mercredi 24 septembre 2014
Ganaderos en difficulté : La Quinta
L' échec est grave et n'est pas sans conséquence car La Quinta est actuellement le seul élevage d'origine santacoloma qui possède à la fois suffisamment de notoriété et de ganado pour pouvoir fournir sans difficulté plusieurs lots dans les arènes importantes de France et d'Espagne. Une bonne temporada aurait non seulement consolidé sa position mais aurait également pu entrainer dans son sillage d'autres élevages d'origine identique actuellement marginalisés ou en reconstruction. Face à la présence toujours plus grande des domecqs, cet échec rend la position plus fragile encore.
Fragilité accrue par un malentendu certain. La mise à l'écart progressive de l'encaste - due en partie à sa difficulté à répondre aux exigences en trapío de la fin du siècle dernier - l'a paradoxalement poussé dans les bras de la famille torista alors que ni son histoire, ni son comportement, ni son trapío ne le prédestinaient à cela. Je me souviens parfaitement que, dans les années 70, époque où l'élevage était encore au firmament, aller voir une corrida de Joaquin Buendía c'était prendre le risque d'une sieste généralisée due à la fadeur de six toritos gris, rondouillards et peu armés. Ils n'étaient bien sûr tués que par des figures, figures capables de faire face lorsqu'un toro encasté - ça arrivait assez souvent aussi - sortait des chiqueros.
On a aujourd'hui l'impression qu'Alvaro Martinez Conradi, propriétaire de La Quinta, n'a pas réussi à trouver la bonne alchimie. A trop vouloir créer un toro qui plaise aux figures d'aujourd'hui, il a laissé cette sosería, qui a toujours été le point faible de l'encaste, envahir son élevage au détriment de la caste.
Mais regardons de plus près sa temporada.
Des trois novilladas sorties en France, celle de Saintsever a été décevante car dominée par la mollesse, celle de Roquefort a été mauvaise, marquée par la faiblesse et le manque de caste, la palme revenant au sixième, de grand trapío (magnifique certes, mais hors du type) qui, durant les vingt minutes de sa vie publique, eut le comportement d'un véritable bœuf de charrette. Celle d'Hagetmau a partagé les avis. Satisfaisante pour les toreros car elle a permis de couper des oreilles, elle n'a pas convaincu l'aficion en raison d'une noblesse si fade qu'elle confinait au decastamiento.
Les corridas seront de même tonalité. On y trouve les mêmes défauts qu'en novillada : faiblesse de pattes, sosería, incapacité à supporter le tercio de pique. Un ou deux toros acceptables à Istres, la rencontre avec un matador en forme (Ivan Fandiño) permettra de sauver la face à Mont de Marsan, mais, en fin de saison, les tardes de Dax et d'Arles constituent deux authentiques fracasos qui laisseront des traces ... chez les organisateurs.
La corrida de Bilbao aurait pu relever le niveau, mais elle aussi fut un fracaso avec notamment deux toros invalides et deux autres faibles; un seul, le quatrième, se montrera brave et encasté. Ce sera, avec la corrida de Gijon qui a vu deux toros récompensés par une vuelta al ruedo, la seule note d'espoir de la temporada.
On le voit, pour Alvaro Martinez Conradi, le bilan tourne à la catastrophe : quand noblesse rime avec mollesse et faiblesse l'avenir sombre dans la grisaille. Il y a une dizaine d'années pourtant, à Vic Fezensac, Mont de Marsan, Roquefort, la noblesse des La Quinta se conjuguait avec caste et bravoure. En cette période d'uniformisation des encastes il serait dommage que les Santa Coloma ne puissent trouver leur place. L'aficion a toujours été prête à les soutenir, encore faudrait-il qu'ils ne la déçoivent pas trop souvent.
samedi 20 septembre 2014
Les lauréats du prix Hemingway
Chaque année, depuis dix ans, les éditions Au diable vauvert éditent un recueil des meilleures nouvelles ayant concouru pour le prix Hemingway.
Voici les lauréats :
2005 : Olivier Deck - Toreo de Salon
2006 : Olivier Boura - Pasiphae
2007 : Robert Bérard - Corrida de muerte
2008 : Vincent Bourg "Zocato" - Arequipa
2009 : Antoine Martin - Le frère de Perez
2010 : Jean Paul Didierlaurent - Brume
2011 : Robert Louison - Pas de deux
2012 : Jean Paul Didierlaurent - Mosquito
2013 : Miguel Sanchez Robles - L'ultime tragédie de l'Occident
2014 : Etienne Cuénant - Latifa
2019 : Cyril Fabre - Mecha de Plata
2020 : Elise Thiébaut - Un toro dans la reine
2021 : Hélène Goffart - Les liens du groupe sanguin
2022 : Antonio Blazquez Madrid - La dernière chance de El Lagartijo

lundi 8 septembre 2014
Où sont les jeunes?
Certes on sait que Simon Casas, l'organisateur du lieu, sous des dehors agités, est depuis longtemps confit dans le conformisme. Mais quand même! On en viendrait à croire que personne n'a pris l'alternative depuis 2007. Bien sûr, on a connu des époques plus brillantes en jeunes pousses mais Alberto Lamelas, Pepe Moral, Juan del Alamo, Jimenez Fortes, David Galvan, Lopez Simon ou Juan Leal ne sont pas tout à fait des inconnus et, cette année, Rafael Cerro, Javier Jimenez et Roman sont devenus matadors de toro. Mais rien, nada, niente, pas la moindre petite place, ne serait-ce que pour l'un d'entre eux ... Une drôle de façon de préparer l'avenir!
Chronologie des alternatives depuis 2001
photo velonero
jeudi 28 août 2014
Quelques jours à Bilbao
Les toros de Domingo Hernandez "Garcigrande"
La ganaderia Domingo Hernandez "Garcigrande" n'est pas celle qui vend actuellement le plus de toros pour rien. Elle semble avoir réussi à produire en série des toros que tout le monde aime. Les matadors car leur noblesse naïve permet beaucoup et gêne peu, les aficionados car la corrida est brillante sans être scandaleuse, le grand public car on coupe des oreilles et les organisateurs pour toutes ces raisons réunies. Le hic : l'uniformité, le manque de personnalité, de passion. Le règne du prévisible.
