Avec celle de Madrid, l'aficion sévillane est sans aucun doute la meilleure au monde. Assister à une tarde de toros dans la Maestranza a une résonance particulière. Ici aucun détail n'échappe aux yeux avertis du public. La bonne brega d'un peon, une pique bien donnée, une passe qui surgit du néant : à l'instant même l'ovation monte de chaque travée. Et lorsque l'art advient dans le ruedo, la communion avec le public, portée à son paroxisme, lui donne un caractère sublime.
Ce public on le sent en quête d'un toreo essentiellement doux, templé, artistique. Comment pourrait-il en être autrement dans une ville comme Séville ! Il préfère donc les toros qui le facilitent et il existe en son sein une fraction triomphaliste non négligeable peu regardante sur les placements manquant de sincérité, pendant que d'autres gardent leur critique (''no se ha cruzado'') pour eux-mêmes ou leur voisin de tendido car le public sévillan a horreur de protester, c'est comme ça, et lorsqu'il le fait c'est que l'affaire est d'importance (la présentation du quatrième victorino samedi, par exemple).
Mercrdi 15 avril corrida de Santiago Domecq
Le lot de Santiago Domecq peut être qualifié d'assez bon, idéal même pour une plaza comme Séville (5 toros sur 6 seront ovationnés à l'arrastre) mais sans aucun toro supérieur comme l'élevage a été assez fréquemment capable d'en sortir lors des temporadas passées. Ils furent très peu piqués, malgré cela certains allèrent a menos, manquant de fond. Les meilleurs : le premier, d'une exquise noblesse et le sixième, vif jusqu'à ce qu'il file aux planches.
Le travail complet (cape, muleta, estocade) de Miguel Angel Perera lui valut l'oreille de son premier partenaire. Il y eut même venant de la partie triomphaliste du public une pétition incongrue de la seconde oreille. Perera fut en réalité bien en dessous de ce que permettait Tallista. Il fait partie de cette trop longue liste de toreros qui toréent avec succès depuis plus de vingt ans mais n'ont aujourd'hui plus rien à prouver ni à eux-mêmes, ni au public. Qu'ils laissent donc la place aux jeunes!
David Galvan donna de bonnes et sincères naturelles au 2, bonne estocade, oreille.
Le tout jeune Aragonais Aaron Palacio devait son inclusion à la feria à son excellente actuation ici même l'an passé en tant que novillero. Une bonne initiative de la part de l'empresa car voilà un garçon qui, avec quelques autres récemment promus matadors, représente l'avenir de la fiesta ... à condition qu'on leur donne l'occasion de s'exprimer. Si à son premier Aaron eut une prestation de novillero nerveux, il se libéra face au sixième pour donner à un toro de charge soutenue une belle faena con arte y transmisión qui fit rugir le public. Le toro attiré par les planches au final l'empêcha de redondear la faena. Grosse oreille après une entière.
Jeudi 16 avril tarde historique de Morante de la Puebla
Un aficionado, morantiste qui plus est, doit mesurer la chance qu'il a d'avoir vécu cette tarde historique durant laquelle Morante de la Puebla a donné, au quatrième toro, un véritable cours illustré par l'action d'histoire de la tauromachie. Face à un toro sans bravoure ni fixité qui faisait à sa sortie tout à l'inverse de ce qu'un toro doit faire, le cigarrero a donné un récital, mélange vivant de suertes à l'ancienne et de toreo contemporain dans ce qu'il a de meilleur. Largas accoudé aux tablas, véroniques et demi sublimes, tijerillas au quite, pose des banderilles parfaite en trois modes différents : de poder a poder, al sesgo por dentro, al quiebro cité depuis une chaise. Le toro dominé charge désormais avec noblesse, la faena de muleta débute par des ayudados por alto donnés assis sur la chaise, suivis de derechazos et de naturelles d'un aguante et d'un temple extraordinaires. La plaza est une clameur permanente. Les olés s'étranglent de sanglots devant tant de beauté et de profondeur. Et, seul point noir, une mise à mort en plusieurs étapes empêche l'octroi de tout trophée que deux vueltas al ruedo apothéosiques remplaceront aisément. Merci Morante.
Juan Ortega débuta par une puerta gayola qui semblait signer son envie d'en découdre. On s'étonna que, par la suite, sa recherche du joli, du templé se fasse trop souvent au détriment d'un placement plus sincère qui aurait permis plus de profondeur et de dominio.
Le jeune Victor Hernandez eut une bonne tarde. Il donna une leçon de sincérité, de placement adéquat à son prédécesseur. Un sens du temple certain et des estocades recta lui permirent de toucher le public sévillan (une oreille). On regrettera seulement que la fadeur de ses opposants ait empêché son travail d'accéder à une dimension supérieure.
La ganaderia d'Alvaro Nuñez est une scission récente de Nuñez del Cuvillo. Les toros de ce jour furent inégaux en comportement et en trapío avec une tendance forte au decastamiento.


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire