lundi 29 mars 2010

Hemingway, un grand aficionado

A propos de Maera
Dans le texte de In our time, Hemingway n'hésite pas une seconde à faire mourir Maera sous la corne d'un toro. Hemingway est un écrivain et, comme il le dit dans Sur l'écriture, "la seule écriture valable, c'est celle qu'on invente, qu'on imagine. C'est ça qui rend les choses réelles". Le véritable Maera, celui de chair et d'os, n'est donc pas mort glorieusement sous la corne d'un toro mais plus banalement de tuberculose comme fréquemment à l'époque. C'était en décembre 1924, il était âgé de 28 ans.
Manuel García "MAERA" était un torero du barrio de Triana, il fut compagnon d'escapades nocturnes de Juan Belmonte avant de devenir son peon de confiance, doublé d'un excellent banderillero. Mais son ambition était d'être matador de toros, il prit l'alternative en 1921 et fut le premier matador à enthousiasmer Hemingway lorsque celui-ci découvrit la corrida en 1923. Don Ernesto lui consacra plusieurs pages de Mort dans l'après-midi. En voici un extrait :


"Tout d'abord, Maera eut, comme matador, à surmonter beaucoup des fautes et des manières d'un peon, des fautes telles que l'excès de mouvement (un matador ne doit jamais courir), et de plus il n'avait, à la cape, aucun style. Avec la muleta, il était capable et scientifique, mais imparfait; il tuait avec des ruses, mais convenablement. Mais il avait une connaissance achevée des taureaux, et sa valeur au combat était si absolue et si solidement inhérente à lui, que tout lui devenait facile dès qu'il avait compris; et il comprenait tout. Aussi en était-il très fier. C'était l'homme le plus fier que j'aie jamais vu.
En deux ans, il corrigea toutes ses fautes dans l'usage de la cape, et parvint à manier magnifiquement la muleta; il était toujours l'un des plus fins, des plus émouvants et des plus accomplis de ceux qui aient jamais cloué une paire de bande­rillas; et il devint l'un des meilleurs et des plus satisfaisants matadors que j'aie jamais observés. Il était si brave qu'il couvrait de honte tous ces stylistes qui ne l'étaient pas, et la course de taureaux était pour lui une chose si importante et si merveilleuse que, dans sa dernière année, sa présence dans l'arène enlevait cet art tout entier aux habitudes de « moindre-effort », de « s'enrichir-vite », d' « attendre-le-taureau-mécanique » où il était tombé, et, tant qu'il était dans l'arène, la corrida retrouvait dignité et passion. Si Maera était dans la plaza, c'était une bonne course, au moins pour deux taureaux, et souvent pour les quatre autres, dans la mesure où il intervenait. Quand les taureaux ne venaient pas à lui, il ne faisait pas remarquer le fait à la foule pour demander son indulgence et sa sympathie; il allait aux taureaux, arro­gant, dominateur, sans regarder au danger. Il provoquait toujours l'émotion et finalement, comme il s'appliquait sans cesse à améliorer son style, c'était un artiste. Mais pendant toute la dernière année où il combattit, on pouvait voir qu'il allait mourir. Il était guetté par la phtisie galopante, et il s'attendait à mourir avant que l'année ne fût terminée."

samedi 27 mars 2010

Hemingway, fascination pour la corrida (2)

C'est au printemps 1923 qu' Hemingway découvre l'Espagne et les courses de taureaux. En juillet, il assiste à sa première San Fermin. Ce sera le début d'une grande passion pour l'Espagne et pour les toros. A la suite de ce voyage, il écrit cinq histoires à thème taurin qui paraîtront dans In our times (De nos jours) un recueil de très courts textes publié à Paris en 1924.


CHAPITRE XVI
Maera gisait immobile, la tête dans ses bras, le visage dans le sable. Il se sentait tout chaud et gluant de tant saigner. À chaque fois, il sentait venir la corne. Parfois, le taureau se contentait de lui donner un coup de tête. Une fois la corne le transperça complètement et alla s'enfoncer dans le sable. Quelqu'un tirait le taureau par la queue. Ils lui lançaient des injures et brandissaient la cape sous son nez. Puis le taureau s'éloigna. Quelques hommes ramassèrent Maera et l'emportèrent en courant à travers l'arène, ils s’engouffrèrent derrière la barrera, sous la tribune d'honneur, jusqu’à l'infirmerie. Ils étendirent Maera sur une couchette et l'un des hommes partit chercher le médecin. Le médecin accourut depuis le corral où il était occupé à recoudre des chevaux de picador. Il dut s'arrêter un instant pour se laver les mains. On entendait des hurlements dans la tribune au-dessus. Maera voulut dire quelque chose, mais il s'aperçut qu'il ne pouvait pas parler. Maera sentit que tout, autour de lui, devenait de plus en plus grand, puis de plus en plus petit. Et de nouveau de plus en plus grand, et de plus en plus petit. Puis tout se mit à courir de plus en plus vite comme lorsqu'on accélère un film cinématographique. La seconde d’après il était mort.


Extrait des Nouvelles complètes d'Ernest Hemingway, Quarto, Gallimard, traduction de Céline Zins.
Sur ses rapports avec l'Espagne : Pierre Dupuy, Hemingway et l'Espagne, La Renaissance du livre, 2001

suite

mardi 23 mars 2010

Hemingway, fascination pour la corrida (1)

Voici le premier texte écrit par Ernest Hemingway sur la corrida. Sa particularité est d'avoir été écrit et publié (au début de 1923) avant que le jeune écrivain n'ait vu la moindre corrida. Les spécialistes pensent qu'il s'est appuyé sur des récits d'amis américains comme Gertrude Stein. Il montre la fascination qu'exerçait la corrida sur Hemingway avant même qu'il ait pu se frotter à sa réalité. Il montre aussi sans doute que devenir aficionado c'est, dans un premier temps, avoir la possibilité d'être happé par l'imaginaire des mots et des récits; et j'ai bien peur que les pauvres images vidéo qui en tiennent trop souvent lieu aujourd'hui soient loin d'avoir la même force.

"Le premier matador prit la corne au travers de la main droite et il sortit sous les huées. Le second matador glissa et le taureau lui transperça le ventre ; le matador s'accrocha à la corne d'une main tandis que l'autre se pressait contre la blessure, puis le taureau le projeta, boum, contre la barrière et la corne sortit; le matador tomba dans le sable, puis il se releva comme pris d'une ivresse folle et se débattit contre les hommes qui l'emportaient, hurlant qu'on lui rende son épée, mais il s'évanouit bientôt. Le gosse entra dans l'arène et il dut tuer cinq taureaux car il n'y a jamais plus de trois matadors et au dernier taureau il était si fatigué qu'il n'arrivait pas à enfoncer l'épée. Il pouvait à peine lever le bras. Il essaya cinq fois, mais la foule resta calme car c'était un bon taureau et cela semblait être lui ou le taureau, puis il finit par réussir. Il s'assit par terre et se mit à vomir; on le recouvrit d'une cape tandis que la foule hurlait des vivats et lançait des choses dans l'arène."


Extrait des Nouvelles complètes d'Ernest Hemingway, Quarto, Gallimard, traduction de Céline Zins
Hemingway en 1923
suite                                                                                                            

vendredi 12 mars 2010

Les cartels de Vic Fezensac 2010

Samedi 22 mai
11h novillada
Flor de Jara
Thomas Joubert - Patrick Oliver - Esaú Fernández

18h corrida
Escolar Gil
El Fundi - Sergio Aguilar - David Mora


Dimanche 23 mai
11h corrida-concours
La Quinta - M. L. Dominguez P. de Vargas - F. San Román
Dolores Aguirre - Alcurrucén - Rehuelga
J. L. Moreno - Antonio Barrera - Luis Bolivar

18h corrida
Palha
Morenito de Aranda - Alberto Aguilar - Medhi Savalli


Lundi 24 mai
17h corrida
Victorino Martin
El Fundi - Rafaelillo - Juan Bautista


Muy atractivo.
Difficile de faire mieux question toro avec le retour des Palha et des Victorino Martin en corrida complète même si on peut penser que les Fidel San Román avaient gagné l'an dernier leur répétition. Par contrecoup, la corrida-concours paraît plus modeste. Un veragua de Prieto de la Cal y aurait eu fière allure d'autant que mettre un Dolores Aguirre à l'affiche d'une concours c'est ce qui s'appelle un pari risqué...
Côté torero, El Fundi et Alberto Aguilar retrouvent les engagements qu'ils n'avaient pas été en mesure d' assumer l'an dernier. David Mora et Medhi Savalli qui avaient été loin de convaincre sont reconduits alors que Diego Urdiales reste sur la touche...
On verra avec plaisir Morenito de Aranda et José Luis Moreno. Ce dernier était déjà venu il y a une dizaine d'années mais il n'avait laissé comme souvenir que son nom sur l'affiche.
La présence d'Antonio Barrera est une énigme pour le commun des aficionado, dont je fais partie, qui n'est pas au parfum des tractations d'arrière-boutique (mais qui les subodore). Voilà un torero qui n'est jamais bon, jamais franchement mauvais non plus, autrement dit sans personnalité aucune, mais qui, année après année, continue à signer des contrats pendant que d'autres sont obligés de se battre pour ne récolter que des miettes, et encore, quand il leur en reste à se mettre sous la dent.


lundi 1 mars 2010

Contre le toreo culero

Il n'avait certes jamais disparu mais, depuis quelque temps, on voit refleurir le toreo culero qui consiste à citer le toro en lui présentant son cul. Certaines figures n'hésitent pas à y recourir, je pense en particulier à Enrique Ponce, El Juli, Sébastien Castella ou Miguel Angel Perera.
Si je fais appel à mes plus anciens souvenirs taurins, je ne trouve pas trace, dans ma mémoire, de cette pratique par les toreros des années 70, à l'exception de Damaso González, le fakir d'Albacete, qui en abusait lors de ses interminables faenas.
Dans les années 80, Paco Ojeda s'appropria le procédé. Il parvint à lui donner une touche personnelle qui enflamma les publics de l'époque. Ainsi légitimée, cette manière de toréer, restée jusque là cantonnée dans le répertoire trémendiste et pueblerino, fut reprise par tous ceux qui, limités dans leur expression artistique, voyaient là un bon moyen de substitution pour toucher le public.
Et pourtant quoi de plus anti-taurin et anti-esthétique que le site culero. Le torero tourne le dos au toro, lui montre ses fesses (Quel manque de respect!). Il s'est contorsionné inesthétiquement pour aller chercher la corne contraire et se contorsionne à nouveau lorsqu'il fait tourner le toro autour de lui. En outre, l'objectif de faire accomplir un tour complet au toro nécessite de le faire passer assez loin du corps et de le guider le plus souvent avec le pico de la muleta ce qui réduit d'autant la valeur de la suerte.
Je ne résiste pas ici au plaisir de vous faire partager cette citation de Claude Pelletier extraite d'une de ses reseñas dans la revue Toros (n° 1254, juin 1985) :
"Une seule scorie : il tend soudain son postérieur et lorgne par dessus l'épaule pour l'affreuse passe du ''pétomane convulsif'' qu'on appelait jadis la ''bilbaina''. C'est laid à faire peur, mais je suppose que le torero à ce moment ne résiste pas à la tentation de se donner la preuve terminale et giratoire de sa domination."
Preuve de domination?... peut-être en certaines occasions mais lorsque la suerte est donnée plusieurs fois de suite, et parfois jusqu'à la nausée, elle met surtout en évidence l'excessive docilité du toro. Et, lorsqu'elle est donnée sur la corne gauche (circulaire inversée), cas le plus fréquent de nos jours, elle se substitue alors aux naturelles, prive le public de la plus belle (et la plus risquée) des passes et signe ainsi l'incapacité du matador à toréer de verdad.
On pourra objecter que ce toreo culero vient souvent en conclusion d'une faena complète et qu'il peut alors être considéré comme un adorno. Mais que penser d'un adorno qui enlaidit?...Je préfère quant à moi aidées par le bas et kikirikis riches du parfum d'Andalousie ou ayudados por alto plus empreints d'austérité castillane.
Le toreo culero est inesthétique, irrespectueux du toro et il révèle l'insuffisance du toreo avec la main gauche : une escroquerie trop souvent applaudie par des publics consentants.