Hechicero le 3 était sans doute un toro brave car il n'a cessé de charger. Il n'a impressionné personne lors du tercio de pique mais il faut reconnaitre que les toreros n'ont rien fait pour l'y mettre en valeur. Ce que je lui reprocherais c'est l'impression qu'il m'a donné de n'être qu'une mécanique, une machine à embestir (mais peut-être cela tient-il aussi à celui qui l'a toréé). Deux fois, lors des remates, il a perdu de vue la muleta et il s'est arrêté, perdu, tête en l'air, montrant le cul à son torero. Un signe habituel de decastamiento.
Miguel Angel Perera
Je n'ai pas aimé non plus la faena que lui a donné Miguel Angel Perera, trop facile, trop superficielle. Son toreo, en ce qui me concerne, ne passe pas la rampe devant ce genre de toro.
Une minorité d'âmes sensibles ayant demandé l'indulto de la brave bête, Miguel Angel s'en trouva tout déconcentré et tua de manière calamiteuse.
Que les Péréristes se rassurent (j'ai l'impression que tout le monde, cette année, est devenu pérériste) j'ai, en revanche, bien aimé l'Extremeño à son second toro. Celui-ci était loin d'être un foudre de guerre, mais il sut le mettre en confiance et le dominer sans brusquerie. Faena précise, templée, parfaitement construite. Un travail encore mal conclu, épée en main par un bajonazo qui passa inaperçu d'une partie du public - le toro tomba illico foudroyé - mais pas du président (une seule oreille, donc).
Et je l'ai carrément trouvé formidable le lendemain face à un Jandilla atypique, à la charge d'une extrême brusquerie - il sautait dans la muleta - que le maestro, d'une sérénité imperturbable, domina remarquablement. Oreille encore envolée après nouvel échec à l'épée.
Être matador
Matador, c'est l'honorable profession qu'exercent Miguel Angel Perera et Ivan Fandiño. Or, en huit toros, tous deux ont accumulé un nombre incroyable d'échecs épée en main. L'Extremeño a perdu ainsi au moins quatre oreilles. Ses bajonazos à répétition ont marqué son incapacité à se livrer sans appréhension au moment où il est nécessaire de quitter des yeux la tête de son adversaire. Une limitation regrettable à son dominio muleta en main.
En ce qui concerne Ivan Fandiño, la qualité de ses coups d'épée a toujours été un élément non négligeable de son succès. Pourtant, en deux jours, lui aussi a complètement failli en ce domaine et a accessoirement perdu plusieurs oreilles. Ses pinchazos tendidos à répétition semblaient être portés par un novillero débutant qui ne maitrise pas encore la coordination des gestes indispensable pour porter une bonne estocade.
Les toros de Jandilla
Les toros de Jandilla furent inégaux en caste mais intéressants par la variété de leur comportement.
Dans l'ordre :
- deux colorados faibles et décastés
- un cinqueño avisé et brusque
- un quatrième listo et revoltoso
- un cinquième cinqueño à l'étrange embestida: sa charge était longue et galopante mais il sautait pour essayer d'attraper la muleta; il permit à M. A. Perera de montrer l'étendue de son dominio
- enfin le dernier au comportement plus attendu, un burraco très noble et faible.
Juan José Padilla
Réflexes amoindris, champ de vision réduit, Juan José Padilla ne put lutter à armes égales contre Trailero le quatrième Jandilla, d'autant que son pundonor toujours intact le poussa à relever le défi que lui imposait la caste du toro. Celui-ci, en le prenant deux fois, pour deux grosses cogidas au cours desquelles on frôla un nouveau drame, envoya un message très clair au Jerezano : "Torero, l'heure de la retraite a sonné!"
Le président
En refusant la deuxième oreille à Perera après un bajonazo et en ne prenant pas en compte la demande (il est vrai très minoritaire) d'indulto pour Hechicero, le président Matias Gonzalez fut
encore une fois parfait dans son rôle de gardien du temple. Au grand dam des démagogues de la fiesta!
photos velonero : vuelta à Hechicero de Garcigrande
vue depuis Artxanda (on aperçoit la plaza de toros)
Nota : Je reviendrai plus tard sur les toros de La Quinta
lundi 18 août 2014
Un lot extraordinaire de Pedraza de Yeltes
Il est rare, extrêmement rare, d'assister au combat d'un lot aussi complet que celui lidié en ce samedi 14 août dans les arènes de Dax.
Et d'abord à la pique où 17 fois les Pedraza partirent à l'assaut de la cavalerie en galopant puis en poussant longuement et sans jamais relâcher leur pression sur le cheval, avec toute leur bravoure de véritables toros de combat. Le point d'orgue étant le tercio d'anthologie offert par Miralto, troisième toro de la tarde. 4 grandes piques prises de plus en plus loin, la dernière depuis l'opposé de la piste, et tenues d'une main de fer par cet authentique maestro qu'est Tito Sandoval.
Puis, à l'exception du deuxième, tous nobles avec de la fixité et le désir, toujours, d'aller jusqu'au bout de leur charge. La noblesse des authentiques braves.
Il est certain que ce lot marquera de son empreinte la temporada et il faut féliciter les organisateurs dacquois pour l'avoir présenté en leur feria. Il est certain aussi que la présence physique et le comportement de ces toros remet en cause quelques idées reçues.
La première concerne le poids. Lorsque j'en ai pris connaissance (autour de 600 kg) sur le programme distribué à l'entrée, j'ai un peu tordu le nez, craignant que des toros si lourds ne tiennent pas la distance. Il n'en a rien été. Au contraire, leur masse physique leur a sans doute donné un surcroit de puissance. Bien élevé et doté de bravoure et de caste il semblerait que l'encaste Parladé - Domecq (contrairement à d'autres) ait plus à gagner qu'à perdre à fleurter avec les 600 kg.
