Los golfos (Les voyous en français) est le premier long métrage de Carlos Saura. C'est un film passionnant à plus d'un titre. Tout d'abord pour ses pures qualités cinématographiques. Le film a été tourné entièrement en décor naturel, avec des acteurs non-professionnels, à la manière des films néo-réalistes italiens et le résultat est à la hauteur des prestigieux maitres d'outre-méditerranée. Ensuite pour le précieux témoignage qu'il nous donne du Madrid de la fin des années cinquante (il a été tourné en 1959). Bien loin de l'Espagne de pandereta qu'à la même époque promeut dans le monde entier la série des Joselito, Carlos Saura nous montre, sin trampa ni carton, la vie d'un groupe de jeunes qui habitent dans cette zone de la banlieue qui hésite entre urbanisation et campagne et où vivent pauvres et déracinés. On y voit aussi l'impressionnante fourmilière humaine du marché de gros de Legazpi, la salle de bal du cinéma Salamanca (aujourd'hui transformée en centre commercial), un club de jazz très "parisien" et, pour la séquence finale, les anciennes arènes de Vista Alegre. En effet, Juan, l'un des jeunes protagonistes du film, veut devenir matador et c'est pour l'aficionado une source d'intérêt supplémentaire. Il y a, en particulier, une très belle scène d'entrainement tournée à la Casa de Campo. Tout le film se construit autour de ce projet qui va fédérer le groupe et alimenter les rêves de richesse de chacun. Il s'agit de trouver le financement qui va permettre à Juan de débuter en novillada. Tous les moyens - surtout les pires- seront bons. On voit à quel point les apprentis toreros de cette époque sont seuls, à la merci d'organisateurs sans scrupules et l'on prend conscience, a posteriori, du progrès qu'a constitué, bien des années plus tard, la création des écoles taurines. La novillada finale et la mort du novillo, filmées sans complaisance, peuvent être vues comme la métaphore de la difficulté pour les artistes de parvenir à leurs fins. Carlos Saura en sait quelque chose qui tourna avec peu de moyens et dut se débattre, avant et après le film, avec la censure franquiste. Finalement le film sera montré au festival de Cannes où il fut apprécié mais sa sortie sur les écrans espagnols n'eut lieu qu'en 1962, de manière très confidentielle et amputé de dix minutes (les mécanismes de censure sont très bien mis en lumière dans les bonus du dvd édité par Blaq out).
jeudi 17 novembre 2016
jeudi 10 novembre 2016
Bilan 2016
Ma corrida rêvée
6 toros de Victorino Martin 6
Enrique Ponce - Curro Díaz - José Garrido
Il est un peu énervant, Enrique Ponce, a être toujours au premier plan après plus de vingt-cinq ans de triomphes sur tous les points de la planète taurine. On connait ses défauts, les facilités qu'il se donne dans son toreo, mais, face à un toro récalcitrant, il n'y en a pas un, dans l'escalafon, qui lui arrive à la cheville.
Curro Díaz a sans doute connu sa temporada la plus complète depuis son alternative en 1997. Il a affronté avec succès les devises les plus redoutées et a triomphé à Madrid. Lui aussi a ses défauts -une réticence à se croiser - mais quel art et quel pundonor durant toute cette saison! On rêve de le voir à ce niveau pendant dix ans encore...
De tous les jeunes toreros qui ont enfin pu, cette année, s'immiscer dans les cartels dont les figures avaient jusqu'à présent réussi à les écarter, José Garrido m'est apparu comme le plus consistant. Sur le sable de Bilbao, son combat face à l'impressionnant Barbadura de Torrestrella (le meilleur toro de ma temporada) en témoigne. Ce jour-là, en revanche, Lopez Simon, bien aidé par les manigances de son apoderado, s'est effondré et Roca Rey, la révélation du début de temporada, avait été contraint de jeter l'éponge après deux KO successifs les jours précédents.
Malgré leur fausse note de Bilbao, les Victorino Martin ont connu une excellente temporada. Une excellente saison, oui vraiment, mais je remarque qu'il y a eu trois toros indultés (Séville, Calasparra, Illescas). Trois toros indultés, c'est plus que chez Nuñez del Cuvillo (1), Domingo Hernandez "Garcigrande" (1) et Juan Pedro Domecq (0) réunis. Faut-il en tirer des conclusions sur l'évolution de l'élevage? A chacun de se faire un jugement ... sans oublier de mettre dans la balance les alimañas de Vic.
Un élevage qui ne connait pas de problème d'indulto, c'est celui de Dolores Aguirre. Dans le panorama sinistré des élevages toristes il s'agit sûrement de l'un des plus intéressants et pourtant on le voit trop rarement. Mon rêve serait que, au cours des années qui viennent, dans les plazas françaises aussi bien que dans les grandes ferias espagnoles, les Dolores Aguirre trouvent vraiment leur place.
En hommage à Victor Barrio tué le 9 juillet en plaza de Teruel par le toro Lorenzo de Los Maños cette photo de Juan Pelegrin.
2015
6 toros de Victorino Martin 6
Enrique Ponce - Curro Díaz - José Garrido
Il est un peu énervant, Enrique Ponce, a être toujours au premier plan après plus de vingt-cinq ans de triomphes sur tous les points de la planète taurine. On connait ses défauts, les facilités qu'il se donne dans son toreo, mais, face à un toro récalcitrant, il n'y en a pas un, dans l'escalafon, qui lui arrive à la cheville.
Curro Díaz a sans doute connu sa temporada la plus complète depuis son alternative en 1997. Il a affronté avec succès les devises les plus redoutées et a triomphé à Madrid. Lui aussi a ses défauts -une réticence à se croiser - mais quel art et quel pundonor durant toute cette saison! On rêve de le voir à ce niveau pendant dix ans encore...
De tous les jeunes toreros qui ont enfin pu, cette année, s'immiscer dans les cartels dont les figures avaient jusqu'à présent réussi à les écarter, José Garrido m'est apparu comme le plus consistant. Sur le sable de Bilbao, son combat face à l'impressionnant Barbadura de Torrestrella (le meilleur toro de ma temporada) en témoigne. Ce jour-là, en revanche, Lopez Simon, bien aidé par les manigances de son apoderado, s'est effondré et Roca Rey, la révélation du début de temporada, avait été contraint de jeter l'éponge après deux KO successifs les jours précédents.
Malgré leur fausse note de Bilbao, les Victorino Martin ont connu une excellente temporada. Une excellente saison, oui vraiment, mais je remarque qu'il y a eu trois toros indultés (Séville, Calasparra, Illescas). Trois toros indultés, c'est plus que chez Nuñez del Cuvillo (1), Domingo Hernandez "Garcigrande" (1) et Juan Pedro Domecq (0) réunis. Faut-il en tirer des conclusions sur l'évolution de l'élevage? A chacun de se faire un jugement ... sans oublier de mettre dans la balance les alimañas de Vic.
Un élevage qui ne connait pas de problème d'indulto, c'est celui de Dolores Aguirre. Dans le panorama sinistré des élevages toristes il s'agit sûrement de l'un des plus intéressants et pourtant on le voit trop rarement. Mon rêve serait que, au cours des années qui viennent, dans les plazas françaises aussi bien que dans les grandes ferias espagnoles, les Dolores Aguirre trouvent vraiment leur place.
2015
mardi 1 novembre 2016
Les ganaderias de la famille Pérez-Tabernero aujourd'hui
Lorsque j'ai débuté en aficion, les anciens classaient les ganaderias en deux catégories. D'un côté, les élevages andalous, gages de caste et de sérieux, dont ils parlaient avec respect. A l'opposé, il y avait les élevages salmantins qui produisaient un toro commercial destiné aux vedettes et dont ils parlaient avec mépris. Aujourd'hui ces critères géographiques ne sont plus de mise mais la coupure entre deux catégories d'élevage est toujours bien réelle. Les grands élevages dynastiques du campo charro, dont les Pérez-Tabernero, ont quasiment tous périclité, victimes d'une part du decastamiento de leurs produits, conséquence logique de leur sélection vers toujours plus de facilité, d'autre part de la concurrence des élevages d'origine domecq qui, peu à peu, ont colonisé le créneau des corridas commerciales.
Si l'on consulte "l'annuaire" de l'UCTL on trouve encore beaucoup de ganaderias appartenant aux descendants de Fernando Pérez Tabernero, mais elles sont loin d'occuper le devant de la scène, beaucoup d'entre elles ne sont plus que des reliques sans éclat, témoins d'une époque de gloire qui semble aujourd'hui définitivement révolue.
J'ai recensé les élevages actuels en les classant par encastes.
1- origine Santa Coloma
Quatre élevages peuvent se prévaloir de l'encaste Santa Coloma en provenance du prestigieux élevage de Graciliano Pérez-Tabernero. Contrairement à ses frères et neveux, ce dernier a toujours cherché à produire des toros de grande caste ce qui fit qu'on surnomma les gracilianos les miuras de Salamanque.
Alipio Pérez-Tabernero
ancienneté : 1895
origine : Santa Coloma - Graciliano
propriétaire : Alipio Pérez-Tabernero Fariña
Après que la majorité du troupeau a été vendu à Rufino Calvo (Rio Grande) en 1990 il ne reste plus grand chose sous le fer d'Alipio.
Pilar Población del Castillo
ancienneté : 1944
origine : Santa Coloma - Graciliano
propriétaire : Julio Pérez-Tabernero Población (représentant)
En 2016 a lidié 24 reses en rejoneo
José Juan Pérez-Tabernero Población sans ancienneté
origine : Santa Coloma - Graciliano
propriétaire : José Juan Pérez-Tabernero Población (frère de Julio P-T Población)
Hoyo de la Gitana
sans ancienneté
origine : Santa Coloma - Graciliano
propriétaires : Ignacio, Joaquin et Fernando Pérez-Tabernero Silos
(fils d'Ignacio Pérez-Tabernero Sánchez)
En 2016 7 toros et 12 novillos ont été lidiés.
2- origine Murube Parladé
Antonio Pérez-Tabernero Sanchón fut le premier fils de Fernado à se défaire des Veragua×Miura dont il avait hérité. Des années 20 jusqu'aux années 60, sa volonté d'obtenir des toros au tempérament plus docile fit de lui un des ganaderos préférés des figures. Mais, malgré leur origine prestigieuse, le decastamiento qui en résulta conduisit les AP vers le néant. On ne les voit plus guère aujourd'hui qu'en non-piquée. Beau sujet de méditation pour nombre d'élevages actuels...

Antonio Pérez de San Fernando
ancienneté : 1907
origine : Murube Parladé Gamero Cívico Tamarón
propriétaires : Antonio et Manuel Pérez-Tabernero Angoso
Antonio Pérez Angoso
ancienneté : 1926
origine : Antonio Pérez de San Fernando - Montalvo
propriétaires : Antonio et Manuel Pérez-Tabernero Angoso
Mercedes Pérez-Tabernero Montalvo
ancienneté : 1982
origine : Antonio Pérez de San Fernando - Domecq
propriétaire : Guillermo Marín Pérez-Tabernero (représentant)
6 toros lidiés au cours de la présente temporada.
3- origine Domecq
Montalvo
ancienneté : 1926
origine : Domecq et Vicente Martinez
propriétaire : Juan Ignacio Pérez-Tabernero Sánchez
(fils de Juan María Pérez-Tabernero Montalvo)
De tous les élevages de la famille Pérez-Tabernero c'est incontestablement celui de Montalvo qui s'en sort le mieux. Cette année, 38 toros ont été vendus, la plupart dans des arènes de 1ère ou de 2ème catégorie. Bien sûr leur origine Domecq y est sans doute pour quelque chose. Mais la particularité de la ganaderia est de posséder encore quelques traces de son origine Vicente Martinez (donc plus anciennement Jijon). Pour preuve le toro Brivon récompensé par une vuelta lors de la dernière feria de Salamanque et dont le pelage berrendo en negro aparejado est typique des anciens Martinez.
4- origine Atanasio Fernandez
Javier Pérez-Tabernero Martín
ancienneté : 2000
origine : Atanasio Fernandez
propriétaire : María Concepción Clemares Pérez-Tabernero
(représentante)
Juan Pérez-Tabernero Martín
ancienneté : 2003
origine : Atanasio Fernandez
propriétaire : Juan Pérez-Tabernero Martín
(fils d'Alipio Pérez-Tabernero Sánchez)
Pour en savoir plus sur la famille Pérez-Tabernero : El blog de la bodega El Toreo
Si l'on consulte "l'annuaire" de l'UCTL on trouve encore beaucoup de ganaderias appartenant aux descendants de Fernando Pérez Tabernero, mais elles sont loin d'occuper le devant de la scène, beaucoup d'entre elles ne sont plus que des reliques sans éclat, témoins d'une époque de gloire qui semble aujourd'hui définitivement révolue.
J'ai recensé les élevages actuels en les classant par encastes.
1- origine Santa Coloma
Quatre élevages peuvent se prévaloir de l'encaste Santa Coloma en provenance du prestigieux élevage de Graciliano Pérez-Tabernero. Contrairement à ses frères et neveux, ce dernier a toujours cherché à produire des toros de grande caste ce qui fit qu'on surnomma les gracilianos les miuras de Salamanque.
Alipio Pérez-Tabernero ancienneté : 1895
origine : Santa Coloma - Graciliano
propriétaire : Alipio Pérez-Tabernero Fariña
Après que la majorité du troupeau a été vendu à Rufino Calvo (Rio Grande) en 1990 il ne reste plus grand chose sous le fer d'Alipio.
Pilar Población del Castillo
ancienneté : 1944origine : Santa Coloma - Graciliano
propriétaire : Julio Pérez-Tabernero Población (représentant)
En 2016 a lidié 24 reses en rejoneo
José Juan Pérez-Tabernero Población sans ancienneté
origine : Santa Coloma - Graciliano
propriétaire : José Juan Pérez-Tabernero Población (frère de Julio P-T Población)
Hoyo de la Gitana
sans ancienneté
origine : Santa Coloma - Graciliano
propriétaires : Ignacio, Joaquin et Fernando Pérez-Tabernero Silos
(fils d'Ignacio Pérez-Tabernero Sánchez)
En 2016 7 toros et 12 novillos ont été lidiés.
2- origine Murube Parladé
Antonio Pérez-Tabernero Sanchón fut le premier fils de Fernado à se défaire des Veragua×Miura dont il avait hérité. Des années 20 jusqu'aux années 60, sa volonté d'obtenir des toros au tempérament plus docile fit de lui un des ganaderos préférés des figures. Mais, malgré leur origine prestigieuse, le decastamiento qui en résulta conduisit les AP vers le néant. On ne les voit plus guère aujourd'hui qu'en non-piquée. Beau sujet de méditation pour nombre d'élevages actuels...

Antonio Pérez de San Fernando
ancienneté : 1907
origine : Murube Parladé Gamero Cívico Tamarón
propriétaires : Antonio et Manuel Pérez-Tabernero Angoso
Antonio Pérez Angoso
ancienneté : 1926origine : Antonio Pérez de San Fernando - Montalvo
propriétaires : Antonio et Manuel Pérez-Tabernero Angoso
Mercedes Pérez-Tabernero Montalvo
ancienneté : 1982
origine : Antonio Pérez de San Fernando - Domecqpropriétaire : Guillermo Marín Pérez-Tabernero (représentant)
6 toros lidiés au cours de la présente temporada.
3- origine Domecq
Montalvo
ancienneté : 1926
origine : Domecq et Vicente Martinez
propriétaire : Juan Ignacio Pérez-Tabernero Sánchez
(fils de Juan María Pérez-Tabernero Montalvo)
De tous les élevages de la famille Pérez-Tabernero c'est incontestablement celui de Montalvo qui s'en sort le mieux. Cette année, 38 toros ont été vendus, la plupart dans des arènes de 1ère ou de 2ème catégorie. Bien sûr leur origine Domecq y est sans doute pour quelque chose. Mais la particularité de la ganaderia est de posséder encore quelques traces de son origine Vicente Martinez (donc plus anciennement Jijon). Pour preuve le toro Brivon récompensé par une vuelta lors de la dernière feria de Salamanque et dont le pelage berrendo en negro aparejado est typique des anciens Martinez.
4- origine Atanasio Fernandez
Javier Pérez-Tabernero Martín ancienneté : 2000
origine : Atanasio Fernandez
propriétaire : María Concepción Clemares Pérez-Tabernero
(représentante)
Juan Pérez-Tabernero Martín ancienneté : 2003
origine : Atanasio Fernandez
propriétaire : Juan Pérez-Tabernero Martín
(fils d'Alipio Pérez-Tabernero Sánchez)
Pour en savoir plus sur la famille Pérez-Tabernero : El blog de la bodega El Toreo
dimanche 16 octobre 2016
Hoyo de la Gitana : histoire
Hoyo de la Gitana fait partie des fers appartenant à la famille Pérez-Tabernero qui est avec les Galache et les Cobaleda l'une des grandes familles ganaderas (de bravo) du Campo Charro. Entre les différents prénoms, les différents encastes élevés, les héritages, il n'est pas toujours facile de s'y retrouver et on peut parfois avoir l'impression de tourner en rond. J'ai essayé d'établir la filiation de Hoyo de la Gitana en 4 étapes plus un bonus.
1- Tout commence avec Fernandez Pérez Tabernero (1847-1909), le père créateur. Il achète du bétail au duc de Veragua qu'il croise avec un semental de Miura. En 1895 il acquiert l'ancienneté à Madrid. Mais en 1920 Graciliano Pérez-Tabernero Sanchón, le fils aîné se défait des toros dont il a hérité de son père. Il reconstitue la ganaderia avec vaches et toros achetés au comte de Santa Coloma.
2- Devant le succès de Graciliano, son frère cadet Alipio refonde sa propre ganaderia, issue de l'héritage paternel, avec les santacolomas de Graciliano.
fer d'Alipio Pérez-Tabernero
3- En 1958 Ignacio Pérez-Tabernero Sánchez, l'un des fils d'Alipio, reçoit une partie de l'élevage de son père. Il maintient l'origine Graciliano qu'il "rafraichit" durant les années soixante avec des sementals de Joaquin Buendía.
fer d'Ignacio Pérez-Tabernero
4- A la mort d'Ignacio en 1992, ses fils maintiennent la ganaderia en restant fidèles à l'origine santacoloma. A partir de 2000 ils décident d'annoncer la ganaderia sous le nom Hoyo de la Gitana.
fer de Hoyo de la Gitana
Pour résumer, l'élevage Hoyo de la Gitana est actuellement la propriété de Ignacio, Joaquin et Fernando Pérez-Tabernero Silos, fils de Ignacio Pérez-Tabernero Sánchez, petits-fils de Alipio Pérez-Tabernero Sanchón, arrière-petits-fils de Fernando Pérez Tabernero créateur de la saga en 1884.
On notera au passage que l'usage du trait d'union entre Pérez et Tabernero a permis de réunir les deux apellidos en un seul et a ainsi évité la disparition du nom Tabernero qui, sans ce subterfuge, aurait dû laisser la place au nom de l'épouse dès la deuxième génération. Ainsi les trois frères propriétaires de l'élevage sont des Pérez-Tabernero par leur père et des Silos par leur mère.
NB Mais comme rien n'est simple dans le monde des toros, le nom Hoyo de la Gitana (le trou de la gitane) qui est le nom d'un des lieux de la finca, avait été utilisé par Alipio Pérez-Tabernero lorsqu'il créa en 1939 un élevage (de même origine Graciliano) afin de faciliter sa succession. Mais après que Cucharero eut tué José Falcon le 11 août 1974 dans les arènes de Barcelone, son fils Fernando, qui avait hérité de l'élevage, décida de l'appeler désormais Pilar Población del Castillo.
fer de Pilar Población del Castillo
Pour en savoir plus :
- le site internet de la ganaderia
- Terre de Toros
- El Chofre : Pérez-Tabernero, un apellido de légende
dimanche 9 octobre 2016
Retour en photos sur la corrida montoise de Victorino
Alberto Lamelas, pour une fois, eut droit à une douceur
Geste de Baptiste Bordes, 6 écarts aux victorinos
Satisfaction
Les photos sont de Laurent Bernède.
Bientôt un lien vers son travail.
jeudi 6 octobre 2016
Quelques photos du championnat de France des écarteurs 2016
Sur cette photo, un élément incongru
Bel élan d'Etienne Grenet au-dessus de Shakira (Dargelos)
Etranges positions
Thomas Marty, la solitude de l'écarteur
Bel écart à Andalouse (Deyris)
Intérieur avec touche sur Mestalla (Deyris)
Photos Velonero
Bel élan d'Etienne Grenet au-dessus de Shakira (Dargelos)
Etranges positions
Thomas Marty, la solitude de l'écarteur
Bel écart à Andalouse (Deyris)
Intérieur avec touche sur Mestalla (Deyris)
Photos Velonero
mardi 4 octobre 2016
Loïc Lapoudge retrouve le titre
Depuis son dernier titre en 2008, Loïc Lapoudge avait souvent échoué de peu. Le voici à nouveau champion de France des écarteurs après un beau duel avec Thomas Marty, arbitré au final par la corne d'or Ibiza (Deyris).
Après la magnifique sortie d'Amandine (Dargelos), avant-dernière coursière, Thomas Marty possède quatre points d'avance sur Loïc Lapoudge mais il aura le désavantage de débuter face à Ibiza alors que Lapoudge passe en dernier. Il est contré sur son premier écart sortie de loge puis, jouant le tout pour le tout, se fait catapulter sur une tentative d'intérieur. C'en est fini de ses chances, d'autant que Loïc Lapoudge en termine par deux tourniquets réussis. Bravo aux deux béarnais pour ce final à émotion. Loïc Lapoudge recueille les fruits de l'expérience et de la sagesse. Pour Thomas Marty il faudra attendre encore, mais chaque année qui passe le voit s'approcher un peu plus du titre.
On regrettera que le concours n'ait vraiment commencé qu'à partir de Fidelia (Dargelos), huitième vache de l'après-midi. En effet, le nouveau règlement, qui prévoyait l'élimination de deux compétiteurs d'un coup à l'issue précisément de la huitième vache, paralysa les ambitions. Jusqu'à Fidelia, chaque écarteur évita une prise de risque excessive par peur, en cas de chute, de ne pouvoir rattraper son handicap. La première mouture du nouveau règlement - un seul éliminé après quatre vaches, un autre après la huitième - aurait peut-être évité cela.
Chez les sauteurs, belle victoire de Fabien Napias qui avait du feu dans les jambes.
On notera que la logique de la temporada a été respectée puisque les deux vainqueurs de l'escalot sont champions de France.
Les résultats
Écarteurs
1- LoïcLapoudge 150 p.
2- Thomas Marty 142 p.
3- Cyril Dunouau 136 p.
4- Gaëtan Labaste 134 p.
5- Louis Navarro
6- Alexandre Duthen
Sauteurs
1- Fabien Napias 82 p.
2- Etienne Grenet 76 p.
3- Louis Ansolabéhère 75p.
4- David Laplace 70 p.
Bel écart intérieur de Lapoudge à Andalouse (Deyris)
photos Velonero
lundi 3 octobre 2016
Une corrida de toros
Cette corrida de Victorino Martin lidiée à Mont de Marsan le samedi 1er octobre pourrait servir de corrida-étalon. Un bon exemple de ce que doit être une corrida de toros : brave, encastée, avec de la présence au premier tiers (14 piques), de comportement varié avec quelques toros durs, un pastueño, certains qui vont a mas, d'autres a menos. Une corrida qui demande un toreo sérieux et qui captive le public par l'émotion qu'elle transmet.
Une corrida normale, en somme, qui marque une moyenne. Au-dessus, on serait dans l'excellence. Au-dessous, dans l'insuffisance. C'est hélas la deuxième occurrence que l'on rencontre le plus souvent dans une arène. Des toros faibles, décastés, mansos, sosos, innocents. Toros du banal, du quotidien tristounet, du "il ne se passe rien ou si peu". Tout le contraire de ce que l'on attend d'une corrida de toros.
Merci donc aux Victorino Martin pour ce lot exemplaire. Une corrida de toros, tout simplement.
Sans ambition particulière si ce n'est celle d'arriver à bon port à Madrid le lendemain, El Cid actua avec la sérénité et la facilité (sauf à l'épée) que donne l'expérience.
Étonnant cet Emilio de Justo (bravo au passage aux Orthéziens pour l'avoir, les premiers, tiré de l'anonymat) qui donna à son premier des muletazos d'une grande profondeur, avec parfois ce temple qui donne l'impression de ralentir la charge des toros. Ce sera un plaisir de le revoir l'an prochain ...
Pour un torero comme Alberto Lamelas, habitué aux confrontations avec miuras et autres dolores aguirre de mala leche, se retrouver face à un toro aussi pastueño que l'était Papelero, le sixième victorino du jour, est une épreuve qui peut s'avérer tout aussi redoutable. Il s'en tira avec honneur, arrivant parfois - comme dans un rêve - à profiter de cette corne gauche au parcours d'une longueur et d'une douceur extrême. Les modestes ont aussi droit à leur part de gâteau lorsqu'il se présente.
Et je garde pour la bonne bouche les six écarts magistraux qu'accomplit l'écarteur landais Baptiste Bordes, un à chaque toro. Un grand moment d'émotion pour lui et pour le public.
Emilio de Justo : oreilles et matole (photo Laurent Bernède)
Une corrida normale, en somme, qui marque une moyenne. Au-dessus, on serait dans l'excellence. Au-dessous, dans l'insuffisance. C'est hélas la deuxième occurrence que l'on rencontre le plus souvent dans une arène. Des toros faibles, décastés, mansos, sosos, innocents. Toros du banal, du quotidien tristounet, du "il ne se passe rien ou si peu". Tout le contraire de ce que l'on attend d'une corrida de toros.
Merci donc aux Victorino Martin pour ce lot exemplaire. Une corrida de toros, tout simplement.
Sans ambition particulière si ce n'est celle d'arriver à bon port à Madrid le lendemain, El Cid actua avec la sérénité et la facilité (sauf à l'épée) que donne l'expérience.
Étonnant cet Emilio de Justo (bravo au passage aux Orthéziens pour l'avoir, les premiers, tiré de l'anonymat) qui donna à son premier des muletazos d'une grande profondeur, avec parfois ce temple qui donne l'impression de ralentir la charge des toros. Ce sera un plaisir de le revoir l'an prochain ...
Pour un torero comme Alberto Lamelas, habitué aux confrontations avec miuras et autres dolores aguirre de mala leche, se retrouver face à un toro aussi pastueño que l'était Papelero, le sixième victorino du jour, est une épreuve qui peut s'avérer tout aussi redoutable. Il s'en tira avec honneur, arrivant parfois - comme dans un rêve - à profiter de cette corne gauche au parcours d'une longueur et d'une douceur extrême. Les modestes ont aussi droit à leur part de gâteau lorsqu'il se présente.
Et je garde pour la bonne bouche les six écarts magistraux qu'accomplit l'écarteur landais Baptiste Bordes, un à chaque toro. Un grand moment d'émotion pour lui et pour le public.
Emilio de Justo : oreilles et matole (photo Laurent Bernède)
mercredi 28 septembre 2016
Caméléon
Ainsi donc Bernard Domb Cazes alias Simon Casas vient d'obtenir que lui soit confiée la gestion des arènes de Madrid pour les quatre prochaines années. Je ne sais s'il faut se réjouir du succès des ambitieux mais il est certain que depuis des années le Simounet ne rêvait que de ça et que tout, dans ses actions, tendait vers ce but ultime : diriger Las Ventas, l'apothéose de sa carrière dans les affaires!
Dans la capital del toreo, des Français, Nimeño II, Juan Bautista, Sébastien Castella, se sont déjà illustrés en toréant magnifiquement et en sortant par la grande porte. Depuis les bureaux, il ne reste à Simon Casas qu'à être à la hauteur de la lourde tâche qui lui a été confiée. Il partira avec un certain nombre de casseroles accrochées à ses basques. La manière bien peu chevaleresque avec laquelle il a roulé dans la farine pas moins que les Choperitas et le señor Baillères pourrait lui valoir quelques inimitiés en retour (encore que, dans ce milieu, on sait faire bonne figure lorsqu'il s'agit de ménager ses intérêts). D'autre part, sa gestion des arènes de Nîmes ne plaide pas en sa faveur, pas plus que certaines de ses déclarations ou sorties intempestives. Mais l'homme est intelligent, incontestablement dynamique et suffisamment caméléon pour s'adapter à tout type de situation et d'arène.
¡Suerte para Madrid!
Dans la capital del toreo, des Français, Nimeño II, Juan Bautista, Sébastien Castella, se sont déjà illustrés en toréant magnifiquement et en sortant par la grande porte. Depuis les bureaux, il ne reste à Simon Casas qu'à être à la hauteur de la lourde tâche qui lui a été confiée. Il partira avec un certain nombre de casseroles accrochées à ses basques. La manière bien peu chevaleresque avec laquelle il a roulé dans la farine pas moins que les Choperitas et le señor Baillères pourrait lui valoir quelques inimitiés en retour (encore que, dans ce milieu, on sait faire bonne figure lorsqu'il s'agit de ménager ses intérêts). D'autre part, sa gestion des arènes de Nîmes ne plaide pas en sa faveur, pas plus que certaines de ses déclarations ou sorties intempestives. Mais l'homme est intelligent, incontestablement dynamique et suffisamment caméléon pour s'adapter à tout type de situation et d'arène.
¡Suerte para Madrid!
mardi 27 septembre 2016
Hoyo de la Gitana
A une trentaine de kilomètres de Salamanque, au cœur du campo charro, sur la commune de Vecinos, se trouve Galleguillos, finca emblématique de la famille Pérez-Tabernero.
Nous sommes à la mi-septembre et pourtant vaches et utreros ont encore de l'herbe, certes sèche, jusqu'au genou. Solo pan, dit le ganadero, le jambon viendra s'il se met à pleuvoir.
Très ibarreña de type (origine Graciliano oblige), la camada de l'an prochain ne manque pas d'allure, parfois on retrouve l'empreinte des sementals de Joaquin Buendía utilisés dans les années soixante.
Novillos pour Arnedo. Ici on n'utilise pas les fundas; cela nécessiterait trop de manipulations pour les toros ce qui risquerait de dénaturer leur nécessaire sauvagerie, pensent les éleveurs.
La plaza de tienta est tirée à quatre épingles, comme toutes les installations de la finca. Sur le mur extérieur les fers familiaux d' Alipio Pérez-Tabernero et de Pilar Población del Castillo. Mais ceci est une autre histoire (compliquée) sur laquelle nous reviendrons prochainement.
Au cours de cette temporada Hoyo de la Gitana a lidié un toro (puissant et encasté) à la corrida-concours de Vic Fezensac, six toros (coriaces) à Orthez, et douze novillos à Calasparra et Arnedo (prix du meilleur novillo de la feria à Calasparra).
Nous sommes à la mi-septembre et pourtant vaches et utreros ont encore de l'herbe, certes sèche, jusqu'au genou. Solo pan, dit le ganadero, le jambon viendra s'il se met à pleuvoir.
Très ibarreña de type (origine Graciliano oblige), la camada de l'an prochain ne manque pas d'allure, parfois on retrouve l'empreinte des sementals de Joaquin Buendía utilisés dans les années soixante.
Novillos pour Arnedo. Ici on n'utilise pas les fundas; cela nécessiterait trop de manipulations pour les toros ce qui risquerait de dénaturer leur nécessaire sauvagerie, pensent les éleveurs.
La plaza de tienta est tirée à quatre épingles, comme toutes les installations de la finca. Sur le mur extérieur les fers familiaux d' Alipio Pérez-Tabernero et de Pilar Población del Castillo. Mais ceci est une autre histoire (compliquée) sur laquelle nous reviendrons prochainement.
Au cours de cette temporada Hoyo de la Gitana a lidié un toro (puissant et encasté) à la corrida-concours de Vic Fezensac, six toros (coriaces) à Orthez, et douze novillos à Calasparra et Arnedo (prix du meilleur novillo de la feria à Calasparra).
jeudi 15 septembre 2016
Salamanque
Mardi 13 septembre 2016 La Glorieta Salamanca
temps frais et venteux
demi-arène
6 toros d'El Pilar (7 piques, ovation au 4, sifflets au 3) pour Enrique Ponce (une oreille, deux oreilles), Javier Castaño (palmas, une oreille) et José Garrido (silence, une oreille)
Beaucoup de jeunes et d'aficion dans les vastes arènes de Salamanque mais peu de grand public. On peut penser que le prix des places pratiqué par la casa Chopera, organisatrice en ce lieu, y est pour quelque chose.
La tarde commença dans l'émotion par une minute de silence à la mémoire d' Alipio Perez-Tabernero Sánchez décédé à Salamanque le jour même, puis par une ovation à Javier Castaño qui, à la faveur du remplacement de Roca Rey, retrouvait le ruedo de son arène d'adoption après les problèmes de santé que l'on sait.
Les toros d'El Pilar ont été meilleurs que ce que leurs dernières sorties laissait craindre. Inégalement mais bien présentés, astifinos, aucun ne s'illustra à la pique, mais le 2 et le 4 par leur comportement encasté, furent intéressants de bout en bout.
Après plus de 25 ans au sommet, Enrique Ponce est encore habité par une énergie et une soif de triomphe hors du commun. Face à la charge vive et encastée de Bellito, quatrième toro de l'après-midi, il dut aller au-delà de ses facilités habituelles pour, après une longue faena pleine de haut et de bas, parvenir à dominer pleinement son adversaire.
Plus que jamais le meilleur de Castaño c'est sa cuadrilla. Voir Fernando Sánchez avancer vers le toro con desparpajo et clouer entre les cornes est tout un spectacle. Quant à Marco Galan il ne lui a fallu que trois passes pour assurer la brega du cinquième, pourtant manso, une pour chaque paire de banderilles.
José Garrido remplaçait Alejandro Talavante. Il fut le moins bien servi mais confirma qu'il est un torero sur qui il va falloir compter. Il donna au 6 un récital par véroniques gagnant du terrain et toréant avec une cape réduite au minimum qui fit lever les tendidos. Le grand moment de la tarde.
vendredi 2 septembre 2016
Retour sur Bilbao
Depuis que je la fréquente, la feria de Bilbao a connu bien des hauts et des bas.
Dès mon premier rendez-vous avec elle, elle m'a posé un lapin. Il a suffi que le Viti tâte deux fois de son escarpin noir le sable gris et humide de Vista Alegre en faisant la moue pour que la corrida soit annulée. C'était un samedi, il avait fait une averse avant la corrida comme cela arrive parfois au Pays Basque, la plaza n'était remplie qu'aux deux-tiers malgré l'intérêt du cartel (toros de La Corte, Viti, Paquirri, Teruel). Les toros de La Corte avaient, parait-il, des cornes terribles. Le lendemain c'était ma première miurada. Dans ma jeune naïveté je m'imaginais que les pensionnaires de Zahariche allaient tout casser, ils se contentèrent d'être beaux et intéressants, les toreros se donnèrent à fond (Manolo Cortes, Roberto Dominguez, El Puno). On peut voir, si je me souviens bien, quelques magnifiques photos de cette course dans l'édition originale de Miura du Tio Pepe.
La ville et la région furent frappées de plein fouet par la crise des vieilles industries qui ravagea aussi à la même époque le nord et l'est de la France, la feria déclina peu à peu. La violence politique n'arrangea rien et l'irruption d'une vraie fête populaire dès qu'on fut certain que le cadavre de Franco ne bougerait plus sembla plutôt déranger la sérieuse ordonnance du rituel taurin bilbaino. Les éléments naturels se mirent de la partie et, le 26 août 1983, au lendemain d'un succès tonitruant d'Espartaco, le centre de Bilbao fut dévasté par les eaux qui emportèrent tout et tuèrent plusieurs dizaines de personnes.
Au cours des années 90 et au début des années 2000 la feria, comme la ville, a peu à peu retrouvé son lustre pour connaitre un apogée au tournant des années 10 de ce nouveau siècle.
Aujourd'hui, presque 20 ans après l'ouverture du Guggenheim (1997) et presque dix ans après le début de la crise économique (2008) la ville est resplendissante mais la feria taurine va mal. Elle a perdu une partie de son public et son identité s'est brouillée. Depuis trois ou quatre ans, il manque chaque jour 1000 à 2000 spectateurs à Vista Alegre pour éviter le spectacle désolant qu'offrent ces sièges bleus inexorablement inoccupés. Encore que, à bien y regarder, il s'est produit à l'intérieur des arènes un étrange phénomène de migration. Les tendidos hauts de l'ombre et une grande partie des tendidos soleil se sont vidés alors que les gradas ombre sur lesquelles n'étaient éparpillés, de tout temps à jamais, que quelques centaines de spectateurs sont aujourd'hui très abondamment peuplés. Quand on sait qu'une grada ombre vaut 18 € alors qu'un tendido haut en vaut 70, on comprend, crise économique aidant, la logique de ce mouvement. C'est, en tout cas, un sacré manque à gagner pour celui qui fait les comptes à la fin de la feria.
Toujours est-il que ce public, que j'ai toujours trouvé plan-plan et passif (bien loin du mythe du public le plus intransigeant d'Espagne qui avait cours à une époque très lointaine) a eu cette année à plusieurs reprises des réactions assez virulentes et toujours justifiées. Je ne parle pas de la bronca à Morante, qui dans toutes les arènes de la géographie taurine, est constitutive du morantisme, mais plutôt, par exemple, des quolibets qu'aura entendu tout au long de la course Victorino Martin pour son lot minable en tout, des sifflets entendus ce même jour par les deux toreros (Curro Diaz et Paco Ureña) pour des prestations bien en-dessous de ce que l'on était en droit d'attendre d'eux compte tenu de ce qu'ils ont montré cette temporada en d'autres lieux, des sifflets lors du paseo de la corrida du vendredi justifiés par les magouilles d'arrière-boutique qui ont empêché l'inclusion de Javier Jimenez au cartel. Un public qui a voulu rappeler aux organisateurs que l'avenir de la feria passait par son respect.
Un avertissement de plus à la Junta Administrativa et à la casa Chopera qui, jusqu'à présent, dans les mesures qu'ils ont prises, n'ont réussi qu'à écorner l'image de sérieux qu'ont toujours eue les toros à Bilbao. Cette année outre la gestion désastreuse de l'absence de Roca Rey, la présentation des toros de Victorino Martin est un bon exemple de cette dégradation : des toros qui avaient un trapío propre à une arène de deuxième catégorie mais en aucun cas adapté aux attentes du public de la plaza de Bilbao.
... mais du monde aux gradas qui sont habituellement quasiment vides.
Dès mon premier rendez-vous avec elle, elle m'a posé un lapin. Il a suffi que le Viti tâte deux fois de son escarpin noir le sable gris et humide de Vista Alegre en faisant la moue pour que la corrida soit annulée. C'était un samedi, il avait fait une averse avant la corrida comme cela arrive parfois au Pays Basque, la plaza n'était remplie qu'aux deux-tiers malgré l'intérêt du cartel (toros de La Corte, Viti, Paquirri, Teruel). Les toros de La Corte avaient, parait-il, des cornes terribles. Le lendemain c'était ma première miurada. Dans ma jeune naïveté je m'imaginais que les pensionnaires de Zahariche allaient tout casser, ils se contentèrent d'être beaux et intéressants, les toreros se donnèrent à fond (Manolo Cortes, Roberto Dominguez, El Puno). On peut voir, si je me souviens bien, quelques magnifiques photos de cette course dans l'édition originale de Miura du Tio Pepe.
La ville et la région furent frappées de plein fouet par la crise des vieilles industries qui ravagea aussi à la même époque le nord et l'est de la France, la feria déclina peu à peu. La violence politique n'arrangea rien et l'irruption d'une vraie fête populaire dès qu'on fut certain que le cadavre de Franco ne bougerait plus sembla plutôt déranger la sérieuse ordonnance du rituel taurin bilbaino. Les éléments naturels se mirent de la partie et, le 26 août 1983, au lendemain d'un succès tonitruant d'Espartaco, le centre de Bilbao fut dévasté par les eaux qui emportèrent tout et tuèrent plusieurs dizaines de personnes.
Au cours des années 90 et au début des années 2000 la feria, comme la ville, a peu à peu retrouvé son lustre pour connaitre un apogée au tournant des années 10 de ce nouveau siècle.
Aujourd'hui, presque 20 ans après l'ouverture du Guggenheim (1997) et presque dix ans après le début de la crise économique (2008) la ville est resplendissante mais la feria taurine va mal. Elle a perdu une partie de son public et son identité s'est brouillée. Depuis trois ou quatre ans, il manque chaque jour 1000 à 2000 spectateurs à Vista Alegre pour éviter le spectacle désolant qu'offrent ces sièges bleus inexorablement inoccupés. Encore que, à bien y regarder, il s'est produit à l'intérieur des arènes un étrange phénomène de migration. Les tendidos hauts de l'ombre et une grande partie des tendidos soleil se sont vidés alors que les gradas ombre sur lesquelles n'étaient éparpillés, de tout temps à jamais, que quelques centaines de spectateurs sont aujourd'hui très abondamment peuplés. Quand on sait qu'une grada ombre vaut 18 € alors qu'un tendido haut en vaut 70, on comprend, crise économique aidant, la logique de ce mouvement. C'est, en tout cas, un sacré manque à gagner pour celui qui fait les comptes à la fin de la feria.
Toujours est-il que ce public, que j'ai toujours trouvé plan-plan et passif (bien loin du mythe du public le plus intransigeant d'Espagne qui avait cours à une époque très lointaine) a eu cette année à plusieurs reprises des réactions assez virulentes et toujours justifiées. Je ne parle pas de la bronca à Morante, qui dans toutes les arènes de la géographie taurine, est constitutive du morantisme, mais plutôt, par exemple, des quolibets qu'aura entendu tout au long de la course Victorino Martin pour son lot minable en tout, des sifflets entendus ce même jour par les deux toreros (Curro Diaz et Paco Ureña) pour des prestations bien en-dessous de ce que l'on était en droit d'attendre d'eux compte tenu de ce qu'ils ont montré cette temporada en d'autres lieux, des sifflets lors du paseo de la corrida du vendredi justifiés par les magouilles d'arrière-boutique qui ont empêché l'inclusion de Javier Jimenez au cartel. Un public qui a voulu rappeler aux organisateurs que l'avenir de la feria passait par son respect.
Un avertissement de plus à la Junta Administrativa et à la casa Chopera qui, jusqu'à présent, dans les mesures qu'ils ont prises, n'ont réussi qu'à écorner l'image de sérieux qu'ont toujours eue les toros à Bilbao. Cette année outre la gestion désastreuse de l'absence de Roca Rey, la présentation des toros de Victorino Martin est un bon exemple de cette dégradation : des toros qui avaient un trapío propre à une arène de deuxième catégorie mais en aucun cas adapté aux attentes du public de la plaza de Bilbao.
Bilbao 25 août 2016 ( Victorino Martin, Curro Diaz, Paco Ureña) des vides inquiétants à l'ombre (c'est pire au soleil)
samedi 27 août 2016
Bilbao
Vendredi 28 août 2016 plaza de toros de Vista Alegre Bilbao
beau temps
demi-arène
6 toros d'Alvaro Domecq "Torrestrella", sérieux (12 piques, ovation au 5) pour Lopez Simon (pitos, silence) et José Garrido (saluts, vuelta, oreille, ovation)
Voilà une corrida sur laquelle il y a beaucoup à dire tant il s'est passé de choses durant deux heures et demie.
Il n'est pas commun que les matadors défilent sous les sifflets. C'est pourtant ce qu'ont entendus les deux maestros au cours du paseo. Sifflets avant tout destinés aux organisateurs (Junta administrativa et casa Chopera) pour n'avoir pas inclus un troisième jeune torero à la place de Roca Rey, blessé, dans ce cartel qui se voulait celui de l'avenir. Tout le monde pensait bien sûr à Javier Jimenez, récent triomphateur madrilène. Un mauvais point de plus pour l'empresa après l'indécente présentation des toros de Victorino Martin hier.
L'attitude de Lopez Simon a aussi été inhabituelle. L'artifice d'un matador consiste bien des fois à cacher sa peur, ses doutes, ses insuffisances derrière des attitudes de prestance. Lopez Simon, lui, s'est effondré physiquement et moralement, à tel point qu'il a dû rejoindre l'infirmerie après la mort du troisième toro pour n'en point ressortir et laisser José Garrido en terminer seul avec les Torrestrella. Il faut dire que le Madrilène est arrivé à Bilbao plus blanc qu'un linceul, portant sur lui, dès le paseo, le poids d'une temporada dans laquelle son entourage semble n'avoir pour but que de le presser plus fort qu'on ne presse une olive à Jaen. Les sifflets du début n'arrangèrent rien, d'autant qu'ils lui étaient également destinés, son apoderado ayant manigancé pour éviter l'inclusion d'un troisième torero. Conséquence de son état, à la mort de son premier adversaire, il laissa échapper dans le public son descabello qui, par chance, n'occasionna qu'une simple estafilade au bras d'un spectateur.
Mais parlons de la lidia. Et tout d'abord des toros d'Alvaro Domecq. Un lot parfaitement présenté. Des toros imposants, cornalons, de robe variée. Un vrai lot de Bilbao. Et le moral fut à l'avenant. Braves, exigeants, avec un cinquième toro (prévu en 6, mais on inversa) supérieur : Barbadura, magnifique castaño, violent sous la pique, doté d'une charge encastée, avec une corne gauche d'un grand son. Sa mort fut magnifique : il poursuivit celui qui venait de lui porter l'estocade sur plus de dix mètres, puis arc-bouté au centre du ruedo, sous l'ovation, il s'agrippa au sol jusqu'à son dernier souffle. Une mort de toro brave.
José Garrido a connu, comme on dit dans le jargon taurin, une journée importante. Face aux quatre toros qu'il eut à affronter il fit preuve d'une entrega et d'une sincérité jamais démenties. Malgré des recours techniques qui sont ceux d'un jeune torero peu expérimenté, il réussit à imposer à chacun de ses adversaires des moments de toreo d'une grande qualité. Par véroniques au 2 et au 4, par de magnifiques derechazos au 2 et, point culminant de son actuation, par une série magistrale de naturelles au 5. Et ce fut beau et émouvant de le voir partir après sa lutte gagnée contre le 5, la cape sur l'épaule pour attendre le sixième a puerta gayola. Une après-midi importante aussi dans le souvenir qu'elle laissera aux spectateurs et, souhaitons le, dans les répercussions qu'elle aura pour le torero.
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