltes
Daniel Luque - Emilio de Justo - Juan del Alamo
Après une année 2018 plus expérimentale (toros de Raso de Portillo, "défi" Valdellan / Los Maños) mais décevante, on revient cette année à de grands élevages classiques de la corrida toriste : Cebada Gago et Dolores Aguirre. La liste des ganaderias de la concours a fière allure mais on est étonné que le représentant français soit annoncé en 4ème position, ce qui ne correspond ni à son ancienneté à Madrid puisque il est le seul élevage à ne pas en avoir, ni à son ancienneté de création. La reconduction des Pedraza de Yeltes, malgré leur début décevant l'an dernier, est surprenante. Il est vrai que leur bon comportement à la pique en fait un élevage dans la ligne vicoise, il est non moins vrai que leur origine domecq permet d'afficher des toreros qui sans cela ne seraient sans doute pas venus en ces lointaines contrées gasconnes.
Côté hommes on n'aurait pas été fâché de voir Juan Leal, Fernando Robleño, Javier Cortes ou Alberto Lamelas mais les titulaires ont eux aussi des arguments à faire valoir ...
Suerte a todos.
dimanche 24 mars 2019
Une falla
Jeudi 19 mars, minuit, la Crema
Mercredi 20 mars, 9 heures 30, même lieu
vendredi 22 mars 2019
Vu à Valence
Pour les Fallas, la capitale de la Communauté Valencienne pétarade avec tant d'ardeur que l'extraterrestre de passage doit se poser beaucoup de questions sur les us et coutumes des Terriens. L'apothéose a lieu sur la place de la mairie, elle attire, à 14 heures en puntas, des foules considérables pour la masclete quotidienne. Attention ! ça continue de manière spontanée et joyeuse toute la journée, toute la nuit, dans tous les quartiers, et les enfants ne sont pas les derniers à prendre un malin plaisir à faire exploser leurs pétards dans les rues. Dans ce contexte, les arènes sont presque un havre de paix. Le public y réagit avec mesure et les olés ont des douceurs levantines.
Les trois corridas auxquelles j'ai assisté ont toutes eu leur intérêt, en grande partie grâce au bon niveau général des toros combattus. Aucun ne fit preuve de faiblesse de pattes, leur niveau de bravoure fut correct et certains (un jandilla et plusieurs fuenteymbros) se sont montrés supérieurs. La raison m'oblige à penser qu'il s'agit d'un heureux hasard, mais on se prend à rêver d'une temporada qui se maintiendrait à ce niveau.
Retour sur un non indulto
La polémique a surgi à la suite du refus du président d'indulter le cinquième toro de la corrida de Jandilla. Notons que s'il y eut polémique dans la presse, dans l'arène tout se passa normalement. Le président essuya une bronca mesurée, adoucie par les applaudissements de nombreux aficionados, et l'on en resta là. L'occasion me parait bonne pour rappeler aux chantres de l'indulto que, plutôt que de verser des larmes de crocodiles sur la mort d'Horroroso, le meilleur moyen pour eux de justifier leur appétit de grâce serait de militer pour la troisième pique. Le cas était d'école. Le jandilla prend deux piques mais il est en fait très peu châtié car les deux fois, effet de sa bravoure et de son poder, il renverse très rapidement le cheval. S'il est placé de loin une troisième fois et accourt avec la même impétuosité, tout le monde y gagne. Le public qui assiste à un spectacle rare et plein d'émotion, le toro qui sauve sa vie, et les partisans de l'indulto car personne n'aurait contesté une grâce dans de telles conditions. Moralité : il faut savoir oser, même en corrida dite toreriste, la troisième pique !
La blessure d'Enrique Ponce
L'homme a fait preuve tout au long de sa carrière d'une telle domination et d'une telle sécurité face au toro que le voir se faire blesser est un évènement. Évènement qui nécessite donc quelque développement. Parlons tout d'abord des toros. On attendait peu de choses des Garcia Jimenez (entreprise Matilla) annoncés pour la partie pédestre de cette corrida mixte tellement leur temporada dernière fut catastrophique. On fut donc plutôt agréablement surpris de voir débouler trois Olga Jimenez (le 4ème était de Parladé) très bien armés, solides, mobiles et même parfois dotés d'une pointe de nerf. Face à son premier, Ponce coupa une oreille après des derechazos serrés et une estocade entière. Au second, vif et mobile, après un début par trincherazos secs, le maestro - et c'est là sans doute sa surprenante erreur - ne semble pas juger nécessaire d'utiliser le toreo dominateur qui le caractérise. C'est ainsi qu'il en vient à donner une série de naturelles de profil, les pieds joints, profitant de la mobilité du toro. Il veut remater par un molinete inversé lié à un pecho mais sur le retour le toro aperçoit le torero et lui vient directement au corps, le frappe derrière la cuisse, le renverse violemment au sol où il cherche à le reprendre. La cape salvatrice d'un peon détourne le toro au moment où il allait à nouveau frapper. Enrique se relève, grimaçant de douleur, et porte aussitôt la main à son genou, puis est amené rapidement à l'infirmerie.
Pour la petite histoire, le maestro de Chiva portait en ce 18 mars pour la première fois un costume blanc et noir aux couleurs du Valencia Club de Futbol qui célébrait ce jour son centième anniversaire.
L'émoi est grand dans les officines taurines car il semblerait que la gravité de la blessure au genou soit de nature à remettre en cause la temporada du Valencien. Et peut-être même lui donner l'idée, après trente ans de bons et loyaux services aux plus hauts sommets, d'une retraite bien méritée.
Une corrida importante de Fuente Ymbro
Avec un toro de vuelta, Damasco, sorti en deuxième position, au galop vibrant et encasté, et trois autres de grande qualité, braves, nobles, l'élevage gaditan a permis une corrida de clôture d'un excellent niveau et d'un intérêt toujours soutenu.
Quel plaisir de pouvoir déguster la toreria de Finito de Cordoba ! Demi-véroniques de cartel, enchainements majestueux, sobriété distinguée, classe, élégance. Celui qui aurait pu être une figure majeure s'il n'avait manqué de valor a peut-être encore un avenir comme telonero de luxe. Le bon public valencien a savouré en connaisseur la prestation raffinée du Cordouan de Barcelone.
Comment peut-on quitter les arènes les mains vides sur une simple ovation après avoir joué sa vie en permanence et réalisé deux faenas de deux oreilles avec deux toros différents, l'un terriblement encasté, l'autre plus pastueño ? Tant que Roman tuera de manière aussi calamiteuse que ce jour il restera dans l'ombre alors que, par son courage, son entrega et sa technique, il m'a paru être capable d'accéder à une position des plus enviables dans cette dure profession de torero.
Les pétards se sont tus, la circulation automobile a repris ses droits. Les dizaines de Fallas se sont évanouies dans la nuit du 19. Pendant une semaine, la plaza de toros, au cœur de la cité, a été un des hauts lieux de la feria. Pour ce que j'en ai vu, Valencia est une ville taurine digne d'intérêt.
photos velonero
1 Dans le quartier de Ruzafa un jardin public porte le nom du matador valencien tué en 1921.
2 Il y a souvent la queue pour faire ses emplettes mais les critères de vente sont stricts, à chaque âge ses munitions.
3 La falla de la place de l'Ayuntamiento, la plus grande, la plus classique (quelques autres photos de fallas prochainement).
jeudi 21 mars 2019
Valence
Dimanche 17 mars 2019 Valencia
très beau temps, fort vent
trois quart d'entrée
4 toros de Jandilla, 2 de Vegahermosa (1, 6), 12 piques 3 chutes, excellent le 5 Horroroso (vuelta) pour Diego Urdiales (salut, silence), Sébastien Castella (silence, deux oreilles) et Cayetano (silence, silence).
Dans un lot de Jandilla qui manqua de fond, Horroroso, le mal nommé, tranche par ses qualités. C'est un toro complet, brave sous le fer en deux piques pour autant de chutes brutales, puis de charge ardente et inépuisable à la muleta. La forte pétition d'indulto ne fut pas prise en compte par le président et c'est une vuelta al ruedo unanimement acclamée qui honora le combat du toro. Une troisième pique aurait sans doute permis à Horroroso de prétendre à l'indulto tout en offrant au public le spectacle renouvelé de sa bravoure, mais qui se soucie d'une troisième pique ?
Sébastien Castella n'est pas torero à laisser passer ce genre d'adversaire. Il mit les arènes en incandescence, d'abord par un excellent quite par chicuelina puis, après un brillant tercio de banderilles de José Chacon et Fernando Perez, par un début de faena au centre dont il a le secret, suivi de séries de derechazos rythmés et dominateurs. A gauche le ton baissa nettement et, après les péripéties habituelles d'une demande d'indulto, il en finit par une entière desprendida et un descabello. A son premier adversaire, le Biterrois s'était fait remarquer par un début de faena appuyé à la barrière aux accents luismiguelistes.