On accuse souvent les toros d'origine domecq de n'être que des toros de troisième tiers et c'est souvent vrai. Les Pedraza de Yeltes ont prouvé qu'il pouvait en être autrement. Tous ont eu suffisamment de ressources physiques pour que leur caste puisse à la fois s'exprimer pleinement au cours du premier tiers, mais aussi, par la suite, au dernier tiers au cours duquel ils ont développé des charges puissantes et longues - y compris les deux de Ferrera qui avaient été sciemment massacrés aux piques ( le 4 avant de s'arrêter, visiblement au bout du rouleau, avait chargé avec une étonnante vivacité). Les toros de Pedraza de Yeltes ont été sans conteste des toros complets.
Il faut en venir maintenant aux points noirs de la course car, trois fois hélas, il y eut aussi beaucoup de ratés en cette après-midi qui aurait dû être triomphale et qui ne le fut pas en raison de l'insuffisance de certains éléments humains. La fameuse équation taurine Toros + Matadors = Constante fut une fois de plus parfaitement respectée.
Antonio Ferrera s'est contenté de toucher le cachet. Il gâcha deux grands toros et repartit sous les sifflets. Honte à lui!
On connait les limites de Javier Castaño muleta en main, on les accepte en contrepartie des qualités de sa cuadrilla. Mais voir les deux toros de bandera qui lui échurent aujourd'hui mourir tristement sous une kyrielle de pinchazos mal portés par un torero de troisième catégorie laissa en bouche un goût amer.
En comparaison, Diego Urdiales fait figure de génie. Pourtant sa tarde - même si c'est à lui que l'on doit les moments de meilleur toreo - fut loin d'être glorieuse. Il connut d'abord les affres des trois avis face à un toro haut, puissant et incertain de comportement auquel il répondit lui-même par l'incertitude de ses actions. Si l'on ajoute à cela les préalables atermoiements sur la troisième pique qui finalement ne fut pas donnée et l'affolement de sa cuadrilla dans les dernières minutes, les trois avis sonnèrent comme une fatalité.
Il eut le mérite de reprendre confiance face au cinquième au point de réussir une assez bonne faena suivie d'une entière desprendida. Le tout ne méritant pas les deux oreilles accordées par un président inconséquent. Car, de ce fait, la grande tarde de toros offerte par les Pedraza de Yeltes se termina dans le ridicule avec la sortie a hombros dans l'indifférence générale d'un matador qui avait reçu trois avis pendant que le public réclamait à pleins poumons la présence dans le ruedo d'un mayoral par trop discret.
Dacquois, il va falloir apprendre aussi à mettre en scène le triomphe des élevages!
mardi 12 août 2014
Des taureaux en Belgique
Du nord au sud, d'est en ouest, à travers tout le pays, s'affiche le logo de la bière la plus populaire de Belgique, la Jupiler.
Deux taureaux semblent monter la garde devant la cathédrale de Bruxelles (sculpture de Matthieu Michotte).
Au hasard de la visite des prestigieuses collections des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique on peut tomber nez à nez avec cette sculpture de Léon Mignon.
Dans la capitale européenne l'Enlèvement d'Europe s'imposait. Placée devant l'immeuble du Conseil de l'Union Européenne cette œuvre de Léon de Pas semble symboliser la fragilité de la démocratie face au pouvoir des technocrates et des lobbyistes (pas moins de 10 000 d'entre eux gravitent dans les parages!).
Et oui! Il existe bel et bien une plaza de toros à Bruxelles!
La Maestranzita en el parc Mini- Europe, vue depuis l'Atomium.
photos : Velonero et Laetitia D.
vendredi 8 août 2014
Hommage à Hubert Yonnet
Chacun sait qu'Hubert Yonnet a été un éleveur remarquable. N'oublions pas qu'il fut aussi, en particulier lorsqu'il était à la tête des arènes d'Arles, un organisateur exemplaire. Pour lui rendre hommage, cette photo de Cassaïre, novillo combattu à Roquefort en 2005 par Alberto Aguilar.
Cassaïre, sixième novillo de l'après-midi, prit 4 piques pour une chute et fut honoré d'une vuelta al ruedo.
Je garde aussi comme précieux souvenir la novillada lidiée en Arles par El Lobo, Morenito d'Arles et Diamante Negro pour la feria pascale de 1997. Six novillos qui représentaient par leur trapío, bravoure, noblesse, poder et caste tout ce qu'un aficionado (et un bon torero) peuvent attendre de mieux d'un toro de combat.
photo : Christophe Georgeval
dimanche 27 juillet 2014
Roquefort : le retour des novillos de La Quinta

Vendredi 15 août
11h. novillada sans picadors
erales de L'Astarac, Malabat, Alma Serena, Casanueva
Luis David Adame - El Adoureño
18h. novillada
La Quinta
Gonzalo Caballero - Borja Jimenez - Andres Roca Rey
Les novillos du fer de La Quinta fouleront le sable du ruedo roquefortois pour la sixième fois. Il y a une dizaine d'années ils ont été les protagonistes de novilladas de haut niveau.
2002 La Quinta
Emilio Laserna - Javier Solis - Sanchez Mora
Lot magnifique, tercios de pique de qualité et vuelta pour Bolichero, cinquième novillo de l'après-midi.
2003 La Quinta
Javier Solis - Miguelin Murillo - Luis Bolivar
Le lot entier est de qualité exceptionnelle (vuelta du 1, Escandalo et du 4, Pavito), novilleros et picadors à l'unisson : une tarde pour le souvenir.
2004 La Quinta
Salvador Cortes - Carlos Doyague - José Luis Torres
Vuelta pour le 3 Cantinero et triomphe de José Luis Torres.
2008 La Quinta
Antonio Nazaré - El Payo - Javier Cortes
Retour en juin des La Quinta après une interruption due à la langue bleue, un lot un peu inégal mais encasté.
