samedi 30 juin 2012

2012 Corridas en Catalogne

Et oui, il y a toujours des corridas en Catalogne!

La traditionnelle feria de Céret aura lieu  le week-end du 14 juillet :

Samedi 14 juillet 18h
cor.  José Joaquin Moreno de Silva
El Fundi - Javier Castaño - Serafin Marin

Dimanche 15 juillet  11h
nov.  José Maria Escobar
D. Martin "El Dani" - Emilio Huertas - Imanol Sanchez

18h
cor.  J. Escolar Gil
Fernando Robleño (unico espada)























Corrida aussi en septembre
Samedi 15 septembre
cor. Prieto de la Cal
Marc Serrano - Javier Castaño - Serafin Marin

En août très intéressant cartel à Millas
Dimanche 12 août
nov. José Joaquin Moreno de Silva
Sergio Flores - Javier Jimenez - Fabio Castañeda

dimanche 24 juin 2012

Toros en La Brède













Toros de Baltasar Iban pour Antonio Nazaré (silence - silence), Arturo Saldivar (une oreille - silence) et Thomas Dufau (deux oreilles - une oreille).
Trois-quart d'entrée (une importante rencontre européenne de pousse-citrouille avait retenu devant le petit écran quelques dizaines de spectateurs - les malheureux!)

Les toros de Baltasar IBAN : bien roulés (certains avec suspicion de suralimentation), timides de cornes (courtes mais solides de pointe), bravitos (quelques piques bien poussées, 9 au total ), noblotes avec tendance à la soseria et à aller a menos. Bref un lot qui satisfit sans doute les organisateurs et le grand public mais laissa sur sa faim l'aficionado qui était en droit d'attendre des combats plus exaltants de la part des ibanes.
Antonio NAZARE donna au 4 la meilleure faena de l'après-midi. Classique, templée, con ligazon. Mais la longue agonie du toro indisposa le public et au final le torero n'entendit que le silence.
Loin des clichés concernant les Mexicains, Arturo SALDIVAR ressemble à un jeune lord anglais dont il a la froideur et la distinction (autre cliché). Aprés une faena toute de douceur au pastueño second il eut du mal à s'entendre avec le plus coriace cinquième.
Thomas DUFAU connecta facilement avec le public. Lui ne torée pas classique mais résolument moderne : toreo de profil, abus des cites culeros, enchaînements de passes après avoir jeté l'épée. Quelques bons moments au cours de sa deuxième faena laissent penser que Thomas peut aussi avoir un avenir dans une version plus profonde du toreo. Des estocades habiles et d'effet rapide (fulgurante entière desprendida au troisième) lui permirent de couper trois oreilles.




Photos Velonero
-la deuxième pique du troisième toro
- Arturo Saldivar

dimanche 17 juin 2012

Roquefort : retour des novillos de Fidel San Roman

Voici quelques photos des novillos qui fouleront le sable de la plaza de Roquefort le mercredi 15 août.
Souhaitons qu'ils fassent preuve des mêmes qualités que leurs frères lidiés l'an dernier.













Fidel San Roman, également propriétaire de l'élevage El Ventorrillo, a racheté en 2004 à la famille Guardiola la ganaderia Hermanos Guardiola Dominguez d'origine Villamarta.
Ce sera la cinquième parution dans le ruedo roquefortois de novillos de cet encaste.

1966  Salvador Guardiola Fantoni
Sanchez Bejarano - Fernando Tortosa - Ricardo de Fabra
Lot de grande  qualité, vuelta du cinquième Sordero et triomphe de Fernando Tortosa.

1973  Salvador Guardiola Fantoni
José Suarez "Joselito" - Juan Montiel - Alberto Ruiz
Les novillos braves, encastés, plein de feu (vuelta du 6) rendent l'après-midi passionnant. Le pauvre José Suarez en fait les frais. Malgré sa bonne volonté, il subit une déroute totale qui reste dans les mémoires grâce aux émouvants clichés pris par Jacques Cathalaa.

1974  Salvador Guardiola Fantoni
Curro Gonzalez - El Cali - Pedro Somolinos
Les Guardiola sont beaux et braves mais leur faiblesse de pattes rend l'après-midi pesante.

1979  Señores Guardiola Dominguez
Mario Triana - Aguilar Granada - Richard Milian
Grand triomphe de Richard Milian au dernier novillo après une excellente faena (la meilleure que je lui ai vu faire) et une grande estocade.

2011 Fidel San Roman
Carlos Duran - Mathieu Guillon - Javier Jimenez
Une excellente journée taurine


Photos Xavier Martin (avril 2012)

lundi 4 juin 2012

Grand écart


Vendredi
   Madrid, Las Ventas via le petit écran
Mon unique course de la San Isidro. A mon goût, l'un des meilleurs cartels de la feria. Toros de Cuadri, présence de Javier Castaño et de sa cuadrilla  ainsi que de deux honorables diestros, curtidos en mil batallas, Rafaelillo et Luis Bolivar. Mais, dans une Espagne hantée par la crise, est-il possible aujourd'hui de voir une bonne course à Madrid?
Un signe : Javier Castaño, avec une inconscience incroyable, quitte le toro des yeux pour demander le changement de tercio. La voltereta est terrible. Javier se relève livide, titubant; il rejoindra plus tard l'infirmerie. La course a du plomb dans l'aile.
Les Cuadri sont lourds, sérieux mais sans brio. Les chiffres parlent : 13 piques avec beaucoup de scories, pas une chute et pourtant des tíos de plus de 600 kg. A la muleta ils vont a menos, la tête souvent dans les airs.
Une partie du public est infâme, traite les matadors comme des chiens. Bolivar est sifflé avant d'avoir commencé à toréer. A la fin de la course, ce même public oblige le mayoral à saluer; sur son tendido, Fernando Cuadri, la mine songeuse, n'a pas l'air dupe.

Dimanche
   Captieux, novillada de village en fête
Ici tout semble simple et léger, pourtant on fait les choses sérieusement.
Le lot de novillos de Vicente Ruiz est de présentation irréprochable. Novillos mansos mais solides et mobiles avec une tendance à chercher la sortie au fur et à mesure de leur lidia.
Le tercio de piques (9 au total) est assez bien mené, plusieurs novillos étant placés à distance.
Les novilleros ont un bagage technique qui ne demande qu'à se développer et des courses comme celle du jour sont pour eux une bonne occasion de le faire : il y a des problèmes mais toréer permet de les résoudre.
Alberto Duran sera le moins en vue d'autant qu'il tue très médiocrement.
Juan Leal (oreille - oreille) a la planta torera et se sent torero. Il a tendance toutefois à abuser du toreo encimiste en fin de faena.
David Martin Escudero a de bonnes manières. Quelques belles naturelles au 6 et une excellente estocade lui vaudront deux oreilles.
Si l'on n'aime pas les fins triomphalistes c'est maintenant, à la mort du dernier novillo, qu'il faut quitter la plaza. Car les Capsylvains se délectent, en fin de soirée, à voir sortir en triomphe le plus de monde possible.
Ici on n'est pas à Madrid!

Alberto Duran au premier novillo

jeudi 31 mai 2012

Ma feria de Vic (3)


Viva Santa Coloma



Mansos con casta la majorité des GRANIER, brave et noble le 5, tous solides et mobiles. Ils bénéficièrent d'un tercio de piques mené à la manière d'une corrida-concours grâce à l'opération Toros de France (prix au meilleur picador attribué à Antonio Garcia de la cuadrilla de Joselillo).
Il est rare d'assister dans une arène à un effondrement aussi massif que celui dont fut victime Raul VELASCO. Une inhibition totale, l'incapacité de faire appel au moindre geste technique, un seul réflexe la fuite. On imagine la souffrance de l'homme.
On mesura par comparaison à quel point le mérite de Julien LESCARRET et de JOSELILLO fut grand. Capacité à rester quieto, à aguantar les charges d'un animal de 500kg, à réfléchir au fur et à mesure du déroulement du combat pour trouver les solutions appropriées. Cela, tous deux purent le faire.


Il y eut dans le lot de FLOR de JARA deux très bons toros.
Rabinegro, sorti en deuxième position, brave et d'une noblesse allègre sur la corne droite (vuelta). Juan BAUTISTA lui donne une faena rythmée, agréable mais superficielle (oreille).
Gallinita magnifique cárdeno sorti en quatrième position fut un des toros les plus intéressant de la feria. Brave et puissant, d'une charge rugueuse, con mucho que torear. Face à lui Antonio BARRERA, qui remplaçait Ivan Fandiño blessé, n'abdiqua jamais et confirma son excellente tarde d'hier.
David MORA, lui,  face à deux toros plus fades ne put faire mieux que montrer son élégance et son bon goût.




















photos : toros des frères Granier "La Cruz"
              Gallinita de Flor de Jara

mercredi 30 mai 2012

Ma feria de Vic (2)



La corrida-concours

Mirasoles de CARRIQUIRRI (origine Nuñez) est un petit mais harmonieux cinqueño à la robe tigrée (chorreado). Il tire des gañafones à la cape puis pousse correctement sous 3 piques traseras après avoir longtemps hésité à se lancer. Court de charge, soso mais noble dans la muleta persuasive d'Antonio Barrera. Palmas à l'arrastre.

Rastrojero de José Joaquin MORENO DE SILVA (Saltillo) prend 4 piques peu convaincantes avec une tendance à trottiner pour se lancer à l'assaut et à sortir seul. En revanche, il est mobile, solide et fait preuve d'une belle noblesse très pastueña au troisième tiers, rappelant que les Saltillo ont été au début du XXème siècle les favoris des figuras. Ovation.

Torreon de Fidel SAN ROMAN (Villamarta par Guardiola) est un toro de grand trapío, negro, hondo. Il s'élance de loin et sans hésiter pour 4 piques dont la dernière al regaton. Certaines trop dures, traseras, avec carioca. Son début de combat à la muleta autorise tous les espoirs car il fait preuve de fixité et de noblesse dans ses premières charges. Hélas! très vite il montre des signes d'épuisement puis se raidit et ne charge plus, il est visiblement à bout de force, incapable désormais du moindre mouvement. Ovation toutefois à la dépouille du brave animal et beaucoup d'interrogations sur cette baisse de régime : excès de châtiment à la pique ? excès de muscles inutiles, un culturiste plutôt qu'un athlète? alimentation inadaptée qui ne favorise pas l'effort long (cf la thèse du vétérinaire Hubert Compan)?

Le quadrupède provenant des pâturages d' Esteban ISIDRO avait un physique parfait de cabestro, pelage, cornes, allure générale, les couilles en plus. Il en avait aussi le mental : un vrai morucho indigne de figurer dans une corrida-concours. Le paradoxe est qu'il fut, grâce à la fabuleuse lidia que lui donna Antonio Barrera, le protagoniste du moment le plus fort de la feria. Ovation à sa dépouille!

Le pensionnaire d'ALCURRUCEN (Nuñez) un cinqueño giron et grassouillet manque de fixité sous 4 piques anodines. La noblesse de sa corne droite restera inexploitée par Ivan Garcia. Silence.

Enfin le pensionnaire de La REINA (un domecq de Joselito) est un musculeux jabonero à l'armure escobillée. Brave mais tardo en 3 piques puis faible de pattes et quedado à la muleta. Silence.

L'an dernier, Ivan GARCIA avait été la bonne surprise de la feria. Cette année, malgré un sorteo favorable, il erra comme une âme en peine, sans illusions, sans sitio.
Avec deux toros vite éteints Morenito de ARANDA ne put que montrer ses bonnes manières.

