jeudi 27 octobre 2011

Antoñete

J'ai aimé Antoñete avant de l'avoir vu toréer.
Son aura de torero classique et pur était venue jusqu'à moi par des cheminements variés : le récit d'aficionados bien plus âgés que moi qui l'avaient vu dans les années 50, la lecture d'anciennes reseñas dans les pages jaunies de quelque vieux Toros, l'écho de la mythique faena au toro blanc d'Osborne.

J'étais prêt à me contenter de l'image de ce mythe, à me borner à rêver à sa tauromachie épurée lorsque, au début des années 80, sa réapparition dans les ruedos eut l'effet d'un coup de tonnerre dans le paysage taurin atone de l'époque.
Je le vis pour la première fois en 1981 à la feria de Bilbao. Dans l'océan de médiocrité que fut la feria cette année-là il représentait, lui le vétéran, à la fois une référence et un espoir. Des détails, rien de complet mais quels détails! Des naturelles citées à plus de 10 mètres face aux buendias, on ne voyait pas cela à l'époque! Puis le dernier jour, face aux pablorromeros, encore des naturelles douces comme la soie, le sommet de la feria. L'année suivante, je le vis pour la San Isidro à Madrid dans une faena, cette fois complète, con arte y dominio, face à un cuadri. Le sommet enfin, à Bayonne, en 1983 face à un buendia, une des plus belles et profondes faenas que j'ai vue.
Durant ces quelques années Antoñete arpenta les ruedos en étant parfaitement fidèle au mythe qui le précédait : inconstant et fragile mais si juste dans ses gestes, si humble et profond à la fois. Un maître de la rigueur castillane, rigueur que magnifiait la douceur de ses gestes.

Mais Antonio Chenel c'était aussi une vie romanesque et sulfureuse. Femmes, jeu, alcool, tabac ("le tabac est mon oxygène", dira-t-il) pour un homme que la mélancolie rendait inapte à se satisfaire des triomphes de l'arène et d'un mariage bourgeois (avec une fille de riche banquier!).
C'était aussi l'homme de conviction qui ne s'était jamais laissé aller à se compromettre avec le pouvoir franquiste. Mon admiration pour lui n'en fut que plus grande.

Aujourd'hui, après une dernière étape de vie que l'on imagine heureuse, entouré des siens et objet de l'admiration unanime des aficionados, le maestro Antoñete laisse en héritage une des manières de toréer les plus belles de l'histoire de la tauromachie.



3 commentaires:

el Chulo a dit…

il est curieux de constater comment ceux qui ont eu la chance de le voir toréer et parfois triompher, chacun à sa façon en parlent,avec tendresse et respect. Quel torero d'aujourd'huui laissera pareille "huella" si on excepte les cas très particuliers de Tomas et même Morante, mais à mon avis, à un moindre degré, car avant tout, Antonete était l'orthodoxie taurine.

Matthieu a dit…

Je viens de découvrir votre blog et je le trouve passionnant ! Il transpire l'aficion, la vraie.

Enhorabuena !
Un abrazo

velonero a dit…

Merci Matthieu pour cette gentille appréciation.

Velonero