2009 La Quinta
Javier Cortes - Ignacio Gonzalez - Angelino de Arriaga
Déception dans un ensemble où la fadeur domine.
photos au campo (mars 2014) : Xavier Martin
mercredi 23 juillet 2014
Madeleine 2014 : novillada et corrida de Victorino Martin
Les novillos de l'éleveur gersois Jean Louis DARRÉ "CAMINO de SANTIAGO" ont apporté de la diversité et de l'intérêt à la matinée. Le premier bis faible de pattes (ça commençait mal car il remplaçait le titulaire invalide), le deuxième fuyard, puissant et mobile, le troisième noble et le quatrième manso mobile.
Gines MARIN a laissé sa carte de visite : toreo fin et élégant, sincérité et aisance technique. Deux oreilles du trois et un novillero que l'on a envie de revoir.
Louis HUSSON avec les deux mansos ne perdit pas pied et en termina par une grande estocade qui lui valu une oreille.
Corrida de VICTORINO MARTIN
Le lot de Victorino en trois mots : trapío, fixité, noblesse. Avec trois très bons toros. Le 1 à la charge puissante, un de ces toros dont on dit qu'ils transmettent; le 3 un toro muy serio qui est allé à mas dans la muleta assurée d'Alberto Aguilar; le 5 enfin, mal mis en valeur au premier tercio puis avec une noblesse pastueña exigeant un toreo de qualité. 13 piques pour l'ensemble avec des poussées irrégulières.
Diego URDIALES a conquis le public et son triomphe fut des plus légitimes. Quel engagement! Quelle sincérité! Quelle sûreté pour un torero qui torée si peu! Et quelle beauté dans son toreo!
Maintenant une question. A 39 ans, après 15 ans d'alternative, Diego faisait sa présentation aux arènes du Plumaçon. Que penser d'un système taurin qui a caché aux Montois (et à bien d'autres) un torero d'une telle qualité?
Alberto AGUILAR a connu une bonne tarde, rassurante dans une temporada qui, après une blessure cet hiver en Amérique qui lui a laissé des séquelles physiques bien visibles, s'avère difficile pour lui. Mais toujours cette faiblesse à l'épée.
Manuel ESCRIBANO est passé à côté du 5. Profilé, superficiel, allant a menos ... et souffrant de la comparaison avec ses compañeros, il ne dut qu'à une excellente estocade de couper l'oreille. Le bon public montois sut lui signifier qu'il était en droit d'attendre mieux devant un tel toro.
mardi 22 juillet 2014
Madeleine 2014 : corrida de La Quinta
Le cartel avait tellement fait rêver que la prosaïque réalité d'une assez bonne tarde ordinaire ne pouvait qu'avoir un petit goût de grise banalité.
On attendait d'abord les toros de La Quinta. Leur bonne temporada 2013 avait ravivé ici le souvenir de l'immense lot de 2008, étaient présent aussi dans la mémoire de beaucoup les grands toros des corridas-concours vicoises ainsi que les excellentes novilladas roquefortoises d'il y a quelques années.
Il y avait ensuite la perspective du duel El Juli - Ivan Fandiño, duel entre deux idoles montoises, l'ancienne et la nouvelle, mais duel aussi entre deux conceptions radicalement opposées de l'éthique taurine.
Or, les toros de La Quinta ont été nettement en dessous des attentes; quant au duel il n'a pas eu lieu en raison de l'abdication de l'un des combattants.
D'entrée, Espartero premier toro de La Quinta se chargea de doucher les espérances. Haut, maigre, pustuleux et invalide, il avait sans doute, grâce à l'opportunité de ce voyage vers Mont de Marsan, évité la triste fin de l'abattoir que ses six herbes semblaient devoir lui promettre. Il donna le ton de la course, celui de la faiblesse qui réduisit le tercio de pique à une simple formalité. Dès lors, malgré quelques retours de caste, surtout en fin de combat, la tarde ne pouvait dépasser le niveau d'une corrida pour vedette qui fonctionne. C'était nettement insuffisant en regard des espoirs de l'aficion.
Celui qui ne fonctionna pas en revanche ce fut El Juli. Nous avons assisté de manière tout à fait inattendue à un surprenant effondrement moral de sa part. Des caricatures de julipiés ratés à son premier au renoncement à toute faena à son second (alors que le toro s'était montré d'une grande noblesse à la cape) jusqu'à la sortie sous les sifflets, le Juli a bu ce jour le calice jusqu'à la lie.
Faut-il y voir un simple accident de parcours lié à un lieu - le Sud Ouest de la France - dans lequel il ne se sent plus en territoire conquis? Doit-on penser qu'il a surestimé ses forces et que ses épaules ne sont pas assez larges pour assumer à la fois la competencia sur le sable des arènes et la guérilla qu'il mène contre les organisateurs dans les coulisses? ... Ses prochaines actuations nous en diront peut-être davantage...
Tout cela ne doit pas occulter les satisfactions de la tarde. A commencer par Ivan Fandiño venu, lui, en découdre et repartant avec trois oreilles; et le plaisir de revoir, après tant d'années, Antonio Ferrera qui sut faire apprécier sa maturité rayonnante.
A propos d'Antonio Ferrera, il est bon de se souvenir qu'il avait, lui aussi, en ses jeunes années, osé défier le Madrilène (rappelons-nous une certaine tarde dacquoise). Il avait alors été écrasé par le système Juli qui l'avait ostracisé sans ménagement.
Mais la temporada suit son cours. On attendra avec intérêt le combat des novillos de La Quinta à Hagetmau et à Roquefort ainsi que la répétition du cartel montois en août à Bilbao tant "la corrida est le spectacle mêlé d'une déception et d'une espérance toujours renouvelées¹"
¹Bernard Marcadé, Ai no corrida, in Artpress 2 n°33 "L'art de la tauromachie" (une excellente surprise que ce numéro et une lecture passionnante)
mardi 15 juillet 2014
Jacques Faget de Baure, premier aficionado orthézien
Le voici vers 1780 à Pampelune, précisément pour la San Fermin : "Tout était en mouvement : les vieillards eux-mêmes étaient dans une agitation qu'il est difficile de concevoir."
Il assiste bien sûr à un encierro :
"Ces taureaux sont des animaux sauvages, on va les chercher au sommet des montagnes. On les attire en leur présentant des vaches, que l'on se hâte ensuite de chasser devant eux. Ils les suivent, entraînés par un penchant aveugle. On les conduit ainsi jusqu'à Pampelune; au moment où ils doivent entrer dans la ville, tous les habitants se rangent des deux côtés de la rue, laissant entre eux un passage libre. Les taureaux, toujours précédés par les vaches, s'élancent impétueusement à travers deux files de manteaux qui voltigent sur leur passage; des applaudissement retentissent autour d'eux; leur course est si rapide qu'ils ne se détournent jamais. On les prendrait pour des conquérants qui ne daignent pas jeter les yeux sur leurs conquêtes."
Et, bon sang ne saurait mentir, il nous offre une profession de foi toriste :
"Le taureau est réellement le héros de ce spectacle. C'est sur lui que l'intérêt se réunit. Il est fier, impérieux, indomptable. Il a la force, la beauté, le courage : il est malheureux. Que faut-il de plus pour en faire un héros de tragédie?"
source : Bartolomé et Lucile Bennassar, Le voyage en Espagne anthologie des voyageurs français et francophones du XVIème au XIXème siècle, Robert Laffont bouquins.
vendredi 11 juillet 2014
Expertise des cornes 2013
Leur action a également permis, on le sait, de renforcer la légalité de la corrida en France.
En ce qui concerne la lutte qu'ont toujours menée les aficionados pour le respect de l'éthique de la corrida et en particulier contre la pratique de l'afeitado, j'ignore dans quelle mesure la perspective de les voir s'emparer de tout scandale impose la prudence aux mauvais penchants du mundillo. On peut en tout cas penser que les expertises de cornes réalisées sous la houlette de l'UVTF permettent de contenir le phénomène. Car, parmi les aficionados, qui ferait confiance aux matadors du G5 et à leurs éminences grises si la bride ne leur était pas un peu tenue?
Voici donc publié le rapport portant sur les armures prélevées durant la temporada 2013 dans les arènes françaises de première catégorie (sauf Nîmes qui semble craindre ce contrôle et refuse de s'y soumettre).
Rien de nouveau sous le soleil, les résultats ressemblent comme deux gouttes d'eau à ceux de l'an passé.
Fuente Ymbro continue à abuser de l'arreglado (6 au total; soit 2 par course, ce qui correspond au maximum autorisé), de même que Dax chez les villes (8 arreglados déclarés dans la temporada!).
Au tableau d'honneur des élevages (ni afeitado, ni arreglado) :
- José ESCOLAR GIL
- Domingo HERNANDEZ ''GARCIGRANDE''
- La QUINTA
- Adelaida RODRIGUEZ
vendredi 4 juillet 2014
Soria (3)
Domingo de Calderas
Si le catholicisme espagnol avec son culte des reliques, des saints et des innombrables vierges fleurte souvent avec le paganisme, la procession du domingo de Calderas est, elle, entièrement païenne. Chaque Cuadrilla dont les membres sont habillés de vêtements traditionnels accompagne dans les rues de la ville sa Caldera, un petit paso fleuri et décoré au centre duquel trône l'essentiel : la nourriture, disposée dans un chaudron (caldera). Poulet, viande de toro,chorizo, œufs, fruits, pain et vin traversent ainsi la ville depuis la plaza Mayor jusqu'au Parque Municipal.
Corrida d'El Torreon : un Fandiño de haut niveau
La corrida d'EL TORREON est discrète de présentation, médiocre de caste et souvent faible de pattes. 6 toros, 6 piques.
Le public a quasiment rempli les arènes. C'est un public gentil sans être triomphaliste et qui garde certains critères. Ainsi le deuxième toro est sérieusement protesté pour sa faiblesse et son manque de trapío.
Sébastien CASTELLA fait preuve de professionnalisme mais il lui a manqué l'étincelle que les toros n'apportaient pas.
Ivan FANDIÑO, au contraire, est en permanence animé par une éclatante volonté de triompher. Avec, en plus, un toreo à la hauteur de ses ambitions. Sa faena au cinquième fut marquée par la sincérité, le dominio et la profondeur. Deux oreilles méritées après une bonne entière.
Sans pousser le contre-ut, Alejandro Talavante construit bien ses faenas et se montre efficace épée en main (oreille et oreille).
NB
Jueves la Saca
On peut voir sur l'affiche de la feria une photographie qui interroge. Il s'agit de l'évènement taurin le plus original de la feria, attesté depuis le XVIème siècle. Au cours de ce qui s'apparente à une abrivado, les douze novillos qui seront combattus le lendemain sont amenés depuis le monte Valonsadero situé à cinq kilomètres de la ville jusqu'à la plaza de toros.
Pour plus de précisions sur cet évènement et bien d'autres, tant ces fêtes semblent regorger de richesses, voir le site très complet : sanjuaneando.com
jeudi 3 juillet 2014
Soria (2)
Dans le déroulement des Sanjuanes de Soria chaque jour a sa spécificité. Le samedi, les douze Cuadrillas (sorte de peñas qui sont l'émanation de chaque quartier de la ville) organisent la distribution à la population de la viande des douze novillos (un par quartier) tués la veille lors des novilladas non piquées données dans des arènes survoltées. Dans la soirée a lieu la vente aux enchères des abats.
Corrida d'Adolfo Martin
Demi-arène d'un public composé essentiellement d'aficionados pour une corrida d'Adolfo MARTIN brave sous neuf piques et de jeu inégal par la suite. Difficile le lot de Javier CASTAÑO, faible et sans caste celui de Manuel ESCRIBANO, les meilleurs pour Morenito de ARANDA avec le bon troisième, un toro complet, ovationné à l'arrastre, et le noble sixième.
L'évènement de la course fut la blessure de David Adalid par le cinquième toro. La fameuse cuadrilla de Javier Castaño s'est montrée toute l'après-midi très en-dessous de sa réputation; lors de sa dernière paire, David Adalid, déjà hésitant et sans réussite lors des poses précédentes, trébuche devant le toro qui le prend au sol et lui inflige un coup de corne dans la cuisse.
L'ovation de la tarde sera destinée à Luis Carlos Aranda pour une magnifique paire au sixième. Son maestro, Morenito de Aranda, avec une actuation certes pleine de classe, mais manquant d'entrega et de dominio et achevée par des épées calamiteuses, ne saura profiter d'un sorteo particulièrement favorable.
Photos Velonero
mercredi 2 juillet 2014
Soria (1)
Soria inspiratrice de poètes
¡Soria fria! La campana
de la Audencia da la una.
Soria, ciudad castellana
¡tan bella! bajo la luna.
Antonio Machado
Petite capitale de province, éloignée, depuis la fin de la transhumance et du commerce de la laine, des grands axes de communication et de production, Soria a su retenir l'intérêt des poètes. Ce sont tour à tour Gustavo Adolfo Becquer, poète romantique du XIXème siècle, puis Antonio Machado et Gerardo Diego au début du XXème qui trouvèrent dans le charme de la vieille cité castillane, de ses alentours ... et de ses femmes une inspiration pour leur œuvre poétique.
Antonio Machado devant le lycée de Soria ou il fut professeur de langue française de 1907 à 1912.
Ces cinq années révélèrent au poète l'âpre terre de Castille qui sera l'une des sources les plus fécondes de son œuvre en particulier dans le magnifique recueil "Campos de Castilla" paru en 1912.
Proverbios y cantares VIII
Entre el vivir y el soñar
hay una tercera cosa
Adivínala.
Proverbios y cantares V
Il épouse en 1909 Leonor, jeune Soriana de 16 ans qui décède de la tuberculose en 1912.
Soñé que tú me llevabas
por una blanca vereda,
en medio del campo verde,
hacia el azul de las sierras,
hacia los montes azules,
una mañana serena.
Sentí tu mano en la mía,
tu mano de compañera,
tu voz de niña en mi oído
como una campana nueva,
como una campana virgen
de un alba de primavera.
¡Eran tu voz y tu mano,
en sueños, tan verdaderas! ...
Vive, esperanza, ¡quien sabe
lo que se traga la tierra!
Gerardo Diego, poète avant-gardiste ... et taurin, fut lui aussi nommé, quelques années plus tard, professeur au lycée de Soria. On le voit ici devant le luxueux Casino Numancia dont il était socio. Le troisième étage du casino est aujourd'hui un musée dédié aux poètes de Soria.
J'ai rêvé que tu m'emmenais sur un blanc sentier
parmi la verte campagne, vers l'azur des sierras,
vers les montagnes bleues, par un matin serein.
J'ai senti ta main dans la mienne, ta main de compagne,
ta voix d'enfant à mon oreille comme une cloche neuve,
comme une cloche vierge d'une aube de printemps.
Ta voix et ta main, en rêve, étaient si vraies!...
Vis mon espérance! qui sait ce qu'emporte la terre!
photos: Velonero
jeudi 26 juin 2014
Corridas en Catalogne en 2014
samedi 12 juillet
18h. corrida Adolfo Martin
Diego Urdiales - Fernando Robleño - Camille Juan
dimanche 13 juillet
11h. novillada Vale do Sorraia
Diego Fernandez - Roberto Blanco - Vicente Soler
18h. corrida Felipe Bartolomé
Frascuelo - David Mora - Esau Fernandez
lundi 14 juillet
18h. corrida Victorino Martin - Escolar Gil
Fernando Robleño - Paulita - Alberto Aguilar
Millas
dimanche 10 août
novillada-concours
Francisco Galache - Valdefresno - Flor de Jara
Aurelio Hernando - Jalabert "Le Laget" - La Interrogacion
Tomas Angulo - Antonio Linares - Clemente
Correbous
Quelques photos du correbou qui a eu lieu ce mois-ci à Badalona dans la banlieue de Barcelone :
dimanche 22 juin 2014
Corrida de La Brède : des Fuente Ymbro en demi-teinte
Les toros de FUENTE YMBRO - bien présentés pour la catégorie de la plaza - ont soufflé le chaud et le froid. Le glacé même pour les trois premiers, faibles et sans caste. Sans doute les effets à retardement du pienso néfaste de l'an dernier dont ils avaient dû avoir double ration...
Heureusement les trois derniers relevèrent le niveau. Le 4 s'engouffre avec noblesse dans la cape d'Alberto AGUILAR puis prend bien - comme la plupart de ses frères - la pique (7 pour l'ensemble du lot). Le torero replace le toro pour une seconde rencontre puis il se ravise et demande le changement de tiers. Grave erreur Alberto! Le toro, encasté, mobile, jamais fixé, va prendre l'ascendant sur le matador qui, pensant avoir hérité d'une perita en dulce, se retrouve avec un bonbon au poivre. Échec du Madrilène et silence sur les étagères.
Nous en sommes à ce moment de la course à quatre silences pour quatre toros; vraiment inhabituel en ces lieux ... La situation est grave mais pas désespérée ... car le cinquième toro de l'après-midi ne va pas faire mentir l'adage en se révélant le meilleur de la soirée. Brave en deux piques puis d'une noblesse qui transmet, il sera arrastré sous l'ovation. PEREZ MOTA confirme la bonne impression laissée à Vic avec une faena complète et de bon goût constituée de séries aux passes templées et longues (au détriment sans doute d'une position plus croisée) déclenchant les olés de l'après-midi. Mise à mort un peu longuette. Une oreille.
Avec le sixième, un manso noble, Juan LEAL trouve un partenaire idéal pour la tauromachie de proximité qu'il semble affectionner. Le jeune torero fait preuve de maîtrise dans ce toreo qui s'inscrit dans la lignée des Damaso Gonzalez et autres Paco Ojeda 2, et il faut dire que c'est parfois impressionnant. Deux oreilles donc après une mise à mort rapide... Mais attention à ne pas négliger le toreo fondamental, c'est celui qui permet les grandes carrières...
Volapié de Perez Mota
mercredi 11 juin 2014
Ma feria de Vic 2014 (2) : corrida de Dolores Aguirre
J'ai vu peu de corridas de Dolores Aguirre et le hasard a voulu qu'elles fussent chaque fois d'une grande toréabilité (j'emploie ici ce mot bizarre à dessein). Mais avec la corrida vicoise de lundi, cinqueña et de tamaño supérieur, nous étions dans une autre dimension de la tauromachie. Hors de la norme assurément mais dans une réalité du combat taurin dont il est bon, de temps en temps, de sentir l'existence. Comme un retour du refoulé qui nous exploserait à la gueule.
Ici, le sens des mots que nous avons forgés pour qualifier le comportement du toro de combat devient incertain. La mansedumbre, par exemple, peut se transformer en qualité lorsqu'elle s'allie avec la caste et la férocité au point de provoquer des émotions que peu d'autres élevages sont capables de susciter aujourd'hui. La puissance et la dureté sont portées à de telles dimensions qu'elles marqueront profondément la mémoire des spectateurs et plus encore certainement celle de tous les coletudos présents dans le ruedo. De cette corrida restera donc le sentiment d'avoir assisté à quelque chose d'étrange, de rare, d'exceptionnel et pour tout cela de terriblement nécessaire.
Quelques images de la tarde
- le galop inépuisable de Comadroso I (2) au troisième tiers, semblant chercher une muleta capable de le dominer
- les banderilleros de Javier Castaño en difficulté face à Comadroso (5) - ce ne sont donc pas des extra-terrestres!
- Gabin Rehabi s'avançant avec foi et innocence dans le terrain de Cantinillo (6) tel Don Quichotte partant à l'assaut des moulins
- la course d'Alain Bonijol vers son cheval resté seul face à la férocité de Cantinillo
- les quatre banderilles posées à l'unité par la cuadrilla de Lamelas avec la compréhension du public (même les plus obtus des spectateurs - et dieu sait s'ils sont nombreux ici - avaient compris le danger)
- la pâleur impressionnante d'Alberto Lamelas lorsqu'il s'est saisi des trastos
- les olés courts et écorchés d'angoisse pendant la faena
- la clameur de délivrance du public lorsque Cantinillo a été foudroyé par le descabello
- la beauté et la sérénité de Destinado lors de son tour de piste final sans caparaçon.
Quelques mots sur la faena d'Alberto Lamelas
Bien sûr il n'était pas question de temple, de repos, d'esthétisme, mais la faena d'Alberto Lamelas fut une vraie faena et non pas seulement un acte d'héroïsme sans effet sur le toro. Elle fut composée de séries construites et terminées par des remates, le torero imposant son trajet à son adversaire. Donnée dans un même terrain, sans passes inutiles, elle fixa le toro. De fait celui-ci se trouva igualado dès la dernière passe. Habitué à charger le leurre durant la faena, il le suivit sans problème lorsque, au moment de vérité, la main gauche du matador dévia son ultime charge. Ainsi, on peut penser que, sans cette faena, l'estoconazo final n'eût pas été possible ou bien se serait terminé en tragédie. La faena de Lamelas peut donc être considérée comme un acte de courage extrême mais aussi comme le parfait exemple d'une lidia exactement adaptée à la condition du toro.
mardi 10 juin 2014
Ma feria de Vic 2014 (1)
Corrida entretenida de Cebada Gago avec un grand final
Il y eut d'abord le trapío. Un lot de toros homogène dans la finesse des formes, la préciosité des capes, le sérieux des armures.
Il y eut ensuite la mobilité et parfois la noblesse, avec pour bémol, chez certains, une pointe de faiblesse de pattes.
Il y eut enfin Castañuelo, la quintessence de ce que peut offrir un élevage de solera comme celui de Cebada Gago.
Il paraît que les figures - et même certaines demi-figures - refusent de toréer les Cebada Gago. Tant mieux pour les matadors plus modestes lorsque, tel Perez Mota ce jour, ils sont mûrs pour assumer une rencontre à côté de laquelle il ne faut pas passer quand on désire sortir de l'anonymat. Il y a parfois une justice dans les toros; beaucoup de carrière sont nées ainsi.
De fait, dès la réception à la cape, Perez Mota sut mettre à profit la charge soutenue de son adversaire. Une charge longue, noble, profonde qui, à la fois, permettait et nécessitait un toreo de qualité; un toro pour triompher a lo grande. Le Gaditano torea avec sincérité, classicisme, sans fausse note et avec un temple extraordinaire qui déclencha les olés longs du public vicois. Estocade desprendida. Deux oreilles pour le matador et vuelta pour le toro (toro de trois piques, il faut le préciser), unanimement ratifiées.
On revit Luis Vilches avec plaisir. Il eut en partage deux toros nobles et mobiles, idéaux pour reprendre confiance (une oreille).
Face à un lot plus compliqué, Alberto Aguilar, diminué par sa blessure madrilène, passa en pointillé.
Echec des Pagès-Mailhan
Les toros de Pagès-Mailhan faisaient leur présentation à la feria de Vic. Ce fut une désillusion.
Leur comportement comme leur physique fut d'une grande homogénéité. Sortie vive autorisant tous les espoirs, puis après un tour de piste, une mollesse, une fadeur, une insignifiance telle qu'un ennui mortel envahit les gradins pendant une heure et demi. On en serait presque venu à regretter la sirène matinale des anti-taurins qui seule aurait pu nous tirer de notre torpeur.