vendredi 19 février 2010

Capas

Pesadas y amplias
desplegando alas
de flamenco
fugaces flotamientos
aplomadas de almidón
alas sin ligereza
dibujos de bailarinas huevudas
murattas de rosaleda
ilusiones de tango
y de vuelo
chimeneas tiernas de humos
domadoras de babas
excitadas
las capas mantienen el sueño
de una fiesta sin muerte
de un ballet
sin espada
Bailan pasos andados
de rondós de alegria
valses de marquesitos
tuteados por el espanto
Describen la inocencia
y su brevedad
el como arreglárselas para olvidar
el mal de la crueldad
el veneno de la muerte
el beso de los valientes
cuando el falo
negro
se acerca para reventar
la corola de rosas desplegada
ese pastel
azucarado
ese caramelo de violencia
apenas chupado
por el hocico de los negros
exhaustos ya
Las capas traicionan la confianza
de las bocas mendigantes
Están tan lejos
y tan cerca
una tormenta rosa
apenas pasada
una mariposa en el prado
una flor para destrozarla
un bailador para bailar
un compañero
de juego
Entonces los hombres con nalgas
de ópera
tienen trenzados y solturas
de bandidos
para amansar la furia
nueva
la que sale al pleno día
en abanicos de ilusiones
en vuelos de huida
hacia el cielo desnudo
delantales de mujeres
en casa
sobresaltos alados
para las capas de los maestros
con sandalias ceñidas
en el viento de las bombas
negras
Los negros tienen entonces valentías
alucinadas
de esperanzas de salir ilesos
a pesar de la madera de las barreras
y el cemento de la fiesta
y el espesor de los caballos
que van a salir
pronto

Patrick ESPAGNET
traduction Marcel Antoine Bilbao

dimanche 14 février 2010

Maxime Leroux

Maxime Leroux est mort. Les Noirs, le spectacle qu'il avait créé à partir des poèmes de Patrick Espagnet ne tournera plus dans les villes taurines, ne sera pas joué non plus au théâtre Edouard VII à Paris comme cela avait été prévu.



En hommage à l'acteur aficionado, ce poème de Patrick Espagnet :

CAPES

Lourdes et amples
déployant des ailes
de flamant
fugaces flottements
plombées d'amidon
ailes sans légèreté
dessins de ballerines couillues
remparts de roseraie
illusions de tango
et d'envol
cheminées tendres de fumées
dompteuses de baves
excitées
les capes entretiennent le rêve
d'une fête sans mort
d'un ballet
sans épée
Elles dansent des pas marchés
des rondeaux de gaité
des valses de petits marquis
tutoyés par l'effroi
Elles décrivent l'innocence
et sa brièveté
l'art et la manière d'oublier
le mal de la cruauté
le venin de la mort
le baiser des braves
quand le phallus
noir
s'approche pour crever
la corolle de rosés déployée
cette pâtisserie
sucrée
ce bonbon de violence
à peine sucé
par le mufle des noirs
déjà harassés
Les capes trahissent la confiance
des bouches mendiantes
Elles sont si loin
et si près
Un orage rosé
à peine passé
un papillon dans le pré
une fleur à déchiqueter
un danseur à danser
un compagnon
de jeu
Alors les hommes aux fesses
d'opéra
ont des entrechats et des souplesses
de bandits
pour apprivoiser la rage
neuve
celle qui sort au grand jour
dans des éventails d'illusions
des envols de fuite
vers le ciel nu
des tabliers de femmes
à la maison
des soubresauts ailés
pour les capes des maîtres
aux sandales plongées
dans le vent des bombes
noires
Les noirs ont alors des bravoures
hallucinées
d'espoir de s'en sortir
malgré le bois des barrières
et le ciment
de la fête
et l'épaisseur des chevaux
qui ne vont pas tarder
à arriver

