jeudi 25 février 2021

Parentis : changements et inquiétudes

    La cité landaise de Parentis en Born a depuis l'an dernier une nouvelle maire. Si la prise de pouvoir donne de l'appétit, elle oblige aussi. A utiliser par exemple les compétences de ceux qui se sont frottés aux dures réalités de l'organisation taurine. Depuis quinze ans c'est le cas des aficionados de l'ADA (Association Des Aficionados de Parentis) qui sont parvenus à maintenir le prestige (et même sans doute à l'accroître) des arènes Roland Portalier et à faire vivre économiquement la partie taurine de la feria de Sen Bertomiu.
   Or, par un récent communiqué, la mairie a fait savoir qu'elle avait décidé, après un vote du Conseil Municipal, de procéder désormais à l'organisation des manifestations taurines en régie directe en s'appuyant sur un Comité Consultatif Taurin et, pour toutes les questions administratives, sur le prestataire de service (inchangé) Alain Lartigue. L'ADA se trouve donc de facto remerciée  et la convention qui la liait à la municipalité annulée. Voilà qui est bien mal payer quinze années de services rendus, et voilà qui constitue aussi une prise de pouvoir risquée à l'heure où bien des arènes de la région connaissent des difficultés pour assurer la rentabilité de leurs novilladas. Grâce à sa politique de qualité, notamment en ce qui concerne le choix des novillos et la volonté de favoriser des lidias complètes, l'ADA était parvenue à fidéliser un public qui venait parfois de loin. Il semblerait que ce soit précisément  cette politique, jugée trop rigoureuse, qui ait conduit à cette surprenante éviction. Un fait qui ne peut qu'inquiéter les aficionados...
   Deux novilladas sont annoncées pour début août dans des arènes rénovées et couvertes. Souhaitons que le respect du public, donc de l'éthique taurine (ça va de pair bien entendu) qui a toujours été le souci de l'ADA soit maintenu par la nouvelle équipe. C'est ce respect qui fait le succès et la réputation d'une plaza de toros.
 
 
 


 
En quinze ans le public de Parentis a pu vibrer au combat des novillos de :
   Robert Margé
   Raso de Portillo
   Moreno de Silva (Saltillo)
   Murteira Grave
   Paco Madrazo
   Valdellan
   Salvador Guardiola Fantoni
   Yonnet
   Los Maños
   Monteviejo
   Aguadulce
 
 et apprécier le courage et le talent des novilleros :
   Joselito Adame
   Alberto Lamelas
   Juan Ortiz
   Luis Gerpe
   César Valencia
   Guillermo Valencia
   Manolo Vanegas 
   Juan Carlos Carballo

 

Le projet des nouvelles arènes 














Les anciennes arènes se transforment en lieu multiactivités. Elle seront couvertes (couverture centrale amovible en été) et pourront accueillir 2600 spectateurs en configuration tauromachie et 1500 en configuration concert.


samedi 13 février 2021

Les taureaux font leur cinéma

 

 
  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
    Ce sinistre hiver aura au moins apporté deux satisfactions aux aficionados bordelais. La publications de deux livres de grand intérêt : Bordeaux capitale tauromachique d'Antoine Briscadieu publié par l'UBTF, sur lequel nous reviendrons ultérieurement ; et Les taureaux font leur cinéma de Guy Suire dont nous parlons aujourd'hui.
   Guy Suire est un infatigable animateur de la vie culturelle bordelaise et aquitaine. Il a longtemps dirigé le café-théâtre L'Onyx pour lequel il a écrit et mis en scène de nombreuses pièces. Il a aussi beaucoup écrit sur le parler local et tenu pendant des années une chronique Les mots d'ici dans le journal Sud-Ouest. C'est également un grand cinéphile et un aficionado de catégorie. Deux passions qu'il a pu marier avec bonheur en se mettant en quête, des années durant, de tout ce que le cinéma a produit sur le thème de la corrida depuis ses origines jusqu'à nos jours. Ce sont plus de 350 films qui sont ici répertoriés par année de sortie et analysés. La grande richesse du livre vient du fait que chaque film fait l'objet de commentaires avisés qui replacent l'œuvre dans son contexte à la fois cinématographique et tauromachique. Et comme Guy Suire est un homme d'humeur et d'humour (plutôt marrounayre que carignous) ses notices ne manquent pas de piquant.
   Mais il faut voir les films. Entre la désespérance du temps qu'il fait et celle du navire couronné qui persiste à rester bien amarré au port, l'aficionado pourrait bien avoir dans les semaines qui viennent du temps à consacrer au visionnage de quelques films, même si ceux-ci sont parfois loin d'être des chefs-d'œuvre du septième art. On en trouve quelques uns dans les magasins spécialisés ou bien sur internet (plutôt en Espagne pour les films produits dans ce pays) mais la plupart n'ont pas été réédité ; dans ce cas les hasards des recherches sur internet peuvent nous valoir de belles surprises. Voici cinq films que l'on peut voir actuellement sur la "toile" et qui, bien sûr, s'apprécient encore plus le livre de Guy Suire à la main à la lumière des informations que celui-ci nous apporte.

   ♦ Yo he visto la muerte    de José María Forqué   avec Luis Miguel Dominguin    1967
   Injustement méconnu, Yo he visto la muerte est un très bon film de docufiction sur le thème de la mort. "C'est un des films qui mérite place au soleil pour son originalité, ses quatre épisodes de face à face avec la mort sous des angles divers, la fluidité réussie fiction-réalité, une impressionnante affiche avec Andrés Vázquez, Antonio Bienvenida, Alvaro Domecq père et fils, Luis Miguel Dominguin", précise Guy Suire.

   ♦ Fray torero      de Saez de Heredia    avec Paco Camino    1966
   Une curiosité ! Un scénario à la limite du grotesque, mais des thèmes intéressants comme les rapports de l'Eglise et de la société espagnole ou la corruption, que Saez de Heredia, par ailleurs chantre de Franco et de son régime, est mal placé pour exploiter. "Ce Paco, fray torero, incontestable dans l'art de toréer des années 60 et 70, se révèle laborieux comédien. On doubla même sa voix pour les projections en salle de cette unique participation cinématographique, qu'il confesse comme un hasard."

   ♦ Aprendiendo a morir    de Pedro Lazaga    avec Manuel Benitez "El Cordobés"   1962
   El Cordobés n'est encore qu'un novillero mais en passe de devenir la vedette que l'on sait. Ce film a pour mission d'y contribuer. "Avec le temps, ce film prend valeur de document référent sur la période et du phénomène sociologique que représente Manuel Benitez, torero icône de l'Espagne des années 60-70. Une vie en forme de bestseller".
    
   ♦ El Litri y su sombra    de Rafael Gil    avec Miguel Baez "Litri"    1959
   Une bonne occasion de mieux connaitre la saga des Litri et, grâce aux nombreux extraits de courses, de découvrir le toreo du plus célèbre d'entre eux ... et les toros qu'il combattait. "Séquences spéciales du film dans les arènes de Huelva, de Malaga, bétail de Joaquin Buendía et Felipe Bartolomé et extraits importants filmés lors de courses du Litri avec ses appels éloignés du taureau, ces litrazos où, l'épée dans la main droite et la muleta repliée dans le dos, Miguel Baez déployait, lorsque la bête arrivait à juridiction, son étoffe pour réaliser sa passe. Sans oublier de regarder les gradins. Sa griffe à lui".

   ♦ Arènes sanglantes  (Blood and sand)   de Fred Niblo   avec Rudolf Valentino   1922
   Une sobre adaptation du roman de Blasco Ibañez. "Ce film borne, marque une date. La tauromachie quitte sa province, étend sa superficie. Le monde découvre la planète taureaux avec les studios californiens pour levier et Valentino en officiant ... Rudolf, star brillantinée, œil de velours, profil de timbre ou de pièce de monnaie, paupières lourdes, dans son costume de lumière, explose le box-office, part à la conquête de l'univers".
   
 

NB  Cliquer sur les titres pour voir les films
 
D'autres films à voir ici

et sur L'œil contraire : ici ou là ( Orson Welles , dessins animés )
 

 

lundi 11 janvier 2021

Los toros desde la izquierda


   
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   A une époque où les principales attaques contre la corrida viennent des milieux politiques et en particulier, en Espagne, de l'extrême gauche, il était nécessaire que, issue de la gauche elle-même, s'élèvent des voix en défense de la tauromachie. C'est chose faite avec le livre de Eneko Andueza, député du Partido Socialista de Euzkadi au Parlement basque, Los Toros, desde la izquierda. Dans la préface, Carmen Calvo, grande aficionada et rien moins qu'actuelle première viceprésidente du Gouvernement espagnol, écrit : "Il est important que depuis la gauche nous sautions dans l'arène et nous manifestions sans complexes".
   Il était temps en effet que, face à l'attitude ambigüe du PSOE et à l'hostilité déclarée de Unidas Podemos, ceux qui, au sein de la gauche, appuient la tauromachie, fassent entendre leur voix. Les milliers d'Espagnols, électeurs de gauche, qui aiment la tauromachie et se rendent aux arènes avec assiduité ont avalé bien des couleuvres ces derniers temps avec un Président du Gouvernement (Pedro Sanchez) et un ministre de la Culture (José Manuel Rodriguez Uribes) clairement antitaurins.
   Ce livre arrive donc à un moment crucial à plus d'un titre. D'une part il s'agit de redonner aux aficionados de gauche la fierté d'afficher et de défendre à la fois leur condition d'aficionado et de gens de gauche. D'autre part il s'agit de ne pas laisser le monopole de la défense de la corrida aux partis de droite contribuant ainsi à faire accroire qu'être aficionado c'est être de droite, idée non seulement inexacte mais qui pourrait se révéler mortifère pour le monde taurin.
   On se bornera ici à rappeler que le Parti Communiste Espagnol a bénéficié pour se reconstituer dans la clandestinité des largesses financières de la famille Dominguin grâce aux cachets gagnés devant les toros par Luis Miguel et qu'Antonio Chenel "Antoñete", antifranquiste convaincu, a été un fidèle soutien d'Izquierda Unida.
   Une des forces de la tauromachie a toujours été d'agréger autour d'elle toutes les classes sociales. Contre les totalitarismes politiques et moraux, il revient aux aficionados, quelque soit leur bord politique, de maintenir cette diversité. Dans cette optique, il est indispensable qu'il y ait dans chaque camp des défenseurs décomplexés de la cause taurine. En cela ce livre est précieux car il rétablit un équilibre nécessaire à la défense du monde des toros  qui, ces derniers temps, avait été rompu.

PS : Eneko Anduezo n'est pas un inconnu pour les aficionados. Il avait publié il y a quelques années un livre sur Dolores Aguirre, Celle qui élevait des toros.

vendredi 1 janvier 2021

Bonne année 2021 Feliz año nuevo

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

   On imagine mal que 2021 puisse être pire que 2020.
   Grâce à la mise au point d'un vaccin contre le covid 19 nous allons progressivement sortir de l'état de prostration et de blocage dans lequel nous nous trouvons encore aujourd'hui. On peut espérer que peu à peu (paulatinamente comme disent joliment les espagnols) l'activité taurine va retrouver les conditions normales de son déroulement. La corrida nécessite public, fête, convivialité.
   Un des effets pervers de la crise est le fait que, en raison du nombre réduit de corridas données, beaucoup de toros de combat sont morts ou vont mourir sinistrement dans l'anonymat sordide d'un abattoir. Mes vœux se portent donc également vers les toros. Que la reprise voit le retour du toro dans toute sa splendeur et sa bravoure sur le sable des arènes car l'animal que nous vénérons est destiné à mourir en combattant devant le public d'une plaza de toros et non pas dans l'obscurité d'une usine d'abattage industriel. En permettant cela nous aussi aficionados sommes animalistes.

mardi 29 décembre 2020

Adieu à une année désastreuse



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nul ne regrettera 2020, année désastreuse pour la tauromachie comme pour toutes les activités culturelles.

Entre paranoïa savamment entretenue, mesures coercitives incohérentes, prudence nécessaire, et non moins nécessaire désir de ne pas voir son existence réduite à des activités racornies, chacun y aura navigué avec plus ou moins de bonheur.

 

samedi 5 décembre 2020

Bilan 2020

    Bilan 2020 avez-vous dit ? Peut-on sérieusement faire le bilan d'une temporada qui n'a pas existé ? Certes elle n'a pas été blanche comme on aurait pu le craindre à un moment, mais si réduite et si inconsistante qu'elle est la temporada la plus misérable de toute l'histoire de la tauromachie, même en prenant en considération les années de la guerre civile espagnole.
 
    Si l'on examine les courses qui ont pu être données en Espagne on constate que trois entités en sont à l'origine. D'abord un certain nombre d'organisateurs privés n'ont pas hésité à prendre des risques pour relancer l'activité taurine dès la fin du confinement. La feria d'Avila donnée dès juillet en fut le meilleur exemple. Il ne fait pas de doute que ces organisateurs, jeunes et ambitieux, ont vu là une belle opportunité pour montrer leur savoir-faire et asseoir leur notoriété avant de partir à l'assaut, demain, des plazas les plus importantes. Car du côté des grandes empresas qui dominent le marché taurin le moins que l'on puisse dire est que leur discrétion a confiné à la démission. Pas même l'organisation de cycles de novilladas lorsque c'était possible ! Ce qui ne les a pas empêchées de casser honteusement du sucre sur le dos de celles qui travaillaient, comme on l'a vu après la corrida du Puerto de Santa Maria.
   Pour donner corps à une activité taurine minimale ce sont aussi les structures régionales (institutions politiques et télévisons) qui, en Castille et en Andalousie, ont pris en main l'organisation de cycles de novilladas avec en général une belle réussite.
   Enfin la Fundation del Toro de Lidia a réussi à organiser durant l'automne un cycle d'une vingtaine de corridas dans les zones de la géographie espagnole où c'était possible et cela en dépit des incertitudes de réglementations sanitaires en perpétuels changements.
   De ce côté-ci des Pyrénées, l'énorme disparité entre les deux régions taurines est vraiment frappante. Le Sud Est a fait preuve d'un dynamisme certain qui a permis durant les mois d'août et de septembre une activité taurine assez conséquente avec l'organisation de plusieurs ferias (Béziers, Arles, Nîmes), sans oublier Beaucaire qui avait courageusement montré la voie à suivre dès le mois de juillet.
   Dans le Sud Ouest en revanche, région pourtant très peu touchée par l'épidémie, le bilan est calamiteux. Une seule journée taurine, avec novillada le matin et corrida l'après-midi, a été organisée par la ville de Dax. Alors que durant les mois d'août et de septembre tout était possible ! J'ai bien l'impression que ce bilan atterrant est le signe que l'aficion du Sud Ouest est une aficion vieillissante ...
   Ceux qui ne sont pas restés les deux pieds dans le même sabot ce sont les ganaderos. Pour éviter la désespérance totale, ils n'ont pas hésité à organiser sur leurs terres des journées taurines qui ont semble-t-il connu le succès. Il s'agit là pour eux d'un mode de fonctionnement qui, s'il existait déjà, aura pris avec la crise une importance accrue dans leurs activités. 

   Si côté torero un bilan doit être tiré c'est pour mentionner un certain nombre de matadors et de novilleros qui ont su saisir les rares occasions qui leur étaient données. Ils ont montré qu'il faudrait compter sur eux lorsque la reprise sera une réalité. C'est ainsi que, parmi les matadors, Juan Ortega a fait sensation par son toreo classique et pur. Gomez del Pilar, de son côté a montré qu'il était mûr pour prendre une place de choix dans les corridas dures. José Garrido a rappelé qu'il était un torero sur lequel on pouvait compter. Fortes, enfin, a pu fouler à nouveau le sable d'une plaza après une grave blessure qui l'avait tenu plus d'un an éloigné des ruedos.
   Mais le plus encourageant - à vrai dire la seule note réellement positive de la temporada - c'est l'existence, malgré le peu d'opportunités offertes, de plusieurs novilleros porteurs d'espérance pour l'avenir. Tomas Rufo, natif de Talavera de la Reina (clin d'œil de l'Histoire), aurait dû prendre l'alternative lors des fêtes de la Madeleine ; son actuation (télévisée) de Tolède en octobre a confirmé qu'il avait les qualités pour s'imposer au plus haut niveau. Francisco Montero possède une personnalité hors norme et de réelles qualités taurines. Manuel Diosleguarde a acquis une maturité qui devrait lui permettre de bien figurer à l'échelon supérieur, il s'est montré très convaincant lors d'une novillada télévisée à Guijuelo. Mentionnons également Daniel Barbero vu à son avantage à Medina del Campo, Gonzalez Ecija vainqueur du cycle de novilladas andalouses, José Francisco Molina révélé par Dax et enfin l'élégant Nîmois El Rafi. Des espoirs pour le futur ...
   Quant à nos chères figures, tout comme les grandes empresas, elles se sont révélées durant toute l'année d'une discrétion qui ressemblait fort à une démission. Enrique Ponce est le seul qui soit monté au créneau pour tenter de donner un peu d'oxygène à une temporada en perpétuelle asphyxie.
   Je m'aperçois que pour un non-bilan d'une non-temporada, voilà beaucoup de mots écrits, il est temps de passer à :
 

Ma corrida rêvée

                6 toros de Victoriano del RIO 6
     Daniel LUQUE - GOMEZ del PILAR - Juan ORTEGA
 
Victorino, Victoriano, j'ai longtemps hésité entre les deux et si j'ai finalement opté pour Victoriano c'est en souvenir des deux bons lots de l'élevage que j'ai vus dernièrement (Bilbao 2019, Nîmes 2020). Du campo de Guadalix de la Sierra nous viennent régulièrement de beaux toros, braves et encastés, et, bien qu'ils ne soient pas majoritaires, ils ont pris, dans mon rêve, toute la place.
 
Un autre rêve a aujourd'hui plus de chance de devenir réalité : la crise liée à l'épidémie de coronavirus va disparaitre en 2021 et, peu à peu, la temporada taurine reprendra tous ses droits ... 
 
 



















Dax dimanche 27 septembre 2020 17 heures
le paseo de la seule corrida donnée dans le Sud Ouest
Daniel Luque, Lopez Simon, Alvaro Lorenzo
Sur les gradins tous les spectateurs sont masqués et une place sur deux est occupée
photo Velonero
 
 

mardi 24 novembre 2020

A propos de Joselito

    En cette année d'hommages au Rey de los toreros, Joselito, dont on commémorait le centenaire de la mort, la revue Toros vient de faire paraitre un numéro double (n° 2131-32) entièrement consacré au natif  de Gelves.
   Pour l'occasion, la revue a demandé à Luis Francisco Espla, qui fut un grand torero d'inspiration galliste et que l'on sait peintre à ses heures, de réaliser une œuvre graphique originale pour la couverture. 
   Les différents textes, toujours d'un grand intérêt, permettent de mesurer - beaucoup plus qu'on ne l'avait fait jusqu'alors - les différents apports de Joselito à la tauromachie actuelle. Deux textes passionnants de Jean Pierre Hédouin et Domingo Delgado de la Camara analysent son toreo et de quelle manière, en complémentarité avec celui de Juan Belmonte, il se trouve être à l'origine du toreo moderne. Son rôle décisif dans la construction des plazas monumentales (en particulier Las Ventas) est souligné. On évoque aussi sa carrière et notamment, bien sûr, son bref passage en France en 1910 alors qu'il n'était encore qu'un modeste novillero.Enfin de nombreuses anecdotes et une riche iconographie agrémentent en permanence les 48 pages de ce numéro spécial.
   De la lecture pour se confiner au coin du feu ; en vente, pour les non abonnés, dans les maisons de la presse habituelles.
 
 

 

  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
En Espagne deux ouvrages ont paru cette année :

   - une réédition de la biographie du maestro par Paco Aguado, Joselito El Gallo, Rey de los toreros




  
 
 
 
 
 
 
 
 
 - un livre sur toutes les actuations de Gallito dans les anciennes arènes de Madrid
      Manuel Hernández, Joselito el Gallo en la Plaza Vieja de Madrid




 
 
 
 
 
 Manuel Hernández est par ailleurs l'auteur d''un blog d'une richese incroyable sur l'histoire de la tauromachie : La fiesta prohibida
 
 
cliquer sur les titres pour plus d'infos

lundi 9 novembre 2020

Novillada à Medina del Campo

    Nous sommes le dimanche 8 novembre 2020 et je suis devant mon écran d'ordinateur en train de regarder une novillada à Medina del Campo, province de Valladolid. Le spectacle est télévisé mais il se déroule dans une arène entièrement vide de spectateurs. Dans le callejon de la plaza, hormis les toreros, toutes les personnes présentes portent un masque sur le visage.

   Il y a très exactement un an, au cours du mois de novembre 2019, dans la ville chinoise de Wuhan, province du Hubei, quelques personnes ont été atteintes d'une pneumopathie qui, après analyse, ne correspondait à aucun virus ou bactérie connus.




   Après ce préambule qui me parait avoir quelque chose d'étrange et de vertigineux, je me contenterai de relater classiquement la très bonne novillada concours de ce jour, non sans avoir au préalable noté que, si la corrida subit en ce moment des attaques répétées, elle bénéficie également de nombreux soutiens qui ont permis tout au long de ces derniers mois de la maintenir vivante. Ce jour, sans la Junta de Castilla y León et la télévision régionale CyL, rien n'aurait été possible.
   Il s'agissait d'un concours entre ganaderias de la tierra (dénommé desafío car il y eut tirage au sort), avec des novilleros de la tierra. 

   1- Africano de Miranda de Pericalvo (domecq)
Le novillo est bien roulé mais il est défectueux d'armure (gacho y brocho). Première pique appuyée avec carioca, il part de loin sur la seconde mais n'insiste pas sous le fer. Il accuse le châtiment puis va a mas au troisième tiers. Un toro correct, sans plus.
Pablo Atienza, novillero de Ségovie, torée classiquement, avec froideur, et tue d'un bajonazo.

   2- Enfadado d'Antonio Bañuelos (domecq)
Castaño, brocho. Belle charge au capote et belles véroniques. Il pousse sous la première pique puis s'élance avec une belle arrancada pour la deuxième, vite relevée. Le novillo faiblit en début de faena mais, par la suite, il charge bien, avec noblesse.
Daniel Barbero donne une faena un peu longue mais avec de très bons moments. Il est centré, sincère et torée avec la main basse. Mise à mort laborieuse : une atravesada, un pinchazo profond, un descabello.

   3- Pomposito de Pedraza de Yeltes (domecq)
Le castaño de Pedraza fait preuve d'une grande suavité dans les véroniques de réception. Une pique mal positionnée, poussant jusqu'aux tablas, une pique de très loin en poussant. Le novillo répond bien au toreo par le bas du début de faena, puis dans les séries de derechazos et de naturelles, il a gardé beaucoup de mobilité.
Valentin Hoyos, novillero originaire de La Alberca passé par l'école taurine de Salamanque, ne se centre pas et se contente d'aligner les passes. Il garde le meilleur pour la fin avec une trinchera muy torera, puis tue mal : trois pinchazos, une entière.
Vuelta al ruedo pour le bon novillo.

   4- Marinerito de Castillo de Huebra (murube)
Negro, bien armé, le murube prend une bonne première pique mais va a menos aux suivantes : il n'insiste pas sous la deuxième et sort seul de la troisième. Au dernier tiers le novillo a gardé une bonne charge avec une pointe de nerf. Un bicho intéressant.
Pablo Atienza réussit quelques bonnes naturelles mais tue à nouveau d'un affreux bajonazo.

   5- Marques de Brazuelas (domecq)
Peu connue, la ganaderia de Brazuelas est située dans la province de Valladolid. Marques est un novillo colorado, lourdaud et bien armé. A la cape sa charge est peu claire, il faiblit et chute. Première pique violente en faisant sonner l'étrier, idem pour la seconde. Au dernier tiers il se réserve.
Mais Daniel Barbero est un novillero puesto, con sitio. Il consent son adversaire et parvient à tirer quelques naturelles de bonne facture. Deux tiers d'épée. Une oreille.

   6- Misterioso de José Escolar (albaserrada)
Le novillo est un cárdeno typique de l'encaste. Il remate au burladero. Face à la cavalerie il prend une excellente première pique puis, après quelques hésitations, une bonne deuxième (très bien Alberto Sandoval). Au troisième tiers il est d'une fixité impressionnante. Sur la corne droite il charge museau au sol, répétant sa charge à l'infini avec, qui plus est, une douceur toute mexicaine.
A ce novillo de rêve on extraira de la faena de Valentin Hoyos (quel sorteo!) deux séries de derechazos en phase avec le toro mais un peu distanciados. Pinchazo, entière desprendida (le toro mugit), descabello.
Une oreille, vuelta al ruedo pour Misterioso.

   Tous les acteurs de cette novillada concours ont joué le jeu, les mises en suerte au cheval furent impeccables, les deuxièmes tercios toujours rondement menés et bien exécutés. Tout cela permit une novillada très intéressante durant laquelle il fut prouvé que les trois tercios pouvaient être mis en valeur - pour peu que l'on en ait la volonté - pour une tarde de tauromachie complète.

   Il fait nuit, il pleut, à travers les haut-parleurs l'annonce du palmarès résonne sur les gradins de ciment entièrement vides ... Mais un cycle de neuf novilladas non piquées et de deux novilladas piquées a pu se donner en Castilla y León. La fiesta sigue.

Le palmarès
   ce jour 
      meilleur novillo : Misterioso de José Escolar
         mention à Pomposito de Pedraza de Yeltes
      meilleur puyazo : Alberto Sandoval
      meilleure brega : Andres Revuelta
      meilleure paire de banderilles : Felipe Proenza

   cycle des non piquées
      meilleure ganaderia : Valdellan
      meilleur novillo : Coquilla de Sanchez Arjona
      meilleur novillero : Ismael Martin


photo : José Salvador (site Aplausos)

mercredi 28 octobre 2020

Petit viatique pour temps de coronavirus (6)

    D'après les recensements officiels, un peu plus d'un million de Français ont déjà contracté le coronavirus. Sans doute beaucoup plus si l'on prend en compte les non-homologués. C'est encore insuffisant pour que l'on puisse envisager une immunité collective, seule solution à ce jour, qu'on le veuille ou non,  pour en finir avec Covid 19. Dans un climat de précipitation, de confusion et de terreur savamment entretenue, un confinement partiel vient d'être à nouveau imposé.
  Voici donc pour aider modestement le passage de ces mauvais jours le retour de ce petit viatique.
 
 
                              6 bandes dessinées taurines 6
 
 

Got   L'arène noire   1990 
Le dessinateur du Baron noir nous donne un œuvre courte mais ambitieuse sur l'art taurin. l Très beaux dessins en noir et blanc.











Golo   La taverne des souvenirs imaginaires   1991
Résidant aujourd'hui au Caire mais natif de Bayonne, Golo, de son vrai nom Guy Nadaud, fait preuve dans cet album d'une connaissance approfondie de l'Espagne et de la culture taurine. Baroque, picaresque, foisonnante de vie, cette BD nous mène de Pampelune à Ronda et se termine par un bel hommage à Orson Welles. Indispensable.





Autheman   Place des hommes   1993
José Montes, ancien matador au passé trouble, revient à Arles, sa ville ntale où il a hérité d'un hôtel place du Forum. Un thriller violent et efficace.
 


 
 



Labiano - Jakupi   Matador   1994
Nous sommes dans l'Espagne des années 30, Manuel veut devenir matador. De la bonne BD classique qui ne cherche pas à éviter les clichés.






Flao - Dabitch   Mauvais garçons   2009
Dès les premiers dessins, Manuel torée ...un chien. Cette BD, magnifiquement dessinée, est en fait un hymne au flamenco comme chant et comme mode de vie. Un chef d'œuvre !







Fernandez - Lopez Poy   Matador   2014
A travers la vie de Lorenzo Pascual "Belmonteño", matador de toros né à Belves de los Montes (Zamora) dans les années 20, les auteurs nous donnent à voir les épreuves que doit surmonter un modeste matador dans l'Espagne des années 30 et 40. A découvrir. 






Toutes ces BD sont en vente en librairie ou sur internet.

Lien vers les viatiques précédents :

samedi 3 octobre 2020

Un souvenir de Sébastien Castella

    Après vingt ans de triomphes sur tous les ruedos de la planète taurine, Sébastien Castella a pris la décision d'arrêter sa carrière. Sage décision, qui vaut pour lui constat de réussite et pour nombre de ses compagnons exemple à suivre.
   Il est certain que, lorsque l'on possède le "palmarès" qui est le sien, on peut se permettre, comme il le fait dans son communiqué, de s'accorder un satisfecit justifié. Songeons que le Biterrois est le matador qui, au cours de ces vingt dernières années, a coupé le plus de trophées à Madrid, catedral del toreo (24 oreilles et 5 grandes portes).
   Lorsque j'ai appris la nouvelle de sa despedida, une image de lui m'est aussitôt venue à l'esprit. C'était le 15 août 1998 à Roquefort. A l'issue de la novillada non piquée matinale au cours de laquelle il avait coupé une oreille et laissé une bonne impression, le tout jeune Sébastien, accompagné de son équipe, est passé par hasard près de moi en regagnant le coche de cuadrilla. Ma surprise fut grande de l'entendre récriminer. Non pas contre les novillos, ni contre le public ou la présidence ... mais contre lui-même. Il n'était visiblement pas du tout satisfait de la manière dont il venait de toréer et tentait même, dans des gestes plus accomplis, de refaire sa faena. "Graine de torero", me suis-je alors simplement dit. 



 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  
photo Juan Pelegrin

Sur L'œil contraire :
   Une photo : Sébastien Castella (la première salida a hombros de Madrid), 2007
   Un livre : Cadeau, 2012

mardi 29 septembre 2020

Une corrida à Dax

  


  "Une corrida à Dax", ce titre est en soi un miracle puisqu'il s'agit de la seule et unique corrida de toros donnée en cette année 2020 dans notre Sud Ouest. Il faut donc une nouvelle fois féliciter les élus et les responsables taurins dacquois pour l'organisation parfaite de cette journée taurine. L'aficion saura s'en souvenir. Et stigmatiser l'attitude des responsables de Bayonne et de Mont-de-Marsan, cités voisines et rivales, incapables d'organiser dans leurs arènes le moindre évènement alors qu'en ce mois de septembre tout était possible, Dax en a administré la preuve. Les quatre mille places mises en vente emportées en trois jours étant la meilleure réponse que l'aficion pouvait faire.
   Le temps froid et venteux, digne d'une journée hivernale, le comportement décevant des toros et de deux des toreros n'ont pas permis que cette journée soit un plein succès. Ainsi vont les choses taurines.

Les Pedraza de Yeltes
   Les courses données par la ganaderia en cette même plaza avaient placé la barre des attentes très haut, la déception n'en fut que plus grande. Ce que l'on attend avant tout de cet élevage c'est un grand combat à la pique. Or, à l'exception du premier novillo (on y croyait encore), aucun des pedrazas lidiés ne put atteindre la troisième pique. Un problème de poder, inhabituel dans l'élevage, des trébuchements à répétition et autres boiteries les ont empêchés de donner leur pleine mesure et toreros et présidences ont stoppé le premier tercio après deux piques (une seule pour le deuxième novillo) sans que l'on puisse trouver à y redire. En revanche, dans la limite de leur poder, tous firent preuve d'une belle franchise au troisième tiers. En somme, un lot, dont la présentation était de plus irréprochable, tout à fait convenable pour une corrida commerciale habituelle de sang domecq ... mais on attend tellement plus des Pedraza !

La novillada matinale
   Dès le matin, les novillos avaient donné le ton de la journée avec un premier handicapé d'une patte avant, un second piqué une seule fois et un quatrième, certes honoré d'une vuelta pour avoir été un très bon novillo de troisième tiers, mais n'ayant pris qu'une pique et un picotazo.
   Maxime Solera ne put rien montrer de positif face au novillo handicapé, très vite réfugié aux tablas.
   Francisco Montero (une oreille) possède une vraie et belle personnalité de torero, alternant les passages classiques et templés et les moments de pur trémendisme. Il avait accueilli son novillo par trois farols de rodillas donnés avec le capote de paseo. Un phénomène !
   El Rafi (une oreille) a incontestablement de l'allure. De la technique aussi qui lui permet un bon début de faena, mais lorsqu'il s'agit d'approfondir son toreo il y a quelque chose qui ne vient pas et son travail reste inabouti. "Elève Raucoule, vous avez des possibilités mais vous devez encore travailler'', pourrait lui dire un vieil instituteur.
   Face à Portico, novillo plein de feu au troisième tiers, José Fernando Molina (une oreille) fut la révélation de la matinée. Belle faena, bien liée, de bon goût. Le jeune homme manqua un peu d'assurance pour donner des séries plus longues qu'aurait permises le novillo, mais à ce stade et en ayant si peu toréé la faute est vénielle.

La tarde, les matadors
   Heureusement il y avait Daniel Luque. Placement juste, tempo parfait, muletazos profonds face à un toro anodin au départ mais qui va a mas, mis en appétit par une muleta si persuasive (une oreille). Malheureusement son second adversaire, handicapé de l'avant train, ne permit pas au Sévillan de redondear la tarde.
   Lopez Simon touche un remplaçant en or (le titulaire s'est cassé la corne sur le premier burladero qu'il a rencontré). Chaque fois que je le vois, ce garçon me met terriblement mal à l"aise. Si l'on devait inventer un robot torero il prendrait à coup sûr la forme de ce Lopez Simon, ni bon, ni mauvais, formule parfaite d'une tauromachie désincarnée.
   Alvaro Lorenzo a constitué une grosse déception. Passe encore face au troisième mollasson, mais le dernier offrait quelques possibilités. Le public l'a bien senti qui l'a un moment soutenu, hélas, sans sitio ni dominio, le Tolédan a finalement rendu copie blanche, à quoi il faut rajouter une mise à mort calamiteuse.
   La mode est, en fin de faena, au jeter de l'épée sur le sable suivi d'un pénible épisode de passes embrouillées et sans saveur. Aucun torero ne nous a épargné ce moment, et dans ce domaine Lorenzo a battu avec le sixième les records du ridicule.

   La temporada 2021 ne sera pas pire.

dimanche 20 septembre 2020

Nîmes















Vendredi 18 septembre    Nîmes    arènes romaines
beau temps
entrée limitée en raison de la crise du coronavirus

Cinq toros de Victoriano del Rio et un de Toros de Cortes (3ème), très bien présentés et bons (12 piques, tous ovationnés à leur entrée en piste et à l'arrastre, vuelta au 3 Descreído) pour Enrique Ponce (une oreille, deux oreilles), Curro Díaz (salut, vuelta) et Emilio de Justo (une oreille, salut).

Il faut avant tout féliciter la ville de Nîmes pour avoir monté une feria importante en dépit des restrictions imposées par les autorités et de la peur instillée jour après jour auprès de la population.
En toute logique devant la rareté des opportunités de faire combattre son bétail, Victoriano del Rio avait visiblement envoyé sur le sable de l'amphithéâtre romain le meilleur de son élevage. Il ne s'est pas trompé. Six toros d'une présentation magnifique dont le déboulé en piste déclencha chaque fois l'ovation du public en raison de la perfection des formes et du sérieux de chaque toro. Et tous étaient également pourvus des qualités morales que l'on attend d'un toro de combat : bravoure qui s'exprima à plusieurs reprises par de longues poussées au cheval et noblesse. Et si les premier, second et quatrième avaient possédé un peu plus de poder, le qualificatif d'exceptionnel n'eût pas été galvaudé pour qualifier le lot.
Après trente années d'alternative passées au plus haut niveau, Enrique Ponce possède encore et toujours une soif de triomphe et une qualité de toreo qui continuent à subjuguer les publics ... et les toros. Douceur et temple alliés à une précision d'horloger et à un mando parfait, élégance jamais démentie : les arguments du maître valencien lui ont permis de marquer une nouvelle fois de son empreinte les arènes de Nîmes. De ses faenas, parfaitement construites et de répertoire large, on retiendra les doblones initiaux, les droitières qui soumettent la charge, l'harmonie des changements de main et le point d'orgue des naturelles citées d'un  mouvement du revers de la pointe de la muleta.
La tâche n'en était que plus ardue pour ses compagnons de cartels. Curro Díaz réalisa toutefois au cinquième un début de faena par trincherazos et pases de la firma de toute beauté. Il tua chaque fois en plusieurs épisodes.
Emilio de Justo commença la course de mauvaise manière en se faisant vilainement prendre par le second lors d'un quite. On peut mettre ensuite à son débit un mauvais geste. Après que son premier adversaire, l'excellent Descreído, eut pris une magnifique première pique ovationnée et alors que le toro était parfaitement placé au centre de la piste pour un second assaut que le public savourait d'avance, il le rapprocha du cheval pour une rencontre devenue de ce fait ordinaire. Manque de respect blâmable pour le toro et pour le public. Pour le reste, face à deux toros encastés, il se montra vaillant et sincère, mais pas toujours efficace épée en main.
Ainsi ai-je vu ma première corrida de la temporada.

  

jeudi 17 septembre 2020

Miettes

 La crise du coronavirus a réduit les activités sociales et culturelles à si peu de choses que l'aficionado a los toros a dû se résoudre à picorer quelques miettes ici ou là. Pour votre serviteur, à ce jour, quatre spectacles dont deux vus à la télé.

 

Dimanche 19 juillet   Avila   corrida vue sur CMM (Castilla La Mancha Media)

 Les toros d'Adolfo Martin laissent une très bonne impression et permettent aux trois matadors (Octavio Chacon, Morenito de Aranda, Gomez del Pilar) de montrer leur valeur, en particulier del Pilar en net progrès, m'a-t-il semblé. Plusieurs des Adolfo lidiés ce jour étaient prévus pour Mont-de-Marsan, ce qui me donne l'occasion de déplorer la pusillanimité (en langage taurin macho : le manque de cojones) des responsables montois, incapables d'organiser le moindre spectacle taurin au Plumaçon cette année.


Dimanche 30 août   Añover de Tajo   corrida vue sur CMM

Les toros portugais de Murteira Grave constituent une excellente surprise. Puissants, nerveux, mobiles, ils se partagent entre trois mansos difficiles et trois braves offrant de belles possibilités. Sergio Serrano est étonnamment calme malgré son peu de pratique. Juan Leal passe largement à côté du sujet. Il accumule les erreurs : faena interminable au 2,  puis il ne fait pas assez piquer le 5, un dur à cuire. Ce garçon est-il bien conseillé ? José Garrido torée remarquablement de cape et triomphe avec le bon sixième.


Mardi 1 septembre   Vieux-Boucau   course landaise mixte

A partir de la mi-juillet les arènes de Vieux-Boucau ont donné deux fois par semaine, comme chaque été, leurs traditionnelles courses mixtes destinées aux touristes. Course landaise en première partie, jeux taurins pour amateurs ensuite. L'enthousiasme du public tout au long du spectacle faisait plaisir à voir. Ce jour, devant les vaches de Dargelos (choisies parmi les plus faciles, comme il se doit pour ce genre de course), la cuadrilla Lilian Garanx, composée de vieilles gloires et de jeunes promesses, donna le meilleur d'elle-même. 


Dimanche 13 septembre   Captieux   fiesta campera

La Coordination des Associations Taurines de la Gironde avait organisé cette fiesta campera afin de ne pas laisser la Gironde, pointe septentrionale de la géographie taurine, sans toro après l'annulation au printemps de la novillada de Captieux et de la corrida de La Brède. Une situation exceptionnelle qui valait bien un soutien malgré le peu d'intérêt que présente à mes yeux ce type de spectacle taurin.

Le premier novillo buvait le leurre et Julien Lescarret, silhouette inchangée, buvait du petit lait en le toréant ... jusqu'à l'estocade qui fut malheureuse.

Clemente m'avait séduit il y a quelques années de cela alors qu'il débutait en novillada piquée dans ces mêmes arènes. Il est aujourd'hui matador de toros et, face à un novillo pastueño à l'extrême, il a pu montrer toutes ses qualités : un toreo con arte et temple basé sur un répertoire varié. A lui de ne pas laisser échapper les opportunités - quelles qu'elles soient - qui, on l'espère, ne manqueront pas de se présenter.

Clément Hargous, novillero débutant, fit preuve d'autorité avec la main droite et laissa la meilleure estocade de la matinée.

Les qualités de noblesse des novillos de Jean François Majesté ''La Espera" (origine domecq) étaient tout à fait adaptées au spectacle de ce jour, mais attention, sans le soutien d'un poder plus important ce genre de bétail, on ne le sait que trop, génère bien souvent l'ennui.

Puisque cette journée était placée sous le signe de l'aficion girondine et des toreros girondins, je voudrais évoquer le meilleur d'entre eux. José Cubero ''Yiyo'' aurait eu 56 ans cette année et le maestro prestigieux qu'il serait devenu aurait pu honorer de sa présence cette journée si le 30 août 1985, à Colmenar Viejo, Burlero de Marcos Nuñez n'en avait décidé autrement. Grandeur et tragédie de la tauromachie. A quelques encablures de l'ancienne ganaderia d'Angel Ruiz où il donna ses premières passes, l'esprit du Yiyo dominait cette journée.

 

dimanche 30 août 2020

A défaut de toros ...

... on a voyagé au pays des vaches.

La Hollande d'abord où la densité humaine est la plus élevée d'Europe ... mais où la densité bovine doit aussi battre tous les records.



 

 

 

 

 

 

Grâce à l'eau qui tombe du ciel et à celle qui, en tous lieux, partage les terres, les pâturages y sont toujours gras et verts, et ce pays bas fait figure de véritable paradis pour la gent bovine.

Quoique, à y regarder de plus près, lorsque l'on voit les vaches Holstein traîner leur pis surdimensionné par la sélection génétique et tendu par les dizaines de litres de lait qu'il peut contenir on se dit que le sort des vaches braves espagnoles sur leurs terres sèches et austères, est bien préférable.

 

A Delft, l'ancienne Halle des bouchers :






Dans le Cantal - autre lieu de pérégrination estivale - on se plaît aussi à rendre hommage à la race bovine. Ici la fontaine de Montgreleix met en valeur la belle tête des vaches Salers : 













 

La race Salers originaire du Cantal est d'un trapío sans pareil : robe acajou, poil long, cornes en lyre, tamaño imposant, le tout donnant une impression de puissance et de sauvagerie.











Peut-être ont-elles une origine commune avec les fameux toros Jijon, eux aussi de couleur rouge, sélectionnés au XVIIè siècle par Juan Sanchez Jijon parmi les troupeaux sauvages de La Mancha et des monts de Tolède.

C'est bien sûr avec leur lait que l'on fabrique le célèbre fromage du même nom. Il faut savoir que les vaches Salers ne se laissent traire qu'en présence de leur veau. Un signe de sauvagerie que contredit leur comportement considéré par ailleurs comme très pacifique. Dommage !

lundi 17 août 2020

Relativiser

 Les voyages forment la jeunesse, dit-on. Ils permettent surtout, et cela à tout âge, de relativiser ce que nous vivons dans notre petit univers et de constater à quel point la parole de Pascal est aujourd'hui encore pertinente en dépit de l'accélération récente de la mondialisation : "Vérité en deçà de Pyrénées, erreur au delà".


Cette photo a été prise le 23 juillet dernier dans le marché couvert de Rotterdam. Aux Pays-Bas, à l'exception des transports publics où son port est obligatoire, personne ne se risque à porter un masque, ni dans les rues, ni à l'intérieur des espaces publics, comme on peut le voir sur la photo. Et pourtant, ce sage pays au sens civique affirmé n'est pas constitué de citoyens irresponsables. Mais les citoyens hollandais, malgré le tribut qu'ils ont payé comme les autres au covid 19 ce printemps dernier, ne sont visiblement pas victimes de la paranoïa qui atteint nombre de pays européens. Sans doute une forme de confiance en soi et de lucidité. 

On nous abreuve en effet en permanence de chiffres de contamination qui remontent. A vrai dire on est étonné qu'ils ne soient pas plus importants compte tenu d'une part du brassage des populations européennes depuis la fin du confinement et le début des vacances d'été, d'autre part du nombre considérable de tests réalisés quotidiennement depuis que ceux-ci sont disponibles. Ce que l'on oublie en revanche de préciser, c'est que le nombre de cas graves, d'hospitalisations, de personnes en réanimation, de morts sont en baisse continuelle et ont atteint un niveau très faible. Faits qui, s'ils devaient se confirmer dans les jours  prochains, montreraient que le coronavirus est en train de devenir un tigre de papier !

     - données officielles françaises

     - statistiques du journal Le Monde


Ce préambule pour essayer de comprendre la situation taurine en cette fin du mois d'août. On aurait pu penser que la fin du confinement ait conduit à un retour progressif de l'organisation  de novilladas et de corridas dans les principales arènes de France et d'Espagne. Il se serait agi de montrer son aficion, son attachement à la cause taurine, et, ce n'est pas le moindre des arguments, de permettre aux ganaderos de faire lidier leurs toros, aux toreros d'exercer leur profession à un moment où un gouvernement espagnol gangrené par la mouvance antitaurine dénie aux subalternes tous droits sociaux.

Au lieu de cela, dans le Sud Ouest, région pourtant largement épargnée par le virus, le néant total. Un déballonage sans vergogne ! C'est un peu mieux dans le Sud Est, avec quelques réussites exemplaires et quelques projets sérieux, mais en Espagne silence de mort dans toutes les grandes arènes. Et, au moment où un mouvement se dessinait en faveur d'une lente reprise, un coup de poignard dans le dos des aficionados a été porté par ceux qui dans leurs discours démagogiques disaient soutenir la tauromachie. A savoir la coalition au pouvoir en Andalousie (PP + Vox) qui vient d'imposer un mètre et demi de séparation dans les arènes mettant ainsi fin à toute possibilité d'organiser un spectacle dans les provinces andalouses.

Pendant ce temps le Puy du Fou réussit à mettre 12 000 spectateurs dans ses "arènes" pour des pitreries pour touristes. Vérité en deçà des Pyrénées ...

jeudi 13 août 2020

Roquefort, la saga des Isaías y Tulio Vázquez

 

Pas de novillada cet été à Roquefort, tout comme dans les autres plazas du Sud Ouest. Un vide abyssal qui ne laisse pas d'inquiéter sur l'état de prostration de l'aficion de la région. En organisant une course landaise le samedi 8 août (ganaderia Armagnacaise, cuadrilla Gaëtan Labaste), le Comité des Fêtes a néanmoins permis que le sable de la Monumental des Pins vibre au galop de bêtes à cornes en cette triste année 2020.


