jeudi 19 février 2015
Toreos (2) le toreo pur
Le toreo puro selon Rafael Ortega
En 1986 est paru un petit livre signé Rafael Ortega, écrit en collaboration avec Angel Fernandez Mayo, intitulé El toreo puro.
Dans une première approche, le maestro gaditan englobe suffisamment de styles différents sous l'étiquette toreo puro pour qu'on puisse considérer qu'il s'agit davantage d'un état d'esprit que d'une question de technique.
"A mí siempre me ha gustado el toreo rondeño, el toreo puro que han hecho, por exemple, Ordóñez y Antoñete, sin menospreciar el toreo sevillano cuando también se haze con pureza. (Il cite alors Pepe Luis Vazquez, Pepin Martin Vazquez, Manolo Gonzalez et Manolo Vazquez) (...) Con otro estilo, sentí gran admiración por Manolete, que a su manera hacía un toreo puro y estoquea muy bien."
Le toreo puro est aussi pour lui une question de répertoire. La véronique, la naturelle et la passe de poitrine, l'ayudado por bajo en constituent la base. Les adornos doivent être rares. Mais surtout le toreo puro a un ennemi : le toreo en redondo.
"Dar los pases totalmente en redondo, eso no es el toreo; eso les gusta hoy a los públicos, pero a mí no. El pase debe darse, cuanto más largo, mejor, pero con cite y con remate, y quedándose uno colocado para ligar el siguiente."
Les considérations techniques reprennent alors toute leur importance. Ainsi pour pratiquer le toreo pur Rafael Ortega nous dit que le torero doit :
- citer avec la muleta avancée
- parar
- attirer le toro dans la panse de la muleta
- charger la suerte, c'est à dire avancer la jambe contraire et s'appuyer dessus
- templer
- mandar.
Le tout permettant de lier les passes - qui sont bien différenciées l'une de l'autre - dans le même terrain.
Ce sont là les fondements techniques qui correspondent à ce que l'on appelle aussi aujourd'hui le toreo classique.
"El natural no es puro si no se carga la suerte. Yo lo he dado asi siempre que he podido. Ahí está la pureza y el riesgo."
En établissant un lien entre pureté et risque, Rafael Ortega rappelle que le toreo puro, en exigeant de l'homme une prise de risque maximale, est celui qui respecte le mieux l'éthique taurine. En effet tuer un toro en public implique de la part du matador un engagement tel que la possibilité de blessure et la menace de la mort s'en trouvent accrus.
Dans un même ordre d'idée, l'estocade, donnée sincèrement, exercice dans lequel El Tesoro de la Isla était un maitre, est bien sûr, l'apothéose du toreo pur.
Dernier élément important pour le maestro, celui de la maitrise des terrains. Faire le choix du bon terrain : "La regla de oro del toreo es saber cual es el terreno mas favorable para hacerlo." Être capable de conserver ce terrain : "No me cansaré de insistir en la importancia de hacer la faena en un solo terreno, porque asi es como el torero manda en el toro." Et pour cela, maitriser par son temple et son mando la charge du toro : "La última parte del pase ha de permitir que el toro te deje colocarte de nuevo sin modificarte el terreno, pues lo más classico y lo más puro es que, en la faena, cuanto menos andas, mejor."
Assurément être capable de mettre en pratique tous ces préceptes est une tache colossale qui trouve son accomplissement, parfois, dans quelques minutes de toreo rêvé.
Pour conclure je dirai que si le toreo puro reprend beaucoup des critères du toreo classique il va au-delà par sa dimension de quête spirituelle. Il y a d'abord la recherche d'une pureté des origines qui s'exprime par une préférence pour l'utilisation des passes de base, celles qui ont été créées par les inventeurs de la tauromachie. Il y a ensuite une recherche de pureté morale par la volonté de pratiquer un toreo qui assume une prise de risque maximale face au toro. Il y a enfin la recherche de la pureté du geste. Le toreo pur ne se conçoit que sans brusquerie, sans geste ni suerte superflus, avec, dans son élaboration, un dépouillement et une sobriété qui nécessitent une justesse totale dans les effets produits sur le toro.
Traductions
"Le toreo qui m'a toujours plu c'est le toreo rondeño, le toreo pur qu'ont pratiqué, par exemple, Ordoñez et Antoñete, sans sous-estimer le toreo sévillan quand il est pratiqué aussi avec pureté. (...) Dans un autre style, j'ai éprouvé une grande admiration pour Manolete, qui à sa manière pratiquait un toreo pur et estoquait très bien."
"Donner les passes entièrement en rond, cela n'est pas le toreo; ça plait aujourd'hui aux publics, mais à moi non. La passe doit se donner, plus elle est longue mieux c'est, mais elle doit avoir un cite et une terminaison, nous laissant en position pour lier la suivante."
"La naturelle n'est pas pure si l'on ne charge pas la suerte. Je l'ai moi même donnée ainsi chaque fois que j'ai pu. Là est la pureté et le risque."
"La règle d'or du toreo est de savoir quel est le terrain le plus favorable pour l'accomplir."
"Je ne me lasserai pas d'insister sur l'importance de faire la faena en un seul terrain, parce que c'est ainsi que le torero commande au toro."
" La dernière partie de la passe doit permettre que le toro te laisse te placer de nouveau sans modifier ton terrain, ainsi le plus classique et le plus pur est que, durant la faena, moins tu te déplaces mieux c'est."
Robert Wylie Les joueurs de cartes 1870
mercredi 11 février 2015
Toreos (1)
Tous ces qualificatifs disent la richesse de l'art taurin, mais ils nécessitent de prendre parfois le temps de faire le point. Quelle saison plus indiquée pour cela que la fin de l'hiver, avant la reprise de la temporada.
Je voudrais, pour commencer, signaler deux sites qui prennent un malin plaisir à analyser (photos et vidéos à l'appui) les principales manières de toréer actuelles.
Sur son site Toreo y Arte, René Philippe Arneodau "Niño de San Rafael", lui même torero practico, découpe au scalpel la technique des principales figures d'aujourd'hui. Il compare toreo moderne et toreo pur et explique pourquoi son cœur penche vers le toreo pur, plus sincère donc plus respectueux de l'éthique de la tauromachie.
Toreo y Arte, Analyses tauromachiques, Technique du toreo
De son côté, dans son richissime blog La razón incorpórea, José Morente aime bien jouer les iconoclastes. Il se plait à pourfendre les lieux communs, à relever les contradictions, à souligner les incohérences. Ça irrite parfois l'aficionado bienpensant que je suis, nourri au dogme tiopepesque, mais au final ça ouvre l'esprit et me parait donc tout à fait salutaire.
La razón incorpórea, Técnica
dimanche 25 janvier 2015
Frémissements
Premiers cartels, premiers projets, janvier ravive le désir de voir combattre les toros. La temporada précédente n'a pourtant pas été formidable, celle qui vient promet peu de nouveautés. Peut-être quelques jeunes matadors frais émoulus de l'alternative parviendront-ils à s'immiscer dans le club très fermé des figuritas.
Une bonne chose : les alliances de matadors constituées dans le but de défendre leurs cachets exorbitants se sont délitées. Déjà on annonce le retour de Morante de la Puebla et de José Maria Manzanares à Séville.
Une inquiétude dont il ne faut pas faire fi : la constitution d'une nébuleuse incertaine mais puissante autour du richissime Mexicain Alberto Baillères - notre Simon Casas, sorti de Madrid, en fait partie. Apoderamiento de matadors (dont Morante de la Puebla et Alejandro Talavante), gestion de 22 plazas de toros dans le monde et de plusieurs ganaderias....Ça ressemble fort à la constitution d'un trust. Mécénat et désir de promouvoir la corrida ou volonté d'augmenter encore pouvoir et profits? Les aficionados jugeront sur pièce : cartels, prix des places, présentation des toros. L'état de la fiesta dans son pays ne plaide pas en faveur du Mexicain, mais la situation économique de l'Espagne lui a permis d'y faire ses emplettes sans que personne ne fasse la fine bouche.
trust : entreprise ou groupe d'entreprises assez puissant pour exercer une influence prépondérante dans un secteur économique. (petit Robert)
vendredi 9 janvier 2015
Deux quatrains d' Omar Khayyam
Combien de temps jetterai-je des pierres dans la mer?
Je suis écœuré des idolâtres de la pagode :
Khayyam! qui peut assurer qu'il habitera l'Enfer?
Qui donc jamais visita l'Enfer? qui, jamais, revint du Ciel?
* * *
Boire du vin et étreindre la beauté
Vaut mieux que l'hypocrisie du dévot;
Si l'amoureux et l'ivrogne sont voués à l'Enfer,
Personne, alors, ne verra la face du Ciel.
Omar KHAYYAM
jeudi 1 janvier 2015
Bonne année 2015 Feliz año nuevo
Meilleurs vœux donc pour ce trio international qui représente bien la diversité, la richesse et les espoirs de l'aficion d'aujourd'hui
Clemente
2015 sera une année clé pour le jeune Bordelais, qui devrait le voir fouler le sable des arènes espagnoles de première catégorie. La qualité de son toreo pourrait y causer de bonnes surprises. Suerte!
José Garrido
Deux énormes triomphes à Séville et Bilbao lui laissent espérer une alternative de luxe et une entrée dans les cartels de figures; à condition que celles-ci, peu partageuses ces derniers temps, lui laissent une petite place.
Andres Roca Rey
Si l'on excepte la rejoneadora Conchita Cintron, le Pérou n'a jamais vu naître de matador de grand renom. Andres Roca Rey sera-t-il le premier d'entre eux?
mardi 16 décembre 2014
Quelques photos de la temporada
Sans commentaires!
Espontaneo à Bilbao
La bravoure des Pedraza de Yeltes (ici à Garlin)
photos Velonero
lundi 1 décembre 2014
matcH : Rugby et poésie
Atelier Baie vient de publier un magnifique et très original petit livre de poésie consacré au rugby.
Au cours de ce match, Eric des Garets et Donatien Garnier s'affrontent poèmes contre poèmes, pour une célébration du rugby. En bon demi de mélée, Donatien Garnier sait faire jouer ses avants qu'il transcende par la métaphore. Eric des Garets, lui, aime le beau jeu des lignes arrières qu'il mène avec une élégance et une rigueur toutes britanniques. Quant à l'éditeur Bruno Doan, il offre aux textes des deux poètes une subtile mise en page qui n'omet ni le changement de terrain après les citrons, ni la troisième mi-temps.
claque
(!) long fouet de ma langue
agace à gauche caliban
retiens ariel
à dextre
déclenche à mon signal
l'hétéroclite attelage
et son dessein chiffré
/////
et eux donatien,
ceux des rambardes
de l'académie,
des tribunes,
un peuple chantant,
aux terribles huées,
pour des fautes imaginaires
parfois;
ils jargonnent leur dépit,
adressant des pépites
aux coupables,
les oreilles lui sifflent au géomètre,
au gardien du temple,
mais conviens-en,
cela reste bon
enfant,
rien à voir avec les
manchots, les pousseurs de citrouille
un ballon, donatien,
notre écot à une grâce partagée
dimanche 16 novembre 2014
Le Manifeste d'Antonio Caballero (2)
Pour nous, les aficionados a los toros, le toreo est une manifestation de grande culture. Non parce que l'ont chanté les poètes ou peint les peintres, ni parce que la France, de manière bureaucratique, l'a déclaré patrimoine culturel intangible de sa terre. Mais parce que c'est une activité qui a une expression riche et plurielle : à la fois une fête, un rite, un spectacle, un combat, un sacrifice,un jeu. Et un art.
Les arts se définissent par eux-mêmes, sans nécessité de démonstration théorique : ils sont comme le mouvement, qui se démontre en marchant. Et en conséquence ils se défendent aussi par eux-mêmes. Mais l'art du toreo, comme tous les arts, a un ennemi , qui est le pouvoir. Celui de l'Église l'a persécuté durant des siècles, celui des autorités civiles a voulu l'interdire en beaucoup d'époques et de lieux, aussi bien lorsque ces autorités sont despotiques - dictatures ou monarchies de droit divin - que lorsqu'elles se prétendent démocratiques en vertu du droit des majorités à gouverner. Oubliant l'autre élément essentiel de la démocratie qui est le respect pour les minorités.
C'est en raison de cette absence de respect que nous sommes aujourd'hui réunis ici, devant cette plaza de toro de Santamaria arbitrairement fermée par le caprice d'un maire, qui le justifie au nom de la dérisoire arithmétique d'une victoire électorale.
Les aficionados al toro sommes une minorité, et nous savons que notre goût pour les toros n'est pas universellement partagé. C'est pour cela que nous ne cherchons pas à l'imposer aux autres minorités ni ne cherchons à interdire les plaisirs des autres qui peuvent être aussi divers que l'opéra ou les courses de moto ou la pratique du spiritisme, les processions religieuses ou les marathons. Nous prétendons simplement que, réciproquement, ils ne nous imposent pas les leurs ni ne suppriment les nôtres. Nous ne voulons ni ordonner ni interdire. Mais nous résistons à ceux qui nous interdisent et nous donnent des ordres.
Il ne s'agit pas simplement de réclamer le droit d'assister en tant que spectateur aux corridas de toros. Il s'agit aussi de défendre le droit à exercer une profession. Dans ce cas, la profession de torero, comme le désirent ces jeunes novilleros qui campent depuis des mois face aux portes closes des arènes, comme s'ils étaient les réfugiés d'une guerre.
Ou comme l'ont fait ces figures du toreo venues d'Espagne, du Mexique, de France et bien sûr aussi de Colombie pour les soutenir personnellement en une manifestation de solidarité avec eux et de cohérence avec leurs propres vies. Nous sommes ici, en somme, pour exiger la liberté. La liberté d'expression. La liberté de choix. La liberté du plaisir. Toutes sont contenues dans l'éternel rêve libertaire qui est l'interdiction d'interdire.
Bienvenus soient ceux qui veulent signer ce Manifeste. Ils le feront pour leur amour de la tauromachie, ou pour leur intérêt pour l'art, ou pour leur tolérance envers les goûts des autres, ou pour leur respect pour les droits des minorités, ou pour leur amour de la liberté. Ceci est un Manifeste pour hommes libres.
samedi 15 novembre 2014
Le Manifeste d'Antonio Caballero en défense de la fiesta de los toros
Para nosotros, los aficionados a los toros, el toreo es una manifestación de alta cultura. No porque lo hayan cantado los poetas o pintado los pintores, ni porque Francia, burocráticamente, lo haya declarado patrimonio cultural intangible de su tierra. Sino porque es una actividad que se expresa de muchos modos y es a la vez muchas cosas: una fiesta, un rito, un espectáculo, un combate, un sacrificio, un juego. Y un arte.
Las artes se definen por sí mismas, sin necesidad de demostración teórica: son como el movimiento, que se demuestra andando. Y en consecuencia se defienden también por sí mismas. Pero el arte del toreo, como todas las artes, tiene un enemigo, que es el poder. El de la Iglesia lo ha perseguido durante siglos, el de las autoridades civiles ha querido prohibirlo en muchas épocas y lugares, tanto cuando son despóticas – dictaduras o monarquías de derecho divino –como cuando se pretenden democráticas en virtud del derecho de las mayorías a gobernar. Olvidando el otro elemento esencial de la democracia, que es el respeto por las minorías.
Es esta última modalidad de acoso la que nos tiene reunidos hoy aquí, ante esta plaza de toros de Santamaría arbitrariamente clausurada por el capricho de un alcalde, que lo justifica en nombre de la estrecha aritmética que le dio el triunfo electoral.
Los aficionados a los toros somos una minoría, y sabemos que nuestros gustos no son universalmente compartidos. Por eso no aspiramos a imponerlos sobre los de otras minorías haciéndolos obligatorios, ni queremos tampoco prohibir los suyos, que pueden ser tan variados como la ópera o las carreras de motocicletas o la práctica del espiritismo, las procesiones religiosas o las maratones de marcha a pie. Sólo pretendemos que, recíprocamente, no nos impongan los suyos ni nos supriman los nuestros. No queremos ni mandar ni prohibir. Pero nos resistimos a que nos prohíban y nos manden.
No se trata únicamente de reclamar el derecho a asistir como espectadores a las corridas de toros. Se trata también de defender el derecho a elegir el propio oficio. En este caso, la profesión de torero, como lo desean estos jóvenes novilleros que llevan meses acampando frente a las puertas cerradas de la plaza de toros, como refugiados de una guerra.
O como lo hicieron estas figuras del toreo venidas de España, México y Francia, y por supuesto también de Colombia, para acompañarlos en persona en una manifestación de solidaridad con ellos y de coherencia con sus propias vidas. Estamos aquí, en suma, para exigir la libertad. La libertad de expresión. La libertad de elección. La libertad del placer. Contenidas todas en el eterno sueño libertario que es la prohibición de prohibir.
Quien quiera suscribir este Manifiesto, bienvenido sea. Ya lo haga por su afición a los toros, o por su interés en el arte, o por su tolerancia hacia los gustos ajenos, o por su respeto por los derechos de las minorías, o por su amor a la libertad. Este es un Manifiesto para hombres libres.
lundi 10 novembre 2014
Bilan 2014
6 toros de PEDRAZA DE YELTES 6
Enrique PONCE
Diego URDIALES
Ivan FANDIÑO
Le lot dacquois de Pedraza de Yeltes c'était quelque chose d'inattendu qu'il faut savoir savourer : le rêve qui devient réalité. Ça surprend parce que c'est rare et parce que - incrédules que nous sommes - on se dit au moment même où on le vit que c'est trop beau pour être vrai, que ça ne peut pas durer. Car des toros qui prennent avec bravoure des piques de titans, qui ne fléchissent pas, qui continuent à combattre jusqu'au bout, on n'en voit parfois qu'un ou deux dans la temporada. Pourtant les six toros du samedi 16 août à Dax étaient bien réels, et ils venaient après la bonne novillada de Garlin, la très bonne corrida d'Azpeitia et précédaient le combat de Resistente, toro de oro de la feria de Salamanca. Une camada certes réduite, mais sans déchet, un concentré de bravoure.
Le rêve, ce serait que Pedraza réussisse là ou Fuente Ymbro a échoué. Garder le niveau atteint en augmentant (raisonnablement, donc) ses camadas...
Côté toreros, l'année a été très prosaïque. José Tomas quasiment absent, Morante de la Puebla jouant en deuxième division par ses choix de bétail et d'arènes, Manzanares inexistant dans les grands rendez-vous. Même du côté des dures on a du plomb dans l'aile : Robleño usé, Alberto Aguilar handicapé par une méchante blessure américaine, Escribano en-dessous de ce que l'on attendait et Castaño sauvé du néant par sa cuadrilla.
Heureusement Diego Urdiales a illuminé les rares tardes qu'on lui a offertes. En cette fin de temporada le vent semble enfin souffler en sa faveur. Ce n'est pas ici qu'on s'en plaindra, c'est la troisième fois qu'il fait partie de mon cartel de rêve.
En ce qui concerne Ivan Fandiño, il y aura eu un avant et un après la cogida de Bayonne. Avant, tout va bien, le maestro de Guadalajara est parti pour une nouvelle temporada triomphale. Après, des doutes surgissent, son épée s'enraye, les succès sont moins probants, avec à la clé, une question que se posent les aficionados : Fandiño a-t-il gagné à avoir systématiquement remplacé les fers réputés durs par des élevages commerciaux?
25 ans d'élégance torera, de domination sur les toros, de succès public n'ont pas érodé le désir de toréer et de triompher d'Enrique Ponce. Tant mieux pour ceux qui, comme moi, ont toujours pris du plaisir à le voir résoudre les problèmes avec cette difficile facilité que donnent l'intelligence, le courage froid et le talent.
2013
mercredi 29 octobre 2014
José Maria Manzanares
Bien sûr, tout au long de ses trente années de carrière, José Maria s'est aussi beaucoup économisé, on peut dire qu'il a réparti parcimonieusement les effets de son art. Malgré tout, son nom sur une affiche, sa présence dans le ruedo donnaient de la catégorie à une corrida... Avec cette attente qui fait se dire à l'aficionado : aujourd'hui, peut-être...
Le hasard a voulu que le même jour disparaisse à Cordoue Florencio Casado "El Hencho". Une mort très discrète ... et pourtant le matador est sorti par la porte du prince à Séville et par la grande porte à Madrid! Hommage aussi à ce brave qui, dans le Sud Ouest, avait laissé quelques gouttes de son sang sur le sable des arènes de Roquefort lors d'une dure novillada de Manuel Navarro Sabido.
NB Un beau texte de Frédéric Bartholin sur J. M. Manzanares ici.
samedi 25 octobre 2014
Santa Coloma : la réalité de l'arène
- Victorino Martin 76 t.
- Adolfo Martin 70 t. 6 n.
- La Quinta 37 t. 19 n.
- José Escolar Gil 25 t. 14 n.
- Ana Romero 13 t. 3 n.
- Rehuelga 12 t.
- Valdellan 9 t. 7 n.
- Juan Luis Fraile 9 t. 2 n.
- Felipe Bartolomé 6 t.
- Hernandez Pla-San Martin 4 t.
- Flor de Jara 19 n.
- Los Maños 12 n.
- Pallarés 12 n.
- Pablo Mayoral 8 n.
- Pilar Poblacion del Castillo 6 n.
- El Añadio 6 n.
- Adolfo Rodriguez Montesinos 6 n.
- César Jimenez 6 n.
- Hoyo de la Gitana 5 n.
- Benjamin Gomez 3 n.
- Mauricio Soler Escobar 3 n.
- Maria del Sagrario Huertas 2 n.
- Maria Antonia de la Serna 1 n.
- José Escobar 1 n.
- La Interrogacion 1 n.
Les Joaquin Buendia existent toujours sur le papier mais ils ont disparu des statistiques; ils sont toutefois présents par le biais de La Quinta et, dans une moindre mesure, Ana Romero, Rehuelga et Flor de Jara.
L'inquiétude est grande pour les Graciliano : 18 toros et 15 novillos lidiés grâce à Valdellan, Juan Luis Fraile et Pilar Poblacion del Castillo.
L'encéphalogramme est presque plat pour les Coquilla : 1 novillo de La Interrogacion lidié à Millas.
Mais l'échec le plus cruel de ces dernières années est celui de San Martin dont les éleveurs (Marcelino Miaja et José Chafik) n'auront pas réussi, avant leur mort, à créer l'élevage dont ils rêvaient.
Ce sont maintenant les frères Alberto Manuel et Amadeo Hornos Valiente qui, dans la province de Cáceres, se trouvent en possession de ce qui reste du cheptel de San Martin mais aussi d'Hernandez Plá et de Pérez de la Concha. Peut-être un espoir pour l'avenir de ce côté-là.
Espoir aussi en Aragon avec l'élevage de Los Maños qui, depuis plusieurs années, se signale par des novilladas encastées et vient de remporter lors de la dernière feria du Pilar, le prix du toro le plus brave.
En Andalousie enfin, il semblerait que la famille Benitez Cubero Pallarés veuille relancer la rame santa coloma de son second fer Pallarés.
Toro d'Adolfo Martin à la pique (Soria)
mercredi 15 octobre 2014
Zaragoza 2014 : corridas de samedi et dimanche
En 1976, il s'agissait encore des produits de Juan Pedro Domecq Diez - il était décédé l'année précédente - et la déchéance était déjà bien avancée, faiblesse et invalidité prenant le pas sur la caste et le piquant des domecqs des années soixante.
En cette année 2014, trois ans après la mort de Juan Pedro Domecq Solis qui gérait l'élevage depuis 1975, les toros du jour provenaient d'une des dernières camades du ganadero. Bonne occasion pour examiner en détail leur combat.
A l'exception du 2, plus petit, tous les toros sont bien ou très bien présentés, les armures, en particulier, sont bien dirigées, longues et astifinas.
1. Arrempuro, castaño, 545 kg, 4 ans, invalide, il s'affale dès les passes de cape, mouchoir vert.
1 bis. Hazmerreir, colorado, cornalon, 522 kg, 5 ans, invalide lui aussi, il est maintenu en piste malgré les protestations. Hazmellorar eut été un nom plus indiqué.
2. Guardes, colorado, petit, 493 kg, 4 ans, prend deux piques, la seconde très légère, sa charge est vive, brusque et peu claire.
3. Ballenito, castaño, 513 kg, 5 ans, prend deux piques avec bravoure, la première avec chute du groupe équestre, la deuxième vite relevée par le picador, au troisième tiers il possède une charge qui semble inépuisable con alegria et grande noblesse. Ovation.
4. Fierecillo, 501 kg, 5 ans, encore un invalide remplacé par un réserve manso et laid de Torrealta.
5. Halcon, negro, 523 kg, prend une bonne pique et un picotazo, puis va a menos, réserve ses charges, se défend.
6. Coqueto, negro burraco, 547 kg, 5 ans, belle charge à la cape, première pique poussée jusqu'à la chute puis simple picotazo, lui aussi va a menos et sa charge devient incertaine.
Bilan : 1 très bon toro (le 3), 2 toros acceptables (le 2 et le 6), 1 toro médiocre (le 5) et 3 invalides (1, 1 bis, 4).
Pour voir un bon toro il a fallu supporter trois toros invalides. Le compte n'y est pas et Juan Pedro Domecq Morenes a du pain sur la planche s'il veut retrouver la faveur des aficionados.
Le lendemain, trois toros de Parladé étaient à l'affiche, même propriétaire et, à ce que l'on dit, terrain d'expérience pour JPD.
Les trois toros sont noirs, con trapío.
Amontillado est brave en deux piques, la deuxième vite relevée, puis noble et allègre dans la muleta experte du Juli.
Licorero est le protagoniste d'un tercio de pique inhabituel. Durant plus de cinq minutes, il sera impossible de le décoller du peto, jusqu'à ce qu'un monosabio musclé prenne le toro par la queue et parvienne à lui faire quitter le cheval. Le bicho a laissé toute son énergie dans l'aventure.
Ingrediente est un toro médiocre du début à la fin de sa vie publique.
Le point fort de Zaragoza, dernière étape de la temporada, est que les matadors y donnent généralement le meilleur d'eux-mêmes. Il s'agit en effet de finir l'année en beauté et de se placer favorablement pour la saison prochaine.
Enrique Ponce a été ce qu'il est avec constance depuis 25 ans : un maitre de l'élégance, de l'intelligence et du dominio. Personnellement j'aime et j'admire ... malgré les avantages que se donne parfois le maestro.
Alejandro Talavante, auteur d'une grande faena au meilleur Juan Pedro, a marqué les esprits. Juste ce dont il avait besoin.
Malgré le soutien du public, Diego Urdiales a pu constater combien il est plus difficile d'alterner avec deux figures qu'avec Fulano et Mengano.
Juan José Padilla s'est fait renverser aux banderilles.
Avec un sorteo défavorable, Miguel Angel Perera est passé inaperçu, tandis que le Juli, avec deux bons toros, a connu une grande journée, alternant passages brillants, sincères, voire inspirés comme ces doblones genou à terre à la fin de sa dernière faena et passages plus ventajistas.
lundi 13 octobre 2014
Zaragoza 2014 : offrande de fleurs à la vierge du Pilar
On a l'impression, lorsqu'on découvre la procession, qu'il s'agit d'une tradition immémoriale, aussi est-on un peu déçu d'apprendre que la tradition a été inventé récemment : en 1958, en pleine période franquiste.
avant les fleurs
dans la cathédrale : religiosité espagnole
son las onze
photos velonero
mercredi 8 octobre 2014
Les ganaderias d'origine Santa Coloma
Le comte de Santa Coloma forma son élevage en 1905 avec du bétail d'origine Murube - Ibarra auquel il rajouta des bêtes d'origine Saltillo. Le comte maintint trois rames dans son élevage : les Ibarra, les Saltillo et un croisement entre les deux. La dérivation Albaserrada (1914) a été créée avec du bétail d'origine Saltillo alors que les dérivations Coquilla (1916) et Graciliano Perez Tabernero (1920) l'ont été avec du bétail majoritairement ibarreño. En 1932 Joaquín Buendía racheta l' élevage au comte de Santa Coloma.