Le grand bonhomme du jour fut Antonio BARRERA. Il montra sa meilleure face, celle d'un torero maduro, d'un lidiador efficace et d'un homme courageux et responsable. Son combat contre l'impressionnant morucho d'Esteban Isidro restera pour moi le grand moment de cette feria.
Alternant intelligemment tentative de toreo moderne (les publics d'aujourd'hui ne sauraient s'en passer), toreo de jambes et toreo de châtiment il parvint à réduire la bête avant de l'estoquer avec un engagement total. Et il en fallait du courage pour aller mettre cette épée au-delà des cornes démesurées du monstre. Une grosse oreille et le respect de l'aficion.

Le prix du toro le plus brave a été attribué à Rastrojero de José Joaquin Moreno de Silva.



Photos : ci-dessus, Rastrojero de J. J. Moreno de Silva
              en haut de la page, Torreon de Fidel San Roman
           

mardi 29 mai 2012

Ma feria de Vic 2012 (1)




Lorsque j'ai quitté Vic  lundi en début d'après-midi c'est avec le sentiment d'y avoir trouvé (en partie) ce que j'étais venu y chercher : des toros dignes de ce nom, des tercios de pique qui permettent de mettre en valeur ces mêmes toros. Certes nous fûmes loin de la perfection, le but n'étant pas de l'atteindre mais de sentir qu'il y a une volonté de le faire. C'est d'ailleurs dans ce domaine que, pour bien des choses,  le bât vicois blesse. On a en effet parfois l'impression que dans certains de leurs choix, les organisateurs ne vont pas jusqu'au bout de leur idéal proclamé. Deux des toros d'Escolar Gil n'auraient jamais dû sortir dans le ruedo vicois; on a déjà beaucoup glosé - ici et ailleurs - sur les choix étranges des élevages de la corrida-concours; enfin, en dehors des corridas extraordinaires (concours et toros de France) on a le sentiment que rien n'est vraiment entrepris pour favoriser le tercio de piques. Malgré cela, au final quelques sujets de satisfaction : une corrida-concours assez intéressante et deux lots de toros d'un grand intérêt, celui  des frères Granier dimanche puis celui de Flor de Jara lundi.

Mais je vais aussi à Vic dans l'espoir d'assister à de belles faenas car c'est devant le toro sérieux que l'on présente généralement ici que le toreo artistique prend toute sa valeur et son importance, qu'il permet à l'aficionado d'en savourer toute la profondeur et d'en garder les traces vives.
Hélas dans ce domaine, cette année, la récolte est bien maigre. Le hasard, qui joue son rôle dans le déroulement d'une feria, a laissé sans possibilité des toreros tels que Sergio Aguilar, Morenito de Aranda ou David Mora. D'autres, en revanche, comme Ivan Garcia ou Raul Velasco n'ont pas été capables de tirer parti d' adversaires de valeur.

Chaque corrida a commencé avec le même rituel : la bronca essuyée par le maire lorsqu'il remettait les clés du toril à l'alguazil.
Je comprends la colère des épiciers et cafetiers locaux - sans doute nombreux sur les étagères - devant le manque à gagner qu'a constitué pour eux une fête qui s'est déroulée cette année avec un public réduit.
A vrai dire, au delà  de la bronca qui grondait, on voyait aussi beaucoup de spectateurs applaudir. Je m'en suis réjoui car je ne suis pas de ceux qui pensent que promouvoir des beuveries collectives généralisées pour mieux faire accepter le manque d'illusion, le vide de l'existence et la soumission le reste de l'année  soit digne d'une société qui se prétend hautement civilisée.

Toujours est-il que la suppression de la fête "en ville" n'a pas enlevé beaucoup de spectateurs aux arènes. Les entrées réalisées (trois-quart d'arène pour chacune des corridas) m'ont semblé  de nature à réjouir le trésorier du Club Taurin Vicois.


La corrida d'Escolar Gil


Le retour attendu de l'élevage de José ESCOLAR GIL a été une déception en raison du manque de trapío du lot avec en particulier deux toros anovillados qui furent fortement protestés.
La corrida valut surtout par le comportement des hommes.
EL FUNDI actua en maestro retrouvé. Il améliora et domina ses deux toros. Pour sa dernière prestation ici il dut affronter l'hostilité du public mis à cran par le peu de prestance du quatrième toro. Heureusement celui-ci se montra le plus encasté du lot ce qui permit au "gendre du ganadero" de se battre et de montrer à tous qu'il était revenu non loin de son meilleur niveau. Il eut sans doute le tort de trop prolonger la faena ce qui occasionna des difficultés à la mort et l'empêcha de couper une oreille qui aurait permis une despedida plus souriante et plus en rapport avec les tardes glorieuses qu'il a connues sur le sable vicois.
Fernando ROBLEÑO actua lui aussi, tant de cape que de muleta, à un excellent niveau. Il torea le 5 (seul beau Escolar Gil de l'après-midi) avec temple exquis, réussissant parfaitement à s'adapter à la noblesse doucereuse de son adversaire. Vuelta après pinchazo et belle entière.
Sergio AGUILAR ne put briller que dans la belle réception de son premier par véroniques en parones. Le sixième, véritable alimaña, lui vint directement dessus à la troisième passe de cape (forte cogida) et le prit à nouveau de plein fouet lors d'une naturelle citée avec trop de sincérité pour un tel adversaire.

samedi 26 mai 2012

Toros en Gironde 2012

CAPTIEUX
dimanche 3 juin

matin 
tienta de vaches des frères Bats par les élèves du Centre Français de Tauromachie (Nîmes)

17h novillada
Vicente Ruiz
Alberto Duran - Juan Leal - Martin Escudero

plus d'info sur Rugby y Toros, le blog




LA BREDE
samedi 23 juin

11h novillada sans picadors
frères Bats
Clementito - Jean Baptiste Molas

18h corrida
Baltasar Iban
Antonio Nazaré - Arturo Saldivar - Thomas Dufau

programme ici



Les arènes girondines ont toujours le chic pour élaborer des cartels originaux et intéressants.
A Captieux on pourra découvrir un élevage totalement inconnu (origine domecq ) ainsi que le novillero Alberto Duran dont on dit le plus grand bien.
A La Brède les toros de Baltasar Iban, eux, ne sont plus à présenter; ils seront combattus par un trio de jeunes aux dents plus ou moins longues. La belle affiche de Loren rappelle que La Brède est située au cœur du vignoble des Graves.

dimanche 20 mai 2012

Culture plurielle ou ovinisation

Pour signer, si ce n'est déjà fait, la pétition contre la suppression de la rubrique Tauromachie dans Libération :

http://www.petitionpublique.fr/?pi=P2012N24507




Pour, sur le même sujet, lire le beau texte d'Olivier Deck, paru sur son blog Tauromaquis :

Je ne suis pas l'Autre (de Blondin à Durand)

jeudi 17 mai 2012

Toreros, film d'Eric Barbier




Film de fiction sorti en 2000, tourné avec des acteurs de renom, Toreros est, comme son titre l'indique, un véritable film taurin. Et chose surprenante pour un film de cette catégorie, il ne s'agit pas d'un sympathique nanar mais d'un excellent film.
Il faut dire qu' Eric Barbier est un bon réalisateur, à la carrière hélas longtemps oblitérée par l'échec commercial de son premier film Le brasier. Savoir s'entourer de personnes compétentes fait partie du talent et l'on est ici en bonne compagnie avec non seulement Alain Montcouquiol qui officie en tant que conseiller technique (il parle longuement de cette expérience dans son livre Le fumeur de souvenirs), mais aussi Jacques Durand qui a participé au scénario. Ces collaborations ne sont sans doute pas étrangères au regard juste que porte le film sur un monde dur, picaresque, celui des courses de village, des sans-grade (ici les enanitos), des ratés de la profession. Un monde d'illusions perdues qui tournent au pitoyable, au sordide, au tragique aussi.
La face lumineuse de ce film sombre est incarnée par le maestro José Miguel Arroyo qui joue ici son propre rôle (on le voit également, dans des images d'archive, toréer à Las Ventas).
L'autre réussite du film est la manière dont nous est montrée la complexité des relations entre le jeune matador (Olivier Martinez) et son père (Claude Brasseur, remarquable dans le rôle d'un homme ignoble).
Enfin, pépite incluse dans le film et qui rajoute encore à sa noirceur, une des séquences est la parfaite adaptation à l'écran de la nouvelle d'Hemingway La capitale du monde.

dimanche 6 mai 2012

Plus jamais ça!
















Après cinq ans de honte nous voilà enfin débarrassés de ce sale type.
La plus belle faena de l'année!

vendredi 4 mai 2012

Balade flamenca (3)


Vous prenez les mots de Ludovic Pautier - dits par lui-même, les photos de Jean Louis Duzert -projetées sur grand écran par lui-même, la musique flamenca jouée par le guitariste Tony Hernandez accompagné d'Ahmed aux palmas... et vous obtenez un spectacle formidable, une fusion des sens encore amplifiée si vous avez en main un verre de Jerez fino des bodegas Lustau, que dehors l'orage gronde et que vous êtes dans un château con solera aux planchers qui craquent et sentent la cire. Je crois bien que le duende a visité le château Bardins ce soir-là.
Et j'espère que d'autres publics, en d'autres lieux, éprouveront un aussi grand plaisir que fut le mien à savourer la prestation des quatre artistes.


Photo tirée du blog L'instinct des thés... et divers

mardi 1 mai 2012

Balade flamenca (2)


Cette balade continue avec un magnifique petit livre de poésie édité, avec un raffinement palimpsestueux par Atelier Baie et à nouveau signé Ludovic Pautier. Sous-titré Poésie et flamenco, cet Ivoire brisé nous mène aux confins  de la terre promise qui surgit parfois au cours d'une soirée flamenca lorsque le duende s'empare du cantaor.
Hommage à des artistes, évocations de chants, d'accords, de lieux, d'instants, qui par la magie des mots du poète demeurent comme l'écho de moments de vie qui se refusent à disparaître.
Ludovic Pautier est un passeur. Ses mots ont de la saveur, ses poèmes du rythme.

                    L' étoile ployée de sa bouche dit
                    d'une langue
                    l'huile et le limon,
                    se couvre
                    de fragiles craies
                    et fronce
                    le silence.
                    Au second souffle
                    il y a secousse
                    d'ivoire brisé,
                    celui de la hanche d'El Viejo, son père
          qui alignait les rails sans se plaindre jusqu'au feu de camp.
                    Sa seguiriya
                     ralentissait les locomotives.
                    "Agujetas"
                    avec le poing encore haut,
                    quand ta langue
                    se tait,
                    son incision
                    un infime suinté de sang,
                    se prolonge
                    jusqu'au souffle de l'autre
                    jusqu'au poids de sa chair.

               (fin du poème "Agujetas", p. 9)


Ludovic Pautier, Ivoire brisé. Poésie & flamenco, Atelier Baie, 2011

dimanche 29 avril 2012

Balade flamenca (1)


Classiques photos de concert, détails, mouvements, portraits, moments volés à l'intime, Jean Louis Duzert - 20 ans de photographies flamencas - excelle en tout.
Dans ce livre aux mille richesses chaque page est un miroir qui nous ouvre à l'esprit du flamenco, chaque photo un monde dans lequel on ne se lasse pas de pénétrer.
Mais le meilleur des cantaores a besoin de toques, palmas y jaleos. C'est Ludovic Pautier qui, par ses mots riches et précieux, accompagne parfaitement le maestro photographe. En alternant récits, portraits, réflexions sur le cante, par la grâce d'une langue savoureuse et poétique, il réussit cette gageure de dire sa foi en cet art sans alphabet.
Pour les ordinaires spectateurs-lecteurs que nous sommes, un livre qui permet d'approcher ces lieux où, selon la formule de Lorca, ''les formes se fondent dans un désir qui brûle au dessus de leurs aspirations visibles''.

