Vendredi 17 avril corrida de Domingo Hernandez
Après les sommets de l'art taurin atteints hier par Morante, la corrida d'aujourd'hui ne pouvait être que de resaca (ressac, gueule de bois) comme l'on dit dans la langue de Cervantès. Ressac amplifié par le comportement des toros de Domingo Hernandez. Les trois premiers sont des mansos superlatifs cherchant désespérément une issue dans le vaste ruedo sévillan. Heureusement les deux derniers permettront que la corrida se termine sur une note plus positive.
Alejandro Talavante, vingt ans d'alternative, sans illusion, fait partie des accaparateurs de contrats au détriment de la jeune génération. Il passa sans peine ni gloire (silence, silence).
Roca Rey eut la bonne fortune d'avoir entre les mains Veronés, le quinto. Un toro terciado mais de bonne charge, idéal pour la tauromachie dominatrice et puissante du Péruvien qui enchaîne les séries avec assurance. Il coupera une oreille après une entière tendida.
Pablo Aguado est un torero d'une classe supérieure que l'on voit trop rarement en France. Face à des adversaires plus préoccupés de fuir que de charger il ne put donner ce jour que des détails, mais quels détails ! Véroniques avec toile réduite, une chicuelina somptueuse et quelques enchaînements à la muleta après une voltereta au sixième (vuelta).
Samedi 18 avril corrida de Victorino Martin
Une mauvaise corrida de Victorino Martin, c'est rare mais ça arrive. Pour celle-ci on a l'impression que tout le monde y a mis du sien. L'empresa en achetant une corrida indigne d'une plaza de primera, le ganadero en osant présenter à Séville un novillote scandaleux (el quinto), les vétérinaires en gardant étrangement les yeux fermés. Et l'on peut se poser des questions sur le fonctionnement de la bascule des corrals sévillans lorsque l'on sait que le choto en question était annoncé à 539 kg. Finalement c'est le public sévillan qui est sorti grandi de l'affaire puisque, à rebours de sa réputation de passivité, il se fâcha sérieusement contre l'animalcule dont toute la lidia se déroula sous la bronca, les sifflets et les lazzis. Un vrai scandale à Séville ! Par ailleurs le comportement des toros fut le plus souvent décevant même si certains montrèrent de la bravoure au cheval, ce qui permit quelques tercios de pique de qualité (ovation pour Vicente Gonzalez, Tito Sandoval et Manuel Jesus Ruiz ''Espartaco"). La plupart firent preuve au troisième tiers d'une noblesse un peu fade accompagnée d'une faiblesse de patte latente. Ce qui aurait été considéré comme une correcte corrida commerciale fut une mauvaise victorinade. On notera que les quatre premiers étaient les fils du fameux Cobradiezmo gracié ici même il y a tout juste dix ans, on en tirera la leçon que l'on voudra ...
De Manuel Escribano on ne retiendra que ses deux puertas gayolas, celle du 5 avec une interminable attente, et deux séries de naturelles au 1. Lui aussi fait partie de ces toreros qui sont sur la brêche depuis plus de vingt ans, dans son cas le corps cousu de cicatrices infligées par les toros des élevages les plus redoutables. On lui souhaite de savoir se retirer dans les meilleures conditions.
Le toreo de Borja Jimenez pose question. Il cherche la passe longue et templée et il réussit souvent à la donner ce qui lui vaut olés et ovations, et deux vueltas al ruedo ce jour. Le paradoxe est que la souplesse de son corps lui permet de la donner trop souvent sans se croiser, toreando muy despegado. De plus il est très faible épée en main. Des qualités donc mais beaucoup de scories également pour le Sévillan.
Quelle mouche a piqué Victorino Martin hijo de venir à Séville avec une corrida si peu digne de la plaza où il y a dix ans un lot supérieur avait marqué les esprits !
Depuis sa journée cumbre de jeudi, Morante a été très grièvement blessé lundi par un toro de Garcia Jimenez. L'homme paraissait en si belle forme morale et physique que c'est une peine de penser que cet élan risque d'être brisé pour une longue période. Une peine de se dire que les aficionados des villes où il devait toréer dans les mois qui viennent n'auront sans doute pas la chance et le privilège de vivre le faisceau d'émotions que suscite son toreo.
Par ailleurs aura lieu en fin de semaine la Feria del Aficionado qu'organise à San Agustin del Guadalix le club taurin Tres Puyazos, feria qui m'avait enchanté l'an passé comme m'a enchanté cette année mon passage par Séville. Aura lieu également en mai la Feria du Toro de Vic-Fezensac puis Céret de Toros en juillet. Je sais bien que certains aficionados ne mélangent pas les genres. C'est leur droit. Pourtant la tauromachie est partout. Aussi bien sur l'albero de la Maestranza de Séville avec des toreros en recherche d'art que sur le sable de San Agustin ou de Vic avec ses toros puissants et ses valeureux toreros.
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