Le concept de temple soulève plusieurs questions. Templer, est-ce s'adapter parfaitement au rythme du toro, que celui-ci soit rapide ou lent ? Ou bien est-ce réussir à ralentir la vitesse de charge du toro ? Ou peut-être pouvoir simplement donner l'impression que l'on ralentit cette charge ? Sans oublier le cas particulier et inverse où le torero va quasiment accélérer la charge du toro en obligeant un animal rétif ou statique à charger le leurre et à y prendre goût.
Templer c'est toréer au même rythme que le toro
Pour Cossío comme pour Corrochano, templer c'est s'adapter parfaitement à la vitesse du toro.
"El temple había sido condición de todos los buenos toreros, y se ha considerado como introductor de ella a Belmonte. El aficionado suele confundir el temple con la lentitud y es preciso aclarar este término. Templar no es sino adecuar la marcha y velocidad de la muleta a la embestida del toro. Creo que desde que se inventara el toreo no se ha podido torear bien de otra manera, y me parece temerario sostener que hasta Belmonte nadie había toreado bien. [...] Con mucha gracia e ingenio, el propio diestro, a alguien que le habló del temple como lentitud en el correr la mano, hubo de decirle : ''Es possible que fuera así; pero yo creo que se empezó a hablar del temple el año de la glosopeda.'' La humorada encerraba una grave lección."
''Le temple avait été la qualité de tous les bons toreros, et on a considéré Belmonte comme en étant l'introducteur. L'aficionado a l'habitude de confondre le temple avec la lenteur, il est donc nécessaire d'éclaircir ce terme. Templer n'est rien d'autre qu'adapter la marche et la vitesse de la muleta à la charge du toro. Je crois que depuis que l'on a inventé le toreo il n'a pas été possible de bien toréer d'une autre manière et il me paraît téméraire de soutenir que jusqu'à Belmonte personne n'avait bien toréé. [...] Avec beaucoup d'humour et d'esprit, le propre diestro, à quelqu'un qui lui parlait de temple en tant que lenteur dans la manière de courir la main, dut lui dire : "Il est possible que cela ait été ainsi, mais moi je crois que l'on a commencé à parler de temple l'année de la fièvre aphteuse."
On notera l'hommage rendu par Cossío aux grands toreros de l'ère pré-belmontine en soulignant que le sens du temple, que l'on n'a conceptualisé qu'à partir de Juan Belmonte, était nécessairement une qualité que possédaient les meilleurs toreros à toutes les époques de la tauromachie. On notera aussi l'ironie du Trianero; une manière de dire : non je ne pense pas avoir ralenti la vitesse de charge de mes adversaires, mais si ça vous fait plaisir de le croire ...
En parfaite adéquation avec ses positions toristes, Jean Pierre Darracq "El Tio Pepe" ne pense pas non plus que l'on puisse ralentir la charge du toro. Dominer le toro oui, mais le dresser comme on le ferait d'un animal domestique, non !
''Public d'ailleurs circonvenu par une fausse conception du temple, associé à l'idée de lenteur alors que sa signification correcte est celle de l'ajustement de la cadence du leurre à la vitesse d'attaque de l'animal. Mais c'est le toro qui décide, si j'ose dire, non l'homme. Quand l'embestida est elle-même templada, la passe le sera également, pourvu que l'exécutant soit un garçon doué. Au contraire, chaque fois qu'un torero prétend imposer un rythme à la charge du toro il se fait désarmer : capes déchirées, arrachées ; muletas envolées ; piètre résultat !" (Genèse de la corrida moderne)
Un qui lui non plus ne croit pas le moins du monde à la possibilité de ralentir la charge du toro c'est Paco Camino. Dans ses propos recueillis par François Zumbiehl (Le discours de la corrida) il ne mâche pas ses mots.
''À mon avis, toutes les belles théories sur le temple sont une fumisterie. [...] Je voudrais bien savoir comment on peut templer un taureau ou une vache qui surgissent à toute allure ; ils arracheraient la cape. Il ne s'agit pas d'autre chose que de savoir s'adapter à la charge de la bête ; il est impossible de créer ou d'imposer le ralenti. Évidemment, si on a affaire à une mule qui fait deux mètres en une demi-minute, la passe va durer le même temps.''
Et pourtant, je garde précieusement en mémoire les chicuelinas qu'il donna à Las Ventas en 1977 à un toro de Baltasar Iban. Par la vertu de la grâce et du temple, il transmuta ce jour-là cette passe qui peut être si vulgaire en or pur. Parfaite adaptation au rythme du toro ? ralentissement de sa charge ? ou simple impression de la ralentir ?
À suivre


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