Technique du temple
Si le temple est affaire d'esprit voire de sortilège, il requiert aussi pour advenir l'utilisation par le torero de stratégies, de technique.
Cossío note que la plus grande longueur des passes données par Juan Belmonte a contribué à répandre dans le public cette impression de lenteur :
''El leve espejismo del público que tal pensaba consistía en que hasta Belmonte nunca se había dado el pase tan largo como él logró darlo, y el ver el toro embebida en el engaño mas tiempo se confundía con la velocidad con que se verificaba el lance, pues, efectivamente, duraba más tiempo que en el sistema habitual hasta entonces, pero por no ser más lento, sino por ser más largo.''
''La légère illusion répandue dans le public reposait sur le fait que jusqu'à Belmonte personne n'avait donné de passe aussi longue que lui, et voir le toro absorbé dans le leurre aussi longtemps était confondu avec la vitesse à laquelle se déroulait la passe, car, effectivement, elle durait plus longtemps que dans la manière de toréer habituelle jusqu'alors, mais non pour être plus lente sinon pour être plus longue.''
Mais le stratagème le plus répandu consiste à faire baisser la tête du toro lorsqu'il charge. Ainsi nous l'explique Claude Popelin dans Le taureau et son combat :
''Le torero, doué de temple, donne l'impression littérale de ralentir, à sa volonté, l'impétuosité du taureau. A cette fin, il use parfois d'un stratagème : baisser la main qui tient l'étoffe au moment où l'animal engage la tête dans celle-ci. Le taureau, par le seul fait de la position qu'il prend pour suivre le leurre, le mufle au ras du sol, freine naturellement sa charge. C'est un résultat difficile à atteindre avec les bêtes qui tiennent la tête haute et refusent de la baisser. Aussi sont-elles toujours pour l'homme des adversaires difficiles.''
Stratagème que détaille François Coupry, conjuguant le fait de maintenir la tête baissée du toro le plus longtemps possible tout en déviant sa charge en toréant sur une ligne incurvée, ce qui permet d'unir les notions complémentaires de temple et de mando, expression maximale de la domination du torero sur le toro.
"Templer, c'est étirer au maximum le moment de la charge où le taureau garde la tête baissée. [...] à chaque millimètre le taureau demande : je peux frapper ? à chaque millimètre le torero répond : plus tard ; à chaque millimètre le taureau répond : je vais frapper, maintenant ; à chaque millimètre le torero demande : attends encore un millimètre. Mandar signifie aussi conduire. Et le torero a conduit le taureau, d'abord dans l'espace en le déviant de sa route ordinaire ; ensuite dans le temps, en retardant le coup de corne tueur, en le reconduisant à chaque dixième de seconde ; enfin, de nouveau dans l'espace, il le retournera."
Ce que Gregorio Corrochano résume en une phrase :
''En conservar las distancias está, precisamente, el secreto del temple."
Et Domingo Ortega de manière plus imagée:
"Cuando se templa, el toro parece ir cosido a la muleta."
C'est exactement l'impression que j'eus lors de la fabuleuse faena madrilène de Luis de Pauloba en 1995. Et à ce moment-là nous étions 24 000 âmes à le vivre comme un moment d'éternité.

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