dimanche 25 mars 2012
Feria de Vic Fezensac 2012 : les cartels
11h
nov. Darré - Bonnet
Borja Jimenez - Javier Jimenez
18h
José Escolar Gil
El Fundi - Fernando Robleño - Sergio Aguilar
Dimanche 27 mai
11h corrida-concours
Carriquiri - J. J. Moreno de Silva - Fidel San Roman
Esteban Isidro - Alcurrucen - Joselito "La Reina"
Antonio Barrera - Ivan Garcia - Morenito de Aranda
18h
Granier "La Cruz"
Julien Lescarret - Joselillo - Raul Velasco
Lundi 28 mai
11h
Flor de Jara
Juan Bautista - Ivan Fandiño - David Mora
Le retour de la novillada le samedi matin - même en mode mineur - est une bonne nouvelle.
En ce qui concerne les élevages, retour logique des Escolar Gil qui n'avaient pu combattre l'an dernier en raison d'un problème sanitaire. En faisant appel aux santacolomas des frères Granier, Vic joue à nouveau son rôle d'explorateur des terres taurines. Le moins que l'on puisse dire du choix des élevages de la corrida-concours, c'est qu'il manque de glamour : deux fois du nuñez et l'empresa qui régale un gros patapouf de son élevage. Ça fait pas rêver!
Côté torero, l'absence de Javier Castaño est totalement incompréhensible. Nous voilà privé d' un matador et d'une cuadrilla qui assurent des lidias correspondant parfaitement aux critères vicois. Un contresens de la part des organisateurs.
Autre grande énigme de ces cartels, la programmation à 11 heures du matin de la corrida du lundi. J'ai d'abord cru comme tout le monde à un lapsus qui serait vite corrigé. Mais non! La corrida du lundi est toujours annoncée à 11 heures du matin. Noyauté par des éléments révolutionnaires, le Club Taurin Vicois a-t-il voulu importuner sa riche clientèle de l'ombre en l'obligeant à subir le soleil de midi? Ou, plus prosaïquement, s'agit-il de permettre aux aficionados venus de loin de prendre le chemin du retour plus tôt? Mystère!
mardi 20 mars 2012
Quand Saint-Simon rend compte au roi d'Espagne d'une manifestation en faveur des corridas
De 1681, date de sa présentation au roi Louis XIV et de son entrée dans les mousquetaires (il a alors 16 ans) jusqu'en 1723, année qui voit la mort de son ami d'enfance et protecteur le duc d'Orléans, régent du royaume, rien de ce qui se passe dans les arcanes du pouvoir n'échappera à son œil acéré. Il se retire alors sur ses terres et pendant plus de 20 ans, il peaufine la version définitive de son œuvre. 7000 pages jubilatoires et impitoyables destinées à montrer les turpitudes du Roi et de la Cour, à regretter le temps -imaginaire - où les Grands du royaume, encore tout empreints de rigueur morale, dirigeaient la politique du pays avec pour seule fin d'établir le bien public et non en pensant à leur enrichissement personnel.
On le voit, les liens avec notre époque ne manquent pas. Les pages sur la Banque de Law, la spéculation effrénée qui l'entoure et sa banqueroute inéluctable pourraient avoir été écrites de nos jours.
Mais venons-en aux toros. Entre octobre 1721 et avril 1722, Saint-Simon passe six mois en Espagne en tant qu'ambassadeur extraordinaire. L'aficionado se frotte les mains, espérant la description d'une corrida royale. C'est compter sans les contretemps de l'Histoire. Car il faut se rendre à l'évidence, Philippe V, petit-fils de Louis XIV, est sur le trône espagnol depuis 1700. Il organise pour son plaisir des chasses terriblement meurtrières mais ne goûte pas les corridas de toros. Cette aversion conduira à la disparition des corridas aristocratiques du paysage taurin espagnol.
Pourtant le peuple ne l'entend pas de cette oreille. Ainsi, un jour, alors que Saint-Simon visite la plaza Mayor :
"Dès que je parus sur le balcon, tout ce qui était dans la place s'amassa sous les fenêtres et se mit à crier : Señor, toro! toro! C'était le peuple qui me demandait d'obtenir une fête de taureaux, qui est la chose du monde pour laquelle il a le plus de passion, et que le roi ne voulait plus permettre depuis plusieurs années par principe de conscience. Aussi me contentai-je le lendemain de lui dire simplement ces cris du peuple sans lui rien demander là-dessus."
Ce ne sont que 5 ou 6 lignes noyées dans l'immensité de l'œuvre mais peut-être les seules dans lesquelles apparaît la vox populi.
Ce que Saint-Simon ne verra pas : corrida royale sur la plaza Mayor en 1675 (anonyme)
dimanche 11 mars 2012
Carte postale
dimanche 26 février 2012
Chinito
Lorsque, en cette soirée hivernale bordelaise, j'évoque cette tarde avec Chinito, son visage s'illumine, il se souvient de tout : les novillos de Cortijoliva, les compagnons de cartel, et ce novillo imposant qu'il réussit à bien toréer. C'était il y a 35 ans à Aire sur Adour.