Jean Louis Duzert (photograhies), Ludovic Pautier (texte) - avec traduction en espagnol et en anglais,
Balada Flamenca - 20 ans de Flamenco dans l'œil du photographe,
Les éditions de l'atelier In8, 2011

jeudi 26 avril 2012

Cartels de Mont de Marsan, Orthez, Tyrosse

La corrida a ses raisons que la raison ignore. En cette année 2012, les ferias de Mont de Marsan, Tyrosse et Orthez vont avoir lieu en même temps. Du jamais vu dans le Sud-Ouest. Paradoxalement, le week-end précédent - rien moins que celui du 14 juillet - restera vierge de toute corrida.

Voici les cartels :

Mardi 17 juillet
Mont de Marsan
concours landais (21h)

Mercredi 18 juillet
Mont de Marsan
Parladé
Morante de la Puebla - J. M. Manzanares - Daniel Luque

Jeudi 19 juillet
Mont de Marsan
Margé
Enrique Ponce - J. J. Padilla - Mathieu Guillon (Alt.)

Vendredi 20 juillet
Mont de Marsan
Fuente Ymbro
Matias Tejela - Ivan Fandiño - David Mora

Samedi 21 juillet
Mont de Marsan
nov.  Alcurrucen (11h)
Conchi Rios - Juan Leal - Alvaro Sanlucar

Jandilla
El Juli - Alejandro Talavante - Thomas Dufau

Orthez
nov.  Fernando Pereira Palha  (11h)
Ivan Abasolo - Imanol Sanchez

Veiga Teixeira
Fernando Robleño - Paulita - Serafin Marin

Dimanche 22 juillet
Mont de Marsan
José Escolar Gil
Fernando Robleño - Javier Castaño - Julien Lescarret

Tyrosse
El Tajo y La Reina (Joselito)
El Fundi - Manuel Escribano - Ivan Fandiño


Si je n'ai pas trop mal compris, la responsabilité de cet embouteillage taurin incomberait aux Montois qui, sans se préoccuper des autres, ont décalé leur féria de quelques jours.
Une bonne raison, pour moi, de ne pas reprendre mon abonnement et de filer le samedi à Orthez et le dimanche à Tyrosse où El Fundi fera sa despedida française dans un cartel des plus intéressants.

Il n'en reste pas moins vrai que les corridas de Mont de Marsan sont bien plus attrayantes que celles de l'an dernier. Je constate toutefois que Simon Casas - pas plus que les autres - ne fait de miracles puisqu'on retrouve les matadors les plus précieux (Morante et Manzanares) face à l'un des pires élevages qui soit (Parladé). Et je constate aussi hélas que les voisins dacquois ne font pas mieux; on pourra en effet y voir nos deux compères avec du Zalduendo, élevage qui fracasse de manière parfaitement régulière depuis des années. Un beau gâchis en perspective!

vendredi 13 avril 2012

Arles 2012, corrida de Fuente Ymbro

Après les Miuras de la veille  encore une déception ganadera avec une nouvelle série de toros faibles ou invalides. FUENTE YMBRO est-il un élevage surévalué? qui produit trop? Réponse dans les semaines à venir.
Aujourd'hui seuls les deux derniers présentaient de l'intérêt. Le cinquième, un jabonero sucio de charge vibrante et de tête agitée permettait sans doute mieux que ce que nous proposa David MORA encore que sa faiblesse, masquée par une tauromachie linéaire, n'aurait peut-être pas supporté un toreo plus engagé.
Bonne actuacion d'Ivan FANDIÑO, le probe et sérieux matador basque (oreille et oreille).

Pour le jeune Thomas DUFAU cette corrida constituait un test d'importance. Elle était située loin de ses terres d'Aquitaine sur lesquelles il bénéficie de la présence d'un public tout acquis à sa cause. Il était opposé à un élevage considéré comme sérieux et dont la présentation correspondait à ce que l'on est en droit d'attendre d'une arène de 1ère catégorie.
Son premier adversaire avait montré de l'invalidité au cours des deux premiers tercios et avait été protesté en conséquence. L'affaire se présentait donc mal, mais, grâce à un début de faena engagé et alluré, Thomas sut gagner la sympathie du public ... et du toro qui consentit à se livrer. Ce fut là le meilleur de son après-midi. Car, comme il le fait trop fréquemment, il passa alors aux sempiternelles culerinas qui nous privèrent de quelques naturelles sur la bonne corne gauche du bicho et ne recueillirent que de tièdes applaudissements. Une entière très en arrière et salut au tiers.
Face au sixième, un toro imposant, solide et encasté, le Landais ne trouva jamais ses marques. Il avait commencé sa faena par des cambios qui portèrent sur le public. Puis on sentit qu'il y avait trop de toro pour lui - sa carrière très protégée jusqu'ici ne lui a pas permis d'en voir beaucoup d'aussi sérieux. Il s'inhiba, se mit en danger mais eut le pundonor de tuer d'une bonne entière.


jeudi 12 avril 2012

Arles 2012, corrida de Miura

Chaque lot de MIURA combattu ramène l'aficionado à la même question, celle de la fidélité à la légende. Cette légende s'est construite peu à peu, à partir d'événements extraordinaires parmi lesquels la mort de nombreux matador tient une place essentielle. Chaque course est l'occasion de comparer le comportement des toros que l'on voit ici et maintenant avec l'idée que l'on se fait de ce que doit être un toro de Miura. Cet idéal du Miura pourrait tenir, sous sa forme épurée, en trois mots : présentation, puissance, dangerosité.

Qu'en fut-il des Miuras de cette feria arlésienne?

En ce qui concerne la présentation, on peut la considérer comme bonne et conforme à la légende avec même une heureuse surprise pour les cornes. Il y a en effet belle lurette que je n'avais vu des pitones aussi astifinos chez Miura. Il me vient à l'esprit la miurada de 1993 (ma première miurada en ces lieux) où tous les toros arboraient des armures détruites, parfois de simples moignons.
Ce qui peut inquiéter en revanche c'est l'uniformisation des robes. Cinq toros sur six cárdenos, voilà qui est inhabituel dans un élevage connu pour la grande variété de ses pelages.

En ce qui concerne le poder ce fut une véritable bérézina à laquelle l'élevage ne nous a ces derniers temps que trop habitué. Il y eut deux toros invalides (le 4 et le 5), impropres au combat de l'arène; deux toros d'une grande faiblesse (le 2 et le 3); le premier sans faiblesse mais sans poder. Seul le dernier fut conforme à l'image que l'on peut se faire d'un Miura.

Venons-en maintenant à leur dangerosité.
Avec deux extrêmes :
 - le sixième pose, à la muleta, de sérieux problèmes à son matador. Il accepte les passes et charge franchement à condition que le placement du torero soit parfait; ce qu'il refuse en revanche c'est le toreo lié qu'essaie de pratiquer Savalli : à la deuxième passe la charge se raccourcit et à la troisième il vient sur l'homme. Dondequiera, negro bragado cinqueño de 600 kg est le plus miura du lot, le seul du jour à sauver l'honneur de la devise.
 - à l'opposé, Remontisto, sorti en deuxième position fait preuve dans la muleta de Javier Castaño d'une noblesse qui confine très vite à l'innocence et à la fadeur. Il est auparavant allé au cheval avec facilité mais son manque de caractère s'il ne l'empêcherait pas d'être considéré comme un assez bon toro d'une ganaderia commerciale ne peut en faire qu'un médiocre Miura.
En fin de compte les meilleurs moments de la tarde, ceux où les Miuras furent le plus miuras eurent lieu lors de leur sortie en piste. Ils se montrèrent alors plein de fureur et les regards provocateurs qu'ils lancèrent aux occupants  du callejon - leur hauteur le leur permettait - restèrent hélas sans suite.

Mehdi SAVALLI fut, à ses deux toros, remarquable tant lors de ses réceptions à la cape pleines d'art, de sincérité et de dominio que lors de ses paires de banderilles qui mirent les étagères en ébullition. On se souviendra en particulier d'un quiebro inattendu au sixième. Hélas pour lui tout se complique par la suite.

mercredi 11 avril 2012

Arles 2012, la corrida des vieux : Ruiz Miguel for ever

 Ruiz Miguel, Victor Mendes, El Fundi.
Le cartel de la despedida arlésienne du Fundi avait tout l'air d'un OVNI traversant le ciel  de la planète taurine. Il faisait figure d'habile montage destiné à parer la mise à l'écart (justifiée) des vedettes pour cause de prétentions excessives. Bien sûr l'âge des participants (63 ans pour Ruiz Miguel et 53 pour Mendes) et l'éventuel manque de sérieux du bétail pouvaient faire craindre une tarde tournant au grotesque. Pourtant, l'annonce de ce cartel avait avant tout constitué, pour moi, un véritable bain de jouvence : l'impression d'être revenu, par le coup de baguette magique d'une fée taurine, un quart de siècle en arrière!
RUIZ MIGUEL, d'entrée, dissipa tous les doutes. Sans un atome de graisse, débordant d'énergie, sautant la barrière comme un jeune homme, il illumina l'après-midi par son enthousiasme et sa toreria. Toreria car il toréa avec une sincérité, un naturel, une pureté qui constituèrent une leçon de bien toréer à l'usage des jeunes générations. On retrouva aussi le Ruiz Miguel cabochard qui houspille sa cuadrilla (pourtant remarquable) et cabotin qui aime et suscite les applaudissements. Ce qu'on ne vit pas, en revanche, et il est bon de le préciser pour ceux, nombreux, qui le découvraient ce jour, c'est le belluaire aux nerfs d'acier, capable de réduire et de dominer les toros les plus âpres. Il profita, en effet, d'un sorteo particulièrement favorable. Un premier toro très bien présenté mais très noble et faible de pattes, puis un petit toro de réserve d'Antonio Palla, vif et noble mais qui, par manque de fond comme ses frères cadets du matin, baissa de pied après les deux premières séries. On ne saura donc jamais si, face aux 2, 5 ou 6, toros très sérieux, con casta y poder, on aurait retrouvé le Ruiz Miguel de légende, celui qui nous a tant fait vibrer il y a de cela  plus de vingt-cinq ans.

Malgré sa bonne volonté, face à deux toros qui excédaient largement ses possibilités actuelles, Victor MENDES n'a pas pu.

EL FUNDI, dans un jour noir, ne dut qu' à l'émotion légitime suscitée par sa despedida de recevoir des applaudissements. Mais la tauromachie a ses mystères, le lendemain il coupait une oreille à Madrid, plaza avec laquelle il a toujours entretenu des relations difficiles...

Respectueux d'eux-mêmes, de leur passé, du public, Ruiz Miguel, Victor Mendes et El Fundi sont venus à Arles avec la corrida la mieux présentée et la plus encastée de la feria. Six toros con trapío, majoritairement castaños, envoyés par le conde de MAYALDE, et dont l'origine contreras et domecq les apparente aux Baltasar Iban. Parmi eux trois toros de trois piques, gardant jusqu'à la fin du combat mobilité et volonté d'en découdre. Mayalde un élevage digne d'intérêt.

dimanche 25 mars 2012

Feria de Vic Fezensac 2012 : les cartels

Samedi 26 mai
11h
nov. Darré - Bonnet
Borja Jimenez - Javier Jimenez

18h
José Escolar Gil
El Fundi - Fernando Robleño - Sergio Aguilar

Dimanche 27 mai
11h corrida-concours
Carriquiri - J. J. Moreno de Silva - Fidel San Roman
Esteban Isidro - Alcurrucen - Joselito "La Reina"
Antonio Barrera - Ivan Garcia - Morenito de Aranda

18h
Granier "La Cruz"
Julien Lescarret - Joselillo - Raul Velasco

Lundi 28 mai
11h
Flor de Jara
Juan Bautista - Ivan Fandiño - David Mora


Le retour de la novillada le samedi matin - même en mode mineur - est une bonne nouvelle.
En ce qui concerne les élevages, retour logique des Escolar Gil qui n'avaient pu combattre l'an dernier en raison d'un problème sanitaire. En faisant appel aux santacolomas des frères Granier, Vic joue à nouveau son rôle d'explorateur des terres taurines. Le moins que l'on puisse dire du choix des élevages de la corrida-concours, c'est qu'il manque de glamour : deux fois du nuñez et l'empresa qui régale un gros patapouf de son élevage. Ça fait pas rêver!
Côté torero, l'absence de Javier Castaño est totalement incompréhensible. Nous voilà privé d' un matador et d'une cuadrilla qui assurent des lidias correspondant parfaitement aux critères vicois. Un contresens de la part des organisateurs.
Autre grande énigme de ces cartels, la programmation à 11 heures du matin de la corrida du lundi. J'ai d'abord cru comme tout le monde à un lapsus qui serait vite corrigé. Mais non! La corrida du lundi est toujours annoncée à 11 heures du matin. Noyauté par des éléments révolutionnaires, le Club Taurin Vicois a-t-il voulu importuner sa riche clientèle de l'ombre en l'obligeant à subir le soleil de midi? Ou, plus prosaïquement, s'agit-il de permettre aux aficionados venus de loin de prendre le chemin du retour plus tôt? Mystère!

mardi 20 mars 2012

Quand Saint-Simon rend compte au roi d'Espagne d'une manifestation en faveur des corridas

En écrivant ses Mémoires, le duc de Saint-Simon a composé une des œuvres les plus colossales et les plus influentes (rien moins que Proust et Céline comme héritiers) jamais écrite en langue française.
De 1681, date de sa présentation au roi Louis XIV et de son entrée dans les mousquetaires (il a alors 16 ans) jusqu'en 1723, année qui voit la mort de son ami d'enfance et protecteur le duc d'Orléans, régent du royaume, rien de ce qui se passe dans les arcanes du pouvoir n'échappera à son œil acéré. Il se retire alors sur ses terres et pendant plus de 20 ans, il peaufine la version définitive de son œuvre. 7000 pages jubilatoires et impitoyables destinées à montrer les turpitudes du Roi et de la Cour, à regretter le temps -imaginaire - où les Grands du royaume, encore tout empreints de rigueur morale, dirigeaient la politique du pays avec pour seule fin d'établir le bien public et non en pensant à leur enrichissement personnel.
On le voit, les liens avec notre époque ne manquent pas. Les pages sur la Banque de Law, la spéculation effrénée qui l'entoure et sa banqueroute inéluctable pourraient avoir été écrites de nos jours.

Mais venons-en aux toros. Entre octobre 1721 et avril 1722, Saint-Simon passe six mois en Espagne en tant qu'ambassadeur extraordinaire. L'aficionado se frotte les mains, espérant la description d'une corrida royale. C'est compter sans les contretemps de l'Histoire. Car il faut se rendre à l'évidence, Philippe V, petit-fils de Louis XIV, est sur le trône espagnol depuis 1700. Il organise pour son plaisir des chasses terriblement meurtrières mais ne goûte pas les corridas de toros. Cette aversion conduira à la disparition des corridas aristocratiques du paysage taurin espagnol.
Pourtant le peuple ne l'entend pas de cette oreille. Ainsi, un jour, alors que Saint-Simon visite la plaza Mayor :

"Dès que je parus sur le balcon, tout ce qui était dans la place s'amassa sous les fenêtres et se mit à crier : Señor, toro! toro! C'était le peuple qui me demandait d'obtenir une fête de taureaux, qui est la chose du monde pour laquelle il a le plus de passion, et que le roi ne voulait plus permettre depuis plusieurs années par principe de conscience. Aussi me contentai-je le lendemain de lui dire simplement ces cris du peuple sans lui rien demander là-dessus."

Ce ne sont que 5 ou 6 lignes noyées dans l'immensité de l'œuvre mais peut-être les seules dans lesquelles apparaît la vox populi.

Ce que Saint-Simon ne verra pas : corrida royale sur la plaza Mayor en 1675 (anonyme)

dimanche 11 mars 2012

Carte postale

Août 1988. A Parentis, des Prieto de la Cal d'une puissance tellurique viennent de faire des combats d'un autre temps. Quelques jours plus tard, un matin, dans ma boîte aux lettres, cette carte postale envoyée de Turquie par des amis qui connaissent ma passion. Au dos la légende dit : Artvin'de Boga Dögüsü; ce qui, traduit du turc, donne : Combat de taureaux à Artvin - Artvin étant une ville située à proximité de la Géorgie.
Pas de "torero" ici mais un alguacil qui n'est pas d'opérette et un lleno jusqu'aux cimes dans cette magnifique plaza de toros!
Aujourd'hui, sur internet, les informations en français ne sont pas abondantes. Il semble toutefois que la tradition de ces combats de taureaux se soit maintenue voire développée :



dimanche 26 février 2012

Chinito

Une fine silhouette, un visage souriant lors de sa vuelta oreille en main, du bon toreo... mes souvenirs sont forcément imprécis, après tant d'années. C'était il y a 35 ans, à Aire sur Adour...
Lorsque, en cette soirée hivernale bordelaise, j'évoque cette tarde avec Chinito, son visage s'illumine, il se souvient de tout : les novillos de Cortijoliva, les compagnons de cartel, et ce novillo imposant qu'il réussit à bien toréer. C'était il y a 35 ans à Aire sur Adour.
A l'invitation du club taurin Los de José y José, le voici maintenant face au micro. Il évoque les grands moments de sa carrière : le rude apprentissage, les succès madrilènes, l'alternative, les coups bas du mundillo, les désillusions, mais aussi la figure de Christian Montcouquiol, ami d'enfance et compañero d'aficion. Il parle avec sincérité, à l'image de ce qu'était son toreo. L'émotion affleure. Il se dit homme libre et, à le voir et l'entendre, on sait que c'est vrai.
Grâce à Daniel Saint-Lary, l'épopée de Chinito a pris la forme d'un très beau livre publié par les éditions Atelier BAIE. Textes magnifiques, iconographie très riche et adornos toreros sous forme de textes manuscrits de Lucien Orlewski "Chinito de Francia".

dimanche 12 février 2012

Faits d'hiver

Étant donné la crise présente et à venir, le nombre de corridas va encore baisser. Plutôt une bonne chose : la corrida spectacle rare et précieux.




Madrid a mis Simon Casas dans un placard, encore une bonne chose. Madrid, plaza sérieuse, n'a que faire d'un hurluberlu comme lui pour organiser ses corridas.



En Galice, le Partido Popular, "le parti qui défend la corrida", a voté au parlement régional où il est majoritaire, un texte qui interdit l'accès des arènes aux moins de 12 ans. A méditer pour ceux qui ont cru que la victoire du PP aux dernières élections législatives serait une bonne chose pour les toros.


Fernando Cruz a un nouvel apoderado. Lui donnera-t-on enfin l'opportunité de relancer sa carrière?




Les premiers cartels de la temporada ont été annoncés : ils oscillent entre l'intéressant, le grotesque et le pitoyable. Ce qui se dessine, en tout cas, c'est une victoire des grosses empresas contre les matadors indépendants. Affaire à suivre...




 
Au campo pendant ce temps attendent les toros...



photos : Velonero (prises en 2010 chez Patrick Laugier)

dimanche 5 février 2012

Laurent Tailhade, La corne et l'épée

Laurent Tailhade, polémiste libertaire comme on n'en fait plus, a été, au tournant du XIXème siècle, un provocateur littéraire, politique et social de haute volée. Parmi ses titres de gloire :  six mois de prison pour avoir écrit un article incendiaire, véritable appel au meurtre à l'encontre du tsar Nicolas II à l'occasion de sa visite officielle en France; son évacuation de la ville de Camaret sous la protection de la maréchaussée à la suite de ses diatribes contre la bigoterie et l'alcoolisme des populations locales - la célèbre chanson paillarde mettant en cause la vertu des filles du pays aurait été écrite pour se venger des Camarétois; une trentaine de duels, à l'épée ou au pistolet, auxquels il survécut malgré quelques sérieuses blessures. Tout cela avec force contradictions, palinodies et clins d'œil ironiques du destin. Tel cet attentat anarchiste dont il fut victime (il y perdit un œil) alors qu'il avait applaudi quelques mois plus tôt à l'attentat de Vaillant contre la chambre des députés.
Aficionado convaincu, il ne manquait pas une occasion de ferrailler contre les défenseurs des animaux.
La corne et l'épée est un recueil de ses textes taurins rassemblés et publiés en 2011 par les éditions le Festin.
Voici, bel exemple de sa verve ravageuse et jouissive, un extrait de sa lettre ouverte à M. Uhrich, protecteur d'animaux :

La réclame que vous battez sur le cuir des rossinantes et des taureaux si ''méchamment mis à mort'' par Guerrita ou Bonarillo ne date pas d'hier. L'Eglé du ''pauvre Gilbert'', à qui

Un papillon mourant faisait verser des larmes,

assistait, d'une incomparable froideur, à l'inique supplice de Lally-Tollendal. C'était l'aïeule des précieuses de chenil rangée sous vos drapeaux. Car ces anges minaudiers ont d'habitude, sous leurs grimaces doucereuses, une complexion d'eunuque ou de bourreau. L'amour excessif que les catins manifestent à leurs bichons, ces animaux deux fois immondes, éduqués à lécher les excréments du privé et les ordures de l'amour; la manie imbécile des gâteuses sexagénaires qui transforment leur logis en asile pour les matous galeux et les barbets errants, tandis que, sous les ponts misérables, tant de hères passent les nuits de janvier; la fausse bonté dont les antiques ladres pavoisent leur avarice; la badauderie si aisément exploitable des riches idiots; le gâtisme sentimental de Joseph Prudhomme - tous ces éléments réunis et combinés ensemble forment le riche capital sur quoi vous trafiquez, depuis maintes années, sans que le fantôme du ridicule et le dégoût du personnage que vous tenez aient pu dévier, un instant, ce que vous appelez, sans doute, en style de Jocrisse, ''votre sacerdoce'' ou bien encore ''votre mission''.
Heureux mortels! Vous protégez les animaux, depuis le sansonnet de ma portière jusqu'aux biques montagnardes pour qui, dans la solitude tentatrice des hauts lieux, quelques bergers éprouvent une tendresse inconvenante, jusqu'aux pauvres biquettes dont le pucelage est commis à vos soins :

Allez, troupeau jadis heureux! Allez, mes chèvres!

mardi 31 janvier 2012

Ad Arenas : le Palais-Gallien à Bordeaux



Le Palais-Gallien de Bordeaux n'est pas un palais et il n'a rien à voir avec un quelconque Gallien, que celui-ci soit empereur ou médecin. Il s'agit, qu'on se le dise, des arènes antiques de Burdigala, qui pouvaient accueillir au temps de leur splendeur, il y a presque 2000 ans, plus de 20 000 spectateurs.
La très intéressante exposition que l'on peut voir jusqu'au 8 juin à l'archéopôle d'Aquitaine (Domaine Universitaire à Pessac) retrace l'histoire du monument.
Après avoir été, au cours des siècles, successivement, carrière, bourrier, lieu de plaisirs tarifés, lotissement immobilier, il n'en subsiste plus aujourd'hui qu'une porte monumentale et quelques assises de gradins. Des fouilles et études récentes ont permis de préciser la date de sa construction (entre 90 et 150 ap. J.-C.). Dès le début de l'exposition, une animation numérique 3D permet de visualiser l'amphithéâtre tel qu'il était à l'époque romaine; la ressemblance avec les arènes actuelles d'Arles et Nîmes est frappante et l'on se dit que, si les vicissitudes de l'Histoire n'en avaient décidé autrement, ce pourrait être aujourd'hui une plaza de toros à l'égal de celles du Midi méditerranéen...

Dossier exposition "AD ARENAS! Histoires du Palais-Gallien de Bordeaux"


Ruines du Palais-Gallien en 1710 par Alix