Liste des élevages d'origine Santa Coloma
Union de Criadores de Toro de Lidia (UCTL) par ordre d'ancienneté à Madrid
- Perez de la Concha (Santa Coloma )
- La Quinta ( Buendia)
- Hernandez Pla ( Buendia)
- Felipe Bartolomé (Buendia)
- Juan Luis Fraile (Graciliano Perez Tabernero)
- Palomo Linares (Graciliano )
- Alipio Perez Tabernero (Graciliano)
- Joaquín Buendía
- Victorino Martin (Albaserrada)
- Terrubias (Buendia)
- José Escobar (Santa Coloma)
- Pilar Poblacion del Castillo (Graciliano )
- Dionisio Rodriguez (Santa Coloma)
- German Gervas (Buendia)
- Pallarés
- Vinhas (Buendia)
- José Escolar Gil (Albaserrada)
- Adolfo Martin (Albaserrada)
- San Martin (Santa Coloma)
- Rehuelga (Buendia)
- Flor de Jara (Buendia)
- Esteban Escolar
- La Fresneda
- Los Camino
- Rio Grande (Graciliano)
- Valdellan ( Graciliano)
- Flores Albarran
- Ana Romero
- Surga
- Mauricio Soler Escobar
- Hoyo de la Gitana
- José Juan Perez Tabernero Poblacion (Graciliano)
- Candido Garcia
- Los Puentes de Castillejo
- Sanchez Fabres
Associacion de Ganaderias de Lidia (AGL)
- El Verdinal
- Francisco Javier Escolar
- Luis Carlos Gayo
- Julio Buendia
- Benjamin Gomez
- Inocencio Herrero
- Huertas de Malhincada
- Maria del Sagrario Huertas
- Victor Huertas
- Lastur
- Los Maños
- Los Pradillos
- Venancio Martin (Coquilla)
- Mateo y Rodrigo
- Benito Mora
- Juan Vicente Mora
- Hermanos Mora
- Adolfo Rodriguez Montesinos
- Marcos Saenz de Miera Bartolomé (Graciliano)
- Frumencio Sanchez
- Maria Antonia de la Serna
- Cesar Jimenez
- Pablo Mayoral
- Alonso Ramirez
- Angoso Catalina
- Coquilla de Sanchez Arjona (Coquilla)
- Julio Jimenez
- Francisco Madrazo
- José Luis Mayoral
- Benito Ramajo
- Rodriguez Gomez
- Rodriguez de Iruelo
- Trifino Vegas
- El Añadio
- Antonio Ortiz
- Santiago Palacios
- Fernando de Guzmán
- Emilio Galan
- Maria del Sagrario Reyes Aguirre
- Blanco de Torres
- Diego Garcia de la Peña
- Aldeavieja
- Melgar Tabernero
- La Interrogación (Coquilla)
- Los Celadores
- Granier frères "La Cruz"
mercredi 24 septembre 2014
Ganaderos en difficulté : La Quinta
L' échec est grave et n'est pas sans conséquence car La Quinta est actuellement le seul élevage d'origine santacoloma qui possède à la fois suffisamment de notoriété et de ganado pour pouvoir fournir sans difficulté plusieurs lots dans les arènes importantes de France et d'Espagne. Une bonne temporada aurait non seulement consolidé sa position mais aurait également pu entrainer dans son sillage d'autres élevages d'origine identique actuellement marginalisés ou en reconstruction. Face à la présence toujours plus grande des domecqs, cet échec rend la position plus fragile encore.
Fragilité accrue par un malentendu certain. La mise à l'écart progressive de l'encaste - due en partie à sa difficulté à répondre aux exigences en trapío de la fin du siècle dernier - l'a paradoxalement poussé dans les bras de la famille torista alors que ni son histoire, ni son comportement, ni son trapío ne le prédestinaient à cela. Je me souviens parfaitement que, dans les années 70, époque où l'élevage était encore au firmament, aller voir une corrida de Joaquin Buendía c'était prendre le risque d'une sieste généralisée due à la fadeur de six toritos gris, rondouillards et peu armés. Ils n'étaient bien sûr tués que par des figures, figures capables de faire face lorsqu'un toro encasté - ça arrivait assez souvent aussi - sortait des chiqueros.
On a aujourd'hui l'impression qu'Alvaro Martinez Conradi, propriétaire de La Quinta, n'a pas réussi à trouver la bonne alchimie. A trop vouloir créer un toro qui plaise aux figures d'aujourd'hui, il a laissé cette sosería, qui a toujours été le point faible de l'encaste, envahir son élevage au détriment de la caste.
Mais regardons de plus près sa temporada.
Des trois novilladas sorties en France, celle de Saintsever a été décevante car dominée par la mollesse, celle de Roquefort a été mauvaise, marquée par la faiblesse et le manque de caste, la palme revenant au sixième, de grand trapío (magnifique certes, mais hors du type) qui, durant les vingt minutes de sa vie publique, eut le comportement d'un véritable bœuf de charrette. Celle d'Hagetmau a partagé les avis. Satisfaisante pour les toreros car elle a permis de couper des oreilles, elle n'a pas convaincu l'aficion en raison d'une noblesse si fade qu'elle confinait au decastamiento.
Les corridas seront de même tonalité. On y trouve les mêmes défauts qu'en novillada : faiblesse de pattes, sosería, incapacité à supporter le tercio de pique. Un ou deux toros acceptables à Istres, la rencontre avec un matador en forme (Ivan Fandiño) permettra de sauver la face à Mont de Marsan, mais, en fin de saison, les tardes de Dax et d'Arles constituent deux authentiques fracasos qui laisseront des traces ... chez les organisateurs.
La corrida de Bilbao aurait pu relever le niveau, mais elle aussi fut un fracaso avec notamment deux toros invalides et deux autres faibles; un seul, le quatrième, se montrera brave et encasté. Ce sera, avec la corrida de Gijon qui a vu deux toros récompensés par une vuelta al ruedo, la seule note d'espoir de la temporada.
On le voit, pour Alvaro Martinez Conradi, le bilan tourne à la catastrophe : quand noblesse rime avec mollesse et faiblesse l'avenir sombre dans la grisaille. Il y a une dizaine d'années pourtant, à Vic Fezensac, Mont de Marsan, Roquefort, la noblesse des La Quinta se conjuguait avec caste et bravoure. En cette période d'uniformisation des encastes il serait dommage que les Santa Coloma ne puissent trouver leur place. L'aficion a toujours été prête à les soutenir, encore faudrait-il qu'ils ne la déçoivent pas trop souvent.
samedi 20 septembre 2014
Les lauréats du prix Hemingway
Chaque année, depuis dix ans, les éditions Au diable vauvert éditent un recueil des meilleures nouvelles ayant concouru pour le prix Hemingway.
Voici les lauréats :
2005 : Olivier Deck - Toreo de Salon
2006 : Olivier Boura - Pasiphae
2007 : Robert Bérard - Corrida de muerte
2008 : Vincent Bourg "Zocato" - Arequipa
2009 : Antoine Martin - Le frère de Perez
2010 : Jean Paul Didierlaurent - Brume
2011 : Robert Louison - Pas de deux
2012 : Jean Paul Didierlaurent - Mosquito
2013 : Miguel Sanchez Robles - L'ultime tragédie de l'Occident
2014 : Etienne Cuénant - Latifa
2019 : Cyril Fabre - Mecha de Plata
2020 : Elise Thiébaut - Un toro dans la reine
2021 : Hélène Goffart - Les liens du groupe sanguin
2022 : Antonio Blazquez Madrid - La dernière chance de El Lagartijo

lundi 8 septembre 2014
Où sont les jeunes?
Certes on sait que Simon Casas, l'organisateur du lieu, sous des dehors agités, est depuis longtemps confit dans le conformisme. Mais quand même! On en viendrait à croire que personne n'a pris l'alternative depuis 2007. Bien sûr, on a connu des époques plus brillantes en jeunes pousses mais Alberto Lamelas, Pepe Moral, Juan del Alamo, Jimenez Fortes, David Galvan, Lopez Simon ou Juan Leal ne sont pas tout à fait des inconnus et, cette année, Rafael Cerro, Javier Jimenez et Roman sont devenus matadors de toro. Mais rien, nada, niente, pas la moindre petite place, ne serait-ce que pour l'un d'entre eux ... Une drôle de façon de préparer l'avenir!
Chronologie des alternatives depuis 2001
photo velonero
jeudi 28 août 2014
Quelques jours à Bilbao
Les toros de Domingo Hernandez "Garcigrande"
La ganaderia Domingo Hernandez "Garcigrande" n'est pas celle qui vend actuellement le plus de toros pour rien. Elle semble avoir réussi à produire en série des toros que tout le monde aime. Les matadors car leur noblesse naïve permet beaucoup et gêne peu, les aficionados car la corrida est brillante sans être scandaleuse, le grand public car on coupe des oreilles et les organisateurs pour toutes ces raisons réunies. Le hic : l'uniformité, le manque de personnalité, de passion. Le règne du prévisible.
Hechicero le 3 était sans doute un toro brave car il n'a cessé de charger. Il n'a impressionné personne lors du tercio de pique mais il faut reconnaitre que les toreros n'ont rien fait pour l'y mettre en valeur. Ce que je lui reprocherais c'est l'impression qu'il m'a donné de n'être qu'une mécanique, une machine à embestir (mais peut-être cela tient-il aussi à celui qui l'a toréé). Deux fois, lors des remates, il a perdu de vue la muleta et il s'est arrêté, perdu, tête en l'air, montrant le cul à son torero. Un signe habituel de decastamiento.
Miguel Angel Perera
Je n'ai pas aimé non plus la faena que lui a donné Miguel Angel Perera, trop facile, trop superficielle. Son toreo, en ce qui me concerne, ne passe pas la rampe devant ce genre de toro.
Une minorité d'âmes sensibles ayant demandé l'indulto de la brave bête, Miguel Angel s'en trouva tout déconcentré et tua de manière calamiteuse.
Que les Péréristes se rassurent (j'ai l'impression que tout le monde, cette année, est devenu pérériste) j'ai, en revanche, bien aimé l'Extremeño à son second toro. Celui-ci était loin d'être un foudre de guerre, mais il sut le mettre en confiance et le dominer sans brusquerie. Faena précise, templée, parfaitement construite. Un travail encore mal conclu, épée en main par un bajonazo qui passa inaperçu d'une partie du public - le toro tomba illico foudroyé - mais pas du président (une seule oreille, donc).
Et je l'ai carrément trouvé formidable le lendemain face à un Jandilla atypique, à la charge d'une extrême brusquerie - il sautait dans la muleta - que le maestro, d'une sérénité imperturbable, domina remarquablement. Oreille encore envolée après nouvel échec à l'épée.
Être matador
Matador, c'est l'honorable profession qu'exercent Miguel Angel Perera et Ivan Fandiño. Or, en huit toros, tous deux ont accumulé un nombre incroyable d'échecs épée en main. L'Extremeño a perdu ainsi au moins quatre oreilles. Ses bajonazos à répétition ont marqué son incapacité à se livrer sans appréhension au moment où il est nécessaire de quitter des yeux la tête de son adversaire. Une limitation regrettable à son dominio muleta en main.
En ce qui concerne Ivan Fandiño, la qualité de ses coups d'épée a toujours été un élément non négligeable de son succès. Pourtant, en deux jours, lui aussi a complètement failli en ce domaine et a accessoirement perdu plusieurs oreilles. Ses pinchazos tendidos à répétition semblaient être portés par un novillero débutant qui ne maitrise pas encore la coordination des gestes indispensable pour porter une bonne estocade.
Les toros de Jandilla
Les toros de Jandilla furent inégaux en caste mais intéressants par la variété de leur comportement.
Dans l'ordre :
- deux colorados faibles et décastés
- un cinqueño avisé et brusque
- un quatrième listo et revoltoso
- un cinquième cinqueño à l'étrange embestida: sa charge était longue et galopante mais il sautait pour essayer d'attraper la muleta; il permit à M. A. Perera de montrer l'étendue de son dominio
- enfin le dernier au comportement plus attendu, un burraco très noble et faible.
Juan José Padilla
Réflexes amoindris, champ de vision réduit, Juan José Padilla ne put lutter à armes égales contre Trailero le quatrième Jandilla, d'autant que son pundonor toujours intact le poussa à relever le défi que lui imposait la caste du toro. Celui-ci, en le prenant deux fois, pour deux grosses cogidas au cours desquelles on frôla un nouveau drame, envoya un message très clair au Jerezano : "Torero, l'heure de la retraite a sonné!"
Le président
En refusant la deuxième oreille à Perera après un bajonazo et en ne prenant pas en compte la demande (il est vrai très minoritaire) d'indulto pour Hechicero, le président Matias Gonzalez fut
encore une fois parfait dans son rôle de gardien du temple. Au grand dam des démagogues de la fiesta!
photos velonero : vuelta à Hechicero de Garcigrande
vue depuis Artxanda (on aperçoit la plaza de toros)
Nota : Je reviendrai plus tard sur les toros de La Quinta
lundi 18 août 2014
Un lot extraordinaire de Pedraza de Yeltes
Il est rare, extrêmement rare, d'assister au combat d'un lot aussi complet que celui lidié en ce samedi 14 août dans les arènes de Dax.
Et d'abord à la pique où 17 fois les Pedraza partirent à l'assaut de la cavalerie en galopant puis en poussant longuement et sans jamais relâcher leur pression sur le cheval, avec toute leur bravoure de véritables toros de combat. Le point d'orgue étant le tercio d'anthologie offert par Miralto, troisième toro de la tarde. 4 grandes piques prises de plus en plus loin, la dernière depuis l'opposé de la piste, et tenues d'une main de fer par cet authentique maestro qu'est Tito Sandoval.
Puis, à l'exception du deuxième, tous nobles avec de la fixité et le désir, toujours, d'aller jusqu'au bout de leur charge. La noblesse des authentiques braves.
Il est certain que ce lot marquera de son empreinte la temporada et il faut féliciter les organisateurs dacquois pour l'avoir présenté en leur feria. Il est certain aussi que la présence physique et le comportement de ces toros remet en cause quelques idées reçues.
La première concerne le poids. Lorsque j'en ai pris connaissance (autour de 600 kg) sur le programme distribué à l'entrée, j'ai un peu tordu le nez, craignant que des toros si lourds ne tiennent pas la distance. Il n'en a rien été. Au contraire, leur masse physique leur a sans doute donné un surcroit de puissance. Bien élevé et doté de bravoure et de caste il semblerait que l'encaste Parladé - Domecq (contrairement à d'autres) ait plus à gagner qu'à perdre à fleurter avec les 600 kg.
On accuse souvent les toros d'origine domecq de n'être que des toros de troisième tiers et c'est souvent vrai. Les Pedraza de Yeltes ont prouvé qu'il pouvait en être autrement. Tous ont eu suffisamment de ressources physiques pour que leur caste puisse à la fois s'exprimer pleinement au cours du premier tiers, mais aussi, par la suite, au dernier tiers au cours duquel ils ont développé des charges puissantes et longues - y compris les deux de Ferrera qui avaient été sciemment massacrés aux piques ( le 4 avant de s'arrêter, visiblement au bout du rouleau, avait chargé avec une étonnante vivacité). Les toros de Pedraza de Yeltes ont été sans conteste des toros complets.
Il faut en venir maintenant aux points noirs de la course car, trois fois hélas, il y eut aussi beaucoup de ratés en cette après-midi qui aurait dû être triomphale et qui ne le fut pas en raison de l'insuffisance de certains éléments humains. La fameuse équation taurine Toros + Matadors = Constante fut une fois de plus parfaitement respectée.
Antonio Ferrera s'est contenté de toucher le cachet. Il gâcha deux grands toros et repartit sous les sifflets. Honte à lui!
On connait les limites de Javier Castaño muleta en main, on les accepte en contrepartie des qualités de sa cuadrilla. Mais voir les deux toros de bandera qui lui échurent aujourd'hui mourir tristement sous une kyrielle de pinchazos mal portés par un torero de troisième catégorie laissa en bouche un goût amer.
En comparaison, Diego Urdiales fait figure de génie. Pourtant sa tarde - même si c'est à lui que l'on doit les moments de meilleur toreo - fut loin d'être glorieuse. Il connut d'abord les affres des trois avis face à un toro haut, puissant et incertain de comportement auquel il répondit lui-même par l'incertitude de ses actions. Si l'on ajoute à cela les préalables atermoiements sur la troisième pique qui finalement ne fut pas donnée et l'affolement de sa cuadrilla dans les dernières minutes, les trois avis sonnèrent comme une fatalité.
Il eut le mérite de reprendre confiance face au cinquième au point de réussir une assez bonne faena suivie d'une entière desprendida. Le tout ne méritant pas les deux oreilles accordées par un président inconséquent. Car, de ce fait, la grande tarde de toros offerte par les Pedraza de Yeltes se termina dans le ridicule avec la sortie a hombros dans l'indifférence générale d'un matador qui avait reçu trois avis pendant que le public réclamait à pleins poumons la présence dans le ruedo d'un mayoral par trop discret.
Dacquois, il va falloir apprendre aussi à mettre en scène le triomphe des élevages!