Diego Urdiales montra quelques éclairs de sa toreria face au fade premier, bien tué d'une entière.
On peut penser que la spectaculaire cogida de Gomez Pascual (cornada de 10 centimètre dans le dos), peon de Cayetano, au cours du second tercio du deuxième toro ne contribua pas à mettre ce dernier dans les meilleures dispositions. Ajoutons à cela un vent très gênant ... et deux toros imposants et pas faciles à manœuvrer et on aura compris que l'aîné des Rivera Ordoñez connut une tarde des plus discrètes. Pourtant, lorsqu'il se jeta à genoux pour commencer sa faena au 6, j'ai cru un instant revoir la silhouette de son père.
mardi 12 mars 2019
Ouverture (d'esprit)
Restant dans ma veine œcuménique, je voudrais aujourd'hui, en me servant des mots de Louis-Gilbert Lacroix, plaider la cause des différentes formes de toréer. Le Bordelais Luis de la Cruz débuta comme revistero dans le célèbre journal toulousain Le Toril, puis il fut jusqu'à sa mort un pilier de la revue Toros. Voici ce qu'il écrit dans ses mémoires taurines Parcours en Aficion, publiées en 1996 par l'UBTF :
"L'éclectisme, c'est la preuve d'une largeur d'esprit qui permet de puiser dans tous les genres sans être asservi à aucun. C'est une forme de liberté dans l'appréciation qui n'altère en rien l'objectivité, encore moins l'honnêteté. (...) Chaque torero a de son art un concept différent, il mène le combat à sa guise avec les armes dont il dispose. Il n'est pas, heureusement, qu'une seule façon de toréer. La diversité est indispensable, et il y a chez tout torero toujours quelque chose à glaner ..."
Bel exemple d'ouverture d'esprit, à méditer en ce début de temporada.
dimanche 10 mars 2019
Paysage taurin
lundi 18 février 2019
Joselito, le vrai (2)
Et puis il y a ce chef d'œuvre que constitue son solo du 2 mai 1996. Chaque fois que je regarde la vidéo de cet évènement je ne peux que rendre grâce au talent lumineux du torero. Malgré les éléments contraires - temps médiocre et toros à l'avenant - le maestro atteint face aux six toros une plénitude qui fait de cette course une anthologie du toreo, au même titre que le solo de Paco Camino dans les mêmes lieux 26 ans auparavant. "Parce qu'être torero, c'est une chose beaucoup plus sérieuse que ce que les gens imaginent. Ce n'est pas seulement faire des passes et couper des oreilles. C'est une façon de se comporter et d'agir, dans l'arène et dans la vie, comme un sacerdoce qui exige une grande qualité d'homme, et pas au sens machiste de ce mot. Il faut avoir des tonnes d'intégrité, de cran, de capacités de sacrifice et de dépassement (p. 135)".
Torero, voilà ce qu'a été et continue à être José Miguel Arroyo "Joselito".
Quelques autres citations du livre :
Sa vie
"Je savais presque tout sur la question et je connaissais chaque variété de haschich. Le libanais, le rouge, était le meilleur, mais il y en avait un autre, un marocain verdâtre, très bon aussi. Et un autre plus foncé. Et le pollen. Et la marijuana... Tout dépendait aussi de la façon dont on le préparait. Je l'avais vu faire tant de fois, à la maison, que j'en savais autant que mon père. Je suis encore capable de reconnaitre chaque odeur quand je croise un fumeur de shit dans la rue, même s'il est loin. Moi, en revanche, je ne fumais pas." (p. 30)
"Tu passes de tout à rien. Tu étais le centre de toutes les attentions, tu n'es plus qu'un parmi les autres. Tu as dédié au toreo toute ton adolescence, toute ta jeunesse, plus de la moitié de ta vie, et brusquement tout s'achève et tu ne sais pas comment réagir. Tu as des propriétés, des élevages, des voitures... Tu as tout, et puis après ? En réalité, tu n'as rien qui t'attire autant que le toreo et tu dois démontrer une force intérieure stupéfiante pour parvenir à combler ce vide." (p. 266)
" Maintenant, je suis heureux au campo. Une balade à cheval, deux œufs au plat avec du chorizo suffisent à mon bonheur. Tout le reste m'est superflu, parce que je ne vis pas tourné vers l'extérieur." (p. 177)
Toréer
"La vérité est une question de centimètre dans le court espace de terrain interdit qui se trouve devant les cornes. Comme disait le grand écrivain taurin Pepe Alameda : « un pas en avant et l'homme peut mourir ; un pas en arrière et l'art peut mourir ». Dans le toreo, c'est cette ligne qui sépare le sublime du vulgaire. Et je n'ai jamais voulu être un torero vulgaire."
mercredi 13 février 2019
Joselito, le vrai
Beaucoup de livres ont été écrits sur la vie des toreros. Parmi ceux que j'ai lus Joselito, le vrai est un des plus riches et des plus captivants. Il vient se placer juste à côté du fameux ...Où tu porteras mon deuil , best-seller des journalistes Dominique Lapierre et Larry Collins racontant, en 1967, la vie d'El Cordobes, et du classique Juan Belmonte matador de toros que Manuel Chaves Nogales avait consacré en 1935 au fameux Sévillan.
C'est le journaliste Paco Aguado qui a aidé José Miguel Arroyo à mettre en écrit le récit de sa vie. Et quelle vie ! Pas exactement un long fleuve tranquille et, contrairement à certains de ses confrères, rien, absolument rien, de glamour dans la vie du petit José. C'est un vrai miracle que le monde picaresque dans lequel a grandi le Madrilène ait permis l'éclosion de ce torero si fin, si exigeant artistiquement et si complet que fut Joselito. Les psychologues appellent cela la résilience. Il a fallu bien sûr quelques rencontres positives pour changer le cours de cette vie : quelques enseignants compréhensifs et, déterminante, celle de Enrique Martin Arranz, directeur de l'École Taurine de Madrid qui, avec sa femme, adoptera à son adolescence le jeune apprenti-torero.
Une des figures les plus extraordinaires du livre est celle du père, Bienvenido. Un vrai personnage de roman des bas-fonds : tellement mauvais garçon, négligeant, irresponsable, mais tellement humain et, malgré toutes ses faiblesses, aimant son fils. C'est ce père, traficoteur en tout genre mais abonné à Las Ventas, qui lui transmettra son aficion. Avant de mourir, il aura le temps d'être informé, derrière les barreaux de la prison de Carabanchel, des premiers succès de son fils. Si le futur Joselito, à cette époque de sa vie, se sauve de toutes les dérives que l'on peut imaginer, c'est grâce à sa ferme volonté de devenir torero.
Dans la deuxième partie, il raconte son parcours pour devenir figure, ses relations compliquées avec le milieu taurin; il analyse sans concession son toreo. En somme, comme le recommandait Michel Leiris, il va à la corne avec les mots comme il y est allé avec les toros. Et c'est pourquoi ce livre, au delà de l'histoire extraordinaire qu'il raconte, est si passionnant et si vrai.
José Miguel Arroyo, Joselito, le vrai, Verdier, 2012
samedi 26 janvier 2019
Lectures hivernales
Attention, c'est du lourd ! On ne lésine pas sur les interprétations sexuelles et psychologiques en tout genre (la corrida a pourtant déjà beaucoup donné de ce côté-là) et ceux à qui cette exégèse décomplexée donne des boutons pourront passer leur chemin sans regret.
A condition de ne pas en abuser, je trouve, quant à moi, ce type de texte d'un commerce agréable; il possède, en outre, le mérite de montrer que la corrida - beaucoup d'aficionados, englués dans un corrida bashing dépressif, semblent aujourd'hui en douter - est encore au cœur de certaines problématiques contemporaines.
Agnés Giard, La corrida, miroir de nos amours ?, 11 juillet 2018, blog Les 400 culs.
Il s'agit du compte rendu d' un texte plus complet et plus universitaire de Philippe Combessie publié dans la revue SociologieS de novembre 2017.
photo Mariam Vázquez
jeudi 17 janvier 2019
El Juli
El Juli : trop d'ombre au tableau (photo tirée du site eljuli.com)
samedi 5 janvier 2019
Nuñez : la réalité de l'arène
- Alcurrucén (+ El Cortjillo et Lozano Hermanos) 74 t. 26 n.
- José Luis Pereda (+ La Dehesilla) 32 t. 6 n.
- Juan Albarrán 22 t.
- Carlos Nuñez 21 t.
- Aguadulce (+ Hros. de J. M. Aristrain de la Cruz) 18 t. 12 n.
- Conde de la Maza 6 t. 10 n.
- Apolinar Soriano 6 t.
- La Plata 5 t. 1 n.
- Carriquiri 4 t. 4 n.
- Tardieu Frères 2 t. 1 n.
- Gabriel Rojas 11 n.
- El Retamar 10 n.
- Miguel Prados Osuna 4 n.
Pourtant leur plus grande présence permettrait sans doute de rompre la monotonie engendrée par la trop grande place prise par les sempiternels domecqs. On reverra en tout cas avec intérêt en 2019 les novillos de El Retamar à Vic- Fezensac et ceux d'Aguadulce à Parentis.
samedi 4 août 2018
novillos d'Aguadulce à Parentis
photos Laurent Bernède
mardi 1 janvier 2019
Bonne Année 2019 Feliz Año Nuevo
Au delà des ferias prestigieuses, les forces vives de la tauromachie ce sont aussi les centaines de spectacles et de manifestations populaires dans les pueblos d'Espagne.
Riaza (Segovia) le toro de la Asociación, offert par les peñas, est écarté par les amateurs.
photo Velonero
samedi 29 décembre 2018
L'encaste Rincón - Nuñez
Également d'origine nuñez, les pupilles du Conde de la Maza ont été impressionnants par leur trapío et leur sérieux. En corrida à Cenicientos, puis quelques jours plus tard en novillada à Roquefort des Landes. Hélas! il s'agissait pour eux du chant du cygne puisqu'il semblerait que la famille Sainz de la Maza ait décidé de mettre la clé sous la porte après s'être défait du bétail restant.
Dans l'histoire du ganado bravo, si l'on excepte les Conde de la Maza, les toros d'origine nuñez ont toujours fait partie des préférés des figures. Les Carlos Nuñez ont ainsi tenu le haut du pavé durant quatre décennies (des années 40 aux années 70). Ce fut ensuite au tour des pensionnaires de Manolo Gonzalez de faire le bonheur de la fine fleur de la toreria andante. Aujourd'hui les Alcurrucén des frères Lozano sont les seuls toros n'appartenant pas à l'empire domecq que les figures acceptent de toréer régulièrement.
Un des intérêts de l'encaste a toujours été la variété de comportement, ainsi une corrida d'origine nuñez génère rarement l'ennui. Sans doute est-ce la conséquence de la complexité des origines. En effet, Carlos Nuñez Manso après avoir racheté en 1938 à Garcia Mateo la ganaderia portant le fer de Rincon issue directement de Parladé, eut la bonne idée d'ajouter à son élevage des vaches de Mora Figueroa (Garcia Pedrajas) puis en 1941 un lot de vache de Villamarta. Les résultats seront suffisamment probants pour assurer le maintien de l'encaste jusqu'à nos jours. Que les partisans de la pureté de sang en prennent de la graine!
Liste des élevages d'origine Rincón-Nuñez
Union de Criadores de Toro de Lidia (UCTL) par ordre d'ancienneté à Madrid
- Carriquiri
- María del Carmen Camacho
- Carlos Nuñez
- González Sánchez Dalp
- Manolo González
- Juan José González
- Conde de la Maza
- Alejandro García
- Mariano y Carmen Arroyo Martín
- Apolinar Soriano
- Gabriel Rojas
- El Alamo
- Alcurrucén
- El Trebol
- Alejandro Vázquez
- Lozano Hermanos
- Nazario Ibañez
- Tapatana
- El Cortijillo
- Juan Albarrán
- Aguadulce
- Herederos de José María Aristrain de la Cruz
- José Pedro Prados
- El Romeral
- La Dehesilla
- Marcos Nuñez
- Toros de la Plata
- Torremilla
- La Cercada
- José Miguel Arroyo
- María de la Encarnación Díaz
- Ana Isabel Vicente
- José Luis Pereda
- La Rosaleda
- El Retamar
- Toros de Castilla
- Los Palancares
- Hoya del Moral
- García Velasco "El Pera"
- Navalrosal
- Miguel Prados Osuna
- Hidalgo Rincon
- Herederos de Juan José Cano
- Alberto Herranz "La Perla"
- Rancho Nuevo
- Julian de los Reyes
- Juan Sánchez de Valverde
- Sotobravo
- Francisco Escarcena
- Moragón
- Tardieu frères
- Alain et Frédérique Tardieu



















