"J'avais voulu devenir torero. Je m'y étais employé longtemps. Je n'y étais pas arrivé. La passion de mon jeune frère Christian pour la tauromachie avait coïncidé avec la conscience de mon échec. Souvent, la question de sa vocation m'avait tourmenté. S'agissait-il d'un vrai choix? Avait-il voulu m'imiter ? Mes interrogations indignaient Christian. C'était pourtant elles qui me tenaient éveillé les nuits où je restais auprès de son lit dans les chambres d'hôpital après que les toros l'aient blessé.
" Pendant des années, nous avions été entraînés dans un tourbillon d'aventures, Christian, devenu Nimeño II, y avait surmonté, un à un, tous les obstacles, il était devenu torero. Il était célèbre, il avait réussi à construire une vie voulue. Le malheur choisit de le frapper alors que tout semblait comme jamais porteur d'espoir. Comme dans un mélodrame, c'est un toro de Miura qui l'avait brisé dans les arènes d'Arles, la mort n'avait pas voulu le prendre, la paralysie avait peu à peu abandonné son corps mais, malgré les soins, les progrès de la rééducation, Christian avait fini par comprendre qu'un retour dans l'arène serait impossible. Il se suicida.
"Ma vie d'aventures, de rêves, de luttes, s'arrêtait là et me laissait effondré avec en moi la maladie de l'absence."
Alain Montcouquiol, Le sens de la marche, 2008

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire