dimanche 14 avril 2013

En relisant Claude Popelin (8)

"Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement". Claude Popelin, dans ses claires définitions de l'art tauromachique, est un peu notre Boileau à nous, aficionados. Exemple :


Lidia   [combat]  Désigne la très importante conduite du combat d'un taureau, dictée par l'observation de son comportement et seule capable d'assurer l'emprise de l'homme. Ainsi que disent les toreros, tout taureau a sa lidia particulière. Il faut donc la trouver et l'appliquer courageusement, avant de songer à briller dans des passes, à moins que l'animal n'offre vraiment aucune difficulté et se livre naïvement au jeu du matador.
  Le choix des suertes et leur exécution sont commandés par cette considération. Même les subalternes de la cuadrilla (picadors et banderilleros) y ont leur part, sous la direction de leur patron. Le matador le plus ancien au programme porte la responsabilité de la surveillance générale du combat et doit exercer son autorité chaque fois qu'elle est en cause. Le cas échéant, il assistera de sa compétence un collègue débordé. Aussi le qualifie-t-on de "directeur de lidia".
  Un objectif important de la lidia est également de tirer du taureau tout ce qu'il a de bon et de le mettre en valeur dans chacun des trois tercios, et pas uniquement au dernier. Ainsi, les suertes, de cape, de piques et de banderilles reprennent-elles leur sens et leur variété.


dimanche 7 avril 2013

Les cartels de la Madeleine 2013

Mardi 16 juillet
   concours landais

Mercredi 17 juillet
   Fuente Ymbro
El Juli - Matias Tejela - Ivan Fandiño

Jeudi 18 juillet
   Nuñez del Cuvillo
Enrique Ponce - José Maria Manzanares - Daniel Luque

Vendredi 19 juillet
   El Tajo La Reina (Joselito)
Juan José Padilla - Ivan Fandiño - Thomas Dufau

soir : corrida portugaise

Samedi 20 juillet
matin : novillada Fuente Ymbro
Roman - Clemente

   Victorino Martin
Juan Bautista - Alberto Aguilar - David Mora

Dimanche 21 juillet
   Escolar Gil
Fernando Robleño  -  Javier Castaño


Difficile de faire la fine bouche devant des cartels aussi bien rematés.
Ce qui m'enchante : le retour des Victorino Martin, élevage emblématique du Moun et leur competencia (à distance)  avec les Escolar Gil qui sortiront le lendemain; la présence d'El Juli et d'Ivan Fandiño face aux Fuente Ymbro, retour à la normalité pour le Madrilène et perspective d'une belle competencia entre les deux.
Je note par ailleurs que, pour Ivan Fandiño, ces cartels constituent une consécration. Il sera le seul à doubler ... face à des domecqs.
Un seul regret, l'absence de Morante mais il est indéniable que Mont de Marsan nous offre cette année des cartelazos dignes de tous les éloges.

image : Affiche Madeleine 2013



  

lundi 1 avril 2013

A propos de la corrida de Yonnet à Aignan

Il m'a semblé que, avec des vertus pédagogiques indéniables, les beaux toros d'Hubert Yonnet combattus en ce dimanche de Pâques à Aignan posaient au public la question : "Qu'est-ce qu'un toro brave?". S'ils donnaient parfois de fausses pistes, c'était pour mieux démontrer au final leur véritable condition.
Ainsi Aramis et Pescaïre respectivement sortis en deuxième et cinquième positions (le lot de M. Escribano) purent-ils donner le change en partant parfois de loin vers le piquero. Mais jamais ils ne poussèrent et rapidement ils sortirent du cheval. La suite de leur combat confirma ce comportement. Ils répondaient au cite du muletero avec noblesse mais aussi avec une fadeur et un manque de combativité qui les apparentaient à certains toros d'élevages plus commerciaux. Tout au plus pourraient-ils prétendre au qualificatif assez peu élogieux de bravitos.
Parpaïo en revanche, sorti troisième, après une hésitation qui aurait pu le faire passer pour un toro manso, livra une lutte terrible contre picador et cheval. Mettant toute son énergie dans le combat, il poussa la place forte sur plusieurs mètres, désarçonna le picador, enfin, interminablement, chargea le cheval maintenu à grand peine par un monosabio, sans qu'aucune manœuvre, pas même plusieurs quites coleandos, ne puisse le détourner de sa proie. Il prit une deuxième dure pique en poussant. Au troisième tiers, il ne cessa d'aller a mas, avec une charge longue et profonde sur la corne droite, mettant en difficulté son maestro (Alberto Aguilar) à la moindre approximation de celui-ci et vendit enfin chèrement sa peau à l'heure de la mort. Un toro authentiquement brave.
Je placerai dans la même catégorie Altara qui prit trois piques sérieuses en poussant puis par ses charges puissantes mais qui semblaient franches causa la déroute de Rafaelillo.
Parpaïo et Altara deux toros braves, deux raisons d'espérer pour Hubert Yonnet.

samedi 30 mars 2013

Une corrida de Sanchez Fabres à Saintsever ?




Le collectif Pedro Llen est à l'origine d'une initiative qui intéressera tous les aficionados désireux de soutenir les encastes minoritaires, malmenés aujourd'hui par la crise économique et par l'impérialisme du sang domecq.
Il s'agit d'organiser le 8 mai à Saintsever une corrida qui permettrait à l'élevage Sanchez Fabres (origine Coquilla) de faire lidier un lot de toros (le seul lot de cuatreños d'origine coquilla existant actuellement dans le campo espagnol).
Constitué en association officielle, le collectif a lancé une souscription dont l'objectif est d'atteindre 25 000 € avant le 7 avril afin de pouvoir démarrer sereinement le projet.
Si elle était couronnée de succès non seulement cette initiative permettrait l'organisation de ladite corrida mais elle pourrait également faire école et être à l'origine d'autres organisations du même type.

Pour tous renseignements : Collectif Pedro Llen



















 Un des toros de Sanchez Fabres

dimanche 24 mars 2013

Valencia (quelques photos)




















Inaugurées en 1860, les arènes sont situées en plein centre de la ville. Elles contiennent 12 000 spectateurs.




















Tout à côté, la gare abrite de magnifiques mosaïques.





















A l'origine les fallas étaient fabriquées avec les restes des ateliers des charpentiers de la ville. Puis elles ont été faites de bric et de broc. Aujourd'hui elles sont élaborées sous la direction d'un "artiste". Leur esthétique pâtissière m'a laissé de marbre. Il est heureux qu'elles soient destinées à être brûlées lors de la Crema dans la nuit du 19 mars. Toutefois, comme pour les toros, il paraît que certaines sont indultées, les ninots indultats.






















Costume traditionnel valencien et geste auguste du communiquant contemporain







mercredi 20 mars 2013

Valencia (suite)

Un contrat à Valence en début de temporada au moment où les cartels de toutes les arènes de France et d'Espagne sont en cours d'élaboration représente pour les matadors qui aspirent à avoir une plus grande place au soleil une opportunité qu'il ne faut pas manquer. Aussi presque tous donnèrent le meilleur d'eux-même.

Ceux qui se sont mis en valeur
Ivan FANDIÑO
Le comportement du maestro basque trancha avec celui de ses comparses de la corrida de Fuente Ymbro. On vit un matador plein d'ambition, de poder et de sincérité. Il améliora le troisième, manso, et construisit une faena de grande qualité terminée par une excellente estocade et un descabello (oreille). Il ne put rien en revanche face à la mansedumbre du 6 qu'il avait entrepris dès sa sortie par des gaoneras risquées. Un regret :  ne pas l'avoir vu face au 4 ou au 5. Caste contre caste, ç'eut peut-être été un grand moment, mais avec des si...

JIMENEZ FORTES
Une bonne surprise. Le Malagueño torea avec l'envie de la jeunesse. Un bon quite par chicuelinas pour se présenter, puis il réussit à améliorer le 3, un manso perdido, et à le toréer par naturelles les mains basses. A confirmé l'intérêt qu'il avait fait naître l'an dernier.

Eduardo GALLO
Il donna de bonnes naturelles à un Adolfo Martin pas évident, témoignage de son sitio retrouvé. En revanche son incapacité à mettre correctement en suerte son toro valut à son picador Ney Zambrano une violente chute.

David MORA
Bon à la cape comme toujours. Volontaire et avec de bons moments à la mueta mais sans parvenir a redondear son actuacion, comme bien souvent.

Ceux qui ont raté le coche
David ESTEVE
Aviador d'Adolfo Martin était le toro qui pouvait changer sa vie, une occasion comme il s'en présente rarement dans la carrière d'un torero modeste. Le Valencien donna le meilleur de lui-même mais, sans avoir aucunement démérité, il ne put se hisser à la hauteur du toro. Ce fut pour lui une journée clé, celle de la fin des illusions.

Juan BAUTISTA
Face à un Fuente Ymbro que l'on peut qualifier de facile, l'Arlésien connut de bons moments, notamment à gauche, mais comme trop souvent, il eut du mal à se dépasser. Le public le sentit et resta froid, et ce n'est pas, en fin de faena, le méli-mélo sans queue ni tête de passes données après avoir jeté l'épée qui pouvait réchauffer l'atmosphère (salut après un pinchazo et une bonne entière).
Son second, par sa caste et son poder, aurait pu lui donner l'occasion d'un haut fait d'armes, mais ce n'est pas le genre de la maison et JB eut tôt fait d'abréger les débats.

R.A.S.
Antonio FERRERA
Aux abonnés absents avec son premier Adolfo, puis un tercio de banderilles original au 4. Banderilles et cape en main, il place son toro, laisse sa cape droite au milieu du ruedo puis plante les banderilles. Pour le reste, ça sent la préretraite, avec une maîtrise technique qui lui permet de faire face sans dommage.

Javier CASTAÑO
Actua avec l'assurance des spécialistes de la devise. Il essaya avec l'arme du temple et l'aide d'une cuadrilla de premier ordre, d'améliorer ses deux miuras mais ce fut en vain. A l'impossible nul n'est tenu.

Diego URDIALES
Sans matériau avec ses deux Alcurrucen.

A la peine
RAFAELILLO
Avec sa brusquerie il rendrait méfiant un domecq bonancible, alors face à un miura de 5 ans ...

Fernando ROBLEÑO
Fernando a connu une rude journée. Tout avait bien commencé pourtant avec, face au sobrero manso de Valdefresno, doblones et derechazos de classe ovationnés. Mais il se laissa ensuite entraîner vers les barrières d'où l'animal, collé aux plaches, refusa de sortir.
Puis le cinquième miura, rendu encore plus mauvais qu'il n'était par la lidia catastrophique de sa cuadrilla (un sujet d'inquiétude pour la suite de la temporada) lui impose de faire deux fois le tour du ruedo avant de pouvoir lui porter le coup fatal. Pendant ce temps, les minutes passent, les trompettes sonnent et le troisième avis se profile. Dans cette arène battue par un vent glacial le madrilène fut assurément le seul à transpirer.

Matias TEJELA
Indéniablement Matias Tejela sait toréer, il a même une certaine capacité à templer. Mais il garde ses distances, manque d'engagement et de dominio. Un torerito.


Les cuadrillas
Le public de Valencia sut apprécier les quelques bonnes piques données notamment par Tito Sandoval et Juan José Esquivel.
La cuadrilla de Javier Castaño, toujours aussi époustouflante, semble s'être spécialisée : Marco Galan à la brega et David Adalid aux palos.
A noter : les alguazils valenciens n'hésitent pas à intervenir de la voix et du geste lorsque le règlement n'est pas respecté (piques, ronde des enterradores).
















naturelle de Jimenez Fortes

lundi 18 mars 2013

Valencia

Il n'y a guère, Valence avait encore des rêves de grandeur. Aujourd'hui, les équipes de foot sont en faillite, la mégalomaniaque cité des arts et des sciences ressemble à une coquille vide, la plaza de toros continue à donner, comme si de rien n'était, 12 spectacles pour les Fallas mais la plupart devant des gradins dégarnis. Tout cela ne constitue bien sûr que la partie visible de l'iceberg. L'essentiel, la difficulté de chaque famille, reste caché, et le visiteur étranger découvre une ville bruyante et vivante comme toute ville espagnole qui se respecte. Chaque jour, à 14 heures en punto, les mascletas explosent devant des milliers de personnes et le 19 au soir les Fallas brûleront. Ainsi le monde continuera de tourner.

Le cahier des charges impose à l'empresa l'organisation d'un nombre si important de courses que Simon Casas a cru bon de saucissonner la feria en trois morceaux : la feria des novilladas, la feria des encastes, la feria des figuras. Avec un double implicite désastreux : les figures n'affrontent pas d'encastes variés, ceux qui les affrontent ne sont pas des figures. Tout le contraire de ce vers quoi une tauromachie de verdad devrait tendre. A savoir : les matadors qui n'affrontent qu'un seul encaste ne sont pas des figures et il y a parmi les matadors qui affrontent des encastes variés d'authentiques figures.

Ayant assisté aux quatre corridas de la feria dite  des encastes voici mes impressions.
Mais je voudrais donner d'abord mon avis sur la question du public car je crois qu'il faut dédramatiser les commentaires catastrophés sur la pauvreté des entrées réalisées.
Un tiers d'entrée, soit 3 à 4 000 spectateurs, les mardi, mercredi et jeudi. Demi-entrée, soit 5000 spectateurs le vendredi. C'est peu, mais si l'on considère :
 - la crise économique qui frappe l'Espagne et réduit considérablement les possibilités financières des familles, leur imposant de faire des choix
 - le fait que ces jours étaient ouvrables, que donc, à 5 heures de l'après-midi, heure du début de la corrida, les gens qui en ont un sont au travail
 - le temps épouvantablement antitaurin (froid glacial et vent violent) en particulier le mercredi et le jeudi
 - le fait que les corridas sont retransmises en direct sur Canal + toros
 - le fait que le public valencien n'a jamais brillé par sa fibre toriste
on peut considérer que c'est un véritable miracle d'avoir réuni autant de monde sur les gradins ces jours-là.

Mardi,  toros d'Adolfo MARTIN
 Un lot cinqueño, magnifique de trapío, avec un grand toro, Aviador, sorti en troisième position, brave et noble, avec une corne droite pour triompher a lo grande.
Le premier, brave également, montra de la qualité dans la cape de Ferrera mais celui-ci ne le consentit jamais et l'animal resta inédit.
Le deuxième, encasté,  est en revanche amélioré par le toreo sincère d'Eduardo Gallo.
Mais la corrida va a menos avec  trois derniers toros médiocres, rajados et cherchant les planches.
Dans l'ensemble, hormis le 3, tous les toros sont allés a menos.

Mercredi, toros de MIURA
 Autre corrida cinqueña et bien présentée malgré quelques cornes vite escobillées. Même le premier, bien que ne pesant que 505 kg, qui sont peu pour un miura, a fière allure.
En revanche corrida très difficile, bronca, sans recorrido, gardant la tête dans les nuages.
Plusieurs avec le comportement, récurrent dans l'élevage, qui consiste à faire le tour de l'arène au moment de la mort.
Le 2, faible de pattes, est remplacé par un Valdefresno manso. Le 1 et le 6 montrent aussi de la faiblesse.
Corrida décevante donc, mais peut-on reprocher à un miura d'être difficile?

Jeudi, toros d'ALCURRUCEN
 Point n'est besoin de s'étendre sur le fiasco des nuñez de la famille Lozano, bien présentés eux-aussi. Une corrida infumable, mansa, décastée.

Vendredi, toros de FUENTE YMBRO
 Encore une corrida bien présentée, de comportement inégal mais avec beaucoup de mobilité, à l'exception du 6, manso sans charge.
 Le premier est un domecq comme en rêvent les toreros : terciadito, brave, noble, tempéré par un peu de faiblesse de pattes.
 Mais le 4 et le 5 sont d'un bois différent : d'authentiques fieras, forts, encastés, mobiles, demandant un torero dominateur et sûr de lui (ce qu'ils ne trouvèrent ni avec J. Bautista ni avec M. Tejela). Le 4 alla a mas après un début de manso et le 5 donna tout d'abord l'impression d'avoir un problème de vue. Il transperça le burladero d'un coup de corne (corne intacte après le choc) en le heurtant, puis donna une vilaine colada à Tejela. Mais tout rentra dans l'ordre ensuite et, malgré les bons soins du picador, il chargea fort au troisième tiers.

Petit bilan de ces quatre journées avec quatre encastes différents
 - le meilleur toro, un albasserada d'Adolfo Martin
 - Miura reste Miura (même pour le pire)
 - des nuñez en mansedumbre majeure
 - et les domecq ... les toros de meilleure charge
La dominante : une bonne présentation générale, ce dont il faut savoir gré à l'empresa.

à suivre : les matadors


















préparation d'une mascleta ou les pétards valenciens

vendredi 8 mars 2013

En relisant Claude Popelin (7)

La temporada reprend. Face à la crise économique qui sévit en Europe beaucoup d' organisateurs vont réduire le nombre de corridas. En espérant que les arènes se rempliront, car le rôle du public  est essentiel en corrida. Essentiel par ses réactions qui vont en partie déterminer ce qui va se passer dans le ruedo. Essentiel aussi par le fait que la corrida est un des rares spectacles culturels à vivre quasiment sans subvention. Dans les grandes arènes il est, de surcroît, grâce aux impôts et au montant des adjudications, une manne pour les collectivités territoriales.
Mais, voici ce qu'en dit Claude Popelin :

