lundi 25 juillet 2022

Madeleine 22 : a mas comme les bons toros (1)

    Voici quelques notes et impressions sur une feria montoise qui, hormis le jour de Morante et des Garcia Jimenez, a connu des tardes intéressantes et, comme les bons toros, est allée a mas pour se terminer avec le grand spectacle des Pedraza. L'affluence du public est elle aussi allée en augmentant, les corridas de fin de semaine (proches du plein total) ayant connu une affluence supérieure aux corridas toreristes du mercredi et jeudi (4/5ème).
 
     Mercredi : deux toreros 
   Très inégal en âge, trapío et caste, sans aucun bon toro, le lot de Victoriano del Rio avait un côté fond de tiroir, en l'occurrence fond de campo. Il constitua une déception dans une temporada où abonde, dans d'autres ruedos, ce que l'élevage produit de meilleur. Le succès de la tarde revint à deux toreros qui ont su tirer le meilleur de toros anodins.
   Antonio Ferrera et Daniel Luque ont eu à peu de choses près un sorteo identique. Peu motivé et sans sitio, le natif des Iles Baléares a rendu copie blanche (silence, silence) tandis que le Sévillan affirmait sa classe et son pouvoir sur les toros. Il tua en outre de deux estoconazos (deux oreilles, une oreille). L'un parait être au bout du rouleau, l'autre semble marcher sur l'eau, il peut avec tous les toros et torée avec une classe de grand maestro.
   Diego Urdiales a pu profiter de la noblesse fade du cinquième pour donner plusieurs naturelles de qualité supérieure. A montrer dans les écoles taurines. Mais l'ensemble de son ouvrage manqua de dominio. Oreille après estocade entière. Il n'avait rien pu tirer du second en querencia permanente près des tablas.

     Jeudi : Échec pour les arènes montoises
   Georges Orwell a inventé le concept de common decency que l'on pourrait caractériser avec Jean Claude Michéa de "sens commun qui nous avertit qu'il y a des choses qui ne se font pas". Cette corrida, imprésentable, fait partie de ces choses qui ne devraient pas se faire. Elle signe l'échec des nouveaux organisateurs, leur incapacité à faire respecter par une figure de la tauromachie (Morante de la Puebla) et par un marchand de toros (Garcia Jimenez, alias Matilla) une décence minimale correspondant à l'éthique de la tauromachie. Ces toros-là n'avaient rien à faire sur le sable du Plumaçon qui se targue d'être une arène de première catégorie et dont le public n'est pas prêt à prendre au sérieux ce qui s'accomplit devant des bichos aussi insignifiants. Au final, c'est la tauromachie toute entière qui sort affaiblit de cette après-midi.

     Vendredi : L'oreille de Rafaelillo
  











   Retour à la normale, et même un peu plus, avec le magnifique lot cinqueño des héritiers de Celestino Cuadri lidié vendredi.
   On essaie toujours de nous vendre les Cuadri comme des toros terrorifiques. Rien n'est moins vrai, le toro de Cuadri est foncièrement noble et les trois derniers de ce jour sont venus en apporter la preuve. Certes leurs armures et leur tamaño si imposants inspirent le plus grand respect, certes leur lidia a été compliquée ce jour aux deux premiers tiers, mais ils sont capables de livrer au troisième tercio des charges profondes qui rendent possible le meilleur toreo. Un regret bien sûr, c'est que de si beaux animaux se soient montrés si peu actifs au cheval. 12 piques ordinaires, les combats épiques face à la cavalerie sont restés une fois de plus dans nos rêves.
   En pleine forme, moral au plus haut, combattant comme jamais et bon torero, Rafaelillo fait plaisir à voir. Face au très bon quatrième, il donna une faena complète qui culmina en d'excellentes séries de naturelles templées, longues, profondes. Après une demi-estocade il coupa une grosse oreille qu'il fallut aller chercher au desolladero à la suite d'un énorme quiproquo entre présidence, alguazils, toreros et public.
   Octavio Chacon n'a été que l'ombre de lui-même. Il laissa le très noble cinquième sin torear.
   Damian Castaño toréa très peu de cape, coupant court à ses réceptions. Voulait-il préserver ses toros pour la faena ou bien ne se sent-il pas à l'aise dans le maniement du capote ? Il dut abréger son travail avec le troisième blessé à un pied, mais la noblesse du dernier lui permit de réaliser une excellente faena sur les deux cornes qui lui aurait valu un appendice sans son inefficacité répétée épée en main. Étrange manière de tuer que la sienne se profilant très loin du toro.
















mardi 19 juillet 2022

Tyrosse à l'ombre des platanes

 

 


A l'ombre des platanes qui entourent presque entièrement les arènes de Tyrosse, le public (demi-entrée) a pu passer une après-midi presque rafraîchissante en cette période de canicule. Si les platanes y sont pour quelque chose, le spectacle proposé favorisa également cette sensation. Tout d'abord les toros de Pagès Mailhan. Des buveurs de leurre, comme assoiffés de capes et de muletas. Avec dans la charge une pétillance dont les toreros purent pleinement profiter à condition de la contenir par des tracés sûrs et précis. On pourra en revanche reprocher aux fuenteymbros camarguais la modestie de trapío des quatre premiers, une propension à lorgner vers les planches à mi-faena et la discrétion de leur combat au premier tiers (7 piques).
   Morenito de Aranda coupa une oreille au premier pour une faena de bon goût  suivie d'une entière basse aux effets foudroyants. Centré et dominateur face au quatrième, une mise à mort à épisodes lui fit perdre le bénéfice du bel ouvrage.
   Thomas Dufau resta discret face au deuxième qu'il occit vilainement d'une estocade basse et atravesada. Il se montra sous un meilleur jour face au castaño cinquième, le plus imposant du lot, encasté. Après début par cambiadas au centre, il s'imposa peu à peu en séries de derechazos dominateurs et templés avant un final varié. Mais, comme trop souvent, il tua mal en plusieurs temps, perdant lui aussi le bénéfice d'une faena consistante ... et rassurante à quelques jours de sa confrontation avec les pedrazas montois.
   José Garrido, que l'on voit peu sous nos latitudes, se montra à son avantage. Bonne faena de torero classique au 3 et échec à la mort. Encore en verve avec le 6 notamment en d'excellentes naturelles. Bonne estocade et deux oreilles.
   On notera dans les cuadrillas le salut du toujours remarquable José Chacon au sixième et les habituelles bonnes prestations de Morenito de Arles et Fernando Sanchez.

samedi 11 juin 2022

Vic-Fezensac 2022 : une feria sans oreille mais non sans toro (3)

 
Les picadors et le tercio de piques
 
   On vient à Vic pour voir des tercios de piques bien donnés à des toros qui les supportent. Si l'on compare avec ce que l'on voit régulièrement dans des arènes de première catégorie bien plus huppées le contrat cette année encore a été rempli. Tous les toros de la feria ont supporté deux vraies piques, la majorité en a reçu trois et exceptionnellement quatre. Les maestros et les cuadrillas ont mis en suerte les bichos comme il convient : arrêtés et à une distance adéquate. Ensuite le résultat de la rencontre dépend de la conjonction bravoure du toro, professionnalisme du piquero et qualité du cheval. Il n'y a pas eu de miracle du côté des piqueros : s'il y eut quelques bonnes piques isolées, leur maladresse a été largement partagée et la majorité sont sortis sous les sifflets ou un silence réprobateur. Toutefois David Prados (cinquième Cebada Gago) et Juan Charcos Reinosa (sixième Baltasar Iban) ont été ovationnés.
   Alain Bonijol, dont la cavalerie m'a semblé plus lourde et moins mobile que par le passé, a été une nouvelle fois héroïque lorsqu'il est venu au secours de son cheval renversé par le cinquième Baltasar Iban. A cuerpo limpio, à quelques centimètres des cornes, il a soutenu son pupille qui s'était relevé et était à nouveau chargé par le fauve. Grande ovation.
   Il faut enfin reparler de l'incident de lundi. Sous tous les cieux de la planète taurine lorsque sort un toro aussi dangereux que le quatrième Escolar Gil, à savoir un toro qui dès les premières passes de cape charge l'homme plutôt que le leurre, on l' "assaisonne" à la pique. Ce qu'a fait en toute logique le piquero de Lopez Chaves. Sans avoir l'intelligence de dissimuler ses intentions et dans un contexte d'abandon total de la lidia de la part du maestro. A la limite son actuation méritait une bronca - et encore venant de gens naifs ou peu entendus des choses taurines -, mais en aucun cas le jet de bouteilles en plastique de la part de quelques pseudo-aficionados. Voilà qui nous amène à dire quelques mots du public.




Le public
 
   Le public de Vic est sans doute le pire de France, j'ai déjà eu l'occasion de le dire sur ce blog et ce n'est pas l'arrivage d'Espagnols singeant les censeurs du tendido 7 madrilène qui pouvait contribuer à améliorer les choses.
   La course du dimanche après-midi, avec un public armagnaqué à outrance, s'est déroulé dans un climat tendu, mais le pire a été commis lundi avec les jets de bouteilles dont nous avons déjà parlé. Un incident rarissime dans notre spectacle qui se veut irréprochable du point de vue du comportement du public. Hélas, les antitaurins sont aussi à l'intérieur et la corrida toriste qui est déjà bien mal en point  pourrait ne pas se relever si de tel incidents devaient se reproduire. 
   Un public qui a par ailleurs répondu présent. On aimerait bien sûr des tendidos entièrement garnis mais trois-quart d'entrée (c'est à dire le niveau des années pré-covid) sont par les temps qui courent un bon résultat.


   Un mot pour conclure sur l'organisation. Chacun a pu constater que la communication durant la feria a grandement laissé à désirer. Les interventions au micro furent intempestives, parfois hors de propos et souvent à contretemps. Elles furent donc contreproductives, donnant de plus l'impression de se trouver dans une kermesse de patronage. En revanche les changements de toros durant la course de lundi auraient dû être signalés, et ce au moyen du traditionnel panneau visuel.
   Entre les détails à améliorer et les fondamentaux à préserver, les organisateurs ont du pain sur la planche d'autant que, dans le créneau qui est le leur, la marge de manœuvre reste assez limitée. Mais nous leur faisons confiance : ils en ont vu d'autres !

A l'an que ven. 
 


photos Laurent Bernède
   Provechoso sixième Baltasar Iban
  

jeudi 9 juin 2022

Vic-Fezensac 2022 : une feria sans oreille mais non sans toro (2)




Les matadors
   
   Ce n'est pas la première fois que ce que l'on pourrait appeler le syndrome de Madrid frappe à Vic-Fezensac.. C'est bien sûr le public, mais aussi les organisateurs et l'éleveur qui en ont subi les conséquences. Trois toros qui semblaient avoir de bonnes possibilités sabotés, d'abord par les cuadrillas puis par Antonio FERRERA (sifflets, sifflets, sifflets). Une peine. La solution ? Attendre de connaitre les cartels de Madrid pour finaliser ceux de Vic.

   A la suite de sa bonne prestation de samedi, LOPEZ CHAVES (salut, vuelta, silence / vuelta, division d'opinions) obtint le remplacement de Gomez del Pilar lundi face aux Escolar Gil et tua donc cinq toros au cours de cette feria. Il nous montra ses deux faces. La meilleure devant le quatrième Valdellán, un toro pastueño dont il découvrit les qualités à la cape ce qui nous valut, après l'entrée du picador,  une étonnante larga afarolada de rodilla après poursuite du toro qui s'enfuyait. Suivirent de profondes véroniques pour mettre le toro en suerte puis une faena douce, templée, liée que n'auraient pas reniée les plus hautes pointures de l'escalafon. Hélas ! un inattendu bajonazo vint ternir ce beau moment et empêcha l'octroi de tout trophée. La pire face au quatrième Escolar Gil face auquel il se montra totalement inhibé. On ne lui reprochera pas de ne pas avoir tenté une faena (encore qu'une séance de macheteo eût été adaptée à la condition du toro), ni d'en avoir terminé par un bajonazo (cette fois justifié), mais d'avoir laissé s'installer la panique lors des deux premiers tiers ce qui occasionna des troubles d'ordre public qui auraient pu avoir des conséquences graves si une des bouteilles lancées par des énergumènes irresponsables avait atteint le picador visé.

   Ruben PINAR (salut, silence) est sans doute un torero pour Albacete où il coupe chaque année un montón d'oreilles mais pas pour Vic où sa réticence à se croiser lui vaut d'être fraichement reçu par une partie du public.
 
   Javier CORTES (salut, silence) réalisa une bonne faena, engagée, au bon second iban, puis il s'arrima au difficile cinquième. Son talon d'Achille reste l'épée.
 
   Damian CASTAÑO (silence, silence) faisait sa présentation à Vic. Il fit preuve d'une aisance un peu superficielle dans deux faenas assez complètes mais il se montra tueur calamiteux, multipliant les pinchazos sans s'engager.
 
   Morenito de ARANDA (silence, salut) dans son style élégant et un peu froid tira le meilleur parti d'un lot ingrat de Cebada.

   Alberto LAMELAS (silence, silence) toréa avec calme et engagement, tentant de mettre dans sa muleta des cebadas retors et y parvenant parfois.

   A la suite de la bonne impression laissée l'an dernier lors de la novillada de Raso de Portillo, José CABRERA s'était vu proposer par les organisateurs une alternative inespérée. La vérité oblige à dire qu'il parut peu préparé pour l'évènement et sans recours tout au long de la tarde face, certes, à deux cebadas empoisonnants.

   Quelle tristesse de voir Octavio CHACÓN (silence, sifflets) sans âme, sans désir, sans sitio, lui qui, il y a déjà quelques temporadas, nous a fait vibrer par son punch et son dominio !
 
   Face à deux escolargils fades et sans charge, Sergio SERRANO (silence, silence) tenta d'utiliser les ressources du temple mais rencontra peu d'échos auprès des toros comme du public..














Les banderilleros

   Si la feria a été désastreuse en ce qui concerne les matadors elle le fut aussi de la part des cuadrillas. Dès samedi, celle de Ferrera s'est appliquée avec constance à mal lidier, mal piquer et mal banderiller ses trois toros. Il ne fallait surtout pas que leurs qualités apparaissent au yeux du public ! On ne compte plus durant la feria le nombre de toros banderillés à l'unité. Quelqu'un qui aurait découvert la corrida lundi aurait pu penser que la façon normale de poser les palitroques était une par une. Sans doute un retour à la tauromachie des origines !
   Sauvons du désastre les excellentes bregas d'Angel Otero et de Marco Galan le jour des Baltasar Iban. David Adalid fut, lors de la novillada, le seul banderillero appelé à saluer de toute la feria.
 
 
(à suivre)


photos Velonero
   les trois du lundi
   Sergio Serrano

  
  

mercredi 8 juin 2022

Vic-Fezensac 2022 : une feria sans oreille mais non sans toro (1)

   














 
   La feria a connu une progression jusqu'à parvenir à son zénith dimanche matin lors de la corrida de Baltasar Iban avant de décliner avec des Cebada Gago décevants et de finir dans la lassitude des derniers Escolar Gil.
   Elle restera dans les mémoires comme la feria sans oreille. Les bons toros n'ont pourtant pas manqué. Ce qui nous amène à nous interroger sur les insuffisances des hommes. On peut leur reprocher leur manque de professionnalisme et d'ambition mais aussi de technique en particulier lors des mises à mort. De quoi s'inquiéter pour l'avenir. 


Les toros
 
   Les novillos de RASO de PORTILLO ont une nouvelle fois donné satisfaction par leur bravoure et leur noblesse. Le dernier, Paletista, fut honoré d'une vuelta qui récompensait l'ensemble du lot. Le bémol vient de la présentation. Si les trois derniers étaient magnifiques, les trois premiers possédaient un trapío limite et on se demande comment les organisateurs ont pu tolérer que sorte le second, un animal quasiment dépourvu de cornes. Il ressemblait en fait aux animalcules que l'on peut voir sur certaines photos et vidéos des corridas des années 50 et que toréait le célèbre Litri, récemment disparu. On a quand même bien progressé depuis !
 
   Les toros de VALDELLÁN possédaient les caractéristiques de leur origine santa coloma. Un trapío correct mais discret, une bravoure qui pouvait tourner à la complication en particulier lors des bregas dans les deux premiers tiers, mais aussi une noblesse  qui les rendait tous très toréables au dernier tiers et ce malgré le mauvais traitement reçu par les trois de Ferrera. Cerise sur le gâteau, le quatrième fit preuve d'une douceur exquise dont se régala Lopez Chaves.
 
   Venons en maintenant aux véritables triomphateurs de la feria, les toros de BALTASAR IBAN. Un lot magnifique, de grand trapío. Tous allèrent au cheval avec fougue et bravoure (18 piques, une chute). Conformément à leur habitude ils se plaignirent des banderilles. Au troisième tiers, à l'exception du cinquième qui cherchait l'homme, les cinqueños de Cristina Moratiel chargèrent avec noblesse, permettant aux toreros de construire des faenas, le quatrième offrit même une corne gauche pleine de douceur à son torero. Vuelta acclamée du mayoral Domingo Gonzalez à l'issue de la course.
 
   La corrida de CEBADA GAGO a constitué en revanche une déception. Elle a manqué de fond et de formes. Pour une corrida cinqueña on pouvait s'attendre à plus de volume et de présence physique des toros même si l'on sait que les Cebada sont des animaux d'une grande finesse. Et aucun, hélas, ne s'est grandi au combat, tous finissant éteints ou de charge brusque et réduite.
 
   Les ESCOLAR GIL déçurent également. Eux aussi âgés de cinq ans, ils étaient très bien présentés, d'un grand sérieux. Tout avait pourtant bien commencé avec deux toros nobles (qualité qui n'est pas si fréquente dans l'élevage) mais le 3 et le 6 étaient fades et sans charge. Le 4 chercha l'homme dès les premières passes de cape. Ce comportement provoqua la démission totale de Lopez Chaves, occasionnant un beau scandale comme Vic aime en vivre régulièrement. Le 5 fut difficile par manque de fixité.


Les novilleros
   
   Cristian PEREZ (silence, salut) est un novillero basto et limité techniquement. Nous ne pouvons qu'espérer que la vaillance et la sincérité dont il a fait preuve ce jour lui permettront de progresser dans le dur métier qu'il a choisi. Il réalisa au cinquième un quite réussi par saltilleras serrées.
   
   Nerveux, emporté - jusqu'à se montrer incorrect avec sa cuadrilla - Diego PESEIRO (sifflets, salut) possède un bagage très limité. Il compense par une activité qui le porte à prendre des risques inconsidérés. Face au puissant cinquième il sortit miraculeusement indemne de deux cogidas spectaculaires qui mirent acteurs et spectateurs en émoi, lors d'une réception a porta gayola d'abord, puis à la sortie d'une paire de banderilles.

   Je souhaite me tromper mais je n'ai vu aucune qualité à José ROJO (silence, silence) qui, en outre, gâcha le très bon sixième.

   Tous tuèrent de manière calamiteuse, écoutant de nombreux avis et donnant le ton d'une feria avec toros mais sans matadors.
 

 













     (à suivre)

photos Laurent Bernède 
   Provechoso, sixième Baltasar Iban
   Espantavivos, cinquième Baltasar Iban
  

dimanche 22 mai 2022

Le retour des toros en Gironde

    Après les affolements covidiens qui ont conduit à deux années sans festejos majeurs, le mois de juin verra le retour à une situation normale en Gironde avec les traditionnelles novilladas et corridas de Captieux et de La Brède.

 

     Captieux

Dimanche 12 juin
17h   novillada
Alcurrucén
Yon Lamothe - Jorge Molina - Cristian Parejo

 

 
     La Brède 

Samedi 25 juin 
11h30  novillada sans picadors
Alma Serena - La Espera
Juanito - Cristiano Torres

18h   corrida
Fuente Ymbro
Curro Diaz - Juan Leal - Dorian Canton
 






lundi 16 mai 2022

L'esprit de la bravoure

    Les aficionados ont répertorié dans le comportement du toro de lidia un certain nombre de signes distinctifs de bravoure. Pousser contre cheval et piquero, arc-bouté sur son arrière-train (los cuartos traseros), en est un bien connu. Un autre, juste antérieur dans le déroulement du combat, est son inverse.  Lorsque, sous la force de l'impulsion et de l'impact, le toro soulève ces mêmes pattes arrière. Un moment rare et spectaculaire. Ce dimanche 15 mai, jour de San Isidro, Majadero premier toro de la ganaderia El Parralejo, s'est retrouvé un long instant avec le train arrière comme happé par le ciel, semblant ne pas vouloir retomber sur le sable de la plaza. Un moment où flotta sur l'arène l'esprit de la bravoure.

















   Mais les hommes aussi sont braves et particulièrement les toreros. Cet esprit flotta à nouveau et se diffusa sur toute la plaza lorsque Gines Marin, grièvement blessé dès le début de sa faena au troisième toro (on vit très nettement la corne transpercer la cuisse de part en part) se maintint en piste jusqu'à la mort de son adversaire avant de rejoindre l'infirmerie sur ses propres pieds. En toute simplicité, sin aspavientos. En torero.

jeudi 12 mai 2022

Quand El Juli se croise

    ... il commotionne Madrid et y fait, enfin, l'unanimité. Et même si, pour deux pinchazos, Julian n'est pas sorti par la grande porte (laissons là ces affaires de comptabilité) il a mis Las Ventas en folie et a écrit une des grandes pages de la plaza madrilène.
   Le maestro avait déjà coupé une oreille à son très noble premier cinqueño devant lequel il excella en véroniques et qu'il tua d'une manière plus sincère qu'habituellement. Mais Gañafote, le quinto La Quinta, est un toro difficile : abanto de salida, de charge incertaine, brusque, con extraños. En se plaçant toujours dans le terrain du fauve, Juli établit peu à peu sa domination, règle et améliore la charge et finit par donner des passes d'une longueur et d'une profondeur inimaginables quelques minutes auparavant. Le public  est debout et rugit de plaisir, la plaza - comme la bête - est rendue. Il ne reste plus qu'à tuer ... on connait la suite et El Juli finit en larme dans le burladero. Qu'importe ! La vuelta al ruedo est apothéosique et le souvenir de cette faena rejoindra celui des plus grandes vues en ces lieux.



dimanche 8 mai 2022

Génie de Morante

    Voir cette œuvre, vivre ce moment - même à travers le petit écran - c'est, pour un morantiste, pour un aficionado tout simplement, accéder au Paradis, un paradis qui mêle l'émotion la plus profonde avec un sentiment de perfection indépassable.
   Il faut d'abord préciser qu'un tel chef-d'œuvre n'a été possible que parce qu'il y eut rencontre d'un torero et d'un toro. Aucune des bédigues de Garcigrande sorties mercredi ne l'auraient permis. Ballestero, pourtant du même élevage, était différent. Il se substitue à un invalide du fer titulaire d'Alvaro Domecq. C'est un imposant cinqueño, negro, de 550 kg. Il se montre très compliqué à la cape lors d'une réception inhabituellement longue et peu brillante. Le toro est méfiant, parcourt toute la plaza, fuyant. Morante donne beaucoup de passes dans le but de canaliser sa charge, il y parvient quelque peu en toute fin. La première pique est prise au réserve (carioca). La seconde au picador de turna (nouvelle carioca). Face à une charge brusque et incertaine, Juan José Trujillo prend des risques aux banderilles et se fait applaudir. A la fin du second tercio, le toro est à nouveau au toril, il faut aller le chercher et Lili se trouve en difficulté. Morante, à la barrière, observe, souriant, et lance une plaisanterie à son peon. Ces longs moments de brega ont certes montré que Ballestero avait gardé toute sa puissance et suivait la cape sans hésiter mais, à ce stade, rien n'est écrit, rien n'est prévisible. Il faut un torero et il y a Morante. Le chef-d'œuvre peut commencer.
   Comment peut-on donner la faena entière dans un terrain si réduit alors que le toro vient de passer la moitié de sa vie publique à visiter le vaste ruedo de la Maestranza ! Comment peut-on dominer avec ce naturel un toro qui a une charge si soutenue ! Et quelle ligazon dans les passes ! Comme le toro passe près du corps ! Comme la muleta parait petite mais ferme et douce à la fois, imposant au toro des trajectoires toujours maîtrisées.
   Je n'ose imaginer ce que fut cette faena pour les privilégiés qui l'ont vécue dans la plaza avec les vibrations des vieilles pierres de la Maestranza, la chaleur du olé de Séville, la folie d'un public acquis au génie de Morante.



samedi 7 mai 2022

Un tercio de piques

    Le second Nuñez del Cuvillo trébuche à plusieurs reprises, à nouveau à la sortie de la première pique. Mouchoir vert présidentiel. Espantoso, 573 kg, sobrero du même fer va nous valoir un tercio de pique sortant de l'ordinaire.
   Il se précipite avec fougue vers le cheval et soulève son avant-train, puis s'acharne dans sa poussée. A caballo levantado ! L'équilibre semble à tout moment devoir se rompre mais cavalier et cheval, avec un sang froid remarquable, parviennent à éviter l'effondrement. Vive émotion et grande ovation.
   La deuxième pique, plus classique, est excellemment donnée et confirme la bravoure du toro. José Palomares, piquero de Juan Ortega, quitte le ruedo sous une unanime ovation.
   Ce public sévillan, si prompt à s'enthousiasmer pour l'art ou le travail des matadors - et il ne manqua pas ce jour d'occasions de le faire - est également capable d'exprimer son intérêt, voire sa passion, pour un beau tercio de piques. Voilà qui est réconfortant ... mais hélas trop rare en ces lieux.



vendredi 6 mai 2022

Paco Ureña, toujours présent

    Paco Ureña avait été le triomphateur de la temporada 2019 et aurait dû en recueillir les fruits en 2020. On sait ce qu'il en est advenu. 2021 a été une année noire pour lui : problèmes d'apoderamiento, croche-pieds du mundillo, perte de moral et, pour couronner le tout, grave blessure lors de son dernier contrat de la saison. Et 2022 a commencé dans la difficulté. Le mundillo taurin est bien connu pour fonctionner sur d'autres critères que celui de la reconnaissance du talent : il est exclu de Valence, de Séville, de Madrid. Il n'a dû sa participation à la San Isidro qu'à sa proposition de tuer six toros en solitaire et il se retrouvait ce jour à Séville en substitution d'Emilio de Justo.
   Face à un très mauvais lot de Garcia Jimenez, le Lorqueño a montré qu'il était  toujours là, avec son toreo engagé, pur, parfois marqué d'accès baroques. Face à son premier adversaire, retors et incertain, il fut d'une sincérité totale qu'il paya d'un voltereta impressionnante mais heureusement sans conséquence grave. Tout au long de l'après midi il a montré qu'il était toujours un torero de classe et de pundonor.
   C'est une bonne nouvelle. On devrait pouvoir compter sur Paco Ureña durant cette temporada. Suerte maestro !



jeudi 5 mai 2022

Séville, ville moderne

    Les temps changent. Une  nouvelle rubrique ''Vu à la télé'' s'impose. Non pas reseñas complètes, d'autres le font très bien, mais quelques mots sur un moment "vécu" à travers le petit écran.

   Nouvelle Porte du Prince hier à Séville. Après celles de Daniel Luque et de Tomas Rufo, la troisième depuis le début de la feria. La septième pour le Juli, dans son jardin sévillan. Quel paradoxe ! El Juli torero de Séville ! Julian Lopez est pourtant l'exact contraire de Curro Romero qui fut le grand torero de la ville au cours de la seconde moitié du siècle précédent. Les Sévillans aiment donc aussi ce qui fonctionne et s'il est un torero qui fonctionne parfaitement c'est bien le Juli. Tout ce qu'il a fait hier fut exactement adapté au toro, au public, aux circonstances. Et terriblement efficace. Pourtant son toreo manque de profondeur, conséquence de sa réticence à fouler des terrains plus risqués. Son toreo manque aussi d'art. On ne le lui reprochera pas car l'art ne se commande pas et le Madrilène a su compenser cette absence par des faenas d'une grande fluidité et d'un grand naturel mais aussi par un temple parfait - jamais le toro n'a accroché sa muleta lors de la première faena, dont les excellentes passes de poitrine furent la conclusion parfaite de ses séries. Faut-il parler des estocades ? Rien de nouveau dans ce domaine : Juli a inventé et systématisé le julipié et ne sait tuer que de cette manière. Le saut qu'il effectue pour passer la corne a pour conséquence un placement très en arrière de l'épée. Un président responsable aurait dû calmer les ardeurs du public sévillan et n'accorder qu'une seule oreille à son premier toro.
   Les toros justement. De Domingo Hernandez ''Garcigrande''. La perfection ! Ils en rêvaient, Domingo Hernandez l'a fait ! Avec suffisamment de bravoure pour charger. Avec aussi cette pointe de mansedumbre qui les conduit à s'ouvrir vers les barrières et donc à garder une charge légère et sans réelle codicia. Avec suffisamment de force pour ne pas s'écrouler ni se réserver. Une alchimie parfaitement réussie - sauf lorsque la mansedumbre prend le dessus -, exactement celle que Juan Pedro Domecq a échoué à obtenir.
   On peut prévoir un avenir radieux à la feria de Séville. Il y a pléthore de bons toreros et l'on peut imaginer désormais des Portes du Prince quotidiennement ouvertes. Séville, ville moderne.



lundi 11 avril 2022

Mont-de-Marsan : les cartels des fêtes de la Madeleine 2022

 


 

 

Mardi 19 juillet
21h30   concours landais
 
Mercredi 20 juillet
18h   corrida
Victoriano del Rio
Antonio Ferrera - Diego Urdiales - Daniel Luque
 
Jeudi 21 juillet
11h   novillada sans picadors
 
18h   corrida
Garcia Jimenez
Morante de la Puebla - Juan Ortega - Tomas Rufo
 
Vendredi 22 juillet
18h   corrida
Cuadri
Rafaelillo - Octavio Chacon - Damian Castaño
 
Samedi 23 juillet
11h   novillada
Cuillé
Yon Lamothe - Alvaro Alarcon - Cristian Parejo - 
 
18h   corrida
La Quinta
Antonio Ferrera - Gines Marin - Angel Tellez
 
Dimanche 24 juillet
18h   corrida
Pedraza de Yeltes
Lopez Chaves - Alberto Lamelas - Thomas Dufau 


   Autant le dire tout de suite, ces cartels me ravissent et je vais prendre mon abonnement sans hésitation. 
   On y trouve la variété dans le type de corridas proposées nécessaire à une feria digne de ce nom et trop souvent absente dans bien des cités taurines : deux corridas clairement toristes, celle de Cuadri et celle de Pedraza, une intermédiaire,  celle de La Quinta, et deux clairement toreristes, celles de Victoriano del Rio et de Garcia Jimenez. Les deux fers des corridas toreristes ne sont pas les moins intéressants dans cette catégorie. Victoriano del Rio est de loin, depuis quelque temps déjà, l'élevage le plus encasté parmi ceux recherchés systématiquement par les figures et, si Garcia Jimenez a mauvaise réputation pour être propriété de la famille Matilla, boutiquiers taurins d'envergure, au cours de ces dernières temporadas, leurs livraisons n'ont pas toujours été dénuées d'intérêt. Je garde en particulier le souvenir d'un lot nerveux et mobile vu lors des Fallas 2019.
   En ce qui concerne les hommes, aucun des toreros qui me paraissent les plus intéressants du moment ne manque : Morante de la Puebla, Diego Urdiales, Daniel Luque et Emilio de Justo. À tel point que l'absence de José Maria Manzanares, Roca Rey et El Juli passe quasiment inaperçue ! Certes Paco Ureña et Pablo Aguado sont absents mais ils paient tous deux une temporada 2021 en demi-teinte et notamment pour Paco sa mauvaise prestation de l'an passé sur le sable montois.
   Du côté des corridas toristes ce n'aurait pas été un scandale si l'on avait doublé Alberto Lamelas, compte tenu de son triomphe de l'an passé et des ses états de service dans le chef lieu. Mon seul bémol portera sur le cartel des cuadris, cartel lourd qui se rajoute à la lourdeur (qui confine parfois, dans leurs mauvais jours, à la pesanteur) des toros de la province de Huelva. Un matador de corte plus artistique aurait pu trouver sa place dans ce cartel.
   Il est certain que les nouveaux maîtres du Plumaçon ont réussi la première partie de leur tâche, celle de nous proposer des cartels qui font rêver. Mais la seconde n'est pas la moins importante : faire venir au Moun des toros d'une présentation digne d'une arène de première catégorie. C'est aussi sur ce critère que seront jugés les organisateurs, en n'oubliant pas que c'est précisément l'insuffisante présentation des toros qui a valu à la précédente équipe la rupture de son contrat.

jeudi 31 mars 2022

Pour dire une photographie

    Projet original que celui des Editions typographiques artisanales "Les petites allées", sises à Rochefort, à travers leur collection Pour dire une photographie dont le maître d'œuvre est Serge Airoldi. 
   On sait que, depuis qu'il est apparu, l'art de la photographie a toujours inspiré les hommes de lettres. Il s'agit donc de réunir une photographie et un texte littéraire écrit spécialement pour dire cette photographie. L'originalité vient de la qualité de l'édition du petit livre. Une vingtaine de pages, avec photographie reproduite sur la couverture, imprimées par une imprimerie typographique vieille de plus de deux cents ans. Elle vient aussi de la possibilité offerte à l'acheteur d'envoyer le livret : "Le premier tirage de ce petit livre est numéroté et comporte une reproduction de la photo, l'enveloppe permet de le conserver ou de l'envoyer à qui vous voudrez. Le tout pèse 50 grammes et coûte 15 €".
 

  
  Dans ce cinquième opus de la collection, une photographie de Michel Dieuzaide, Almensilla - Mont-de-Marsan, 1974 bénéficie de la remarquable mise en mot de l'écrivain bordelais François Garcia dont je vous livre les dernières lignes : "Dans la cour des chevaux, patio de caballos, les visages se sourient, les bras se congratulent. Antonio et ses collègues se sont réfugiés à l'abri des mondanités excessives, un salut à des professionnels ou amis et puis la cigarette,  le regard plongé dans ce recueillement préparatoire à l'action, à la tension de chaque geste en piste.
  De lourdes portes s'ouvrent maintenant en lui sur un gouffre noir, le monde grave et obscur du combat à venir.  Almensilla, tous les toreros avec lui, ne bénéficient que de quelques secondes pour s'échapper de l'univers joyeux,  bruyant qui les entoure, pour puiser en eux cette force profondément enfouie qui va devoir venir à la lumière, leur donner l'aisance et les réflexes nécessaires, là, tout à l'heure, tout de suite.
  Un signe, un appel, les hommes s'ébranlent pour le défilé, la musique s'enflamme, Almensilla relève la tête, s'éloigne du mur et disparaît du cliché."

jeudi 10 mars 2022

Retour du printemps

    Ça y est, le retour à la normalité se profile sérieusement dans le monde taurin. Les annonces succèdent aux annonces comme aux plus beaux jours. Même José Tomas veut participer à la fête. Et la guerre en Ukraine qui mobilise actuellement les esprits semble renvoyer la crise du covid à une sinistre plaisanterie. En tout cas, la corrida, qui, parmi bien d'autres intérêts, joue son rôle dans le besoin que nous éprouvons d'exorciser nos peurs, a sans doute pour quelque temps encore cette fonction à assumer.
   Voici donc, pour le Sud-Ouest de la France, les spectacles avec picadors qui sont annoncés pour ce printemps (on peut cliquer sur le nom des villes pour avoir de plus amples informations).
 
Gamarde (Landes) 
Dimanche 27 mars 


Garlin (Pyrénées Atlantiques)
Dimanche 3 avril
 


Aignan (Gers)
Dimanche 17 avril



Mugron  (Landes)
Lundi 18 avril


Aire-sur-l'Adour  (Landes)
Dimanche 1 mai
 

 
 
17h   novillada 
Hoyo de la Gitana
José Rojo - Manuel Diosleguarde - Isaac Fonseca


   Toutes ces courses offrent des cartels solides et seront, en ce début de temporada, l'occasion pour tous les toreros engagés de se rappeler au bon souvenir des aficionados et des organisateurs. Ce sera en particulier le cas à Gamarde pour le matador aquitain Clemente et pour son compagnon salmantin Alejandro Marcos. Tous deux sont de fins toreros mais ont besoin de succès pour faire décoller leur carrière. Chez les novilleros on notera la présentation française à Garlin de l'excellent novillero Isaac Fonseca.
   Côté bétail, Garlin renouvelle comme il se doit sa fidélité bien récompensée à Pedraza de Yeltes. Les pensionnaires de Pagès Mailhan  (Aignan) ont montré de grandes qualités partout où ils furent combattus en 2021 et les novillos de José Cruz avaient permis une bonne tarde à Mugron. A Gamarde souhaitons une bonne surprise de la part de l'élevage de Roman Sorando à l'origine peu prestigieuse (Las Ramblas et Daniel Ruiz). C'est Aire-sur-l'Adour qui se distingue en sortant de la ligne domecq. On reverra avec plaisir les novillos santacolomeños de Hoyo de la Gitana ; leurs aînés ont laissé bonne saveur en bouche à Vic en juillet dernier.

 

mercredi 23 février 2022

Vic-Fezensac 2022 : les cartels

 


Samedi 4 juin    
11h  novillada
Raso de Portillo
Cristian Perez - Diego Peseiro - José Rojo 

18h  corrida
Valdellan
Antonio Ferrera  -  Domingo Lopez Chaves

Dimanche 5 juin
11h  corrida
Baltasar Iban
Ruben Pinar - Javier Cortes - Damian Castaño

18h  corrida
Cebada Gago
Morenito de Aranda - Antonio Lamelas - José Cabrera (Alternative)

Lundi 6 juin
16h  corrida
José Escolar Gil
Octavio Chacon - Sergio Serrano - Gomez del Pilar

   Les cartels annoncés par le Club Taurin Vicois pour la feria de Pentecôte signent un retour à la normalité. Après deux années de perturbations, c'est un signe de plus qui incite à l'optimisme pour la temporada 2022. Je ne devrais pas écrire cela car depuis deux ans maintenant  mes propos toujours plein d'optimisme sont chaque fois  balayés par les évènements. La différence est peut-être qu'aujourd'hui les gens en ont assez de ce jeu absurde et que beaucoup ont compris que derrière le virus se cache un danger bien plus grand.
   On sait que 2020 n'a pas vu de toro fouler le ruedo vicois et que les corridas de 2021 se sont déroulées (avec succès) au mois de juillet. Cette édition 2022 signera le retour à cinq spectacles majeurs et à la date traditionnelle de Pentecôte. La normalité, on la trouve aussi dans la composition des cartels. Du sérieux dans le choix du bétail et des hommes. Ici il y a peu de place pour le glamour !
   On regrette bien sûr l'absence de la corrida concours, mais les organisateurs ont assuré que cette absence était circonstancielle et que la concours reprendrait sa place dans la programmation de la prochaine temporada. ¡Ojala!
   Le choix des élevages est des plus sérieux : encastes variés, ganaderias de bonne réputation toriste. Il ne faut sans doute pas s'attendre - à Vic comme ailleurs dans le Sud-Ouest - à une présentation aussi impressionnante que celle à laquelle nous avons eu droit l'année dernière. Les ferias espagnoles de première catégorie reprennent leur cours et le dessus des camadas leur est réservé.
   Du côté des hommes, le cartel étoile est le surprenant mano a mano du samedi entre Antonio Ferrera et Domingo Lopez Chaves. Il faudra y être. Pour le meilleur ou pour le pire ... Antonio Ferrera n'a pas foulé le sable vicois depuis 2008 où, devant de médiocres Adelaida Rodriguez, il était passé sans peine ni gloire. Lopez Chaves a marqué de son empreinte la feria de l'an passé. 
   On apprécie la présence de Morenito de Aranda, matador de grande classe. Morenito fait partie de ces toreros d'art dont les qualités ne sont pas soutenues par l'ambition de surpasser ses camarades. Sa carrière a, de ce fait, toujours été très irrégulière, mais qui pourrait le lui reprocher ?
   L'alternative offerte à José Cabrera qui s'était signalé à l'attention des aficionados l'an dernier lors de la bonne novillada de Raso de Portillo, pourquoi pas ? Mais le jeune almeriense ne s'est guère fait remarquer dans la suite de la temporada. Ce sera la seconde alternative octroyée dans les arènes de Vic et nous lui souhaitons plus de chance que n'en a connu Manolo Vanegas, le premier récipiendaire en 2017. On sait que celui-ci a vu sa prometteuse carrière brisée par un terrible accident lors d'un entraînement. Nous avons une pensée émue pour le jeune Vénézuélien aujourd'hui, semble-t-il, tiré d'affaire et qui devrait mener une vie quasi-normale mais qui reste perdu pour le toreo.
   Comment ? Morante sera à Azpeitia et pas à Vic ! On s'en remettra ... quoique Morante lundi devant les Escolar Gil, ça aurait eu de la gueule. Mais comme le disait El Gallo : "Lo que no puede ser, no puede ser, y además es imposible".

Toutes informations sur le site du Club Taurin Vicois.

vendredi 11 février 2022

A propos de l'affichage du poids des toros

    Le monde est étrange. On lit ou on entend parfois des récriminations contre l'absence d'affichage du poids des toros dans certaines arènes françaises de première catégorie. Mais comment ce poids pourrait-il être indiqué si les arènes en question ne possèdent pas de balance ? Or, à ma connaissance, aucune arène du Sud Ouest français n'en possède. En conséquence, tout affichage du poids du toro dans ces arènes est une fraude. Il procède de calculs qui relèvent du tripatouillage et qu'il vaut mieux ignorer.
   Les publics, même les moins connaisseurs, n'ont pas besoin de cet affichage pour juger le trapío d'un toro. La beauté, le sérieux, l'harmonie de l'animal soulèvent l'ovation sans qu'il soit besoin de consulter le chiffrage de son poids et, inversement, l'aspect chétif de certains bichos provoque une telle tempête qu'on a vu, il n'y a pas si longtemps, les organisateurs de Mont-de-Marsan se faire blackbouler à la suite de la présentation défectueuse d'un lot de Victorino Martin.
   Bien sûr, rien n'interdit aux arènes qui tiennent à donner le change du poids à leur public de se doter d'une balance et d'afficher le véritable poids des toros combattus, la pesée ayant été effectuée le jour de la course et en présence de la commission taurine, comme il se doit.
   En attendant : pas de bascule, pas de poids affiché. C'est une question d'honnêteté vis à vis du public.
















tablilla sin peso
photo tirée du blog Cárdenos y Jaboneros

samedi 15 janvier 2022

Retour sur la chasse

   


 
   La chasse partage avec la corrida le fait d'être honnie par certains groupes qui se veulent écologistes ou animalistes. À la suite de décisions contradictoires au sommet de l'État, d'une manifestation réussie puis d'accidents de chasse tragiques, elle s'est invitée dans l'actuelle campagne présidentielle. Les chasseurs, gens modestes, peu enclins à occuper le devant de la scène et en particulier les plateaux de télévisions, servent facilement de boucs émissaires pour des problématiques qui les dépassent largement.
   C'est pourquoi il est réconfortant de lire des propos intelligents qui tentent d'analyser sérieusement ce que représentent la chasse et les chasseurs dans le monde d'aujourd'hui, notamment dans leurs relations  au monde animal.
   Charles Stépanoff, anthropologue de renom, a étudié en profondeur le monde de la chasse de sa région (l'Ile de France) et le rapport que nos sociétés industrielles ont établi avec les animaux. Son livre  L'animal et la mort, sous-titré chasse, modernité et crise du sauvage, qui est récemment paru aux éditions La Découverte, rend compte de ses travaux. Il ne manque pas de mettre en évidence les paradoxes et contradictions du monde occidental actuel dans son rapport aux animaux. Il rappelle aussi un grand fait des sociétés humaines : en tous temps et en tous lieux, l'homme a utilisé et tué l'animal.
 

 

   Voici le lien d'une entrevue écrite. C'est tout à fait passionnant !

samedi 1 janvier 2022

Bonne année 2022 Feliz año nuevo

 
 
 
 






















Cornearás aún y más que nunca,
desdoblando los campos de tu frente,
y salpicando valles y laderas
te elevarás de nuevo toro verde.

Las aldeas
perderán sus senderos para verte.

Se asomarán los hombros de los rios,
y las espadas frías de las fuentes
manos muertas haran salir del suelo,
enramadas de júbilo y laureles.

los ganados
perderán sus pastores para verte.

Te cantarán debajo tus dos mares,
y para ti los trigos serán puentes
por donde saltes, nuevo toro libre,
dueño de ti y de todo para siempre.

Los caminos
perderán sus ciudades para verte.


Rafael Alberti 
Toro en el mar 
1940
























Tes cornes chargeront plus que jamais
et se déplieront les chants de ton front.
Éclaboussant les vallées, les versants,
tu grandiras de nouveau taureau vert.

Les villages
perdront leurs sentiers pour te voir.

Les épaules des fleuves surgiront,
tandis que les épées froides des sources
jailliront du sol en de mortes mains
aux guirlandes de joie et de lauriers.

Les troupeaux
perdront leurs bergers pour te voir.

Au-dessous, tes deux mers te chanteront
et pour toi les blés deviendront des ponts
que tu sauteras, nouveau taureau libre,
maître de toi et de tout à jamais.

Les chemins
perdront leurs villes pour te voir.

traduction : Claude Couffon


photos Velonero 
Villaseca de la Sagra Monumento al toro de lidia

samedi 18 décembre 2021

Angel Teruel

 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   Avec Ruiz Miguel, Angel Teruel a été le premier torero que j'ai aimé. Rien de commun pourtant entre les deux. Si Francisco Ruiz Miguel a toujours fait partie du camp des belluaires, Angel Teruel, avec ses airs de petit marquis poudré était à mille lieu d'incarner l'idéal viril du dominateur de toros. Et pourtant, les Miuras de Madrid ou de Bilbao qu'il a combattus à plusieurs reprises ne lui faisaient pas peur ! Et surtout ne posaient aucun problème à sa maestria faite d'un mélange de froide intelligence, apanage des fins stratèges et d'un art sincère et subtil qui le rendait capable d'émouvoir aussi le public de la Maestranza.
   En 1967, à l'âge de 17 ans et après 18 novilladas piquées seulement, il prit l'alternative avec succès lors de la feria de Burgos. Il suivait en cela l'exemple de prestigieux prédécesseurs : Paco Camino et José Gomez "Joselito". Lorsque l'on fait preuve de capacités évidentes, point n'est besoin de s'attarder inutilement dans les rangs des novilleros : ce ne peut être que devant des toros que l'on apprend à toréer les toros !
   Au mitan des années soixante-dix, il fut durant quelques temporadas, le torero le plus intéressant et le plus régulier de l'escalafon. Sa froideur de technicien, son affectation furent alors transcendées par sa volonté de s'imposer à tous les toros, à tous les publics et à tous les toreros. Une fois cela acquis, il relâcha ses efforts et quitta les ruedos dans une relative indifférence.
   Le Madrilène était un torero de classe dont l'élégance pouvait parfois passer pour de la préciosité. Le voir traverser lentement le ruedo de son pas mesuré, port altier et lèvres pincées était en soi un spectacle ... que l'on acceptait car on savait qu'il y avait du fond derrière : une lidia précise et dominatrice, un toreo classique et sincère.



lundi 13 décembre 2021

Télévision (2)

   

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   La télévision a acquis aujourd'hui un rôle considérable dans l'économie de la fiesta brava, rôle encore accru à la suite de la crise provoquée par l'épidémie de coronavirus.
   Si la télévision publique nationale espagnole (RTVE) ne retransmet plus de corridas en direct et en intégralité qu'épisodiquement (la dernière remonte à 2016), son rôle a été remplacé dans cette fonction par certaines chaînes régionales et par la télévision payante. Les chaînes régionales (essentiellement castillanes et andalouses) retransmettent tout au long de la temporada de nombreuses courses, la plupart modestes aussi bien par le cartel que par les plazas concernées. La contribution financière versée par ces chaînes, même limitée, permet aux organisateurs de boucler leur budget et on sait que, depuis la crise sanitaire, ce financement a permis à l'activité taurine de se maintenir dans les régions concernées.
   La télévision payante est d'un tout autre niveau. Depuis maintenant plus de 10 ans, le réseau Movistar + (anciennement Canal +) possède une chaîne à péage exclusivement consacrée à la tauromachie qui diffuse en direct et avec des moyens techniques considérables les plus grandes ferias espagnoles. Aujourd'hui - et c'est une nouveauté pour les aficionados français - on peut s'y abonner depuis son ordinateur ou son téléphone portable par l'intermédiaire de la plateforme Plaza Toros TV.
   Lorsque la situation sera redevenue normale (si elle le redevient un jour), on peut dire que chaque aficionado sera en mesure de voir quasiment chaque jour de la temporada une corrida en direct sur un écran et en particulier les cartels les plus attractifs des plus grandes arènes. Le tout pour une somme ridicule en comparaison avec le prix d'un billet d'entrée, et sans être obligé de se déplacer, dans le confort de son univers quotidien.
   Il s'agit d'un changement considérable dans la manière de voir une corrida (dans la manière de consommer du spectacle taurin pourrait-on dire) et dans l'économie de la fiesta. Changement dont nous ne pouvons encore mesurer tous les effets, qu'ils soient positifs ou négatifs, même si certains sont déjà bien visibles, en particulier en Espagne où ce système est en place depuis plusieurs années.
   Sans chercher à rentrer dans une analyse détaillée, j'ai tenté de faire une liste des inconvénients qui me paraissent découler de cette situation.

     - moindre affluence aux arènes.
Toute corrida télévisée constitue une concurrence non seulement pour la corrida télévisée elle-même mais aussi à l'encontre de tout spectacle taurin qui se donne le même jour où que ce soit dans le monde.
En Espagne les personnes âgées ont déjà très largement déserté les gradins, préférant le confort et la sécurité de leur chez-soi. Qui plus est en période d'épidémie, et il semble que nous rentrions dans une époque d'épidémie chronique !

     - moins de convivialité et de relations sociales
On m'objectera qu'il y a les bars et les clubs taurins; mais bien souvent, ce sera seul devant son écran. Rien avant, rien après. Et sans la chaleur et la vibration du public.

     - baisse du niveau de l'aficion
Les commentateurs ont un esprit critique réduit au minimum et sont même parfois passés maîtres dans l'art de faire prendre les vessies pour des lanternes. Dans ces conditions, difficile de former une aficion entendue.

     - fin du plaisir de l'imagination
Il sera possible d'avoir tout vu : les plus grands combats, les toros de bandera, les plus belles faenas. Une banalisation de l'extraordinaire alors que les grands exploits ne sont jamais décevants lorsqu'ils sont imaginés (voire imaginaire).
Sans compter que c'en sera fini de la frustration de n'avoir pas vu une función ou un moment important. Or il n'y a pas de désir sans frustration : nous serons des aficionados blasés.

   Certes ces effets pervers sont compensés par la possibilité  pour les empresas, grâce à la manne financière qu'apporte la télévision, d'organiser leurs spectacles avec plus de facilité et en plus grand nombre. Que cette manne aille en partie dans la poche des sociétés de télévision, des toreros et ganaderos, des organisateurs, c'est la règle du jeu. Mais il faut aussi qu'elle profite directement aux spectateurs qui se rendent à la plaza en permettant une baisse des tarifs à la taquilla. Il parait logique aussi qu'en compensation du préjudice exercé contre les autres spectacles, une partie de cet argent soit utilisé pour assurer l'avenir de la tauromachie, en aidant par exemple les écoles taurines et en contribuant à l'organisation de novilladas.



NB : A la suite de la suppression de l'émission Signes du Toro, toujours pas de réactions. Ni de la part de F3, ni de la part des aficionados (voir Télévision 1).