Patrick ESPAGNET
Les Noirs

dimanche 7 février 2010

Toreros para la historia 5 Domingo Ortega

Autant le dire d'entrée, cet opus n°5 de Fernando Achucarro n'est pas le plus intéressant de la série. Il vaut plus par les scènes de campo tournées dans l'élevage du maestro que par les images de corrida. Il comporte en effet une grave lacune : rien sur la carrière du Diamant de Borox avant la guerre civile, époque la plus intéressante du torero durant laquelle il se forgea l'image d'un lidiador poderoso capable de dominer les toros les plus retors. On aurait aimé en avoir un aperçu, on regrettera donc que l'auteur n'ait pas disposé des archives correspondantes.
On peut voir, en revanche, d'abondants extraits de corridas et festivals des années 40 et 50. Domingo Ortega s'y montre élégant - sans doute avait-il gagné en élégance avec l'âge, car dans sa première époque c'est une qualité qu'on ne lui attribue jamais - et effectiste, obtenant des triomphes faciles devant le bétail diminué de l'époque. Parmi les images notables, celle d'un Miura cárdeno (285 kg en canal) à Séville en 1953 obtenant une belle chute de cheval.
Le toreo du Castillan est essentiellement basé sur son fameux trincherazo donné avec une main de fer dans un gant de velours et que le maestro poursuit en allant vers la queue de l'animal (manœuvre considérée comme un truc -un tranquillo- par ses contempteurs). Et c'est vrai que face au toro-novillo lidié après la guerre le procédé peut paraître abusif. Il se justifie pourtant face aux toros fuyards, aux alimañas de Victorino ou aux Miuras qui connaissent le grec et le latin. Hélas, aujourd'hui le public ignorant qui se presse aux arènes pour voir le toro tourner sans fin autour du matador siffle presque toujours le torero qui se risque à une telle lidia. Je garde précieusement au fond de ma mémoire une faena de Ruiz Miguel, à Las Ventas dans les années 70, face à un manso criminel d'Atanasio Fernandez, composée exclusivement de trincherazos à la manière d'Ortega et de doblones, faena qui valut au gaditano une énorme et unanime ovation.
La deuxième partie du film comprend une entrevue avec le torero qui parle notamment du dominio en el toreo : "dominer un toro c'est le faire aller où il ne veut pas aller et non se contenter de le faire passer ". Puis de nombreuses scènes de campo et tienta dans son élevage, celui de l'historique fer de Fernando Parladé.


A Valencia en 1936 dans une corrida donnée au profit des milices républicaines photo Finezas (Manuel Sánchis)

mardi 2 février 2010

Progrès etc.

J'étais, ce soir, tranquillement installé dans mon fauteuil, en train de lire l'excellent numéro de décembre du Magazine Littéraire consacré à Georges Orwell lorsque je suis tombé sur ces quelques mots de Pietro Citati, écrivain italien dont j'ignore tout. Un autre jour, ces mots auraient pu me déplaire ou tout simplement ne pas attirer mon attention, mais je ne sais pourquoi, aujourd'hui, ils m'ont parlé. Les voici :
"Le progrès est la plus stupide des religions. La seule chose qui compte ce sont les origines, et garder la foi en toutes les origines : ce qui est le contraire du progrès. Quelle stupidité que de vouloir trouver du plaisir dans le fait de toujours aller en avant. Ce qui me plaît à moi, aujourd'hui, c'est de m'arrêter, de reculer, de faire un pas de côté; et parfois en avant ou en hauteur."

dimanche 24 janvier 2010

Catharsis

Certains jours on sort des arènes brisé, rompu d'émotion, mais heureux, plus fort et plus assuré que jamais de sa capacité à vivre. Il y a eu du toro, commentent les aficionados... et des hommes pour se mettre devant.
On a senti la mort qui guettait quelque part au dessus du sable, parfois on apercevait sa faux luire dans la corne du fauve. En face les hommes ont été hommes : ils ont lutté avec leur cœur, ils ont dominé leur peur et tué le toro sans jamais reculer.
Nous avons tous dans notre corps le souvenir de ces après-midi-là et l'espoir que la prochaine saura aussi transformer notre émotion en force de vie.

lundi 11 janvier 2010

Liste des principales ganaderias des années 00


  1. Victorino Martin
  2. Palha
  3. Fuente Ymbro
  4. Cebada Gago
  5. Nuñez del Cuvillo
  6. La Quinta
  7. Victoriano del Rio
  8. El Ventorrillo
  9. San Martin
  10. Jandilla


A la lecture de cette liste on peut nourrir quelque inquiétude pour les années à venir. En effet, à l'exception de Palha, les autres élevages "intéressants" de la liste sont actuellement dans une période délicate. C'est désormais officiellement admis par la famille Victorino Martin puisque les ganaderos ont estimé ne pas être en mesure de fournir cette année de corrida aux arènes de Madrid. Quand à l'élevage San Martin on ne sait trop ce qu'il est devenu depuis qu' Ignacio Huelva l'a pris en main.

samedi 9 janvier 2010

Liste des principaux matadors des années 00

  1. El Juli
  2. Enrique Ponce
  3. El Cid
  4. José Tomás
  5. Sébastien Castella
  6. El Fandi
  7. El Fundi
  8. Miguel Angel Perera
  9. Antonio Ferrera
  10. Juan Bautista
  11. Juan José Padilla
  12. José María Manzanares (hijo)
  13. Morante de la Puebla
  14. César Jiménez
  15. Fernandez Meca
  16. Salvador Vega
  17. César Rincón
  18. Finito de Córdoba
  19. Matías Tejela
  20. Luis Francisco Esplá
NB Cette liste est une mezclagne veloneresque de choses vues, de choses imaginées et de la brutale réalité, sans autre prétention que d'essayer de donner un aperçu, desde aqui, de ce que nous ont offert les dix premières années de ce siècle.
Si vous êtes amateurs de statistiques et de classements, Juan Medina a mis au point le Nuevo Escalafón Taurino, un método matemático para valorar la excelencia en el toreo, qui prend essentiellement en compte les oreilles coupées dans les arènes les plus importantes. A consulter sur son blog El escalafón del aficionado.