Public
   Précédée d'aucune répétition, soumise à l'impératif d'une improvisation continue, la corrida est, plus que tout autre spectacle, tributaire de la participation du public. On pourrait presque dire qu'avec le taureau et le torero, il en constitue le troisième personnage. Quelle que soit, d'un lieu à l'autre, sa majorité dominante, paysanne, ouvrière, citadine, latino-américaine, européenne, voire composée de touristes, il obéit toujours dans son ensemble à deux motivations principales.
   La première est la recherche passionnée de l'émotion, créée par la présence en piste d'un animal sauvage et redouté. Le taureau a beau représenter pour le torero un danger connu, dont il se joue, le spectateur n'en vit pas moins intérieurement la peur [miedo] qu'il éprouve à occuper, en pensée, sa place. Cette forte sensation diminue aussitôt que des bêtes, dépourvues de force ou sans réelle agressivité, cessent de l'entretenir. Toutes les hardiesses, parfois plus symboliques que réelles, du torero ne réussissent guère à pallier la frustration qui s'ensuit.
   En revanche, la quête d'une sensation artistique - seconde motivation du public - ne peut être satisfaite que par le torero. Tantôt par sa merveilleuse sécurité technique, tantôt par le déploiement d'une grâce où s'exprime son inspiration,il fait du combat une vision d'art, rend à l'assistance le souffle, qu'elle avait coupé, la charme, la subjugue et l'associe intimement à son triomphe personnel sur la mort. (...)
   Avec l'arrivée d'importantes couches de nouveaux spectateurs moins éclairés, et sous le prétexte de respecter une soi-disant "évolution de leurs goûts", les professionnels de l'arène s'efforcent d'acclimater maintenant un toreo moins risqué, quoique agrémenté d'effets apparemment plus sensationnels, dont le secret réside malheureusement dans une réduction méthodique de la force du bétail, qu'ils cherchent à imposer. Seul, le barrage constitué par l'aficion les a tenus plus ou moins en échec, à ce jour. Sa vitalité et son recrutement continu répondent de la préservation de la sincérité du spectacle, ainsi que de la défense des droits les plus légitimes du public. Toute manœuvre visant à dissocier ce dernier de l'aficion n'aboutirait qu'à une extrême confusion.

Voilà qui est clair!
Concernant l'avenir de la corrida et les attaques qu'elle a subies ces dernières années je crois que la question du public est une question clé. Quand les arènes sont pleines, quand une proportion importante d'aficionados dans le public permet, comme le dit Claude Popelin, de préserver la sincérité du spectacle, les attaques des anti-taurins ne sont que des picotazos de peu de conséquences. Si les arènes de Barcelone avaient été pleines tous les dimanches et pas seulement lorsque toréait José Tomas il y aurait encore des corridas à Barcelone.

dimanche 3 mars 2013

Nouvelles du front de l'indulto

2011 : 26 indultos
2012 : 11 indultos
Après le délire  des 26 indultos de 2011, il faut croire que l'Espagnol de 2012 n'avait plus l'esprit tourné vers le pardon (encore que 11 indultos est en soi un nombre déjà considérable). Peut-être faut-il y voir une réaction à la multiplication d' indultos de banquiers véreux et de politiciens corrompus octroyés généreusement par les derniers gouvernements espagnols. Les innocents toros innocents en ont seuls fait les frais. Qu'en sera-t-il en 2013?

Los Barrios, Châteaurenard, La Linea de Conception, Béziers, Peñaranda de Bracamonte, Nîmes, Torremolinos, Santa Cruz de Mudela, Ubeda. C'est toujours les arènes de troisième catégorie (et assimilées) qui sont les grandes pourvoyeuses d'indulto.

Heureusement, il semblerait que tous les toros indultés ne finiront pas reproducteurs. Victorino Martin a déclaré que Melenudo gracié à Ubeda ne pouvait être semental à cause de son armure gacha. Quant à Pegajoso de Nuñez del Cuvillo gracié à Algeciras, son éleveur a jugé qu'il n'avait pas le niveau pour devenir semental.
Ah! s'ils pouvaient finir, ainsi que la plupart de leurs compagnons de fortune, au fond d'un congélateur, entre deux lasagnes ... à la place des chevaux qu'ils n'ont pas renversés!

dimanche 17 février 2013

Roger Wild, Chatos en Espagne

Roger Wild est un peintre et dessinateur suisse (espagnol par sa mère) décédé en 1987. Il fait partie de cette lignée d'artistes et d'intellectuels que l'amour de l'Espagne a magnifiquement inspirés. Il nous offre ces Chatos en Espagne pour le plus grand plaisir de notre palais et aussi, un peu, pour nous aider à revivre, par la magie de sa langue riche et de son regard subtil, les moments si lumineux que l'on peut connaître sur les chemins de l'Espagne profonde.

"Ceux que l'Espagne émeut pour le bon motif, les hispanisants bon teint se méfient d'abord des sortilèges de l'Andalousie où ils voient des pièges, assez ordinaires, concrétisant à la puissance suprême la pacotille de l'espagnolisme courant : œillets grenat, œillades derrière les grilles, pompons, castagnettes, ronde grégaire du tourisme organisé.
 Combien apparaissent plus pures et authentiques les séductions sévères de l'inexorable Castille!
 Pourtant, lorsqu'on pénètre plus avant dans la connaissance de cet admirable pays, semé de mirages et d'enchantements, où le climat légendaire peut être reconstitué partout, l'accent unique du miracle andalou ne tarde pas à s'imposer. Et non plus comme un conglomérat de choses uniquement aimables et légères mais au contraire, fortes, puissantes, profondes, de personnalité inimitable, pleines de gravité, mais d'une gravité à ce point ombrageuse et pudique qu'elle se voile de grâce, se grise, s'étourdit pour mieux donner le change."

Le toreo, le cante, la peinture sont les clefs qui vont permettre l'accès au monde hispanique le plus secret et le plus intime.

"La tauromachie ne s'explique pas, elle se sent. Est-ce à dire qu'on ne puisse utilement disputer sur elle?
 Ce serait méconnaître le penchant de l'aficionado à raisonner éperdument des choses de la corrida. Raffiner sans cesse sur son plaisir ou son déplaisir, jouer à replonger dans l'ombre ce qui depuis trop longtemps était radieux et en faire resurgir ce qui semblait voué au montón, voilà, semble-t-il, l'axe d'élection où oscille sa méditation pendulaire lorsque dans les longs hivernages, loin des ruedos, il rumine les faenas qui l'ont exalté ou déçu.
 Dans la placeta d'un élevage, on torée des vachettes. Deux diestros en vogue, un maître retiré, le ganadero, quelques amateurs ont successivement travaillé dans l'indifférence des assistants. Un jeune bouvier de treize ans, front têtu, oreilles décollées, s'essaye à son tour. La mince silhouette se tend, s'infléchit, torse cambré, pieds immobiles. Les bavardages cessent, il n'a fallu que quelques passes pour fixer l'attention. 
 Mesurer le dosage de superbe, d'adresse, de grâce, la part de va-tout, de prédestination, d'"on ne sait quoi", d'angel qui font dire de ce bouvier minable mais soudain transfiguré : el chaval tiene algo torero. C'est à la reconnaissance de ce je ne sais quoi qu'il nous a paru essentiel de dédier nos soins."

Lorsqu'il se fait défenseur de la corrida Roger Wild convoque de savoureux souvenirs. Ainsi cette évocation de Paul Valéry :

"Des hommes de grand mérite qu'il nous a été donné d'approcher, presque tous étaient tauromaches de cœur sinon de fait.
 Je ne rencontrais jamais Valéry qu'il ne me demandât les yeux incendiés de malice - cette gentillesse amusée était une de ses parures - "Tenez vous pour le Recibir ou pour le Volapié?" Écho, résurgence de discussions d'aficionados que son enfance sétoise avait fidèlement enregistrées. Je prenais un air très entendu, découvrant des cimes vertigineuses de savoir, l'altissime poète estimait prudent de changer de sujet."

Enfin, dans un dernier texte Ferroviaro (Réhabilitation du picador) qui fait figure de manifeste, il va jusqu'à trouver des accents très "militants" pour défendre, contre "les vividores de la fiesta", le tercio de pique qui "demeure l'un des points culminants de la corrida".



Roger Wild, Chato en Espagne, dessins et ornements de l'auteur, Robert Laffont, 1964
On peut le trouver chez les bouquinistes.

samedi 9 février 2013

Expertise des cornes 2012

On peut trouver sur le site de l'UVTF le bilan complet de l'expertise des cornes concernant la temporada 2012.
Comme en 2011, un seul toro a été reconnu afeité sur ses deux cornes. Il s'agit d'un exemplaire du Conde de Mayalde combattu lors de la feria pascale arlésienne.
 En revanche, le nombre d'arreglados déclarés a nettement régressé. On était monté à 38 en 2011 ce qui constituait une manière déguisée de pratiquer l'afeitado. On est retombé en 2012 à 18 arreglados, une baisse importante et un progrès qui était nécessaire à la crédibilité de l'opération.
On remarquera toutefois l'abus de cette pratique par l'élevage de Fuente Ymbro qui a eu recours à sept reprises au procédé (3 toros à Bayonne (!), 2 à Mont de Marsan, et 2 à Béziers).

J'ai établi un bilan par ville en totalisant cornes déclarées non conformes par l'expertise et arreglados déclarés par les ganaderos. Voici les résultats, de la cité la plus vertueuse à la plus laxiste :

1- Vic Fezensac         0    (1)
2- Mont de Marsan     2    (3)
3- Dax                        2  +  1    (3)
4- Arles                      5  +  1    (6)
5- Bayonne                2  +  6    (8)
6- Béziers                  8    (9)

Honneur enfin aux élevages qui n'ont eu ni corne déclarée non conforme ni arreglado :
Cebada Gago
Flor de Jara
Domingo Hernandez
Baltasar Iban
Margé
Zalduendo

 et parmi eux, honneur suprême, ni corne touchée, ni arreglo, ni fundas :
Cebada Gago
Baltasar Iban





mardi 5 février 2013

Feria de Vic Fezensac 2013 : les cartels



Samedi 18 mai
18h  corrida-concours
2 La Quinta  2 Murteira Grave  2 Margé
Diego Urdiales - Javier Castaño

Dimanche 19 mai
11h  corrida
José Escobar
Rafaelillo - Manuel Escribano - Paco Ureña

18h  corrida
Cebada Gago
Fernando Robleño - Fernando Cruz - David Mora

Lundi 20 mai
17h corrida
Adelaida Rodriguez
Juan Bautista - Ivan Fandiño - Alberto Aguilar

Le principal changement de l'année concerne la corrida-concours. Elle quitte sa place habituelle du dimanche matin pour débuter la feria le samedi après-midi; trois élevages y seront représentés par deux toros chacun ; enfin, le cartel homme se présente sous forme d'un mano a mano (ce qui me paraît problématique car le concept corrida-concours et le concept mano a mano semblent plutôt opposés que complémentaires, mais sans doute a-t-on voulu que chaque diestro puisse lidier un exemplaire de chaque élevage).
Variété d'encastes et de pays donc pour la concours en espérant qu'il subsiste au moins deux toros encastés dans l'élevage de La Quinta et qu'ils sortent précisément à Vic. Au vu des dernières performances de l'élevage ce n'est pas gagné. Pour Murteira Grave ce sera le retour d'un élevage historique de la feria du toro vicoise. Margé quant à lui est l'élevage français le plus régulier de ces dernières temporadas.
Les autres toros ont été choisis dans des ganaderias qui ont plutôt brillé lors de la dernière temporada. Rien à redire donc, en espérant que la présentation sera irréprochable ce qui n'a pas toujours été le cas à Vic ces dernières années.
Côté toreros on reverra avec plaisir pas moins que Javier Castaño, Diego Urdiales, Alberto Aguilar et Fernando Cruz. Manquent en revanche à l'appel Sergio Aguilar (une injustice de plus à son égard) et Joselillo qui n'avait pas démérité lors de ses dernières prestations ici.
Attention braves gens après le gag de l'an dernier retour de la corrida du lundi à 17 heures cette année!
Enfin, une novillada de Valdellan sera courue le vendredi 9 août en nocturne.


















Sergio Aguilar en 2012

samedi 26 janvier 2013

En relisant Claude Popelin (6)

Faena   [travail] Désigne l'ensemble des passes de muleta, par lesquelles le matador - au cours du troisième tercio - achève de dominer son adversaire et le prépare à recevoir le coup d'épée. Son premier objectif est l'efficacité, mais elle est l'occasion pour l'artiste de faire admirer un style et une grâce appréciés de l'ensemble du public. Elle doit être construite en fonction du développement des réactions de la bête et ne peut jamais être conçue d'avance [prefabricada] sans encourir un échec plus ou moins certain. (...) 

Face au toro normalisé qui sort de plus en plus fréquemment des chiqueros il est aujourd'hui évident qu'une faena préfabriquée n'est plus vouée à l'échec. Dès lors, une des manières de marquer la distinction entre toreros va être la capacité à créer des enchaînements virtuoses. Virtuosité rendue nécessaire par l'obligation de rompre le ronronnement imposé par des toros et un toreo de peu d'intérêt.
Il semblerait aujourd'hui que, devant la lassitude qui naît de la duplication à l'infini de ces faenas trop prévisibles en dépit de leur virtuosité, la confrontation avec des toros au comportement varié soit en passe de devenir un passage obligé pour les figures (figuritas) du toro normalisé si elle veulent continuer à intéresser les aficionados et  justifier leurs positions (et le cachet qui va avec).
Combattre  régulièrement (et non pas seulement sous forme de geste) des toros d'encastes variés devrait, comme cela se pratiquait jusqu'aux années 70, être la norme d'une carrière de grand torero.
On ignore encore en ce début d'année si 2013 sera une année de changements réels ou une année de dupes... Ce qui est certain c'est que rien de sérieux ne se fera sans la pression de l'aficion.

lundi 7 janvier 2013

Peons français


Rachid Ouramdane "Morenito d'Arles"




















Rafael Cañada 



















Paquito Leal























Photos velonero
            Captieux (2012)

mardi 1 janvier 2013

En relisant Claude Popelin (5)

Recrearse en la suerte   Se dit des moments où un torero artiste se confie avec un bon taureau, au point de paraître ignorer le danger d'une suerte, y prend littéralement comme du "plaisir" et lui confère une sensation de suprême beauté.

Que la nouvelle année donne à tous, dentro y fuera de la plaza, face au taureau de combat comme à celui de la vie, l'occasion de recrearse en la suerte.

lundi 24 décembre 2012

Quelques novilleros de la temporada


Juan Leal
l'espoir






Martin Escudero
classique



















Imanol Sanchez
macho baturro




















Ivan Abasolo
macho vasco








































photos velonero 
            Leal et Escudero à Captieux
            Sanchez  et Abasolo à Orthez

dimanche 16 décembre 2012

Julien Lescarret















Lorsque j'ai vu Julien Lescarret pour la première fois il toréait en non piquée. Il venait de la toute proche Haute Lande, était fils de médecin. On se disait voilà un fils de riche qui se passe un caprice, l'an prochain on n'entendra plus parler de lui; mais on trouvait ça sympa qu'un fils de médecin de Pissos, lycéen à Bordeaux, ait le désir de devenir matador plutôt que guitariste dans un groupe de rock. Moins branché mais plus original.
L'année suivante il était toujours là, en piquée cette fois. On avait envie de lui faire la leçon, de lui rappeler qu'un fils de bonne famille se doit de poursuivre des études sérieuses au lieu de faire le saltimbanque devant des toros. Oui mais, c'est qu'il était loin d'être ridicule, le petit : un bon bagage technique, de la finesse dans les gestes et du courage. Des succès répétés dans les principales plazas du Sud Ouest en témoignent. Je me souviens de deux belles faenas dans l'arène de Roquefort. Et en plus pas prétentieux pour deux sous, ne jouant pas les divas des ruedos. C'est là que tout a basculé, que tout le monde, ici, a pensé qu'il pouvait vraiment devenir un professionnel compétent et respecté.
Une carrière de 10 années de matador de toros a suivi. 10 temporadas, 100 corridas, des hauts et des bas. Les bas ce sera par exemple ces deux échecs qui empêcheront Julien d'intégrer les cartels de luxe. En 2006 à Mont de Marsan face à des Javier Perez Tabernero nobles et mobiles qui offrent un triomphe à Enrique Ponce, le Landais balbutie son toreo et ne peut donner la réplique au maestro de Chivas. Quelques années plus tard, à Dax, un nouvel échec face à un excellent sobrero du conde de Mayalde restera une épine plantée dans le pied du torero.
Mais les succès ne manquent pas. En 2004, dès sa présentation à Vic comme matador de toros, il coupe une oreille à chacun de ses Escolar Gil et sort en triomphe de la plaza gersoise. Attentif à mettre en valeur ses adversaires, lidiador intelligent, bon capeador, muletero inégal mais vaillant, c'est du côté des corridas toristas que Julien Lescarret déploiera sa carrière jusqu'à ce final heureux en cette année 2012 à Mont de Marsan lorsqu'il renouvelle le triomphe face aux Escolar Gil lors de la mémorable corrida de clôture de la Madeleine.
Entre ces deux dates, ses affrontements avec les Miura furent pour le torero des moments importants. Pour Pâques 2009, en Arles, il découvre le fer de Zahariche. Il n'hésite pas à citer son toro salinero de très loin pour des naturelles magnifiques. C'est le miel du succès. L'année suivante à Béziers il a rendez-vous avec un miura cauchemardesque. Même adoucies par le filtre de la télévision et du différé, les images du combat, que l'émission Signes du Toro nous a offertes, sont saisissantes : le torero  semble un fétu de paille face à la puissance et à la malignité d'un des toros les plus dangereux qui soit. Peu de matadors, même (et surtout) parmi les plus huppés, peuvent s'enorgueillir d'avoir affronté un tel fauve et d'en être venu à bout. C'est là tout l'honneur et toute la gloire d'une carrière irréprochable.



mercredi 5 décembre 2012

Cadeau

J'aime beaucoup recevoir des cadeaux sur le thème taurin. Particulièrement lorsqu'ils viennent de gens totalement étrangers à cette culture. Dans ce qui, pour les offrants, n'est peut-être qu'une simple facilité, j'y vois, moi, une reconnaissance de mes goûts et de ma personnalité. Un cadeau réussi.
Il n'y a pas si longtemps, donc, je reçois un livre énorme intitulé Castella. Hasard des corridas et des temporadas, j'ai peu vu le maestro de Béziers et jamais dans ses plus grandes journées. C'est donc à travers cet ouvrage hagiographique que je l'ai vraiment découvert. Les éditeurs ont fait du bon boulot : belles photos de la Colombienne Olga Holguin, textes intéressants de José Carlos Arevalo, Victor Duisaba et Jacques Durand, dessins de Robert Ryan, le tout parfaitement édité par Actes Sud.
Les photos, outre la finesse des traits et des gestes, assez facile à capter chez Sébastien, mettent en évidence la sincérité du torero. Les textes analysent son toreo et son inéluctable ascension jusqu'à ses grands triomphes sud américains et madrilènes qui ont fait de lui une figura de la tauromachie actuelle. Il est "comme un acteur destiné à être un galant, mais qui veut représenter des rôles ayant du caractère",  écrit José Carlos Arevalo. C'est sans doute pour cela qu'il faut le voir dans ses places fortes (Madrid en particulier) et face à des toros de verdad. Ce qui est certain, c'est que plus j'avançais dans la lecture du livre, plus j'étais saisi du désir de le voir toréer. Me voici donc devenu, par la grâce d'un livre, un admirateur virtuel du matador français ... en espérant que la temporada prochaine me donne l'occasion de l'apprécier dans toute sa réalité.
 On l'aura compris, le livre est absolument indispensable pour tout fan ou groupie du torero.


dimanche 25 novembre 2012

En relisant Claude Popelin (4)

Estocade  Dans toutes les estocades la réussite veut qu'on perde un instant de vue la tête du taureau et qu'on se fie presque automatiquement au dominio pris sur lui. La lidia et son enchaînement rationnel au cours des trois tercios de la corrida visent d'ailleurs à un tel résultat final. Dans ce sens, l'estocade peut être tenue pour la clé de voûte de l'art du toreo. Aussi proclame-t-on qu'elle est "la minute de vérité". (...)



Clé de voûte

dimanche 18 novembre 2012

Toréer Wall Street




















Toréer Wall Street ce n'est pas une mince affaire. A défaut de bravoure et de noblesse le taureau a du poder et beaucoup de vice.
L'association Strike Dept qui lutte contre l'endettement ne manque donc pas de courage et a le bon goût d'utiliser le thème taurin dans ses affiches de propagande.
Pendant ce temps, en Espagne, un mot que l'on croyait oublié est réapparu à la une : desahucio (expulsion).


samedi 10 novembre 2012

Hommage à El Fundi

En guise d'hommage à la carrière du maestro de Fuenlabrada ces quelques extraits de réseñas parues dans la revue Toros ou le journal Sud Ouest, qui tentent de mettre en lumière, au gré de sa carrière, la somme des qualités de l'homme et du torero.


Mais El Fundi plonge une fulminante entière soulevant l'enthousiasme avec un cartilage, fleurs et désir de le revoir. (Georges Lestié, Vic, 1990, Cuadri)

Osons le dire, El Fundi mérite plus de considération et une meilleure position dans la hiérarchie taurine. Son courage, sa clairvoyance et son sens affirmé de la lidia ont encore fait la différence. (Joël  Bartolotti, Arles, 1993, Miura)

Il obtint l'oreille de son second toro devant lequel la plénitude de ses capacités de lidiador ne fut pas de trop. La faena concise - devant ces animaux il n'y a plus de pegapases - eut le mérite d'aller  a mas sur les deux cornes. (Jean-Marie Fontanille, Bilbao, 1995, Miura)

Vinrent ensuite des somptueuses séries de naturelles, parfaitement croisé, aguantant les retours de charges, templant muleta basse, courant la main autant qu'il est possible, et rematant loin derrière la hanche, et..."por debajo de la pala". (Frédéric Bruschet, Nîmes, 2004, Miura)

A bord du vaisseau amiral, le commandant José Pedro Prados alias "El Fundi", vétéran de la canonnière du Yang-Tsé-Kiang, lardé de cornadas et de médailles. (...) Trois séries au centre, plus naturelles que leur définition, des aidées par le bas, le manche tenu d'un doigt, un brelan d'afarolados précéderont une estocade à démâter la flottille ennemie. (Zocato, Vic, 2004, corrrida-concours)

S'imposer en douceur à un animal qu'il ne faut pas trop contraindre, à l'aide d'un toreo savant et à mi-hauteur avant de pouvoir baisser la main, implique une maîtrise consommée. (Joël Bartolotti, Arles, 2008, Miura)

Sa rigueur et sa probité lui ont valu, ce jour encore, un succés mérité et important en cette plaza de primerísima qu'est et demeure Séville, avec une vuelta au toro d'ouverture et une oreille au 4. (Joël Bartolotti, Séville, 2008)

L'incontournable El Fundi, sobrement parfait dans les deux premiers tiers, et supérieurement professionnel par la suite, est sorti une fois de plus en triomphe de son jardin gersois. (Bernard Feurer, Vic, 2008, Margé)
























Hommage  lors de sa despedida arlésienne



lundi 5 novembre 2012

Bilan 2012

Ma corrida rêvée

6 toros de José Escolar Gil
Javier Castaño
Ivan Fandiño
Alberto Aguilar


Les toros d'Escolar Gil ont été à l'origine de trois corridas françaises mémorables, de celles qui laissent des traces profondes dans une vie d'aficionado et qui fomentent l'aficion : l'encerrona de Fernando Robleño à Céret, la corrida de clôture de la Madeleine à Mont de Marsan et la corrida du 12 août à Dax. Ils sont solidement installés à la place qu'occupaient il y a quelques années les Victorino Martin, lesquels ont connu cette année un renouveau certain de même que les Cebada Gago.
Et les Fuente Ymbro ne sont pas mal non plus. Le lot quasiment parfait de Mont de Marsan restera lui aussi dans les mémoires. Par son sérieux Fuente Ymbro est devenu la ganaderia imprescindible de toutes les ferias françaises et espagnoles de catégorie. Et je ne sais par quelle alchimie Ricardo Gallardo est capable de répondre à la demande aussi bien au niveau du trapío que de la caste.

