lundi 31 août 2015

Novillada-concours de Saintperdon



   Après deux années de novillada-concours de haut niveau, cette édition 2015 a été une déception. L'après-midi fut un festival de mansedumbre ou de faiblesse qui n'épargnèrent aucun des six novillos présentés. Aussi sera-t-on bref dans le compte-rendu de leur combat.

   Le Partido de Resina est ovationné à la sortie pour son trapío typique de pablorromero. Il est inconsistant sous une pique et un picotazo puis de charge incertaine au troisième tiers.
   Le Parladé (domecq) est laid de type. Sans doute était-il brave et noble mais sa faiblesse ne lui permet pas d'exprimer ses qualités (deux petites piques, une bonne charge à droite mais tournant vite à la sosería).
   Le pensionnaire de Dolores Aguirre (atanasio fernandez) est un manso typique de la casa. A la muleta il vire au bronco.
   L'imposant burraco d'El Cubo (murube + domecq)  est un manso désordonné et puissant qu'une troisième pique bien donnée et bien prise va fixer. Il semble soumis en début de faena mais à la première occasion il prend violemment Louis Husson qui s'en tire heureusement sans dégât majeur.
   L'astifino Astarac (gamero civico) est lui aussi un manso coureur (dominante de la soirée) qui ne se livre ni à la pique ni à la muleta.
   Enfin, le santacoloma d'El Añadio est ovationné pour son trapío parfait. Hélas, très vite, il montre une faiblesse qui rend le tercio de pique sans objet. Il se reprend en début de faena où sa caste s'exprime par des charges répétées avant de s'éteindre définitivement.
   En résumé, deux novillos (domecq et santacoloma) avec, sans doute des qualités, mais faibles, et quatre mansos dont certains auraient eu leur intérêt dans une autre course mais impropres pour une concours. Et le sentiment, en fin de compte, que cette novillada-concours a constitué un panorama assez révélateur de l'état actuel de la cabaña brava.

   Du côté des hommes, Louis Husson continue à ne pas progresser, Joaquin Galdos tira tout le parti possible du Parladé mais le tua très mal et le Colombien Juan de Castilla, vaillant et sincère, à revoir.

   Prix au meilleur novillo et au meilleur tercio de pique non attribués. Président inadapté à ce type de course.
   Emouvante minute d'applaudissement en hommage à José Cubero "Yiyo" tragiquement tué à Colmenar Viejo par Burlero il y a trente ans.

L'affiche 2015




















La plus belle pique de la tarde

lundi 17 août 2015

Roquefort



















































Samedi 15 août 2015   Monumental des Pins   Roquefort
beau temps frais
demi-arène

6 novillos de Pedres (12 piques, ovation aux 2 et 3) pour Louis Husson (silence, silence), Andrés Roca Rey (deux oreilles, vuelta) et Joaquin Galdos (deux oreilles, une oreille).

Les novillos de Pedres étaient tous de forte corpulence comme il est de tradition ici. Quelques pointes vite escobillées seront le seul bémol de la présentation. Au premier tiers, leur comportement fut incertain; il faut  dire que le tercio de pique fut rendu difficile par l'incapacité des chevaux (cavalerie Heyral) à se mouvoir et à obéir aux cavaliers. Une peine. Leur vertu principale résida, à l'exception du premier, arrêté, dans la qualité de leur charge au troisième tiers. Charge codiciosa pour les 2 et les 3, plus pesante, qu'il fallait savoir consentir pour les autres.
L'or péruvien s'est répandu à profusion sur le ruedo roquefortois par la grâce de ces deux authentiques promesses de grands toreros que sont Andrés Roca Rey et Joaquin Galdos. Roca Rey plus vertical, Joaquin Galdos jouant davantage de la ceinture et d'un temple remarquable - le brusque sixième ne toucha la muleta qu'une seule fois de toute la faena. Un point commun : le courage et l'entrega qui transmettent l'émotion du toreo aux gradins.
Au quatrième novillo, la comparaison fut cruelle pour Louis Husson, pourtant très bon à la cape, mais en difficulté épée en main et, surtout, sans idées claires sur la manière de se servir efficacement d'une muleta.
Demi- arène d'un public de qualité qui sortit enchanté de la course.

lundi 10 août 2015

Parentis































 


















Dimanche 9 août 2015   arènes Roland Portalier   Parentis
beau temps frais
lleno

4 novillos de Castillejo de Huebra, 2 de José Manuel Sanchez (2 et 4), mansos, pour Miguel Angel Leon (silence, salut), David de Miranda (silence, silence) et Alejandro Marcos (silence, silence).

Les murubes du Campo Charro ont tous fait preuve de mansedumbre. La plupart s'enfuyaient au contact du fer (un vingtaine de piques) et se réfugiaient aux tablas en cours de faena. La palme revint au dernier, manso perdido  qui plus est reparado de la vista, un novillo réellement illidiable. Comme points positifs on notera la finesse de type du premier, le tercio de pique bien mené au 2, qui vint de loin et avec force quatre fois ... mais sortit seul de suerte, la mobilité du lot avec une belle noblesse pour le 5.
Miguel Angel Leon, discret face au 1, réalisa une faena correcte au 4 (un colorado de type différent), bien estoqué. Public et présidence restèrent assez froid; faire jouer la musique aurait au moins permis de ne pas entendre le groupe d'imbéciles avinés et irrespectueux qui sévit au soleil.
David de Miranda, hormis la vaillance, semble avoir peu d'atouts dans son jeu  pour réussir dans la difficile profession de matador. Il aligna les passes destempladas face aux belles charges du 5.
Alejandro Marcos réalisa le plus torero de l'après-midi face au troisième qu'il toréa de manière très pure. Mais le novillo était faible et sans transmission ce qui limita la portée de son travail. Dans une ambiance électrique, il réussit à se débarrasser avec sang froid et en temps voulu du garbanzo negro de sixième.






samedi 8 août 2015

15 août à Roquefort

Bien sûr il y aura ce jour-là corrida à Béziers, une belle novillada est annoncée aussi à Valverde del Camino, sans doute quelque autre course sur la planète taurine, mais le samedi 15 août, je serai à Roquefort.






















Le cartel ne manque pas d'intérêt. Les novillos de Pedres (domecq de Salamanque via Matias Bernardos) sont beaux, comme le veut la tradition locale. Les fundas qui les affublent rendent, hélas, les photos irregardables. Le duo de novilleros péruviens est ce qui se fait de mieux actuellement (toutes catégories confondues) et Louis Husson est à la recherche d'un second souffle.

samedi 1 août 2015

Azpeitia le cœur de l'aficion basque

   Les arènes d'Azpeitia sont nichées entre montagnes embrumées, édifices religieux et usines désaffectées.




































 
 On y garde la mémoire du banderillero José Ventura Laca tué en 1846. Avant l'arrastre du troisième toro, le public se lève, dans le ruedo même les mules se figent pendant que la musique joue un zortziko en l'honneur du modeste banderillero guipuzcoan. Moment d'émotion.



 

Lorsque l'on voit la composition des cartels et particulièrement le choix des ganaderias (Cuadri, Ana Romero et Pedraza de Yeltes pour cette année) on ne doute pas de la qualité de l'aficion locale. La corrida de ce 31 juillet sera passionnante de bout en bout. D'abord grâce aux toros. Les Cuadri sont d'un tamaño impressionnant, digne de n'importe quelle arène de première catégorie. Un bémol en revanche pour certaines armures abîmées. Porté par une caste évidente, leur volume ne les empêche pas d'aller toujours de l'avant. De fait tous, sauf le mauvais cinquième qui lorgne en permanence les verts pâturages qui surplombent les arènes, font preuve d'une des qualités qui a toujours été la force de la ganaderia : la noblesse. Noblesse pesante toutefois, qui nécessite de la part des toreros placement adéquat, choix des terrains approprié et temple. Ne pas confondre avec ces toros qui se font la faena tout seuls. Leur comportement face au cheval est plus mitigé. 10 piques sous lesquelles seuls le 1 et le 6 pousseront - par moments - con los cuartos traseros.
   Les matadors de leur côté ont le plus souvent essayé de donner le meilleur d'eux-mêmes. Ils en ont hélas payé le prix fort pour deux d'entre eux. Paulita, après une faena templée mais un peu marginale au premier (seul faible de patte de l'après-midi) recevra une cornada au cou lors de la mise à mort. On ne peut s'empêcher de penser que les molinetes spectaculaires mais brusques par lesquels il termina sa faena avaient montré la voie au toro.
   Perez Mota sera lui aussi pris lors de l'estocade au quatrième (cornada dans la cuisse). Il avait auparavant remarquablement toréé le 2, en particulier par naturelles. Une oreille.
   Sergio Serrano torée peu, très peu même. A ce jour sa réputation n'a pas dépassé le cercle des amis de sa ville natale, Albacete. Alors, combattre trois Cuadri de 600 kilos  dans l'après-midi, c'était en quelque sorte jour de fête pour lui. Il est resté sobre, modeste, essayant de faire les choses bien, n'y parvenant que rarement ... sauf au dernier, un bon Cuadri (annoncé à 680 kilo!) face auquel son courage, sa tête froide lui permirent de garder le sitio. Deux oreilles après une belle estocade qui tue instantanément.
   Je découvrais ce jour les arènes d'Azpeitia, une belle découverte, un lieu où l'on sent battre le cœur de l'aficion basque.
  

mercredi 1 juillet 2015

Corridas en Catalogne 2015


Céret

samedi 11 juillet
Dolores Aguirre
Fernando Robleño - Alberto Aguilar - Alberto Lamelas

dimanche 12 juillet
matin   Juan Luis Fraile
 Sanchez Vara - Morenito de Aranda - Perez Mota

tarde   Adolfo Martin
 Luis Miguel Encabo - Diego Urdiales - Fernando Robleño

site de l'ADAC






















Millas

dimanche 9 août
novillada-concours
Concha y Sierra - Valverde - Meynadier
Hubert Yonnet - Gallon - L'Astarac
Lilian Ferrani - Joaquin Galdos - Pablo Aguado

dimanche 21 juin 2015

Corrida de La Brède : mais où est donc passé Lopez Simon?

Samedi 20 juin 2015
6 toros de Pedres (6 piques) pour Eugenio de Mora (silence et silence), Curro Diaz (1 oreille, 2 oreilles) et Juan Leal (saluts, 2 oreilles).

   Rien dans la presse, rien sur internet, pas d'affiche à la taquilla ni sur la porte des arènes. La surprise est donc totale lorsque, assis sur les gradins et parcourant la feuille de sorteo distribuée par un placier, je vois le nom d' Eugenio de MORA en lieu et place de celui de Lopez Simon. Mais où est donc passé Lopez Simon?
  Le remplaçant, il est vrai mal servi, joua parfaitement le rôle du fantôme de l'absent (silence et silence).
   Curro DIAZ fut en revanche the right man in the right place. Conjuguant élégance torera et desmayo, le styliste de Linares eut tout au long de ses deux faenas des gestes magnifiques. Son toreo, toujours précis, épuré, était parfaitement adapté à la noblesse de ses vis à vis. Le premier, plus vif, tutoya parfois sa muleta; il sut toréer sans l'obliger son second, un réserve burraco du même élevage, qui n'aurait pas supporté un toreo plus engagé. On regrettera simplement ses estocades desprendidas.
   Face au 3, un caniche écorné, Juan LEAL torchonna quelques aller-retours sans intérêt. Guère mieux face au dernier, le meilleur toro de l'après-midi, mais sa jeunesse souriante, un final encimiste comme il les affectionne et une excellente estocade au second essai lui valurent deux oreilles.
   Les toros de PEDRES correctement présentés, sauf le 3, laid et sans cornes, imprésentable même dans une portative. Faibles, nobles, de peu de caste; le 2 et le 6 un ton au-dessus.

PS   Réponse à la question : que l'on se rassure Lopez Simon n'est ni blessé, ni malade, il se porte même à merveille. Pourtant annoncé ici dès avant ses triomphes madrilènes, ce qui lui a laissé du temps pour préparer son itinéraire, il a tout simplement confondu le chemin de La Brède avec celui d'Istres, où il remplaçait José Maria Manzanares dimanche matin (Internet m'apprend qu'il y a même indulté un "toro" de Zalduendo). Voilà qui témoigne de bien peu d'égard envers ceux qui lui avaient fait confiance lorsque sa situation n'était pas aussi florissante qu'aujourd'hui. Muy mal torero!
  

mardi 16 juin 2015

Flor de Jara

















La flor de jara c'est la fleur de ciste. Carlos Aragon Cancela qui a racheté à Javier Buendía la ganaderia Bucaré (origine santa coloma issue directement du partage des Joaquin Buendía) a choisi ce nom parce qu'au printemps, les contreforts de la sierra de Guadarrama, près de Colmenar Viejo, sont couverts de cistes en fleur dont la couleur rappelle le pelage cárdeno claro qui domine dans l'élevage.
   S'il est poète - et le paysage idyllique dans lequel grandissent ses toros incite à l'être - le ganadero est aussi revendicatif. Il regrette que les figuras d'aujourd'hui imposent systématiquement les toros d'origine domecq au détriment des autres encastes. Il estime que cela produit une uniformisation de la fiesta et que le public se lasse de savoir à l'avance ce qui va se passer dans l'arène. Il pense que les encastes aujourd'hui marginalisés, tels que le sien, permettraient de rompre cette uniformisation, ce qui attirerait davantage de public aux arènes.
   L'an dernier l'élevage a fait lidier, essentiellement en Castille, 19 novillos et une cinquantaine d'erales. Au cours de la présente temporada deux novilladas piquées devraient être combattues dont une à Villaseca de la Segra. Si tout se déroule comme prévu, on pourrait revoir en 2016 des toros (cinqueños) de Flor de Jara dans d'importantes arènes françaises et espagnoles.
   En France l'élevage s'est surtout illustré à Vic Fezensac : excellente novillada en 2009, conclue par un tour de piste du mayoral; Generoso vainqueur de la corrida-concours de 2011; brave corrida enfin en 2012 avec une vuelta à Rabinegro, second de la tarde. Depuis, de ce côté-ci des Pyrénées, les sorties de l'élevage ont été discrètes. Alors en 2016, peut-être...

















 Generoso vainqueur de la corrida-concours vicoise en 2011



















Les cuatreños devraient connaitre un printemps de plus. L'éleveur justifie les fundas par le fait que l'encaste santa coloma produit des animaux aux cornes peu développées et qu'une trop grande usure les empêcherait de paraitre dans des plazas importantes.



















Un semental avec son lot de vaches. Pour avoir un plus grand nombre de familles et éviter ainsi la consanguinité Carlos Aragon Cancela utilise un grand nombre de sementals (plus d'une quinzaine).


photos Velonero

jeudi 28 mai 2015

Une photo de Medhi Savalli


















   Le hasard du clic a fait rentrer dans mon petit appareil cette photo de Medhi Savalli toréant le cinquième toro de Valdellan dimanche matin à Vic.
   Je ne me sens pas particulièrement compétent pour analyser la technique du toreo - les commentaires d'aficionados plus pointus sont les bienvenus - mais il me semble que cette photo montre bien pourquoi et comment l'Arlésien est passé à côté (au sens propre comme au figuré) de ce noble toro de Valdellan.
   Résumons la situation : Medhi Savalli a été mis en difficulté par la caste de son premier adversaire mais son second, Huerfanito, seul cárdeno du lot, fait preuve d'une belle noblesse en particulier sur la corne droite. Medhi s'en rend parfaitement compte et exploite la longue et claire charge en plusieurs séries de derechazos templés. Pourtant le public reste tiède, la faena ne monte pas aux étagères.
   Sur la photo on voit bien que torero et toro sont sur des lignes parallèles. Le toro est dirigé par le pico de la muleta. Le torero s'appuie comme il le doit sur la jambe de sortie mais c'est pour allonger la passe en ligne droite et non pour charger la suerte en dirigeant le toro vers l'intérieur par une ligne courbe, ce qui marquerait la domination et l'emprise de l'homme sur le toro.
   Certes il se donne chaque dimanche des dizaines de derechazos comme celui-ci, ils permettent même de couper des oreilles. Mais, devant un public plus exigeant, si l'on veut obtenir un succès indiscutable susceptible de relancer une carrière, cette manière de toréer ne suffit pas.

mercredi 27 mai 2015

Vic : les mystères de Dolores

   Plus je vois de corridas de Dolores Aguirre et plus je trouve cet élevage passionnant. Voilà des toros qui rompent avec le formatage et la prévisibilité installés dans les arènes par l'envahissement du sang domecq.
   Si l'on prend en compte uniquement leur comportement au cheval, les toros du jour peuvent être qualifiés de braves. En témoignent les 17 piques qu'ils ont prises en poussant le plus souvent avec rage et fixité. A noter à nouveau après Aire, l'excellente prestation de Juan Antonio Agudo au second toro de l'après-midi. Agudo est, à ma connaissance, le seul picador capable de piquer dans le morillo.
   Si l'on considère le reste de leur combat, ce serait plutôt le qualificatif de manso qu'il faudrait employer. Ils furent abantos à leur sortie puis, face à la muleta, ils hissèrent le drapeau blanc avec la mobilité galopante de ceux qui cherchent clairement la fuite.
   Ce paradoxe nous conduit à un autre.
   Ils étaient difficiles car leur puissance et leurs courses désordonnées pouvaient être ardues à canaliser.
   Ils étaient faciles car leur fuite n'eut jamais de mauvaises intentions. D'ailleurs, les vieux briscards que sont Rafaelillo et Sanchez Vara passèrent un après-midi confortable, se contentant de les toréer élégamment sur leur voyage naturel, se gardant bien de les contraindre, jusqu'à ce que, inéluctablement, leur mansedumbre  les conduise à refuser le jeu proposé. Pas de triomphe, mais pas d'échec et des risques limités à la gestion des affaires courantes.
   L'attitude d'Alberto Lamelas fut autrement intéressante et révélatrice. A ses deux toros, il se croisa, alla chercher la corne contraire et, malgré un défaut de temple évident, réussit à soumettre leur charge à sa volonté. Et ses deux toros se grandirent, oublièrent les planches et se centrèrent sur la muleta dominatrice que leur proposait le torero. Ils retrouvèrent la bravoure qu'ils avaient exprimée face au cheval.

mardi 26 mai 2015

Un dimanche à Vic


Matin
   6 toros de Valdellan (19 piques, vuelta au 6 Cubano) pour Paulita (applaudissements, silence), Medhi Savalli (silence, silence) et Curro Valencia (une oreille, une oreille avec blessure).
   Vuelta finale de la cuadrilla de César Valencia en compagnie des deux picadors Alberto Sandoval et Ivan Garcia et du mayoral.

Après-midi
   6 toros de José Escolar Gil (13 piques) pour Fernando Robleño (silence, silence), Alberto Aguilar (silence, silence) et Rafael Cerro (silence, silence).