A l'invitation du club taurin Los de José y José, le voici maintenant face au micro. Il évoque les grands moments de sa carrière : le rude apprentissage, les succès madrilènes, l'alternative, les coups bas du mundillo, les désillusions, mais aussi la figure de Christian Montcouquiol, ami d'enfance et compañero d'aficion. Il parle avec sincérité, à l'image de ce qu'était son toreo. L'émotion affleure. Il se dit homme libre et, à le voir et l'entendre, on sait que c'est vrai.
Grâce à Daniel Saint-Lary, l'épopée de Chinito a pris la forme d'un très beau livre publié par les éditions Atelier BAIE. Textes magnifiques, iconographie très riche et adornos toreros sous forme de textes manuscrits de Lucien Orlewski "Chinito de Francia".
dimanche 12 février 2012
Faits d'hiver
En Galice, le Partido Popular, "le parti qui défend la corrida", a voté au parlement régional où il est majoritaire, un texte qui interdit l'accès des arènes aux moins de 12 ans. A méditer pour ceux qui ont cru que la victoire du PP aux dernières élections législatives serait une bonne chose pour les toros.
Fernando Cruz a un nouvel apoderado. Lui donnera-t-on enfin l'opportunité de relancer sa carrière?
Au campo pendant ce temps attendent les toros...
dimanche 5 février 2012
Laurent Tailhade, La corne et l'épée
Laurent Tailhade, polémiste libertaire comme on n'en fait plus, a été, au tournant du XIXème siècle, un provocateur littéraire, politique et social de haute volée. Parmi ses titres de gloire : six mois de prison pour avoir écrit un article incendiaire, véritable appel au meurtre à l'encontre du tsar Nicolas II à l'occasion de sa visite officielle en France; son évacuation de la ville de Camaret sous la protection de la maréchaussée à la suite de ses diatribes contre la bigoterie et l'alcoolisme des populations locales - la célèbre chanson paillarde mettant en cause la vertu des filles du pays aurait été écrite pour se venger des Camarétois; une trentaine de duels, à l'épée ou au pistolet, auxquels il survécut malgré quelques sérieuses blessures. Tout cela avec force contradictions, palinodies et clins d'œil ironiques du destin. Tel cet attentat anarchiste dont il fut victime (il y perdit un œil) alors qu'il avait applaudi quelques mois plus tôt à l'attentat de Vaillant contre la chambre des députés.Aficionado convaincu, il ne manquait pas une occasion de ferrailler contre les défenseurs des animaux.
La corne et l'épée est un recueil de ses textes taurins rassemblés et publiés en 2011 par les éditions le Festin.
Voici, bel exemple de sa verve ravageuse et jouissive, un extrait de sa lettre ouverte à M. Uhrich, protecteur d'animaux :
La réclame que vous battez sur le cuir des rossinantes et des taureaux si ''méchamment mis à mort'' par Guerrita ou Bonarillo ne date pas d'hier. L'Eglé du ''pauvre Gilbert'', à qui
Un papillon mourant faisait verser des larmes,
assistait, d'une incomparable froideur, à l'inique supplice de Lally-Tollendal. C'était l'aïeule des précieuses de chenil rangée sous vos drapeaux. Car ces anges minaudiers ont d'habitude, sous leurs grimaces doucereuses, une complexion d'eunuque ou de bourreau. L'amour excessif que les catins manifestent à leurs bichons, ces animaux deux fois immondes, éduqués à lécher les excréments du privé et les ordures de l'amour; la manie imbécile des gâteuses sexagénaires qui transforment leur logis en asile pour les matous galeux et les barbets errants, tandis que, sous les ponts misérables, tant de hères passent les nuits de janvier; la fausse bonté dont les antiques ladres pavoisent leur avarice; la badauderie si aisément exploitable des riches idiots; le gâtisme sentimental de Joseph Prudhomme - tous ces éléments réunis et combinés ensemble forment le riche capital sur quoi vous trafiquez, depuis maintes années, sans que le fantôme du ridicule et le dégoût du personnage que vous tenez aient pu dévier, un instant, ce que vous appelez, sans doute, en style de Jocrisse, ''votre sacerdoce'' ou bien encore ''votre mission''.
Heureux mortels! Vous protégez les animaux, depuis le sansonnet de ma portière jusqu'aux biques montagnardes pour qui, dans la solitude tentatrice des hauts lieux, quelques bergers éprouvent une tendresse inconvenante, jusqu'aux pauvres biquettes dont le pucelage est commis à vos soins :
Allez, troupeau jadis heureux! Allez, mes chèvres!
mardi 31 janvier 2012
Ad Arenas : le Palais-Gallien à Bordeaux
La très intéressante exposition que l'on peut voir jusqu'au 8 juin à l'archéopôle d'Aquitaine (Domaine Universitaire à Pessac) retrace l'histoire du monument.
Après avoir été, au cours des siècles, successivement, carrière, bourrier, lieu de plaisirs tarifés, lotissement immobilier, il n'en subsiste plus aujourd'hui qu'une porte monumentale et quelques assises de gradins. Des fouilles et études récentes ont permis de préciser la date de sa construction (entre 90 et 150 ap. J.-C.). Dès le début de l'exposition, une animation numérique 3D permet de visualiser l'amphithéâtre tel qu'il était à l'époque romaine; la ressemblance avec les arènes actuelles d'Arles et Nîmes est frappante et l'on se dit que, si les vicissitudes de l'Histoire n'en avaient décidé autrement, ce pourrait être aujourd'hui une plaza de toros à l'égal de celles du Midi méditerranéen...
