Il y a tout juste 50 ans, le 23 août 1976 précisément, j'assistais à ma première corrida bilbaina. Face à un magnifique lot de Miura, Manolo Cortes, Roberto Dominguez et El Puno donnèrent le meilleur d'eux-mêmes. La ville, encore port industriel, était noire à l'image du sable de la plaza, crasseuse, inhospitalière en apparence, et traversée par un égout à ciel ouvert, le Nervion. Aujourd'hui, dans une ville radicalement transformée, la corrida est toujours bien présente. On note même un regain d'aficion, en particulier de la part d'un public assez jeune. Un problème de taille reste cependant sans solution à ce jour : si les entrées sont excellentes les jours où toréent les grandes figures, le grand public se désintéresse totalement des autres tardes. Les deux premières corridas de la feria qui n'ont vu les arènes se remplir qu'au quart de leur capacité en témoignent.
Déception mardi avec un lot de Dolores Aguirre mal présenté et manso. Le petit second est laid et sin cara, le cinquième, attendu avec intérêt en raison de ses 652 kg annoncé, est un colorado adipeux et totalement invalide qui sortira d'une vuelta de campana avec les cornes en pinceau. Malgré leur fond de mansedumbre les trois premiers donnèrent le change grâce à leur mobilité. Le 4 fila aux planches dès qu'il se sentit dominé et le 6 se révéla un assassin intoréable à la muleta.
D'Antonio Ferrera, qui se heurta à l'hostilité d'une partie du public, on ne retiendra que les quites donnés à l'ancienne à la sortie des piques.
Damian Castaño était venu pour se battre, le public lui en sut gré, mais après un bon début de faena le quatrième refuse le combat et le sixième dont le comportement aux deux premiers tiers avait laissé espérer une suite plus heureuse se révèle une véritable alimaña au tiers final.
Pour rester positif on retiendra les beaux tercios de piques aux 4 et 6 par Javier Martin et Juan Melgar.
Mercredi les toros de La Quinta revenaient à Bilbao après l'indulto obtenu l'an passé par Tapaboca. Les médiocres sorties réalisées par l'élevage depuis le début de la temporada laissaient espérer aux optimistes que les bons toros de la ganaderia allaient sortir ce jour. Ce ne fut pas le cas même si l'on peut considérer qu'aujourd'hui les toros n'ont pas toujours été aidé par les toreros.
Tout avait pourtant bien commencé par une monumentale chute obtenue par le magnifique premier. Ce n'était qu'illusion car l'astado va se révéler ensuite un véritable bœuf qui trottine incessamment, la tête dans les nuages. Les cinq autres resteront dans une honnête moyenne sans la grande bravoure ni la noblesse toute de douceur ou parfois de piquant dont ils peuvent faire preuve dans leurs meilleures sorties. A vrai dire plusieurs d'entre eux n'ont sans doute pas été toréés comme il aurait convenu.
Roman qui se montra dominateur et bon tueur (oreille du 2) est hors de cause. J'attendais avec quelque illusion Emilio de Justo espérant le voir revenu à son meilleur niveau après ses derniers triomphes malagueños mais je dus déchanter. Face au quatrième il se montra incontestablement vaillant mais sans retrouver totalement la sérénité et la profondeur de son meilleur toreo. Quant à Tomas Rufo il m'a paru rester en dessous des possibilités de ses deux toros et souffrir en outre d'un manque très net de personnalité.
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