lundi 4 janvier 2010

2010


Ça part un peu dans tous les sens - les corps, les capes - mais il y a de la jeunesse, de l'envie et un grain de folie. Un grain de folie oui, mais suivez bien le regard des deux jeunes novilleros : ils ne perdent pas le toro de vue. Alors pour 2010 (après une temporada 2009 plutôt ronronnante) on pourrait se souhaiter aussi de la folie... mais sans perdre le toro de vue, bien sûr. Ça pourrait être les figures qui nous surprennent en toréant des élevages qui sortent des sentiers battus, ça pourrait être des Miuras avec des cornes normalement développées, ça pourrait être encore de belles corridas à Barcelone, et puis des nouvelles têtes qui émergent du montón, des toros encastés, des novilleros qui en veulent. Et ça ressemblerait diablement à une belle temporada...
Mont de Marsan, Thomas Dufau et Mathieu Guillon por colleras
photo velonero

jeudi 24 décembre 2009

Apprentissage

Je reçois il y a quelque temps un message m'annonçant la création d'un nouveau blog et je découvre ça :


et bien d'autres choses surprenantes car Fernando Calvente "Rayito de Ubrique" est, au moins pour une partie de sa vie, maletilla des temps modernes.



On retrouve une même atmosphère dans le dernier livre de François Garcia, Bleu ciel et or, cravate noire. L'Espagne profonde, celle des toros que l'on court hors des sentiers battus. L'auteur nous raconte les espoirs et les mésaventures d'un jeune étudiant franchute qui ne rêvait que toreo. Avec une double réussite. Celle d'avoir trouvé une solution, dans son écriture, pour faire vivre actions, dialogues et réflexions dans un même mouvement qui captive en permanence le lecteur. Celle d'avoir su donner, par petites touches, un précieux tableau de l' Espagne des années soixante-dix. Espagne du franquisme qui entre en décomposition mais est encore capable du pire.




En cette période de vœux, il ne reste qu'à souhaiter à Rayito de Ubrique de rencontrer autant de succès que son célèbre compatriote. Car pour la qualité de son toreo, au vu des photos de son blog, il l'a déjà au moins égalé voire dépassé...

dimanche 29 novembre 2009

Les toristas roulés dans la farine

Je n'aime pas ce clivage, de plus en plus marqué au fur et à mesure que passent les années, entre corridas toristas et corridas toreristas. Il est pourtant indéniable; aujourd'hui les toristas ont leurs arènes, leurs ferias (ou leur morceau de feria), leurs élevages, leur toreros. Cela pourrait être une bonne chose, et pourtant j'ai l'impression qu'ils se font allègrement rouler dans la farine.
Depuis quelques années, une partie torista dans les cartels de certaines grandes ferias constitue la manifestation la plus évidente du phénomène. Séville, Madrid, Zaragoza en sont de bons exemples. On devrait y voir les toros des élevages les plus sérieux face aux meilleurs toreros et ce pourrait être alors le moment cumbre de la feria. Or, qu'y voit-on? Des toros le plus souvent médiocres faces à des matadors et des cuadrillas de troisième ordre, la plupart du temps incapables de mener des lidias correctes. Et quand, par bonheur, sort un toro ou un lot excellent, personne pour être à la hauteur de l'évènement. Il y a bien sûr quelques rares exceptions mais, dans l'ensemble, j'ai plutôt l'impression que ces corridas servent à amadouer l'aficion toriste locale et à mieux lui faire avaler le reste de la feria...
Le malheur est que les toros sont trop souvent à mille lieues du comportement attendu. Où sont-ils donc les toros braves, puissants, encastés que nous ont promis les éleveurs autoproclamés toristas? Au jour d'aujourd'hui Palha est l'arbre qui cache le désert. Derrière, personne. Victorino Martin et Cebada Gago qui ont longtemps tenu la boutique sont en ce moment dans une période difficile. Dolores Aguirre alterne le meilleur et le pire. La Quinta et Fuente Ymbro sont très en dessous de ce que l'on pouvait espérer. San Martin, qui était un espoir, a disparu de la circulation. Miura a connu un bache profond dont on ne sait trop s'il en sortira. Cuadri, Guardiola, Partido de Resina et tant d'autres font pitié. Arrêtons là cette litanie de la désespérance et bornons nous à constater qu'il n'y a pas grand chose actuellement dans le campo bravo qui puisse nous faire rêver à des lendemains meilleurs.
Ceux qui ne se plaignent pas de la situation, ce sont les empresas. Ah! vous en voulez des corridas toristas, en voilà! Mais attention, avec des cartels baratos qui, certes, attirent moins de monde mais peuvent laisser, malgré tout, grâce aux économies réalisées du côté des matadors, de substanciels bénéfices.
Alors, bien sûr, l'aficion toriste est un peu désorientée; elle tire - souvent avec raison - sur tout ce qui bouge, ce qui ne l'empêche pas de se faire allègrement rouler dans la farine. Je pense, par exemple, à certains aficionados de Madrid, très agressifs avec leur actuelle empresa bien que celle-ci offre tout au long de la temporada - y compris devant les figuras - des toros remarquablement présentés. Une manière bien naïve de préparer l'arrivée à Madrid de Simon Casas... Ce serait la cerise sur le gâteau.
PS A l'ombre des grands élevages, il y a les petits. Avec leur variété d'encastes. Leurs résultats sont forcément irréguliers mais tous méritent d'être défendus car ils sont un gage de diversité et peut-être d'avenir. Actuellement l'élevage de Sanchez Fabres est en passe de disparaître. Pour le soutenir, c'est ici.

dimanche 22 novembre 2009

Joseph Peyré La Tour de l'Or

Je restais sur le souvenir désastreux que m'avait laissé, encore adolescent, la lecture de Sang et Lumière (prix Goncourt 1935), le livre le plus connu de Joseph Peyré. A tort ou à raison; il faudrait le relire. Toujours est-il que cette Tour de l'or, parue en 1947, m'a réconcilié avec l'écrivain béarnais. Les clichés sont certes bien là - le matador gitan, la belle aristocrate amoureuse, la riche française névrosée, la cuadrilla picaresque - mais le plus souvent détournés. Le style est léger, vif, parfois incisif, telle cette magnifique phrase :"Miguel Santamaria, après sa carrière d'étoile, ne battait pas monnaie de ses adieux, les promenant comme tant d'autres dans toutes les villes d'Espagne, à trente mille le cachet."
Le mélo nous est épargné; c'est au contraire un sourd malaise, parfois teinté d'ironie, que distille le livre, chapitre après chapitre. L'époque est en effet très particulière, quasiment inimaginable pour un lecteur d'aujourd'hui. Il est mal vu de participer aux processions de la Semaine Sainte, le torero hésite à s'y montrer; et, se marier avec une aristocrate, est-ce, par les temps qui courent, la meilleure façon d'assurer son avenir?... Car nous sommes en 1936, le Frente Popular a gagné les élections et, en Andalousie, les anarchistes ont le vent en poupe. Bientôt, Miguel Santamaria sera happé par le tourbillon de l'histoire jusqu'à faire le paseo dans les arènes de Madrid au son de l'Internationale. Joseph Peyré, avec une ironie impitoyable pour son héros s'amusera même de sa peur des révolutionnaires dans un épisode barcelonais hallucinatoire.



La belle couverture (maladroitement rafistolée) de l'édition de 1947

NB On peut lire sur le blog La fête sauvage un texte très intéressant de Joseph Peyré qui dénonce certains égarements de la corrida.

samedi 14 novembre 2009

Bilan 2009

Ma corrida rêvée

6 toros de Palha 6
José Tomas
Diego Urdiales
Sébastien Castella

Le long vide de l'hiver sert sans doute à accumuler les illusions pour la temporada à venir. L'une d'entre elles étant que les meilleurs toreros osent affronter les élevages les plus sérieux. Ce ne sera vraisemblablement pas le cas puisque, si le retour de José Tomas dans les grandes arènes est annoncé (Seville, Madrid, Bilbao), il aura lieu, semble-t-il, avec des Nuñez del Cuvillo y consort.
Castella devant des Palha voilà une rencontre intéressante qui constituerait un vrai geste...
Morante de la Puebla a disparu de mon cartel cumbre. Son toreo m' est toujours aussi caro mais sa temporada m'a paru décevante. Deux ou trois gris-gris (et demi) face à des Juan Pedro Domecq en début de saison; puis une malencontreuse succession de blessures qui a incité le maestro à attendre des jours meilleurs.

2008
2007

samedi 7 novembre 2009

Les entrevues de toreros

"Le lendemain matin, quelques heures avant qu'il prenne son avion, je l'interviewai dans le petit salon de l'hôtel Bolivar. Je restai perplexe en me rendant compte qu'il était moins intelligent que les toros qu'il combattait et presque aussi incapable qu'eux de s'exprimer au moyen de la parole. Il ne pouvait construire une phrase cohérente, il ne tombait jamais sur le temps juste en maniant ses verbes, sa façon de coordonner ses idées laissait penser à des tumeurs, à l'aphasie, aux hommes-singes. La forme était non moins extraordinaire que le fond : il parlait avec un accent malheureux, fait de diminutifs et d'apocopes, qu'il nuançait, durant ses fréquents vides mentaux, par des grognements zoologiques."
Mario Vargas Llosa, La tante Julia et le scribouillard, traduction d'Albert Bensoussan


Le passage est certes caricatural mais il traduit bien la plaie que constituent ces entrevues à tout bout de champ avec des gens - les toreros, en l'occurrence - qui n'ont assurément pas fait sans raison le choix de côtoyer les toros mais dont le mystère est, de toute évidence - au moins dans un premier temps, réfractaire à tout discours.
Le pire, ce sont les interviews dans le feu de l'action. Le matador est encore couvert de sueur et de sang que déjà on lui tend, depuis le callejon, un micro (dérisoire corne arrondie) auquel il n'a strictement rien à dire, lui qui, il y a quelques secondes encore, était en relation avec le plus bel animal de la terre.
Ne parlons pas des pensums que sont les interviews dans la presse taurine espagnole. Les toreros y sont devenus maîtres incontestés de la langue de bois.
Bien sûr il peut y avoir de grandes et belles réussites. Mais c'est toujours la distance, le recul qui les rend possibles. Le plus bel exemple en est le travail que François Zumbiehl a mené à bien avec les principales figures de la tauromachie et qui a donné ce magnifique livre Des taureaux dans la tête, paru en 1987 aux éditions Autrement.


NB Un colloque sera très prochainement consacré à Mario Vargas Llosa à Bordeaux. L'auteur y sera présent.

vendredi 30 octobre 2009

Dali et Goya à Bordeaux

Jusqu'au 29 novembre, au Cellier des Chartrons, très intéressante exposition des 80 Caprices de Goya mis en miroir avec les mêmes 80 caprices revisités par Dali.
Au même lieu, un méli- mélo de la prolifique production lithographique de Dali; on peut y voir entre autres les cinq gravures de la Tauromachie Américaine (1966) ainsi que le tableau Projet pour la Tauromachie Surréaliste (1966).
Parallèlement, l'Institut Cervantes expose la série des Nouveaux Caprices de Goya réalisés entre 1824 et 1828 lors de l'exil bordelais du peintre. Où l'on peut constater qu'il est des peintres qui vieillissent mieux que d'autres...

Salvador Dali Le picador (1966) gravure de la série La Tauromachie Américaine

dimanche 18 octobre 2009

Turlupinade

Difficile de ne pas réagir après avoir vu à la télé (Signes du Toro sur France 3) les passes données, après avoir planté l'épée dans le ruedo, par Daniel Luque au dernier toro de la récente feria des vendanges de Nîmes. Un véritable récital de laideur, brusquerie, bouffonnerie, turlupinade. Un show d'antitoreo qui porta à fond sur le médiocre public nîmois au point qu'il fit attribuer au matador les deux oreilles et la queue.
A vrai dire jusque là rien que de très banal. La tauromachie a toujours produit, à ses marges, une parodie d'elle-même et de nombreux toreros ont fait carrière dans ce registre-là. Ce qui m'a vraiment choqué ce sont les commentaires de Morenito de Nîmes (dont on venait pourtant de nous montrer une larga cordobesa pleine de saveur torera) nous vendant cette chose-là comme la tauromachie du futur. La tauromachie du futur ça! Ce serait une mort bien laide pour l'art taurin...
Ce qui m'attriste, en outre, c'est que Daniel Luque est par ailleurs un torero capable de toréer avec art et finesse. On l'a vu par exemple l'an dernier dans un tout autre registre à Mont de Marsan. Hélas, j'ai bien peur que Rafael , dans son commentaire, ait eu un juste pressentiment : on est en train de faire de lui une vache à lait; avec son numéro de cirque, Luque risque de faire l'an prochain le tour de la planète taurine. Que restera-t-il de son art?

dimanche 11 octobre 2009

Gilgamesh, premier estoqueador


L'Épopée de Gilgamesh est la première œuvre littéraire que nous connaissions. Il s'agit d'un récit légendaire de l'ancienne Mésopotamie (Irak actuel) qui se présente sous la forme de tablettes d'argile gravées il y a plus de 3000 ans en cunéiforme, premier système d'écriture inventé par les hommes.
On peut le considérer comme un texte fondateur pour la culture occidentale. Il décrit le déluge bien avant la Bible. Il préfigure les dieux et les mythes grecs. La quête de l'immortalité en est le thème central, mais, l'échec de Gilgamesh le conduit à accepter la mort, destin de chaque humain, et à accomplir une œuvre au service des autres : bâtir, écrire.
Au cœur du récit, Gilgamesh doit combattre un féroce taureau envoyé par la déesse Ishtar qui veut se venger de lui car il a repoussé ses avances. La manière dont il l'abat n'est pas sans rappeler l'estocade des toreros d'aujourd'hui. "Gilgamesh habilement de ses mains enfonce son glaive entre le cou et les cornes et frappe à mort le taureau céleste."
On peut ici se demander si les lointains auteurs du texte ont fait œuvre d'imagination pure ou s'ils se sont inspirés de pratiques existantes : sacrifices rituels d'animaux domestiques à caractère religieux ou bien combats organisés contre des taureaux sauvages qui pourraient, dans ce cas, constituer les premières manifestations humaines à caractère tauromachique.

Voici le texte complet du combat contre le taureau dans la version publiée par Berg International Éditeurs (texte établi d'après les fragments sumériens, babyloniens, assyriens, hittites et hourites, traduit de l'arabe et adapté par Abed Azrié) :

Anou entendant ces paroles
donne à Ishtar la longe du taureau céleste.
Ishtar le fait descendre sur la terre
elle le conduit sur la terre d'Ourouk.
Son arrivée répand la terreur.
A son premier mugissement
cent hommes, deux cents puis trois cents hommes tombent.
A son deuxième mugissement
cent hommes, deux cents puis trois cents hommes tombent.
A son troisième mugissement
il se dirige vers Enkidou
mais Enkidou fait un saut de côté
il attrape le taureau céleste par les cornes
le taureau céleste lui lance au visage son écume et sa bave
et avec sa queue l'asperge de sa bouse.
Enkidou dit à Gilgamesh :

"Mon ami
nous avons parlé de victoire avant le temps
comment allons nous vaincre ce taureau?
Mon ami
nous devons nous partager la tâche :
moi je saisirai le taureau par la queue
et toi, de ton glaive tu devras le frapper
entre le cou et les cornes."

Enkidou pourchasse le taureau céleste
il l'attrape par la queue
et Gilgamesh habilement de ses mains
enfonce son glaive entre le cou et les cornes
et frappe à mort le taureau céleste.

Après la mort du taureau céleste
ils lui arrachent le cœur
ils le déposent devant le dieu Shamash en offrande
et se prosternent.

jeudi 8 octobre 2009

Hugo Viney-Thomas

Hugo Viney-Thomas, le jeune écarteur tyrossais (17 ans), vient de remporter le championnat de France des écarteurs. Cela s'est passé dimanche dernier, dans les arènes d' Aire sur Adour, devant des gradins combles, ce qui, au passage, confirme le regain de popularité de la course landaise (alors que les corridas des fêtes en ce même lieu laissent apparaître beaucoup de béton).
Lorsqu'on sait que cette épreuve, par sa longueur, par l'affrontement avec les coursières les plus redoutables, par la confrontation avec les meilleurs écarteurs, est la plus difficile de la saison, on reste étonné par la performance du jeune Hugo. Celui-ci, qui participait pour la première fois au championnat, a pris la tête du classement dès la première vache, a maintenu un haut niveau tout au long de l'après-midi, n'a subi qu'une seule chute, n'a craqué devant aucune "marraine"... pendant que les favoris, pourtant plus expérimentés (Loïc Lapoudge et Benjamin de Rovère notamment) se faisaient hacher menu comme chair à pâté.
Une victoire qui en appelle d'autres mais qu'il faudra savoir gérer avec prudence. Heureusement le garçon a l'air d'avoir la tête sur les épaules.

magnifique corps à corps entre Hugo Viney-Thomas et Rouperte (photo de Marylène, tirée du blog Passion Coursayre)

dimanche 27 septembre 2009

Paquirri

On le sait, les commémorations ont pour but de créer des repères symboliques forts qui permettent aux jeunes générations de se construire. Dans le monde de la tauromachie, chaque 16 mai on continue à évoquer la mort de Joselito. Sans doute pour nous rappeler l'incommensurable et vain orgueil de l'homme face à la nature. Oui, un toro a tué Joselito, le torero le plus savant et le plus poderoso de tous les temps! Oui, un toro a tué Paquirri, le torero le plus savant et le plus poderoso de son époque!
Il y a dans la fin tragique de Paquirri une dimension supplémentaire qui tient à sa lucidité et à sa grandeur lorsque, dans l'infirmerie des arènes de Pozoblanco, il fait face à l'affolement de son entourage, à la douleur des chairs labourées, à la mort qui vient.

Parmi les souvenirs me reviennent ses actuations à la feria de Bilbao 1979. Trente ans déjà! Je le revois face à ce sixième toro, un sobrero de Lisardo Sanchez qui était sorti comme un bœuf. On ne savait si c'était par mansedumbre ou défaut de vision toujours est-il que l'animal n'avait pas réellement chargé ni couru une seule fois lorsque Francisco prit la muleta. La bronca n'avait cessé durant les deux premiers tiers afin d'obtenir le changement du toro et continuait encore. On demandait maintenant au Gaditano d'en finir au plus vite. Vingt minutes plus tard, il franchissait la grande porte, a hombros, les deux oreilles du Lisardo en main! Par quelle alchimie Paquirri parvint-il à transformer cette bronca en triomphe, cet animal étrange en toro de combat? C'est assurément la marque des grands toreros que ce pouvoir-là.
Mais ce n'est pas tout. Au cours des deux contrats qu'il avait cette année-là à Bilbao, le maestro tua ses quatre toros de quatre grandes estocades. Le plus remarquable étant qu'à la fin de chacune de ses faenas le toro se trouva parfaitement cadré sans qu'une seule passe de aliño soit nécessaire. Et comme Francisco toréait avec l'épée de verdad l'estocade constitua, chaque fois, sans rupture d'aucune sorte, le couronnement de la domination du maestro.

lundi 14 septembre 2009

A moitié plein ou à moitié vide



Une corrida de Victorino MARTIN c'est maintenant, presque chaque fois, comme l'histoire du verre : on peut le trouver à moitié plein ou à moitié vide.
Commençons par le positif, le verre à moitié plein.
- le lot est d'un tamaño modeste mais homogène, cinq d'entre eux sont bien roulés, harmonieux, dans le type de la maison.
- braves en général au cheval sous 12 piques avec mention pour le 2 qui, après une sérieuse première rencontre, vient de loin pour une excellente deuxième pique (ovation au picador Chano Garrido). Après une forte pétition du public Porquesi sera honoré du mouchoir bleu présidentiel. Porque no? mais à condition d'être bien conscient que le toro n'était pas exceptionnel en soi, ce qui était exceptionnel - parce que trop rare - fut de voir simplement sortir un toro brave et noble. Bon toro également le 5.
- cinq toros nobles (attention là on s'approche du vide, si on se penche trop on tombe)
- le grand intérêt du sixième, Venezolano, une alimaña dont la lidia fut passionnante. Un toro déconcertant par ses changements de rythmes incessants; en effet, il alterna en permanence douceur de charge, accélérations, arrêts en milieu de suerte, brusques retours. Un vrai Chaviste.
Passons maintenant à la moitié vide du verre.
- le manque de trapío du cinquième toro, une sardine.
- la grande faiblesse du 3, frisant l'invalidité
- la grande soseria de 3 toros (les 1, 3 et 4). Manque de moyens physiques ou manque de caste? La question est posée...Personnellement, je pencherais pour le manque de caste lié à une recherche excessive de noblesse de la part des éleveurs (les trois étaient très nobles).
Heureusement qu'il y eut Venezolano pour nous rappeler, au final, qu'on avait bien assisté à une corrida de Victorino Martin et que c'est avant tout ce genre de toro qui fait la spécificité et l'intérêt de l'élevage.
La question que tout le monde se posait concernait bien sûr l'état physique et moral du FUNDI, de retour après les graves blessures que l'on sait. Alors le Fundi? Et bien, en un mot : rassurant. Certes sans brio particulier et devant deux toros nobles et fades qui, pour un torero de sa trempe, ne posaient pas de problème particulier. Mais de la confiance et de l'envie, en particulier avec son second. Le Fundi n'est pas fini et on peut espérer le retrouver tel qu'en lui-même la saison prochaine.
Alberto AGUILAR s'est inscrit dans la catégorie des bons seconds couteaux à qui l'on peut faire confiance pour animer l'après-midi.
David MORA se verrait davantage dans le rôle de l'artiste (magnifiques véroniques à son premier, c'est si rare) mais il n'éluda pas le combat avec le 6 même si son mince bagage ne lui permit pas de s'imposer au toro.

Porquesi face au piquero