Le quatrième qui semblait posséder un soupçon de caste fut sciemment saboté par Morenito de Aranda. Ainsi reste-t-on un torerito de troisième zone.
Un Cebada Gago sorti en sixième position permit par sa noblesse au local Thomas Dufau de couper une oreille.
Quant à Joselito Adame, on veut bien croire que des jours meilleurs viendront pour lui; sa sincérité les mérite.
NB : Je n'ai pas assisté à la corrida d'Adolfo Martin. On me souffle que leur absence de caste et leur soseria généra également un ennui profond et que Manuel Escribano a été très généreusement récompensé avec les deux oreilles du quatrième.
lundi 2 juin 2014
Novillada de Captieux : un roi pour un roi
Les novillos de EL TAJO LA REINA, de présentation correcte, ont fait preuve de bravoure sous 9 piques et de noblesse à la muleta. Plus délicat le lot de CLEMENTE avec un premier adversaire retors et orienté (son nord indiquait clairement la taleguilla du Bordelais) et un second (le plus fort de l'encierro) dont la charge tournera vite à la soseria.
Pour CLEMENTE les années se suivent et ne se ressemblent pas. Il avait fait ici-même l'an dernier sa présentation en novillada piquée dans une tarde euphorique. Il connut en revanche cet après-midi une tarde de douleur, véritable chemin de croix. Un méchant accrochage lors d'un quite par chicuelinas à son premier le laissa complètement KO sur le sable capsylvain. Moment d'angoisse pour tout le public que ce corps inerte ramené à la barrière. Peu à peu le jeune Bordelais reprendra ses esprits mais il portera durant toute la tarde les séquelles physiques et mentales de la cogida. Les épreuves ont ceci de positif qu'elles révèlent une personnalité. Et CLEMENTE, dans le combat obstiné qu'il mena au troisième tiers face à ce novillo qui ne pensait qu'à l'envoyer ad patres, montra qu'il possédait ce grain de folie supplémentaire nécessaire pour espérer réussir dans la voie qu'il a choisie.
Fernando REY, qui avait laissé de bons souvenirs dans la région en novillada non piquée, se montra aujourd'hui basto et sans temple. Un roi dépassé. Sauvons de son actuation un quite réussi par zapopinas.
Le jour favorable était pour le Péruvien Andrés ROCA REY, aux allures de jeune prince dans son magnifique costume bleu roi. Bien que débutant con los del castoreño, il fit preuve de maturité, mais aussi d'élégance, dans un toreo moderniste, final encimiste compris, semblant plus à son aise à droite qu'à gauche, avec estoconazo final (une oreille, deux oreilles). Un roi moderne pour une génération plus jeune ... mais quel sera son avenir?
Andrés Roca Rey (photo Velonero)
jeudi 29 mai 2014
Souvenir d'une grande corrida vicoise : la corrida-concours du dimanche 30 mai 2004
Il y a très exactement dix ans, la corrida- concours du dimanche matin fut une des corridas les plus accomplies et les plus fortes en émotion qu'il m'ait été donné de voir dans ma vie d'aficionado.
Dès le premier toro nous sommes sur les cimes. Negrero est un magnifique exemplaire cárdeno de La Quinta. Il fait preuve d'une bravoure parfaite en quatre piques. Il poursuit El Fundi à la sortie des banderilles puis se montre noble sur les deux cornes. Le maestro de Fuenlabrada réalise une excellente faena, à la fois dominatrice et artistique, en particulier sur la corne gauche. Il termine par une grande estocade. Deux oreilles pour le maestro et vuelta pour le toro, proche de la perfection.
Puis sort du toril un très beau Victorino, très armé. Sa course est si vive qu'il heurte un burladero de plein fouet et reste mort sur le sable de la plaza. Un froid s'abat alors sur l'arène : peine pour ce toro brave qui meurt sans avoir pu combattre, dépit pour ce moment perdu - un combat qui s'annonçait beau et qui s'évanouit absurdement.
Mais la course se poursuit. Voici qu'apparait, hors-concours, un immense toro cinqueño de Criado Holgado. Il va prendre cinq piques en venant fort et de loin, cinq piques qui semblent lui donner chaque fois un surcroît de puissance et de codicia. A la muleta, le petit Robleño se bat comme un lion. Un derrote lui coupe la cravate en deux. A la mort c'est mission impossible. Ovation pour Fernando Robleño et pétition de vuelta pour le remplaçant qui a réussi à faire oublier le Victorino.
Le troisième toro de Cuadri va permettre une pause dans les émotions. Il a le type massif de la maison ainsi que la bravoure et la noblesse mais c'est un invalide croulant sous les kilos.
Voici maintenant le San Martin, de format plus réduit, rond, negro lucero, calcetero. Il prend deux piques qui durent plus de cinq minutes chacune car il refuse obstinément de quitter le cheval malgré les nombreux tirages de queue dont il est l'objet. Sa noblesse ne sera pas exploitée par Fernando Robleño.
Le cinquième appartient à la ganaderia de Fuente Ymbro. Grand, haut, armé discrètement, il fait preuve de caste et d'âpreté et sera parfaitement lidié et dominé par El Fundi, grand torero à la maturité rayonnante (une oreille).
Le dernier toro de Clemares Perez Tabernero, après un tour de piste au galop, se révèle invalide. Il sera remplacé par un deuxième sobrero de Criado Holgado, autre cinqueño puissant et brave (deux chutes de l'excellente cavalerie d'Alain Bonijol). Robleño l'affronte avec courage et parvient au cours d'une faena vibrante à dominer la violence du tío par de bonnes séries de derechazos. Hélas, sa petite taille l'empêche à nouveau de tuer correctement ce qui réduit son succès à une forte ovation.
Ainsi se termine la course, témoignage de la grandeur de la fiesta brava et désormais souvenir précieux dans la mémoire des aficionados présents.




+Cassaire+1ere+des+4+charges.jpg)