Dossier exposition "AD ARENAS! Histoires du Palais-Gallien de Bordeaux"
Ruines du Palais-Gallien en 1710 par Alix
dimanche 22 janvier 2012
Partager la galette
Et, de ce blog modeste et naïf, j'imagine qu'on pourrait, grâce à cette manne télévisuelle faire d'une pierre plusieurs coups.
Ne pas oublier les matadors modestes.
Ne pas oublier les cuadrillas.
Ne pas oublier les ganaderos.
Ne pas oublier de créer un fonds destiné à promouvoir la fiesta et à organiser des novilladas.
Ne pas oublier, enfin et surtout, le vrai public (celui qui pose ses fonds de pantalon sur les gradins et peut agir sur le spectacle). Si la télé paie plus, les spectateurs pourraient payer moins; en cette période de crise ce ne serait pas du luxe. Rien de plus triste, en effet, qu'une corrida télévisée devant des gradins vides...
Mais le pire, ce qui nous guette peut-être, serait que la corrida devienne un jour un spectacle uniquement télévisuel, le public (la claque) n' étant plus constitué que d'invités de complaisance.
samedi 14 janvier 2012
En hommage à Diego Puerta
Voici deux textes en hommage à Diego Puerta le grand torero sévillan (en activité comme matador de toros entre 1958 et 1974) récemment disparu.
Le premier est un extrait d'une reseña de Don Pepe parue dans le quotidien Sud Ouest en 1960. Elle relate son grand triomphe lors de la feria de Seville.
La feria sevillane s'est terminée par deux funciones particulièrement animées qui ont recréé l'animation sur les gradins toujours archicombles de la Maestranza, après quatre tardes assez insipides. (...)
Il est vrai que le bétail sorti des chiqueros depuis le premier jour s'était révélé, dans l'ensemble, manso, soso, sans la moindre alegria, ôtant, de ce fait, son intérêt majeur au spectacle.
Le jeune Diego Puerta, par sa vaillance extraordinaire et son désir de triompher coûte que coûte, dans cette première feria importante, réussit à secouer intensément les tendidos, rapidement conquis, et qui, finalement, explosèrent dans l'ambiance admirable de la fiesta enfin retrouvée.
Toujours prêt a payer consciencieusement de sa personne, en prenant sans cesse et crânement des risques devant des adversaires lourds, d'une puissance extraordinaire, dangereusement armés, aux arrancadas parfois redoutables et d'une lidia pas toujours bien commode, Diego arracha les bravos à la foule et quitta les deux jours la plaza sur les épaules de ses admirateurs.
Le samedi, devant des toros mastodontes de Miura, qui donnèrent 355 kg de moyenne en canal, soit 31 arrobas, le chico eut un premier adversaire manquant d'entrain, dont il ne peut tirer, malgré sa volonté, qu'une faena sans relief sur la demi-charge de l'animal. On l'applaudit, néanmoins, pour son application soutenue. Son second ennemi, à l'armure redoutable et plein d'allant, devait lui donner l'occasion de se mettre en évidence. Après avoir demandé l'arrêt du tercio à la deuxième pique, le muchacho (il a 19 ans à peine) donna d'excellents doblones pour fixer le fauve, lia plusieurs derechazos vaillants. Puis, le Miura devint réservé, avisé, ne s'élançant qu'à bon escient. Il avait beaucoup appris depuis sa sortie du toril et lorsque le Sévillan l'entreprit de la main gauche, il fut pris par l'animal, lancé en l'air et retomba lourdement sur le sol. Il se releva, sans mal, revint à la charge en s'exposant encore davantage, fut accroché de nouveau, reprit la lutte avec encore plus de courage, attaqua avec rectitude pour une estocade entière concluante, dont il sortit sérieusement bousculé. on le transporta à l'infirmerie, où on lui apporta une oreille du bicho et d'où il ressortit presque aussitôt avec une contusion au menton.
Le lendemain, face à des toros de D. Angel et Rafael Peralta, qui accusèrent 323 kg à la romaine (23 arrobas), Diego Puerta, sans possibilité de briller avec son premier, à la charge hésitante et aplomado, liquidé honnêtement, mit tout le paquet au cinquième, armé veleto et triompha sur toute la ligne.
Quant on lui vit offrir la mort de cet adversaire au célèbre Juan Belmonte, tout le monde comprit qu'il n'y avait pas de dérobade possible pour le chico. Un brindis à l'ex-fameux torero impliquait, en effet, le don absolu de soi pour le triomphe final. Et c'est ce qui se produisit après une faena allègre, à base de plusieurs séries de naturelles liées, serrées, qui soulevèrent les gradins. Enfin, pour parapher ce trasteo, l'estocade de la feria portée en se risquant à fond, la corne droite déchirant sa chemise à la hauteur du cœur. La Maestranza, toute blanche de mouchoirs, fit au diestro une ovation monstre. Belmonte, lui-même, l'applaudit chaudement, tandis que le vainqueur, avec les deux oreilles en main, faisait deux tours de pistes dans le délire général.
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| Diego Puerta et le Miura (photo trouvée sur le site Sevillatoro) |
Extrait maintenant de la revue Toros (n° 993, décembre 1974), cette évocation de Jean Isnard parue au moment de la despedida du torero.
C'était en juillet 1967, à la feria de Valencia. (...)
Ce beau châtain, de Torrestrella, sentait le fauve de race. Les peones l'attirèrent d'un burladero à un autre. Il accourut toujours spontanément, rapidement, avec autant d'agressivité que de rectitude dans l'attaque. Il venait droit comme une flèche. Puerta le reçut à genoux par une larga cambiada, puis ce fut l'abouchement quatre ou cinq fois répété en véroniques, toutes, même la première, accompagnées du "olé" scandé par la foule. C'est à la quatrième ou à la cinquième, quand on la croyait achevée, que le Torrestrella accrocha de peu la cape. Puerta, soucieux de n'être pas désarmé, la maintint solidement; l'étoffe ne céda pas, il fut déséquilibré, tomba en avant, face contre terre, sur sa cape qu'il n'avait pas lâchée. Sur le retour, le fauve tira un coup de corne à l'homme étendu mais, emporté par son élan, lui passa sur le corps, vira à quelques mètres. Quand il revenait à la charge, Puerta relevé d'un bond, l'embarquait pour quatre véroniques stupéfiantes, le repoussait dans son terrain. Puis il le "plia" au tercio dans la demi-véronique, l'écarta enfin dans le remate par le haut en manière de pecho, leurre réuni dans une seule main. Le Sévillan n'avait pas dû rester au sol plus d'une seconde. Il n'avait laissé à personne le temps d'arriver à son secours. Dans les six dernières passes, il avait gagné environ trois mètres sur l'adversaire. Vous imaginez les clameurs. On ne s'entendait plus.
J'occupais une place au soleil. La scène que je viens de décrire s'était déroulée en face de moi, à l'opposé de la piste. Quand Puerta me tourna le dos pour se diriger vers le burladero des toreros, je vis que sa culotte avait été déchiré par la corne dans le creux des reins, quelques centimètres au-dessous de la ceinture et parallèlement à celle-ci.
Voilà comment Puerta lançait une course.
Je n'ai personnellement jamais vu toréer Diego Puerta mais je me souviens des récits de "vieux aficionados" racontant, de retour de Bilbao, les exploits du Sévillan en terre basque.
L'escalafon actuel manque cruellement d'un matador de sa trempe. Le Salmantin Juan del Alamo, après avoir suscité beaucoup d'espoirs semble être rentré dans le rang. Il a pourtant montré lorsqu'il était novillero des qualités qui pourraient en faire un torero dans la ligne de Diego Puerta. 2012 sera pour lui une année décisive.
dimanche 1 janvier 2012
Bonne Année 2012 Feliz Año Nuevo
En musique avec le flabutayre du Moun
Para que queden clavadas
en lo alto las banderillas
está tocando la banda
por un son de seguidillas.
samedi 31 décembre 2011
Quelques photos de la temporada 2011
Vic Fezensac cite d'un Dolores Aguirre par Joselillo
Le toro sérieux de Bilbao (Fuente Ymbro)
Bilbao Diego Urdiales face à un Fuente Ymbro
Arnedo novillo de Prieto de la Cal berrendo en melocoton aparejado
samedi 24 décembre 2011
Cadeau de Noël
Animalières
Je ne voulais pas déranger le chat qui dort dans mon fauteuil. On me le reproche. Mais pourquoi le chasser? N'était-il pas là avant moi? Je me glisse furtif, précautionneux.
Ils étaient là bien avant, en effet, le toucan, sur les berges et le petit saurien d'Amazonie ou le piranha vorace. Je ne reconnais pas ce droit sur le fleuve et la forêt où nous prétendons.
Or malgré cette pudeur, je n'insulte pas la tauromachie comme font beaucoup aujourd'hui. Est-ce contradictoire? Non. Cette belle cérémonie où l'homme conduit le fauve à la mort avec les honneurs et en risquant d'y périr, c'est comme s'il soutenait enfin du regard la mort des animaux. Il assume la responsabilité de les condamner - sans être plus tout à fait dupe de son tribunal : dans la désuétude de son propre apparat hispanique, c'est comme s'il se parodiait; digne et conventionnel comme un juge britannique à perruque, il perpétue sa sentence, mais de manière à compenser par ce combat dangereux l'abattage clandestin, le carnage insensé des espèces dont il engraisse sa propre engeance démographique.
Je me souviens
de "l'ours et [du] singe animaux sages"
des chevaux bouclés de Vélasquez et du lion de Barye,
du taureau de Manet, des tigres de Delacroix et des gorilles de Camilla Adami
Le mauvais traitement c'est le domptage. Je le déteste; mais non la domestication, qui anime la maison animalière. Je n'aime pas le cirque, les dresseurs d'orques éclabousseuses à touristes ou des singes pavloviens et des panthères qu'ils font trop obéir. Je hais la synchronie servile, les récompenses diabétiques, la tyrannie puérilisante, et que les animaux miment l'esclavage. Le zoo même, je ne m'y rends pas volontiers, où les Galapagos sont déportées, et les grands prédateurs souillés.