Dans les années 50, les organisateurs roquefortois créèrent l'évènement en présentant en France le fer réputé des frères Isaias y Tulio VAZQUEZ. C'est le samedi 15 août 1953 qu'eut lieu cette présentation avec un lot au trapío magnifique. Elle attira de nombreux aficionados de toute la région ainsi que du Sud Est, sevrés du combat de véritables toros de lidia. Il faut rappeler qu'à cette époque, les toros qui sortaient en corrida n'étaient trop souvent que des novillotes. Ainsi les toros de La Corte toréés à Nîmes le 27 septembre de cette même année donnèrent un poids moyen en canal de 226 kg (soit 377 kg en vif). Les novillos de Tulio Vazquez de Roquefort pesèrent quant à eux 275 kg (459 kg en vif). Cherchez l'erreur ! Cette novillada ainsi que les trois autres du même fer lidiées en 1956, 1957 et 1958 contribuèrent à la renommée toriste de la plaza de Roquefort-des-Landes, renommée qui s'est maintenue jusqu'à aujourd'hui. Les quatre novilladas ont laissé des traces profondes dans la mémoire locale à tel point que, durant mon enfance et mon adolescence, l'évocation du combat des "terribles Tulio Vazquez" revenait sans cesse dans les récits des aficionados du cru. La réalité se transformait peu à peu en légende. Ainsi se crée l'aficion. 

 

 1953


 Le premier novillo donne le ton et marque les esprits : à sa sortie, il démonte la porte et pénètre dans le callejon, créant ainsi une panique totale. Tous seront magnifiquement présentés, puissants, durs. Ils prendront 24 piques pour une chute. Le plus brave sera le troisième qui va a mas en 5 piques puis passe bien au troisième tiers avec vigueur et rapidité mais en donnant de très forts coups de tête. Les second et cinquième seront mansos.

Les nombreuses piques prises et l'allant des bichos permirent aux trois novilleros d'intervenir lors des quite avec brio et variété. Ce fut pour les toreros le seul moment où ils surent se montrer à leur avantage car leur faible bagage et leur manque de confiance ne leur permirent pas de briller au troisième tiers, ni lors de la faena, ni pour la mise à mort.

Le Mexicain Alfredo LEAL (silence, vuelta) remplaçait Miguel Ortas, porté pâle. Manolo SEVILLA (silence, vuelta) est brillant avec cape et banderilles mais complètement dépassé par la suite. Le Basque Manuel CHACARTE a du mal à maitriser ses adversaires mais il plait au public par sa vaillance (vuelta, ovation).


1956

 

Trois années plus tard, le 12 août 1956, les novillos d'Isaias y Tulio Vazquez foulent à nouveau le sable de l'ovale roquefortois. La course est encore supérieure à celle de 1953. Les six Tulio vont prendre 36 piques pour une chute. "Les tigres cornus des frères Vazquez ont combattu en vraies fieras. De ce fait cette novillada très 1900 a été vivante, animée et surtout émouvante de bout en bout : les aficionados recherchant la lutte âpre, dure, sont sortis ravis de cette petite arène placée sous le signe du taureau", écrira Raymond Massoutier dans Toros. Pour Refilon de la dépêche du Midi, "Les frères Vazquez avaient envoyé un lot de toros comme on en voit rarement dans les grandes corridas. Tous furent braves et nerveux, de pattes solides et puissants, mettant en évidence leur caste extraordinaire dans leurs nombreux contacts avec la cavalerie."

De leur côté, les hommes s'arriment jusqu'au bout. Mariano Martin "CARRILES" (une oreille, vuelta), Antonio VERA (division d'opinions, une oreille) et le Vénézuélien Antonio ALBERTO (ovation, vuelta) accompagneront à la fin de la course le mayoral de l'élevage au cours de son tour de piste. On notera que le grand banderillero Luis Gonzalez, au service d'Antonio Alberto, a posé de magnifiques paires de banderilles.


1957

Un toro a été tué dans les corrals par ses congénères. Il sera remplacé par un Fermin Bohorquez. Les cinq Tulio prennent 35 piques pour 3 chutes au cours de tercios de piques durs et d'une grande animation. Ils partent de loin vers les montures, poussent arc-boutés jusqu'à la barrière et tout cela n'entame pas la fougue des novillos. Malgré des lidias désordonnées, quatre d'entre eux furent parfaitement toréables et le troisième eut droit à une vuelta al ruedo.

Manolo SEGURA coupera une oreille à chacun de ses adversaires. Manolo BLAZQUEZ eut quelques détails à la cape mais il subira deux désastre à la muleta et à l'épée. Quant à Antonio COBO il coupera l'oreille du troisième et ne put rien faire devant le sobrero de Bohorquez, manso.


1958

Encore un lot d'une grande puissance qui permet des tercios de pique d'anthologie. "Le comportement (insolite de nos jours) des Vazquez est bien fait pour promouvoir la grande joie de l'aficionado (toriste par définition) ... Il peut à loisir vanter les mérites des toros d'Isaias y Tulio Vazquez et chanter leur bravoure mise à l'épreuve par 42 coups de pique, ainsi que leur puissance responsable de 5 chutes, quelque peu anachroniques" (Paul Montastruc, Toros).

Hélas ce fut l'échec du côté des hommes. Seul Luis ORTEGA coupera une oreille au troisième, honoré d'une vuelta. Miguel Mateo "MIGUELIN", à quelques jours de l'alternative est peu enclin à se battre et le Portugais Armando SOARES écoutera deux broncas à la suite de ses désastres à l'épée.


Ainsi en quatre après-midis les pensionnaires d'Isaias y Tulio Vazquez ont montré ce que pouvaient être de véritables toros de combat. Des animaux bien présentés, en pointes, puissants et nerveux, dotés d'une bravoure qui permet des tercios de pique d'une grande intensité. En outre, au delà des difficultés inhérentes à leur condition de toros braves et puissants, ces novillos furent majoritairement toréables, permettant aux toreros de montrer toute leur valeur lorsqu'ils en avaient. Ils ont enchanté aficionados et grand public par l'émotion que provoquait leur combat et laissé des souvenirs inoubliables à ceux qui ont eu la chance d'assister à ces novilladas.

 

Les Tulio Vazquez reviendront à Roquefort en 2003 à l'occasion du cinquantenaire de leur présentation. Il s'agissait d'une novillada non piquée et les quatre érals, aux lignes magnifiques malgré leur jeune âge, eurent un comportement des plus intéressants, manifestant pour certains beaucoup de caste. Antonio Joao Feirrera et Ambel Posada coupèrent chacun une oreille.

Aujourd'hui la ganaderia, une des rares de la cabaña brava à être issue du prestigieux sang Garcia Pedrajas, ne fait plus beaucoup parler d'elle. Après avoir comblé les aficionados jusque dans les années 90, l'élevage est entré dans un long bache. Récemment les héritiers des frères Vazquez ont rafraichi le sang avec du bétail d'origine Yerbabuena (encaste Garcia Pedrajas également) et peut-être un jour la bravoure des Tulio Vazquez inondera-t-elle à nouveau de lumière les ruedos de France et d'Espagne.

 


Sources :

revue Toros (année 1953)

Bernard Carrère, Histoire et évolution de la tauromachie à Roquefort-des-Landes, UBTF, 1980

 

Sur la ganaderia :  

Terre de Toros