Chez les matadors aussi  cette année on se bat pour rentrer dans mon rêve. Mais, c'est étrange, je n'ai vu s'approcher aucune silhouette de los del G10. Les figuras ne feraient-elles plus rêver? Seul José Maria Manzanares, en fin de saison, après plusieurs mois d'inactivité en raison de ses problèmes récurrents de main, a tenté un moment d'y pénétrer à la suite de son triomphe sévillan de la San Miguel. Mais lorsqu'il a vu les toros il s'est discrètement effacé. Il faut reconnaître que, dans un tel cartel, il déparerait.
Ivan Fandiño, lui, y avait sa place réservée. Quel plaisir d' avoir pu déguster, tout au long de la temporada, les saveurs authentiques que le maestro nous a offertes: sincérité, entrega, dominio, pundonor!
Javier Castaño était en concurrence avec Fernando Robleño. La qualité de sa cuadrilla est un atout maître pour le salmantin.
Alberto Aguilar représente l'avenir. Il a sans doute franchi un palier au cours de la saison. Plus mature, plus dominateur mais toujours aussi sincère et assoiffé de triomphe. Sa faena et son coup d'épée face au terrifiant sixième Escolar Gil de Dax resteront pour moi un des moments les plus forts de la saison.

Cette année, après une temporada qui a connu, en France, de nombreuses tardes de haut niveau, ma corrida rêvée a un goût très marqué de réel... Sommes nous sur la bonne voie et est-ce la fin des rêves?

2011



dimanche 21 octobre 2012

En relisant Claude Popelin (3)

Hemingway, Ernest (1898 - 1961)  Le célèbre auteur américain, prix Nobel de littérature, aura été aussi un très grand aficionado. [...]  Il découvrit, à fréquenter le milieu des toreros, un plaisir jamais démenti et qui lui valut de rassembler des notations d'une grande richesse, avec lesquelles il composa son Mort dans l'après-midi, sans aucun doute le meilleur ouvrage d'initiation à la corrida, paradoxalement dû à une plume américaine.


Paradoxe apparent uniquement car on peut penser que c'est sa condition d'étranger qui lui a permis d'avoir un regard décalé sur la corrida en même temps qu'elle l'obligeait à un effort considérable pour mieux en pénétrer les arcanes.




Quelques citations de Mort dans l'après-midi


dimanche 14 octobre 2012

Juli au pied du mur?

El Juli semble mal dans sa peau de torero. Certes il triomphe un peu partout - encore que son mois de septembre ait été très médiocre - mais ses dernières déclarations montrent qu'il supporte mal les échecs. Sa volonté de puissance, sans doute mal orientée par ses conseillers (on attendait mieux d'un type comme Roberto Dominguez), l'a conduit ces derniers temps à de graves errements. Partout où il torée, il impose les toros les plus petits, les moins armés, les plus décastés. En outre, en période de crise économique extrêmement grave qui touche de plein fouet le peuple espagnol, il a mené, avec le défunt G10, un combat indécent pour la revalorisation des cachets et des droits télévisuels des figures.
Sur le sable de l'arène son plus grand problème ne vient certes pas des toritos qu'il affronte mais plutôt de ses compañeros. Il en est toujours un plus artiste (Morante), plus élégant (José Maria Manzanares), plus sincère et plus pur (José Tomas), plus valeureux (tous ceux qui affrontent les toros dont il ne veut pas). Ça fait mal.
Pour l'instant, sa tentative d'affronter des encastes variés s'est soldée par un échec. Blessure face à un Salvador Guardiola à Madrid, échec face aux Miura à Valence. Si sa volonté de lidier des Santa Coloma a connu quelques succès épars (très grande tarde face aux San Martin à Mont de Marsan) elle n'a abouti à rien de bien probant si ce n'est, effet pervers déplorable, à inciter le señor Conradi à réduire la caste de ses La Quinta. Enfin, il n'a pas vu la couleur d'un toro de Victorino Martin depuis 2006.
On le voit, El Juli a encore beaucoup à prouver.
Bornera-t-il ses ambitions à la médiocrité triomphante de ces dernières temporadas?
Est-il capable d'affronter des toros plus encastés?
... La réponse en 2013?

mercredi 3 octobre 2012

Vincent MUIRAS champion de France des écarteurs!


Qui aurait pensé que derrière ce trophée tant convoité pût un jour se trouver la bonne bouille de Vincent Muiras? Et pourtant, en ce dimanche 30 septembre, dans les arènes d'Aire sur Adour, il a conquis de haute lutte et sans une once de contestation le titre de champion de France à l'issue d'un concours comme on les aime c'est à dire avec une dernière partie pleine de rebondissements.
L'écarteur de Mimbaste n'est pas, on le sait, un styliste et, jusqu'à ce jour, il ne passait pas non plus pour être fin stratège. Mais, à regarder de près sa carrière, on s'aperçoit que, depuis six ans, il a participé à tous les championnats de France et a été souvent présent dans les principaux concours. Il a donc accumulé une expérience qui lui a permis, ce jour, de rester en embuscade jusqu'à la sortie d'Ibaneza et, tel le loup sortant des bois, de donner à la corne d'or deux intérieurs magnifiques dont un en sortie de loge. Exploit parfait qui lui permettait de remporter le titre au grand dam de Mathieu Noguès, alors en tête et pris sèchement par la même Ibaneza sur l'intérieur de la dernière chance. Gaëtan Labaste avait quant à lui dominé les débats durant les deux-tiers de la course avant de perdre ses chances à la suite de deux dures tumades sur des tentatives d'intérieur.
Au final la joie communicative du champion faisait plaisir à voir.

Les résultats :
1- Vincent MUIRAS  156 p
2- Mathieu NOGUES  150 p
3- Loïc LAPOUDGE  139,75 p
4- Gaëtan LABASTE  137,75 p
5- Ludovic LAHITTE  130 p
6- Alexandre DUTHEN  125 p

Chez les sauteurs :
1- Louis ANSOLABEHERE  74,50 p
2- Fabien NAPIAS   70 p
3- Guillaume VERGONZEANNE  68.50 p
4- Dominique LARIE  64.50 p
 
La présence de Naranka (Deyris) a considérablement renouvelé l'intérêt du concours de saut qui atteint avec elle une grande intensité. Aujourd'hui, seul Ansolabéhère réussit à la passer à pied joints.




photos Velonero
la dernière, intérieur de V. Muiras à Anoëta de Deyris