Que faire? Il est trop tard pour arrêter la contamination du dessin animé. Tous les enfants du monde s'y contr'éduquent, dressés à l'américantropomorphisme, se mirant au miroir maléfique où les animaux ressemblent aux mômeries qu'entretiennent leurs parents, où les souris ont des culottes et les biches des yeux de poupée Barbie : bébé en singe d'un singe inoffensif consomme le remake de l'Éden américain.
Eugène Delacroix Jeune tigre jouant avec sa mère (1830)
dimanche 18 décembre 2011
Cinquante raisons de défendre la corrida (3)
Corrida et valeurs humanistes
36. Dans l'arène, un des plaisirs essentiels de l'aficionado est de tenter de comprendre le comportement du taureau, de penser avec lui : on est loin des jouissances perverses.
37. Le plaisir du spectateur vient aussi de son admiration pour l'intelligence du torero. Tel est le sens de la corrida : montrer l'intelligence humaine triomphant de la force naturelle, leçon constante et universelle de tout humanisme.
38. On admire également les vertus morales du torero : courage, panache, maîtrise de soi, sincérité, solidarité.
39. On ne peut confondre les principes de l'humanisme avec ceux de l'animalisme : l'animalisme n'est pas une extension des valeurs humanistes, il en est la négation.
Corrida et valeurs esthétiques
40. La corrida est un spectacle aussi puissant que singulier, un spectacle total de la grandeur et de la démesure.
41. L'art du toreo consiste à créer de la beauté. Le torero met de l'ordre là où il n'y avait que du chaos, il crée du beau à partir de son contraire, la peur de mourir.
42. L'art du toreo est à la fois classique par sa recherche du beau et contemporain par sa présentation brute du corps, de la blessure, de la mort.
43. La corrida est un drame tragique à qui il revient de montrer la mort dans sa réalité. Tout y est représenté comme au théâtre et pourtant tout y est vrai comme dans la vie.
44. La corrida est aussi liée à la fête, moment où toute une communauté se voit elle-même dans l'arène, communiant dans une même cérémonie, avec un même sentiment de vivre ensemble un évènement unique.
Les dangers de l'animalisme
45. L'idéologie dont le mouvement anti-taurin est porteur consiste à mettre sur le même plan animaux et hommes. Qu'en est-il des valeurs de justice, de générosité, de fraternité, des valeurs du "vivre ensemble" si l'on réduit la communauté humaine à celle, infiniment moins exigeante, des animaux?
46. L'image aseptisée et doucereuse que l'on se fait actuellement de l'animal dans nos sociétés industrialisées et urbanisées gagne du terrain. La corrida contredit cette vision ingénue et irresponsable.
47. Si l'on interdisait la corrida ne faudrait-il pas interdire aussi la chasse, la pêche, la production de foie gras etc.? Jusqu'où cette folie prohibitionniste pourrait-elle aller?
48. Les principes animalistes trouvent actuellement leur source dans l'impérialisme culturel anglo-saxon.
49. L'actuelle vague animaliste, même si elle n'a pas atteint son apogée, s'appuie sur des valeurs morales trop faibles et douteuses pour mettre à mal la corrida qui a déjà, au cours de sa jeune histoire, surmonté des oppositions autrement plus importantes.
50. Si un jour la corrida meurt c'est qu'elle ne déclenchera plus aucune passion. D'ici-là, il est sage pour le législateur de faire prévaloir le principe de liberté.
"D'un coup vous supprimez la corrida. Que perd-on? On perd d'abord un rapport à l'animalité. Quelle image de l'animal restera-t-il, pour alimenter l'imaginaire de l'homme et la réalité de ses relations avec son Autre qu'est l'animal, en dehors des caniches nains du salon? Toutes les bêtes au travail ont été progressivement remplacées par des machines, et toutes les bêtes productrices de viande sont progressivement remplacées par des machines à viande qu'on n'ose pas appeler "animaux". Est-ce cela la "nature"? Quel rite païen allons-nous conserver, dans une société qui abandonne progressivement toutes ses cérémonies? Voulons nous vraiment n'avoir plus le choix qu'entre l'utilitarisme et le radicalisme religieux? ...
Pour ceux qui l'aiment et la comprennent, la corrida est un lieu de résistance à tout ce que notre post-modernité nous fait perdre chaque jour." (Conclusion)
vendredi 16 décembre 2011
Cinquante raisons de défendre la corrida (2)
19. Défendre la corrida c'est défendre une des dernières formes d'élevage extensif existant en Europe.
20. Les dehesas (lieux d'élevage du taureau de combat) sont des réserves écologiques incomparables pour la faune et la flore.
21. La suppression des corridas entraînerait l'extinction du bos taurus ibericus, le taureau de combat d'origine espagnole.
22. Le taureau de combat est élevé de la façon la plus naturelle possible conformément à sa nature d'animal agressif.
23. L'homme n'est pas un animal comme les autres, il a le devoir de traiter les autres animaux en fonction de leur nature : en ce qui concerne le taureau de combat en lui permettant de vivre de la manière la plus libre possible puis de mourir en combattant dans l'arène.
Le spectacle
24. La corrida n'est pas un spectacle barbare, elle est née au siècle des Lumières comme une illustration du pouvoir de l'homme et de la civilisation sur la nature brute.
25. Les aficionados ne sont ni pervers, ni sadiques; en témoignent Mérimée, Lorca, Bergamin, Picasso et bien d'autres artistes.
26. La plus grande émotion éprouvée dans une arène par les spectateurs est l'admiration : admiration pour la puissance et la bravoure du taureau, admiration pour le courage et le sang-froid de l'homme.
27. Contrairement à ce qui se passe dans les stades de football on n'a jamais vu des actes de violence commis par des spectateurs pendant ou après une corrida; car la corrida est une école de respect : pour le rituel, pour l'animalité et la manière dont elle s'exprime, pour l'humanité.
28. Assister à une corrida c'est pour un enfant l'occasion de dialoguer avec un adulte sur la vie et la mort, d'avoir des explications sur le comportement animal, sur l'art humain, sur les signes du rituel.
Histoire et culture
29. La corrida permet de maintenir le sens des rites, de la mort, de l'animalité dont notre époque s'est considérablement éloignée.
30. La corrida n'est pas liée au franquisme (elle existait bien avant et a continué à se développer après); comme toute grande création culturelle, elle est politiquement neutre.
suite
jeudi 15 décembre 2011
Cinquante raisons de défendre la corrida (1)
Torture?
- La corrida n'a pas pour but de faire souffrir un animal.
- La corrida a pour fondement la combativité du taureau, sans elle la corrida perdrait son sens.
- Le deuxième fondement de la corrida est l'engagement du torero qui doit affronter le taureau en se mettant lui-même en danger de mort.
- Loin de fuir, dans l'arène le taureau combat en redoublant ses attaques : le combat est le contraire de la torture.
- Parler de torture à propos de la corrida est une insulte pour tous les suppliciés du monde.
Souffrance?
6. D'après les études expérimentales du professeur Illera del Portal le taureau souffre lors de son embarquement et lors de sa sortie dans l'arène (stress).
7. Puis lors du combat, il produit des bêtaendorphines et des neurohormones qui anesthésient la douleur et provoquent une excitation agessive.
8. De ce fait il ne réagit pas aux blessures par la fuite mais par l'attaque.
9. Si le taureau combat c'est donc parce qu'il agit conformément à sa nature.
10. La corrida est un combat inégal (le taureau doit mourir, illustration de la supériorité de l'intelligence humaine sur la force brute animale) mais il faut que ce combat soit loyal (le taureau doit avoir des armes - sa puissance, ses cornes - qui peuvent lui permettre de tuer l'homme).
Mort du toro
11. A l'inverse de la mort honteuse et cachée des animaux dans les abattoirs industriels, la mort du taureau dans l'arène a lieu au cours d'un rite respectueux.
12. Le taureau est tué pour des raisons symboliques (l'animal vaincu par l'homme doit mourir), éthiques (la mise à mort est l'acte le plus risqué pour l'homme), esthétiques (une estocade réussie achève l'œuvre du matador).
13. Ce serait s'il était tué après la corrida que le taureau souffrirait le plus, blessé, enfermé dans un espace confiné, attendant la mort sans pouvoir combattre.
14. Dans la corrida, le taureau est combattu avec respect, et non abattu comme une bête nuisible ou achevé à la sauvette comme une simple machine à produire de la viande.
15. L'éthique de la corrida veut que l'homme ne s'estime en droit de tuer le toro qu'au péril de sa propre vie.
16. Le taureau de corrida est considéré comme un individu singulier doté d'un nom propre et d'un lignage, les aficionados admirent sa beauté et sa combativité.
17. Ce qui est conforme à la nature sauvage et rebelle du taureau c'est une vie libre et une mort en combattant.
18. C'est un sort beaucoup plus enviable que celui du bœuf de boucherie.
suite
lundi 12 décembre 2011
Liste de livres récents pour défendre et expliquer la corrida
Voici une liste des ouvrages parus ces dernières années :
- Francis WOLFF Philosophie de la corrida Fayard 2007
- P. CORDOBA - F. WOLFF Ethique et Esthétique de la corrida revue Critique n° 723-724 2007
- A. MAÏLLIS - F. WOLFF D'un taureau l'autre - la tauromachie dans tous ses états Au diable Vauvert 2008
- GARDÈRE - GARZELLI - MANO - NORMANDIN Les pourquoi de la corrida Cairn 2008
- CHAY - Le GUELLAUT - MASSIP 250 réponses à vos questions sur la tauromachie Gerfaut 2009
- Pedro CORDOBA La Corrida Le Cavalier Bleu 2009
- Francis WOLFF Cinquante raisons de défendre la corrida Suerte 2010 Mille et une nuits 2010
- A. MAÏLLIS - F. WOLFF Nous n'irons plus à Barcelone - Posture et impostures du mouvement ant-corrida Cairn 2011
- Francis WOLFF L'appel de Séville - discours de philosophie à l'usage de tous Au Diable Vauvert 2011
- Francis WOLFF Filosofia de las corridas de toros Edicions Bellaterra 2008
- Fernando SAVATER Tauroética Turpial 2010
- Rodrigo de ZAYAS La Tauromaquia y el afán totalitario de su prohibicion Almuzara 2010
- Francis WOLFF 50 razones para defender la corrida de toros Almuzara 2011
- Salvador BOIX Toros si : una defensa razonada Ediciones Temas de Hoy 2011
mardi 6 décembre 2011
Arène yankee (sans toros)
dimanche 27 novembre 2011
Vaches et Thoreau dans le Massachusetts
samedi 19 novembre 2011
Bilan 2011
6 toros de José Escolar Gil 6
Morante de La Puebla
Sergio Aguilar
David Mora
C'est un beau rêve que celui qui permet de voir Morante face aux Escolar Gil. J'imagine une grosse bronca à son premier, expédié sans une passe. Mais au deuxième, vingt passes parfaites face à un tío médusé.
J'ai choisi David Mora mais j'aurais tout aussi bien pu choisir Ivan Fandiño, enfin des têtes nouvelles qui viennent titiller les pontifes du G10. On aimerait voir plus souvent aussi Diego Urdiales et Sergio Aguilar, celui-ci lamentablement écarté cette année de Bilbao alors qu'il avait failli s'y faire égorger en 2010. Una vergüenza de la part de la Junta Administrativa.
Ma grande frustration de l'année en ce qui concerne les toros aura été l'absence à Vic des Escolar Gil pour raisons sanitaires. Dommage car ils furent d'un très bon niveau, dit-on, à Madrid, Céret et Saint Sébastien. Ils figurent donc dans mon cartel de rêve en espérant qu'ils deviendront réalité l'année prochaine.
Les Alcurrucen, remarquables tout au long de la temporada, ou les Nuñez del Cuvillo dont quelques lots, celui de Bilbao en particulier, ont permis de voir, chose rare, des domecqs à leur meilleur niveau, auraient aussi pu figurer dans ce cartel. Mais c'eut été un rêve plus ordinaire.
2010
| David Mora à Vic Fezensac face à un Dolores Aguirre |
mercredi 9 novembre 2011
Toreros para la historia 18 Antoñete
C'est en découvrant les images d'un festival à Las Ventas avec prise de son direct que l'on se rend compte à quel point les olés, l'ambiance de la plaza, le run run sont partie intégrante d'un grand moment de tauromachie. Leur absence, jamais vraiment compensée par la musique, d'aussi bon goût soit-elle, empêche bien souvent une adhésion totale aux images vidéos de grandes faenas qui se retrouvent ainsi privées d'une dimension essentielle, celle qu'apporte le public, troisième élément d'une corrida après le toro et le torero.
Ce qui frappe dans le toreo d'Antoñete c'est la justesse des gestes : distance d'appel, placement, capacité à conduire le toro à l'endroit même où la passe suivante pourra être enchaînée sans perte de terrain.
C'est aussi la sincérité : les passes sont conduites avec la panza de la muleta, l'usage du pico est rarissime. Et cette jambe contraire qui s'avance discrètement lors du cite.
Il y a aussi de la douceur, une recherche d'harmonie prolongée dans l'allongement de la charge. On semble parfois être pris dans un rêve. Mais le réel réapparaît lorsque la corne derrote dans la muleta. Accroc indispensable pour nous rappeler la fragilité d'un homme seul face au toro comme face à la vie.
samedi 29 octobre 2011
Antoñete vu par Georges Dubos
Voici quelques extraits de la reseña parue dans le journal Sud Ouest sous la plume de Georges Dubos, grand critique taurin dont il est bon de préciser qu'il n'était pas un revistero particulièrement prodigue en dithyrambe.
"Alors que le rideau s'apprête à tomber sur cette Isidrada 1982, il devait être écrit, dans un quelque part mystérieux, que nous allions connaître, jeudi, non seulement la plus forte émotion artistique de la feria, mais de la temporada, voire d'une décennie, avec l'extraordinaire, la monumentale faena réalisée au quatrième toro du programme par Antoñete.
En cette soirée pluvieuse - le paseo avait été retardé d'une demi-heure afin d'assécher la piste - le merveilleux diestro a été, à 48 ans, après un retour à l'activité qui constitue un sujet d'étonnement et d'admiration pour l'aficionado, l'incarnation de la plus haute expression du classicisme et de l'art taurin, en même temps que le plus accompli des toreros de sentiment.
D'aucuns penseront que c'est lui assigner un place bien haute; en vérité, je crois, et avec moi tous ceux qui se font une certaine idée de la corrida, qu'elle lui revient sans discussion. (...)
Le premier salamancais qui avait manifesté avec de la puissance sous la lance une âpreté développée, donna au Madrilène l'occasion de mettre à l'épreuve l'une et l'autre par doblones et trincheras correctifs. Avec un sens prodigieux du "sitio" et de la distance à donner au cornu afin qu'il soit reçu dans la bonne vitesse de sa charge, il l'attaqua à gauche par deux séries de sa marques interrompues par un coup de tête inattendu de l'animal qui accrochait de façon impressionnante son adversaire; jeté à terre Antoñete se relevait miraculeusement indemne pour reprendre, avec une totale sérénité, le cours de sa magistrale démonstration, achevée d'un pinchazo et d'une demie de côté (pétition et tour de piste chaud, très chaud).
Qui l'aurait cru ce n'était là qu'un simple hors d'œuvre comparé à la suite, la seconde faena du maestrazo; le quatrième, pousseur tenace sous le solipède où il laissa une partie de ses forces mais venant bien sur la flanelle, fut pris en charge par Antonio muletero de charme par la précision de son placement, sa justesse de geste et sa maîtrise tranquille. Celle des rares élus. Le résultat : une vingtaine de passes templadas, mandonas, courant au rythme de la charge, d'une pureté d'eau de source. Avec un monument, un summum, une double séquence de derechazos et un enchaînement trinchera, naturelle, pecho réalisé sur la surface d'un mouchoir de poche. "Eso no se escribe", et Las Ventas frappée de folie, scandant "To-re-ro! To-re-ro!".
Toujours calme, le visage éclairé d'une joie sereine, Chenel entrait droit pour mettre l'acier en bonne place (deux oreilles, deux tours de piste, rappel au centre au milieu d'une gigantesque clameur). Grandiose, i-nou-bli-able!" (...)
"Quant à la sortie triomphale du glorieux maestro aux cris renouvelés de "To-re-ro! To-re-ro!", elle revêtait une ampleur à la mesure de l'événement. Un événement qui fait que, maintenant, Madrid ne sait plus prononcer d'autres noms que ceux de Victorino Martin et de "son Antoñete"."
jeudi 27 octobre 2011
Antoñete
Son aura de torero classique et pur était venue jusqu'à moi par des cheminements variés : le récit d'aficionados bien plus âgés que moi qui l'avaient vu dans les années 50, la lecture d'anciennes reseñas dans les pages jaunies de quelque vieux Toros, l'écho de la mythique faena au toro blanc d'Osborne.
J'étais prêt à me contenter de l'image de ce mythe, à me borner à rêver à sa tauromachie épurée lorsque, au début des années 80, sa réapparition dans les ruedos eut l'effet d'un coup de tonnerre dans le paysage taurin atone de l'époque.
Je le vis pour la première fois en 1981 à la feria de Bilbao. Dans l'océan de médiocrité que fut la feria cette année-là il représentait, lui le vétéran, à la fois une référence et un espoir. Des détails, rien de complet mais quels détails! Des naturelles citées à plus de 10 mètres face aux buendias, on ne voyait pas cela à l'époque! Puis le dernier jour, face aux pablorromeros, encore des naturelles douces comme la soie, le sommet de la feria. L'année suivante, je le vis pour la San Isidro à Madrid dans une faena, cette fois complète, con arte y dominio, face à un cuadri. Le sommet enfin, à Bayonne, en 1983 face à un buendia, une des plus belles et profondes faenas que j'ai vue.
Durant ces quelques années Antoñete arpenta les ruedos en étant parfaitement fidèle au mythe qui le précédait : inconstant et fragile mais si juste dans ses gestes, si humble et profond à la fois. Un maître de la rigueur castillane, rigueur que magnifiait la douceur de ses gestes.
Mais Antonio Chenel c'était aussi une vie romanesque et sulfureuse. Femmes, jeu, alcool, tabac ("le tabac est mon oxygène", dira-t-il) pour un homme que la mélancolie rendait inapte à se satisfaire des triomphes de l'arène et d'un mariage bourgeois (avec une fille de riche banquier!).
C'était aussi l'homme de conviction qui ne s'était jamais laissé aller à se compromettre avec le pouvoir franquiste. Mon admiration pour lui n'en fut que plus grande.
samedi 22 octobre 2011
Une belle lidia
Placé trois fois à bonne distance du cheval, il fut parfaitement et spectaculairement (la première pique avec cite a caballo levantado!) cité par Tito Sandoval. Magistralement lidié et banderillé ensuite au deuxième tiers par Marco Galan (brega), David Adalid et Francisco Javier Rodriguez (salut des trois). Toréé enfin dans une faena parfaitement adaptée à ses qualités, Javier Castaño le citant de loin au début, puis utilisant un toreo de proximité justifié lorsqu'il s'affaiblit et que sa charge se raccourcit.
Tout fut si parfaitement exécuté que Remendon apparut sans doute plus brave qu'il n'était en réalité. En effet, s'il accourut avec franchise à l'appel du picador, il n'insista pas sous le fer et sortit seul. C'est pourquoi son frère Maquinista qui avait auparavant culbuté le cheval et envoyé le piquero dans le callejon avant de pousser encore longuement sous une deuxième pique aurait davantage mérité de recevoir le prix du meilleur toro de la feria du Pilar.
Souhaitons en tout cas aux toros de Yonnet qui seront combattus demain à Aire sur Adour d'avoir la chance de se voir offrir - d'autant que Javier Castaño est au cartel - d'aussi belles lidias.
dimanche 9 octobre 2011
Quelques photos d'Arnedo
L'ancienne plaza n'est plus qu'un souvenir.





