   Deux corridas à la présentation indiscutable aussi bien au niveau des armures que du volume des toros. De beaux et imposants toros comme on veut les voir ici à Vic. En revanche une grande différence entre la matinée, passionnante de bout en bout, et la soirée, qui se traîna dans un ennui profond. Et cette différence nous la devons à la caste, notion pas toujours facile à définir mais dont la journée offrait une belle démonstration pratique de ce qu'elle est et de ce qu'est son absence. Les toros du matin en étaient abondamment pourvus, ceux de l'après-midi en manquaient cruellement. Y mettre des mots : vivacité, énergie, tempérament, agressivité, pouvoir.
   Les toros de Valdellan possédaient toutes ces qualités. De fait, ils poussèrent avec force sous les piques et trois d'entre eux offraient  au troisième tiers de réelles possibilité de succès. Le troisième auquel Cesar Valencia coupa une oreille, le quatrième que Paulita ne toréa jamais et le cinquième à côté duquel passa Medhi Savalli. La matinée se termina en apothéose avec l'imposant Cubano, un magnifique combattant comme on les aime ici. Il enflamme le public dans un tercio de pique d'anthologie malgré quelques ratés du piquero. Il mettra ensuite la cuadrilla en difficulté au deuxième tiers. Puis, sa tête toujours haute, sa puissance, sa mobilité en feront un adversaire redoutable pour le jeune Vénézuélien qui sera pris en tentant de porter l'estocade à toro non fixé.
   Il m'a semblé retrouver chez certains Valdellan la caste des Fraile bayonnais de la grande époque (même origine Graciliano), jusque dans la manière du quatrième de se briser une corne contre le burladero (il fut remplacé par un toro du même fer).

   Malgré leur trapío digne de tous les éloges, les Escolar Gil de l'après-midi ont souffert de la comparaison. Sosería, toros allant a menos, se décomposant. Une perte de caste assez inquiétante pour un élevage qui, il y a peu, chassait sur les terres de Victorino. Aujourd'hui ils ressemblaient davantage à de mauvais buendías qu'à des albaserradas encastés.
   La terna de la tarde, médiocre du début à la fin - on regretta l'absence de Sergio Aguilar - n'aura rien arrangé mais elle n'aurait pu, au mieux, que masquer les carences de fond du lot.


La sortie de Cubano (photo Velonero)

vendredi 22 mai 2015

Notes sur quelques jours passés à Madrid (2)

Le tercio de piques
   Je m'étais imaginé innocemment que le temps des chevaux-forteresses était révolu y compris à Madrid. Il n'en est rien. Le cheval de Madrid est toujours un char d'assaut entouré d'un caparaçon muraille de Chine. Les toros se estrellan consciencieusement deux fois chacun contre eux puis repartent dégoûtés vers d'autres combats. Un toro de 600 kilos réussit à peine à les faire trembloter.
   Même Tito Sandoval aux ordres de Miguel Abellan pique comme un cochon et refuse un cite de loin.
   Le 7, juste derrière, qui monte sur ses grands chevaux dès qu'un toro trébuche ou qu'un torero se trouve un poil décentré, est quasiment aphone lors du tercio de piques.
   Dans de telles conditions, ce sont les toros braves et puissants qui ne peuvent s'exprimer et montrer leurs qualités au premier tiers. A Madrid aussi les corridas sont incomplètes.

mercredi 20 mai 2015

Notes sur quelques jours passés à Madrid

La blessure de Jiménez Fortes
   Jiménez Fortes est venu à Las Ventas a por todas.
   D'entrée sa volonté et ses bonnes manières lui valent la sympathie du public.  Il a coupé une oreille à son premier toro et la puerta grande est à moitié ouverte lorsque sort Droguero, 640 kg, cinqueño, un colorado de Salvador Domecq, le toro le plus lourd de la soirée. Comme ses frères il semble limité en caste et en force et pour cela il est peu châtié en deux piques. Le Malagueño commence sa faena par des doblones peu appuyés par crainte de faire chuter l'animal. Puis, malgré le vent violent il cite au centre de l'arène, de loin, pour des derechazos. Le toro vient avec force et donne des hachazos, il accroche la muleta puis désarme le torero. Celui-ci sent que le triomphe lui échappe et joue son va-tout. Il se plante en los medios, à bonne distance, la muleta dans la main gauche. Mais le vent empêche tout cite précis. Le toro charge, prend le matador, le projette à terre où il lui transperce le cou d'un coup de corne. Jiménez Fortes se relève, porte la main à son cou ensanglanté et court vers l'infirmerie avant d'y être emporté par son valet d'épée et deux peons. La plaza est frappée de stupeur. Sur le ruedo de Las Ventas restent une cape, un lot d'épées et face au tendido 7 Uceda Leal qui estoque Droguero.
   On apprendra plus tard que le pire est évité, mais une fois de plus Jiménez Fortes aura payé au prix fort sa soif de triomphe.

















Puertas gayolas
   Huit puertas gayolas en trois corridas, ça en dit beaucoup sur la détermination des toreros à Madrid mais, pour le public, l'habitude finit par user, par émousser l'émotion.
   C'est au Prado, face aux toiles du Greco, de Zurbaran, de Ribera, que j'ai compris que les hommes qui s'agenouillent sur le sable de Las Ventas sont de la même trempe que les mystiques hallucinés que j'avais sous les yeux.


Parte facultativo de JF, photo Velonero
  
   



mardi 19 mai 2015

Réflexions sur le public de Madrid

   Sans doute faudrait-il parler des publics plutôt que du public tant on rencontre de divergences d'opinion sur les étagères madrilènes. Il est bien loin le temps des broncas féroces et unanimes de la fin des années soixante-dix. Je me souviens en particulier d'une corrida de Pablo Romero au cours de laquelle chaque matador avait entendu une bronca à la mort de chaque toro. Nous étions en 1976 et il est évident que, dans la période politique très incertaine que vivait l'Espagne à ce moment-là - Franco venait juste de mourir et c'était le tout début de la Transition - Las Ventas était un des seuls endroits de la capitale où il était possible de protester en toute impunité. El País venait juste d'être créé et l'on pouvait, au petit matin, se faire arrêter pour le simple fait de l'avoir acheté en bas de chez soi. Dans les années qui ont suivi j'ai toujours trouvé le public vif, nerveux, excessif dans ses rejets aussi bien que dans ses admirations.
   En ce printemps 2015, où je retrouvais les gradins venteños après de nombreuses années de purgatoire, le public m'a semblé beaucoup plus froid et mou qu'auparavant. C'est un public déséquilibré, qui va claudicant, avec une jambe faible, celle des gens désireux de pasarlo bien, et une jambe excessivement réactive et puissante, le tendido 7. Toujours au complet, semblant bien organisé, inébranlable dans ses certitudes, bruyant dans ses manifestations, le tendido 7 est vraiment impressionnant. L'aficionado vivant au pays de Montaigne que je suis a parfois du mal à supporter la rigidité et l'intolérance de ces bataillons braillards. Il faut reconnaître toutefois qu'ils ont souvent raison et que, sans ces gardiens du temple, Madrid aurait tôt fait de devenir une arène comme les autres. Je vois pourtant quelques inconvénients à l'excessive place qu'ils ont acquise par leur comportement. Tout d'abord, en se regroupant en un même lieu et en cristallisant le mécontentement depuis leur tendido ils ont conduit le reste de l'arène à la passivité. Inutile de broncher, le 7 s'en charge. Ensuite la systématisation de leurs protestations finit par banaliser leur action et la rendre vaine. A force de crier au loup... Enfin, et c'est peut-être le plus gênant, je ne pense pas que, si je découvrais la corrida parmi eux, j'aurais envie de devenir aficionado.



lundi 18 mai 2015

Madrid





















Vendredi 15 mai   plaza de toros Monumental de Las Ventas   Madrid.
Soleil, vent violent.
Lleno de no hay billetes.

6 toros de Parladé (cinqueños, 12 piques, ovation aux 4 et 6)  pour Miguel Abellán (une oreille, division d'opinions), Miguel Angel Perera (applaudissements, silence) et Ivan Fandiño (silence, pétition d'oreille).
Salut du banderillero Joselito Gutierrez au 2.

La corrida a été marquée par le vent violent qui a pratiquement empêché tout toreo de cape et a considérablement gêné les matadors durant les faenas de muleta.
Les toros de Parladé, d'excellente présentation, ont fait preuve à des degrés divers de bravoure et de noblesse  mais, sauf le 4, tous ont manqué d'alegria dans les charges et sont allés a menos.
Oreille un peu bénévole pour Miguel Abellán au 1 pour quelques belles naturelles données une à une en se croisant au maximum. Il resta en revanche en dessous du 4, le plus mobile de la soirée. Son échec fut souligné avec cruauté par le tendido 7.
Le vent et la fadeur de ses adversaires ne permirent à Miguel Angel Perera de montrer la douceur et le temple de sa muleta que parcimonieusement.
Après l'échec de son encerrona du début de la temporada, Ivan Fandiño s'est enlevé l'épine du pied grâce à une excellente faena au 6. Pinchazo avec violente cogida qui laisse le matador groggy dans l'émotion générale, puis belle entière qui, elle, laisse le président de marbre malgré la pétition. Le soir, au tablao flamenco La Quimera, la magnifique énergie des artistes faisait écho en moi à l'impression de force retrouvée chez le Basque.




lundi 11 mai 2015

Juin 2015 : Toros en Gironde


CAPTIEUX
dimanche 7 juin 
17h   novillada
El Tajo La Reina
Lilian Ferrani - Louis Husson - Andrés Roca Rey

Rugby y toros, le blog




LA BREDE
samedi 20 juin
11h30  novillada sans picadors
Frères Bats "Alma Serena"
Baptiste Cissé - Tibo Garcia

18h   corrida
Pedres
Curro Diaz - Lopez Simon - Juan Leal

programme

 2015-La-Brede


samedi 2 mai 2015

Novillada-concours d'Aire : une belle réussite

   Pour qu'un concours de ganaderias soit réussi il faut deux conditions:
- que les hommes à pied et à cheval soient prêts à jouer le jeu et qu'ils aient les capacités techniques pour le faire
- que les toros sélectionnés possèdent suffisamment de bravoure pour ne pas rendre l'exercice vain.
   Mais lorsque l'on a en plus un novillo brave et de fort tempérament et un torero d'excellent niveau qui donne deux leçons de bon toreo, il y a de quoi sortir entièrement satisfait d'un spectacle qui constitue toujours un pari.

   Le concours opposait six novillos d'origine santacoloma.

Escribano de José ESCOLAR GIL (ligne Albaserrada) est un cárdeno sans puissance ni fixité en deux piques puis mobile et noble (sur la corne droite) bien que distrait. Applaudissements.

Torrealta de VALDELLAN (ligne Graciliano) sera le novillo de l'après-midi. Negro. 4 piques prises en partant avec un franc galop mais un défaut, celui de ne pas pousser très longtemps, on peut se demander si le fait que le picador retire très vite la pique n'incite pas le novillo à cesser son effort. Au troisième tiers il est vif, codicioso avec une charge franche et soutenue en particulier sur la corne droite. Vuelta al ruedo.

Africanito de FLOR DE JARA (ligne Buendía), cárdeno, peu fait, semble posséder les bonnes qualités de son encaste (bravoure et noblesse) mais sa faiblesse l'empêche de les exprimer.

Quirurgico de RASO DE PORTILLO (encaste Buendía par Dionisio Rodriguez, le romantisme, mais aussi son comportement, voudrait qu'il subsistât en lui quelques gouttes de la vieille race de Castille). Negro, charpenté. Puissant en quatre piques remarquablement citées et données par Juan Antonio Agudo. Il y pousse par à coups, puis au troisième tiers il est mobile et noble mais sort des passes la tête haute. Ovation.

Clarinero de Pablo MAYORAL (ligne Buendía). Cárdeno oscuro, peu armé. 4 piques. C'est un toro que l'on sent en permanence tenté par la fuite; à la muleta il chargera avec noblesse, voire candeur. Applaudissements.

Jabato de COQUILLA de SANCHEZ ARJONA. Noir, haut, bien armé. 2 piques prises avec plus de nerf que de bravoure. Sa charge est brusque et piquante, remarquablement canalisée et modelée par son matador. Ovation.

   Si l'on doit tirer un enseignement de l'ensemble de ces combats c'est la facilité avec laquelle tous les novillos sont allés au cheval - même si aucun n'y a poussé de verdad, ainsi que leur capacité à charger au troisième tiers avec noblesse  et sin rajarse. Un bon point pour l'encaste santacoloma.

   Borja ALVAREZ, basto, hésitant, plein de bonne volonté mais très limité en tout, joua le jeu et réussit quelques droitières méritantes à ses deux novillos.
   Louis HUSSON montra une grande aisance dans le maniement de la cape et fut  souvent remarquable dans les mises en suerte. Excellent tueur aussi, qui s'engage à fond. Sa marge de progression à la muleta est encore très grande. Une oreille du novillo de Valdellán.
   Dès que ROCA REY s'est ouvert de cape on a senti que l'on était dans une autre dimension, celle d'un novillero puesto qui semble déjà prêt à tutoyer les figures sur leur terrain. Sitio, élégance, temple, rythme, tout avait chez lui la saveur des élus. Avec un tel niveau il peut retirer de son répertoire les culerinas par lesquelles il termina ses faenas. Grande estocade et deux oreilles après avoir canalisé et dominé la charge brute du Coquilla. On pourra le revoir en juin à Captieux et pour le 15 août à Roquefort.

      prix au meilleur novillo : Torrealta de Valdellán
      prix au meilleur picador : Juan Antonio Agudo qui piqua le Raso de Portillo


  

lundi 27 avril 2015

Miura ganaderia d'avenir

   Ce fut un plaisir de voir (à travers le prisme du petit écran) ces six magnifiques toros de Miura. Certes les pitones sont toujours aussi fragiles et leur robe a, depuis quelques années, tendance à se déployer dans toutes les nuances du gris au détriment de la variété traditionnelle des pelages de la maison, mais l'harmonie si particulière du toro de Miura demeure.
   Le comportement du lot a suscité un intérêt permanent dans le ruedo sévillan; et on peut penser qu'il correspond à ce que les ganaderos souhaitent pour leur élevage. A savoir un équilibre entre le danger (pressant ou sournois) dont les miuras doivent faire preuve pour rester fidèles à ce que l'on attend d'eux et les possibilités offertes de pratiquer un toreo de troisième tiers. Aujourd'hui le danger était bien présent chez les six à des degrés divers, et trois d'entre-eux offrirent  des possibilités de construire des faenas. Ainsi le très brave Trapero, deuxième du jour, se laissa-t-il donner - comme un vulgaire domecq - deux cambios por la espalda avant de faire naufrager, par sa caste, un Manuel Escribano très décidé mais à la muleta bien trop inconsistante. Ainsi le magnifique cinquième, Bandolero, dont la fixité et la noblesse permirent le desquite au même Escribano fut-il à deux doigts de l'étriper lors d'une statuaire donnée au fil des tablas en début de faena.
   L'élevage célébrait rien moins que 75 années de présence ininterrompue à la feria de Séville et, après les six toros de ce jour, tous les espoirs sont permis pour les 75 prochaines années!

vendredi 17 avril 2015

Mont de Marsan : cartels de la Madeleine 2015






















 mardi 21 juillet
concours landais

mercredi 22 juillet
Domingo Hernandez "Garcigrande"
Diego Urdiales - Miguel Angel Perera - Alejandro Talavante

jeudi 23 juillet
matin : novillada sans picadors

Juan Pedro Domecq
Juan José Padilla - José Maria Manzanares - Thomas Dufau

vendredi 24 juillet
Victoriano del Rio
Enrique Ponce  -  Ivan Fandiño

soir : corrida portugaise

samedi 25 juillet
matin : novillada
Jean Louis Darré
Clemente - Gines Marin

Cebada Gago
Rafaelillo - Javier Castaño - Perez Mota

dimanche 26 juillet
Victorino Martin
Antonio Ferrera - El Cid - Alberto Aguilar


   Lorsque j'ai pris connaissance des cartels, ma réaction spontanée a été le soulagement. Pour la bonne (et égoïste) raison que, ayant prévu de batifoler sous d'autres cieux au moment où se donnera la feria montoise, je n'ai rien trouvé dans les combinaisons annoncées qui pût me faire regretter mon absence.
   Certes, à l'analyse, les cartels peuvent paraitre solides. Sur les trois corridas pour vedettes, deux proviennent de ganaderias qui, lors de la temporada passée, ont fait preuve, dans leur catégorie, d'une régularité de bon aloi (Garcigrande et Victoriano del Rio). Et finir la feria avec les élevages de Cebada Gago et de Victorino Martin est un gage de sérieux. Rien à redire.
   Côté hommes en revanche, on a l'impression que les cartels ont été conçus à l'heure de la sieste. Ça ronronne gentiment. On a connu les productions Simon Casas & Co plus inspirées. Passons sur le mano a mano Ponce - Fandiño. Pourqui pas? Approuvons sans réserve la mise sur la touche d'El Juli et de Morante de la Puebla largement justifiée par leurs médiocres prestations de l'an dernier sur le sable du Plumaçon ainsi que par les prétentions exorbitantes de leurs cachets. Mais une question se pose : où sont passés les jeunes? A Mont de Marsan, comme en trop d'autres lieux, la feria semble être l'antichambre de la maison de retraite.

mercredi 8 avril 2015

Mugron



Lundi 6 avril 2015   arènes de Condrette   Mugron (Landes)
Temps ensoleillé, vent froid
Arènes pleines

6 novillos de Baltasar Iban (17 piques, 4 chutes, vuelta au 2 Peletero) pour Alejandro Marcos (silence, salut), Louis Husson (salut, une oreille) et Pablo Aguado (silence, applaudissements)

Le lot de novillos de Baltasar Iban, puissant et encasté a largement débordé les novilleros du jour. Toutefois, Louis Husson, en se montrant à son avantage au cinquième après  avoir subi la loi de Peletero, a prouvé qu'il possédait des ressources morales. Le Sévillan Pablo Aguado eut quelques gestes de classe  au dernier; il avait auparavant connu (ainsi que sa cuadrilla) une déroute totale face au très sérieux troisième. Le Salmantin Alejandro Marcos passa inaperçu.
Le héros du jour fut le second novillo, Peletero, quintessence de ce que peut engendrer une grande maison comme Baltasar Iban. Formes parfaites, bravoure supérieure qu'il exprima tout au long de son combat et particulièrement au cours du premier tiers (3 piques, 1 batacazo) et noblesse muy encastada qui demandait une main de fer.



mardi 31 mars 2015

Toreos (4)




















 Je relis ce que j'ai écrit dans les textes précédents sur le toreo et je m'aperçois que ce ne sont que des mots, des mots qui classent, qui catégorisent et donc qui séparent (le bon grain de l'ivraie?). Dans la réalité de l'arène bien souvent tout se mélange : le pur et l'impur, le classique et le moderne, le sincère et le ventajista.


   Rien n'est immuable dans le style d'un matador. On a vu une figure du toreo tremendiste, Pedres, devenir un maestro classique. Je me souviens avoir admiré à Madrid, à la fin de sa carrière, l'art épuré d'Espartaco. Et Frascuelo, aujourd'hui icône du toreo pur, avait commencé à se faire une place comme torero bullidor y valiente avant qu'une terrible blessure reçue à Bilbao en donnant une larga a puerta gayola ne l'écarte du circuit. Non, rien n'est écrit : "Chaque homme doit inventer son chemin".


   On a parfois l'impression qu'il n'y a plus de place que pour le toreo moderne. Pourtant José Tomas, Morante de la Puebla, El Cid, Ivan Fandiño, Diego Urdiales n'y ont recours qu'accessoirement. Et ces cinq toreros, dans l'histoire taurine de ce début de siècle, pèsent lourd, très lourd.


   Il existe des formes de toréer qui ne passent pas obligatoirement par cette ligne de partage entre classique et moderne. Lorsque l'aspect physique, la puissance, la malignité du toro imposent à l'homme un combat qui semble disproportionné, nous entrons dans le domaine de l'épique. Archétype de cette situation : Alberto Lamelas et Gabin Rehabi face à Cantinillo de Dolores Aguirre (Vic 2014). C'est l'essence même de la tauromachie et c'est, paradoxalement, une circonstance exceptionnelle car elle n'est possible que lorsque se rencontrent un toro extrêmement puissant ou particulièrement difficile à lidier et un torero extrêmement motivé. Dans les temps anciens, lorsque le cheval n'était pas protégé et le picador encore une vedette - en témoigne toujours l'or de son costume - c'est le premier tercio qui était celui de l'épique. Aujourd'hui, le cheval ultracaparaçonné et la volonté de préserver la mobilité du toro pour la faena de muleta ont le plus souvent réduit le tercio de pique à une simple formalité.


   Il est  temps maintenant de rappeler que le toreo n'existe pas en soi. Il est l'art de toréer ... un toro et dépend donc entièrement de cet élément premier qu'est le toro de combat.


   Ce qui rend le toreo - qu'il soit  moderne ou classique - passionnant c'est, pour le spectateur, la capacité de percevoir de quelle manière le torero adapte sa stratégie aux qualités ou défauts du toro, mais aussi de quelle manière il transforme le comportement du toro pour l'adapter au toreo qu'il veut réaliser. Il y a dans cette alchimie dialectique, portée par le courage et l'intelligence du matador, démonstration de la domination de l'homme sur la bête, une grandeur qui fait toute la richesse et la valeur du toreo et de la corrida.


   L'ennui c'est la recherche d'une trop grande facilité, qui conduit l'aficionado à se désintéresser de ce qui n'est plus un combat. Chaque fois que le rapport de force leur a été favorable, les figures et leur entourage ont cherché à imposer le toro jeune, voire afeité. Aujourd'hui, certains ganaderos tentent d'élever un type de  toro dont l'âge et l'apparence physique sont irréprochables mais dont la bravoure est si proche de l'innocence qu'il donne l'impression de se faire la faena lui-même. Dès lors peut-on parler de toreo? A moins que cette impression ne vienne de l'excellence des hommes qui les toréent, rétorqueront certains...


   Au delà des préférences de chacun, il me parait normal et sain pour la tauromachie qu'une temporada taurine offre aux publics la possibilité de voir toute la palette des différents toreos. Variété indispensable en ce qui concerne les styles, les formes de toreo mais variété non moins indispensable en ce qui concerne les toros, donc les encastes. En agissant pour imposer cette variété aux organisateurs, les aficionados évitent à la corrida de sombrer dans le prévisible et l'uniformité qui la réduiraient à n'être plus qu'un produit standardisé que l'on vend à des consommateurs à l'occasion des ferias.


Jackson Pollock  Number 8   Neuberger Museum  New York








samedi 28 mars 2015

L'évènement de la temporada

   Quel qu'en soit le résultat, la corrida de demain à Madrid est l'évènement de la temporada, celui qui fait battre le cœur de tous les aficionados a los toros de la planète taurine.
   Un homme seul et face à cet homme seul rien moins que ça.

   Merci Ivan FANDIÑO et ¡chapeau!
























photo de l'affiche : Antonio Sevi

mercredi 18 mars 2015

Le printemps des novilladas en Aquitaine

   Début de temporada particulièrement attractif en ce printemps 2015 avec un cycle de novilladas qui, toutes, donnent envie de montrer son nez sur les gradins. Encastes variés, élevages peu connus ou prestigieux, novilleros que l'on imagine remplis d'illusion. Et le rappel - pour ceux qui en douteraient - que ces novilladas offrent souvent bien plus d'intérêt que la plupart des corridas pour vedettes des grandes ferias de l'été.

Dimanche 22 mars
Samadet
Philippe Cuillé
Manolo Vanegas - Guillermo Valencia - Alvaro Garcia

Lundi 6 avril
Mugron
Baltasar Iban
Alejandro Marcos - Louis Husson - Pablo Aguado

Dimanche 19 avril
Garlin
Pedraza de Yeltes
Alejandro Marcos - Joaquin Galdos - J. E. Colombo ou L. M. Terron

Vendredi 1 mai       
Aire sur Adour  
Escolar Gil - Valdellan - Raso de Portillo
Pablo Mayoral - Flor de Jara - Coquilla de Sanchez Arjona
Borja Alvarez - Louis Husson - Andrés Roca Rey


Dimanche 7 juin
Captieux
El Tajo La Reina
Lilian Ferrani - Louis Husson - Andrés Roca Rey





paseo à Garlin

samedi 7 mars 2015

Feria de Vic Fezensac 2015 : les cartels

Samedi 23 mai   18h
Cebada Gago
Manuel Escribano - Perez Mota - Thomas Dufau

Dimanche 24 mai   11h
Valdellan
Paulita - Medhi Savalli - César Valencia

18h
Escolar Gil
Fernando Robleño - Sergio Aguilar - Alberto Aguilar

Lundi 25 mai   17h
Dolores Aguirre
Rafaelillo - Sanchez Vara - Alberto Lamelas


Bien sûr on aurait souhaité la présence d'Ivan  Fandiño et de Diego Urdiales ... Quoiqu'il en soit ce sont des cartels sains, loyaux et marchands  d'une feria toriste dont il faut souhaiter qu'elle connaisse la même réussite que l'an passé.


NB : Que s'est-il passé à Vic? L'annonce - très attendue - des cartels en a déçu plus d'un. En effet, au cours de ces dernières semaines, la rumeur a couru que le réputé diestro sévillan Morante de la Puebla avait donné son accord pour sa participation à la feria vicoise. D'après les échos parvenus à l'oreille de l'œil contraire, l'artiste se serait dédit au dernier moment, non comme on aurait pu le penser pour une question financière, mais au prétexte que les cartels  manquaient de catégorie. D'aucuns pensent que le maestro, dont la fragilité d'esprit est bien connue, aurait pu être manipulé par ses mentors de la FIT dans le but de déstabiliser les actuels organisateurs vicois. Car nul ne doute plus aujourd'hui que la plaza gersoise est un élément clé dans la stratégie du consortium fusionnel international  pour étendre son pouvoir à l'ensemble de la planète taurine.

NB2 : Pour justifier la palinodie du matador de La Puebla - qui a laissé beaucoup d'amertume à Vic - la FIT a publié un communiqué si alambiqué qu'on à peine à croire que tant de maladresse  ne soit  volontaire. Nous ne serons sans doute pas les seuls à y voir une déclaration de guerre à l'empresa actuelle de Vic Fezensac ... ainsi qu'à toutes celles de France, d'Espagne et du Mexique qui ne se trouvent encore sous l'empire de la Fusion.


dimanche 1 mars 2015

Toreos (3) le toreo moderne

   Ce qui est moderne c'est ce qui est actuel, contemporain, qui bénéficie des progrès récents, qui correspond au goût, à la sensibilité actuels, me dit le Petit Robert. Ce qui est moderne est donc mouvant : moderne aujourd'hui, classique ou démodé demain. La tauromachie n'échappe pas à la règle. Ainsi le toreo moderne initié par Juan Belmonte et perfectionné par ses successeurs dans les années 20 et 30 est-il aujourd'hui devenu le toreo classique. Dans les années 40, sous l'influence de Manolete la modernité s'incarna dans le toreo de profil. Toreo de profil que les tremendistes des années 50 (Litri, Chicuelo II, Pedres) puis El Cordobes dans les années 60, Damaso Gonzalez enfin dans les années 70, ont considérablement baroquisé. Mais ''comme il n'existe pas trente six mille manières de capter l'élan d'un monstre avec un morceau d'étoffe mais seulement et fondamentalement quelques-unes, toute rupture radicale avec des règles (comme en peinture avec le sujet, en musique avec l'harmonie, en sculpture avec la forme, notre époque a été ivre de ça) a été interdite à l'art de toréer" (Jean Cau). Aussi, lorsqu'arrive Paco Ojeda dans les années 80, son génie fut d'être à la fois un rénovateur du toreo classique et, pour sa face moderne, un réinventeur du toreo de proximité en utilisant les acquis des toreos trémendistes qui l'avaient précédé.Le toreo moderne que l'on pratique aujourd'hui doit encore beaucoup aux apports du Tartesico.


Petit panorama du toreo moderne actuel : les principales suertes, celles qui plaisent le plus au public 

Cambio por la espalda ou pase del pendulo
   Issue du répertoire trémendiste (litrazo, pedresina) et mexicain (dans Tauromachie à l'usage des aficionados, Alejandro Silveti dit l'avoir vu realisée pour la première fois par Carlos Arruza), cette passe a connu en quelques années un succès foudroyant au point que rares sont les toreros qui ne la donnent pas au moins de temps en temps au cours de la temporada sans compter ceux, tel Sébastien Castella ou Miguel Angel Perera, chez qui elle est presque systématique. Donnée en début de faena quand le toro est encore vif et capable de longues courses elle est d'un effet certain sur le public. Pour une étude plus complète de la passe voir ici.

Le toreo en redondo de liaison continue 
   Depuis les apports de Belmonte, la recherche d'une solution au problème de la liaison entre les passes a été le principal moteur de l'évolution du toreo de muleta. Il me semble que ces dernières années des diestos tels que El Juli, Miguel Angel Perera puis José Maria Manzanares fils ont réussi à mettre au point une technique qui leur permet de guider l'embestida du toro dans des lignes courbes infinies.
   Cite sur l'œil contraire avec le pico de la muleta dirigé vers l'extérieur (por fuera), corps situé dans l'œil du cyclone, c'est à dire hors de la ligne de charge du toro par le positionnement de la jambe contraire en retrait, et espace important maintenu entre le corps du torero et celui du toro (torear despegado) sont les clés de la réussite. Lorsque le matador fait preuve de temple et de mando et si le toro est de la catégorie des toros boyantes, une infinité de trajectoires deviennent possibles en alternant parcours naturels, contraires et changements de main. Miguel Angel Perera est actuellement un maitre dans cette façon de toréer.

Le toreo encimista 
   En fin de faena lorsque le toro est alourdi, pour obtenir les mêmes effets en utilisant les mêmes bases techniques, un aménagement est nécessaire. La solution, portée à sa perfection par Paco Ojeda, consiste à raccourcir les distances (toreo encimiste) et à se présenter de dos au toro (toreo culero) exerçant une torsion de son corps de façon à pouvoir présenter la muleta du côté choisi (en trajet naturel ou cambiado) et à dérouler la passe au fur et à mesure que le corps retrouve une position normale. Le terrain foulé - au plus près du toro - suscite l'émotion mais oblige le matador à citer vers l'extérieur (por fuera) pour rendre la passe possible.
   Cette façon de faire est fréquente dans les arènes de troisième et deuxième catégorie mais assez peu utilisée dans des arènes comme Séville ou Madrid. 
   A noter une variante, donnée genou plié par Enrique Ponce, la poncina.

   Une nouvelle suerte est apparue il y a peu utilisée elle aussi en fin de faena : la luquesina (de Daniel Luque) qui consiste, après avoir jeté l'épée au sol, à donner une succession de passes de la main droite et de la main gauche, le changement de main étant facilité par l'absence de l'épée. La suerte est peu usitée bien que reprise récemment par Juan Bautista.

   Mais le toreo moderne ne concerne pas uniquement la faena de muleta. Il convient de mentionner  une suerte de cape, la zapopina, importée du Mexique par Julian Lopez "El Juli" et donnée régulièrement par Joselito Adame, ainsi que, aux banderilles, la pose al violin qui nous vient du rejoneo.


   Toutes les suertes que je viens d'énumérer ont une caractéristique commune : la recherche du spectaculaire et de la virtuosité. Ce sont, me semble-t-il, les deux ressorts sur lesquels s'appuie le toreo moderne pour toucher le public. Il est en cela en totale opposition avec le toreo classique qui utilise, lui, le minimum d'effets.
   Pour terminer, une question que se posent beaucoup d'aficionados. On a vu précédemment que le toreo classique avait une forte valeur éthique en ce qu'il reposait sur une acceptation maximale du risque encouru par le fait de dévier la charge du toro en chargeant la suerte. A partir du moment où, dans le toreo moderne, le matador fait le choix de se tenir plus à l'écart de la charge du toro  ne doit-on pas considérer que sa valeur morale est moindre?
   Oui, répondent certains et ils tiennent le toreo moderne pour un signe de décadence de l'art taurin.
   Non, répondent d'autres; les facilités que se donnent les toreros sont compensées par un aguante supérieur et par une maitrise de la charge du toro (temple et mando) sur une distance et un temps plus longs; en outre les exercices de virtuosité nécessaires pour obtenir l'adhésion du public constituent une réelle prise de risque.

A suivre ...


  PS : Sur la complexité de ces problèmes, je  voudrais  mentionner un article de Thierry Vignal  Toreo classique et toreo moderne : le fond et la forme  paru dans Toros n°1990, novembre 2014.




   
  

Guy Berthou  Chemins tracés